Dante’s Dusty Roads – Chapitre 7

« -T’as une cigarette monsieur ?

  • Euh…
  • Mens pas, j’t’ai vu sortir de chez Marco.
  • Ouai, vous.. vous en voulez une ?
  • Bah si j’te demande à ton avis ! »

Rand sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une.

« -Tu pourrais m’en donner deux ou trois autres hein, yankee, on s’fait pas chier on dirait ! Radin.

  • Oh bah… Rand bafouillait en tendant deux autres cigarettes. On fait aller.
  • Ouai. Le barbu hirsute tapota avec le plat de la main sur le toit de la voiture. Une sacrée allemande !
  • Ouai…
  • Et comment ça va New-York ? Tiens, passe ton feu s’t’e plait.

New-York ? Mais comment il sait que… peut-être que cela se voit sur ma ganache… Ah non ! Mes plaques d’immatriculation…

  • Bah ça va… New-York quoi…
  • Dans quel quartier à New-York ?
  • Hell’s Kitchen.
  • Sans déconner !
  • Non… enfin oui… enfin.
  • J’ai vécu là-bas mec !
  • Ah !
  • Ouai mon gars. Il balança le briquet au visage de Tom.
  • Vous avez vécu longtemps là-bas ?
  • Cinq ans.
  • Ah… c’était y’a longtemps ?
  • Une bonne quinzaine d’année ouai. J’y vivais avec mon ex-femme.
  • Ah… vous avez quitté la Grosse Pomme après le divorce ?
  • Divorce ? AH ! Non elle est morte donc j’me suis barré.
  • Désolé, mes condoléances.
  • Désolé de quoi ? J’ai pris la thune et puis j’me suis barré ! »

Oui, et maintenant t’es là, à quémander des clopes à des inconnus dans la rue…

« -Bon, je crois que je vais repartir sur la route, moi. Enchanté d’avoir fait votre connaissance.

  • Où ?
  • Comment ?
  • Repartir pour où ?
  • Euh… Lawton.
  • Ah…
  • Je vous souhaite le meilleur.
  • Attendez une minute. Vous vous foutriez pas un peu de not’ gueule ?
  • Pardon ?
  • Z’avez dit à Peter que vous partiez pour Forgan dans vot’ ranch réaménagé ! »

Jaskiers

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J’ai fait un mauvais rêve… ou un bon cauchemar. (Billet onirique ?)

C’était bien la première fois depuis longtemps, en faite, depuis toujours que je m’étais réveillé avec l’impression que j’étais heureux d’être vivant. Dans ma vie courante, ce sentiment, je ne l’avais pas eu depuis longtemps.

Il m’a fallu ce « rêve » pour réaliser, non, ressentir, le temps de quelques secondes, que je devrais profiter de la vie et arrêter de me tracasser pour un rien.

Mais ce sentiment est venu quelques minutes après mon réveil, j’étais secoué par le cauchemar que je venais de faire.

Voici le rêve que j’ai fait durant la nuit du 03/06/2022 au 04/06/22 :

J’étais dans un hôpital avec une perfusion dans le bras. J’avais un cancer en phase terminal et j’allai mourir d’une minute à l’autre.

Cancer de quoi ? Je n’en sais rien, je me rappelle avoir mal à la cuisse gauche, j’étais épuisé et terrorisé d’attendre la mort.

Je sais qu’il y a plus de détails de ce rêve mais ils sont passés aux oubliettes de ma mémoire. Vous savez, quand vous avez fait un rêve dont vous ne vous souvenez pas mais que les sensations que vous a laissées ce dernier vous tenaille la poitrine et hante vos pensées… C’est frustrant de ne pas pouvoir se souvenir. Le corps, lui s’en souvient, mais l’esprit a décidé qu’il fallait l’oublier.

Je me rappelle l’attente terrible de ma dernière seconde de vie. Puis, je suis sortie de l’hôpital pour faire une dernière balade avant ma mort.

