Dante’s Dusty Roads – Chapitre 7

« -T’as une cigarette monsieur ?

  • Euh…
  • Mens pas, j’t’ai vu sortir de chez Marco.
  • Ouai, vous.. vous en voulez une ?
  • Bah si j’te demande à ton avis ! »

Rand sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une.

« -Tu pourrais m’en donner deux ou trois autres hein, yankee, on s’fait pas chier on dirait ! Radin.

  • Oh bah… Rand bafouillait en tendant deux autres cigarettes. On fait aller.
  • Ouai. Le barbu hirsute tapota avec le plat de la main sur le toit de la voiture. Une sacrée allemande !
  • Ouai…
  • Et comment ça va New-York ? Tiens, passe ton feu s’t’e plait.

New-York ? Mais comment il sait que… peut-être que cela se voit sur ma ganache… Ah non ! Mes plaques d’immatriculation…

  • Bah ça va… New-York quoi…
  • Dans quel quartier à New-York ?
  • Hell’s Kitchen.
  • Sans déconner !
  • Non… enfin oui… enfin.
  • J’ai vécu là-bas mec !
  • Ah !
  • Ouai mon gars. Il balança le briquet au visage de Tom.
  • Vous avez vécu longtemps là-bas ?
  • Cinq ans.
  • Ah… c’était y’a longtemps ?
  • Une bonne quinzaine d’année ouai. J’y vivais avec mon ex-femme.
  • Ah… vous avez quitté la Grosse Pomme après le divorce ?
  • Divorce ? AH ! Non elle est morte donc j’me suis barré.
  • Désolé, mes condoléances.
  • Désolé de quoi ? J’ai pris la thune et puis j’me suis barré ! »

Oui, et maintenant t’es là, à quémander des clopes à des inconnus dans la rue…

« -Bon, je crois que je vais repartir sur la route, moi. Enchanté d’avoir fait votre connaissance.

  • Où ?
  • Comment ?
  • Repartir pour où ?
  • Euh… Lawton.
  • Ah…
  • Je vous souhaite le meilleur.
  • Attendez une minute. Vous vous foutriez pas un peu de not’ gueule ?
  • Pardon ?
  • Z’avez dit à Peter que vous partiez pour Forgan dans vot’ ranch réaménagé ! »

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 2

Des idées pour son prochain roman lui venaient à l’esprit, sans effort. Il allait s’inspirer de son ranch situé au milieu de nulle part. Pourquoi pas l’histoire d’une famille qui s’installerait dans un ranch abandonné et qui, au fur et à mesure de sa rénovations, laissait paraître d’étranges phénomènes ? Et si leur fils commençait à avoir des crises d’épilepsie qui serait en faite une possession démoniaque ? Et s’il ajoutait à ça l’ancienne famille qui vivait dans le ranch autrefois, trouvant la misère et la mort à cause du dustbawl ?

Pleins d’idées se bousculaient dans sa tête. Le bonheur même irradiait son corps. Toute cette inspiration lui venait car, pensait-il, il était enfin Libre et heureux !

Bien qu’il soit en possession d’une immense propriété, et surtout d’un ordinateur portable dernier cri, il était excité d’essayer enfin cette machine à écrire, une vielle Remington Noiseless noire qu’il avait acheté dans une boutique d’antiquaire à New-York.

Il se rappelait son grand-père, journaliste, qui n’avait pas lâché sa machine à écrire Underwood de toute sa vie, même quand l’analogue et plus tard l’informatique s’étaient imposés.

Il s’imaginait déjà fumer sa cigarette tout en faisant claquer les touches de sa machine : tac tac tac tac tac DING ssschwwwwift tac tac tac tac tac.

Comment ne pouvait-il pas être heureux ? Son succès avait été insolent jusqu’ici. Mieux ne valait pas trop réfléchir à toute cette attention qui lui était tombée dessus avec le succès de son livre. Il devait garder la tête sur les épaules. Venant d’une famille de cols bleus, il devait considérer l’écriture comme de l’artisanat.

Jaskiers

J’ai fait un mauvais rêve… ou un bon cauchemar. (Billet onirique ?)

C’était bien la première fois depuis longtemps, en faite, depuis toujours que je m’étais réveillé avec l’impression que j’étais heureux d’être vivant. Dans ma vie courante, ce sentiment, je ne l’avais pas eu depuis longtemps.

Il m’a fallu ce « rêve » pour réaliser, non, ressentir, le temps de quelques secondes, que je devrais profiter de la vie et arrêter de me tracasser pour un rien.

Mais ce sentiment est venu quelques minutes après mon réveil, j’étais secoué par le cauchemar que je venais de faire.

Voici le rêve que j’ai fait durant la nuit du 03/06/2022 au 04/06/22 :

J’étais dans un hôpital avec une perfusion dans le bras. J’avais un cancer en phase terminal et j’allai mourir d’une minute à l’autre.

Cancer de quoi ? Je n’en sais rien, je me rappelle avoir mal à la cuisse gauche, j’étais épuisé et terrorisé d’attendre la mort.

Je sais qu’il y a plus de détails de ce rêve mais ils sont passés aux oubliettes de ma mémoire. Vous savez, quand vous avez fait un rêve dont vous ne vous souvenez pas mais que les sensations que vous a laissées ce dernier vous tenaille la poitrine et hante vos pensées… C’est frustrant de ne pas pouvoir se souvenir. Le corps, lui s’en souvient, mais l’esprit a décidé qu’il fallait l’oublier.

Je me rappelle l’attente terrible de ma dernière seconde de vie. Puis, je suis sortie de l’hôpital pour faire une dernière balade avant ma mort.

Le soleil reflétait ses rayons sur une des façades de l’hôpital, comme si les vitres de ce dernier étaient des miroirs.

Je vis mon père, maigre, la peau jaunie et tout aussi épuisée que moi, me rejoindre. Je ne me rappelle plus du tout de ce dont nous avons parlé.

Pour information, mon père est mort d’un cancer.

Puis, je retournais dans ma chambre, seul. Un tout petit peu moins terrorisé.

Mais l’attente et surtout cette douleur qui se propageait dans mon corps reprît sa terrible emprise.

Et je me suis réveillé, en sueur, le cœur battant. Puis, j’ai allumé une cigarette pour décompresser et c’est là que j’ai ressenti cette sensation d’être en vie, relativement en bonne santé (ironique de dire que je fumais en même temps d’avoir cette pensée…) et qu’il fallait que j’arrête de me monter la tête pour des petits riens. Et puis, les réminiscences du rêve-cauchemar revinrent me hanter.

J’ai, à l’époque où j’écris cet article, c’est-à-dire le jour même de ce cauchemar, lu pas mal sur la vie de Jim Morrison, sur sa philosophie de vie. Je lisais le « Photojournal » de Frank Lisciandro sur sa relation avec Jim. Il parlait dans ce livre des écrits de Jim sur ses rêves et cauchemars qu’il avait pour habitude d’écrire sur ses carnets notes. Morrison portait une attention particulière à ses rêves, au monde onirique. Je l’ai lu dans sa poésie et on peut l’entendre dans la musique des Doors.

De plus en plus, je remets en question la vie, pas MA vie mais LA vie. Je commence à être persuadé que nous ne voyons qu’une infime partie de notre monde, que la vie a des mystères, des choses puissantes, peut-être peut-on parler de dimensions ou de plusieurs mondes, parallèles au notre. Des choses invisibles, des choses dont nous perdues la capacité de voir et ressentir.

Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Égyptiens de l’Egypte antique, ils semblent qu’ils avaient une vision différente, ou mieux, une relation différente avec notre monde. Évidemment, pour les Égyptiens de l’antiquité, cette réflexion est étoffée de toute cette culture connue dans le monde entier, mais les Indiens d’Amériques, bien que martyrisés, mal traités encore aujourd’hui, ont gardé la sagesse, certains rites et secrets qu’ils protègent depuis je ne sais combien de milliers d’années mais qui reste, je pense, trop inconnus du grand public. J’aimerais parler avec l’un d’entre eux. Nous ne pouvons juger de leurs visions du monde car leur peuple, coutumes, croyances, rites, existent depuis des millénaires, enfin je présume. Ils savent, leurs ancêtres savaient des choses sur notre monde, des facettes que nous avons oubliées.

Ce rêve était peut-être une mise en garde ; ne pas trop chercher ce que je ne pourrai pas supporter. Ou peut-être est-ce l’inverse, une sorte de renaissance. Ou bien, c’était juste un rêve.

Un rêve qui m’a marqué. Je fais souvent des rêves, je les écris sur mes carnets depuis presque 8 ans maintenant. Mais j’avais envie de partager ce rêve avec vous car, au fond de moi, je le trouve important. J’entamerai, bientôt je l’espère, des lectures pour ouvrir un peu mes horizons et m’éclairer un peu sur ce monde qui cache à nos yeux des facettes oubliées. C’est peut-être aussi ça le problème, nous ne pensons et croyons qu’avec les yeux. Jim Morrison l’écrivait, nous sommes dépendants des yeux, ils nous offrent un monde, un seul et nos autres sens sont dominés par eux. Je pense qu’il nous faut nous reconnecter à la nature, à notre nature pour pouvoir découvrir le reste et nous émanciper de la dictature de la vue.

