Dante’s Dusty Roads – Chapitre 22

Une station essence se proposa à lui. Mettre son essence lui-même, demander au tenancier un coca, ou ce qui pouvait remplacer la caféine, un ou deux sandwichs et repartir. Il avait fait ses besoins sur le bord de la route, profitant d’y être seul sur cette dernière. Il fallait, avant tout, être efficient, faire vite pour arriver au ranch.

Il s’arrêta à la pompe, regretta de ne pas avoir fumé une cigarette avant, descendit et emboîta la pompe dans son véhicule. Personne ne sortait du magasin. Avec un bref coup d’œil, il pensait même qu’elle était fermée, rien ne filtrait de l’intérieur.

Tant mieux, je m’arrêterai à la première supérette du coin, je n’aurai qu’à passer devant un ou une caissière qui ne voudrait qu’une seule chose : que ma sale dégaine de Yankee aux yeux cernés déguerpisse. Ne pas faire de vague et tout ira bien.

Il faillit salir ses chaussures en retirant la pompe, il avait retenu la leçon de la dernière fois. Pas d’essence sur ses habits.

Il remonta dans sa voiture et partit en vadrouille à la recherche d’un Wallmart, d’un Target ou n’importe quel magasin pour faire ses emplettes et repartir aussitôt. La fatigue était là, mais s’il ne pouvait plus garder ses paupières ouvertes, il s’arrêterait au bord de la route pour un somme rapide. Dangereux oui, mais mieux valait risquer le danger d’un somme en solitaire sur le bord d’une route que de provoquer une rixe dans l’hôtel très bon marché de la ville.

Rien ne semblait vivant dans ce patelin, à par les bisons flânant dans les immenses champs qui entouraient la petite ville. Il semblait être rentré dans un décor de far-west moderne.

Il chercha une connexion à Internet avec son téléphone avec l’espoir de trouver une supérette pour se ravitailler avant la dernière ligne droite. Après Buffalo, direction Forgan s’en regarder en arrière. Son cerveau et son corps réclamait non seulement du repos, mais aussi, de l’écriture. Le besoin de catharsis, de poser des mots sur ce qu’il avait vécu jusqu’ici. s’imposait pour sa santé psychique. Et aussi, pour commencer son nouveau roman.

Il trouva un magasin, appelé Venture, de plain-pied, sans l’aide d’internet qu’il ne recevait toujours pas. Le magasin avait l’air d’un vieux et ancien motel. Le parking était vide.

Quand il rentra dans ce magasin, il découvrit que c’était en faite un restaurant plus qu’autre chose. L’écrivain espérait qu’il aurait la possibilité de prendre un plat à emporter, on était en Amérique après tout, aucun doute, pour de l’argent, l’Amérique vous offre tout ce que vous voulez.

Il attendit au comptoir, qui était vide, la seule présence des menus imprimés indiquait que le restaurant n’était pas abandonné. Il en prit un.

De la viande. Que de la viande. De la viande à la viande à la sauce viande avec un dessert à la viande. C’était le pays des bisons, le business principal de la ville. Après tout, la ville s’appelait Buffalo.

Une femme de quarante ans, la teinture blonde en fin de vie, des cernes et des rides marquées sur le visage et d’une maigreur inquiétante se présenta lui.

« -Vous désirez ?

– Je cherche quelque chose à emporter.

– D’accord, vous avez vu le menu ?

– Oui, mais je n’ai pas encore trouvé ce qu’il y a à emporter.

– La section sandwich se trouve à la fin. »

Rand fit défiler les pages du menu et découvrit les sandwichs, tout à la viande.

« -Vous avez besoin de conseil ? »

Il lâcha un petit rire. Il avait le choix entre sandwich à la viande de bison avec salade, tomate et moutarde, ou sandwich au bison avec de la mayonnaise.

« – Je vais prendre le sandwich complet.

– Salade, tomate et moutarde ?

– C’est ça.

– Et comme rafraîchissement ?

– Vous avez du café ?

– Oui mais malheureusement pas à emporter.

– Je vais vous prendre du coca.

– Nous n’avons que du Pepsi, cela vous va ?

– Oui merci. »

Elle se retourna pour partir dans la cuisine. Il vît par la porte entrouverte l’état lamentable des cuisines. Poussières, graisses, détritus, sangs, il ne manquait que la présence d’un rat pour combler le tableau.

Il va falloir faire fît de ces horreurs, se dit Rand à lui-même et à son estomac.

Dante pouvait entendre les bruits de couteau, celui d’un micro-onde et les voix de la serveuse et de la cuisinière.

Et si ce sang… non c’était trop, même s’il avait eu le droit à des hurluberlus, la probabilité d’ajouter à ses rencontres déstabilisantes, une meurtrière qui cuisinerait les morceaux de ses victimes humaines pour les vendre à ses clients était quasi-nul.

Quasi-nul ne veut pas dire nul, et plus rien ne me surprendrai. Je commence à perdre la tête. T’es parano Dante, arrête de penser à des conneries, si ça se trouve, c’est une déformation professionnelle, le risque quand t’es auteur de romans d’épouvantes.

La serveuse sortit de la cuisine, le gratifia d’un sourire et d’un « Ça arrive monsieur, merci de votre patience. »

Au moins était-elle polie pour une potentielle Serial-Killer cannibale… Allez Dante, arrête tes bêtises.

Il attendit encore cinq minutes. Le restaurant était désert, les menus et les couverts étaient recouverts d’une fine couche de poussière. L’air était lourd, pas extrêmement chaud, mais respirer commençait à être difficile.

Ou bien je suis en train de faire une crise d’angoisse ou bien le DustBowl a encore de l’influence sur le pays.

