Dante’s Dusty Roads – Chapitre 15

Springsteen avait disparu dans le rétroviseur de Dante, Bruce, se mit à chanter.

Désolé Bruce, mais entre toi et moi, je crois que c’est fini.

Il éteignit la musique et suivit les panneaux indiquant Alva jusqu’à y arriver, après deux heures de route à une vitesse excessive.

Faire le plein de bouffe, prendre un Starbucks, fumer une clope tranquillement, si la Providence le lui permettait, et repartir en direction de Buffalo, dernière étape avant d’arriver à son ranch de Forgan. Eldorado qui lui semblait encore tellement loin, bien qu’il soit tellement près.

Alva ! Sois bienfaisante pitié ! implora l’écrivain tout haut dans l’habitacle de sa voiture. Alva sonnait pour lui comme le nom d’une déesse mineure, peut-être une néréide, de la mythologie grecque. Mais il était forcé d’admettre que la ville ne ressemblait pas à celle d’une déesse. En tout cas pas à celle d’une déesse bienveillante. Elle semblait vide, sans charme, ressemblant à tant d’autre petites villes perdues qu’il avait traversé jusqu’ici.

Il passa au drive d’un MacDonald et commanda un hamburger, des frites et un coca. Personne, pas de queue, la commande arriva rapidement.

Que Dieu bénisse l’Amérique et sa création la plus exportée, le fast food.

L’auteur se gara sur un parking, occupé par une dizaine de voitures, d’un magasin de bricolage. Au moins, si quelque chose lui arrivait, il y aurait des témoins. Des témoins ou des bourreaux potentiels…

Il dévora son Big Mac, la faim l’avait tenaillé pendant des heures sans qu’il ne s’en soit rendu compte. Les frites furent avalées aussi vite et le grand Coca-Cola expédié. Il lui fallait maintenant se trouver un starbucks, le fast-food du café.

Il ne tarda pas à trouver son bonheur, à 1 mile, peut-être moins, du MacDonald.

Que Dieu bénisse l’Amérique et le capitalisme à outrance ! Travaillez dur, soyez riches et payez vos impôts !

Il dut sortir de sa voiture pour aller commander. Il ne risquerait pas de trouver des personnes louches dans un starbucks. C’était habituellement le repaire de jeunes hommes et femmes, souvent sur leurs Macbooks hors de prix, en train d’essayer d’écrire le prochain succès d’Hollywood ou le roman, genre « Young Adult », qui les rendraient riche. En tout cas, c’était ce qu’on pouvait trouver dans un starbucks new-yorkais.

Par chance, encore, le starbuck était vide, aucun client. Dans sa surprise, il crut même qu’il était en fait fermé, qu’il était entré par effraction et que les flics allaient lui tomber sur le dos. Mais une barista penchée sur son téléphone redressa la tête et lui demanda, d’un air nonchalant, ce qu’il désirait.

« – Un Frappucino.

– Ah désolé mais nous n’en avons plus.

– Ah…

– Non je plaisante va pour un frappucino, quelque chose d’autre avec ?

– Oui, en fait, je vais en prendre deux.

– Ah ! Un pour votre dame aussi !

– Non, tout pour moi.

– Votre tête me dit quelque chose.

– Et qu’est-ce qu’elle vous dit ?

– Vous êtes l’auteur, Dante Rand !

– Exactement.

– Un auteur dans un Starbuck au milieu de nul part…

– Observatrice à ce que je vois…

– Sacrément cool votre bouquin au fait !

– Merci.

– J’l’ai pas lu.

– Ah…

– Mais j’ai vu sur Twitter que les gens aimaient bien.

– Twitter ? super !

– Paraît que vous avez vendu les droits à Hollywood pour un sacré tas de pognon.

– La rumeur court mais personne ne la rattrape.

– Vous êtes vraiment perché, un vrai écrivain.

– Je prends ça pour un compliment.

– Avec tout ce succès, vous devez bien avoir trouvé une femme ?

– Non.

– Un bel homme comme vous, talentueux et riche, qui est célibataire !

– Je suis peut-être l’exception qui confirme la règle.

– Moi, je me porte candidate.

– Ah… c’est gentil. »

La jeune femme prépara les cafés, ses yeux semblaient à la recherche de quelque chose.

« – Vous m’offririez bien un café ?

– Pardon ?

– J’avoue, je peux en boire un à l’œil, faut juste pas que mon manager me grille, mais il est en train de s’envoyer de la meth quelque part au fond d’la réserve en ce moment. Enfin, s’il fait comme d’habitude.

