Face à l’extreme de Tzvetan Todorov

Quatrième de couverture :

« Au XXe siècles, nous avons fait la découverte d’un régime politique extrême, le totalitarisme, et de son extrême à lui, les camps.

Cette institution macabre se prête à toutes sortes de commentaires, historiques, politiques, psychologiques. Celui que je propose ici, à travers une enquête narrative et personnelle, est différent : il a trait à la morale. Non seulement, contrairement à un préjugé répandu, la vie morale ne s’est pas éteinte aux camps, mais, de plus, il se pourrait que nous trouvions de quoi fonder une morale quotidienne à la mesure de notre temps. » T. T.

Tzvetan Todorov (1939-2017)

Théoricien de la littérature et historien des idées, il est l’auteur d’une trentaine de livres consacrés à l’analyse des œuvres et des sociétés, dont La peinture des Lumières (Seuil, 2014) et Insoumis (Robert Laffont, 2015).

J’ai vraiment beaucoup aimé le plume de Todorov. Une écriture qui semble compliqué au début mais qui ne l’est pas en fin de compte, on comprends facilement ses pensées et ce qu’il veut faire passer. Avec un travail remarquable de recherche effectués sur de nombreux ouvrages sur les camps (nazi comme communiste), il délivre au grand public comment l’être humain a su conserver, pas tous le temps, une certaine humanité voir une bonté face à l’horreur. Face à l’extrême. Je conseil vivement la lecture de se livre qui peut vous redonner foi, ne serait-ce qu’un petit peu en ces moments difficiles, en l’humanité. Mention spéciale aux femmes, qui pour des raisons encore difficiles à expliquer semblent plus enclins à l’entraide et à la solidarité dans des situations terribles. Elles semblent beaucoup plus fortes moralement et même physiquement devant l’horreur. Les références bibliographiques en fin d’ouvrage est une petite mine d’or. Ce n’est pas toujours facile à lire notamment à cause des nombreux exemples de torture et d’exactions que l’auteur étale pour expliquer ses théories et ses points de vues.

Il tient aussi à mettre en lumière les similitudes, et les différences, entre les camps nazis et soviétiques ainsi que l’idéologie de ces deux régimes totalitaires. Personnellement, je pense que Nazisme et Communisme sont à peu de différences près la même chose. Un poison pour l’Humanité.

L’ouvrage ne s’arrête pas à ces théories, il touche aussi à la dépersonnalisation des êtres humains dans les états totalitaires, l’obéissance « aveugle » ou comment des gens jugés « normaux » peuvent commettres de tels actes de barbaries.

Encore une fois, j’ai beaucoup aimé et je crois que c’est un livre important qu’il faut lire pour reprendre confiance en nous et réaliser qu’ensemble nous sommes avons plus de points communs et que nos « différences » ne servent qu’à nous rapprocher.

Jaskiers

Le grand voyage – Jorge Semprun

Quatrième de couverture : « Il y a cet entassement des corps dans le wagon, cette lancinante douleur dans le genou droit. Les jours, les nuits. Je fais un effort et j’essaye de compter les jours, de compter les nuits. Ça m’aidera peut-être à y voir plus clair. Quatre jours, cinq nuits. Mais j’ai dû mal compter ou alors il y a des jours qui se sont changés en nuits. J’ai des nuits en trop ; des nuits à revendre. Un matin, c’est sûr, c’est un matin que ce voyage a commencé… ». Jorge Semprun a reçu le prix Formentor et le prix littéraire de la Résistance pour Le grand voyage qui retrace sa propre expérience de la déportation.

La déportation en train vers les camps de la mort raconté par Jorge Semprun, réfugié espagnol de la guerre civile d’Espagne (il sera surnommé le « rouge espagnol » par la dédaigneuse bureaucratie française de cette époque), pour avoir fait parti d’un réseau de Résistance. Son récit jongle entre la terrible promiscuité des wagons à bestiaux, ou hommes, femmes et enfants sont entassés, sans nourriture, sans eau, sans intimité, hanté par la soif, hanté de savoir où ils arriveront, si ils arrivent vivants du moins, et des récits de l’intérieur du camps, de ses horreurs, de sa libération ou la joie de la liberté retrouvée se confond avec le traumatisme, dans l’impossibilité d’expliquer l’enfer des camps aux « autres », l’incompréhensible silence des villageois vivant à côté du camps. Retrouver son Espagne natal ne soignera pas les terribles souvenirs qui restent ancré en lui.

Jorge Semprun a décidé d’écrire sur sur cette déportation des années après se cauchemars. Il me reste à lire de lui un autre ouvrage : L’écriture ou la vie. Dans certains des passages de son livre Le grand voyage, il semble que l’écriture l’aide à exorciser ses traumatismes, mais le titre du prochain ouvrage que je vais lire m’intrigue et je suis peut-être dans le faux. Bien sur, j’écrirai sur la lecture de L’écriture ou la vie mais pas tout de suite, la lecture de ce livre me demande du temps pour emmagasiner ce que l’Homme peut faire à un autre.

Petit passage du livre : « Cette certitude éblouissante dans les tons gris, les grands sapins, les villages pimpants, les fumées calmes dans le ciel de l’hiver. Je m’efforce de garder les yeux fermés, le plus longtemps possible. Le train roule doucement avec un bruit d’essieux monotone. Il souffle, tout à coup. Ça a dû déchirer le paysage d’hiver, comme ça déchire mon cœur. J’ouvre les yeux, rapidement, pour surprendre le paysage, le prendre au dépourvu. Il est là. Il est simplement là, il n’y a rien d’autre à faire. Je pourrais mourrir maintenant, debout dans le wagon bourré de futur cadavres, il n’en serait pas moins là. […] Nous pouvons tous mourrir, moi-même […] et le vieux qui hurlait tout à l’heure, sans arrêt, ses voisins ont dû l’assommer, on ne l’entend plus, elle serait quand même là, devant nos regards morts. Je ferme les yeux, j’ouvre les yeux. Ma vie n’est plus que ce battement de paupières […] Ma vie a fui de moi, elle plane sur cette vallée d’hiver, elle est cette vallée douce et tiède dans le froid de l’hiver. »