Carnets de Guerre 1914-1918 par Ernst Jünger

Quatrième de couverture :

Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d’Orage d’acier, qui pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu’il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l’action, ces quinze petits carnets d’écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.

Fort peu de témoins sont restés autant d’années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d’une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontaire glaciale les souffrances du fantassin.

Ce témoignage sans fard d’un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l’enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s’empare des hommes au moment de l’assaut. D’où l’incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d’Ernst Jünger.

J’ai lu Orage d’acier il y a de ça longtemps, j’avoue ne pas me rappeler de ce livre, enfin, il ne me rest en tête que de courtes bribes de l’ouvrage. Je me suis donc lancé dans la lecture de ce journal de guerre plus pour lire l’expérience d’un soldat allemand dans les tranchées en 14-18 que pour l’ouvrage que Jünger en sortira pour écrire Orage d’acier.

De tous les journaux personnels de guerre que j’ai eu la chance de lire, celui-ci est le plus brutal, le plus effrayant et réaliste que j’ai lu.

Ernst Jünger veut de l’aventure, il s’engage à 17 ans seulement dans la légion étrangère française. Son père le ramènera au bercail grâce à un avocat. L’entrée en guerre de l’Allemagne est pour lui l’opportunité de partir à « l’aventure ». Il voudrait même être un héros. Il s’engage dans l’armée allemande, paré à rentrer couronner de médaille et adulé.

Il écrira son journal dans les tranchées même, dans des cratères d’obus à 20 mètres des anglais. Au milieu des cadavres et de leurs restes, sous les balles et sous les innombrables types d’obus qui pleuvent autour de lui.

Soldat courageux et volontaire, il gagne en grade mais aussi en blessures. Et les amis disparaissent.

Il mène ses soldats à l’attaque, tue et voit ses hommes et amis se faire tuer. Le carnage et la terreur des bombardements de jour et de nuit. La folie de certains camarades dont les nerfs lâchent.

Plus surprenant, quelques conquêtes amoureuses avec les maladies vénériennes qui vont avec. Une honte, à cette époque, surtout quand on veut être un héros.

Ce qui est fascinant dans ce journal, c’est qu’il est écrit au jour le jour, comme noté plus haut, dans la boue, le sang, les balles et les bombes. Et du côté allemand, ce qui est intéressant pour moi, français, qui n’ai lu des récits de la guerre 14-18 que du côté de nos chers Poilus. En omettant Jünger et Erich Maria Remarque.

Certains passages sont surprenants, voir émouvants, comme ce jour ou les soldats allemands et anglais décident de sortir de leurs tranchées et de discuter, de boire, de plaisanter et d’échanger. Ils fraternisent ! La reprise du combat sera difficile car ils réaliseront qu’en face, les soldats sont des êtres humains comme eux et non des monstres.

L’ouvrage contient des extraits extrêmement violents et glauques. Jünger fera toute la guerre en première ligne (en omettant les nombreux séjours à l’hôpital et les permissions), témoignage extrêmement rare et de qualité.

Son corp, meurtri de cicatrices, c’est la guerre qui a marqué son passage comme lui l’a marqué et écrit sur ses petits carnets de notes. Survivre en première ligne durant toute cette guerre tient du miracle, son témoignage en est encore plus important.

Je vous ai choisi quelques extraits, certains montre la violence dont il est témoin et acteur :

L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire.

Les interpellations réciproques avec les tranchées adverses ne sont pas rares et souvent d’un certain comique. Par exemple : « Wilhlelm, est-ce que t’es encore là ? » « Oui ! » « Alors planque ta tête, j’vais tirer. » BOUMS ! « Ouais, trop haut ! » « Pas si vite, faut d’abord que je recharge! »

Disparus ! Disparus, et peut-être à jamais. Sur le front, les villages détruits, les arbres déchiquetés, les puits effondrés, les champs tout retournés par les obus […]

Lorsque j’ai quitté l’abri ce matin, un étonnant spectacle s’est offert dehors à mes yeux. Nos hommes avaient grimpés sur les parapets et parlaient avec les Anglais par-dessus les barbelés.

Il y a ici toute une jeunesse déjà vouée à la mort, aujourd’hui ou demain.

Dans les jardins, j’ai trouvé un os du bassin auquel étaient encore collés des lambeaux d’étoffe rouge française. Peu à peu, on acquiert ici des connaissances anatomiques.

En y mettant la meilleure volonté du monde, nous ne pouvions pas creuser un trou sans tomber sur des monceaux de cadavres. Une tête émerge ici, là un postérieur, plus loin un bras sort de la terre, là-bas gît une tête de mort.

Le lieutenant Pape me raconta qu’il avait trouvé dans une maison une toute petite fille morte. Certains civils devaient être encore couchés dans leur lit.

Chaque millimètre du sol a été retourné encore et encore, les arbres sont attachés, déchiquetés et pulvérisés comme sciure. Les maisons rasées par les obus, les pierres broyées en poussière. Les rails du chemin de fer tordus en spirales, les collines déplacées, bref, tout a été transformé en désert.

L’un des deux avait eu la tête arrachée, et le cou surmontait le tronc comme une grosse éponge sanguinolente. Le deuxième avait un bras fracassé d’où sortait des esquilles d’os, et une grande blessure à la poitrine. Le troisième avait été éventré, ses intestins et des organes internes s’étaient répandus sur le sol.

Au final, si vous avez lu Orage d’acier, je ne pense pas que ce livre vous apporte énormément car les faits relatés dans le journal sont présent dans le roman. A part si le roman vous a tellement happé que vous voulez en savoir plus. Ou vous pouvez choisir de lire ce journal à la place du roman. Qu’importe, les deux ouvrages sont puissants et importants pour la mémoire collective.

Une vraie et terrible expérience de la guerre, la lire et la ressentir dans vos tripes. Grâce à l’écriture.

Jaskiers

Dans les geôles de Sibérie par Yoann Barbereau

Quatrième de couverture :

« Cueilli impréparé, j’étais de ces taulards qui font leur entrée dans le monde sans aucun effet personnel. »

Irkoutsk, Sibérie orientale. Yoann Barbereau dirige une Alliance Française depuis plusieurs années. Près du lac Baikal, il cultive passion littéraire et amour de la Russie. Mais un matin de février, sa vie devient un roman, peut-être un film noir. Il est arrêté sous les yeux de sa fille, torturé puis jeté en prison. Dans l’ombre, des hommes ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom inventé par le KGB : kompromat. Il risque quinze années de camp pour un crime qu’il n’a pas commis. L’heure de l’évasion a sonné…

Un fait étonnant que ce livre écrit par un français, emprisonné en Sibérie, et surtout qui se déroule au début de XXIeme siècle.

Le récit d’une vie qui bascule dans l’enfer sans raison. Yann Barbereau se fait arrêter devant sa fille et sa femme de manière brutale. Pourquoi ? La question le hante. Extrait :

Que diable allais-je foutre dans cette galère ? On m’emmènerait en forêt pour un petit exercice d’intimidation ? Pour m’exécuter ? Mais pour quelle raison ? Au nom de quelle religion obsolète ? Au nom de quels intérêts supérieurs ? Ou alors il s’agirait d’un enlèvement… Ils vont réclamer une rançon ? Improbable. Quelle énorme connerie aurais-je faite ? Qui aurais-je pu offenser récemment ?… Personne… Un politique ? Mais non. Peut-être… Je ne vois pas.

Grand amoureux de la Russie, représentant culturel de la France à Irktousk en Sibérie, il se nourri du froid, de la littérature, des gens et d’amour. Extrait :

Le monde était simple. Devant moi, il y avait l’humanité chaude et minuscule, celle qui fend le cœur. J’étais venu en Sibérie pour ça. Je le croyais.

Trahis par le pays, le gouvernement plutôt, qu’il aimait, il va devoir apprendre à vivre comme un zek argot de russe qui signifie prisonnier. Plus qu’un mot en faite, une condition. Extrait :

« Mais pour ce qui te concerne, silence ! Tu fermes ta gueule. C’est capital. Tu es un zek [prisonnier] ici, c’est-à-dire moins qu’une merde. Nous sommes à la merci de salopards qui peuvent nous frapper, nous torturer, nous mettre plus bas que terre. Ils nous écoutent, ils nous regardent.»

Et vivre, non, survivre en tant que Zek dans une prison de Sibérie en attendant son jugement et son envoie très probable en camps de travail.

Mais que s’est-il passé pour que Yoann finisse dans cette terrible situation. Le FSB, anciennement connu sous le nom de KGB, lui a réservé une petit « surprise », elle s’appelle le Kompromat. Qu’est-ce que ce mot veut dire ? Une contraction russe de Compromis et Dossier. Yoann a été piégé. Pourquoi ? Par qui ? Qui a-t-il offensé ? Quel crime a-t-il commis ? Qui voulait le voir souffrir et mourrir ? Je vous laisse le découvrir dans le livre mais je vous rapporte deux extraits de l’ouvrage décrivant ce qu’est dans le fond et la forme se piège russe du XXIe siècle :

Un homme ayant du savoir-vivre privilégiera le kompromat. C’est une expression du jeu social au début du deuxième millénaire. On travail à la ruine d’une réputation et, dans le même mouvement, on déclenche une procédure judiciaire. Avec les appuis nécessaires, on commandite, on piège, on manipule. L’homme fort peut se débarrasser d’une entreprise concurrente, d’un rival, d’un adversaire politique, il rackette, s’empare du bien d’autrui, aplatit les réfractaires ou se venge ni plus ni moins.