Je parle comme si j’étais fou. Et je le suis un peu. Et je revendique que les fous ont peut-être raison. Peut-être voient-ils quelques choses que le commun des mortels ne voit pas où ne veut pas voir et réprime ces fous. Avons-nous peur d’eux parce qu’ils sont fous ou parce qu’ils voient des choses que nous ne pouvons pas voir ni comprendre ? Peut-être que ces fous sont devenus fou car ce qu’ils ont découvert, les choses dont ils ont fait l’expérience les ont laissés sur le carreau. Parce que nous avons oubliés que l’existence est autre chose que le monde physique et observable à l’œil.

Suis-je à la recherche de la Vérité comme Proust, enfant, dans le jardin de grand’tante Léonie à Combray ? Et, qu’en saurais-je que j’ai trouvé cette Vérité ?

À la recherche d’un monde plus juste, doux qui a un sens. Que nous ne pouvons avoir mais qui est là.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

L’homme du café

Avertissement : ce récit fait presque 4 000 mots. Lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de la diviser en chapitre.

Le café des Soupières était le refuge d’Eva pour relâcher la pression. Métro, boulot, café et direction l’appartement.

Sa patronne, qui serrait les vis à en tordre un tournevis, était tout le temps sur son dos. Ajoutez à cela que la matrone aimait se montrer odieuse et imbue à souhait, un métro qui sentait l’urine, la bière premier prix et le déodorant bon marché et le burn-out pointait le bout de son nez. Un café silencieux, excepté pour le bruit des cuillères tournant dans les tasses, avec un bon parfum de café chaud, le chauffage durant l’hiver et la climatisation pendant l’été, des tenanciers aimables et discrets, faisait office de havre de paix et de repos.

C’était ici qu’Eva se déconnectait de la réalité, prenait ses distances avec une vie de stress intense. Elle sortait son petit carnet de croquis Moleskine, un crayon de papier et commençait à dessiner des robes, des chapeaux, des chaussures. Elle avait espéré quand devenant l’assistante d’une créatrice de mode en vogue, elle pourrait, un jour, se lancer dans l’aventure et devenir, elle aussi, une créatrice de mode. Elle avait le talent, le coup de crayon, l’imagination et les connaissances requises du monde de la mode, son fonctionnement, ses codes et savait ce qu’elle pourrait y apporter. Mais jamais elle n’avait eu le courage, jusqu’ici, de présenter son travail à sa diablesse de patronne.

Elle s’installa à la même table que d’habitude, à côté de la fenêtre donnant sur la partie la plus grouillante de vie de la ville. Elle aimait faire de pause dans ses dessins et regarder les passants, leur style, leur vêtement. Elle avait le talent de voir quel vêtement serait à la mode la saison prochaine juste en observant les gens qui déambulaient devant cette fenêtre.

Elle voyait souvent les mêmes personnes, à heure fixe, sûrement partaient-ils pour le travail ou pour sortir entre amis.

Mais à partir d’un moment, elle ne saurait pas dire depuis quand exactement, elle pouvait voir cette personne. Impossible de savoir si c’était un homme ou une femme, habillé tout le temps avec un long manteau bleu foncé, un trench-coat pour être exacte, un chapeau qui lui descendait jusqu’aux yeux, et il ou elle semblait avoir les cheveux coupés court, ce qui était en vogue chez les femmes en ce moins de novembre.

Cette personne avait attiré son œil, son habillement était basique, selon les codes de la mode actuelle à New-York, mais c’était son comportement qui était le plus curieux.

La personne ne bougeait presque pas, adossée au mur juste en face de la fenêtre de la table où Eva avait pour habitude de déguster son café, à une dizaine de mètres, sur le trottoir d’en face. Voir tous ces gens se presser et cette personne rester presque immobile était curieux. Et effrayant.

Cet individu arrivait exactement au même moment où la jeune femme allait prendre son café après le travail. La pauvre Eva ne pouvait dire de quel côté il arrivait avant de s’adosser au mur.

À force d’observer cette personne, de jour en jour, elle pouvait distinguer qu’elle portait une paire de lunette noir, très épaisse, du genre que les célébrités excentriques mettent pour prétendre vouloir ne pas se faire reconnaître.

Elle observa aussi que son admirateur, c’est comme cela qu’elle l’appelait, portait des gants bleus en cuir, ou similicuir. Malgré ses recherches, elle ne put découvrir la marque de son trench-coat, son chapeau, qui était banal, unisexe et noir ne demandait pas la peine de faire d’effort pour trouver sa marque. Elle ne pouvait distinguer que difficilement les chaussures de la personne, elle n’avait l’opportunité de les voir que quand elle se déplaçait. Il semblait à Eva que l’individu portait des bottes, avec un petit talon. Elle fit quelque recherche sur Google pour trouver des modèles de bottes « de ville », là aussi, unisexe, rien de probant et la marque, là aussi, pouvait être n’importe laquelle.

Au bout de trois semaines de ce curieux spectacle, Eva décida d’arriver plus tôt devant le café mais sans y entrer, quelque minutes avant l’horaire habituel, pour voir d’où l’étranger allait arriver et observer sa réaction quand il découvrirait qu’elle était en retard.

Mais la personne était déjà là, même, elle fit un signe à Eva, amical, de la paume de la main, puis s’adossa sur le mur.

Eva avait peur, cet inconnu semblait savoir ce qu’Eva avait essayé de faire. Elle n’avait pour l’instant par le courage d’aller se confronter à cet étrange personne. L’idée de demander à une amie de l’aider ne l’enchantait pas du tout, craignant être prise pour une folle et voir se ternir sa réputation dans le monde belliqueux de la mode.

Elle prit sa table habituelle, et regardait fixement l’intrus. Elle ne pouvait se concentrer sur rien d’autre, son sketch book contenait déjà plusieurs dessins de ce curieux personnage. Elle ne pouvait se concentrer sur quelqu’un d’autre depuis ces trois semaines.

Une réflexion se fit jour en elle ; et si elle était la seule à pouvoir le voir ? Car, jamais, il ou elle n’interagissait avec quelqu’un d’autre, les gens passaient à côté sans jamais un regard, ni même un mot, ni une plainte envers l’individu, ce qui était rare à New-York. N’importe quelle personne lambda recevrait une bordée d’insulte si elle restait comme cela, à occuper une partie du trottoir. Les gens dans cette ville étaient pressés.

Décidément, quelque chose clochait, ou bien devenait-elle folle à cause du surmenage. Étant une habituée du café, mais n’ayant jamais échangé avec ses tenanciers plus que nécessaire, elle puisa en elle le courage de demandé à la barista si elle aussi voyait cet homme.

« – Bien sûr, en faite il vient toujours quand vous êtes là. D’ailleurs, avec les collègues, on se demande s’il ne vous harcèle pas.

  • Depuis environ deux semaines, ce type m’observe à chaque fois que je bois mon café.
  • Vous voulez que j’envoie quelqu’un lui parler ?
  • Vous pouvez faire ça ?
  • Oui, Swan, vous savez notre serveur.
  • Je ne voudrais pas que ça dégénère.
  • Swan est gentil mais il ne faut pas trop le chercher, ne vous inquiétez pas pour lui. Swan ?!
  • Ouai ?
  • Tu sais le type louche qui vient quand Eva… excuse-moi, ça ne vous dérange pas que j’vous appelle Eva ?
  • Non aucun soucis mais…
  • Pourquoi tu m’as appelé ?
  • Le type qui se ramène à chaque fois qu’Eva vient, tu ne voudrais pas lui demander d’arrêter son manège ?
  • Il vous harcèle ?
  • Je ne sais pas si on peut appeler ça du harcèlement mais… il est toujours là quand je viens.
  • Ouai, on avait remarqué ça, j’vais lui demander ce qu’il cherche à la fin. »

Swan enleva son napperon, remonta ses manches de chemises et sortit tout de go.

Les deux femmes regardèrent par la vitre ce qui allait se passer.

La mystérieuse personne était planté là, et ne vit pas tout de suite que Swan s’avançait vers lui. Il sembla sursauter aux paroles de Swan. Ce dernier faisait de grands gestes en indiquant le café. L’autre restait immobile, Swan se rapprocha de son visage, et semblait avoir haussé le ton car les passants se retournaient vers eux.

D’un coup vif, la personne poussa le brave Swan puis partit en courant. Le serveur se releva, il jeta un regard vers le café, incrédule. Il se releva pour partir à sa poursuite mais Marlène et Eva étaient sorties et lui crièrent de revenir. Ce qu’il fit.

« – Quel fou ! Il est dangereux ce type ! J’appelle les flics ! Dit Swan

  • Non c’est pas la peine…
  • Si Eva ! Il a agressé Swan et puis vous pourrez leur dire qu’il n’arrête pas de vous harceler.
  • Ce n’est pas vraiment du harcèlement…
  • Si ! Éructa Swan.
  • Est-ce un homme ou une femme ?
  • J’en sais rien, le type est camouflé avec son chapeau et ses lunettes. Il ou elle a fourré son visage dans le col de son trench-coat quand je l’ai apostrophé.
  • Encore un tordu.
  • N’appelez pas la police s’il vous plaît, j’ai trop de travail, trop de choses à faire. Il ne m’embête pas, il me regarde juste. Appelez-les parce qu’il vous a agressé mais ne leur parlais pas de moi.
  • Si je ne leur parle pas de vous, ils vont me demander pourquoi je suis allé à sa rencontre.
  • Ne les appelez pas. Plaida Eva.
  • D’accord. Tout compte fait c’est mieux comme ça. Si jamais il revient, je lui rendrai la monnaie de sa pièce !
  • Non Swan non ! On va avoir quelle réputation nous après ?
  • Mieux vaut que nous ayons une mauvaise réputation qu’Eva finisse dans le caniveau, sans vie. »

Swan rentra dans le café, agité. Il rattacha son napperon et partit dans l’arrière-boutique.