– Désolé mademoiselle, je dois y aller. Combien je vous dois ?

– Vraiment ? Et où allez-vous pour être si pressé ?

– Dans un endroit tenu secret.

– Ah ! Secret d’écrivain ?

– Exactement !

– Bon, eh bien, voici pour vous !

– Je paie par carte s’il vous plaît.

– Bien sûr. Allez-y. »

Rand sorti sa carte, l’apposa sur lecteur. Un message d’erreur s’afficha.

« – Oh, c’est sûrement le lecteur qui bug, je vous l’remets.


– Merci. »

Tom frotta sa carte bleue avec sa chemise blanche, juste au cas où, et reposa sa carte sur le lecteur, qui afficha toujours le même message d’erreur.

« – Hey bien ! Vous êtes déjà à sec ? Où avez-vous dépensé tout cet argent ?


– Je comprends pas, je vais essayer avec le code.


– Naturellement. Rentrez bien fort votre carte dans le lecteur. »

Rand souffla sur sa carte, l’essuya encore, espérant qu’il n’ait pas un problème avec sa banque.

Il remit la carte, fit son code. Le lecteur marqua que son paiement avait été accepté.

« – Oh ! Quel dommage !

– Ah c’est plutôt une bonne nouvelle pour moi !

– Sinon, je vous aurai bien fait payer en nature.

– J’ai pas de liquide sur moi.

– Je ne parlai pas de ce genre de nature, si vous voyez ce que je veux dire… »

Un long silence pesant s’imposa. Rand prit ses cafés, lâcha un ‘au revoir’ précipité et se hâta rapidement vers la sortie.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 13

Springsteen sortait de sa cabine, le sourire édenté étiré jusqu’aux oreilles. Il brandissait une clé pour démonter un pneu d’une main et un cric de l’autre, les outils qui avaient manqué à Thomas.

Le camionneur se rapprochait, et avec l’outil en croix, il ressemblait à un mauvais prophète. Il criait quelque chose que les tympans de Rand refusaient d’étendre.

Dante agrippa son volant, serra sa mâchoire et poussa un cri rauque pour se donner du courage. Ou parce qu’il déraillait. Et parce qu’il allait falloir jouer délicatement avec ce monstre. Ravaler sa fierté et le laisser pavoiser, le caresser dans le sens du poil. Ne pas poser trop de questions.

« – Bah ça alors ! Le yankee mal polis !

– Salut mec.

– Putain, hey, sacrément amoché l’pneu.

– Ouai.

– Une chance que je passais par là !

– Une chance oui !

– T’sais changer une roue, Yankee ?

– Oui j’pense.

– Tu penses ?

– Mais je pense que tu as l’air bien plus doué toi.

– Ah ça, bien dit.

– Je te lâcherai un billet.

– Nan, pas d’ça chez nous Yankee ! À New-York peut-être que les gens sont pingres mais pas nous !

– Ça pour être pingres, les new-yorkais si connaissent…»

Dante sortit de sa voiture et à son grand bonheur Springsteen cala le cric sous la voilure, tourna la manivelle et le côté gauche de sa voiture se souleva.

« – Putain, vraiment pas de veine de crever ici non de Dieu ! J’t’avais dis, y’a personne par ici.


– Dis-moi Peter, est-ce que tu me suivais ?

– Te suivre ? Mais pour quoi foutre ! Tu crois que j’suis amoureux de toi ! J’suis pas un n’homo’ comme vous, les new-yorkais !

– Faut avouer que cette coïncidence est un petit peu suspecte.

– Coinci’ quoi ?

– Un hasard si tu veux.

– Ah ouai, j’oubliais qu’t’etais un feignant de gratte-papier d’mes deux.

– Tu me suivais oui ou merde ? »

Peter arrêta d’actionner le cric. Il se releva, fixant Rand avec un sourire narquois et un regard noir légèrement inquiétant.

« – Tu crois vraiment que je te suivrais en camion ? J’suis con mais pas au niveau de suivre un type discrètement avec mon énorme outils de travail.

– Ok, ça se tient.

– Ouai qu’ça se tient ! Bon je vais déboulonner ton pneu là, tu dois avoir un embout qui se met sur la croix pour déboulonner le boulon antivol. »

L’écrivain feignit de comprendre, il avait entendu le vendeur de la voiture lui parler vaguement d’un truc antivol. Il ouvrit le coffre, trouva un sachet plastique qui contenait un embout métallique.

« – C’est ça ?