Le kompromat est une mécanique grossière et subtile. La manipulation a beau être criante, un fond de vilénie s’accroche à votre peau. Le prestidigitateur fabrique et lance sa poudre par poignées, il sait pouvoir compter sur quelques faux sages et vrais imbeciles qui répéteront toujours d’un air entendu : « Pas de fumée sans feu. »

Quelqu’un manœuvrait dans l’ombre, et ne faisait pas dans la dentelle. On m’en voulait, et ont le faisait bien voir. Il ne s’agissait pas seulement de m’empêcher de travailler, pas même de m’écarter de la ville ou du pays. On voulait m’enterrer, que j’étouffe sous des tonnes de boue et que j’aille crever en silence dans un camp.

Heureusement, Yoann est plein de ressource, son amour et sa connaissance de la littérature russe, Soljenitsyne, Varlam Chalamov et leurs récits de l’horreur des goulags en tête lui permettront de garder la tête hors de l’eau. Extrait :

Dans un texte sur le monde du crime :

« L’attention des gardiens est toujours moins grande que celle du détenu, nous le savons par Stendhal, qui dit dans La Chartreuse de Parme : ‘Le geôlier pense moins à ses clés que le prisonnier à s’enfuir.’ »

Barbereau s’évade par la lecture et l’écriture. Comme beaucoup, il ne sera jamais seul en présence d’un livre, d’un papier et d’un crayon. Extrait :

La solitude est un bienfait dès lors que l’on dispose de livres, de papier et d’un crayon.

S’évader, l’auteur ne se contentera pas de la lecture et de l’écriture pour cela. Armé de courage, de connaissances et d’alliés russes et de soutiens français (ces derniers donnant une aide plutôt timorée pour la libération d’un compatriote), Yoann réussira, affrontant bien des obstacles et utilisant de subterfuges digne de roman et de film d’espionnage à s’enfuir.

Yoann Barbereau a une plume magnifique. Un amoureux de la littérature russe et française. Le livre n’est pas dénué d’humour, d’amour et de sexe. La vérité a tenu la plume de Yoann, ainsi qu’elle a révélé un talent d’écrivain mélangeant le verbe français avec la culture russe.

Mélange de références d’écrivains et de poètes de l’hexagone et russe, nous avons l’impression, surprenante et désagréable que les récits de Chalamov, Guinsbourg ou autre Soljenitsyne sont encore d’actualités en Russie.

Pays et peuple et culture magnifique, malheureusement plombé par des forces gouvernementales violentes, racistes, homophobique et ploutocratique. L’impression que la Russie est un tableau de maître que les politiques et surtout les oligarques barbouillent sans scrupules.

Jaskiers

Le serment de Kolvillàg par Elie Wiesel

Quatrième de couverture :

Un jeune homme veut se tuer ; il a vingt ans ; il est Juif. Le vieillard qu’il rencontre l’après-midi de ce qu’il croit devoir être son dernier jour, est juif ; il a quatre fois vingt ans ; il est le seul survivant de Kolvillàg.

Cette petite ville d’Europe centrale ne figure sur aucune carte, dans aucun manuel d’histoire. Elle n’existe plus que dans la mémoire du vieillard ; et dans un livre dont il est dépositaire. Lié par un serment, il assure ne pouvoir en parler. Pourtant il en parlera : « Si je te racontais Kolvillàg ?… Il y a là une leçon dont tu pourrais tirer profit. Kolvillàg : la haine contagieuse, le mal libéré. Les conséquences graves d’un épisode banal et insensé… Brisant les chaînes, l’Ange exterminateur a fait de tout les hommes ses victimes… »

C’est l’histoire d’un pogrom. Histoire absurde à l’origine ; angoissante dans la progression de l’inévitable ; hallucinante par l’Apocalypse finale qui n’épargne pas plus les massacreurs que les massacrés. C’est aussi la peinture d’une communauté juive, avec ses figures pittoresques ou émouvante dominées par celle du hassid Moshe, « le fou ».

C’est enfin l’illustration entre toutes pathétique d’un thème obsédant Elie Wiesel : la fidélité aux morts devenant raison de vivre : « Ayant reçu cette histoire, tu n’as plus le droit de mourrir », dit le vieillard au jeune homme.

C’est impossible, ou presque, de mettre des mots sur ce roman. J’essaye de tourner cette expérience de lecture en article mais je doute que cela soit possible tellement l’expérience était puissante.

Nous connaissons, sûrement, tous le livre La Nuit d’Elie Wiesel. Ouvrage qui avec celui de Primo Levi, Si c’est un homme, ont marqués la littérature concentrationnaire de manière indélébile.

Bien que Le serment de Kolvillàg ne soit pas sur l’univers concentrationnaire, du moins pas entièrement, il traite avec une force, une plume et une philosophie incroyable l’antisémitisme. Le martyre du peuple Juif, spécialement durant le XXe siècle. Il est, de mon point de vue, aussi important que les deux premier ouvrages cités dans ce paragraphe. Une plongée dans l’épouvante d’un pogrom dans un petit village de l’Est européen.

Le livre m’a touché, directement. Parlant de suicide dès la première page (Wiesel voulait-il exorciser le suicide de son ami Primo Levi avec se livre ?), avec une rencontre entre un jeune homme suicidaire et un vieillard, près à lui dévoiler son plus grand secret pour lui sauver la vie.

Le récit est rempli de passage sur la culture Juive, sur les traditions, la vie, des hommes et des femmes qui ont tous une personnalités marquantes et une histoire personnelle. On plonge dans le doute, l’enfer que vie cette communauté innocente tout en étant plongé dans l’immensité et la magnifique culture juive. L’horreur inconsciente opposée à l’immense histoire du peuple Juif.

Ce pogrome se déroule avant la Seconde Guerre Mondiale, avant la Shoah. Un terrifiant rappel du martyr que vivait le peuple Juif avant l’Holocauste.

Bien sur, j’avais sélectionné des passages à partager avec vous. Mais je ne pourrai pas faire justice au livre avec juste des passages. Il faut le lire en entier pour le comprendre. Un extrait ne serait pas assez.

Un livre qui étonnamment ne semble pas avoir marqué beaucoup d’esprits, dans le monde littéraire du moins. Pourtant je pense que sa lecture est importante, aussi importante que la lecture de La Nuit. Pour quelle raison ce livre est-il passé inaperçu ? Pourquoi personne n’en a parlé ? Ou bien est-ce moi qui manque de culture ce qui n’est pas impossible, loin de là.

Dans ces temps difficiles ou l’antisémitismes revient au premier plan, une œuvre comme celle-ci serait la bienvenue. La remettre sur les étagères des librairies et bibliothèques. Une force en émane. Celle de l’horreur, de l’horrible stupidité que l’être humain est capable de commettre et mettre en œuvre sans pitié aucune. Mais aussi de l’espoir, de la jeunesse, du combat contre l’oublie et pour la vie et pour la conservation d’une culture juive martyrisée mais millénaire. Ce livre est une preuve et une épreuve. Avec comme point d’orgue : témoigner peut sauver.

Lisez le et parlez en à votre entourage. Car cet ouvrage est important, beau, triste, même poétique, en lisant entre les lignes, pleins d’espoirs et de leçons pour les générations futurs.

Jaskiers

Mythologie : les fières Amazones ont bel et bien existé – National Geographic

Extraits de National Geographic :

« Les Grecs considéraient les Amazones comme étant les « égales des hommes », aussi courageuses et qualifiées au combat que leurs homologues masculins. Dans l’art et la littérature de la Grèce antique, les Amazones étaient présentées comme de belles et vaillantes guerrières, toujours armées et dangereuses. »

« Les découvertes archéologiques récentes de sépultures datant du 5e siècle avant notre ère suggèrent que les Amazones de la mythologie grecque auraient été inspirées d’un authentique peuple de cavaliers nomades vivant en Eurasie. D’après les mythes grecs, les Amazones menaient une vie trépidante : elles passaient le plus clair de leur temps en plein air sur les terrains de chasse ou les champs de bataille et jouissaient d’une entière liberté sexuelle. »

« Au 5e siècle avant notre ère, Hérodote et d’autres écrivains évoquaient ces femmes de Scythie qui se battaient à cheval aux côtés des hommes, tout comme les Amazones de la mythologie. Les historiens de l’Empire romain et de la Grèce antique affirmaient que Cyrus de Perse, Alexandre le Grand et le général Pompée de Rome avaient tous fait la rencontre en Orient de femmes ressemblant à des Amazones. »

« L’étude archéologique des sépultures scythes révèle un niveau d’égalité des sexes qui aurait fait pâlir les Grecs. »

« […] quel que soit leur sexe, les nomades menaient une vie difficile dans un environnement hostile. Les tribus se déplaçaient constamment pour trouver de nouveaux pâturages pouvant accueillir leurs chevaux, chasser, piller ou se battre contre des tribus adverses. Chaque membre, homme ou femme, adulte ou enfant, contribuait à défendre le groupe et garantir sa pérennité. Il était non seulement logique mais également indispensable de former les jeunes filles autant que les jeunes garçons à monter à cheval, tirer à l’arc, chasser et combattre. Leur mode de vie encourageait l’égalité. Chez les nomades, cette égalité entre hommes et femmes était principalement rendue possible par l’association entre chevaux et tir à l’arc. Montée sur un cheval rapide, une femme armée d’un arc est aussi meurtrière qu’un homme. »