Le soleil reflétait ses rayons sur une des façades de l’hôpital, comme si les vitres de ce dernier étaient des miroirs.

Je vis mon père, maigre, la peau jaunie et tout aussi épuisée que moi, me rejoindre. Je ne me rappelle plus du tout de ce dont nous avons parlé.

Pour information, mon père est mort d’un cancer.

Puis, je retournais dans ma chambre, seul. Un tout petit peu moins terrorisé.

Mais l’attente et surtout cette douleur qui se propageait dans mon corps reprît sa terrible emprise.

Et je me suis réveillé, en sueur, le cœur battant. Puis, j’ai allumé une cigarette pour décompresser et c’est là que j’ai ressenti cette sensation d’être en vie, relativement en bonne santé (ironique de dire que je fumais en même temps d’avoir cette pensée…) et qu’il fallait que j’arrête de me monter la tête pour des petits riens. Et puis, les réminiscences du rêve-cauchemar revinrent me hanter.

J’ai, à l’époque où j’écris cet article, c’est-à-dire le jour même de ce cauchemar, lu pas mal sur la vie de Jim Morrison, sur sa philosophie de vie. Je lisais le « Photojournal » de Frank Lisciandro sur sa relation avec Jim. Il parlait dans ce livre des écrits de Jim sur ses rêves et cauchemars qu’il avait pour habitude d’écrire sur ses carnets notes. Morrison portait une attention particulière à ses rêves, au monde onirique. Je l’ai lu dans sa poésie et on peut l’entendre dans la musique des Doors.

De plus en plus, je remets en question la vie, pas MA vie mais LA vie. Je commence à être persuadé que nous ne voyons qu’une infime partie de notre monde, que la vie a des mystères, des choses puissantes, peut-être peut-on parler de dimensions ou de plusieurs mondes, parallèles au notre. Des choses invisibles, des choses dont nous perdues la capacité de voir et ressentir.

Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Égyptiens de l’Egypte antique, ils semblent qu’ils avaient une vision différente, ou mieux, une relation différente avec notre monde. Évidemment, pour les Égyptiens de l’antiquité, cette réflexion est étoffée de toute cette culture connue dans le monde entier, mais les Indiens d’Amériques, bien que martyrisés, mal traités encore aujourd’hui, ont gardé la sagesse, certains rites et secrets qu’ils protègent depuis je ne sais combien de milliers d’années mais qui reste, je pense, trop inconnus du grand public. J’aimerais parler avec l’un d’entre eux. Nous ne pouvons juger de leurs visions du monde car leur peuple, coutumes, croyances, rites, existent depuis des millénaires, enfin je présume. Ils savent, leurs ancêtres savaient des choses sur notre monde, des facettes que nous avons oubliées.

Ce rêve était peut-être une mise en garde ; ne pas trop chercher ce que je ne pourrai pas supporter. Ou peut-être est-ce l’inverse, une sorte de renaissance. Ou bien, c’était juste un rêve.

Un rêve qui m’a marqué. Je fais souvent des rêves, je les écris sur mes carnets depuis presque 8 ans maintenant. Mais j’avais envie de partager ce rêve avec vous car, au fond de moi, je le trouve important. J’entamerai, bientôt je l’espère, des lectures pour ouvrir un peu mes horizons et m’éclairer un peu sur ce monde qui cache à nos yeux des facettes oubliées. C’est peut-être aussi ça le problème, nous ne pensons et croyons qu’avec les yeux. Jim Morrison l’écrivait, nous sommes dépendants des yeux, ils nous offrent un monde, un seul et nos autres sens sont dominés par eux. Je pense qu’il nous faut nous reconnecter à la nature, à notre nature pour pouvoir découvrir le reste et nous émanciper de la dictature de la vue.

