Un été (pluvieux) avec Rimbaud et Tesson

Il y a maintenant pas mal d’années que j’ai lu Une saison en enfer et Illumination. La jeunesse faisant, je n’avais pas encore encaissé proprement Rimbaud. Je me rappel l’école et mes lectures personnelles de Rimbaud. Lectures personnelles dû aux faits qu’Arthur Rimbaud était (et reste) une des plus grandes influences de Bob Dylan.

C’est en achetant le livre de Tesson que j’ai réalisé qu’il me fallait peut-être relire Rimbaud avant. Pour cette fois le lire avec un état d’esprit différent.

Relire Rimbaud n’est sûrement pas une panacée durant un été qui a été pluvieux.

Les cahiers de Douai

Quatrième de couverture :

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme […] »

À 16 ans, il rêve d’horizons lointains et de cieux infinis ; admire la nature et les jeunes filles dans la rue ; se révolte contre la guerre et s’émerveille devant la sensualité du monde. Son âme est vagabonde, son cœur, passionné ou indigné, son esprit, lyrique et toujours curieux. Lui, c’est le jeune Arthur Rimbaud, dont les premiers poèmes, déjà impressionnent, interpellent et rendent palpable l’exaltation de la jeunesse.

Les Cahiers de Douai est un ensemble de vingt-deux poèmes d’une étonnante intensité. S’y déploie une langue nouvelle qui s’émancipe de la poésie classique et, de fulgurances en ruptures, ouvre la voie à la modernité.

Rêvé pour l’hiver

A*** Elle

L’hiver nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fou repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu sentira la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le coup…

Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,

— Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

— Qui voyage beaucoup…

En wagon, le 7 octobre [18]70

Poème d’Arthur Rimbaud du recueil Les Cahiers de Douai.

Une saison en enfer | Illuminations

Quatrième de couverture :

Le désordre somptueux d’une passion exotique, éclat d’un météore, selon Mallarmé ; un ange en exil aux yeux d’un bleu pâle inquiétant, pour Verlaine. Un « éveil génial », et c’est Le bateau ivre, une « puberté perverse et superbe », puis un jeune brièvement « ravagé par la littérature », le maître d’une « expression intense » aux sujets inouïs – tout cela dans un mince volume, dû au poète touché, puis déserté, par le génie, « aventure unique dans l’histoire de l’art ».

Petite précision utile pour un potentiel achat de votre part, ce recueil contient en fait un grand nombre de poème écrit par Rimbaud avant Une saison en enfer et Illuminations.

Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corp et pour l’âme, – le viatique,- on a la médecine et la philosophie, – les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient ! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !…

La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?

C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très-certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.

Extrait de Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud

Promontoire

L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick en large en face de cette Villa et de ses dépendances, qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie ! Des fanums qu’éclaire la rentrée des théories, d’immenses vues de la défense des côtes modernes ; des dunes illustrées de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des Embankments d’une Venise louche, de molles éruptions d’Etnas et des crevasses de fleurs et d’eau des glaciers, des lavoirs entourés de peupliers d’Allemagne ; des talus de parcs singuliers penchant des têtes d’arbres du Japon ; et les façades circulaires des « Royal » ou des « Grand » de Scarbro’ ou de Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions dans cet Hôtel, choisies dans l’histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l’Italie, de l’Amérique et de l’Asie, dont les fenêtres et les terrasses de présent pleines d’éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouverts à l’esprit des voyageurs et des nobles – qui permettent, aux heures du jour, à toutes les tarentelles des côtes, – et même aux ritournelles des vallées illustres de l’art, de décorer merveilleusement les façades du Palais. Promontoire.

Poème en prose issue de Illuminations d’Arthur Rimbaud.

À ce stade de l’article, ayant relu ces deux ouvrages, ma « compréhension » ( oui entre parenthèse, interprétation serait peut-être le mot plus adéquate ) n’est pas la même que je m’étais faite il y a pas mal d’années.

J’ai beaucoup plus compris le besoin de liberté, de mouvement (coucou les « Assis »), de rébellion sans réel cause vraiment (à mon avis), la violence, la moquerie, l’humour, pas de folie (pour moi encore) mais une sorte de trance poétique pleine de force, juste l’envie et l’ambition d’écrire.

Ce côté où le poète se veut plus proche des désenchantés, des laissés pour compte, des affranchis, des « voyous ».

C’est aussi un amour de la nature, sans tomber dans le pathos romantique nian-nian qui colle à la peau de la poésie (quelque coups aux parnassiens ?). Un anti-cléricalisme plutôt violent pour l’époque donc, courageux. D’ailleurs certains poèmes sont violents, pas au point d’être gore ou sanglants, mais j’ai senti une rage, contenu grâce à son talent.

Dieux, déesses, nymphes, fées, anges. C’est la mythologie gréco-romaine autant que Nordique qu’il place dans des tableaux tantôt apocalyptique tantôt romantique, disons même, sensuel.

Le sexe. Sujet que j’ai trouvé souvent présent. Normal pour un jeune homme qui découvre la vie, Rimbaud a eu une vie mouvementée, choisie d’ailleurs. Et la sexualité souvent présente, dévoile aux lecteurs que oui, le sexe a fais parti de sa vie et avait une place importante. Rien de choquant aujourd’hui (je l’espère du moins) mais pour l’époque, peut-être était-ce un semblant de rébellion contre les dogmes religieux et politiques. Courageux là encore.

Aussi, Rimbaud, c’est la modernité, revendiquée ! Mélanger de l’anglais et du français, c’est risqué, osé, original. Les voyages, l’Orient et ses secrets.

Faisons une petite parenthèse américaine :

Je remarque que Bob Dylan a beaucoup copié la légende qui entoure Rimbaud. Bob Dylan avoue avoir menti aux médias, leur disant qu’il avait fuit son patelin perdu pour New-York en sautant dans un train de marchandise bien qu’en en faite, son père l’ai emmené. L’Original Vagabond n’est pas Robert Zimmerman chère Joan Baez, mais ce meteor enflammé qu’était Arthur Rimbaud.

Pour continuer un peu dans la culture américaine, la Beat Generation, Kerouac, Ginsberg, Burroughs se sont énormément inspirés (sans vraiment l’admettre) de Rimbaud et de son écriture du mouvement. Écriture du mouvement qui est la base de la Beat Generation. Après tout, Kerouac avait des origines françaises, bretonne plus précisément.

Un peu moins d’un siècle après la mort de Rimbaud, la Beat Generation émerge, inspiré du jeune français, puis les hippies. Une influence puissante qui a traversé les âges et l’Atlantique.

Une partie du mythe Rimbaud semble venir des très très nombreuses interprétations venant de tout bord. Des personnes qui cherchent impérativement à savoir ce que voulait dire tel ou tel vers, tel mot, tel nom. Certaines de ces interprétations n’ont aucun sens. L’impression que tout le monde a la réponse à ce que Rimbaud écrivait. Le pire, reste ceux qui imposent leurs vues. C’est un imbroglio incroyable, une toile de théories aussi folles et colorées que peut l’être un poème de Rimbaud. Au final, c’est de l’art, c’est subjectif. Restons-en à notre propre ressenti. Cherchez plus loin ne mènera nul part. Les mots de Rimbaud ne sont pas Le code de Vinci, les seuls secrets qui s’y cachent sont sûrement les nôtres. Magie de Rimbaud ?

Je pense que la poésie, c’est comme la peinture, chacun à ses interprétations, ses sensations, ses ressentis. C’est personnel, ça vient de vous, de quelque chose d’intime. Pas besoin, je pense, de replacer ses poèmes sur sa biographie. Un contexte aide peut-être, mais, de mon point de vue, l’essence même de la poésie est de toucher et de créer quelque chose en nous, pas de se demander dans quelles conditions et états ont été écris les vers, ce qu’ils signifient.

Laisser sa poésie vous donner ce qu’il vous donne sans trop vous êtres influencé par l’interprétation souvent prétentieuse et/ou poussives des autres.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage Arthur Rimbaud

Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson

Quatrième de couverture :

« Esclaves, ne maudissons pas la vie. »

Lire Arthur Rimbaud vous condamne un jour à partir sur les chemins.

Chez le poète des Illuminations et d’Une saison en enfer, la vie s’organise dans le mouvement.

Il s’échappe hors de l’Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l’amour en Belgique, se promène à Londres, puis s’aventure à mort sur les pistes d’Afrique.

La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par des mots.

Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore.

Au temps où le monde est paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson s’est échappé une saison avec Arthur Rimbaud.

La littérature, meilleur antidote à l’ennui.

Un été avec Rimbaud est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2020 sur France Inter.

« J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. »

« Je suis maître en fantasmagories. »

« Je suis un inventeur bien plus méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »

« Je vais acheter un cheval, et m’en aller. »

« Mais, à présent, je suis condamné à errer. »

Tesson est moderne, tournant les poèmes de Rimbaud à notre époque actuelle.

Laissez moi vous parler un peu d’une chose différente inspirée du livre de Tesson : – Dans True Détective saison 1, le très névrosé détective Rust Cohle dine avec une potentiel futur petite amie, il lui parle de la synesthésie. Une théorie qui veut que chaque sensation ressenti par nos sens (touché, odorat…) sois « décuplée » et que ces sensations amènent des sortes de « visions ». Tesson émet l’hypothèse que le jeune Voyant « souffrait », peut-être, de cette mystérieuse condition. Encore une petite allusion à True Detective, si vous êtes encore là bien sûr :

Extrait : Malheur du soleil : il éclaire tous les hommes. Chacun se pense alors le récipiendaire privilégié de la lumière : « Le soleil s’adresse à moi ! La preuve : mon ombre tourne autour de moi seul ! »

Les amateurs de True Detective saison 1 comprendrons sûrement.