« Le mode de vie égalitaire des Scythes était en tout point différent de celui des Grecs, sédentaire et axé sur l’agriculture. L’idée que les femmes puissent être mises sur un pied d’égalité avec les hommes faisait naître une certaine ambivalence, un sentiment mêlant crainte et admiration qui allait inspirer une myriade d’histoires palpitantes au sujet de femmes barbares aussi vaillantes et douées que les hommes sur les champs de bataille. À travers leurs mythes sur les intrépides Amazones, il semblerait que les Grecs se soient aménagé un espace pour explorer le concept de parité entre les sexes, un rêve inaccessible au sein de leur propre société paternaliste où les hommes dominaient et contrôlaient les femmes. »

« Dans les années 1940, les premières exhumations de kourganes, les tertres funéraires scythes, ont révélé des squelettes enterrés avec des lances, des flèches, des haches et des chevaux. Dans un premier temps présumés de sexe masculin, ce n’est que plusieurs dizaines d’années plus tard avec l’avènement des tests ADN que les chercheurs ont pu déterminer que les ossements n’appartenaient pas tous à des hommes. Bon nombre d’entre eux étaient des femmes. »

« À ce jour, environ un tiers des femmes scythes exhumées ont été découvertes avec des armes. Leurs os portaient les traces de blessures infligées au combat : côtes tailladées, crânes fracturés et bras cassés. En 2017, des archéologues ont mis au jour un squelette de femme en Arménie avec une pointe de flèche plantée dans le fémur et d’autres séquelles caractéristiques des champs de bataille. »

« Fin 2019, les fouilles menées par des archéologues dans la province russe de Voronej ont abouti à la découverte d’une sépulture contenant les dépouilles de quatre femmes. La plus jeune était une adolescente et la plus âgée une quarantenaire. Cette dernière était enterrée avec des armes et une coiffe élaborée. Une autre femme, âgée d’une vingtaine d’années, était enterrée en position de cavalier. »

« Tout comme l’archéologie a montré que les Amazones ne relevaient pas de la pure fantaisie, elle a également permis de rejeter certaines fausses idées à leur sujet. D’après l’une d’entre elles, transmise depuis plus de 2 500 ans, les Amazones auraient eu pour « tradition » de se couper un sein afin de mieux armer leur arc.

Cette allégation apparaît pour la première fois en 490 avant notre ère avec la tentative de l’historien grec Hellanicos de traduire dans sa langue le terme étranger Amazone. « Amazone » n’était pas un terme grec mais « mazone » ressemblait phonétiquement au mot « sein » et le préfixe « a » signifiait « sans ». Pour Hellanicos, ce terme signifiait donc que les Amazones sectionnaient leur sein dans le but d’armer leur arc. Son hypothèse fut rejetée par ses contemporains et jamais un artiste de l’antiquité ne l’intégra à ses travaux : toutes les Amazones représentées dans l’art grec et romain l’étaient avec leurs deux seins intacts. En outre, les archères n’étaient en aucun cas gênées par leur poitrine. »

« Selon une autre croyance à la peau dure diffusée par les Grecs de l’antiquité, les Amazones étaient une tribu de femmes dominatrices qui méprisaient les hommes, les asservissaient, les mutilaient, les tuaient et allaient même jusqu’à renier les bébés garçons. Cette idée provient probablement du fait que les Grecs eux-mêmes opprimaient leurs femmes. En suivant leur propre logique, si les femmes étaient fortes et indépendantes, les hommes étaient forcément des lâches soumis à leur autorité. Néanmoins, certaines sources n’hésitaient pas à faire les louanges des Amazones : Homère utilisait par exemple un terme pour qualifier les Amazones que l’on pourrait traduire par « les égales des hommes » et bon nombre de poètes grecs les décrivaient comme étant « éprises des hommes. »

« L’archéologie apporte également son lot de preuves réfutant l’absence de responsabilité maternelle chez les Amazones avec la découverte des sépultures d’archères montées nomades dont l’existence aurait inspiré les Amazones de la mythologie grecque il y a 2 500 ans. À côté des squelettes de guerrières enterrées avec leurs armes, les archéologues ont également mis au jour des nourrissons et des enfants. Les combattantes étaient également des mères, cela ne fait aucun doute. »

« Les récits d’aventures et témoignages historiques au sujet de combattantes rappelant les Amazones apparaissent en Égypte, en Perse, au Caucase, en Asie Centrale, en Inde et même en Chine. »

« Dans ses Histoires, Hérodote explique comment un groupe d’Amazones ayant fait naufrage s’éprennent d’amour pour les Scythes venus à leur rencontre. Ces derniers proposent aux Amazones de devenir leurs femmes et de regagner avec eux la terre de leurs ancêtres, ce à quoi elles répondent :

« Nous ne pourrions pas, répondirent les Amazones, demeurer avec les femmes de votre pays. Leurs coutumes ne ressemblent en rien aux nôtres : nous tirons de l’arc, nous lançons le javelot, nous montons à cheval […]. Vos femmes ne font rien de ce que nous venons de dire […]. Nous ne pourrions par conséquent jamais nous accorder ensemble. Mais si vous voulez nous avoir pour femmes, et montrer de la justice, allez trouver vos pères, demandez-leur la partie de leurs biens qui vous appartient ; revenez après l’avoir reçue, et nous vivrons en notre particulier. »

« La présentation des Amazones faite par Hérodote révèle une vision équilibrée de ces femmes indépendantes. »

« À l’époque de Platon, le 4e siècle. En comparant les authentiques guerrières Scythes aux Amazones de la mythologie, Platon introduit l’idée qu’une éducation militaire idéale se doit de reposer sur la notion d’égalité :

Si j’en suis cru, la loi prescrira aux femmes les mêmes exercices qu’aux hommes ; et je ne crains pas que la course à cheval et la gymnastique ne conviennent qu’aux hommes et point du tout aux femmes. Je suis persuadé du contraire sur d’anciens récits […]. »

« Platon précise […] que les jeunes filles soient « soient formées de l’exacte même manière que les jeunes garçons » à l’athlétisme, l’équitation et le maniement des armes, les femmes grecques pourraient, en cas d’urgence, « se saisir des arcs et des flèches comme le feraient les Amazones et appuyer les hommes » dans leur combat contre l’ennemi. »

« Le philosophe déclare savoir « à n’en pas douter qu’aujourd’hui même il y a aux environs du Pont [nom donné à une région englobant la Scythie, ndlr] un nombre prodigieux de femmes appelées Sauromates [nom donné aux peuples nomades des steppes, ndlr] qui s’exercent ni plus ni moins que les hommes, non seulement à monter à cheval, mais à tirer de l’arc et à manier toute sorte d’armes. » Avant de poursuivre, « il n’y a rien de plus insensé que l’usage reçu dans notre Grèce, en vertu duquel les femmes et les hommes ne s’appliquent pas tous et de toutes leurs forces et de concert aux mêmes exercices. »

« Comme l’affirme Platon, ce type de coopération mutuelle et de formation paritaire est inhérent à la réussite d’une société. Pour le philosophe, il est tout bonnement « insensé » qu’un État puisse songer à faire autrement, car sans la participation des femmes, « un État n’est que la moitié de ce qu’il serait, si tous avaient mêmes travaux et contribuaient également aux charges publiques. » Platon établit un parallèle entre, d’un côté, cette approche inclusive et égalitaire et, de l’autre, la célèbre capacité des archers scythes à décocher leurs flèches « indifféremment des deux mains ». Une telle ambidextrie est cruciale dans les combats à l’arc ou au javelot et pour Platon, chaque garçon et chaque fille devraient prétendre en grandissant à utiliser leurs deux mains avec la même dextérité.

Les femmes scythes, déclarait Platon, ont démontré qu’il était possible et bénéfique pour un État de décider qu’en « éducation et tout autre domaine, les femmes devaient pouvoir être sur un pied d’égalité avec les hommes et suivre le même mode de vie qu’eux. »

« L’égalité entre hommes et femmes était un concept déconcertant pour les Grecs de l’antiquité, mais ils aimaient l’explorer à travers les mythes, l’art, le théâtre et la philosophie. Ainsi, Athènes a vu naître des idéaux démocratiques prônant l’égalité et bon nombre de dramaturges mettaient en scène des femmes fortes et indépendantes dans leurs pièces. Les innombrables mythes au sujet des Amazones ont offert aux hommes et femmes de l’époque une échappatoire pour imaginer l’égalité entre les sexes. »

« Le noyau commun à la plupart des légendes au sujet des Amazones semble être l’éternelle recherche d’une relation harmonieuse et équilibrée entre l’homme et la femme ; une lutte universelle et intemporelle. Leurs récits laissent toujours apparaître la possibilité d’une égalité des sexes, mais ce qui était possible hier l’est encore aujourd’hui. »

Adrienne Mayor pour National Geographic

L’article entier : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/06/mythologie-les-fieres-amazones-ont-bel-et-bien-existe

Source photographies : Pinterest

Jaskiers

Génocidé de Révérien Rurangwa

Quatrième de couverture :

Le témoignage insoutenable et nécessaire d’un homme qui, le 20 avril 1994, a vu sa vie basculer dans l’horreur en assistant au massacre de quarante-trois personnes de sa famille par des gens qu’il croyait ses amis.