« – Vous prendrez quoi ?

  • Ah… comme d’habitude Marlène. »

Les deux femmes rentrèrent. Marlène se dirigea vers ses machines à café et Eva s’installa à sa place habituelle, légèrement inquiète de ne plus voir son admirateur. Elle s’était habituée à sa présence.

Marlène lui servit son café. Eva sortit son Moleskine et à son grand bonheur, réalisa qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas dessinée autre chose que l’étrange personnage depuis des semaines.

Un mois plus tard, Eva venait toujours à son café. Son admirateur n’était pas revenu. Le mystère de sa présence la hantait encore. Elle faisait ce songe la nuit où cette personne rentrait dans le café, s’asseyait en face d’elle, et malgré les questions d’Eva sur son identité, l’admirateur ne répondait pas. Quand Eva montait le ton, il se levait de sa chaise et partait en courant. La jeune femme se réveillait en sueur.

Tout le mois, elle put dessiner et s’inspirer des passants de la rue comme avant, sauf qu’elle ne dessinait plus autant. Son regard se posait sur le mur ou s’adossait habituellement son « prédateur » comme l’avait surnommé Swan. Elle était devenue proche des employés du café. Restant parfois plus longtemps que d’habitude pour faire un brin de causette. Elle avait même le droit à des tasses de café à l’œil. Tous les jours, pourtant, le sujet du prédateur revenait sur le tapis. Eva voulait savoir si Marlène, ou Swan, avaient vu cette personne dans les parages. Et depuis un mois, la réponse était non.

Un soir qu’elle rentra dans son appartement, elle découvrit dans sa boîte aux lettres une enveloppe, pas d’adresse, ni de timbre. Quand elle l’ouvrit, elle trouva 1 000 $ et un mot griffonné sur un bout de papier froissé : « Pour tes débuts dans l’industrie de la mode. D’autres coupures arriveront. Signé : ton ‘prédateur’ »

Abasourdie par les billets et le mot, elle se laissa choir sur son canapé. Il ou elle était de retour, connaissait son adresse et surtout, son plus grand rêve.

C’était forcément quelqu’un qu’elle connaissait, où qu’elle avait connue. Elle fit mentalement le tour des personnes qui pouvait être se cacher derrière ce personnage. Ses collègues, ses anciennes amies de la Fac, ses anciens petits amis, des stagiaires, l’entourage de sa patronne. Elle cherchait un profil, celui typique de la personne discrète mais toujours là. La personne qui faisait peur à tout le monde par son silence et ses attitudes étranges. À la fac, il y en avait une bonne poignée, de ces gens-ci, mais aucun qui ne pouvait la connaître et elle n’en avait fréquenté aucun.

Au travail, le profil s’étoffa, elle pouvait y mettre les traits de caractères dominants dans son milieu, la jalousie et les rivalités. Mais cela ajouta beaucoup trop de personne à sa liste mentale de suspects.

Le stade de la lettre non timbré, donc juste déposée dans sa boîte aux lettres, était préoccupant, car la personne savait exactement où elle vivait, elle s’était même déplacée.

« Peut-être devrai-je appeler la police » pensa-t-elle. Car la personne, maintenant,semblait proche. Trop proche. Mais que leur dire ? Que feraient-ils ? Que pourraient-ils faire ? La croiraient-ils ?

Trop d’inconnus. Elle ne pouvait qu’avertir ses proches et ses amis du café qu’il était revenu. Sa famille réagirait avec empressement, mais elle couperait court à leurs inquiétudes tout en étant franche avec eux. Elle avertirait aussi sa patronne, bien qu’elle se doutait qu’elle s’en ficherait pas mal. Mais il fallait que le plus de monde possible sachent, au cas où…

Quand sa famille fut avertie, elle eut droit à une vague d’inquiétude. Sa mère ayant même appelé la police qui lui répondit qu’ils ne pouvaient rien faire, c’était à leur fille de le signaler. Marlène et Swan furent, eux aussi, inquiets de la tournure que cela prenait.

Mais c’est en parlant à sa patronne que la chose prit une tournure surprenante.

« – Attendez Eva ! Quoi ?

  • Je suis… harcelée par une personne.
  • Oui, ça j’ai compris, mais il ressemble à quoi cet homme ?
  • Je ne sais pas si c’est un homme.
  • Mais il ressemble à quoi ?
  • Il porte toujours un trench-coat, un chapeau et des bottes de ville.
  • C’est pas possible !
  • Madame ?
  • Mais non !
  • Vous avez un problème madame ?
  • Eva dite moi… cet homme… il vous a contacter ? Il vous a donné de l’argent pour votre carrière ?
  • Oui comme je vous l’ai dit…
  • Non ! Non ! Je refuse que… n’acceptez jamais son invitation ni son argent !
  • Mais vous le connaissez ?
  • Oh oui je le connais ! Et je refuse. Oui je refuse que vous vous mettiez en contact avec lui !
  • Je n’ai jamais parlé avec lui… mais qui est-ce madame ?
  • Vous n’avez pas besoin de le savoir, ne le contactez pas c’est tout ce que je vous… consei… je vous l’interdît !
  • Mais… dites-moi moi ce que tout cela signifie !
  • Écoutez, ignorez-le.
  • C’est ce…
  • Écoutez, j’ai… un changement d’agenda, je dois… aller… faire quelque chose. Rentrez chez vous et surtout restez-y… enfin je veux dire n’y allait pas… enfin. Allez, du balai laissez-moi. Vous êtes en repos aujourd’hui.
  • Mais…
  • Pas de question, allez ! »

Eva rentra chez elle, jetant des coups d’oeil à chaque coin de rue, à chaque fenêtre. En rentrant chez elle, elle découvrit une nouvelle enveloppe. Non timbrée, sans adresse. Elle hésita à l’ouvrir mais quelque chose la poussa à satisfaire sa curiosité, surtout depuis que sa tyrannique patronne semblait connaître cette inconnu.

En plus d’une autre coupure de billets, la jeune femme sortie une lettre de l’enveloppe.

« Ma chère Eva ;

Votre tour est venu de prendre la relève ! Je vous invite à me rejoindre au 75 street Corner vers 21 h. Entrez dans le vieux pub appelé « Le Trèfle », demandez au barman un « cocktail de jus de citron vert bien épicé ». Il vous demandera de le suivre. Suivez-le sans crainte. Il vous mènera jusqu’à moi. Là, vous aurait les réponses à vos questions.

Je comprends que vous ayez peur. Je ne peux que vous rassurer et vous dire que tout se passera bien. Je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je pense vous aider pour votre carrière et votre futur.

Venez seule surtout.

Je vous offre une opportunité. Nous aurons amplement l’occasion d’en discuter.

Ayez confiance et n’écoutez pas votre patronne, Madame Wintord. Je ne vous veux aucun mal.

Sincèrement.

Votre ‘predateur’. »

Eva posa la lettre après l’avoir relue trois fois.

Étonnamment, elle n’avait plus peur, en faite, elle l’aurait été si sa patronne n’avait pas été si alarmé par cette situation. Jamais elle ne l’avait vue si angoissée, stressée, à deux doigts de perdre contrôle. Venant d’une femme qui depuis trois ans n’avait jamais exprimée autant de peur qu’aujourd’hui, quelque chose en elle l’a poussé à avoir le fin mot de cette histoire.

Elle attendit seule 20h30. L’attente avait été presque insupportable, la jeune femme n’avait prévenu personne.

La jeune femme s’habilla confortablement, pas de talons, pas de robe. Parce qu’il lui faudrait peut-être être à l’aise en cas de pépin et pouvoir détaler rapidement.

Elle fit le chemin à pied, la nuit était tombée. Les rues restaient animées. Les gens faisaient la fête ou flânaient. Eva était, dans ses ruelles, la seule personne pressée.

Elle trouva le pub du « Trèfle », un petit bar dont l’entrée était sous la chaussée de la route, chose habituelle dans cette grande, vielle, mais moderne ville.

La jeune femme entra et se sentie dépaysée par le décor, très champêtre, typiquement irlandais, du pub.

Les quelques clients la regardèrent puis se détournèrent vivement. Eva se dirigea vers le barman, petit homme enrobé, les cheveux clairs, des yeux bleus perçants et fatigués, qui l’accueillit en lui demandant ce qu’elle désirait.

Eva paniqua quelque seconde, ne se rappelant plus ce qu’elle devait lui dire. Elle balbutia quelques mots avant de se ressaisir.

« Je voudrais un cocktail de citron vert bien épicé. »

À ces mots, le barman la regarda droit dans les yeux, la surprise s’afficha sur son visage le temps d’une seconde, puis, posant son torchon, il lui demanda à voix basse de le suivre.

L’irlandais l’emmena dans ce qui semblait être une terrasse, ils la traversèrent pour descendre un escalier. Arrivé devant une porte en bois massif, le barman sortit son trousseau et ouvrit la porte qui grinça bruyamment.

« – Veuillez entrer. »

Eva hésita, mais devant le regard sévère de l’irlandais, elle se sentit gênée de le déranger et de le faire attendre. Elle passa le seuil de la porte qui se referma violemment derrière elle, la serrure faisant retentir sa sinistre musique. Pas de retour possible.