De Rimbaud, en passant par Tesson à True Detective. Suis-je fou ? Qui ne l’est pas, même un peu ? Si vous le pensez, lisez la suite, vous découvrirez que je suis aussi stupide. Mais « Je » est un autre, et je ne le contrôle pas… enfin pas tou le temps !

Maintenant encore un domaine surprenant que les réflexions Tesson et la prose de Rimbaud m’ont apporté, accrochez-vous pour les plus vieux (je déconne !) : Dans un jeu vidéo appelé Metal Gear Solid, un mystérieux virus (aïe…) attaque les personnes parlant une certaine langue. Cela mène à une réflexion importante sur le language. Selon Tesson (ou en faite est-ce une théorie acceptée depuis longtemps et prouvée) Rimbaud avait l’ambition de réinventer la langue, le Verbe. « Au commencement était le Verbe » ainsi commence la Bible non ? Pour Burroughs de la Beat Generation, le Verbe est un virus. Rien n’existe sans le verbe, le mot. Nous sommes de verbes et de mots (maux ?), nous existons non ? Si « je » est un autre comme l’a écris Rimbaud et que Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même » nous sommes donc loin de savoir qui nous sommes vraiment, un mot, un inconnu habite en notre esprit. Et qui vous dis que cet inconnu est seul ? Notre esprit, une poupée russe, une mise en abîme peut-être perpétuelle, un monde dans un monde dans un monde… Inception ? Je tire mon argument par des cheveux mais autant assumer et le poser là.

Et si on parlait de Kurt Cobain ? Vous êtes sur mon blog après tout, si je peux le placer, je le fais !

Lui qui disait que ses paroles n’avaient pas forcément de sens, est-ce que les vers de Rimbaud en avaient ?

Extrait : Les mots peuvent-ils se passer de contenter de produire leur musique propre ? Est-ce un crime de ne pas assigner au verbe le soin d’énoncer une pensée ? Une cacophonie est-elle un language ?

On ne peut parler de Tesson ni de Rimbaud sans parler du mouvement. J’ai toujours cette très importante citation de Martin Luther King qui m’accompagne : Volez ! Si vous ne pouvez pas voler, courrez ! Si vous ne pouvez pas courir, marchez ! Si vous ne pouvez pas marcher, rampez ! Il faut toujours être en mouvement !

Et cet extrait du livre maintenant : Un homme qui s’arrête risque la pire des choses : le face-à-face avec lui même ! Marcher, c’est se tourner le dos.

Il est impressionnant de voir à de quelle manière Tesson a remis en question l’œuvre de Rimbaud, qui m’amène à trouver la présence d’un gamin poète dans la nouvelle culture populaire de notre temps dont ma génération et celle plus jeunes qui arrivent baignent.

En conclusion, le livre est plus une biographie succincte sur Rimbaud, Tesson y expose sa vision à lui du poète et essaie de « vulgariser » un l’œuvre de Rimbaud, de la démystifier un tantinet car même un Tesson ne peut résoudre l’énigme Rimbaud. Mais que de réflexions et d’inspiration que Tesson écrivant sur Rimbaud. Ajouter à cela l’actualité (la Covid-19) et Sylvain Tesson étale son immense talent à coup de plume aussi lumineuse et puissante que peut l’être un vers de Rimbaud.

Le livre est excellent. Vraiment.

Extraits :

Les lieux sculptent les hommes […]

Tout va vite, le génie est une traînée de poudre.

Les vers de Rimbaud sont rares mais ont électrocuté le Verbe. Pour les lettres, ils marquent un moment entre « le monde d’avant » et « le monde d’après », comme on dit aujourd’hui dans le grand hospice occidental. Rimbaud est le virus du Verbe.

La présence de Rimbaud est dans ses poèmes. Si on veut le rencontrer, il vaut mieux ouvrir Une saison en enfer que prendre un billet d’avion à destination d’Aden.

Le génie monstrueux de Rimbaud est une monstruosité de précocité.

Pourquoi un garçon [Rimbaud] de seize ans qui n’a jamais navigué décrit-il mieux la mer qu’un Tabarly des quarantièmes rugissants ?

La vie de Rimbaud est l’histoire d’un manquement. Il y avait une voix, elle a raté son oreille, comprendre les lecteurs.

Arthur n’est pas une machine Enigma, messieurs les casseurs de code !

Les poètes ne sont pas des militants, ni les rayonnages des librairies des trottoirs de racolage.

Rimbaud est un barbare. Son but : détruire l’ordre classique et, sur les ruines du temple, bâtir du nouveau. « Je tiens le système », écrit-il.

L’homme, c’est le Verbe. Changer la langue, c’est le repenser. Les derniers a s’être souvenus de ce secret sont les laborantins de la Silicon Valley. En créant leur infra-language binaire et globalo-mercantile, ils préparent, conditionnent et domestiquent le nouvel homme connecté, c’est-à-dire corvéable.

Le monde demeurera inerte si le poète ne le féconde pas de son regard.

Et si les choses n’existaient qu’en vertu du fait d’avoir été nommées ? Le Verbe ne se contente pas de désigner le monde. Il en est le créateur.

Le mouvement procure l’idée et pourvoit aux images.

C’est donc la fin d’une semaine (pour moi) dans l’univers rimbauldien. J’ai voyagé dans des univers accessibles à personne grâce aux poèmes du jeune Voyant. J’ai appris des choses que je ne pensais pas emmagasiner. C’était une aventure au-delà de moi-même, mais si « Je » est vraiment un autre, j’ai d’autres aventures qui m’attendent à chaque fois que je lirai un poème d’Arthur Rimbaud.

P.S. : cet article a été écrit durant l’été, j’espère ne pas vous avoir porter à confusion en ne mentionnant ce fait qu’à la fin.

Jaskiers

La panthère des neiges par Sylvain Tesson [Prix Renaudot 2019]

Quatrième de couverture :

– Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur le plateau du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.

– Qui est-ce ?

– La panthère des neiges. Une ombre magique !

– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.

– C’est ce qu’elle fait croire.

Sylvain Tesson a notamment publié aux Éditions Gallimard Dans les forêts de Sibérie (prix Médicis essais 2011), Une vie à coucher dehors (Goncourt de la nouvelle 2009) et Sur les chemins noirs.

Quel voyage que d’ouvrir ce livre et quel supplice que de devoir le refermer. Fini ! Plus une seule page, plus un seul paragraphe, plus une seule phrase, plus un seul mot à se mettre sous la dent.

C’est comme un retour de vacance, on est tristes, déprimés mais il nous reste les souvenirs, au moins, avant nous eut la chance de partir. Du moins, grâce aux livres, et pour moi, grâce à Sylvain Tesson.

Écrire un article sur un livre de Tesson n’est pas chose aisée quand on a un vocabulaire qui reste à désirer, un intellect plutôt brouillé.

Je parlerai d’une quête dont Sylvain Tesson n’était pas préparé mentalement. Ce n’est pas tant l’aventure, l’action qui a bousculé Tesson mais l’inactivité, la patience, l’observation et prendre le temps d’apprécier le spectacle de la nature sauvage.

Et bien sûr, cette panthère des neiges qui prends la forme d’une déesse, d’un spectre antique, d’une femme disparue, d’une statue païenne à l’allure hautaine, d’une créature de mythologie que l’Homme ne mériterait pas de regarder en face tant son esprit n’est pas préparé à être bousculé par l’immensité d’un regard, d’une attitude exposant un monde qui garde encore ses mystères. Nous, les Hommes, qui pensons tout connaître.

Saupoudré par des messages écologiques, de critiques sur l’être humain et son comportement, sur la société actuelle et bien sûr, quelque coups de plumes en direction des « meilleurs amis » de Tesson, les chasseurs.

Certains lecteurs ne pourraient pas apprécier ce genre de réflexion, ce n’est pas mon cas bien au contraire. Prêcher un converti !

Je me suis permis de partager quelques extraits que j’ai trouvé importants, j’aurai pu carrément réécrire le livre ici tant l’ouvrage a été plaisant à lire. J’ai choisis ces extraits en essayant de ne pas vous gâcher votre lecture.

Extraits :

Les fidèles [d’un temple bouddhiste] tournaient, attendant que passe cette vie. Parfois s’avancer dans la ronde un groupe de cavaliers du haut-plateau, avec des gueules de Kurt Cobain – surplis de fourrure, Ray-Ban et chapeau de cow-boys -, chevaliers du grand manège morbide.

Un renard s’offrît au soleil, découpé sur l’arête, loin de nous. Revenait-il de la chasse ? À peine mon œil le quitta qu’il s’évanouit. Je ne le revis jamais. Première leçon : les bêtes surgissent sans prémices puis s’évanouissent sans espoir qu’on les retrouve. Il faut bénir leur vision éphémère, la vénérer comme une offrande.

Je rêvais d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie.

La préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : « Nous sommes de la nature, nous ne varions pas, nous sommes d’ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigiez-vous ? »

Ainsi, les bêtes surveillent-elles le monde, comme les gargouilles contrôlent la ville, en haut des beffrois. Nous passons à leur pied, ignorants.