– Ouai ça l’air d’et’ ça. »

Le routier prit l’embout et d’une main experte le posa sur le boulon antivol du pneu dégonflé. Il plaqua la croix dessus et força. Ses muscles des bras et du cou se tendirent, il tourna l’outil et le boulon céda.

« – Bingo !

– Banco !

– Hein, tu m’traites de « blanco » ?

– Non, BANCO, B.A.N.C.O.. Ça veut dire pareil que bingo s’tu veux.

– Ah ! J’croyais que tu m’avais dit un truc de racisme.

– Nan j’suis pas raciste.

– Pareil ! J’ai rien contre les noirs hein, mais…

– Non on va éviter de parler de ce sujet, d’accord ? Laisse-moi plutôt admirer ta technique pour changer un pneu. Peut-être que je te mettrai dans un de mes romans un de ces jours.

– Vraiment ?

– Oui, les écrivains puisent sur leurs vécus, leurs expériences et leurs souvenirs pour écrire.

– Compliqué vot’ truc, mais vas-y, tu m’appelleras l’homme qu’change un pneu plus vite que son ombre.

– Pourquoi pas ! Un peu longuet mais pourquoi pas. »

Le flatter, c’est comme ça qu’on traite avec ses types, les plaindre, ils sont contents et vous mangent dans la main !

Springsteen déboulonna les trois autres boulons avec confidence, enleva la roue qui s’avéra récalcitrante à sortir de son emplacement, alla de lui-même chercher la roue de secours dans le coffre et fit la manœuvre inverse pour la fixer.

Il n’y avait pas à dire, il savait ce qu’il faisait, il le faisait bien et rapidement. Comme au lit, pensa Rand en lui-même, excepté le ‘bien’.

« -Bah V’la, c’est finito comme disent les mexicains ! »

Je ne parle pas espagnol mais je n’ai jamais entendu de mexicain dire ‘finito’.

« – Impressionnant vraiment. Sacré technique !

– Ça c’est pas les mexicains qui feraient un si rapide boulot et gratis ! Même avec l’mur de Donald ils viennent…

– Juste une question, pourquoi t’a parlé de moi à ton pote, le type avec la barbe hirsute, celui dont la femme est morte à New-York ?

– Franky ? Franky tu l’connais ? L’est pas discret ! J’lui avait dit de la fermer ! Il va m’entendre ! Tu sais, il m’a dit qu’il avait tué sa femme pour l’assurance vie ! »

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 12

Enclenchant ses warning, il se gara sur le côté et s’affaissa sur son volant. Il n’avait même plus la force de crier, car la fatigue venait reprendre son dû. Fatigue qui se dissipa encore une fois par la colère, contre lui cette fois-ci, car c’était une nouvelle voiture, il avait bien sûr un pneu de rechange, mais aucun outil pour le changer.

Il prit son téléphone, aucun réseau n’était disponible.

Accablé, il ne bougea plus de sa position, les bras sur le volant et la tête posée sur eux. Une fois l’adrénaline dissipée, il sombra dans le sommeil.

Combien de temps avait-il dormi ?

Le soleil dardait ses premiers rayons. Mais ce n’était pas le soleil qui avait réveillé Dante Rand, le nouveau prodige de la littérature d’épouvante, mais le bruit d’un moteur puissant qui faisait vibrer tout son habitacle.

Un camion s’était garé derrière lui. Enfin, un bon samaritain. Un bon samaritain qui répondait au doux nom de Peter Springsteen.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 11

Le soleil avait fini son travail habituel, Rand se sentait capable de rouler toute la nuit. Aucune fatigue, ou presque.

Direction Cherokee, puis Alva. Là une petite pause café et cigarette pour reprendre des forces. Et puis on continue jusqu’à Buffalo après, je ne serais qu’à une centaine de miles de Forgan. Enfin.

Il ne prit pas l’autoroute, parce qu’il n’y en avait plus. Dante roulait maintenant sur des routes poussiéreuses mais larges. Il suivait le panneau indiquant Alva. Bruce Springsteen avait terminé de chanter depuis quelque temps maintenant. Et l’écrivain avait cette crainte qu’à chaque fois qu’il réécouterait le vieux rocker, le souvenir du premier pèquenaud, Peter, qui partage le même nom de famille avec le rockeur, lui vienne à l’esprit.

Foutu connard de connard !

Profitant d’être seul, il criait les plus crues et les plus longues insultes qu’il put inventer. Il avait besoin de crier, il ressentait cette tension au milieu de son estomac et il lui semblait que crier était le seul remède pour l’évacuer.