Plongé dans les ténèbres, la lumière s’alluma brusquement. Eva vit où elle se trouvait, comme un immense parking souterrain dont on ne voyait pas la fin. Les murs étaient peints d’un gris métallisé et propres. La modernité détonnait comparée au pub très rustique.

Des immenses pilonnes en deux rangées, espacés régulièrement occupaient l’espace. Et une chaise avec une personne assise en plein milieu.

« – Donc tu es venue ! »

La voix raisonnée, c’était celle d’un homme.

« – Avance ma chère Eva avance. N’aie pas peur. C’est normal de l’être, mais ai confiance ! »

La voix était douce, aucune méchanceté ne semblait s’y loger, dans le ton et la manière de parler de l’homme.

Eva s’approcha lentement.

« – Je doutais que tu viendrais, vraiment. Mais je suis heureux. Cela me réconforte. J’ai encore fait le bon choix.

  • Quel bon choix ?
  • Approches ! On ne va pas se parler à dix mètres l’un de l’autre. Je te dois des explications. »

Eva accéléra le pas pour se retrouver enfin en face de l’homme, car enfin, elle eu la réponse à une de ses questions, c’était un homme, assez âgé d’ailleurs. Toujours habillé pareil. Il lui tendit la main.

« – Enfin, laisse-moi me présenter. Arthur Rockdweller.

  • Arthur Rock…
  • As-tu entendu parler de moi ?
  • Vous êtes le milliardaire qui possède…
  • Oui, enfin je ne suis pas qu’un milliardaire. Je suis heureux que tu connaisses mon nom !
  • Peu de personne dans cette ville ne vous connaît pas.
  • Sûrement… sûrement. À ma chère Eva ! Enfin ! Le temps est venu…
  • Que me voulez-vous à la fin ? Je commence à être… fatiguée de toute cette histoire.
  • Assieds-toi si tu le désires.
  • Non…
  • Si tu as envie pendant que je te parle n’hésite pas.
  • Ok…
  • Je vais mettre un terme à tout cela. Commençons par le commencement !
  • Ça serait… logique…
  • J’aime votre caractère !
  • Merci… je présume.
  • Votre patronne. Anna Windtord vous a-t-elle parlée de moi ?
  • Elle m’a dit de ne pas me…
  • Oui, elle t’a ordonné de ne jamais me rencontrer. Je le sais, je m’en doute. Aimes-tu ta patronne Eva ?
  • Évidemment…
  • Mensonge ! Elle est tyrannique !
  • Oui…
  • Je ne pensais pas qu’elle finirait comme ça quand elle était à ta place…
  • Comment ?
  • Nous en venons au dénouement. Vois-tu, Anna était comme toi, passionnée de mode, intelligente, travailleuse, douée. Je l’ai invité ici, au même endroit, il y a de ça environ 30 ans. J’étais déjà milliardaire, je contrôlais, et contrôle encore d’ailleurs, presque tous les journaux de la ville, j’avais et je possède encore les lieux mondains, fréquentés par tout le gratin huppé de cette ville et même du monde. Bars, restaurants, buildings d’affaires en tout genre, concessionnaire, magasins de luxe et tutti quanti. Mais pour ces derniers, il me manquait quelqu’un de confiance qui m’aiderait à m’installer durablement dans le milieu, me donnant de la crédibilité, que je pourrais… contrôler, sans jamais entraver le talent. Il y a de cela plusieurs décennies, j’ai jeté mon dévolu sur Anna. J’ai testé sa patience et sa personnalité tout comme je l’ai fait pour vous. J’aime m’engager personnellement envers les personnes que je recrute. Elle a tenu deux semaines. Deux semaines où je l’ai suivis partout jusqu’à ce qu’elle appelle la police. Évidemment, j’ai quelques contacts avec eux et je n’eus jamais de problème. J’aime m’amuser, j’ai trouvé qu’être suivie pendant deux semaines avant de craquer était un signe de… courage, d’abnégation, de compréhension. Je l’ai invité, ici même, il y a trente ans pour lui proposer l’argent et les locaux nécessaires pour devenir la prochaine grande créatrice de mode. Elle a acceptée. Tout s’est déroulé comme je le souhaitais jusqu’à ces dernières années. Je dirais il y a dix ans. Elle a pris beaucoup trop de liberté à mon goût, se comportant ignominieusement avec ses subalternes, imbue d’elle-même, s’amusant à torturer ses employés. Elle est devenue mutli-millionaire et pensait que le monde était à elle. Elle a oublié qui lui avait mis le pied à l’étrier. Qui l’avait aidé à commencer. Moi ! Je ne demandais rien à Eva, juste qu’elle continue à faire ce qu’elle sait faire de mieux, et de garder la tête froide, rester concentrée et passionnée. J’ai… plus ou moins attachés mon nom à son succès dans les soirées mondaines et très privées de mon cercle. Sauf que son comportement me fait honte maintenant. Depuis plus de dix ans, je cherchais quelqu’un de sa trempe pour la remplacer… disons… la concurrencer. Et je t’ai trouvé toi. Évidemment, elle avait flairé ton talent, pire, elle a essayé de te dompter, de te manipuler, de gâcher ton temps, de t’humilier. Mais j’ai décidé de te tester. Tu es resté beaucoup plus longtemps à me laisser te suivre. Pas de police non, mais un barista a essayé de me régler mon compte. Je ne t’en veux pas, c’étaient les règles du jeu. Et… vraiment… tu es une femme que j’admire. Comme Anna avait pu l’être et même mieux. Voici donc pourquoi tu es là. Je te propose autant d’argent que tu as besoin, des locaux et je veux que tu construises ton empire. Bien sûr, comme Anna, tu le dirigeras comme tu le voudras mais en tâchant de garder un comportement irréprochable. Ne gâche pas ton talent et ton travail à faire le mal autour de toi. Restes dignes et humbles. Donc… je te le propose maintenant. Veux-tu de mon argent, de mon influence, pour lancer ta carrière ? Je ne te demanderai strictement rien, excepté de faire aussi bien que tu le peux, de dépasser la maison de création d’Anna, et de demeurer digne. Et de ne pas oublier que… d’une manière ou d’une autre, nous serons liés, chaque chose que tu feras affectera ma réputation. Et vice-versa évidemment. Acceptes-tu ? »

Eva, abasourdie par ce long monologue, ne put trouver les mots pour répondre.

« – Tu peux réfléchir quelque minutes si tu le désires…

  • Je pense que je devrais réfléchir quelque jours…
  • Quelques jours Eva ? Vraiment ? Nous n’avons pas le temps, le temps sera la ressource la plus importante pour toi.
  • J’ai l’impression de…
  • Signer un pacte avec le diable ? Je m’en doutais. Écoute, tu n’as rien à signer. Si tu voulais un jour commencer ta propre maison de création, tu aurais à signer avec une banque, qui eux… ne te louperaient pas. Je te propose l’argent, l’influence, et aucune contrepartie sauf de mettre tout ton talent à profit de ta maison.
  • C’est… une caméra cachée ?
  • Vraiment ? Tu crois que je n’ai que cela à faire ?
  • Non mais c’est tellement… hallucinant.
  • Cette ville est hallucinante ! C’est la faute à cette ville ! »

Anna ferma les yeux et pensa à ce que sa mère lui dirait, écouter son instinct. Et son instinct lui disait qu’il fallait saisir cette opportunité. Jamais plus elle n’en aurait une autre comme celle-ci.

« – Oui…

  • Oui quoi ? Eva ça veux dire que tu es d’accord ?
  • Allons-y !
  • C’est ça ! Exactement ce que je désirais entendre ! »

À ce moment, Eva sentit sa vie changer. Elle serra la main de son bienfaiteur puis une personne arriva, sa secrétaire, puis un homme, son attaché de presse et une jeune femme aussi jeune qu’elle, son assistante. Elle sortit par une porte différente de celle par où elle était entrée. Une limousine l’attendait qui l’amena au pieds d’un gratte-ciel. Après être passée par des couloirs et un ascenseur, elle découvrit un espace immense organisé en bureaux, salle de réunions et tous les outils pour mener à bien une maison de création de mode.

Elle avait l’impression de connaître ces lieux avant de découvrir que ses locaux étaient situés en face de la maison de création d’Anna.

« – La folie de cette ville et de son argent… Potentia, Quinta… non… Domina. Agnès… notre maison, notre marque s’appellera : Domina. »

Jaskiers

Seule dans l’herbe.

Je la vois, assise en tailleur au milieu de l’herbe, bien qu’il y ait des bancs et des tables de pic-nique, et elle se dandine, seule.

Un gros casque sur les oreilles, un joint se consume lentement entre ses doigts. Ses cheveux châtains sont coiffés en deux nattes, une à gauche et une à droite, encadrant presque son visage.

Les yeux fermés, elle danse assise, secouant ses épaules, remuant la tête. Elle sourie parfois, levant sa tête en direction du soleil.

Les gens passent, la regardent mais ne bronchent pas. Elle est dans son monde à elle, dans son truc. Étonnamment, personne ne rigole ou ne semble la juger.

En elle nous envions peut-être son courage, courage d’être dans son truc à soi en public. Elle ne gêne personne.

