Onoda. Seul en guerre dans la jungle. 1944 – 1974. par Bernard Cendron & Gérard Chenu

Quatrième de couverture :

« Les subordonnés doivent considérer les ordres de leurs supérieurs comme directement émis par l’empereur. Toute désobéissance prend le caractère d’un sacrilège. »

Rester trente ans dans la jungle en croyant que la guerre continue : le sous-lieutenant Onoda n’a jamais capitulé. Envoyé aux Philippines en 1944, dans l’île de Lubang, pour organiser la guérilla, cet officier japonais refuse d’admettre que l’empire aurait perdu la guerre et mène une résistance inlassable contre un ennemi fantôme jusqu’en 1974. À cette date seulement, après avoir perdu ses trois compagnons d’armes et vécu dans une solitude absolue, Onoda consent à renouer avec le fil de l’histoire et à sortir de la jungle…

Bernard Cendron, diplômé des langues orientales, vit et travail au Japon depuis plusieurs années.

Gérard Chenu, journaliste, était spécialisé dans le domaine de l’armée et de l’espionnage.

Onoda, 30 années seul dans la jungle, à se battre contre personne mais persuadé que son empereur n’a jamais signé l’armistice, est une histoire vraie qui a attisé ma curiosité.

Malgré l’annonce de la reddition faites par ses camarades, les appels de ses anciens compagnons d’arme, de tract lancés par avions, par des annonces diffusées par haut-parleur, par des journaux, Onoda trouve toujours une excuse, une faille dans ces preuves de paix. Les américains sont très intelligents, ils savent manipuler, Onoda en est du moins persuadé et sa mission est de tenir jusqu’à l’arrivé d’une garnison de l’armée impériale sur l’île de Lubang aux Philippines. Qui ne viendra jamais.

Onoda seul en guerre ? Le titre du livre est légèrement trompeur, son camarade simple soldat du rang, Kozuka, l’accompagne pendant plus de deux décennies. Ils étaient 4 à ne pas croire à la fin de la guerre, Onoda était leur supérieur. Je ne n’écrirais pas ici ce qui leurs est arrivés pour ne pas vous gâcher une potentielle lecture.

Pour survivre, ils se nourriront de fruits et du vol de bétails appartenant aux paysans de l’île. Onoda et Kozuka iront même voler chez l’habitant, des échauffourées, des combats même auront lieux entre les deux soldats et les paysans, terrorisés et énervés par ces japonais bornés et malins. Onoda recevra le surnom de « Démon de la jungle » par les paysans et les habitants de l’île souvent désemparés par les agissements, les provocations et même les sabotages que les deux Nippons commettent.

Le livre retrace son enfance et sa formation très spéciale (et secrète) de militaire. C’est cette formation qui le poussera à douter de toutes les preuves de paix que les autorités des Philippines et du Japon lui apporteront. Il lui faut un ordre directe de reddition de son chef Taniguchi, sinon il ne renoncera pas et prendra toute tentative de communication comme de la propagande américaine.

L’ouvrage est relativement court, et je ne peux trop en parler sous risque de vous dévoiler l’histoire des trois décennies dans la jungle d’Onoda.

J’ai, bien sur, choisi quelques extraits, dont un révélant l’immense conviction d’Onoda que la guerre n’est pas finie et que les américains essaient de le piéger.

Extraits :

Le relief de Lubang ne ressemble pas à celui des autres îles du Pacifique. Il est accidenté : plusieurs montagnes y atteignent six cents à sept cents mètres et sont coupées de gorges où coulent des torrents, dévastateurs pendant la saison des pluies et presque à sec le reste de l’année.

Les contradictions émaillent les déclarations d’Onoda. Il en est conscient mais, pour simplifier, il a pris l’habitude de rejeter purement et simplement tout élément qui ne s’intègre pas dans son système.