Roulant jusqu’ici à la vitesse autorisée, il se permit d’appuyer sur l’accélérateur. Il était seul sur la route, et peut-être que la vitesse, aussi, lui permettait d’évacuer toute cette frustration engrangée jusqu’ici.

Il mordue plusieurs fois la ligne médiane, surtout dans les virages. Il se le permettait car dans la nuit, on pouvait voir les phares d’une voiture avant de voir la voiture.

L’euphorie de liberté reprit un seconde souffle.

Roulez jeunesse, ou ce qu’il me reste de jeunesse.

Le problème avec la jeunesse c’est que parfois, par manque d’expérience, on s’attire les soucis.

Après un virage serré, un bruit sourd résonna dans l’habitacle, un bruit électronique se mit à se répandre et à tambouriner dans ses tympans, il sentit une résistance dans le volant.

Il avait crevé. Et bien sûr, avec sa chance légendaire, depuis qu’il était entré dans l’état de l’Oklahoma, il se trouvait au milieu de nulle part, sur une route déserte sans aucune lumière. Pas même celles des étoiles qui restaient cachées derrière d’épais nuages, ces derniers produisant et déversant une pluie froide et fine. Le réseau cellulaire ? N’en parlons même pas.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 10

Tout le long de la route pour Enid, il n’avait été dérangé par personne. C’était presque bizarre. Tout comme il pouvait deviner au premier regard la personnalité d’une personne par son look, il sentait quand quelque chose allé mal tourner. Pessimisme névrotique ou déformation professionnelle ? Après tout, il était écrivain d’épouvante.

Les choses doivent aller bien, juste bien… quand elles vont trop bien, il y a anguille sous roche.

Arrivé à Enid, il s’arrêta à une station essence, la jauge lorgnait dangereusement sur la réserve, il appréhendait déjà sa prochaine rencontre avec le pompiste.

Il gara sa voiture et attendit l’employée, une dame ronde au visage renfrogné s’approcha.

J’ai tiré le jackpot. Ça y est, qu’est ce qu’on me réserve maintenant ? Oh Oklahoma, tu auras ma peau !

Il baissa sa vitre, s’arma mentalement.

Inspire, expire.

« – Prenez quoi ? Dit la dame sans aucune tonalité dans la voix.

  • – Sans-plomb 95.
  • – Sans-plomb 95 pour le monsieur.
  • – Merci.
  • – Y’a pas d’soucis ici. J’vous fais le plein ?
  • – Oui, ça serait parfait, merci.
  • – Z’avez une sale tête si j’puis dire. »

Et ça commence

Il pensait que ne pas répondre était la meilleure solution pour ne plus s’attirer d’ennuis.

« – Mauvaise journée vous aussi ? » Demanda la dame.

Si vous saviez. Et j’ai le sentiment que vous allez l’empirer.

« – Z’avez perdu vot’ langue ? »

Il ne répondit toujours pas, jeta un coup d’œil au compteur de la pompe à essence, espérant qu’elle comprenne le message.

« – C’est chérot en c’moment l’essence hein ? »

Il posa son coude sur le rebord de la fenêtre et posa sa tête sur sa main, lui tournant le dos, peut-être comprendra-t-elle le message.

« – Vous les yankees, z’avez aucune éducation. Toujours pressé, de mauvaises humeur, comme ces lâches de français, ces socialistes de merde ! »

Rand, pour une raison inconnue, réalisa que les les américains, ces américains comme cette dame, pouvait s’acheter une arme à feu au supermarché du coin aussi facilement qu’acheter une bouteille d’eau. Pas étonnant que le pays semblait redevenir le Wild Wild West dernièrement, quand des personnes de ce calibre pouvait s’acheter librement des engins de mort.

« – Bon v’la, fini. 60 dollars, oubliez pas l’pourboire. »

Tom sortit les billets, rajoutant 5 dollars de pourboire. Le tendit à la femme.

« – 5 balles ? Et tu conduis une Mercedes j’te rappelle ! Radin ! »

Il ne prit même pas le temps de fermer la fenêtre et démarra.

Suffit juste de ne pas parler. Le minimum syndical, et encore ! Plus tu leur donnes de l’intention, plus il t’en consume, plus tu te consume, plus ils prennent l’avantage et plus ça risque de tourner au vinaigre. Le silence semble fonctionner, pendant un certain temps, car frustrés de ne pas avoir de réponses, ils prennent votre silence pour du mépris. Et ça non plus, ils n’aiment pas. Qui aime être méprisé après tout ?