Je parle comme si j’étais fou. Et je le suis un peu. Et je revendique que les fous ont peut-être raison. Peut-être voient-ils quelques choses que le commun des mortels ne voit pas où ne veut pas voir et réprime ces fous. Avons-nous peur d’eux parce qu’ils sont fous ou parce qu’ils voient des choses que nous ne pouvons pas voir ni comprendre ? Peut-être que ces fous sont devenus fou car ce qu’ils ont découvert, les choses dont ils ont fait l’expérience les ont laissés sur le carreau. Parce que nous avons oubliés que l’existence est autre chose que le monde physique et observable à l’œil.

Suis-je à la recherche de la Vérité comme Proust, enfant, dans le jardin de grand’tante Léonie à Combray ? Et, qu’en saurais-je que j’ai trouvé cette Vérité ?

À la recherche d’un monde plus juste, doux qui a un sens. Que nous ne pouvons avoir mais qui est là.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 5

—> Partie 4 https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/30/bienvenue-a-la-cure-de-rien-partie-3/ <—

Je me réveillais allongé dans un lit. J’avais l’impression d’avoir fait la fête toute la nuit. J’avais une soif terrible, la tête lourde et une légère envie de vomir.

Oui, j’étais allongé dans un lit, confortable, la chambre était d’une blancheur à faire mal aux yeux. Une grande fenêtre sur ma droite laissait entrer les rayons d’un soleil voilé par les nuages.

Je fus pris d’une légère crise de panique, car je ne me rappelais plus vraiment où j’étais et comment j’avais fini ici. La mémoire me revint rapidement.

Il y avait un bureau, avec un ordinateur portable fermé dans le coin droit, en face de moi. Dans le coin gauche, une penderie, entre les deux, la porte d’entrée.

À la gauche du lit se trouvait une table et deux chaises avec une jolie vase fleurit par les fleurs que j’avais pu admirer en chemin pour arriver ici.

À droite ma droite, une lampe moderne, design, avec son réveil intégré, un grand verre d’eau que je m’empressais de boire et une note :

« Pour votre réveil !

Désolé pour ce traitement assez difficile, mais pour changer, il faut parfois se faire violence. Vous n’êtes pas notre prisonnier, nous ne sommes pas du Gouvernement Unique. Je suis bien le Docteur Proust, je suis bien là pour vous aider à revivre. Je sais aussi que vous n’êtes pas un agent infiltré.

Disons que notre entretien était certes brutal mais il fallait en passer par là pour être sûr.

Nous ne sommes jamais trop prudent n’est-ce pas ?

Vous, moi-même et tous les gens ici sont en danger, nous nous devons d’être scrupuleux quand nous acceptons un nouveau patient.

Nous avons déjà eu à faire avec des agents essayant de s’infiltrer.

Enfin, reposez-vous, buvez, manger si vous le voulez, un petit en-cas se trouve dans le tiroir de la table de chevet.

Si vous vous sentez d’attaque, vous pouvez tout de suite me demander en utilisant le téléphone incorporé à la lampe de chevet, qui d’ailleurs, fait aussi réveil ! On n’arrête pas le progrès !

N’hésitez pas à vous reposer, j’insiste. Ces dernières heures ont sûrement été les plus mouvementés de votre vie.

En espérant avoir votre confiance, vitale pour votre guérison et votre futur.

Respectueusement, Docteur Gilberte Proust. »

Après avoir lu ces lignes et fini mon verre d’eau, je m’allongeais de tout mon long, j’essayais de reposer mon corps, mes muscles et surtout mes nerfs.

Je savais que j’étais entre de bonnes mains, que je n’étais pas piégé.

Mon esprit vagabonda jusqu’à me rappeler Selena.

Selena ! Elle qui souffre depuis des années, mais qui n’a jamais baissé les bras et qui est maintenant sur la route, encore et toujours.

Une femme… je n’avais jamais pensé aux femmes. Jamais vraiment tombé amoureux, et Selena était la seule femme avec qui j’avais eu une conversation normale, en dehors du travail, depuis des décennies.