Les crises d’angoisses avaient été ses compagnons d’enfance et d’adolescence, jusqu’à ce que ses parents ait assez d’argent pour l’amener voir une thérapeute. Thérapeute et thérapie qui s’avérèrent être extrêmement efficaces et, à force d’exercices, réussirent à diminuer très fortement ses crises, jusqu’à ce qu’elles ne deviennent plus que des mauvais souvenirs. Il se rappelait qu’il ne fallait surtout pas oublier de bien respirer, mais l’air semblait empli de poussière. Il lui fallait aussi observer l’environnement autour de lui, mais il était tellement terne et misérable qu’il commença à paniquer.

Enfin, elle arriva, son sandwich placé dans un papier, son pepsi bien frais à la main. Il paya son dû, la carte bleue tremblante dans sa main. Il sentait les regards plein de jugement que devait poser sur lui la serveuse. Il transpirait à pleine gouttes. Tom pria intérieurement que sa carte passe, ce qu’elle fit. Il ramassa son dîner, et partit.

« – Bon appétit monsieur.
– Merci à vous aussi. »

À vous aussi ? Sérieusement ? Dante Thomas Rand ce que tu peux être idiot parfois.

En rentrant dans sa voiture, il s’imaginât la serveuse rigolant. C’était comme dire à quelqu’un « bonjour » et qu’il vous répondait « bonsoir ». Non seulement cela le faisait se sentir idiot, mais il se sentait humilié par la personne qui avait eu plus de présence d’esprit en lui indiquant que c’était le soir.

Les interactions humaines sont compliquées. Ou plutôt, je les rends compliquées.

Il sortit le sandwich de son papier, regarda la viande grossièrement apposée, respira un grand coup pour enlever la pensée qu’il mangeait peut-être de la viande humaine.

Non, c’est du bison…

Il regarda autour de lui. Tout près de lui, il y avait un champ immense avec un bison solitaire qui le regardait.

Putain, il sait. Les animaux ne sont pas idiots. Si ça se trouve, je suis en train de manger son frère. Merde.

Il reposa le sandwich, il n’avait plus faim. Il ouvrit sa cannette de soda qu’il but d’un trait.

Le soleil commençait à abandonner le ciel. L’écrivain reparti, direction Forgan. Il n’y avait pas de panneaux indiquant la ville mais il suivait ceux de Knowles.

Comme le nom de jeune fille de Beyoncé.

Cette pensée le fit sourire. Sourire qui ne resta longtemps sur le visage car la fatigue commençait déjà à fermer ses paupières. De plus, il n’avait pas mangé.

Après quelque miles, une dizaine peut-être, il s’arrêta sur le bas côté de la route, une petite place labourée par les pneus des paysans du coin, qui devaient passer par là pour rentrer dans leurs champs, s’occuper de leurs bêtes, de leurs bisons chéris.

Il fuma une cigarette, la nuit était tombée, les lumières du tableau de bord étaient éteintes. Silence. Il écrasa son mégot dans un étui en ferraille qu’il avait trouvé dans sa boîte à gant, étui qui semblait sortir de nulle part. Il abaissa son siège, vérifia si les portes étaient fermées et ferma les yeux.

Le dernier repos du juste avant l’arrivée.

Jaskiers

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Dante’s Dusty Roads – Chapitre 20

Quand il entra, la jeune femme, elle devait avoir tout juste la trentaine, pleurait et sursauta quand elle le vit s’approcher d’elle.

« Vous allez bien ? » Question stupide se dit Rand en lui-même.

« – Pourquoi vous êtes revenus ? Vous allez vous attirer des ennuis. »

– Je ne suis plus à un soucis près vous savez.

– Vous devriez partir. S’ils repassent vous allez avoir droit à une visite au poste.

– Je ne fais rien d’illégal ! J’ai oublié de vous acheter des chaussettes !

– Ah…

– C’est du harcèlement ce qu’ils vous font subit !

– Ils… font leur boulot.

– C’est pas plutôt à un agent de probation, ou quelque chose dans le genre, de vous surveiller ? Enfin… vous aider plutôt.

– Si.

– Vous en avez un ?

– Oui, et eux en plus.

– Sacrés cerbères que vous avez…

– Oui…

– Vous… vous avez un avocat ?

– Oui…

– Commis d’office ?

– Oui…

– Et vous êtes encore en contact avec lui.

– Oh non, pas vraiment.

– Vous lui avez parlé de ce que vous subissez ?

– Non, et puis au final, je le mérite.

– Comment ça ?

– Ils ont sûrement dû vous le dire…

– Défoncer la boîte crânienne de votre mari ? Oui ils me l’ont dit…

– J’ai honte.

– Je suis sûr que vous n’avez pas prise la tête de votre mari pour une balle de baseball sans raison. C’était un de ces enfoirés hein ? »

Elle marqua une longue pose, mais ses sanglots repartirent de plus belle. Dante ne savait pas quoi faire et surtout, ne savait pas pourquoi, au final, il était revenu. Peut-être que la misogynie belliqueuses des deux cow-boys lui avait donnée l’envie de prouver à cette femme que tous les hommes n’étaient pas des porcs.

« – C’était compliqué Monsieur Rand.

– Je n’en doute pas une seconde.

– J’ai eu ce que je méritais.

– Est-ce que je peux vous demandez pourquoi vous avez fait ça ? Légitime défense ?

– Oui… d’une certaine manière.

– Laissez-moi vous faire un chèque, je peux contacter un bon avocat pour vous défendre.

– Non non ! Laissez-moi je vous en prie ! Je suis habituée !

– Mais vous n’allez pas continuer à vivre avec les flics aux trousses encore toute votre vie. Ils attendent le moindre faux pas de votre part !

– Je paie ma dette envers la société.