L’intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu’ils aient accompli d’études. Ce sont des voyants, ils percent les énigmes de l’agencement des choses là où les savants étudient une seule pièce de l’édifice.

Un vrai souverain se contente d’être. Il s’épargne d’agir et se dispense d’apparaître. Son existence fonde son autorité. Le président d’une démocratie, lui, doit se montrer sans cesse, animateur du rond-point.

Rencontrer un animal est une jouvence. L’œil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l’incommunicable.

Au « tout, tout de suite » de l’épilepsie moderne, s’opposait le « sans doute rien, jamais » de l’affût. Ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable !

En espérant que cet article vous ai plus, difficile comme je l’ai écris plus haut de parler d’un Tesson. Un jour j’avalerai un Beschrelle, pour faire justice à ce genre d’ouvrage.

Quel ironie de lire ce livre dans mon appartement, accompagné des sirènes de pompiers, de SAMU, de polices, de Klaxons et d’alarmes de voitures.

Le silence est un luxe et la patience : une qualité mise à mal par la technologie.

Jaskiers

Le mythe de Sisyphe par Albert Camus

Quatrième de couverture :

« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. »

Avec cette formule foudroyante, qui semble rayer d’un trait toute la philosophie, un jeune homme de moins de trente ans commence son analyse de la sensibilité absurde. Il décrit le « mal de l’esprit » dont souffre l’époque actuelle : « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde. »

Qu’il est difficile, pour moi, de parler de ce livre. Je suis loin d’avoir les connaissances et des bases solides de philosophie.

Pour ce qui est du suicide, c’est un élément que j’ai côtoyé.

Il est évident que je n’avais pas l’intellect pour lire ce livre (qu’est-ce que je regrette de n’avoir pas plus suivis à l’école…), même si je pense avoir compris, en partie du moins, la dualité existentialismes – absurde que Camus s’évertue à comparer.

J’ai compris que l’absurde dont Camus parle n’est pas à comprendre dans le sens premier du terme. Je pense que Camus a écris cet ouvrage pour proposer sa philosophie de l’absurde, l’expliquer en la confrontant au plus gros problème philosophique (selon Camus) qu’est le suicide.

J’ai plus apprécié la deuxième partie, proposant différant type de « personnalité », partie que j’ai trouvé plus accessible, même si l’ouvrage est resté difficilement compréhensible pour moi.

Étonnamment, je pensais Sisyphe triste de son sort, Camus lui, le pense heureux.

Peut-être est-ce absurde de ma part de comparer le mythe de Sisyphe avec notre monde actuel, le fameux metro-boulot-dodo.

Tout au long de la lecture, je me suis demandé si j’étais un homme absurde. Je n’ai toujours pas trouvé la réponse, j’ai trouvé que l’explication de l’homme absurde est parfois paradoxale, m’empêchant de comprendre et/ou de le définir comme absurde. Encore une fois, la lecture du livre est corsée, je n’ai pas tout compris, loin de là.

Pour ceux qui l’on compris, cet article écrit par une personne qui n’a sûrement pas compris le sens de l’essais de Camus peut peut-être vous éclairer, ou pas, sur la différence et l’influence qu’une éducation poussée et une ratée peut avoir sur la compréhension de la philosophie, de la vie.

Il faudra un jour que je m’attaque au meilleur ennemi de Camus, Jean-Paul Sartre. Mais je doute de comprendre vraiment tout le talent de ces deux philosophes.

Sur ce, merci de m’avoir lu ce très court article !

William Faulkner sur l’œuvre de Camus : « Camus disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté. »

Jaskiers

Le Horla par Guy de Maupassant

Quatrième de couverture :

Le Horla raconte la lente désagrégation d’un esprit, de la dépression à la folie – des maux que connaissait bien Maupassant. Le héros se sent peu à peu envahi par un autre, qui agit à travers lui : le Horla, puissance invisible, inconsciente qui le manipule. S’installent alors l’incompréhension, la peur, l’angoisse. Jusqu’à l’irréparable.

Prenant la forme du journal intime, la nouvelle illustre ce que Freud nommera l’inquiétante étrangeté, cette intrusion progressive du malaise dans le quotidien. Modèle de nouvelle fantastique, Le Horla est aussi un description clinique du dédoublement de personnalité qui menace toute conscience.

« D’où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre conscience en détresse ? »

Puisqu’il s’agit d’un classique que l’immense majorité d’entre vous avez sûrement déjà lu, je me contente donc de juste poster les extraits que j’ai trouvé intéressant (sans spoiler les personnes qui ne l’auraient pas lu.)

Extraits

À gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.

Crédit : Wikipedia

Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, à sur nous, sur nos organes, et, par eux, sur nos idées, sur notre cœur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables ?

« Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracines les arbres, soulève la mer en montagnes d’eau, détruit les falaises, et jette au brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit, – l’avez-vous, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant. »

Quand on est atteint par certaines maladies, tous les ressorts de l’être physique semblent brisés, toutes les énergies anéanties, tous les muscles relâchés, les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l’eau. J’éprouve cela dans mon être moral, d’une façon étrange et désolante. Je n’ai plus aucune force, aucun courage, aucune domination sur moi, aucun pouvoir de mettre en mouvement la volonté. Je ne peux plus vouloir, mais quelqu’un veut pour moi ; et j’obéis.

On dirait que l’homme, depuis qu’il pense, à pressenti et redouté un être nouveau, plus fort que lui, son successeur en ce monde, et que, le sentant proche et ne pouvant prévoir la nature de ce maître, il a créé, dans sa terreur, tout le peuple fantastique des êtres occultes, fantômes vagues nés de la peur.

Source : Pinterest

Les étoiles avaient au fond du ciel noir des scintillements frémissants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont là-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ?

Nous sommes si infirmes, si désarmés, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue qui tourne délayé dans une goutte d’eau.

Guy de Maupassant Le Horla

Jaskiers

Trois ouvrages sur Kurt Cobain

Je n’en ai pas fini avec Kurt Cobain ! Je suis tombé par hasard sur internet sur Cobain Unseen, j’ai tout de suite eu un coup de cœur et je me devais de le commander. Le livre semble intéressant, sortant des livres lambdas, différents.

Les deux autres, le livre et la BD sont des cadeaux d’une de mes proches. Je ne pense pas qu’elle lira ces lignes mais je l’a remercie.

Nirvana en BD… j’ai des doutes mais on ne sait jamais !

Un livre écrit par le manager de Kurt, sur Kurt ? Espérons que ce ne soit pas un ramassis de mensonges pour se faire de l’argent…

Enfin je suis comme ça, quand ça touche à Cobain, le travail doit être sérieux. Sans plus attendre, allons vite découvrir !

Cobain Unseen par Charles R. Cross

Cette photo de couverture était une des photos préférées de Kurt Cobain. Lui qui n’aimait pas se faire prendre en photo.

Quatrième de couverture :

A private tour of the Kurt Cobain Archives, featuring drawings, handwritten documents, photographs, and artifacts seen here for the first time

The first in-depth illustrated biography of the legendary creative force behind Nirvana, Cobain Unseen sheds light on the visual dimension of Kurt Cobain’s too-short life through previously unpublished photographs, documents, and other personal items. More than twenty interactive features make the book a treasure trove of extraordinary memorabilia, with facsimiles of handwritten song lyrics, journal pages, and artwork, and an audio CD that includes never-before-released spoken-word material.

With a compelling narrative by the noted Cobain biographer Charles Q. Cross, Cobain Unseen presents a raw and intimate portrait of the genius and madness of Kurt Cobain.

Charles S. Cross is the author of five books, including the New York Time bestseller Heavier Than Heaven : A Biography of Kurt Cobain, which the Los Angeles Times called « one of the most moving and revealing books ever written about a rock star. » In 2002, Heavier Than Heaven won the ASCAP Timothy White Award for outstanding biography. Cross’s writing has appeared in hundreds of publications, including Rolling Stone, Esquire, and Spin. He lives in Seattle.

D’emblée les fac-similés sont vraiment le plus de ce livre, un petit exemple :

Le fac-similé est encastré dans la page de droite dans cet exemple.
Remarquez qu’à 13 ans, Kurt Cobain avait déjà apposé sa trademark !
Carte de vœux offerte pour Thanksgiving à son beau père.

J’ai appris qu’une de ses tantes avaient sortie un album en 1985. Elle l’aidera à ses débuts de musicien et l’encouragera.

Qu’il a vu le corps pendu du frère de l’un de ses amis en rentrant de l’école. Depuis, son obsession pour le suicide et la mort ne l’ont pas quitté. Une théorie de l’auteur.

L’histoire selon laquelle il aurait dit à un de ses camarades de classe qu’un jour il deviendrait riche et célèbre, une rock star, et qu’il se suiciderait semble vraie. J’avais entendu cette histoire sans être sur de sa véracité.

Très talentueux en dessin, connu à Aberdeen pour ses talents d’artiste graphique, il avait gagné en notoriété pour avoir décoré le van des Melvins, un des groupe de punk-rock ayant aidé et influencé Kurt Cobain.

Vient la partie de l’échec scolaire, bien que très intelligent et très bon à l’école, ses notes, son assiduité et sa fréquentation chute, Kurt donne des signes de dépressions et d’hyperactivité, le divorce de ses parents en aurait été le déclencheur.