Il fallait trouver autre chose. La compassion ?

Sûrement pas !

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 9

Il sorta en trombe de la ville.

Entre colère et peur, il essaya de ne penser qu’à sa destination. Là bas, à Forgan, dans son ranch, il allait enfin pouvoir se défouler, sortir ses démons et ses frustrations, ses sentiments enfouis, ses fantasmes, grâce à l’écriture. Quitte à ce que son prochain roman ne soit pas un récit d’horreur fantastique mais un récit d’horreur tout court, ancré dans la vraie vie.

Oui, pensait-il en lui-même, peut-être que ça surprendra mes lecteurs mais, ce qu’il a de plus effrayant dans la vie, c’est la réalité.

Une fois prit la bretelle d’autoroute, il partit en direction de Tulsa, prochaine étape de son périple. Il y avait encore quelques miles à engloutir avant d’arriver à Forgan, et ils semblaient interminables. Dante décida de mettre le pied au plancher, plus vite arrivée, mieux ce serait.

Après une dizaine de minutes d’une conduite à vive allure, des lumières rouges et bleus firent leurs apparitions dans son rétro ainsi qu’un bruit strident.

Manquait plus que la flicaille, merde !

« – Ranger vous sur le côté immédiatement ! Immédiatement ! »

Le haut-parleur ? Carrément ? Les lumières et les coups de sirène n’étaient pas suffisants ? Un cow-boy ! J’en suis sûr !

Rand mit son clignotant à droite, ralentissant pour s’arrêter sur la bande d’urgence. Pas besoin de faire l’innocent, il avait roulé comme un malade.

Donnes moi ton amende, je te paie immédiatement et je me casse.

Les ‘bouseux’, il en avait sa claque, mais là, c’était un bouseux flic. Et Dieu sait que ça pourrait vite tourner au vinaigre au moindre mot de travers.

Il voyait déjà les gros titres dans la presse et sur internet « Dante Rand, le nouveau Stephen King, arrêté pour outrage à agent, refus d’obtempérer dans un trou pommé de l’Oklahoma. » Toute publicité est bonne à prendre dit-on, mais celle-là, il préférait s’en passer.

Il vit le flic sortir de son rutilant 4×4, tous feu encore allumés. Un chapeau vissé sur la tête, une chemise bardée d’insignes superficiels, sûrement pas réglementaire d’ailleurs, et un pantalon marron qui semblait lui coller à la peau, rentré dans une paire de botte de motards brillante. C’était à quoi ressemblait son policier.

Génial, j’ai le droit aux Village Peoples maintenant.

Il souriait de sa plaisanterie quand le flic toucha la carrosserie de sa berline allemande, geste que Rand trouvait énigmatique.

C’est sûrement un truc qu’ils font pour se donner un genre. Un truc qu’ils voient dans les films et qu’ils reproduisent pour montrer qu’ils ne rigolent pas. Sacrés clowns !

« – Vous souriez monsieur ! Vous savez pourquoi je vous arrête sûrement ?

  • – Je roulais un peu vite ?
  • – Un peu ? Un peu beaucoup oui. Papier du véhicule ainsi que licence de permis de conduire s’il vous plaît. »

Tom se pencha sur le siège passager, ouvrit la boîte à gants, et sortit les papiers. Il prit son portefeuille et tendit le tout.

« – Votre tête me dit quelque chose. Dit le policier.

  • – Ah ?
  • – Oui oui… »

Le policier regarda le permit de conduire et s’esclaffa :

« – Putain mais c’est vous ! Dante Rand !

  • – Ouai… Ouai c’est moi oui.
  • – Merde alors ! Jamais j’aurai pensé vous rencontrer un jour ici !
  • – La vie est pleine de surprises monsieur l’agent !
  • – Ah vous pouvez m’appeler Leonard ! J’ai adoré « Personne n’est en danger » woaw !
  • – Merci merci.
  • – Nan mais j’en ai fais des cauchemars mec ! Et j’suis flic j’en ai vu des trucs mais merde, c’était diabolique votre truc.
  • – Ah merci, enfin désolé et merci.
  • – Ah ! Merde ! Qu’est-ce que vous faites dans l’Oklahoma ?
  • – Je… Le travail.
  • – Bordel ! Vous allez écrire sur l’Oklahoma ?
  • – Non. Juste prendre un peu de recul, m’isoler pour écrire.
  • – Ah cool. Et ça vous dérange si on fais un selfie ?
  • – Ah… non allons-y. »

Le flic sortit son smartphone de son pantalon moulant, enleva ses lunettes Ray-Ban Aviator, retira son chapeau dévoilant des cheveux blond fins qui commençait à se clairsemées. Il doit avoir dans les 35 ans pensa Rand.