Révérien Rurangwa raconte l’atrocité du génocide des Tutsi au Rwanda mais surtout la douleur insurmontable de se souvenir et de survivre malgré la mort des siens, la haine, et le sentiment d’une injustice que rien ne pourra réparer.

« Dans un récit émouvant, ce « génocidé » revient sobrement et sans fausse pudeur sur son expérience traumatisante. » – Le Point

Révérien Rurangwa vit aujourd’hui en Suisse où il tente de se reconstruire en perpétuant le souvenir des victimes et en se battant pour que justice soit faite.

Après avoir lu le témoignage d’un casque bleu français, Guillaume Ancel, intervenu dans le cadre de l’opération Turquoise lors du génocide Tutsi au Rwanda, je trouvais important de lire le témoignage d’un survivant.

Ce que j’attendais donc de ce livre, c’était le récit d’un rwandais, d’un survivant, pour savoir ce qu’il c’était passé, avoir un « ressenti » de ce génocide du point de vue d’une victime.

J’ai ouvert le livre, dès le prologue, je savais que ce témoignage serai vrai, sans fard, cru. Rurangwa écrira les horreurs qu’il a vu et vécus sans nous épargner. Les détails sont présents, on n’est jamais prêt à lire ce genre de récit, mais on est encore moins prêt de se rappeler que les êtres humains sont encore capables du pire. Que l’Homme dans sa volonté d’anéantir ne tari pas d’effort.

Il m’est impossible de partager avec vous les details sordides du livre, je ne crois pas que leurs présences ici soient justifiés. Il n’empêche que l’auteur a dû replonger dans cet enfer pour raconter, pour que quelqu’un, vous et moi, le lisions, pour savoir et ne pas oublier. Pour la justice aussi.

Dès le déclenchement du carnage, l’auteur et sa famille se cache sur une colline appelée Mugina avec comme dernier refuge une église, déserté par ses ecclésiastiques européens qui prirent la fuite sans essayer de raisonner la horde meurtrière hutu, cette dernière étant pourtant réceptive et influençable du point de vue religieux.

Les hordes de hutu assoiffés de sang et déterminées à violer (plus de la moitié des femmes violées pendant le génocide et qui ont survécues seraient atteintes du sida), torturer, tuer, et massacrer méthodiquement leurs anciens voisins, collègues et ami(e)s, galvanisés dans leurs horribles projets par les horreurs propagée par Radio Mille Collines, assaillent les 43 membres de la famille de Révérien ainsi que ce derniers. Il sera le seul survivant. Le récit est un cauchemar.

Laissez moi vous donner un extrait, représentatif de la lecture du livre :

Ce qui pèse, c’est le sang d’un Tutsi. Chaque raid hutu fait des victimes dans nos rangs et laisse dans l’herbe des dizaines de corps abattus. C’est si facile de tailler dans une foule aux mains nues ! Mais voir des femmes éventrées, des amis fracassés à coups de gourdins cloutés, des voisins tailladés se vider de leurs sangs en gémissants […]

C’est ce qui vous attends pour cette lecture, je ne posterai pas les passages plus détaillés des massacres et de l’assassinats de la famille de l’auteur.

Rurangwa écrit aussi sur son peuple, l’arrivée des allemands catholiques puis des belges, qui pour contrôler les rwandais ont décidé de diviser pour mieux régner. « Toi tu es un Tutsi et toi un hutu ». Puis deux puissances colonialistes s’en mêlent. Les Hutu, supportés par les français, et les Tutsi, par les anglais. Ce passage du livre est fait pour éduquer le lecteur, comprendre l’origine du mal, pourquoi tout a basculer si rapidement (et facilement) dans l’horreur.

Après le récit effroyable du massacre dont Révérand a été témoin ET victime, il y a le retour à la vie, lui qui a cherché à mourrir pour que son supplice s’achève.

Des enfants, des femmes et des hommes massacrés par des enfants, des femmes et des hommes, avec une violence, une haine et une terreur telle que j’ose la comparaison avec celle subie par les Juifs dans les pogromes, les camps de concentration et d’exterminations. Guillaume Ancel dit vrai quant il parle compare dans son ouvrage, Rwanda, la fin du silence, les hutu et leurs alliés comme des nazis. Rurangwa ira d’ailleurs visiter Auswichtz avec d’autres rescapés de différents genocides, il ne pourra s’empêcher de faire la comparaison avec son enfer à lui, à la place des Blocks et des chambres à gaz, des collines verdoyantes, entachées de cadavres et de sangs.

Mais être un survivant du génocide Tutsi, c’est de souffrir physiquement et mentalement mais aussi, risquer la mort, encore, car les hutus sont rentrés au Rwanda sans aucuns problèmes, ou presque, et un rescapé Tutsi voulant retourner au pays peut amener avec lui l’envie, l’espoir et surtout le besoin de justice. Et cela, les hutu ne le veulent pas, poussé et réconforté dans leur position par la politique de réconciliation bancale de Paul Kagame. Même en Belgique, l’auteur sera passé a tabac par des hutu venus étudier en Belgique.

Extrait : Comme le dira mon amie Esther Mujawayo : « Un rescapé qui ose demander des comptes est un rescapé de trop . »

Extrait : Un génocide est une machine infernale, une horreur qui ne veut pas cesser, une destruction qui se poursuit dans la tête des victimes lorsque leurs bourreaux ont interrompu leurs tueries et sont retournés chez eux boire une bière.

Pardonner ? Pour Révérien, le mot n’a pas, plus, de sens. Sa famille d’accueil en Suisse essaie par le biais de la Bible et de l’histoire de Caïn de trouver un échappatoire, une aide, pour guider l’auteur vers un sacro-saint pardon. En effet dans le livre de la Genèse, Caïn tue son frère Abel par jalousie. C’est le premier meurtre de la Bible (et selon les croyances, le premier de l’humanité). Fratricide. Comme les meurtres durant le génocide du Rwanda ? Il est certain qu’un hutu est tué un Tutsi de sa famille, la jalousie d’un Caïn peut être comparé à la haine, et à une certaine jalousie, d’un hutu, poussé et endoctriné a tué par la propagande qui lui susurre à l’oreille que son « frère » Tutsi est la cause de ses malheurs. Les tensions entre les deux peuples sont beaucoup plus complexes et profonds que cette histoire mais on peux remarquer une « similarité », en dehors de l’aspect religieux et avec un certains degré, un certain recul, avec une certaine distance, entre l’histoire du premier meurtre de la Bible et le calvaire Tutsi du Rwanda. Un génocide fratricide. Histoire que la famille d’accueil conte à Révérien dans l’espoir qu’elle puisse le faire avancer dans sa quête du pardon, que ce dernier n’acceptera d’effleurer que quand la justice sera rendu.

Extrait : Ah, le pardon… Le mot qui tue ! Je vois rouge dès que je l’entends. Il a été biffé de ma vie à coups de machette et je l’ai vomi de mon vocabulaire.

L’écrivain n’écrit pas beaucoup sur l’influence des pays étrangers notamment Occidentaux dans le massacre, mais il ne les oublies pas pour autant et leur dédie quelques lignes, puissantes.

Jusque dans les hôpitaux de campagnes de la Croix-Rouge, les convalescents, soignés ou du moins pansés, étaient exécutés par les hutu sous les yeux des docteurs et infirmiers sans moyens de défense. Les « patients » étaient allongés dehors, fautes de places et de moyens, les hutu purent « finirent le travail » comme le leur demandait Radio Mille Collines, outil de propagande des hutu extrêmement efficace dans un pays où la radio était la principale source d’information pour les acteurs du massacre.

Extrait : Abandonné par les miens – ils n’y peuvent rien -, par ceux qui auraient dû me défendre et me protéger, par les instances internationales, par la justice de mon pays…

Extrait : Cet abattage de neuf Tutsi sur dix – soit un Rwandais sur sept – s’est déroulé dans un silence assourdissant, au moment même où le musée de l’Holocauste était inauguré à Washington et où les chefs des grandes puissances occidentales célébraient le cinquantième anniversaire du Débarquement allié en Normandie en s’adjurant unanimement : « Plus jamais ça ! »

Extrait : Nous [les survivants] gênons les Occidentaux qui préfèreraient enterrer une bonne fois pour toutes ce génocide qui les couvre de honte, et le dissimuler derrière des « massacres interethniques » ou des « guerres tribales » – quand ils ne nient pas, purement et simplement, leur implication. Tout génocide s’accompagne de sa négation.

Les médias couvrant l’exode des hutu (le FPR, armée Tutsi ayant libéré le pays, les hutu s’enfuirent) poussèrent le public à penser que les hutu étaient les victimes et les Tutsi les génocidaires. Quelques caméras, quelques journalistes, placés à un certains endroits et à un certains moments influencèrent la communauté internationale à supporter les vrais génocidaires et à incriminer les victimes.