– Connerie oui ! Ils vous font culpabiliser ! Vous avez fait une erreur, ou peut-être pas, si c’était de la légitime défense. Et même, ce n’est pas le boulot des flics de harceler les gens, même ceux en probation.

– Je sais…

– Vous en avez parlée à votre agent de probation n’est-ce pas ?

– Il me dira quoi ? Que je me rebelle ? Et il trouvera un moyen de me remettre derrière les barreaux, car je suis une déséquilibrée, instable ?

– J’ai été témoin de leurs abus de pouvoir !

– Je suis juste fatiguée.

– Je suppose que vous ne pouvez pas sortir de la ville…

– Vous supposez bien.

– Fais chier ! »

Dante sortit son téléphone, son bloc-note et son stylo. Nota son numéro de téléphone et le numéro du cabinet d’avocat qui s’occupe de ses affaires légales à Manhattan, New-York.

« – Tenez, mon numéro et celui de l’étude d’avocat qui s’occupe de mes affaires. Je les appellerai quand je sortirai et je leur parlerai de votre cas. Aussi acceptez ça. »

Il sortit son chéquier, fit un chèque de 5 000 dollars et lui tendit.

Elle faillit s’évanouir à la vue du chiffre sur le chèque.

« – Je ne peux vraiment pas accepter… ils ont les yeux sur mon compte en banque.

– Il y a mon nom sur ce chèque, j’ai le droit de faire un chèque à qui je veux ! Encaissez-le. Gardez-en pour l’avocat. Je vous aiderai financièrement et je vous obtiendrai un bon avocat pour être à vos côtés, je ne peux pas faire grand-chose d’autre.

– Vous plaisantez ? C’est déjà beaucoup. Beaucoup trop. »

Il lui posa une main sur l’épaule puis la regarda droit dans les yeux.

« – Ayez confiance en moi. Les poulets vous lâcheront la grappe quand ils seront qu’un avocat de Manhattan vous défend maintenant. Et sûrement que cet avocat arrivera à vous tirer de cette sale affaire.

– Je ne sais pas comment vous remercier…

– En ne baissant pas les bras. Promis ? »

Elle fit oui de la tête. Rand se dirigea vers la sortie, fit un sourire à sa fan avant de se rendre compte qu’il ne lui avait jamais demandé son prénom.

« -Une dernière chose, comment vous appelez-vous ?

– Harley. Merci encore.

– Courage Harley. Et pour les chaussettes, je ferai sans ! »

Il regarda aux alentours, ne vit aucune voiture de flics. Il se dépêcha de rentrer dans sa voiture, démarra. Il mit son potable en connection Bluetooth avec sa voiture et contacta l’étude d’avocat de Manhattan.

« – Cabinet LeMaher, Sabine a l’appareil.

– Bonjour Sabine, c’est Dante Rand.

– Bonjour Dante ! Comment allez-vous ?

– Bien. Dites, puis-je parler à David s’il vous plaît.

– Un instant, je vérifie s’il est disponible. »

La musique d’attente se déclencha. Peu de temps car une voix rauque retentit.

« – Allô monsieur Rand !

– Bonjour monsieur LeMaher !

– Appelez-moi David ! Comment ça vas en Oklahoma ?

– Bien, dite, je suis tombé sur une jeune femme harcelée par des bouseux de flics. Je lui ai donné votre numéro et de l’argent pour vos honoraires. J’espérai que vous pourriez l’aider…

– Quel samaritain ! Vous êtes amoureux ?

– Non David, je ne plaisante pas, elle a besoin d’aide. Elle est sous probation, mais les flics surveillent le moindre de ses faits et gestes.

– C’est à un agent de probation de s’occuper de ça ! Et encore !

– Elle a un agent qui ne semble pas s’occuper d’elle, et pire, qui cherche à la faire retourner derrière les barreaux.

– Elle a fait de la prison pour quoi ?

– Elle s’est défendu à coup de batte de baseball contre son mari, qui n’avait pas l’air d’être un saint si vous voyez ce que je veux dire…

– Elle l’a tué ?

– Non, mais il est handicapé à vie. Écoutez j’en sais pas plus.

– Rand, moi j’m’occupe des affaires, du business, je fais pas dans la personne… dans les mœurs. C’est très bancale votre demande.

– Vous avez sûrement un collègue qui pourrait s’en occuper.

– Oui sûrement…

– Et je suis sûr que vous pouvez gérer cela. Vous avez le feu en vous, je suis sûr que vous avez envie de casser du flic et de secouer le système judiciaire de ces bouseux.

– Dit comme cela, c’est sûr que ça m’intéresse !

– Je paierai les honoraires, ok ?

– On verra pour l’argent plus tard. Vous avez son numéro ?

– Elle vous appellera. Ou si jamais elle n’ose pas, peut-être m’appellera-t-elle. Si vous n’avez pas de nouvelles d’ici deux jours, appelez-moi.

– C’est quoi son nom à votre dame ?

– Harley.

– Ok, c’est noté.

– Merci bien David !

– Hey ! Moi je suis toujours partant pour casser du bouseux.

– Je peux te dire que niveau racisme, misogynie et tout ce qui va avec, tu vas être servis. J’ai même rencontré un dealer d’arme qui croyait que j’étais du FBI !

– À la bonne heure ! Tu as besoin de moi pour quelque chose d’autre pendant qu’on y est ?

– Non, merci. Je compte sur toi.

– Pas de soucis. »

Il était déjà sorti de Alva, il ne s’en était même pas rendu compte.

À cinq miles, il réalisa qu’il avait complètement oublié d’acheter ses outils de dépannage. En aucun cas il ne retournerait à Alva. Autant ne pas tenter le diable. Il n’avait qu’à prier que tout se passe bien à Buffalo.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 19

Son estomac s’effondra dans ses talons.