Elle semble en transe, et à l’observer, vous pourriez aussi tomber dans une sorte de zone rien qu’à vous. Je ressens cette chose, je suis heureux pour elle, elle fait ce qui la rend heureuse sans se soucier du regard des autres. J’ai quelques angoisses, celle qu’un homme vienne la déranger dans son trip. Elle ne demande rien à personne, n’embête personne, les yeux toujours fermés, j’ai peur qu’un type qui se prends pour un Don Juan, un de ces hommes qui se croient tout permis, comme boire une canette de bière pour la jeter dans le cours d’eau pas loin, ne vienne la déranger. Mais si un homme l’approchait ? Mais si ? Elle se fiche des « mais si ». Son audace à être dans son monde éloigne les gens qui ne sont pas invités à partager ses moments. Heureusement, tous le monde passent son chemin sans l’embêter. Heureusement, ils semblent tous pressés.

Je ne la regarde que par intermittence, je ne veux surtout pas avoir l’air d’un de ces types bizarres qui fixent les femmes. Mes mon regard est irrésistiblement attiré vers elle et sa danse.

Depuis que je l’ai vu, je me demande quel genre de musique elle écoute. J’imagine qu’elle plane sur du M83. Enfin, c’est le genre d’effet que ces musiques me font.

Je m’imagine être un photographe de rue, la prenant en photo puis aller lui demander si elle est d’accord avec ça et pourquoi pas tirer un latte de son joint si elle me le propose. Où même entamer une conversation. C’est là que je bloquerai, lui demander si elle fait ça souvent, lui poser des questions sur cette activité qui semble la rendre heureuse me mettrai mal à l’aise. Je ne voudrai pas qu’elle pense que je la juge. Au final, c’est plutôt de l’admiration. Et elle n’a pas à se justifier.

Je m’allume une cigarette, je la vois bouger son buste lentement de gauche à droite, les bras écartés, les mains dessinant de souple et gracieux mouvements, elle est tranquille, carrément dans un univers différent du nôtre.

Moi, je suis assis sur une table de pic-nique gravée d’insultes et de noms, une cigarette à la main, tendu mais fasciné. Je suis tout le contraire de cette femme, et pourtant j’aimerai avoir cette confiance, de danser et d’être dans mon monde, au milieu des gens et de leur jugements.

On peut être différent de quelqu’un, diamétralement opposé et s’admirer, se respecter, s’envier même.

Je me lève et je repars, j’espère qu’elle continuera à s’évader de cette manière, sans personne pour la gêner. J’espère un jour atteindre ce degré d’amour propre.

J’espère, et elle, agit.

Respects.

Jaskiers

À la découverte de Yukio Mishima

Après Francis Scott Fitzgerald, voici une nouvelle aventure littéraire.

Bien évidemment je n’ai pas encore lu tout Fitzgerald, je n’ai même pas commencé à vrai dire, car je lis de vieux livres retrouvés par ma mère et qui ont faillit finirent dans la benne ! Ivanhoé, Le Capitaine Fracasse, Pinocchio, Alice au Pays des Merveilles et tutti quanti ! Vous devriez relire ces vieux livres de votre enfance, vous serait surpris à quel point ils restent tellement puissants, encore modernes et vous trouverez de nouveaux sens, de nouvelles sensations à leur lecture. Enfin c’est pas nouveau, mais pour moi si.

Bon, j’ai découvert Yukio Mishima !

Enfin ! Cela faisait très, très longtemps que je n’avais pas lu d’œuvre sortant du carcan occidental ! Je me rappelle avoir lu un livre en 5ème, je ne me rappel plus le titre, malheureusement. L’histoire se déroulait après le bombardement d’Hiroshima, c’était une belle histoire d’amour, très poétique. Je me rappel avoir beaucoup aimé ce livre et avoir été interrogé dessus. J’avais eu une excellente note, pas difficile quant le sujet est passionnant. Bref, depuis, je crois que je pourrai compter les livres que j’ai lu d’auteurs venant du Pays du Soleil Levant sur les doigts d’une seule mains.

J’ai d’abord découvert Mishima par un Youtuber, dont je ne citerai pas le nom. Honnêtement, je ne me souviens plus vraiment de ce que ce youtuber en disait, à part peut-être le culte du corps et de la philosophie « samouraï ».

2 années plus tard, je découvrais un article écrit par Paquerite (qui me manque beaucoup…) et où j’appris beaucoup plus sur l’homme. Son suicide, par « seppuku », son travail, sa philosophie très… atypique, sa personnalité, grâce à l’article et à mes échanges avec Paquerite, Yukio Mishima devint un artiste que je me devais de découvrir.

J’ai donc fais mes recherches, choisis d’acheter tout ses récits. J’ai dû sacrifier l’achat de ses pièces de théâtres car le budget pour ses romans et nouvelles était déjà conséquent. J’espère un jour pouvoir les lires.

J’attends de découvrir les coutumes, l’amour, la sexualité, une autre mentalité que celle occidentale, je me trompe sûrement car je parle sans avoir lu, jamais, un seul de ses ouvrages. Je ne me base que sur les quatrièmes de couverture, ce qui n’est pas grand chose vous en conviendrez.

La poésie dans l’écriture. Mishima a l’air avant toute chose d’être un écrivain très talentueux, poétique et très sexué. J’oserai dire érotique ? C’est ce que je cherche aussi dans mon « apprentissage » de l’écriture, apprendre des maîtres, lire différentes plumes, différents univers. lire ceux qui ont marqués la littérature mondiale et pas seulement occidentale.

Sa personnalité, qui reste encore une énigme pour moi, semble poser problème à certain. On le disait nationaliste, fanatique. Ce n’est pas ce que je pense mais ce que j’ai lu des autres. Je me ferai mon propre avis après avoir lu ses ouvrages et une biographie, un essaie de Marguerite Yourcenar, plus une bande-dessiné, cette dernière axée sur son suicide. Mais je vais me risquer à poser ma propre opinion avant tout : nous devrions juger son travail, écrivain. Donc ses livres. Sa personne et ses idées sont secondaires. Je vois la vie personnelle et les opinions d’un artiste comme une farce, un jeu, ce qui compte c’est son travail, en dehors, tout n’est qu’illusion. Bien sûr le travail d’un artiste est influencé par les événements de sa vie et son époque mais je crois que c’est un raccourci beaucoup trop simple pour expliquer l’œuvre d’un artiste. Ce qui compte, avant tout, c’est l’œuvre. On juge l’œuvre, on ne juge pas un artiste sur sa vie, mais sur son travail. Je me répète. Et j’ai peut-être tord et suis prêt à changer d’avis sur de bon arguments. Mais avant toute chose, un artiste doit être jugé sur son art. Sa vie, c’est une tout autre histoire.

Bien sûr, qui dit Mishima dit suicide « rituel ». Nous avons tous notre opinion sur le suicide. Je suis pour ma part curieux de voir ce qui l’a poussé à se donner la mort. Mishima était, je crois, un auteur à succès, pressentit plusieurs fois pour le prix Nobel de Littérature. Pourquoi s’est-il tué ?

Folie ? Dépression ? Message ?

Peut-être aucunes de ces raisons, je pars donc à la découverte de l’énigmatique monsieur Mishima.

Je serai curieux d’avoir votre avis sur cet écrivain ! Sans spoiler évidemment.

Bien évidemment, je n’oublie pas sa relation avec le Prix Nobel de Littérature : Kawabata dont je pense me procurer une anthologie.

Et une pensée émue à Paquerite.

Jaskiers

L’image romantique des outils de l’écrivain.

Il y a de ça peut-être 1 ans et demi, je voulais m’acheter une machine à écrire. J’avais déménagé où je vis actuellement et la machine à écrire Olympia de ma grand-mère n’avait pas pu faire le voyage avec moi. C’était une « moderne », des derniers modèles. Pas un électronique, non, une avec ses rubans d’encres à double couleurs : rouge et noir, avec pleins d’autre touches et petits levier, un chariot impeccable.

Ma grand-mère ne se souvenait plus vraiment comment elle marchait, changer le ruban d’encre, que nous pouvons toujours trouver sur Internet, avait été un sacré défi. Nous avions de l’encre plein les mains. Quand enfin, après une bagarre homme-machine, je vis ma grand-mère appuyer sur une touche, je fus époustouflé !

Voir les tampons se lever, toucher le ruban et percuter le papier, former des mots, comme imprimé à l’imprimante moderne, sauf que là, pas de d’électronique, pas d’informatique, tout ce passait directement, sous mes yeux.

Quand j’essayais à mon tour, je fus surpris par l’exercice, il faut appuyer fort sur ces touches ! Et comme j’étais habitué aux claviers d’ordinateur, je cherchai, par réflexe, la touche supprimé.

Ma grand-mère me dit : Tu peux toujours chercher !

C’était magique de voir mes mots directement imprimés sur du papier, comme si j’écrivais un livre, vraiment. Et ajoutez à cela les bruits caractéristiques des machines à écrire : tac tac tac DING !

C’en était presque hypnotisant, on se laisse bercer par ces bruits, comme un rythme. J’écrivais n’importe quoi. Bien sûr, les mécaniques étaient rouillées, elle n’avait pas fonctionné depuis plus de 20 ans. Malheureusement, les majuscules embrouillaient le ruban et étaient décalées par rapport au reste de la phrase.