Il tendit son bras armé de son téléphone, se pencha et demande à Rand de sortir sa tête de la voiture pour la photo. Le flash se déclencha, ce qui fit sursauter Dante et lui marqua la rétine de traînées violettes à chaque mouvement et battement des yeux.

« -Ah putain j’oublie toujours d’enlever le flash !

  • – Ça arrive, ça arrive.
  • – Et j’peux avoir un autographe ?
  • – Sur mon PV ?
  • – Nan nan, on va passer l’éponge. »

Le blondinet arracha un bout de feuille d’un petit calepin froissé et un stylo qu’il tendit à Rand.

« -Juste une signature ou un p’tit mot ?

  • – Vous pouvez mettre « À Leonard, vieux briscard ! »
  • – D’accord. »

Il gribouilla le papier, tout en évitant de sourire à la mauvaise dédicace qu’il devait écrire et le tendit au flic.

« -Ah j’vous remercie vous êtes super cool en vrai. »

En vrai ? Et en faux je suis comment ? Non, ne dis rien Dante !

  • « – C’est gentil merci.
  • – Vous pouvez y aller. Au fait, vous allez où ? »

L’écrivain ne savait pas s’il devait dire sa destination. Surtout que c’était un fan ET un flic. Mais il pourrait trouver facilement son ranch avec son ordinateur de service. S’il mentait, Rand était sûr que ce blondinet se vengerait en lâchant l’info à TMZ ou un truc dans le genre… voir pire.

Il doit connaître Peter et consœur…

« – Forgan.

  • – Forg’ ? Y’a personne là-bas ! »

Si Dante avait perdu le contrôle de lui-même à ce moment-là, il se serait cogné la tête contre son volant en espérant que l’airbag l’assomme.

« – Ouai c’est le but, être tranquille pour travailler.

– Là-bas vous aller être tranquille parce que c’est la ville de personne. Merde ça peut être dangereux là-bas, on raconte des trucs…

– J’ai entendu parler oui.

– Z’inquietez pas ! Je vais prévenir mes collègues, comme ça, on sait jamais ! »

Pitié doux Jesus, Aidez-moi !

« – Non non, ne vous donnez pas de mal pour moi, pas d’inquiétude, je suis sûr que ça ira. Mais c’est gentil, vraiment. »

Mais ces dernières paroles étaient inutiles, car l’officier était déjà parti en trottinant dans son SUV, démarra et reparti dans le sens inverse.

Dante Rand s’alluma une nouvelle cigarette et enclencha la marche avant pour reprendre sa route, à vitesse plus respectueusement de la loi cette fois.

Le panneau pour Enid s’affichait, encore 20 miles.

Mon dieu… je suis si proche de Forgan mais j’ai l’impression que je ne vais jamais y arriver…

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 8

Le cœur de Rand fit un bond dans sa poitrine. Putain, putain, putain. Je n’aurai pas du m’arrêter pour une foutue cigarette.

« – Ouai j’vois à ta gueule que t’es un sacré salopard !

  • – Du calme l’ami, de quoi vous parlez ?
  • – De toi et de ta sale gueule de menteur !
  • – Qu’est-ce que vous me voulez ?
  • – J’suis un ami de Peter ! Forgan mec, écoute moi, c’est l’entrée des enfers là-bas !
  • – Mais y’a personne ! Et merde, maintenant je parle comme l’autre raciste de Peter.
  • – Y’a personne car ils se sont barrés pendant ou après le DustBowl. Ceux qui restent c’est des repris de justice ou des criminels recherchés et y’a même des satanistes. Quelle idée de venir habiter à Forgan !
  • – Merci pour vos… informations. Je vais y aller maintenant.
  • – J’t’aurai prévenue yankee.
  • – Ouai. »

Le barbus retira son bras de la portière, Tom referma la vitre tout en démarrant et en regardant dans le rétroviseur, l’inconnu barbu passa son doigt sous sa gorge avec un grand sourire.

Splendide Dante Thomas Rand. Tu viens à peine de poser les pieds dans l’Oklahoma et on te déteste déjà. Le pire, c’est que tu n’es même pas à destination !

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 7

« -T’as une cigarette monsieur ?