Putain, on a même plus le droit de s’en griller une en voiture maintenant ? Si Hunter S. Thompson était encore de notre monde…

Il regarda anxieusement la voiture de police passer à côté de la sienne, se garer vers le magasin de la station-service. Deux policiers en sortirent. Il vit sa fan sortir des toilettes et pointer du doigt la voiture de Rand.

Nan. Mais non elle n’a pas fais ça quand même !

Les deux flics s’approchèrent et lui firent signe de baisser sa vitre.

« – Bonjour monsieur, ne vous inquiétez pas, nous avons juste une question à vous poser.

– Messieurs. Allez-y je vous en prie.

– Est-ce que cette dame, l’un des policiers pointa la femme de la station-service du doigt, a consommé de l’alcool, de la drogue ou vous a proposé de l’argent contre une relation sexuelle ?

– Non… non pas du tout.

– A-t-elle eu un comportement dangereux pour vous ou pour elle-même ? »

Tom se rappelait l’avoir vu sortir, une cigarette allumée au bec. Allumer une cigarette au milieu d’une station-service n’était sûrement pas une chose à rapporter aux cow-boys.

« – Non, non rien de tout ça.

– Vous a-t-elle menacé d’une quelconque manière ? Verbalement ? Physiquement ?

– Non monsieur, c’est une personne très amicale et intelligente, enfin le peu de temps que j’ai eu à converser avec elle.

– Vous êtes sûr ? N’ayez pas peur, elle ne peut pas vous faire de mal.

– Non messieurs, elle n’a pas du tout était agressive, ni menaçante.

– Vous êtes nouveau par ici ?

– Je suis juste de passage.

– D’accord… »

Le deuxième flic, qui jusque-là n’avait dit aucun mots, s’approcha de Dante et chuchota :

« – Elle est en probation.

– Ah bon ?

– Elle a fracassé le crâne de son mari avec une batte de baseball.

– Putain de…

– Il est encore vivant mais il n’est plus vraiment… Le flic fit une moue de la tête des plus expressives.

– Ah. Légitime défense peut-être ?

– Stephen ? Il aurait pas fait de mal à une mouche !

– Son mari ?

– Oui.

– Vous savez, parfois les apparences sont trompeuses. » Dit le premier flic qui lui avait parlé.

Rand jeta un œil à sa lectrice dans le rétroviseur, qui les regardait en se rongeant les ongles.

« – Oui, surtout avec les femmes vénales comme elles. Mais on les a dans le collimateur ces sales putains. » Répliqua le deuxième officier.

Dante Rand resta bouche bée à cause de ce que les agents venaient de lui dévoiler et par les paroles proférées par des défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

« – Vous feriez bien de partir car elle vous a vu nous parler.

– Mais elle n’a rien fait de mal messieurs, je vous promets.

– On vous croit ! On vous laisse repartir. Merci pour votre coopération.

– De rien… »

Il remonta sa vitre, ne repartant pas tout de suite, regardant les flics revenir vers la femme qui baissait les yeux et acquiesçait. Quand il vit les garants de la loi se diriger vers leur voiture, il démarra, mais ne se dirigea pas vers la sortie de la ville, il voulait aller parler à cette femme. Elle avait l’air innocente, ou en tout cas, pas la manipulatrice perverse que les messieurs à l’insigne lui avaient décris.

Mais peut-être que les meilleurs manipulateurs vous manipulent sans que vous ne vous en rendiez compte…

Il fit le tour d’un pâté de maison, en essayant de se repérer tant bien que mal, et arriva à l’entrée de la station-service. Pas de cowboys. L’écrivain profita de l’occasion et se gara juste à côté du magasin.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 18

La mauvaise réputation des toilettes de stations-services.

Petite bâtisse blanche, ou presque, de plein pied, la porte, d’un vert fatigué, était taguée et montrait des signes alarmant d’usures. Elle grinça à l’entrée de l’écrivain.
Un tout petit hall d’entrée avec des lavabos sur le mur faisant face à la porte. Une porte de chaque côté, à gauche les femmes, les hommes à droite.

Dante Rand rentra dans la section des hommes et constata qu’il n’y avait pas de toilettes, mais seulement des urinoirs. Rien pour pouvoir se déshabiller sans être vue. Les WC étaient déserts. Il ne perdit pas de temps, se déshabilla, changea son pantalon, enleva ses chaussures et ses chaussettes en réalisant qu’il avait oublié d’en racheter une autre paire. Il n’aimait pas vraiment déambuler sans chaussettes. Depuis tout petit il avait besoin de les avoir aux pieds. Il enfila sa nouvelle paire de chaussures à la couleur rouge presque aveuglante. Le genre Skechers qu’utilisent les personnes âgées pour rester cool et actif.

Il en profita pour uriner, quand le deuxième appel de la nature se rappela à lui. Il allait devoir essayer les toilettes des femmes pour la grosse commission.

Il passa le couloir et rentra dans les toilettes des femmes, qui possédait des cabines. Dante poussa un soupir de soulagement, s’engouffra dans l’une d’elle et fit ce que la nature lui demandait. Une fois la chasse d’eau tirée, il sortit de la cabine et se retrouva nez à nez avec sa fan tenancière de station-service.

« – Hey bien re-re-bonjour monsieur Rand !

– C’est très gênant je voulais juste des toilettes pour vous savez…

– Oui les toilettes des hommes n’ont que des urinoirs. Que voulez-vous, les hommes ici tiennent chèrement à leurs masculinités.

– Hey bien je ne sais pas comment leurs masculinités leur permet de couler un bronze dans ces urinoirs. Ça doit-être une sacré gymnastique. Limite de l’art pour viser dans le trou !