Ses nombreuses œuvres d’arts ont pour thème principal le corp humain. Collage, dessins, peinture… selon l’auteur, des problèmes d’estomacs seraient à l’origine de ce thème récurent.

Les débuts de Nirvana ont été très difficile, Kurt n’ayant pas de domicile fixe ni d’argent, c’est la débrouille. Kurt dédaigne travailler, il préfère donner de son temps à la musique plutôt que de le perdre à travailler. Il se repose financièrement sur sa première petite amie.

Depuis sa rencontre avec Buzz Osborne des Melvins, Kurt s’est ouvert à un univers musical punk plus important. Ses capacités à écrire des chansons se sont vues grandement améliorées.

Après un premier album, Bleach, Nirvana enchaîné les tournés dans des petits clubs, ils se font une réputation et gagne en notoriété. Ensuite, c’est la signature avec un grand label de musique, d’où sortira Nevermind. Smell Like Teen Spirit changera la donne du groupe et du monde musical entier.

L’ouvrage contient un magnifique fac-similé de la page où Kurt Cobain a écris les paroles de Smell like teens spirit. Le document semble tellement réaliste ! Ainsi que les premiers stickers Nirvana que Cobain a crée et collé dans tout Aberdeen à tel point que l’on en retrouverait encore dans la ville. Le livre a carrément recréé ces stickers !

Après le succès de Nevermind et sa rencontre avec Courtney Love, Kurt semblait être plus intéressé par l’art plastique et la peinture que la musique. Krist dira que c’est à ce moment là que Kurt se déconnecta de la réalité. Son addiction à la drogue empire. La célébrité lui pèse.

Le CD du livre consiste en deux pistes, une de 8 minutes ou Kurt lit un passage de son journal. Entre phrases scatologiques, poèmes, proses, paroles et rimes. Il rigole, répète plusieurs fois que c’est ridicule et s’amuse à utiliser plusieurs voix parfois grotesques.

La deuxième piste est une interview de l’auteur où il décrit l’émotion de fouiller dans les affaires (nombreuses) de Kurt, qui était un collectionneur compulsif (à mon avis), il sélectionne photos, dessins, peintures, cassettes… Il relate sa relation personnelle avec l’univers de Kurt, quand il était journaliste musical , jusqu’à l’écriture de ce livre et les diverses émotions qu’il a ressenti en voyant ces objets ayant appartenu à l’univers de Cobain, objets parfois créés et/ou modifiées par ce dernier.

Le fac-similé du fax qu’il a envoyé à William Burroughs a été un pur bonheur pour moi à découvrir. (Voir photos plus bas.)

Suit la descente aux enfers de Kurt, sa maladie à l’estomac, sa scoliose et les douleurs qui vont avec, sa dépérissions dû à sa dépression et sa dépendance à l’héroïne.

Il est dur de lire et de voir que Kurt ne savait plus où il voulait aller artistiquement parlant. Il pensait et projetait de dissoudre Nirvana, du moins virer Krist Novoselic et Dave Grohl pour repartir sur un nouveau genre de musique bien qu’il ne savait pas quel genre et si il le voulait vraiment.

Ajouter à ça de nombreux séjours en centres de désintoxication (séjours qu’il ne complétera jamais et dont il s’échappa lors de sa dernière hospitalisation).

Juste une page sur son suicide, ce qui, je trouve, est une bonne décision de l’auteur. Kurt et sa vie, son art repose bien plus que sur son suicide bien qu’il ai marqué sa génération et toutes les autres. Mais sa musique et son art, eux, sont immortels et le resteront. Son art est ce qu’il nous reste de lui.

J’ai écris un article sur Cobain qui aurait pu, à mon avis, devenir un écrivain. En fait, je suis un peu hanté par ce que Cobain serait devenu, quel art aurait-il choisis ? Je pense qu’il aurait continué la musique, peut-être dans un univers plus acoustique où se tourner vers la production.

Ce livre aurait du être celui qui est attaché au documentaire Montage of Heck, le livre original de ce documentaire est plus anecdotique, celui-ci aurait été un vrai plus avec le documentaire.

Ce livre est un MUST-HAVE pour tous les fans de Nirvana et/ou de Kurt Cobain. Réellement, grâce aux Fac-Similés, au CD de Kurt lisant son propre journal, on a l’impression de fouiller dans les affaires de Kurt Cobain !

J’ai découvert plus en détail la passion pour Cobain pour le dessin, la peinture et l’art en général. Extrêmement créatif et talentueux dans de nombreux domaines artistiques autre que la musique. Ses dessins de jeunesses sont impressionnants et je ne suis pas étonné de voir que sa fille, Frances Bean Cobain, est devenue une artiste graphique. L’héritage d’un père parti trop tôt. Apparement, il n’y a pas que l’argent qu’il a légué à sa fille, mais aussi son talent créatif.

Quand vous ouvrerez ce livre, souvenez vous des paroles de Cobain écrits sur un de ses journals : If you read, You judge.

J’ai adoré et je vous le conseil grandement. Le prix en vaut la peine, ayez confiance !

Extraits :

« I feel this society has somewhere lost its sense of what art is. Art is expression. In expression you need 100 percent full freedom, and our freedom to express our art is seriously being fucked with. »

⁃ An entry in one of Kurt Cobain’s journals

At seven, Kurt was given Ritalin to control his hyperactivity and attention deficit. In his adult life, Kurt frequently cited his early medication as one of the reasons he later became a drug addict. He wasn’t aware of the fact that some research study support his claim in suggesting that children who are heavily medicated are more likely to abuse drugs as adults. The hyperactivity didn’t particularly help Kurt, and his parents eventually took him off the medication, though he later said that he felt the damage had already been done.

As for Nirvana, Kurt was attracted to the Eastern mysticism it suggested, but mostly he picked it because it sounded sophisticated. Almost all of the other names he considered came from scatological references. Skid Row referenced « skid marks », fecal stains on underwear, rather than a desolate street. His first group had been called Fecal Matter. The fact that he managed to name the band Nirvana, and not Gut Bomb, as he had at one point insisted, was a minor miracle.

Kurt : « I can’t work among people. I may as well try and make a career out of this. All my life, my dream has been to be a big rock star — just may as well abuse it while you can. »

Kurt et sa relation avec William S. Burroughs :

Kurt had also extensively planned the video for « Heart-Shaped Box, » going as far as to draw stills in his journal. The year before, Kurt had recorded a spoken-word piece with William S. Burroughs, and now he decided that Burroughs would be the ideal actor for his new video. Kurt had long been a fan of Burroughs but hadn’t met him during the recording project — they’d simply exchanged tapes — so he saw the video as an opportunity. On August 2, 1993, Kurt send Burroughs a fax asking him if he’d appear in the video. « I really enjoyed the opportunity to do the record », Kurt wrote. « It’s a great honor to be pictured alongside you on the back cover. » Kurt wanted Burroughs to appear as a crucified man on a cross in the video.

In his fax, Kurt sought to assure Burroughs that it wasn’t the writer’s famous heroin addiction that Kurt sought an association with. « Let me assure you, this is not the case, » Kurt wrote. « As a fan and student of your work, I would cherish the opportunity to work directly with you. To the extent that you may want to avoid any direct use of your image (thus avoiding the aforementioned link for the press to devour), I would be happy to have my director look into make-up techniques that could conceal your identity. While I would be proud to have William Burroughs appear as himself in my video, I am more concerned with getting the opportunity to work with you than I am with letting the public know (should that be your wish). » What Burroughs might get out of appearing disguised in a video was never outlined.

Burroughs declined the offer, but when Nirvana went on the road to promote In Utero, and the tour took them near Lawrence, Kansas, where Burroughs lived, Kurt finally met the writer. They spend several hours talking, and Kurt gave Burroughs a biography of Leadbelly — Kurt once said that it was a quote from Burroughs that first made him interested in the folksinger. Burroughs later told a reporter that Kurt was « very shy, very polite, and obviously enjoyed the fact that I wasn’t awestruck at meeting him. » Burroughs said that, despite much speculation, no drugs were consumed during their visit and that they talked about art. Burroughs, like Cobain, considered himself an amateur artist, and he gave Kurt a copy of the original art from their spoken-word collaboration, complete with bullet holes in it.

The meeting was not the end of their relationship. A few weeks later, Burroughs sent Kurt an autographed copy of his book The Cat Inside. And in February 1994, Burroughs mailed a present for Kurt’s twenty-seventh birthday. It was a watercolor collage Burroughs had done around a photograph of Kurt peering from an outhouse window. Burroughs later observed, « There was something about him, fragile and engagingly lost. »

Page de gauche : En haut à gauche, The Cat Inside dédicacé par Burroughs pour Kurt. En haut à droite, Burroughs et Kurt dans le jardin de William. En bas, un fac-similé du fax de Kurt à Burroughs. Page de droite, création de Burroughs avec comme titre « The priest They Called Him », titre de leur collaboration. Burroughs a tiré dessus à balle réelles créant les trous.

Nirvana en BD par Sophie Blitman & Simon Léturgie

Quatrième de couverture :

À Aberdeen, petite ville pluvieuse de l’État de Washington, il ne se passe pas grand-chose.