Je ne suis pas du tout doué de mes mains, et la mécanique m’est un art inconnus. J’admire ceux qui le maîtrise et en font leur métier. Car si j’avais des connaissances, je me ferai le docteur de ces vielles machines toujours charmantes ! Je réglerai leurs mécanismes comme un horloger suisse ! Mais malheureusement, même si j’avais la connaissance, il me faudrait une certaine aisance manuelle, ce que je n’ai pas.

Et je m’imagine ces écrivains, à l’ancienne, les Hemingway (évidemment, Ernest considérait la machine en écrire comme sa psychiatre…), les Steinbeck, Faulkner, Jack Kerouac, Françoise Sagan, Hunter S. Thompson, Stephen King, et j’en passe évidemment, taper sur leurs machines, absorbés par leur art, leur artisanat. Oui artisanat, j’ose le mot. La machine à écrire était (et reste d’ailleurs) un outil. Quelque chose de physique, qui quant on l’utilise fait du bruit. Comme une perceuse, un marteau. Il y a cette image romancée que nous devons, je présume, tous avoir eu un jour, de ces grands noms de la littérature contemporaine, une cigarette au bec, un verre de whisky et les mains pianotant sur ces machines tellement esthétiques.

Et remontons à l’époque de la plume et de l’encre tant que nous y sommes !

Imaginez Victor Hugo, ou Alexandre Dumas, Emily Dickinson, avec leurs plumes et leurs encriers. Si vous avez la chance d’avoir des vielles lettres de vos grands parents, regarder leur écriture ! Les lettres sont sublimes, c’est de l’art, du dessin, les mots sont dessinés !

Imaginez ces écrivains à la lumière des bougies ou des vielles lampes à huile, dans un silence total, assit dans un bureau éclairé par une flamme vacillante, donnant un air de roman gothique à leur environnement de travail. Et ce silence, cette plume qui glisse sur le papier, ces gestes. Même les ratures sont belles ! Enfin je me répète…

Et qu’avons nous maintenant ? J’écris mes articles sur mon smartphone, je n’ai pas d’ordinateur. Quand j’écris, je donne l’impression d’envoyer des sms, d’un type collé à son téléphone. Rien de cela si j’écrivais sur une Remington, rien de cela avec une plume. Bien sûr, je peux écrire n’importe où, mais je doute que « Les misérables » ait été écrit dans un wagon de métro.

Qui viendrait déranger une personne derrière sa machine à écrire ? Ou couchée sur sa feuille ?

On n’hésiterait pas à déranger quelqu’un qui tape sur son téléphone ou sur son clavier d’ordinateur. Pourquoi ? Parce que ce sont des outils de divertissements. Bien sûr on utilise des ordinateurs pour le travail (vive le tout numérique ! Mais pas trop car le site est « surchargé » et qu’il y a des « bugs »), mais je doute qu’en dehors de votre lieu de travail, votre ordinateur ne vous serve QUE pour travailler.

Rien de romantique à voir quelqu’un taper sur le clavier de son ordinateur hors de prix. C’est banal, plat, aucune magie. Évidemment, la technologie simplifie les choses. Le correcteur automatique me rend de bon service. Je peux partager mes écrits avec le monde entier. Mais même ceci à de mauvais côtés. L’autocorrection de mon logiciel de traitement texte est parfois énervant, je n’apprends pas vraiment de mes fautes et ne m’empêche pas de faire des fautes d’accords et autres joyeusetés de la langue française. Partager mes textes avec le monde entier est intéressant, une grande opportunité mais il manque quelque chose.

Le contact humain est biaisé par le contact électronique. Tout va plus vite et plus facilement, tout se dégrade plus vite et change, change à une vitesse telle que ce qui ne peuvent (ou ne veulent) pas suivre finissent sur le bas côté.

Je suis un amateur de vielles choses, d’ailleurs les brocantes me manquent. J’aime les vieux objets, les vieux instruments, les choses utilisées par des mains expertes, ou fabriquées par ces dernières.

Je suis un vieux de bientôt 28 ans, j’aime peut-être ces choses d’un autre temps car mes grands-parents étaient des artisans, ou peut-être qu’à force d’entendre dire « c’était mieux avant », je cherche dans ces objets une époque plus simple, plus belle, avec un sens.

Peut-être ne trouverai-je rien, et dans ce cas, tant pis. J’écris cette dernière phrase avec devant moi deux énormes tomes d’« À la recherche du temps perdu » de Proust. Proust avec sa plume à écrit tout ceci. Pas de logiciel de traitement de texte, pas de raccourci, de copier-coller, de recherche instantanée de mots. Sûrement une pile de feuilles immense dans lesquelles il devait se perdre, les doigts tachés d’encres. Et presque une centaine d’année plus tard, un vieux de 28 ans se plaint que la vie est devenue trop facile d’un côté et trop difficile de l’autre.

Le temps peut être perdu mais il a la curieuse habitude aussi de se répéter. N’est-ce pas fascinant ?

La vie est un éternel recommencement.

Mon obsession du temps…

Jaskiers

J’accélère

J’accélère. Jamais je n’ai roulée si vite. Je ne ralentie pas, l’environnement n’est plus qu’un immense flou multicolore.

Pied au plancher, j’allume une cigarette. La vitesse et le cancer, plus rien ne m’importe que de rouler. Où ? On verra demain, si j’ai la chance de voir se lever un nouveau soleil.

Je sens la voiture quitter l’asphalte, le temps de quelques millisecondes. Qu’à cela ne tienne, mieux vaut une mort rapide que la vieillesse, refuge des optimistes. Je pourrai accélérer encore plus. Ces routes californiennes déploies leurs miles sur de longues lignes droites. Parfois la mer m’accompagne. Je roule direction le nord, à ce rythme, j’aurai Seattle demain mais avoir un objectif, c’est pour les naïfs. Demain, demain c’est trop loin.

La liberté dans la vitesse. Dans un cercueil d’acier qui avance grâce à de explosions, oui des explosions, nous roulons tous dans un corbillard, nos siège notre bière, la tôle froissée, comme créée des mains d’un Ephaïstos aviné, est notre cercueil.

Promis demain j’accélère encore plus !

Qui de nous deux méritait le plus de vivre ? Qui vit le plus longtemps vit sur le dos des autres, regardes moi, tu n’est plus, j’ai pris ta voiture. Ma seule hantise sera de m’arrêter, je ne pense déjà plus à toi et à ce que je t’ai fais. On récolte ce que l’on sème, cliché pourtant vrai quand on voit comment tu as finis. Est-ce que mourir de la main d’un autre c’est mourir seul ? Qu’importe que l’on meurt en société, moi je voudrais me voir partir, succomber doucement aux ténèbres éternelles, faire la comparaison : vie et trépas, quel sort envier ? Vivre vieux ou mourir jeune ? Si nous vivons plus longtemps dans la mort, je choisis de mourir jeune, je serai déjà plus habitué, pas de temps à perdre, l’éternité nous attends, vivre est une parenthèse loin d’être enchantée. Nous sommes ici pour être punit, j’en suis sûr. Qui peut se targuer d’avoir une vie de bonheur sans une once de malheur ? Voyez, l’éternité n’offre rien que du temps à profusion, la vie n’offre rien qu’une torture perpétuelle ou dés la naissance notre corps est voué à ne plus être, chaque seconde nous dévore. Nous pensons construire un futur, quelque chose qui nous restera après notre passage dans les ténèbres éternels, égoïste ! Rien ne nous ressemble totalement car rien n’est sous notre contrôle total. Peut-être que tout est écrit, prévue, peut-être que notre vie n’est que recommencement. Peut-être que je t’ai tué pour la centaine de milliards de fois, que vous lirez ces mots pour la centaine de milliards de fois. Quand tout recommence ? Quand l’humain s’éteindra, naissance c’est destruction, mort c’est libération.

Je confesse j’en oublie, je longe les côtes, l’océan sur ma gauche, l’humain sur ma droite, le vent droit devant moi, la justice derrière.

Loi humaine, il suffit d’un faux pas pour être endetté par la société, cruelle, mais c’est la loi des Hommes. Plus que d’argent, notre amende est de temps, trop précieux. Temps et liberté, si vous avez ces deux choses, vous êtes chanceux. J’ai eu les deux.

Que le moteur gronde ! À l’arrêt il ronronnait mais maintenant à pleine puissance il rugit. Puissance, la puissance c’est le pouvoir. Et qui a le pouvoir possède tout. Qui a dit cela… ah oui Tony Montana dans Scarface. Oliver Stone est-il un philosophe ?

Ce vent qui fouette mon visage, légèrement frais, j’ai détachée mes cheveux, ils batifolent maintenant, libres eux aussi mais toujours attachés à leurs racines. Comme l’être humain moderne. Qui se dit libre mais reste où il est. Il regrettera sur son lit de mort, mais qui ne mourra pas sans regret ?

Le sel sur mes lèvres. Il me disait qu’elles étaient sucrées, voici maintenant qu’elles sont salées. Les tiennes étaient sans goût. Rien chez toi n’était atypique. Toute ta vie semblait avoir été réglée, chaque situations prévues, parfois au mot près ! Il y a une chose que tu ne pouvais pas contrôler, l’amour. Tu le savais, t’es parents aussi, je n’étais pas femme à marier, je n’étais pas pour toi. La survie du plus fort existe encore, l’exercice a juste pris des nuances différentes. Encore la loi des Hommes, ou des hommes en ce qui nous concerne, nous créatures émettrices d’œstrogènes.

Est-ce que je regrette ? Regret, regret, regret et puis on ne vit plus !