Je regardais le téléphone-lampe-réveil. Et si je contactais le docteur Proust pour parler du cas de Selena ? Sûrement, elle avait des contacts avec les autres groupuscules de Divergents, peut-être pourrait-elle la retrouver et l’aider. Ou peut-être pourrai-je l’appeler directement avec le vieux téléphone portable qu’elle m’avait donné dans l’avion…

Mais mon esprit fatigué se rappela à moi, je devais me reposer encore quelques heures pour avoir les idées clairs et détendre mes nerfs encore à vif. Puis, j’aviserai.

Il ne nous reste que ça à faire quand nous avons perdu le contrôle, pour notre propre bien-être, de notre vie, aviser et faire confiance.

Et réfléchir à la suite… car j’étais loin de me douter que je n’étais plus en sécurité, moi et toute la clinique.

À suivre.

Jaskiers

Jusqu’à l’os

L’histoire de son automutilation commença comme beaucoup d’autres. Au collège, avec ses amies. Avec la pointe du compas, ou avec une paire de ciseaux.

C’était devenue une sorte de rite d’entrée dans sa petite bande d’amie. On se scarifiait pour montrer que l’on souffrait, à cause des garçons ou de la famille, des amies et, parfois, pour s’intégrer. Certaines se scarifiaient pour l’attention, faisant semblant de se mutiler discrètement mais ne cachant pas leurs cicatrices. C’était, il faut le dire, un effet de mode. Des séries télés en parlaient. L’héroïne d’une de ces séries se scarifiait et elles faisaient de même, pour l’imiter.

Parfois, un professeur le remarquait et l’une d’elle finissait à l’infirmerie où les parents étaient convoqués d’urgence, et puis, c’était fini.

Si elles continuaient, on les menaçait d’aller les emmener en psychiatrie et cette seule menace arrêtait les moins « sérieuses ».

Quant à Coralie, personne ne se souciait vraiment de ses scarifications. Elle se mutilait plusieurs fois par jour, traînant ses lames sur l’avant-bras, au niveau du biceps, à l’intérieur des cuisses. Son but à elle n’était pas d’attirer l’attention mais de faire sortir son mal-être par le saignement. Chaque goute de sang était un défi aux malheurs. La douleur une échappatoire, la douleur physique peut faire oublier pendant quelque temps la douleur psychique, c’était ce que ressentait la jeune fille. Avec le temps, se mutiler devint même un besoin. Faire sortir le mal par le sang, en quelque sorte, comme au moyen-âge. L’Histoire se répète, inlassablement.

Inlassablement aussi, cette mode de la scarification disparue pour la bande d’amie de Coralie. Mais pour elle, elle continuait.

Ses amies pensèrent qu’elle avait arrêté, mais comme écrit plus haut, Coralie savait mieux faire qu’elles, elle savait cachait ses cicatrices et elle se scarifiait pour une raison, c’était, pour la jeune fille, un échappatoire, un vrai besoin, et pas une mode. Elle avait évidemment commencé pour faire comme les autres, être cool, comme les fumeurs. Et comme les fumeurs, elle devint accro. Les fumeurs deviennent addicts à la nicotine, Coralie, elle, devint accro à la douleur.

Tout addict sait cacher son addiction, ou au moins, fait le maximum d’effort pour s’adonner à leur autodestruction, sans que personne puisse le remarquer.

Coralie ne pouvait pas compter sur ses parents, sur sa mère. sur qui tout le poids des responsabilités était retombé, et encore, c’était quand elle était sobre. Son père la dédaignait, il aurait préféré avoir un garçon. Elle ne pensait pouvoir compter, en aucun cas, sur l’infirmière du collège et, encore moins, sur les professeurs.

Ne comptait que le sang qui coule de son corps, la froide lame qui déchirait la chair et la douleur salvatrice.

Elle réalisa que tant de scarification prenait de la place sur son corps, il fallait soit rouvrir d’ancienne cicatrice, arracher des croutes ou trouver d’autres espaces sur son corps.

Elle se hasardait à trouver d’autres endroits pour s’ouvrir car c’était là la meilleure des sensations qu’une peau, vierge de toute blessure, s’ouvre, fasse mal et saigne.