C’est là que grandit le jeune Kurt Cobain. Vie de famille difficile, échec scolaire, isolation, Kurt soigne son mal-être en se tournant vers la musique. Adolescent, il rencontre le bassiste Krist Novoselic. De cette amitié naît le groupe Nirvana, complété quelques années plus tard par le batteur Dave Grohl. Grâce à un son rugissant, des textes sans fard et un mépris pour la société de consommation, la déferlante Nirvana renverse tout sur son passage, et les petites scènes de Seattle laissent vite place aux tournées mondiales.

Le succès sera aussi court qu’intense. Kurt, rongé par la célébrité, l’angoisse et les drogues, se donnera la mort en Avril 1994, mettant un terme à une œuvre fulgurante qui aura bouleversé les codes du rock.

Grâce à ce Docu-BD mêlant astucieusement bandes dessinées et documentaires, découvrez le destin du groupe le plus grunge de l’histoire, au gré des albums, des rebellions et des scandales, mais surtout et avant tout… de la musique !

Curieux de voir de la musique en BD mais aussi anxieux et inquiet de ce que pourrait donner une biographie de Nirvana en BD, j’ai attaqué le livre.

Tout de suite, j’ai vu que l’auteure étaient plutôt bien renseignée sur le groupe. Je retrouvais les informations que j’avais trouvé dans Cobain : Unseen. Déjà un bon point.

Le deuxième point, se sont les différents styles. Différents dessinateurs se sont réunis, chacun dessinant une partie de la vie du groupe.

Surtout, j’en ai appris plus sur Krist Novoselic et Dave Grohl. Je l’avoue, je ne connaissais pas grand-chose sur le passé des deux autres musiciens. Évidemment, je connaissais Dave pour son travail avec les Foo Fighters. N’oublions pas qu’ils faisaient partis de l’univers Nirvana, qu’ils étaient importants dans le succès du groupe.

Les dialogues sont parfois un peu too-much, mais ça reste crédible.

Les différentes époques et évènements du groupe sont dessinés par différents artistes. C’est atypique. Je pense que Kurt aimant l’art graphique aurait sûrement apprécié. Ces changements sont accompagnés de pages explicatives apportant plus de précision sur les pages que nous venont de lire, ces pages sont vraiment intéressantes et apportent encore un plus d’informations. Un exemple de différents styles et d’une page d’information :

Le livre suit fidèlement l’histoire de Nirvana avec un focus évident sur la vie de Kurt.

J’ai appris certaines informations, mais comme souvent avec Nirvana et Kurt Cobain, je me méfie des nouvelles informations sorties de je ne sais où.

La partie sur les événements tumultueux durant les MTV Vidéo Music Awards backstages avec Guns N’ Roses est succulente mais n’avait pas forcément sa place dans la BD. Ça reste toute fois un passage sympathique, anecdotique.

Le suicide de Kurt est cette fois traité de façon directe. Cela ne m’a pas tant dérangé que ça mais je pense souvent à ce que ses proches pensent de ce genre d’œuvre.

C’est un ouvrage que je conseil si vous préférez les BD à un livre et apprendre l’épopée de Nirvana via le média de l’art visuel. Art que Cobain adoré et dans lequel il excellait !

Un coup de chapeau à tous les différents dessinateurs qui ont collaboré à cette bande dessinée. Lors de la lecture de ce livre, vous ne serez pas cantonné à un seul style graphique mais à plusieurs. Il est extrêmement intéressant de voir de quelle manière les artistes voyaient Nirvana, en y apposant leurs propres styles.

Je n’ai pas pu résister une fois encore à partager le passage de la rencontre entre Cobain et William Burroughs :

Extrait :

Don et Wendy finissent par divorcer, le 9 juillet 1976. Pour Kurt, c’est un véritable cataclysme : « Je me souviens de ce que j’ai ressenti : soudain, je n’étais plus le même, c’est comme si je ne valais plus rien », confie-t-il au journaliste de Rolling Stone Michael Azerrad.

[Extrait du journal de Kurt] Mes paroles sont un gros bloc de contradictions. Elles sont partagées entre des opinions très sincères et des sentiments que j’éprouve et des dénégations sarcastiques et – j’espère – de drôles d’idéaux bohèmes éculés depuis des années. J’aime me montrer passionné et sincère, mais j’aime aussi me marrer et faire l’abruti. »

Kurt Cobain, Nirvana, 1967-1994 par Danny Goldberg

Quatrième de couverture :

25 ans après la mort de Kurt Cobain, un nouveau regard sur une icône hors norme.

Après un quart de siècle passé sous silence, Danny Goldberg, manager du groupe Nirvana de 1990 à 1994, prend enfin la plume pour nous raconter de l’intérieur les années les plus décisives de son leader, Kurt Cobain. Ce sont celles de la création de l’album mythique Nevermind, du soudain succès planétaire, du mariage avec Courtney Love, des addictions et du suicide à vingt-sept ans. Durant toute cette période, Goldberg resta aux côté de Kurt, ami et témoin privilégié d’une légende en devenir.

Les souvenirs de Goldberg, encore jamais partagés à ce jour, nous offrent un nouvel éclairage sur la période de vie la plus intense de Kurt Cobain et donnent voix aussi à tous ceux qui étaient là : amis, membres du groupe et famille. L’auteur dévoile les arcanes de son talent de génie, son processus de création à 360 degrés, son ambition malgré son apparente désinvolture, et l’héritage colossal pour les générations à venir. En dix ans, le morceau Smells Like Teen Spirit a été téléchargé près de 387 millions de fois.

« Éclairant et passionnant. Un superbe requiem sur la perte d’un être aimé qui a touché le monde entier avec se magie si singulière. » – Thurston Moore, chanteur de Sonic Youth

Avec une préface inédite de Laurence Romance.

Danny Goldberg dirige actuellement l’agence d’artiste Gold Village Entertainement qu’il a fondé, après avoir été le directeur de Mercury Records et Artemis Records. Tout au long de sa carrière, il a collaboré au Los Angeles Times, The Nation, Huffington Post, Dissent et Billboard. Il a également été le manager de Led Zeppelin et de Sonic Youth.

Avant d’ouvrir ce livre, je me suis demandé : Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant d’écrire sur Kurt Cobain ? A-t-il besoin d’argent, veut-il se faire de l’argent sur le dos de Cobain ? Que va-t-il vraiment raconter ? Qu’a-t-il à nous proposer ?

J’ai décidé de ne pas être vache et d’ouvrir le livre avec confiance et espoir.

J’ai vite regretté mon jugement hâtif sur l’homme. Le métier de manager qu’il détail est bien plus compliqué et nuancé que je ne le pensais.

Il explique le fonctionnement entre les labels indépendants et ceux plus puissants et comment Kurt et Nirvana ont choisi de faire le transition sans passer pour des « vendus » aux yeux de la communauté punk anti-conformiste. Il y a beaucoup plus de nuances que ça, le punk-rock est une culture qui s’avère compliquée à comprendre à la vue de tous ces groupes et des différents «clans » pour un néophyte. J’en fais parti même si je connais quelques-uns de ces groupes, grâce à Nirvana.

Avant de juger un auteur, j’y réfléchirai à deux fois maintenant. Car le récit de Danny Goldberg est émouvant, doux, respectueux je dirais même qu’il a fait preuve d’une grande délicatesse et ne ment pas à son lecteur. Du moins il ne semble pas. Après tout, il écrit de SON point de vue.

J’ai été ému par ce récit rédigé par quelqu’un qui l’a connu et soutenu jusqu’à la fin. Je retire mes lignes de début d’article, l’argent, l’homme en a, mais ses souvenirs semblent le plus important et je le remercie d’avoir partagé avec le monde entier sa courte aventure avec Cobain.

Tant de peine, toujours, mais aussi une sorte de lumière et d’espoir semblent toucher les personnes l’ayant connu. C’est grandiose.

J’y ai appris tellement de chose sur la créativité, la relation avec les médias et le leadership de Kurt, sa personnalité et sa face cachée, pas forcément négative mais décidément autodestructrice et parfois éprouvante pour ses proches.

Je ne savais pas que Kurt avait lui-même prit en main le montage des clips comme Smell like teen spirit, Heart shaped box et autres. Comme toujours, il aimait contrôler son art, de la pochette d’un disque jusqu’au clip vidéos. Un esprit créatif qui ne s’arrêtait jamais ! Un besoin de s’exprimer par l’art d’une manière presque obsessionnelle mais toujours avec talent.

Pour les « besoins » de cet article, je ne parlerais pas de la descente aux enfer de Kurt avec la drogue. C’est une partie du livre difficile et émouvante partagé par quelqu’un qui l’aimait et le soutenait à bras le corps.

Kurt était loyal et à fait signer une poignée de ses ami(e)s sur le label ou donnait un coup de pouce à leurs carrières.

Le livre contient aussi différents témoignage de proches que l’on n’avait pas forcément entendu jusque-là, tous ont été sensible à l’aura de Kurt.

C’est un livre émouvant et je le conseil vivement aux fans mais aussi à ceux qui se demande pourquoi Kurt Cobain avait et a encore autant d’influences sur notre culture et le monde de la musique.

Danny Goldberg et Kurt Cobain

Extrait de la préface de Laurence Romance : Kurt (furieux) finit par balancer à Danny (médusé) qu’il n’a aucune envie d’arrêter l’héroïne et que, d’ailleurs, l’écrivain junkie William Burroughs est son modèle absolu.

Autres extraits du livre :

[Kurt] était le serviteur d’une muse que lui seul pouvait voir et entendre mais dont il transmuait l’énergie grâce à un langage auquel des millions de personnes s’identifiaient.