Extrait : L’arbre de l’exode hutu cacha la forêt du génocide tutsi. Et nous, les survivants, que toutes les grandes puissances avaient laissés tomber, nous avons vu ces mêmes nations se pencher sur nos tueurs pour les cajoler, les nourrir, les soigner, les assurer de la compassion internationale. Et nous aurions hurlé si nous n’avions pas été sidérés par l’horreur de ce que nous venions de vivre : « Mais ce sont des assassins ! Pourquoi aidez-vous nos assassins alors que vous n’avez rien fait pour nous ! »

L’ouvrage se finit avec l’auteur, demandant des comptes à Dieu. Un moment personnel qu’il partage avec nous, exprimant une tristesse, une détresse inouïe. Un fantôme vivant, demandant des comptes à un Dieu muet.

L’annexe du livre contient un rapport psychologique sur Révérien Rurangwa, apportant une preuve scientifique de l’horreur vécue par l’auteur.

Le livre est éprouvant à lire, ce n’est rien comparé à l’horreur qu’a vécu l’auteur et son combat pour continuer à vivre malgré les cicatrices, physiques et mentales qui le hantent jours et nuits.

Il a écrit se livre, taché de son sang et de celui des 43 membres de sa famille, il est le seul survivant. Écrit pour la mémoire. Pour ne pas oublier. Pour la première fois dans ma vie de « lecteur », j’ai eu cette terrifiante sensation de lire les mots d’un fantôme… vivant.

Il est de notre devoir à nous, français, de le lire. Il vous faut passer par se témoignage, par se cri de justice cerné de terreur, pour demander justice aux criminels ayant apporté assistance aux génocidaires : l’armée française, et surtout les politiciens à la manœuvres, faisant partie des coupables.

Voici ce que le président français a dis à propos de cette horreur à l’époque même où se déroulé le massacre : « Dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important. » François Mitterand, été 1994.

Cette année, le président Emmanuel Macron a présenté ses excuses au peuple Rwandais. C’est un (petit) début, place maintenant à la justice, à mettre en avant cette dernière les cadres politiques impliqués, débloquer toute les archives, aux coupables français de dire la vérité. Je pense que la justice aura besoin de la collaboration d’ex-membres du gouvernement et de l’entourage de François Mitterand, des personnalités des plus hautes strates de la république française de l’époque, dont les agissements sont plus que suspects et demandent des éclaircissements. Des réponses sur qui a tiré sur l’avion du président hutu Habyarimana, qui a déclenché un bain de sang. Ces « acteurs français » profondément impliqués parleront, à force de demander des comptes et des réponses, car plus que le politiciens, c’est l’homme qui, responsable, se regarde tous les matins devant le miroir et entends sa conscience le juger, comme Révérien Rurangwa se regarde dans le miroir pour voir son visage marqué éternellement par la haine qui s’est déchaînée grâce à l’aide de ces hommes politiques français. J’ai appris que tôt ou tard, dans la vie, tout fini par se savoir, et les jeunes générations, la mienne et les plus jeunes encore demanderont des comptes. Grâce au travail de mémoire d’un Rurangwa, grâce à la recherche frénétique de vérité d’un Exupery, grâce au témoignage d’un Ancel, la vérité se force un chemin.

Nous apprenons à l’école ce qu’était la Résistance française mais aussi la Collaboration, peut-être apprendrons un jour à nos enfants l’influence négative française dans le génocide d’un millions d’innocents grâce à ces nombreux combats que mènent survivants, témoins, victimes,« observateurs » et coupables.

Ces secrets enfouis en Bosnie dans les ruines de Sarajevo, sous le chaud soleil d’Algérie, dans les collines du Rwanda, ces secrets sortiront un jour. Tout fini par se savoir, je le répète, j’en suis sûr. Le temps fera son travail de mémoire lui aussi. Impitoyable est le temps et la justice qui l’accompagne.

Maintenant que la vérité semble vouloir se montrer, en tant que français, je pense qu’il faut allumer les projecteurs, et mettre les acteurs criminels en pleine lumière.

Si les militaires français et politiques ne veulent pas parler, à nous de leurs faire entendre que la justice doit-être rendu aux victimes et survivants du génocide Tutsi au Rwanda.

Ne passer pas à côté de se livre, ne chercher pas d’excuses, vous vous devez de le lire. Il le faut. C’est un fait compréhensible de ne pas vouloir lire d’horreurs, c’est aussi un fait que Révérien a vécu et vit un calvaire tout ça à cause de démons qu’aucunes mythologies ni religions n’ont contés dans leurs histoires. Si lire un livre comme celui-ci est difficile pour vous, que penser de l’auteur qui a vu et subit les pires choses que l’être humain peut faire à son voisin et ami(e), qui a non seulement vécut, survécut et survit encore mais qui a décidé d’écrire, de replonger dans l’indicible, la cruelle réalité de ce qu’il a vécu ? Injustice que de laisser le témoignage de cet homme de côté.

Sur le confort de votre canapé, lit, ou fauteuil, vous lirez se livre, ne serait-ce que pour savoir que la France a apporté assistance au massacre d’un millions d’innocents, que les criminels, eux aussi probablement confortablement installés vont devoir un jour se lever et rendre des comptes. Car ses crimes ont été assistés par les politiques français, en notre nom, nous refusons qu’ils passent leurs restants de leurs jours sans payer et les forcer à dévoiler la vérité pour, du moins nous l’espérons, donner un semblant de repos à ce millions d’âmes perdues et aux survivants, fantômes parmi les vivants. Ne sommes-nous pas le pays des Droits de l’Homme ? Ne devons nous pas agir ? Nous regarder en face ? Ne pas nous contenter de bons mots mais d’actions ? C’est au peuple français de décider si il veut la vérité. Et trop peu d’entre nous semble vouloir essayer de chercher cette justice. Certains même la nie.

Commandez le livre sur internet, dans votre librairie ou votre bibliothèque, française, français, vous n’avez aucune excuse. Lisez le, éduquez vous pour qu’aucun autre de ces crimes ne puissent se dérouler ainsi impunément encore une fois. Car le savoir est une arme, amenons donc les coupables à parler, ils ne pourront plus se cacher, car vous le savez, et la justice, la vraie, est le point de départ pour qu’un Révérien Rurangwa puisse un jour ne serait-ce que considérer la possibilité de pardonner.

Peuple français, communauté internationale, il est temps de demander aux coupables de parler. Sinon l’Histoire s’en chargera, et les prochaines générations demanderont des comptes.

Comme le dit le proverbe : Qui ne dit mots consent, Révérien Rurangwa le cite dans son livre, c’est à nous d’aider, de lire, d’écouter les survivants pour briser le silence.

L’auteur, Révérien Rurangwa.

Voici une liste d’association portant aide et assistance aux survivants et à leurs famille : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27associations_rwandaises

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

L’épopée de Christopher McCandless en trois ouvrages

Si il y a une histoire qui a accroché ma curiosité, c’est bien celle là.

Un jeune homme issu d’un milieu aisé décide de tout quitter pour vivre son aventure. Avec comme inspiration Jack London , Guerre et Paix de Tolstoï et les œuvres de Thoreau, la vie devant lui, l’aventure comme présent. La mort pour dernier compagnon de solitude.

Into the Wild par Jon Krakauer

Quatrième de couverture :

Toujours plus loin. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. Après deux années d’errances sur les routes du Sud et de l’Ouest américain, il rencontre son destin (à vingt-quatre ans) au cœur des forêts de l’Alaska. Un parcours telle une étoile filante dans la nuit froide du Grand Nord.

« C’est un voyage à travers une Amérique très petite et très grande, à travers des paysages aussi beaux que les avait rêvés un jeune homme qui prit juste le temps de les atteindre. C’est un voyage absurde et exaltant, qui commence par un geste de folle liberté et s’achève par une mort de haute solitude. Bref, c’est une histoire. Et elle a le mérite et la tristesse d’être vraie. »

Daniele Heymann – Marianne

Qui était Christopher McCandless, AKA Alex Supertramp ?

Pourquoi est-il parti à la conquête de l’Ouest Américain ?

Pourquoi a t’il quitté Atlanta, sa famille, ses amis, pour l’aventure ?

Pourquoi partir, sans le savoir, à sa mort, lui, le très bon élève et travailleur qu’il était ?

La famille et ses secrets l’ont-ils poussé à partir ?

La solitude, c’est se que Chris semblait chercher en premier. Bien qu’il faisait comprendre à ses rencontre de voyage qu’il ne voulait pas de leur amitié, il attirait les gens comme un aimant. Intelligent, éloquent, amical (!) et travailleur, ce sont les termes par lesquelles ceux qui l’ont croisés le décrivent.

Les récits de Jack London dans la tête, la philosophie d’un Thoreau dans l’esprit, il partit pour l’Ouest.

Rencontres, escapades, risques, amitiés et surtout Liberté et Nature.

L’auteur nous présente Christopher grâce à ses proches, aux gens qu’il a rencontré, qui l’ont aidés et aimés. En saupoudrant son récit de ses propres expériences d’alpinismes et d’aventuriers ayant trouvé la mort sur le chemin de leurs espoirs et de leurs rêve, Krakauer essaie de comprendre la mentalité de McCandless, sa motivation, sa philosophie, son but, ses réflexions, sa mentalité. La mort du jeune Christopher semble le hanter, sans qu’il le dise. Pourquoi est-il mort ? Comment ?