Le corps a ses recoins, ses endroits qui permettent de se blesser sans attirer l’attention. Elle les avait trouvée et entamait avec parcimonie ses nouvelles zones, pour en garder pour plus tard.

Le temps passa, rapidement, les copines avaient leur premier amour, les vrais, ceux qui brisent le cœur.

Coralie n’en voulait pas de ces relations amoureuses, elle s’éloigna de ses amies, ou peut-être était-ce l’inverse. Vinrent les moqueries, le harcèlement, l’abandon.

Qu’importe, Coralie avait ses lames de rasoir et tout son attirail secret, qu’elle cachait judicieusement un peu partout chez elle, et sur elle, dans les coutures de ses habits ou ses chaussures.

Les deux dernières années de collège s’écoulèrent, dans la douleur. Se faire du mal était devenu la seule manière de se déconnecter de la réalité, du présent, des autres, et même, un peu d’elle-même.

Tout était compliqué. Son corps changeait, ceux des autres aussi. Les garçons s’intéressaient à elle mais Coralie ne voulait pas d’eux. Aucun n’était digne de confiance, pour elle. Trop immature, trop laid, trop beau pour être intéressé par elle, trop étrange, trop curieux, la jeune fille trouvait toujours une excuse pour ne pas répondre aux sollicitations de ces garçons.

Rien ne l’intéressait, à par peut-être le cinéma. Le cinéma, c’était un peu comme durant ses séances de tortures. Le septième art lui permettait de se déconnecter de la réalité, de vivre, par procuration, une autre vie, voyager, apprendre, découvrir d’autres cultures, d’autres langues. S’évader du présent pesant, du passé traumatisant et du futur angoissant. Le cinéma, c’était aussi une mythologie, avec ses acteurs et actrices, ses stars, ses histoires, ses péripéties et ses scandales extra-cinématographique. Les films étaient une sorte d’opium pour elle, et ces histoires de célébrités, un petit plus pour garder encore un peu de l’effet de dépaysement et de déconnexion du monde. Pendant ce temps-là, où le cinéma l’a happé, elle ne se faisait aucun mal. Mais une fois le film finit, une fois sa magie dissipée, elle reprenait ses instruments de torture et œuvrait pour oublier qu’elle était encore coincé dans ce monde qu’elle ne comprenait pas, qui ne la comprenait pas et qui semblait ne pas vouloir d’elle.

Plusieurs fois, Coralie eut l’idée d’en finir avec sa très jeune existence. S’ouvrir les veines du bras serait un jeu d’enfant. La douleur, le sang, cela, elle connaissait, rien ne serait plus simple.

Mais elle avait cette petite voix au fond d’elle, celle qui s’accroche à la vie, l’instinct de survie diront certains, qui lui promettait un avenir plus radieux. Cet espoir que tout peut changer, s’arranger, que la vie réserve parfois de grande et belle surprise, l’empêchaient de commettre cet acte. Ça et la possibilité de se rater. Car cela amènerait à tellement de chose qu’elle ne désirait pas, notamment l’attention, la pitié, la guérison. Cela créerait un séisme dans son existence somme toute bien rangée. Elle contrôlait tout ce qu’elle pouvait, et surtout, son corps. Elle ne voulait pas qu’on lui enleva la scarification. L’adolescente ne voulait pas et avait peur de guérir. Car après tout, guérir, c’était souffrir, encore, mentalement, pour y arriver.

Elle faisait couler son sang, elle trouvait les outils parfait pour se couper, certaines parties du corps demandaient différentes manières, différentes lames pour s’ouvrir et saigner correctement.

Coralie découvrit qu’elle pouvait gratter, empirer bien plus une plaie, l’élargir pour faire couler ce sang qui personnifiait désormais, dans sa psyché, le mal. Cette douleur physique intense prenait tout à l’instant présent, elle ne laissait pas le temps de réfléchir et de se morfondre, de trop penser. La douleur enflammait sa blessure, son cerveau, ses nerfs, rien ne comptait plus que le moment où la douleur était presque insupportable.