[Butch] Vig declare : « C’était difficile pour moi de lire que l’album [Nevermind] était trop léché. Comparé à tout ce qui passait à la radio ? C’était un nouveau souffle brut ! Le disque est très simple. Parfois Kurt double la guitare ou Dave chante en harmonie, mais c’est tout. Il n’y a aucune astuce électronique. Je n’ai utilisé que seize des vingt-quatre pistes qu’on avait à disposition. Au contraire, c’est sous-produit. » Toutefois, il comprend que le groupe ait eu besoin de feindre le détachement dans certaines situations. « Comment conserver une crédibilité dans le post-punk quand vous avez vendu dix millions d’albums ? »

Pour beaucoup de fan de Nirvana, « Smells Like Teen Spirit » joua le même rôle que « Howl » d’Allen Ginsberg pour la Beat Generation ou que « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan pour la mienne.

Il avait des tendances autodestructrice, mais elles n’atteignaient jamais sa musique.

Rosie [assistante] raconte : « J’avais un salon en longueur. Il y avait des tonnes de CD de chez Geffen [Label de musique]. Ils les ont empilés comme des dominos. Dave et Kurt ont chacun enfilé une de mes robes. Puis ils ont couru vers les CD et se sont jetés dedans. »

Avec cette percée dans les radios pop, Nirvana devint un groupe qui constituait à lui seul une catégorie. Il attirait les fans de punk, d’alternatif commercial, de métal, de rock mainstream, et de pop. C’était l’optique de Kurt depuis le début.

Pour moi, son chant rappelait celui de Jim Morrison.

[Kurt] ne cessait jamais de créer.

Le même label [Tim Kerr Records] enregistra un morceau de spoken-word de William Burroughs lisant une diatribe poétique intitulée « Ils l’appelaient ‘Le prêtre’ ». Kurt qui idolâtrait ce beatnik légendaire, était ravi d’enregistrer une ligne de guitare pour accompagner le texte. Le morceau sortit en single et Kurt fut d’autant plus ravi de croiser Burroughs dans le Kansas l’année suivante, lors d’une tournée de Nirvana.

Krist [Novoselic] explique : Kurt n’aimait pas être embarrassé. Il détestait ça. »

Le personnage que s’était créé Kurt mélangeait humour, musique, colère punk et valeurs progressistes. Il ne reniait pas le crétin qui sommeillait en lui mais détester le conservatisme culturel. Doté d’un nouveau sens des responsabilités généré par sa célébrité, il décida de se prononcer ouvertement sur certaines questions politiques, en particulier celles qui touchaient au féminisme et aux droits des homosexuels.

Kurt : « Je n’aime pas les sales types, les machos, les gens violents. »

Il [Kurt] évoqua « Territorial Pissing », en partie inspiré de la façon dont on traitait les Indiens d’Amérique […] « Il y a des références à tous ces gens qui vivaient dans les réserves d’Amérique du Nord ; des gens démolis par les attaques américaines. »

De façon plus mémorable, Kurt s’adressa directement à son public : « Aujourd’hui, j’ai une demande à formuler à nos fans. Si certains d’entre vous haïssent les homosexuels, ceux qui ont une couleur de peau, ou les femmes, s’il vous plaît, rendez-nous service : fichez-nous la paix ! Ne venez pas à nos concerts et n’achetez pas nos disques. »

Kurt : « Chaque titre [de In Utero] parle de trucs qui m’énervent, d’un conflit entre le bien et le mal. Il y a des gens qui s’en prennent aux autres sans raisons et j’ai envie de leur botter le cul. Mais tous ce que je peux faire à la place, c’est hurler dans un micro. »

Kurt : « […] tout ce qui m’intéresse c’est la musique. Le reste, ça me plaît pas. La célébrité, c’est pas si cool que ça. »

[Kurt à propos de son addiction à l’héroïne quelques jours avant sa mort :] Il répliquait que William Burroughs avait vécu pendant des dizaines d’années comme un junkie et qu’il ne voyait aucune raison de ne pas l’imiter.

Il est de notre devoir moral de faire tout notre possible pour prévenir et lutter contre le suicide, mais je ne cesse de croire que Kurt souffrait d’une maladie que personne ne savait comment soigner et qu’il en est mort à l’âge de 27 ans. C’est la seule façon de le formuler qui me paraisse juste, mais la vérité c’est que personne ne détient la réponse.

Après la lecture de ces trois ouvrages, mon opinion sur Kurt n’a pas changé, mon admiration et mon respect s’en sont même renforcés.

Je n’ai pas voulu mentionner l’énorme problèmes qu’à causé la journaliste Lynn Hirschberg avec son article pour Vanity Fair sur Courtney Love et sa grossesse. Même si cette triste histoire de mauvais journalisme racoleur sur la grossesse de sa femme a hanté Kurt jusqu’à la fin de sa vie. Je ne me sens pas de raconter l’histoire ici tant elle est irrespectueuse, fausse et a fais du mal à de tout jeunes parents et leur nouveau né.

Je suis heureux mais aussi émotionnellement un peu fatigué et confus car Cobain et sa mort ne passe pas chez moi. Un deuil des plus bizarre car il est mort quelque mois avant ma naissance. Durant la lecture de ces ouvrages j’ai constaté que certaines générations post-Nirvana, la mienne et même les plus jeunes ressentent ce même genre de sensations : d’avoir perdu quelqu’un de proche bien que l’on ne l’ai même pas connus de son vivant. Je pense que c’est là que se trouve la magie de l’artiste qu’était Kurt. Arriver avec son art à nous faire sentir proche de lui, à ses côtés comme un membre de notre famille sans jamais pouvoir le rencontrer. Une présence sans enveloppe charnelle. Il est passé, à semé ses œuvres et sa créativité puis est reparti.

Les mots me manquent pour terminer cet article.

Merci à Kurt, Dave, Krist et tous les gens qui ont soutenu Kurt comme ils le pouvaient et partager avec nous son souvenir, son héritage artistique et son humanité.

Jaskiers

Kurt Cobain écrivain ?

Interviewer : Tu mentionne la lecture. Appartiens-tu à cette nouvelle génération de groupes hardcore intellos qui s’inspirent de bouquin ?

Kurt Cobain : Je lisais beaucoup plus que maintenant. Certains livres m’ont marqué, mais je me base sur mes propres expériences, sur des histoires qui me sont arrivés ou que j’invente. Je me considère plutôt comme un écrivain – à ma manière et à mon échelle – au service de la musique.

-Interview par Renaud Montfourny fin 1991-

Source : Les Inrockuptibles : special Neverminds – Juin 2021 –

William Burroughs et Kurt Cobain

Est-si Kurt Cobain avait arrêté le rock pour l’écriture ?

D’un point de vue purement personnel, j’aurai pu le voir devenir un écrivain.

Il tenait un journal depuis très jeune, écrivait les paroles de ses chansons, idolâtrait le monument de la Beat Generation William Burroughs et était un avide lecteur.

Son journal intime, du moins une petite partie publiée, montre un certain talent et surtout beaucoup de chose à exprimer. Krist Novoselic dit dans le documentaire dédié à Kurt, Montage of Heck, que Cobain avait un incessant besoin de s’exprimer par l’art. L’écriture aurait pu être un excellent moyen pour Kurt de s’exprimer et de marquer encore plus de son empreinte sa génération sans s’exposer à la vie frénétique et usante de rockstar.

Dans sa lettre de suicide, il mentionne que performer sur scène ne lui procurait plus la sensation qu’il aimait tant. La musique, du moins performer sur scène, semblait avoir quitter son horizon artistique et ne plus contenter son besoin de s’exprimer.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec Jim Morrison. Morrison est mort à Paris, mais que faisait-il dans la ville lumière , allait-il continuer la musique ?

Dans une de ses dernières interview, Jim mentionnait que faire du rock à 27 ans, c’était déjà trop vieux. Il semblait vouloir passer à autre chose. Il était un grand poète, son projet était, selon certains et aux vues des preuves réunies, qu’il voulait devenir écrivain.

Dans la ville lumière, ce n’était pas gagné. D’autant que les Doors n’était pas encore vraiment connus à cette époque en Europe. Ce n’était point la même époque qu’aujourd’hui où grâce à Internet, l’information circule à une vitesse ahurissante. Sa notoriété était à construire.

Accompagné de sa grande amie et cinéaste française Agnès Varda, l’objectif du frontman de The Doors était d’écrire, des poèmes et des romans. Entamer (ou continuer ?) un projet artistique qui semblait lui convenir parfaitement.

Jim Morrison et Agnès Varda

Malheureusement, nous savons comment la jeune vie de Jim a terminé.

Je trouve, comme écrit plus haut, des similitudes entre ces deux monstres de la musique américaine. Leurs vies, leurs démons, leurs arts, leurs personnalités semblent converger.

J’ai trouvé ce petit bout d’interview très intéressant dans Les Inrockuptibles spécial Nevermind. J’ai eu envie de le partagez et d’en parler un peu.

Kurt et son journal

Le lien est fait, deux poètes, deux amoureux de littérature (la chambre de Jim Morrison à Los Angeles était remplie de livres à tel point qu’on ne pouvait y circuler convenablement.)

Je suis persuadé que Kurt et Jim auraient pu produire des livres intéressants. Donnant aux lecteurs une dose de génie créatif, chacun à leurs manières. Apporter une nouveauté dans le monde littéraire américain voir mondial. Ils auraient apporté leur propre style et marquer de leur talent le monde littéraire américain. Du moins l’auraient-ils secoué !