  • Euh…
  • Mens pas, j’t’ai vu sortir de chez Marco.
  • Ouai, vous.. vous en voulez une ?
  • Bah si j’te demande à ton avis ! »

Rand sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une.

« -Tu pourrais m’en donner deux ou trois autres hein, yankee, on s’fait pas chier on dirait ! Radin.

  • Oh bah… Rand bafouillait en tendant deux autres cigarettes. On fait aller.
  • Ouai. Le barbu hirsute tapota avec le plat de la main sur le toit de la voiture. Une sacrée allemande !
  • Ouai…
  • Et comment ça va New-York ? Tiens, passe ton feu s’t’e plait.

New-York ? Mais comment il sait que… peut-être que cela se voit sur ma ganache… Ah non ! Mes plaques d’immatriculation…

  • Bah ça va… New-York quoi…
  • Dans quel quartier à New-York ?
  • Hell’s Kitchen.
  • Sans déconner !
  • Non… enfin oui… enfin.
  • J’ai vécu là-bas mec !
  • Ah !
  • Ouai mon gars. Il balança le briquet au visage de Tom.
  • Vous avez vécu longtemps là-bas ?
  • Cinq ans.
  • Ah… c’était y’a longtemps ?
  • Une bonne quinzaine d’année ouai. J’y vivais avec mon ex-femme.
  • Ah… vous avez quitté la Grosse Pomme après le divorce ?
  • Divorce ? AH ! Non elle est morte donc j’me suis barré.
  • Désolé, mes condoléances.
  • Désolé de quoi ? J’ai pris la thune et puis j’me suis barré ! »

Oui, et maintenant t’es là, à quémander des clopes à des inconnus dans la rue…

« -Bon, je crois que je vais repartir sur la route, moi. Enchanté d’avoir fait votre connaissance.

  • Où ?
  • Comment ?
  • Repartir pour où ?
  • Euh… Lawton.
  • Ah…
  • Je vous souhaite le meilleur.
  • Attendez une minute. Vous vous foutriez pas un peu de not’ gueule ?
  • Pardon ?
  • Z’avez dit à Peter que vous partiez pour Forgan dans vot’ ranch réaménagé ! »

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 6

Putain de bordel de merde ! Voilà ! Voilà pourquoi il fallait rester à New-York ! Pourquoi ce trou paumé remplis de cul-terreux analphabètes ? Le retrait idyllique de l’artiste ? Le fantasme de l’écrivain ermite à la Tolstoï ? C’était un délire de nouveau riche oui !

Il fit vrombir la voiture en marche arrière et passa en marche avant en faisant crisser les pneus. Un bref coup d’œil au dîner. Peter était à l’entrée et le regardait partir. L’envie de lui faire un doigt d’honneur lui démangeait mais il ne le fit pas. Il avait de l’honneur, lui. Insulter de la merde n’en ferait pas de l’or.

Il allait rouler aussi loin que possible, ne s’arrêter que pour l’essence. Il mangerait un MacDonald, dans sa nouvelle voiture. Mieux valait ça que de retomber sur un tel connard, pensait-il.

L’envie d’allumer une cigarette lui taquinait l’esprit. Il avait arrêté depuis trois ans, trop cher, un luxe pour un écrivain sans le sou. Mais maintenant, il pouvait se le permettre. Juste une, pour décompresser un peu, faire un break. Il s’arrêta sur le parking d’un petit magasin. Par chance, pour l’écrivain, le parking et le magasin étaient vide. Dante entra et ressortit presque aussitôt du petit commerce, un paquet de Camels longues dans la main.

Il fuma dans sa voiture. Sa toute nouvelle voiture qui sentait bon le neuf.

Je ne suis même pas arrivé que je commence déjà à faire des conneries.

Un enchaînement de bruit éclata près son oreille gauche. Un type à la barbe hirsute lui faisait signe de baisser sa vitre. Ce qu’il fit sans vraiment réfléchir. Peut-être aurait-il mieux fallu ne rien faire.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 5

La route avait été bonne voir même agréable jusqu’à la frontière de l’Oklahoma. Arrivé à Westville, dans le comté d’Adair, il s’arrêta dans un vieux Diner pour manger. Déployant sa carte routière à côté de son assiette, il détailla son trajet ; d’ici à Tulsa. Puis de Tulsa jusqu’à Cherokee. Une bonne nuit de repos et il serait arrivé.

Une ombre apparue sur sa carte. Un homme dans la cinquantaine en salopette, botte et vieille chemise à carreaux de bûcheron était penché au dessus de lui et regardait la carte routière de Dante.