Avant son entrée au lycée, l’adolescente décida de se concentrer sur une seule plaie, y aller à fond, voir jusqu’où elle pourrait supporter de s’infliger un tel traitement. Voir jusqu’où pouvait aller sa volonté.

Ayant deux mois pour elle, la jeune fille s’attaqua à sa cuisse droite, la blessure aurait le temps de cicatriser. Et de toute façon, elle ne portait jamais de jupe, encore moins de short.

Avec son ciseau, elle commença à faire une entaille sur la largeur, au milieu de la cuisse.

La douleur était intense, maintenant Coralie pouvait se permettre de s’infliger une souffrance plus grande que celle donnée par les petites entailles.

Le sang coulait abondamment, quand elle attaqua la blessure à vif, l’intensité de la peine se décupla. L’adolescente faillit s’évanouir, pour ce premier jour, elle se contenta de la large entaille, toute la journée, elle veilla à ne pas laisser la plaie commencer la cicatrisation.

Le deuxième jour, la douleur était encore intense mais Coralie avait reprise des forces grâce à une bonne nuit de sommeil.

Cette fois, elle enfonça encore plus profondément la lame du ciseau, une fois à l’intérieur, la vive douleur donna à Coralie une grande satisfaction. Tout son corps brûlait, les petites entailles, c’étaient finit pour elle, place aux grandes, aux plus douloureuses peines que fournissaient les grandes balafres.

La lame de ciseaux bien rentrée dans la chair, elle l’a tourna, faisant un mouvement latéral pour agrandir la totalité de la plaie. L’opération fut longue, la douleur et la libération qu’elle lui procurait la forçaient à prendre une pause tout en laissant la lame plantée.

Le sang coulait, le mal-être avec. C’était une sorte de découverte d’elle-même, plus qu’une simple scarification, c’était un défi, elle qui pensait n’être bonne à rien, c’était se prouver qu’elle était bonne à faire une chose, se faire du mal. C’était aussi un moyen de contrôle, elle qui se sentait confuse, victime de la vie qui lui imposait de grandir. L’adolescente plaçait toute son anxiété dans la douleur. La douleur était devenue la personnification de son anxiété, le sang la preuve que la peine infligée permettait à ses peines de s’évacuer de son corps qui changeait trop vite.

Le troisième jour, le contour de la plaie était devenue mauve, voir légèrement noir. Marcher faisait mal, le tissu de son pantalon, qui frôtait la blessure, provoquait une sensation de brûlure intense.

Ils n’y avaient plus de retour en arrière. Coralie était allée si loin dans la scarification que les petites entailles ne suffiraient plus jamais à satisfaire et à amenuiser sa peine.

S’armant de courage autant que de sa paire de ciseaux, elle serra les dents pour rentrer encore une fois la lame, pour l’enfoncer encore plus profondément.

Les éclairs de douleur la firent, encore une fois, presque tourner de l’œil, mais elle s’accrocha. C’était une libération comme jamais Coralie n’en avait connu avant. Là, ce n’était plus du petit lait, ce n’étaient plus les petites blessures que s’infligeaient ses anciennes amies, elle était passée à un stade supérieur. Pour une fois, pensait-elle, je suis capable de faire quelque chose mieux que les autres.

Serrant toujours la mâchoire, elle fit pivoter la lame pour l’a faire ressortir. Le geste fût horriblement pénible. Elle s’arrêta un peu pour reprendre son souffle et apprécier la douleur aiguë. D’un coup vif, sec, et rapide la lame ressortit. Coralie s’allongea et cria de douleur. Le sang recouvrait maintenant toute sa cuisse. Le muscle avait été entamé.

Coralie ressortit épuisée de cette séance. Elle s’allongea dans son lit et réussit à s’endormir, la douleur agissait comme une berceuse, une présence qui lui donnait l’impression d’être en sécurité.