Photo-montage trouvé sur Pinterest.

N’oublions pas qu’un certain Bob Dylan a remporté le prix Nobel de littérature !

Dylan, musicien et poète s’est avéré être un excellent écrivain, voir son autobiographie Chronique Volume I.

On ne peut que supposé les talents d’écrivain potentiel d’un Cobain. Je n’en doute pas personnellement.

Malheureusement, il n’y aura aucune réponse à cette question. Ou comme le chante Bob Dylan :

Jaskiers

La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Le vin de la colère divine par Kenneth Cook

Quatrième de couverture :

Aller combattre le communisme pour sauver le monde : tel est le motif qui conduit un jeune homme de vingt ans à se retrouver au cœur de la jungle du Vietnam. Confronté à la mort, il ne peut se raccrocher qu’aux valeurs chrétiennes et occidentales auxquelles il croit. Mais survivre au crescendo des bombes et de napalm mène à accepter les pires atrocités. Et à oublier la « guerre juste », lorsque se répand, dans une vision d’apocalypse, le vin de la colère divine.

« Dans une narration à couper le souffle, l’écrivain australien Kenneth Cook fait acte de foi en la littérature, celle qui réveille les consciences. Le vin de la colère divine est un cataclysme. » – Télérama

Kenneth Cook, écrivain couronné de succès, journaliste et leader d’un parti politique opposé à la guerre du Vietnam, fut un personnage hors norme. Il est également l’auteur du Koala tueur, de La vengeance du wombat et L’ivresse du kangourou, tous parus aux Éditions Autrement.

Ceci est un roman, l’histoire n’est pas tirée du vécu de l’auteur. C’est un changement, pour moi, amateur de récits de guerres écrient par des anciens soldats. Mais ce petit roman s’avère être au final un bon changement dans ma routine de lecture.

Ce jeune homme narre son histoire accoudé à un bar. C’est comme si vous étiez son ami de beuverie pour un soir, vous rencontrer ce jeune bidasse de 20 ans, qui a l’air d’en faire 10 de plus, et il vous narre son expérience.

Fervent catholique, il s’engage volontairement dans l’armée américaine pour combattre le communisme. Parce que, selon lui, les communistes sont les ennemis de Dieu. Il semblait presque parti pour une croisade, bien qu’il ne le mentionne pas tout au long de son récit, tout comme il ne mentionne pas les Vietnamiens, les Nord-Vietnamiens, les Viet-congs. Non, tous le long du récit, il les appelle « communistes ».

Jeune, croyant et bon soldat, l’expérience de la guerre du Vietnam va le plonger dans une grande confusion. Sa foie est ébranlée. N’est-il pas marqué dans les 10 Commandements : « Tu ne tuera point ? »

De plus en plus confus devant l’horreur, devant la mort, les valeurs qu’il a appris enfant auprès d’un père aimant et d’une mère française se désagrège. Il cherche à comprendre tout en ne cherchant pas. Il s’exprime par contradictions, sophismes, répond à ses propres questions pour les remettre en doute tout de suite après.

Sa rencontre avec Karl, venu remplacer un camarade de guerre du narrateur (ce dernier n’a d’ailleurs pas de nom, il n’est du moins pas mentionné dans le récit), qui s’autoproclame militariste-pacifiste n’arrange pas sa remise en question perpétuelle de sa foi, de sa place sur Terre, des Hommes, de leur natures, de la politique et de la guerre.

Durant une permission dans une ville de L’Asie de l’Est, qu’il ne nomme pas, il rencontrera Santi, un Vietnamien, avec qui il se saoul. Le narrateur notera avec quelle bienveillance, quel respect il est traité par cet homme. Il pourrait être un ennemi, ce qu’il a fait dans se bar, se lier avec un vietnamien est déconseillé par l’armée, mais Santi est bon, loin des stéréotypes racistes véhiculés par l’armée. La confusion qui s’exerce dans sa tête devient obsédante. Que penser de cette guerre ? S’est-il trompé d’ennemi ? S’est-il fait manipuler pour aller combattre si loin de chez lui des hommes qui, bien qu’ayant des croyances différentes, restent des hommes comme lui ?

Entre questionnement, au bord de la folie, de la confusion la plus extrême, le jeune homme plongera en plein enfer, le napalm, les bombes, les balles, les cadavres, les agonisants. Il ne sait même plus si il pleur. Le peut-il encore ? Sait-il encore ce qu’est se sentiment ? Les sentiments ?

La fin de son récit termine en apothéose. Un enfer sur Terre, une vision d’apocalypse.

Son récit terminé, le jeune homme ne vous dit ni au revoir ni à la prochaine. C’est nous qui partons, car il semble avoir déversé toute sa confusion et ses réflexions sur vous, jusqu’à ces derniers paroles.

Une réflexion sur la jeunesse, l’éducation, la religion et la guerre. Une dure expérience, qui remet en doute certaines de vos valeurs, sans les changer, peut-être, mais vous pousse à vous remettre en question comme le narrateur le fait. Sur vos croyances, votre éducation, l’autorité exercée sur vous et sur le monde en général.

Voici quelques extraits qui, je pense, montre la confusion et la peur du narrateur, qui le suivent tout au long de l’ouvrage :

Mais chaque fois que je pense, il m’apparaît qu’en ce bas monde, un homme sain d’esprit n’a d’autre choix que de devenir fou.

Nous ne pensions pas vraiment tuer. Nous ne pensions pas beaucoup, en réalité ; enfin, c’est ce qui m’apparaît maintenant. Il était impossible de penser. Qu’est-ce que veut dire « penser » de toute façon ?

En y repensant aujourd’hui, je dois reconnaître que j’étais le roi des cons. Ma seule consolation, c’est que nous étions tous les rois des cons.

Si ça se trouve, le monde foisonne de gens qui réalisent que leurs actions sont insensées mais qui craignent de passez pour des fous s’ils se comportaient raisonnablement. J’espère qu’il en est ainsi, mais je n’en suis pas si sûr.

Je m’étais attendu à quoi en partant à la guerre ? À ce que toutes les balles finissent dans les parties les plus charnues de la jambe et à ce que les ennemis soient les seules victimes ?

En général, l’idée qu’on enterre les gens, ou même qu’on les incinère, me dérange. Le principe même que les gens meurent me dérange. Je préférerai que ça n’existe pas.

La raison en était sans doute évidente. Mais je soupçonnais que le vraie raison n’était pas la raison évidente. Rien de ce qui est évident ne semble être vrai.

[…] Sans parler de cette bonne vielle maxime qui raconte plus ou moins qu’il faut prendre les armes pour faire taire les armes. Ils sont tous fous.

– Qui est fou ?

– Tout le monde. […]

Si tous les hommes qui en ont tué d’autres, depuis qu’il y a des hommes, étaient alignés les uns à côté des autres, combien de fois feraient-ils le tour de la Terre ? Et tous les morts ? Lesquels représentent le plus grand nombre, ceux qui ont tué ou ceux qui ont été tués ?

[…] il s’y inscrivait si il y avait une logique. S’il n’y en avait pas, eh bien, il n’y en avait pas. Mais il devait bien y en avoir une, car s’il n’y en avait pas, comment concevoir l’idée qu’il y en ait une ? Est-ce possible ?

[…] – Justement. Je trouve difficile d’imaginer un contexte permettant de justifier moralement une guerre moderne : on doit tuer trop de gens qui n’ont rien à voir avec la guerre.

L’armée vous aide à créer des illusions. Elle offre quelque chose de rassurant et convenable, avec le son du clairon, des tambours, et le rythme des soldats qui marchent au pas, sans compter qu’on vous tient occupé la plupart du temps, limitant tout loisir d’entretenir des pensées subversives. C’est sans doute la grande découverte qu’ont dû faire les généraux : le premier homme qui s’est dit « Je dois absolument occuper les lascars pour qu’ils n’aient pas le temps de penser. » a sans doute ouvert la voie à toutes les armées du monde.

[…] Mais ce qui m’inquiète – enfin, ça ne m’inquiète pas vraiment, pas trop en tous cas – bref ces actes que nous devons commettre… Les combats sont si atroces que je me demande s’ils sont justifiables.

Tous les bruits [dans la jungle] étaient ceux de chasseurs et de proies : les bruits de la violence. Aucun d’eux n’arrivait à la cheville de la violence que nous avion perpétrée […] L’idée de violence est d’ailleurs enracinée dans la nature […]

Il y a peut-être une logique à tout. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas – mais elle m’échappe. En fait, il y a forcément une logique ; la pure futilité, apparemment aveugle, de tous ça exige qu’il y ait une logique.

Je crois que j’essayais d’organiser mes pensées de manière ordonnée et civilisée, comme j’avais appris à le faire, ce qui est en triste contradiction avec les faits. En réalité, mon esprit paniqué tournait en rond. Réaction typique de l’esprit…

Un soldat doit se sacrifier pour la victoire. Savoir qui le tue n’est qu’une question théorique. Ça ne fait pas grande différence après coups, et si l’on accepte que la victoire représente le but ultime et que la mort est un mal nécessaire, ça ne fait pas une grande différence avant non plus. À moins d’avoir l’infortune d’être partis les soldats qui vont se faire tuer. Ça avait de l’importance à mes yeux.