Au cours de l’année 1959, les recherches reprennent. Les haut-parleurs poursuivent les deux hommes jusque dans la forêt, des tracts jonchent la jungle. Cette agitation a du bon : les deux japonais qui suivent leurs poursuivants à la trace, recueillent après leur passage des boîtes de conserve, des piles électriques, des mégots de cigarette, etc. : ils renouvellent ainsi facilement leur stock sans avoir à dévaliser les paysans de Lubang.

De mai à octobre, on continue de les chercher. Un jour, poussé par la curiosité, Onoda suit la ligne des crêtes pour voir où se trouve « l’ennemi ». Une voix qu’il connaît bien, à peine déformée par le haut-parleur, lui parvient brusquement :

« Hiroo [Onoda], sors de la jungle. C’est ton frère Toshio qui te parle ! Le frère de Kozuka, Fujiki San, est également ici. Nous repartons demain. Alors, je t’en prie, montre toi. »

La voix a les mêmes intonations distinguées et gracieuses que celle de son frère. « Ce doit être une bande magnétique », pense Onoda qui ne voit pas celui qui parle. Il arrive en rampant à cent cinquante mètres de la crête et voit alors deux hommes ; l’un qui lui tourne le dos, à un micro à la main, l’autre, un soldat, porte le gros haut-parleur. Le premier ressemble bien, dans cette position, à son frère. « Ou bien il est leur prisonnier, ou bien on l’a menacé de s’attaquer à sa femme s’il ne venait pas ici de lui-même. Des vrais salauds, ces Yankees ! »

Ému, il écoute maintenant Toshio chanter une chanson de lycéen qu’il aimait beaucoup. Mais il surmonte vite son émotion, car il ne doute pas que ce spectacle ne soit qu’une mise en scène destinée à affaiblir ses capacité de résistance. […] Onoda entend encore :

« Sayonara, Onoda ! Sayonara Kozuka ! »

Puis les deux hommes s’éloignent

Cette apparition de sa famille – si tant est que l’homme qu’il a entrevu est bien son frère – trouble quelque peu le scepticisme chronique du sous-lieutenant Onoda qui, tout songeur, rejoins Kozuka. Le surlendemain, ils découvrent une pile de journaux et de revues laissée par les membres de l’expédition à leur intention. […] Devant cette abondance de journaux, leur première pensée est que le Japon est toujours vivant.

Cette réaction est parfaitement logique de leur part, dans la mesure où il ont entendu autour d’eux des civiles jurer qu’ils se suicideraient au poison si le Japon était défait, ou encore qu’ils attaqueraient l’ennemi avec des bambous taillés en pointe… « Si le Japon avait été vaincu, il n’y aurait pas de journaux ! Nous tenons la preuve que la guerre continue. »

De retour au Japon, après avoir compris que la Japon avait capitulé et après maintes péripéties pour enfin lui prouver que la guerre est finie depuis des décennies, il sera accueilli comme une star de cinéma.

Onoda de retour au Japon

Une info surprenante, plusieurs milliers de soldats japonais seraient restés à leurs postes, refusant de croire à la reddition. L’énorme majorité d’entre eux n’ont jamais été retrouvés.

Pour terminer, un film sur son aventure sortira bientôt (ou est déjà sorti) au cinéma. Je vous promet que le timing est une coïncidence. À voir… peut-être. Mais quelle histoire !

Jaskiers

À venir sur le blog : Une grande dame, journaliste, écrivaine, aventurière et reporter de guerre : j’ai nommé Martha Gellhorn !

Une des plus grande reporter de guerre, journaliste et romancière du XXe siècle.(peut-être meilleur qu’un Hemingway, d’ailleurs ils ont été mari et femme pendant quelques années mais ont divorcés. Un des causes de se divorce serait la compétitivité entre les deux, et un Hemingway légèrement (beaucoup ?) macho qui ne supportait pas qu’une femme lui vole la vedette…)

Les deux ouvrages présent sont principalement ses récits de guerres, je suis impatient de voir son travail et de partager avec vous ce que j’en ai ressorti !

À bientôt !

Jaskiers

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Source : Combat