Quand j’ai brandie le calibre, mon bon vieux Smith & Wesson, les regrets, ils y a bien longtemps que je les aies mis de côté.

C’est fou, ils peuvent avoir tout l’argent du monde, quand un calibre les braques, ils sont prêts à tout te donner, avec femmes et enfants si ils en ont.

Je ne t’ai rien réclamé. Tu as jouer, j’ai gagné. Ton gain, tu le ramasses dans ce petit morceau de métal dans ton cerveau.

Mon gain ? Quelques centaines de milliers de dollars, un bon cabriolet avec une lionne en guise de moteur, et les moyens d’arriver à bon port pour la prochaine chasse.

Des amies ? Lesquelles ? Ce n’est que perte de temps pour les gens comme moi. Je me sers, comme dans un restaurant, je picore. Je prends ceux qui m’intéressent. Intérêt, c’est tous ce que vous êtes pour moi. Ne soyez pas hypocrite, vous êtes pareils. Une fois qu’une personne ne peut plus rien nous apporter, nous la laissons sur le côté de la route. Tout n’est que question d’opportunisme. C’est le fonctionnement des relations humaines. Des miennes en tous cas. Je ne ressens aucune peine ni pitié. La culpabilité, c’est pour ceux qui ont le temps de s’apitoyer sur leur sort. Je n’ai jamais compris ces faiblesses humaines, si vous regrettez tant, tuer-vous et laissez la place à nous, les loups et louves. Tous, solitaires mais vivants, regardez nous. Nous sommes les maîtres du monde. Les puissants : chefs d’entreprises, politiques, artistes et j’en passe. C’est nous qui dirigeons le monde, nous qui vous dictons quoi penser, ce qui est bien ou mal, normal ou pas, moral ou amoral. On ne dirige pas avec des valeurs mais avec des décisions. Et ceux qui tranchent dans le vifs sont ceux qui ont le plus de pouvoir. Un jour peut-être vous comprendrez.

C’est incroyable, j’ôte une vie et je roule, libre comme l’air. C’est tellement simple ! Rien à voir avec vos séries télévisées, vos livres, vos films. Ces choses sont faites pour vous garder docile. Nous, les loups et louves, n’avons pas le temps pour ces inepties. Nous prétendons nous intéresser à vos centres d’intérêts mais c’est pour mieux vous cerner mes enfants !

Je roule, j’ai des milliers dans le coffre et pilote un engin qui en coûte autant. Aucune dette. Libre.

Libre, vous devriez essayer. Je croise vos regards, vous m’enviez. Je serai pareil à votre place. Ça se lit dans vos yeux « Les yeux Manny, ils ne mentent jamais », Al Pacino dans Scarface.

Vous avez sûrement oublié d’oser. On ose plus, on s’écrase, on laisse sa place et on vit notre vie par procuration, on regarde des émissions de télé-réalité et des talk-shows pour oublier notre médiocrité. Pardon, pas « notre » médiocrité mais la vôtre !

Travailler pour votre patron qui lui vous dirige depuis son yatch. Après tout, vous êtes à votre place, lui a osé et prit des risques, vous non.

Je suis différent de ceux là aussi. Moi je prends, je prends des vies et leurs fortunes pour disparaître. Sociopathe ? Psychopathe ? Quelle beaux mots ! Vous perdrez trop de temps à vouloir toujours mettre les gens dans des cases. Vous réfléchissez trop ! Il y a les chassés et les chasseurs, ceux qui dégustent et ceux qui mangent les miettes. Prenez place à la table, appuyez-vous sur un malheureux. Dans toute crise, ceux qui n’ont rien paient car ceux qui ont tout les forcent à payer et s’enrichissent. Tout est prévu pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Statu Quo !

Ceci étant dit, j’accélère. J’ai d’autres hommes à croquer, à escroquer et à tuer. Voyez-vous la liberté à un prix, voici le prix de la mienne, celle d’une vie.

La mienne arrivera à son terme, la cabane ce n’est pas pour moi, je ne me ferai pas prendre par les cow-boys, je ne resterai jamais enfermée. La mort, c’est ça la vraie libération, s’évader par une porte dont on ne peut plus revenir, et surtout, personne ne peut venir vous y chercher.

Rappelez-vous, le monde n’est pas à vous, mais à moi et aux loups. Vous êtes le gibier, payer vos impôts et enrichissez votre patron ! Toute dérogation à cette règle vous mènera dans de terribles soucis. Vous auriez dû être comme moi, visionnaire, égoïste, manipulatrice, tueuse, profiter de chaque faille dans l’armure humaine ! L’adage dit qu’il n’est jamais trop tard mais si, trop tard, vous êtes un moucheron dans la toile d’une araignée qui vous déguste lentement, vous laissant de la force pour vous nourrir, grossir et vous faire dévorer, guérir et rebelote, comme Prométhée. Qu’avez à gagner Prométhée à donner le feu à l’Homme ? Rien ! Tous ce que vous auriez dû faire, vous auriez dû le faire pour vous et vous seul ! Et quand ça coinçait, rien de tel qu’un bon calibre qui crache ce pruneau de mort.

Nous sommes plus présent nous, les sauvages, que vous pouvez le penser. Nous sommes vos voisins, compagnons, amis, femmes, maris, sœurs, frères et même enfants. Tous, nous nous reconnaissons et ne marchons pas sur nos plates bandes. Cela nous prendrait beaucoup trop de ressource pour rien.

Je quitte la Californie à l’instant, la prochaine ville, ma prochaine victime et mon butin. N’oubliez pas, les regrets, gardez les pour votre lit de mort. Et si c’est moi qui vous y allonge, merci de m’avoir laissée vous plumer.

The World (could have been) Yours.

Jaskiers

Francis Scott Fitzgerald la totale !

Je dédie cet article à Filipa, fidèle lectrice, fidèle amie, toujours surprenante et adorable.

C’est surprenant mais je n’ai pas lu Fitzgerald tant que ça, disons-le, je n’ai lu que « Gatsby le Magnifique » grâce au film sortit en 2013 avec (mon) Leonardo DiCaprio.

Actuellement, mes goûts en lecture partent dans tous les sens !

De la littérature made in New-York aux romans d’amour classiques, aux classiques tout court, français principalement puis aux True Crime, sports, polars, thrillers, dystopiques, policiers, épouvantes, témoignages, fantastiques, psychologiques, documentaires, sur la musique, la drogue, la psychiatrie et tutti quanti.

Donc pourquoi cet article sur Scott Fitzgerald ?

Bien qu’étant un admirateur d’Hemingway, ayant lu jusqu’à ses lettres, faisant mentions (élogieuses et parfois cocasses) de l’auteur Dandy de la Génération Perdue, Fitzgerald ne m’avait jamais autant attiré que ces derniers temps.

Pourquoi ?

C’était il y a un an, je pense, (je pourrai vérifier sur le blog mais honnêtement, j’ai la flemme) j’ai lu « Anna Karénine » de Tolstoï. J’avais vu le livre dans la partie magazine d’un grand magasin. J’avais cherché « La guerre et la paix » mais cet ouvrage n’était nul part dans le rayon, donc je me suis rabattu sur « Anna Karénine ». Ce que je savais de Tolstoï, je l’ai appris principalement grâce aux correspondances d’Hemingway. Tolstoï était considéré par Ernest comme un de ces génies, tellement génial qu’appréhender son génie était une peine perdue.

Bref.

Je lis l’ouvrage du monsieur, un roman d’amour principalement, c’était rare pour moi. J’ai été subjugué par l’histoire ! D’habitude, je trouve les fins de romans plutôt faibles, bâclées, quelque chose manque. Mais pour « Anna Karenine », la fin est presque un roman à elle seule. J’ai encore plus été impressionné quand j’ai appris que Tolstoï avait peiné à écrire ce roman, repoussant sa rédaction de plusieurs années. Et surtout, il s’était inspiré d’un fait-divers véridique. Je ne le mentionnerai pas ici car en aucun cas je ne voudrais vous spoiler la lecture de ce magnifique livre.

Aujourd’hui, j’ai envie de lire des romans d’amours, avoir le même ressenti que quand j’ai lu le livre du fabuleux russe. Mais goûts en lecture ont évolué radicalement depuis quelques temps. Des auteur(e)s et des genres, qui, il y a de ça deux ou trois ans, ne m’intéressaient pas ou peu, m’attirent aujourd’hui.

En ce qui concerne les romans d’amours, j’ai ressortis mes classiques, français en majorité. J’ai réalisé que j’ai manqué à la lecture de pas mal d’œuvres importantes, j’y ai remédié du mieux que je pouvais, j’ai « investis » dans des livres, comme j’aime le dire à mes proches quand ils me reprochent d’avoir beaucoup trop de bouquins. Je pourrai leurs sortir cette phrase de John Steinbeck : ‘ Je pense que nous n’avons jamais trop de livres.´ Mais mieux vaut acquiescer, leur dire qu’ils ont raisons et continuer à vous acheter ce qui vous passionne. La vie est courte, on ne sais pas ce que nous réserve demain, encore plus à notre époque. Et puis, mieux vaut des livres que de l’alcool ou de la drogue non ?

Bref (x2)

En cherchant des livres sur New-York, j’ai trouvé, par exemple, Les New-Yorkaises d’Edith Wharton, mais s’est rappelé à moi Francis Scott Fitzgerald !