Affirmation, infirmation, dans la même phrase. La confusion est le maître mot de se roman, de l’esprit devenu torturé et fragmenté par la guerre et ses visions d’horreurs. Sa lucidité, son intelligence ont été ses pires ennemis. Il est dur d’imaginer le futur du narrateur tant sa vie est maintenant entachée, et sa foi, pilier de son psyché, ébranlé, ébréché, craquelé, d’une manière violente à cause de manipulations, de mensonges et de l’expérience de soldat. À nous lecteurs de nous faire notre propre histoire sur ce que serait devenu ce « jeune homme » après avoir entendu son histoire. Et de se poser la question de tout ces autres jeunes hommes qui ont vécut un enfer similaire. Et qui sont sûrement accoudés aux bars, un verre à la main, attendant un badaud pour lui conter une énième fois son histoire. Peut-être pensent-ils avoir encore 20 ans d’ailleurs. Car il semble que personne ne sort grandi de la guerre, elle semble plutôt vous traumatiser au point que plus rien ne puisse vous faire avancer. Rester coincé mentalement au moment ou l’horreur du conflit vous touche. Une frontière mentale. Vous n’avancerez plus.

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

La vie est un roman de Guillaume Musso

Quatrième de couverture :

Pour lui, tout est écrit d’avance.

Pour elle, tout reste à écrire.

« Un jour d’avril, ma fille de trois ans, Carrie, a disparu alors que nous jouions toutes les deux à cache-cache dans mon appartement de Brooklyn. »

Ainsi début le récit de Flora Conway, romancière renommée à la discrétion légendaire. La disparition de Carrie n’a aucune explication. La porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, les caméras de ce vieil immeuble new-yorkais ne montrent pas d’intrusion. L’enquête de police n’a rien donné.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un écrivain au cœur broyé se terre dans une maison délabrée.

Lui seul détient la clé du mystère.

Et Flora va le débusquer.

Une lecture à nulle autre pareille. En trois actes et deux coups de théâtre, Guillaume Musso nous immerge dans une histoire étourdissante qui puise sa force dans le pouvoir des livres et la rage de vivre de ses personnages.

Mon premier Musso ! J’ai l’impression qu’en France, on se doit de proclamer que nous lisons Musso tant l’écrivain a du succès.

J’ai ouvert se livre par curiosité, j’ai beaucoup entendu parler de l’auteur. Nous n’avons rien à perdre à ouvrir un livre, nous avons tout à découvrir !

Et l’histoire m’a happé !

Le livre regorge de références littéraires, il est vrai, comme écrit sur la quatrième de couverture, que Guillaume Musso a voulu partager son amour des livres dans cette histoire digne du Mystère de la chambre jaune. D’ailleurs, ce dernier est mentionné dans le livre, ainsi que Carrie de Stephen King et de plein d’autres références agréables à rencontrer lors de la lecture. On s’attache encore plus à l’histoire grâce à ces mentions. Pour moi du moins.

C’est une plongée dans l’univers de deux écrivains, ces derniers vont se croiser d’une manière surprenante. Comme, peut-être, seul un ou une écrivain(e) peut nous pondre.

Musso tire à boulet rouge, (ou est-ce juste son personnage ?), là est toute la puissance de l’écriture, sur les médias, avides de sensations plus que d’informations dès les premières pages. Même si dernièrement, avec l’avènement des Fake News, certains médias se revendiquent sérieux, basés sur les faits, bien sur, nous pouvons en douter, et l’auteur n’est pas dupe. Avec Internet et la guerre des clics, tout à changé. On appâte le lecteur, ou devrais-je dire le consommateur, avec des méthodes racoleuses dignes des magasines peoples.

Extrait :

Et cet écho médiatique est le pire des juges. Il ne s’embarrasse d’aucune preuve, d’aucune réflexion, d’aucune nuance. Il ne cherche pas la vérité, mais le spectacle. Il va au plus court, à l’anecdotique, se nourrissant de la séduction facile des images, de la paresse et de la presse et de ses lecteurs abêtis par la servitude du clic. La disparition de ma fille, le drame qui me dévaste n’est pour eux qu’un divertissement, un spectacle, un objet de bons mots et de ricanements. Pour être honnête, ce traitement est loin d’être l’apanage de supports bas de gamme ou populaires. D’autres médias prétendument sérieux s’en donnent à cœur joie. Ils aiment autant que les autres se rouler dans la fange avec les porcs, mais ils ne l’assument pas tout à fait. Alors, toute honte bue, ils repeignent leurs voyeurismes avec les habits de l’ « investigation ». Le mot magique qui justifie leur fascination morbide et leur harcèlement.

Mais ce n’est pas du tous le sujet principal du livre, qui est l’écriture et le métier d’écrivain. J’ai aimé ces passages, ce roman est presque didactique. D’ailleurs il y a une mention de la méthode de travail de Stephen King, que j’apprécie beaucoup personnellement.

King ne travail pas nécessairement avec un plan, plutôt une idée. Il se fait guider par ses personnages plutôt que l’inverse. Méthode casse-gueule à souhait mais que j’adore. Quand j’écris de la fiction, j’aime me faire guider par les personnages, je ne sais pas où ils vont. Et comme je ne sais pas où ils vont, le lecteur non plus, impossible que ni moi, ni le lecteur, n’en sachions d’avantages au fil de notre lecture/écriture. La fin de l’histoire (et même l’histoire entière ?) avec la méthode de Stephen King est une surprise pour le lecteur ET pour l’écrivain.

Mais voici quelques extraits concernant l’écriture glanés dans le livre (pas de spoiler) :

[…] Parce que je suis romancière dans l’âme. Parce que c’est mon truc, peut-être mon seul talent, en tous cas, ce que je sais faire de mieux que les autres : capter chez les gens quelque chose qu’ils ignorent d’eux mêmes.

[…] « Si tu me fais confiance, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour ton livre. » Comme j’avais l’impression que mon livre, c’était moi, j’entendis : « Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour TOI. »

La douleur, c’est le meilleur carburant de l’écriture.

C’était ce qu’on attendait d’un écrivain prétendument sérieux : qu’il défende l’idéal d’une écriture esthétique, intellectuelle, n’ayant d’autre but que la forme […] La vérité, c’est que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’avais même toujours pensé l’inverse : que la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire du réel ou de panser les plaies infligées par la violence alentour.

Il faut une énergie hors du commun pour écrire. Une force physique et mentale.

Écrire n’a jamais été pour moi un loisir. C’est un engagement total. « Un manière spéciale de vivre », disait Flaubert ; « Une drogue », renchérissait Lobo Antunes : « On commence pour le plaisir, on finit par organiser sa vie autour de son vice. »

J’aimais cette idée de me lancer sans connaître le fin mot de l’intrigue. C’était la « méthode Stephen King », qui pensait que les histoires préexistaient à elles-mêmes. Qu’elles étaient comme des fossiles dans le sol que le romancier devait déterrer au fil de l’écriture sans savoir s’il s’agissait d’un squelette de dinosaure ou de raton laveur.

[…] j’étais plongé dans une sorte d’univers parallèle habité par des êtres imaginaires dont les problèmes m’accaparaient nuit et jour. […] je ne connaissais toujours pas mode d’emploi pour écrire un livre. Pour la bonne et simple raison que celui-ci n’existait pas. […] Chaque fois, c’était se retrouver pieds nus devant l’Himalaya. Chaque fois, il m’en coûtent davantage d’extraire à nouveau quelque chose de moi pour le restituer à travers la fiction.

[…] une interview de Stephen King dans laquelle il disait en substance que mettre en scène ses démons à travers la fiction était une vieille technique thérapeutique, un exorcisme qui lui permettait de vomir sur le papier sa rage, sa haine et sa frustration. « En plus, je suis payé pour ça, remarquait le King. Il y a des types dans des cellules capitonnées partout dans le monde qui n’ont pas cette chance. »

[…] la méthode Lobo Antunes : « L’homme souffre et l’écrivain de demande comment utiliser cette souffrance dans son travail. »

Revenons au roman. Qu’en dire ? Je ne me pardonnerai pas de trop vous en dire.

C’est une belle expérience. Enfin « belle » n’est pas exactement le mot adéquat, disons surprenante. L’histoire, la narration et la composition sont original, j’aime ces romans écrits de manière atypique (d’ailleurs, Stephen King aime aussi ce genre de narration). Et si comme moi, vous êtes obsédé par Shutter Island et autre roman à caractère psychologique et avec de gros rebondissements, le livre est fait pour vous ! De plus, si vous aimez la littérature en général, les nombreuses mentions d’écrivains et d’œuvres de tout bords vous scotcherons à se livre, comme ça à été le cas pour moi. Le livre contient énormément de réflexions, de leçons sur la créativité. Il est aussi intéressant de plonger dans le monde de l’édition, dans ce cas, d’une manière assez effrayante.

Un roman sur les écrivains, pour leurs lecteurs, pour comprendre ou toucher du doigt la folie qu’est la créativité.

Musso m’a-t-il réconcilié avec la littérature française ? Peut-être, mais c’est personnel et ça, vous vous en foutez sûrement et à juste raison !

En attendant de m’attaquer à un bon gros pavé pondu par notre seul et unique Sylvain Tesson, j’espère que cet article vous a plus, du moins qu’il vous ai donné envie de le lire, et à mes lecteurs étrangers de s’essayer au roman français « moderne ».

Jaskiers