– Quel poète vous feriez !

– La poésie vous mange dans les mains dans les moments les plus atypiques !

– Je vois ça !

– Bon, je vais pas m’éterniser, je vous remercie encore.

– Pour ?

– Pour votre sympathie et votre compréhension, l’Oklahoma a été jusqu’ici une sacrée épreuve, un chemin de croix, une descente aux enfers, et il me reste encore de la route.

– Vous m’envoyez enchantée et aussi désolé pour votre mauvaise expérience du pays. Bonne route et faite attention à vous !

– Encore merci ! »

L’auteur sortit en trottinant. Il rougissait, légèrement gêné et honteux. Mais quand dame nature appelle, on avise.

Il grimpa dans sa voiture, arrêté au stop de la sortie de la station à essence, il s’alluma une cigarette.

Une voiture de police fit entendre ses sirènes juste devant lui.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 17

« – Re-bonjour monsieur ! Tout va bien ?

– Bonjour. En fait, je me suis déversé un peu d’essence sur les chaussures et le pantalon, et je me demandai si vous vendiez une paire des vêtements.

– Oui, bien sûr…Dites, je peux vous poser une question ?

– Oui…

– Vous êtes l’écrivain là ? Elle pointa du doigt un magazine littéraire, ou son visage était placardé dans un petit encart avec comme titre : « Découvrez le nouveau maître de l’épouvante ! »

– Oui, c’est bien moi.

– Ah ! C’est sympa de savoir qu’un écrivain est dans les parages !

– Pas pour longtemps, je repars immédiatement.

– Pour aller où ?

– Je… je vais rendre visite à un vieux professeur, pour le remercier de m’avoir encouragé à continuer à écrire.

– Oh c’est beau ça, même dans le succès, vous n’oubliez pas d’où vous venez. Vous êtes natif de l’Oklahoma ?

– Non, du tout. Je suis juste resté en contact avec lui. Après tout ce succès, il faut essayer de rester terre-à-terre, et rien de tel qu’un petit retour aux sources.

– Comme Anval.

– Pardon ?

– Anval Thorgenson ? Votre meurtrier sociopathe !

– Ah ! Oui pardon. C’est toujours bizarre quand les gens me parlent de mes personnages comme des vrais gens.

– J’aurai tellement de questions à vous poser ! Mais vous n’êtes pas là pour ça. À vue d’œil, je pense que vous faite du 42 en pointure de chaussure ?

– Vous avez bon œil !

– L’expérience.

– La meilleure des qualités !

– Comme Omar.

– Par… Ah, Omar le flic au bout du rouleau, oui.

– J’adore ce personnage. À quelques jours de la retraite et il doit se coltiner un tueur en série !

– Oui, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce personnage complexe.

– De qui vous êtes vous inspiré ?

– De mon grand-père, principalement.

– Toujours une source solide nos grands-parents.

– C’est vrai !

– Il s’est reconnu ?

– Il n’est plus de ce monde.

– Mes condoléances, je suis désolé.

– C’est pas grave, vous ne pouviez pas savoir.

– Et pour Anval, de qui vous êtes vous inspiré ?

– Simple, imaginez un supporter de Trump, ajouter à cela l’amour des armes à feu, du sexisme, pas mal de xénophobie, mélanger le tout avec l’idéologie suprémaciste blanche et la mythologie nordique, et voilà !

– Fascinant ! Vous avez eu beaucoup de mauvaises critiques de la part de groupuscules d’extrême droite. Vous avez pas peur ?

– Non j’ai reçu des menaces de morts, mais on m’avait dit qu’il fallait s’y attendre. Et emmerder des racistes, c’est un plaisir. Être mal vu par l’extrême-droite, c’est un compliment.

– Les menaces ! La rançon du succès !

– Il faut croire.

– Un nouveau livre en route ?

– En route… oui, on pourrait dire ça.

– Ah ! Un petit avant-goût ?

– Il commence juste, je laisse mes personnages et leurs actions me guider ,donc je n’en sais quasiment pas plus que vous.

– La méthode Stephen King !

– Exactement !

– On sent l’influence de son univers sur le vôtre.

– Ça, je l’assume.

– Et ça marche !

– Merci beaucoup ! »

Elle sortit un exemplaire poche de « Personne n’est en danger ».

« -Est-ce que vous pourriez me signer mon exemplaire.

– Oui bien sûr ! Je vous mets un petit mot ?

– Avec plaisir ! »

Il signa son livre, y apposa un petit mot gentil, puis lui tendit le livre. Pour une fois depuis son entrée dans l’Olkahoma, il pouvait avoir une discussion normale avec un autre humain, en plus, sur un sujet qui le passionnait. Il avait presque envie de rester, mais la crainte que la situation ne se retourne contre lui, d’une manière ou d’une autre, le rappela à l’ordre.

« -Désolé, est-ce que vous avez un jean ?

– Oh oui, désolé, je vous l’apporte.

– N’oubliais pas la paire de chaussures s’il vous plaît. »

Elle revint avec un jean bleu foncé, plutôt élégant étant donné qu’il venait d’un magasin de station essence, et des chaussures couleurs rouge sang. Dante réprima une moue de dégoût à la vue des ces dernières.

« – Il vous plaît le jean ? Je crois que c’est la bonne taille. Pour les chaussures, je sais, elles ont l’air un peu funkie, mais c’est les seules potables que j’ai. Pour le jean, j’ai pris une taille L, retroussez-le, si jamais il est trop grand.

– D’accord, parfait, merci beaucoup.

– Vous voulez vous changer ici ?

– Si possible.

– Les toilettes sont à droite à la sortie, dans la petite bâtisse grise avec une porte verte.

– Je vous remercie ! Combien je vous dois ?

