
La mauvaise réputation des toilettes de stations-services.
Petite bâtisse blanche, ou presque, de plein pied, la porte, d’un vert fatigué, était taguée et montrait des signes alarmant d’usures. Elle grinça à l’entrée de l’écrivain.
Un tout petit hall d’entrée avec des lavabos sur le mur faisant face à la porte. Une porte de chaque côté, à gauche les femmes, les hommes à droite.
Dante Rand rentra dans la section des hommes et constata qu’il n’y avait pas de toilettes, mais seulement des urinoirs. Rien pour pouvoir se déshabiller sans être vue. Les WC étaient déserts. Il ne perdit pas de temps, se déshabilla, changea son pantalon, enleva ses chaussures et ses chaussettes en réalisant qu’il avait oublié d’en racheter une autre paire. Il n’aimait pas vraiment déambuler sans chaussettes. Depuis tout petit il avait besoin de les avoir aux pieds. Il enfila sa nouvelle paire de chaussures à la couleur rouge presque aveuglante. Le genre Skechers qu’utilisent les personnes âgées pour rester cool et actif.
Il en profita pour uriner, quand le deuxième appel de la nature se rappela à lui. Il allait devoir essayer les toilettes des femmes pour la grosse commission.
Il passa le couloir et rentra dans les toilettes des femmes, qui possédait des cabines. Dante poussa un soupir de soulagement, s’engouffra dans l’une d’elle et fit ce que la nature lui demandait. Une fois la chasse d’eau tirée, il sortit de la cabine et se retrouva nez à nez avec sa fan tenancière de station-service.
« – Hey bien re-re-bonjour monsieur Rand !
– C’est très gênant je voulais juste des toilettes pour vous savez…
– Oui les toilettes des hommes n’ont que des urinoirs. Que voulez-vous, les hommes ici tiennent chèrement à leurs masculinités.
– Hey bien je ne sais pas comment leurs masculinités leur permet de couler un bronze dans ces urinoirs. Ça doit-être une sacré gymnastique. Limite de l’art pour viser dans le trou !
– Quel poète vous feriez !
– La poésie vous mange dans les mains dans les moments les plus atypiques !
– Je vois ça !
– Bon, je vais pas m’éterniser, je vous remercie encore.
– Pour ?
– Pour votre sympathie et votre compréhension, l’Oklahoma a été jusqu’ici une sacrée épreuve, un chemin de croix, une descente aux enfers, et il me reste encore de la route.
– Vous m’envoyez enchantée et aussi désolé pour votre mauvaise expérience du pays. Bonne route et faite attention à vous !
– Encore merci ! »
L’auteur sortit en trottinant. Il rougissait, légèrement gêné et honteux. Mais quand dame nature appelle, on avise.
Il grimpa dans sa voiture, arrêté au stop de la sortie de la station à essence, il s’alluma une cigarette.
Une voiture de police fit entendre ses sirènes juste devant lui.
Jaskiers