Je me demande encore aujourd’hui comme j’ai pu lire presque tout Hemingway, en français et en anglais mais ne pas lire son ami Fitzgerald. Parce que les deux légendes de la Génération Perdue était bon amis ! Bien sûr, entre Hemingway et la femme de Fitzgerald, Zelda, le courant ne passait pas du tout. Elle de dire qu’Hemingway n’était qu’un rustre, alcoolique, un homme violent, imbus de lui-même. Lui de dire qu’elle n’était aussi qu’une alcoolique et qui, par jalousie envers l’immense talent de son mari, faisait tout pour l’entraîner dans le fond du gouffre avec elle. Selon Ernest, elle forçait Fitzgerald à aller faire la fête, à boire pour qu’il n’écrive pas. Hemingway a-t-il dis ce qu’il pensait de Zelda en face de Fitzgerald ? Je pense que oui. Comment a réagis Fitzgerald, je n’en sais rien. En tous cas, Scott ne semble pas lui en avoir voulu. Mais je vous donne rendez-vous en fin d’article pour la « présentation » de deux ouvrages de Donaldson, traitant de la relation entre ces deux talentueux écrivains.

Zelda Sayre Fitzgerald et Francis Scott Fitzgerald

Qui croire, Zelda ou Ernest ?

Honnêtement, aucune idée, mais à rédiger cet article je réalise que quelqu’un pourrait en écrire un beau roman. Je laisse cette idée à quelqu’un d’autre, je serai trop partial. Hemingway est mon favori !

Je crois me souvenir d’avoir découvert Hemingway dans un des personnages de l’unique roman de Zelda « Accordez-moi cette valse », d’ailleurs j’avais écris, là-aussi, un article sur cette lecture mais je n’ai pas envie de le relire. Panacée que de relire mes anciens articles.

Mais vous verrez quel ouvrage j’ai trouvé en fin d’article. Une amitié brisée ? Je n’espère pas.

Bref (x3)

Toujours est-il que je n’ai lu que Gatsby, et comme vous allez le voir, je vais me rattraper. Je pense m’être procuré toutes ses œuvres et de bonnes biographies. Des histoires d’amours, à New-York ou dans la French Riviera ect… en filigrane, l’histoire d’amour du couple littéraire le plus glamour de la Génération Perdue, et les lettres qu’ils s’échangeaient, m’attendent. (Je suis conscient que j’ai acheté des doublons, mais trouver toutes les œuvres de Fitzgerald n’est pas chose aisée et j’évite les regroupements des œuvres dans un seul livre de peur que l’ouvrage ne contienne pas toutes les œuvres…)

Romans, nouvelles, biographies, correspondances. J’ai choisis d’acheter ses ouvrages en anglais ou en bilingue quand c’était possible, une philosophie de lecture que j’ai emprunté à l’incroyable Filipa. Lire un livre dans sa langue d’origine !

Je me suis d’ailleurs permis une petite folie, l’édition finale de The Great Gatsby de chez Simon & Schuster.

Pour Francis S. Fitzgerald, j’ai cette esthétique Fitzgeraldienne venant purement du film avec DiCaprio, je vous l’accorde, peut-être est-ce là une mauvaise chose. Mais j’ai aimé le film (et j’aime DiCaprio d’amour) contrairement aux critiques guère élogieuses. J’espère le retrouver, cette esthétique et lire des fulgurances, j’espère découvrir un écrivain que Hemingway adorait (et vice-versa). Et être écrivain, apprécié, publiquement et en privé par Ernest Hemingway n’était et n’est pas rien. Ernest pouvait s’avérer jaloux, autant en amour que dans son travail.

Un jeune Ernest Hemingway et un jeune Scott Fitzgerald. Je m’avance peut-être un peu trop mais on voit dans leurs manières de s’habiller la différence stylistique en matière d’écriture. Ernest est direct quand Francis Scott, lui, est dans la finesse.

J’attends beaucoup de cet écrivain, je suis très heureux de découvrir un auteur important et talentueux. C’est comme si je m’ouvrais à un nouveau monde. J’espère aussi apprendre du monsieur, sa vie, son enfance, ses premiers écrits, d’où il tient son talent et ses (son unique ?) amours. Et pourquoi pas en apprendre encore plus sur l’écriture.

En cherchant pendant de longue nuit sans sommeil tous les ouvrages possibles que je pouvais me procurer, j’ai constater que j’étais loin d’être le seul à avoir découvert Fitzgerald via Hemingway. C’est surprenant comment ces deux auteurs sont liés l’un à l’autre. Je me rappel un commentaire d’une personne disant que « son esprit lui disait Hemingway mais son cœur Fitzgerald ». Les deux auteurs semblent toucher en nous une dualité, dualité qui semble presque complémentaire. Deux styles d’écriture différents, deux styles de vie différents, mais qui sont indissociables, ils sont autant important l’un que l’autre, écrivant différemment, certes, mais symbolisant la Génération Perdue à eux seuls. Ou presque.

Pour l’instant, je dirai que l’écriture d’Hemingway est physique, il joue sur le corps, le solide tandis que Fitzgerald (et gardez en tête que je n’ai lu qu’un seul de ses livres) semble être l’écrivain de l’âme, de l’esprit de l’impalpable. Mes lecture me confirmeront mes dires. Peut-être avez vous une idée sur ce sujet ?

J’ai trouvé un ouvrage de Scott Donaldson : Hemingway contre Fitzgerald, je me demande de quelle qualité sera ce livre, je ne connais pas Donaldson, j’espère quelque chose de sérieux et d’objectif même si il semble que Donaldson ai beaucoup écrit sur Hemingway. Mettre dos à dos les plus grand écrivain de leurs générations, cela est ambitieux. J’ai aussi trouvé Hemingway and Fitzgerald par le même auteur. Donaldson à donc mît côte à côte et face à face les deux auteurs.

Petite parenthèse, encore une, j’ai encore trouvé deux livres d’Hemingway que je n’avais pas lu et pourtant, j’écume les sites pour trouver tous ses ouvrages et quand je pense avoir tout lu, PAF, un nouveau livre me saute à la gorge. C’est comme trouvé un billet dans ses poches. C’est ce dire : en faite je ne suis pas arrivé au bout du travail d’Hemingway. Et dire que maintenant je m’attaque à Fitzgerald… si lui aussi arrive à toucher mon âme comme Ernest, je suis parti pour une grande et belle nouvelle aventure. Et ça me rends heureux rien que d’y penser. Les deux sont différents dans leurs style d’écriture mais je sais d’avance, et peut-être est-ce une erreur, que je vais apprécier. Comme Gatsby, il me reste l’espoir.

En ces temps modernes, difficiles, conflictuelles, ces moments de bonheurs devraient êtres chéries car ils sont rares et précieux. Parfois, du papier et de l’encre est ce qui nous (me) rends le plus heureux. Tous simplement. Nous avons tellement besoin d’histoires actuellement. Besoin de ressentir autre chose que la morosité ambiante, conflictuelle et délétère.

N’hésitez pas à me donner des suggestions de lectures sur ou en rapport avec F. S. Fitzgerald si vous en avez ! J’en serai ravis ! Et pas la peine de critiquer le film avec Leonardo car je sais qu’il a été assez vilipendé mais moi je l’ai aimé. DiCaprio fait un très bon Gatsby je trouve.

Évidemment, la pile contient des doublons.

P.S. : comme je ne suis pas très doué, je pense m’être emmêlé les pinceaux dans les photos. Mais je suis persuadé d’avoir tous les ouvrages possibles. Et je suis un grand feignant, ressortir, re-ranger, re-trier tout ces livres, trop de travail ! Lire est beaucoup moins fatiguant !

Merci de m’avoir lu !

Jaskiers

Citations d’Hemingway pour aujourd’hui

Qu’elle soit nécessaire, ou même justifiée, ne croyait jamais que la guerre n’est pas un crime.

La première panacée pour une nation mal dirigée est l’inflation monétaire, la seconde est la guerre. Les deux apportent prospérité temporaire et destruction indélébile. Les deux sont le refuge des opportunistes économiques et politiques.

Dans la guerre moderne, vous mourrez comme un chien et sans raison.

Les yeux qui ont vu Auschwitz et Hiroshima ne peuvent jamais voir Dieu.

Le monde est un endroit magnifique pour lequel il vaut la peine de se battre.

Un homme, ça peut être vaincu mais pas détruit.

Chacun de mes contacts avec la politique m’a donné l’impression d’avoir bu dans un crachoir.

Lorsqu’un homme est encore en révolte contre la mort, il a du plaisir à emprunter lui-même l’un des attributs divins : celui de la donner.

Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation.

– C’est pas le moment de penser à ce qui te manque. Pense plutôt à ce que tu peux faire avec ce qu’il y a.

La guerre c’est l’enfer, avait déclaré Sherman […]

« D’ailleurs, pensa-t-il, tout le monde tue d’une manière ou d’une autre. […] »

« Je t’aime autant que tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Je t’aime comme j’aime la liberté et la dignité et le droit de tous les hommes à travailler de n’avoir pas faim. […] comme j’aime tous mes camarades qui sont morts. […] »

« – Non. Je suis contre la tuerie des hommes.

– Pourtant tu as tué.

– Oui et je le ferai encore. Mais si je vis après ça, j’essayerai de vivre de telle façon, ne faisant de mal à personne, que je serai pardonné […] »

Les personnes les plus cruelles sont toujours les plus sentimentales.

Jaskiers