– Oh rien ! Offert par la maison !

– Non, je ne peux pas accepter.

– Mais j’insiste ! C’est bien la première fois que je vois un écrivain ici, autant prendre soin de lui !

– C’est très gentil mais ça me gêne. »

Rand sortit 100 dollars qu’il posa sur le comptoir.

« – Vraiment Monsieur Rand, pas besoin de ça, c’est un cadeau !

– Considérez cela comme un pourboire ! »

L’auteur sortit en vitesse et courut en direction des toilettes. Angoissant à l’avance de ce qui se pourrait se passer dans cet endroit, toujours étrange et glauque, que peuvent être les toilettes d’une station-service en bord de route.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 16

Une fois dans sa voiture, il but le premier café aussi vite que possible. Il lui brûla la langue. L’autre café sera pour dans une heure ou deux. Il avait encore frôlé la catastrophe avec la barista.

En sortant du parking, il se demanda comment il pouvait arriver à destination, sans avoir un seul contact avec un autre être humain. Il réalisa que la chose était quasiment impossible, on dépend tous de l’autre, d’une manière ou d’une autre. L’angoisse l’envahit quand il réalisa qu’il lui faudra faire le même chemin au retour. Prendre l’avion ? C’était laisser sa berline toute neuve à la merci de l’Oklahoma.

Dante réalisa que ses mains tremblaient. Une première, même son corps commençait à le lâcher. Il faut dire que depuis trois jours, il lui en demandait beaucoup, et la fatigue physique et morale augmentaient à chaque mile avalé.

Buffalo était la prochaine ville, la dernière étape avant Forgan, et ce n’était pas la porte à côté. Il lui fallait remettre de l’essence. Puis il pensa qu’il lui faudrait aussi acheter des outils pour changer de pneu et peut-être une autre roue en cas de crevaison. Alva était la dernière ville qui pouvait lui fournir tout ça avant Buffalo.

L’auteur trouva une station service juste à la sortie de la petite ville et s’y dirigea.

Il allait devoir affronter l’être humain, encore une fois. Il vida son deuxième café, sans vraiment s’en rendre compte. S’alluma une cigarette, qu’il éteignit directement, quand il réalisa que la station essence risquait de lui exploser à la figure.

Il prit une grande respiration, et s’engagea à côté d’une pompe à essence. Cette fois-ci, il mettrait lui-même son essence.

L’écrivain n’avait plus l’habitude de mettre son essence lui-même. Il tâtonna, jusqu’à comprendre, tant bien que mal, le fonctionnement de la pompe.

Une femme sortit du magasin de la station essence, une cigarette à la bouche. Rand n’était même plus surpris à ce stade.

« – Besoin d’aide monsieur ?

– Non, merci beaucoup.

– Vous êtes sûr ? Car j’aurais pu le faire vous savez.

– Oui, je suis sûr, fumez votre cigarette tranquillement.

– Parfait, si jamais vous avez besoin, je suis à la caisse.

– Entendu ! »

Dante mit un plein, mais en sortant la pompe du réservoir de la voiture, il s’aspergea d’essence. Le pistolet déversait de l’essence à la moindre petite pression sur la manette. Ses chaussures et le bas de son pantalon avaient été rincés par le sans-plombs 95.

Comment vais-je pouvoir fumer ? Je vais me transformer en torche humaine si je ne fais pas attention. Et j’vais traîner cette odeur d’essence dans la voiture…

Il regarda en direction du magasin. La femme le regardait. Il allait falloir voir si elle n’avait pas une paire de chaussures et un jean bons marchés pour remplacer les siens, imbibés de liquide hautement inflammable. Et avec la chance qu’il avait dernièrement, mieux valait ne pas tenter le diable, et finir sa vie dans les flammes de l’Enfer avant de passer l’arme à gauche.

Dante rentra dans le magasin.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 14

Le gratte-papier s’alluma une cigarette, tendit son paquet à Springsteen qui se servit.

« – Je venais de m’acheter des clopes quand il est venu m’en réclamer.
– Sacré crevard !
– Il savait qui j’étais.
– Ouai, j’lui ai envoyé un message avec mon téléphone portab’.
– Pourquoi ?
– Bah, c’pas souvent qu’on croise des Yankees comme toi.
– Et il m’a accosté pour quelle raison ?
– Euh… la terre est p’tite hein, coinci’ machin comme tu dis !
– C’est quand même étrange non ?
– Ça oui !
– Juste un message que tu lui a envoyé… il y avait quoi dans ce message ?
– Détends-toi merde ! Juste un message comme quoi une pédale de Yankee était dans les parages et qu’il se pavanait avec sa berline allemande.
– Ah…
– Bon bah, merci pour la clope…
– Non ça s’est rien, merci à toi vraiment. Le hasard fait bien les choses parfois.
– Ouai… coinci’ machin truc comme tu dis.
– Coincidence. Bon, j’ai dû te retarder, tu as sûrement de la route à faire !
– Nan…
– Non ? Tu faisais juste une balade en camion et Boum, tu tombes sur moi !
– Ecoute c’est un truc pas vraiment déclaré ce que j’livre tu vois… un truc qui est pas légal légal. »

Peter fit mine de tirer avec un fusil.