« – Z’avez besoin d’aide ? Demanda l’homme.

  • Non merci c’est gentil je vérifie juste ma route.
  • Dites-moi où vous allez. J’suis routier depuis trente ans, j’connais l’État comme ma poche.
  • Depuis trente ans ?!
  • Ouai ouai, l’asphalte c’est ma vie !
  • Je pense bien ! Trente ans !
  • Alors, z’allez où ?
  • À Forgan.
  • Forgan ? Qu’est z’allez fout’ là-bas m’ssieur c’est perdu !
  • J’ai… j’ai acheté un ranch, rénové et tout et tout.
  • Z’allez faire un triste paysan car y’a pas grand chose pour les bêtes là-bas. Même le diable il s’y emmerderait ! »

Dante Crand commençait légèrement à s’irriter. Si ils sont tous comme ça dans ce pays, je vais commencer à regretter, pensa-t-il en lui-même. Je suis sûr que c’est un de ces pèquenauds qui soutiennent encore Trump, malgré sa défaite à la dernière élection présidentielle.

L’écrivain croyait avoir une sorte de don, il pouvait juger les gens aux premiers regards.

Peut-être que si je me présentais, avec un peu de chance, il me connaîtra… et qui sait, peut-être m’a-t-il déjà lu ?

« -Ah laissez moi me présenter ; Dante Crand, je suis auteur.

  • Qu’est-ce qu’un gratte-papier va foutre là-bas ?
  • Ah… c’est pour être tranquille.
  • Croyez-moi, vous l’serez y’a personne là-bas ! »

Dieu merci, car, s’ils étaient tous comme toi, je me serai tiré une balle dans la tête.

« -Et vous ?

  • Moi quoi ? Ah oui, j’mappelle Peter Springsteen et…
  • Springsteen ? Comme Bruce !
  • Je n’ai aucun lien de parenté avec cette tarlouze de démocrate ! »

Bingo !

« – Je… le trouve plutôt bon musicien moi.

  • Une pédale que j’te dis qu’c’est moi ! Et maintenant v’la qui fait des trucs comme toi, un bouquin avec le Obama, cette espèce de sale…
  • Ok d’accord j’ai compris, rien avoir avec Bruce. Donc vous avez des conseils, une route à prendre plutôt qu’une autre ?
  • Bah j’vais jamais dans ce coin-là car y’a rien là-bas. »

Rand commençait à en avoir marre de ce plouc raciste et homophobe, qui ne faisait que répéter la même chose. Il replia sa carte.

« -Z’ecrivez des livres ?

  • O… Oui.
  • Ça marche bien ?
  • Oui, j’ai pas à me plaindre.
  • J’vois ça, une belle berline, un ranch, ça recrute les librairies ?
  • Bah… non… En fait on travail pas pour les librairies, mais plutôt pour une maison d’édition vous voyez ?
  • Bah librairie, maison, c’est pareil pour moi. Z’avez des conseils pour un gars qu’veut écrire ?
  • Vous voulez écrire ?
  • Bah, j’ai pleins d’histoires à raconter d’ma vie sur la route et des trucs comme ça.
  • Hey bien… le mieux c’est d’écrire tous les jours et de lire beaucoup puis, une fois que vous sentez que ce que vous avez écrit est bon, envoyez votre manuscrit à une maison d’édition.
  • Manus’ quoi ? »

Dante se leva, replia sa carte rapidement, laissa quelques billets de pourboire et commença à prendre la direction de la sortie.

« -Je vais y aller euh.. Peter !

  • Bah z’etes pressé ? Y’a personne qui vous attends là-bas y’a personne.
  • J’ai… je dois faire un peu l’état des lieux, voir si tout a bien été fait, si tout a été installé comme il faut. Et il me reste encore de la route.
  • Ouai… Vous v’nez d’où au fait ?
  • Hell’s Kitchen, New York.
  • Ah y’a beaucoup de monde là-bas !
  • En effet !
  • Tous des enculés qu’votent démocrate ! Z’etes un gay comme on dit maintenant ? Un LGB machin-truc ?
  • Non non… je dois vraiment y aller Peter, au revoir.
  • C’est ça ouai. Espèce de pédale ! R’met plus les pieds ici ! Et où t’va y’a personne car le démon, oui, le démon y vit ! »

Thomas sortit en trombe du dîner, en jetant des regards derrière lui.

Bienvenue dans l’Amérique profonde…

Jaskiers