Nous suivons avec lui son enquête et ses réflexions sur l’aventure tragique de Alex Supetramp. Jon Krakauer fera un énorme travail de recherche sur les causes de la mort de Chris. Je ne divulguerai pas le fruit de son travail acharné ici. Krakauer a voulu donner au lecteur la possibilité de savoir qui était Chris, pourquoi il était parti, pourquoi l’Alaska, sans jamais l’influencer. Exercice remarquable. À nous de nous faire notre propre avis sur le jeune homme qui finira son aventure dans un bus utilisé comme refuge par les randonneurs, chasseurs, alpinistes et autres aventuriers.

Encore une fois, après avoir été marqué par le récit des miraculés des Andes, j’ai appris que la nature n’avait aucune pitié pour l’Homme. Non prépare, non équipé, non instruit correctement, l’humain ne semble pas pouvoir survivre, seul, en pleine nature.

Cette réflexion est de moi, nous construisons des grattes-ciel, allons dans l’espace, opérons à cœur ouvert. Tous cela, nous le faisons avec succès car nous avons besoin des autres, d’un environnement contrôlé, connus. Sauf que nous sommes loin de tout savoir et de tout comprendre de la nature, de ses lois dures et cruelles.

Quand nous viens le temps d’être seul, face à nous, la tâche semble plus ardu, l’Homme est un animal sociable. Nous avons survécu ensemble.

Mais que se passerait-il si vous, cher(e) lecteur, était plongé à l’instant même au milieu d’une chaîne de montagne, au sommet d’un glacier, sur un radeau au milieu de la mer, au beau milieu d’une dense forêt ?

Pour mon compte, la solitude ne me trouble pas tant que ça, le problème serai la survie. Je n’ai pas les connaissances, ni les techniques et les capacités de survivre dans la nature. J’ai été élevé comme tout occidentaux, je sais remplir un chèque, passer un coup de téléphone, conduire, prendre le bus… Par contre, je n’ai pas appris survivre. Nous n’avons pas appris à survivre dans la nature à l’école car nous sommes censés rentrer dans le moule de la société, être des gens productifs, dans la normale, faire de l’argent de ne pas faire de vague. Sauf que certains ne rentrent pas dans se moule, ou feintent d’y avoir été modelé. Comme je l’ai déjà dis dans de précédents articles, nous sommes qui nous sommes, et n’avons pas à nous excuser de ne pas faire comme Monsieur tout-le-monde.

Je me pose donc la question, sommes-nous perdu face à la nature, quant est-il de notre instinct de survie ?

Sédentarité est devenu synonyme de normalité, nous vivons plus longtemps comme cela, dans de meilleurs conditions, avec plus de sécurité, entouré de nos proches. L’instinct de survie est encagé et poussé en arrière plan de notre cerveau car tout, ou presque, est sous notre contrôle.

Le livre nous rapporte les critiques dont a été la cible Chris après sa mort. Chacun son avis.

Le problème est que nous jugeons trop sévèrement ceux qui préfèrent la solitude, ceux qui préfèrent affronter l’incertitude du lendemain, ceux qui partent pour l’aventure. Nous avons chacun notre chemin, est-il déjà tracé d’avance ? Qui le sait ? Vivons comme nous l’entendons, du moment que personne n’en souffre. Jugeons moins, cherchons à comprendre plus.

Christopher McCandless, posant devant le bus où il mourra de faim.
Christopher posant devant sa caméra pour sa toute dernière photo. Il tient en main sa note d’adieu : J’ai eu une vie heureuse, merci Seigneur. Au revoir et que Dieu vous bénisse tous !
Lettre retrouvée par des randonneurs sur le bus où ils trouveront le corps sans vie de Chris une dizaine de jours après sa mort : Attention possible visiteurs S.O.S J’ai besoin de votre aide. Je suis blessé, près de mourrir, trop faible pour partir d’ici. Je suis tous seul. Ce n’est pas une blague. Au nom de Dieu, s’il vous plaît, restez et sauvez moi. Je suis dehors en train de cueillir des baies pas très loin et je devrai revenir se soir, Merci. Chris McCandless. Août ?

——

Into the wild. L’histoire de mon frère par Carine McCandless

Quatrième de couverture :

Au mois d’avril 1992, Christopher McCandless décide de s’enfuir pour voyager à travers l’Amérique. Pendant deux ans, il va errer avant de s’installer au cœur de l’Alaska. Il ne survivra pas à cette retraite sauvage et mourra seul dans un bus désaffecté. Son aventure, relatée par Jon Krakauer dans Into the Wild, deviendra un best-seller mondial et sera adapté au cinéma par Sean Penn. Plus de vingt ans après la mort de Chris, Carine, sa sœur et sa plus proche confidente, revient sur leur jeunesse dans une famille instable, à l’ombre d’un père manipulateur. Convaincue que seule la vérité permet de dépasser la douleur, elle a choisi de dévoiler ce qui a poussé son frère à se retirer du monde.

« Carine McCandless publie un témoignage bouleversant. » – Anne Seften – Grazia

Préface de Jon Krakauer.

À la lecture de l’introduction, j’ai été surpris. Le livre ne racontera pas que de belles choses, loin de là. Dès l’introduction, nous apprenons que nous allons lire un livre dur, un livre sur la maltraitance et sur la violence au sein d’une famille dont les secrets sont nombreux. Des parents alcoolisés et drogués. Une enfance face à la bêtise du monde adulte, que Carine affrontera avec son grand frère, Christopher.

C’est aussi le combat d’une jeune femme, conseillée par un psychologue de partir le plus vite possible du domicile familial. Un combat pour son indépendance, contre la violence conjugale, contre les malheurs et les défis que lui impose la vie. Jamais elle ne baisse les bras, se battant dans un monde de l’entreprise sexiste, trouvant la force et l’énergie de pardonner pour être trahis presque à chaque fois, surtout, pour révéler la vérité sur le passé douloureux que son frère et elle ont affrontés contre des parents manipulateurs, envieux.

Ce livre est une libération pour Carine, faire éclaté la vérité, sur son enfance et celle de son frère et rechercher le pouvoir de pardonner et de vivre malgré tout.

C’est aussi la rencontre avec le monde du cinéma, avec Sean Penn. Ce sera pour la suite de l’article.

Carine McCandless sur la piste Stampede, menant au fameux bus, emprunté par son frère Christopher lors de son ultime voyage. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless sur la même chaise où son frère a pris son auto-portrait lors de son aventure. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless posant devant le bus où son frère vivra et mourra de faim. Elle a créé avec des cailloux le mot « Truth », vérité, en français. Source : CarineMcCandless.com

Extrait :

Si notre mère avait eu davantage confiance en ses capacités, elle aurait pu accomplir n’importe quoi – y compris se rebeller. Malgré tous ses diplômes et son expérience, notre père n’en serait jamais arrivé là sans elle. J’ai appris très tôt à identifier un salaud narcissique et autoritaire, et je me suis juré de ne pas tolérer se genre de comportement quand je serais en âge de donner mon avis.

Into the Wild par Sean Penn

Synopsis

D’après une histoire vraie

Christopher McCandless a 22 ans, de brillant diplôme et une vie qui semble déjà toute tracée. Le jeune homme a pourtant bien d’autres routes dans le sang. Animé par une soif d’absolu et de liberté sans limite, il plaque tout du jour au lendemain pour partir à l’aventure.

Des champs de blé du Dakota aux flots déchaînés du Colorado, en passant par les déserts de Californie, Christopher croise des hommes et des femmes qui façonnent sa vision de la vie.

Au bout du voyage, le choc avec la Nature brute : l’Alaska.

Le film est un bon condensé des deux ouvrages, esthétiquement plus basé sur le livre de Krakauer, mais la voix de Carine, sa sœur nous accompagne au long de son aventure en nous informant, parallèlement à l’aventure de son frère, ses sentiments et ceux de ses parents.

Le film est magnifique, les décors à couper le souffle. Emile Hirsch est impressionnant, sa transformation physique, surtout à la fin, est déroutante tellement la ressemblance est forte. La bande son créé par Eddie Vedder (le frontman de Pearl Jam) ajoute se côté poétique, avec des mélodies typées folk et country.

Le film suit avec scrupules le travail d’enquêteur qu’a fais le journaliste et écrivain Jon Krakauer. Lisez le livre avant, et celui de sa sœur, tout aussi important.

Carine McCandless avec Emile Hirsch, l’acteur qui joue son frère dans le film. Source : CarineMcCandless.com
Jon Krakauer, l’auteur de Into the Wild, Carine McCandless et Sean Penn, réalisateur et scénariste du film. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless avec Eddie Vedder, du groupe Pearl Jam, qui signe la bande originale du film. Source : CarineMcCandless.com

Je ressors de cet aventure avec Christopher, non pas changé, du moins pas complètement, mais avec une philosophie différente, sur la vie, son sens. La quête de vérité, entamée de manière différente par Christopher et Carine m’a amener à me conforter dans ma position. La vérité quoiqu’il en coûte. Sinon se taire. Qui ne dit mot consent, selon votre philosophie, je dirai qui ne dit mots garde ce qu’il veut garder.

Quel besoin les gens ont d’attendre de nous de nous justifier sur nos choix de vie ? Les chemins sont différents comme les envies. Chaque chemin représente une envie. Cette envie s’explique ou ne s’explique pas. Nous sommes libres. Si ce n’est physiquement, soyons le mentalement.

Que nous restera t-il à la fin, regrets ou comblé ? Chacun ses choix, et que vos vies reflètent vos envies. L’ambition c’est beau comme mot. Qu’il évolue en action est encore plus beau.