« – Des flingues ?
– Ouai mais tu gardes ça pour toi.
– Qu’est-ce… merde !
– Ouai ! La vérité c’est que j’pensais qu’t’étais un d’ces fédéraux.
– Quoi ?
– Ecoute, un type bien habillé, tout beau avec une belle berline. Quand j’ai vu ça j’ai pensé ça y’est. Quand j’t’ai questionné, tu m’as sorti une histoire que t’écrivait des livres et tout.
– Donc tu as prévenu ton petit copain Franky pour qu’il garde un œil sur moi ?
– Ouai. Et j’ai appelé le flic là.
– Attends, le flic qui m’a arrêté ?!
– Ouai, il est dans la magouille le poulet là.
– Mais il m’a reconnu ! Il a lu mon bouquin !
– Ah !
– Tu lui as pas demandé d’information quand il t’a dit qu’il m’avait chopé ?
– Bah il m’a dit que t’étais reglo mais j’le croyais pas. Les fédéraux ils peuvent te tenir un type comme ça, par les couilles !
– Merde, tu m’as suivis donc ?
– Un peu ! Mais quand j’ai vu que tu prenait la bonne direction, j’ai dis ouai, il est reglo. J’allai t’laisser tranquille tu vois. Je t’ai laissé à la dernière p’tite ville là, et c’matin j’vais pour reprendre la route et j’te retrouve là avec un pneu en moins !
– Lâche-moi maintenant d’accord ? Et regarde sur Internet mon putain de nom ! Regarde les photos merde !
– Bah internet… moi j’connais pas trop.
– Et bien fais-le quand même ! »

Rand ouvrit la portière de sa voiture.

« – Attends désolé l’ami ! T’veux pas savoir c’que je transporte vraiment et surtout à qui ? Pour ton bouquin, ça serait une bonne idée !
– J’en ai rien à foutre. Et tu devrais garder ça pour toi. Pas très réglo de déballer que tu deal des flingues à un quasi-inconnu. Je sais pas qui t’a engagé, mais il doit être aussi con que toi. »

Il claqua la porte, démarra encore une fois en trombe. Dans le rétro, le bouseux retournait dans son camion en courant. Si à la prochaine intersection, il avait le moindre doute que Peter le suivait, il s’arrêterait au premier commissariat. Avec un peu de chance, les flics ne seraient pas corrompus jusqu’à la moelle.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 13

Springsteen sortait de sa cabine, le sourire édenté étiré jusqu’aux oreilles. Il brandissait une clé pour démonter un pneu d’une main et un cric de l’autre, les outils qui avaient manqué à Thomas.

Le camionneur se rapprochait, et avec l’outil en croix, il ressemblait à un mauvais prophète. Il criait quelque chose que les tympans de Rand refusaient d’étendre.

Dante agrippa son volant, serra sa mâchoire et poussa un cri rauque pour se donner du courage. Ou parce qu’il déraillait. Et parce qu’il allait falloir jouer délicatement avec ce monstre. Ravaler sa fierté et le laisser pavoiser, le caresser dans le sens du poil. Ne pas poser trop de questions.

« – Bah ça alors ! Le yankee mal polis !

– Salut mec.

– Putain, hey, sacrément amoché l’pneu.

– Ouai.

– Une chance que je passais par là !

– Une chance oui !

– T’sais changer une roue, Yankee ?

– Oui j’pense.

– Tu penses ?

– Mais je pense que tu as l’air bien plus doué toi.

– Ah ça, bien dit.

– Je te lâcherai un billet.

– Nan, pas d’ça chez nous Yankee ! À New-York peut-être que les gens sont pingres mais pas nous !

– Ça pour être pingres, les new-yorkais si connaissent…»

Dante sortit de sa voiture et à son grand bonheur Springsteen cala le cric sous la voilure, tourna la manivelle et le côté gauche de sa voiture se souleva.

« – Putain, vraiment pas de veine de crever ici non de Dieu ! J’t’avais dis, y’a personne par ici.


– Dis-moi Peter, est-ce que tu me suivais ?

– Te suivre ? Mais pour quoi foutre ! Tu crois que j’suis amoureux de toi ! J’suis pas un n’homo’ comme vous, les new-yorkais !

– Faut avouer que cette coïncidence est un petit peu suspecte.

– Coinci’ quoi ?

– Un hasard si tu veux.

– Ah ouai, j’oubliais qu’t’etais un feignant de gratte-papier d’mes deux.

– Tu me suivais oui ou merde ? »

Peter arrêta d’actionner le cric. Il se releva, fixant Rand avec un sourire narquois et un regard noir légèrement inquiétant.

« – Tu crois vraiment que je te suivrais en camion ? J’suis con mais pas au niveau de suivre un type discrètement avec mon énorme outils de travail.

– Ok, ça se tient.

– Ouai qu’ça se tient ! Bon je vais déboulonner ton pneu là, tu dois avoir un embout qui se met sur la croix pour déboulonner le boulon antivol. »

L’écrivain feignit de comprendre, il avait entendu le vendeur de la voiture lui parler vaguement d’un truc antivol. Il ouvrit le coffre, trouva un sachet plastique qui contenait un embout métallique.

« – C’est ça ?


– Ouai ça l’air d’et’ ça. »

Le routier prit l’embout et d’une main experte le posa sur le boulon antivol du pneu dégonflé. Il plaqua la croix dessus et força. Ses muscles des bras et du cou se tendirent, il tourna l’outil et le boulon céda.

« – Bingo !

– Banco !

– Hein, tu m’traites de « blanco » ?

– Non, BANCO, B.A.N.C.O.. Ça veut dire pareil que bingo s’tu veux.

– Ah ! J’croyais que tu m’avais dit un truc de racisme.

– Nan j’suis pas raciste.

– Pareil ! J’ai rien contre les noirs hein, mais…

– Non on va éviter de parler de ce sujet, d’accord ? Laisse-moi plutôt admirer ta technique pour changer un pneu. Peut-être que je te mettrai dans un de mes romans un de ces jours.

– Vraiment ?

– Oui, les écrivains puisent sur leurs vécus, leurs expériences et leurs souvenirs pour écrire.

– Compliqué vot’ truc, mais vas-y, tu m’appelleras l’homme qu’change un pneu plus vite que son ombre.

– Pourquoi pas ! Un peu longuet mais pourquoi pas. »

Le flatter, c’est comme ça qu’on traite avec ses types, les plaindre, ils sont contents et vous mangent dans la main !

Springsteen déboulonna les trois autres boulons avec confidence, enleva la roue qui s’avéra récalcitrante à sortir de son emplacement, alla de lui-même chercher la roue de secours dans le coffre et fit la manœuvre inverse pour la fixer.

Il n’y avait pas à dire, il savait ce qu’il faisait, il le faisait bien et rapidement. Comme au lit, pensa Rand en lui-même, excepté le ‘bien’.

« -Bah V’la, c’est finito comme disent les mexicains ! »

Je ne parle pas espagnol mais je n’ai jamais entendu de mexicain dire ‘finito’.

« – Impressionnant vraiment. Sacré technique !

– Ça c’est pas les mexicains qui feraient un si rapide boulot et gratis ! Même avec l’mur de Donald ils viennent…

– Juste une question, pourquoi t’a parlé de moi à ton pote, le type avec la barbe hirsute, celui dont la femme est morte à New-York ?

– Franky ? Franky tu l’connais ? L’est pas discret ! J’lui avait dit de la fermer ! Il va m’entendre ! Tu sais, il m’a dit qu’il avait tué sa femme pour l’assurance vie ! »

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 12

Enclenchant ses warning, il se gara sur le côté et s’affaissa sur son volant. Il n’avait même plus la force de crier, car la fatigue venait reprendre son dû. Fatigue qui se dissipa encore une fois par la colère, contre lui cette fois-ci, car c’était une nouvelle voiture, il avait bien sûr un pneu de rechange, mais aucun outil pour le changer.

Il prit son téléphone, aucun réseau n’était disponible.

Accablé, il ne bougea plus de sa position, les bras sur le volant et la tête posée sur eux. Une fois l’adrénaline dissipée, il sombra dans le sommeil.

Combien de temps avait-il dormi ?

Le soleil dardait ses premiers rayons. Mais ce n’était pas le soleil qui avait réveillé Dante Rand, le nouveau prodige de la littérature d’épouvante, mais le bruit d’un moteur puissant qui faisait vibrer tout son habitacle.

Un camion s’était garé derrière lui. Enfin, un bon samaritain. Un bon samaritain qui répondait au doux nom de Peter Springsteen.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 10

Tout le long de la route pour Enid, il n’avait été dérangé par personne. C’était presque bizarre. Tout comme il pouvait deviner au premier regard la personnalité d’une personne par son look, il sentait quand quelque chose allé mal tourner. Pessimisme névrotique ou déformation professionnelle ? Après tout, il était écrivain d’épouvante.

Les choses doivent aller bien, juste bien… quand elles vont trop bien, il y a anguille sous roche.

Arrivé à Enid, il s’arrêta à une station essence, la jauge lorgnait dangereusement sur la réserve, il appréhendait déjà sa prochaine rencontre avec le pompiste.

Il gara sa voiture et attendit l’employée, une dame ronde au visage renfrogné s’approcha.

J’ai tiré le jackpot. Ça y est, qu’est ce qu’on me réserve maintenant ? Oh Oklahoma, tu auras ma peau !

Il baissa sa vitre, s’arma mentalement.

Inspire, expire.

« – Prenez quoi ? Dit la dame sans aucune tonalité dans la voix.

  • – Sans-plomb 95.
  • – Sans-plomb 95 pour le monsieur.
  • – Merci.
  • – Y’a pas d’soucis ici. J’vous fais le plein ?
  • – Oui, ça serait parfait, merci.
  • – Z’avez une sale tête si j’puis dire. »

Et ça commence

Il pensait que ne pas répondre était la meilleure solution pour ne plus s’attirer d’ennuis.

« – Mauvaise journée vous aussi ? » Demanda la dame.

Si vous saviez. Et j’ai le sentiment que vous allez l’empirer.

« – Z’avez perdu vot’ langue ? »

Il ne répondit toujours pas, jeta un coup d’œil au compteur de la pompe à essence, espérant qu’elle comprenne le message.

« – C’est chérot en c’moment l’essence hein ? »

Il posa son coude sur le rebord de la fenêtre et posa sa tête sur sa main, lui tournant le dos, peut-être comprendra-t-elle le message.

« – Vous les yankees, z’avez aucune éducation. Toujours pressé, de mauvaises humeur, comme ces lâches de français, ces socialistes de merde ! »

Rand, pour une raison inconnue, réalisa que les les américains, ces américains comme cette dame, pouvait s’acheter une arme à feu au supermarché du coin aussi facilement qu’acheter une bouteille d’eau. Pas étonnant que le pays semblait redevenir le Wild Wild West dernièrement, quand des personnes de ce calibre pouvait s’acheter librement des engins de mort.

« – Bon v’la, fini. 60 dollars, oubliez pas l’pourboire. »

Tom sortit les billets, rajoutant 5 dollars de pourboire. Le tendit à la femme.

« – 5 balles ? Et tu conduis une Mercedes j’te rappelle ! Radin ! »

Il ne prit même pas le temps de fermer la fenêtre et démarra.

Suffit juste de ne pas parler. Le minimum syndical, et encore ! Plus tu leur donnes de l’intention, plus il t’en consume, plus tu te consume, plus ils prennent l’avantage et plus ça risque de tourner au vinaigre. Le silence semble fonctionner, pendant un certain temps, car frustrés de ne pas avoir de réponses, ils prennent votre silence pour du mépris. Et ça non plus, ils n’aiment pas. Qui aime être méprisé après tout ?

Il fallait trouver autre chose. La compassion ?

Sûrement pas !

Jaskiers