Les risques peuvent être énorme, mais chaque jour nous en prenons. Vous mettez votre vie en danger (et celle des autres aussi) rien qu’en conduisant, en traversant la route. Il faut relativiser certes, mais à trop réfléchir on avance pas. Dans votre voiture vous ne pensez pas à l’accident, la pensée est dans un coin de votre tête, mais vous avancez.

Peut-être la vie est-elle pareille. Ne pas trop réfléchir. Ou trouver le juste milieu. Et tant qu’à faire, on est jamais trop vieux pour réaliser un rêve, et se battre pour la vérité, la notre, et l’amour, à partager car au final, l’amour et la base de tout, peut-être le plus puissant atout que l’être humain peut avoir, avec le libre arbitre.

Le lien de fraternité entre Carine et son frère Alexandre et celui de mon propre vécu c’est fait en moi, j’ai compris facilement où voulait en venir Carine. Connaissant son frère mieux que quiconque, elle a décidé de parler en son nom. Son deuil est passé par l’écriture et le cinéma. A t’elle réussis à le faire ? Je ne le sais pas, cela ne nous regarde peut-être pas. En tous cas, le lien fraternel n’a pas été rompu, car Carine semble avoir fais revivre son frère, le monde entier connaît son histoire, il est immortel grâce à elle et à nous.

Une expérience que vous devriez faire. Les fesses sur votre canapé, lisez et regardez. On ne sais pas se que ces œuvres pourraient vous apportez, mais je peux vous dire qu’il chamboulera ne serait-ce qu’un peu votre vie, votre philosophie et votre manière de penser.

On peut braver les lois humaines, mais non résister aux lois de la nature.

Vingt mille lieues sous les mers (1870), Jules Verne

Jaskiers

Miracle dans les Andes de Nando Parrado

Quatrième de couverture :

C’est un vendredi 13, en 1972, que le Fairchild F-227 qui transportait une équipe de rugbymen uruguayens s’est écrasé dans les Andes.

Cet accident allait donner naissance à une légende.

Soixante-douze jours durant, les survivants de ce crash vécurent sur un glacier à 3 500 mètres d’altitude, au milieu des cadavres et des débris de la carlingue.

Seuls au monde, ils luttèrent contre le froid et le désespoir – n’ayant bientôt d’autre choix que de manger la chair de leurs compagnons morts.

De cet episode – dont le journaliste Piers Paul Read tira un ouvrage qui émut le monde entier -, il nous manquait, à ce jour, le récit d’un survivant.

Et c’est ce récit que Nando Parrado, après s’y être refusé pendant plus de trente ans, vient d’écrire.

Une extraordinaire leçon de courage.

Je me rappel, j’étais très jeune quand j’avais entendu parler de cette histoire. Je l’avais entendu à la télévision. Et comme tout enfant ayant des questions, j’avais demandé à ma mère de m’en dire plus. C’était la première fois que j’entendais parler de cannibalisme. J’étais choqué d’apprendre que des gens pouvaient se manger entre eux.

Des décennies plus tard, peut-être deux, j’ai acheté se livre. La boucle allait se boucler… d’une manière brutale.

Ils étaient jeunes, très jeunes. Fier d’être rugbymans. La vie devant eux, Nando avait sa mère et sa sœur dans cet avion. La plupart d’entre-eux n’avaient jamais vu la neige, ne l’avaient jamais touchées. Ils étaient uruguayen, un pays plutôt plat, gorgé de soleil. Rien ne les avaient préparé à affronter cette terrible expérience.

La lecture est incroyable, incroyablement prenante, incroyablement triste, incroyablement épuisante. Je ne m’attendais pas à tant d’horreurs, de luttes, d’espoirs, de malheurs, de déterminations, de foi, d’amours.

Arrivé au milieu du livre, une petite section photographie nous ai présenté. Prise par l’auteur grâce à un appareil photo miraculeusement retrouvée dans la queue de l’avion, à des heures de marches de leur épaves. J’ai eu les larmes aux yeux. J’ai mis des visages sur des noms, des souffrances, des morts. La lecture a commencé à me hanter. Au point d’en cauchemarder la nuit. Jamais je n’aurai penser que cet ouvrage aurai pu me bousculer autant.

Leçons de courage, de sacrifice, de survie, d’abnégation, d’amitié, de loyauté.

J’ai l’habitude de couper des petits lamelles de post-it pour marquer les passages qui me marquent, que je trouve important de partager, mais le petit ouvrage est rempli de ces lamelles. Recopier tous les passages de se livres rendrai une potentiel lecture de votre part gâchée. Je me contenterai que d’un seul passage.

Comme noté plus haut, bien trop d’extrait de se livre m’ont marqué. Chaque lamelle de Post-It est un de ces passages.

Cette histoire de survie, d’hommes, de jeunes hommes, accrochés à la vie est émouvante, dure, cruelle. Mais vrai.

Nous pensons être les maîtres du monde, en haut de la chaîne alimentaire, mais des endroits sur cette planète, que nous détruisons d’ailleurs, peuvent nous détruire en quelque heures. Quelques minutes.

Nous ne sommes pas grand chose, juste une partie, infime, de cette immense univers. Dieu, ou la vie, ou qu’importe prend et donne, sans faveurs, c’est comme ça. Terreur de savoir que rien n’est totalement sous notre contrôle. Que la mort est notre finalité et qu’elle peut s’abattre sur nous à tous moments. Nul n’est immortel.

À part l’amour de vivre, l’Amour avec un grand « A », l’amour d’un proche qui les attends, d’une femme, d’une famille, juste l’amour, rien d’autre n’aurait pu aider ses hommes à survivre. Rien.

Cette lecture est une expérience, que vous devriez faire. Absolument.

C’est une remise en question, métaphysique, presque impossible à décrire, que de lire ces lignes. Les lignes d’un survivant, amené au-delà des limites humaines, presque une autre dimension, une trance ? Non, quelque chose d’autre. Qui se passe dans notre tête, ou dans notre âme. Nous sommes capables de choses qui dépassent l’entendement. Utilisons cette capacité pour le bien de tous.

Roy Harley, dans les bras de sa mère après le sauvetage. Roy était le plus jeune survivant du crash. Il était aussi à quelques heures de la mort.
Mémorial dressé sur les lieux du crash. Les débris de l’avion ont été utilisés pour sa création.
Les survivants apercevants l’helicopter venu les secourirs.
Débris de l’avion retrouvé des décennies après le crash.
Nando Parrado, l’auteur, après avoir trouvé les secours.

Extrait :

[…] La croûte était collante et grumeleuse : ce n’était rien d’autre que mon propre sang en train de sécher. « Nando ? répéta Roberto. Souviens-toi, nous étions dans l’avion… pour aller au Chili… ». J’acquiesçai en fermant les yeux. J’étais désormais sorti des brumes ; ma confusion ne pouvait plus me cacher la vérité ; et pendant que Roberto me nettoyait le visage, je commençais à me souvenir.

Ici [dans les Andes], rien n’était favorable à la vie humaine, rien ne reconnaissait même son existence. Le froid me tourmentait. L’air était trop rare pour satisfaire aux besoin de nos corps. Le soleil violant nous aveuglait, […] il était impossible de s’aventurer ne serait-ce qu’à quelques mètres de l’avion sans [s’enfoncer dans la neige]. […] il n’y avait pas un seul organisme pour nous servir de nourriture. […] toutes formes de vie est ici une anomalie, et les montagnes ne tolèreront cette anomalie que pendant un certain temps.

« L’amour affronte la mort ; lui seul, non pas la vertu, est plus fort qu’elle. »

La montagne magique (1924) Thomas Mann

Jaskiers

Le dernier ermite de Michael Finkel

Quatrième de couverture :

En 1986, Christopher Knight, un jeune homme intelligent et timide, décide de quitter la société des hommes pour vivre dans une solitude totale au cœur de la forêt du Maine. Pendant près de trente ans, il ne parlera à personne, fuira tout contact, apprenant à survivre au froid et à la faim grâce à son courage et à son ingéniosité. Pendant toutes ces années aussi, il réussira à s’introduire dans des cottages pour trouver des vêtements, des livres, des piles, de la nourriture… qui lui permettront de traverser sous sa tente les terribles hivers de cette région américaine, jusqu’à son arrestation en 2014.

Michael Finkel a été le seul journaliste auquel Christopher Knight a accepté d’accorder de nombreux entretiens. Un ouvrage qui n’est pas seulement un récit de survie mais qui pose des questions fondamentales sur la solitude et les contrastes de notre société.

J’avais acheté ce livre durant le deuxième confinement, à la fin de l’année dernière. Je m’étais dis qu’il serait intéressant de voir comment un homme avait pu être isolé de tout et de tous durant 27 ans. Et il s’avère que même après cette lecture, finie durant ces temps de déconfinement, se livre m’a beaucoup apporté.

Étant un solitaire, je me suis reconnus dans certains traits de caractères de l’homme, Christopher Knight, l’Ermite. Devenu une légende de son vivant.

Les gens racontaient des histoires sur un homme des bois mystérieux qui volait de la nourriture dans les petits chalets des vacanciers du camp de Pine Tree, au bord du North Pond à l’ouest d’Albion, dans l’état du Maine.

En 27 ans, Christopher Knight, l’ermite du Maine, au nord-est des États-Unis n’a prononcé qu’un seul mot : « Bonjour », à un randonneur passant près de la forêt où il vivait.

Il vivait de petit larcins, de cambriolages, effectués dans les petites cabines des vacanciers. Il volait de la nourriture et des habits, des piles et des batteries de voitures, quelquefois des deodorants et de vieilles consoles de jeux vidéos. Il ne cassait jamais rien, ne volait jamais d’objets précieux. Il n’était jamais armé. Les propriétaires de ces cabines ne l’ont jamais attrapés. Quelques images sur des caméras de surveillances mais rien de plus. Il aura fallu le garde du camps de vacanciers et quelques ami(e)s à lui pour réussir à l’attraper. Pendant 27 ans, il a réussis à échapper à ces hommes et femmes. Malgré les battues, les vacanciers, les randonneurs, personne ne savait qui il était. Ni où il vivait. Son campement n’était pas extrêmement loin des chalets. Même plutôt proche. Mais Knight connaissait par cœur son environnement, il pouvait le faire lors de nuit sans Lune, sans faire un seul bruit. Les types de sols, les branches, il connaissait son environnement comme si il l’avait créé. La nature a créé son environnement, il s’est juste adapté.

L’Homme a une capacité d’adaptation à son environnement incroyable. Chris l’a utilisé avec intelligence pendant plus de deux décennies.

Son camps était extrêmement difficile d’accès aussi bien qu’il était caché. Il y survivra durant les terribles hivers qui s’abattent sur le Maine chaque année.

Le camp de Christopher Knight.

Lire, méditer, construire, voler. Ça vie se résumait à ces quatre mots. Surtout, ne jamais rencontrer d’être humain. Il ne les comprends pas. Il n’est pas méchant, ni violent. Mais les interactions avec autrui étaient trop compliquées pour lui. Certains psychiatres soupçonnent que Chris souffrirai du syndrome autistique, plus précisément d’Asperger. Mais cela ne reste que des suppositions.

Une fois arrêté, en prison, c’est un enfer qu’il affronte, intérieurement, dans son âme. Le bruit, les prisonniers, les gardes, les murs. Il est perdu, inconsolable. Michael Finkel, l’auteur, qui lui rendra plusieurs fois visite, ne croisera que très peu son regard.

Michael est froid, distant, parfois arrogant. Il a une vision bien à lui de la vie. Chaque interaction avec un autre être humain est un supplice.

Après son procès, sa vie changera, il sait qu’il ne pourra jamais retourner dans SES bois. Dans son univers, à lui. Dans son silence. Il se voulait être l’ermite « ultime », il l’a été, de son point de vue, pendant toutes ces années.

Apprendra à vivre avec les autres, travailler, parler à des psychothérapeutes. Autant de défi, pour celui qui n’a prononcer qu’un seul et unique mot pendant 27 ans.

Christopher Knight durant son procès.

J’ai moi même de l’affection pour le silence, c’est rare de nos jours, le silence. C’est un luxe, une rareté. Le bruit est une pollution qui agit grandement sur la santé mentale, pouvant entraîner des problèmes de santés physiques. Pour moi, et pour Christopher Knight aussi, le silence va de pair avec la solitude. Se retrouver face à soi-même peut être terrifiant, mais je pense qu’il faut s’affronter parfois.

J’ai découvert que personnellement, la solitude est presque addictive. Personne pour vous juger, personne pour critiquer ou déranger. Malheureusement, se déconnecter de la société est dangereux, surtout en France où les relations humaines priment. Le contact humain est important en France. Bien sur, il n’y a pas que dans l’hexagone. Mais la France a sa culture, et elle aime le contact.

Certaines personnes devraient comprendre qu’avoir envie d’être seul est aussi normal qu’avoir envie d’être avec le monde. Même, les solitaires sont solitaires et n’ont pas à être jugés comme égoïstes ou égocentriques, comme nous ne jugeons pas négativement les personnes ultra-sociable, être solitaire ne devrait pas être une tare. Nous sommes qui nous sommes, même la science nous le dit. Vivez votre vie comme vous l’entendez, mais ne jugez pas les personnes qui pensent et vivent différemment de vous comme mauvais.

Pas d’enfant, pas de mari/femme, pas de maison ni de voiture à rembourser. Certains veulent vivres comme ils l’entendent, rien ne force à suivre les mêmes routes. Nous sommes libres et certains prennent cette liberté et la bichonne et l’utilise, la polisse comme bon leur semble.

Ne vous engagez à rien avant d’avoir bien réfléchis, si comme moi, ou Chris, votre liberté est le bien le plus précieux que vous avez.

Laissez nous être. Laissez vous vivre.

Le silence est d’or et la parole et d’argent. Comme nous disons en France. Lequel de ces deux métaux est le plus précieux ?

Voici pour vous de nombreux extraits, à méditer, à débattre ou juste à lire.

Extraits :

Après un quart de siècle d’enquêtes décousues, assorties de battues, de survols et de relevés d’empreintes, menées par qu’âtre force de maintien de l’ordre distinctes […] personne n’avait jamais pu découvrir l’identité de l’ermite.

Christopher Knight, pourrait-on avancer, est de toute l’histoire de l’humanité l’être le plus solitaire qu’il nous ait été donné de connaître.

« […] Que le silence intimide, cela me rend perplexe. Pour moi, le silence est normal, confortable. » Plus tard il ajoutait : « J’admets ressentir un peu de mépris envers ceux qui sont incapables de se taire. »

La mousse recouvrant les rochers, mon pied a ripé et le poids de mon sac à dos, bourré de matériel […], m’a fait perdre l’équilibre d’un coup. J’ai roulé-boulé la tête la première, me suis cogné le front contre une roche […] L’une de mes chaussures de marches, pas adaptées à ces bois, s’était déchiquetée. Knight arpentait ces lieux sans arrêt. En silence. Sans se blesser. De nuit. Comment était-ce possible ?

[…] Un marteau arrache-clou presque avalé par un tronc était devenu impossible à retirer, et Terry Hughes [le Shérif] m’a confié que c’était ce marteau, plus que tout le reste, qui lui avait fait comprendre combien de temps l’ermite avait vécu là.

Le désir d’être seuls, ont découvert les biologistes, est en partie génétique et quantifiable, dans une certaine mesure. Si vous présentez de bas niveau d’ocytocine, neuropeptide sécrété par l’hypophyse – parfois qualifiée de principale composante chimique de la sociabilité – et de fortes concentrations d’une hormone, la vasopressine, susceptible de réduire votre besoin d’affection, vous aurez tendance à moins exiger de relations personnelles.

Sa famille n’avait apparement jamais contacté la police au sujet de la disparition de Chris.

Une force qui le dépassait l’avait attiré loin du monde avec toute le persistance de la gravité. Il aura été l’un des solitaires les plus endurants qui soient, et parmi les plus fervents. Christopher Knight était un véritable ermite.

Il souhaitait vivre une solitude inconditionnelle, un exilé dans une île de sa propre création, former la tribu d’un homme seul, sans aucun contact extérieur.

Les saletés qui comptent, les mauvaises bactéries, le virus malfaisant, tout cela se transmet généralement par la toux, les éternuements, les poignées de mains et les baissés. Notre santé et parfois le prix à payer de notre sociabilité. Il s’était placé en quarantaine loin de l’espèce humaine et s’évitait nos dangers biologiques. Il restait d’une santé phénoménale.

La lecture était sa principale forme de divertissement. […] À l’intérieur d’un livre, la vie lui semblait toujours accueillante. Elle ne lui imposait aucune exigence, alors que le monde des relations humaines étaient si complexes.

Les physiologistes pensent que, dans des environnements naturellement silencieux, notre organisme se détend, parce que c’est le cadre dans lequel nous avons longtemps évolué. Nos sens ont mûri dans les prairies et les bois, et restent calibrés sur cette base.

Il a pu se considérer comme l’un des rares individus sains d’esprits qui restent. Il était déconcerté de ce que passer les meilleurs années de sa vie dans le box d’un bureau, de passer des heures, tous les jours, devant un ordinateur, contre de l’argent, soit jugé acceptable, mais que se détendre dans une tente au fond des bois soit la marque d’un être dérangé.

Il renonçait à tout artifice ; il devenait à la fois personne et tout le monde. […] Il existait, simplement, pour l’essentiel, dans un maintenant perpétuel.

Il obéissait à un appel très étrange et demeurait fidèle à lui-même, plus que nous ne l’oserons jamais.

En espérant que ces lignes vous aiderons à comprendre le besoin de certains d’être seuls, d’avoir besoin de silence et d’introspection. De vivre leurs vies comme bon leurs sembles.

Jaskiers

Dead dream society | Poème |

Où êtes vous les hippies pourquoi nous avoir laissé tomber ?

Pour la menue monnaie.

Pensiez vous à nous ? Déjà mort-né ?

Peut-être l’avions nous pensés

Ces plaie ouvertes, seule nous devons les panser.

N’aviez qu’à protester.

Nous l’avons fais !

Et que s’est-il passé ?

Vous nous avez frappé.

Génération de fainéant, drogué faible et pleurnichard !

Comme vous vous l’étiez avant de plier genoux, avares !

Partez donc jeune insolent !

Pas avant de faire de votre monde du chiendent !

Jaskiers