Elle ne se réveilla pas dans son lit mais dans une chambre d’hôpital. Branchée à des machines qui émettaient à intervalles réguliers des petits bruits sonores. Allongée dans des draps blancs immaculés, la chambre entière était en faite de cette couleur, exempté les meubles d’un rose pâle. Elle était à l’hôpital.

Son premier réflexe fut de regarder sa blessure à la cuisse, elle lui faisait mal. La jeune fille fit glisser doucement les draps sur le côté et vit qu’il n’y avait plus de balafre car il n’y avait tout simplement plus de jambe.

Confuse, elle se sentit s’évanouir, les machines émirent avec plus de régularité leurs sons inquiétants. Coralie ne les entendait plus que vaguement, comme si elle était sous l’eau, sa vision tanguait, elle ferma les yeux.

La porte de la chambre s’ouvrît sur une jeune femme qui se précipitait vers elle.

« – Tu es réveillée ? Comment te sens-tu ?

  • Où suis-je ? Pourquoi j’ai plus de jambe droite ? J’ai soif !
  • Tu es à l’hôpital, tu auras à boire quand j’aurai l’autorisation du docteur. Tu ne sais pas pourquoi tu es là ? Tu ne te rappelle rien ?
  • Non… je me rappelle que je me suis allongée dans mon lit pour faire une sieste, c’est tout.
  • Tu te souviens de ce que tu as fait avant ?
  • Ma blessure à la cuisse ?
  • Oui.
  • Oui, je m’en souviens.
  • C’était de… la scarification, de la mutilation.
  • Oui.
  • Tu ne te rappelles pas t’être réveillée ?
  • Je ne me rappelle rien ! Je m’allonge pour faire une sieste et me retrouve à l’hôpital avec une jambe en moins ! Dites-moi ce qu’il s’est passé merde !
  • Du calme… pour faire court, ta blessure s’est infectée rapidement. Tu as eu une très grosse fièvre, des délires. Tes parents n’ont pas comprit tout de suite que c’était dû à ta blessure mais pensaient juste que tu avais une bonne grippe. Ils t’ont traité à coup de Doliprane pendant deux jours. Tu ne mangeais plus et délirais de plus en plus. Ton père t’a frappé, tu lui as rendu les coups malgré ta faiblesse. Pour te punir, ils t’ont laissé sans soins pendant une journée encore. Ton état avait atteint un stade critique. Tu ne délirais plus, tu passais ton temps à crier. Les voisins se sont demandés ce qu’il se passait et ont appelé la police. Bien évidemment, tes parents les ont bernés en disant que tu étais sortis. Puis, ils t’ont forcé à te lever et ont enfin découvert ta blessure. Ton père t’a remise au lit mais l’état de ta jambe était critique. De peur d’avoir des problèmes avec les organismes sociaux, ils ont essayé de te soigner eux même. Ce qui n’a fait qu’empirer ton état. Tu es tombé dans une sorte de coma. Tes parents se sont violemment disputés, les voisins ont encore une fois appelés la police. Cette fois, ils demandèrent à te voir. Ils ont forcé le passage de ta chambre et t’ont retrouvé dans un état lamentable, inconsciente. Les pompiers sont arrivés, puis, quand tu es arrivée aux urgences, le médecin urgentiste a décidé que ta jambe était perdue et que l’infection pouvait se propager rapidement dans le reste de ton corps. Il a décidé d’amputer. Cela fait trois jours que tu étais dans un coma semi-artificiel. Cela nous amène à aujourd’hui.
  • Je sens encore ma jambe !
  • Cela s’appelle des douleurs fantômes. C’est très gênant mais cela se guérit avec une thérapie.
  • Des douleurs fantômes ?
  • Oui. Comme je te dis, une thérapie spéciale psychologique et physique te sera prescrite après t’être remise et reposée. Nous avons toute une équipe pour t’aider. Et tes parents, eux, ils sont dans un sacré pétrin tu peux me croire.
  • Tant mieux. Douleur fantôme…douleur, douleur. Tant que j’ai encore la douleur, j’irais bien. »

Jaskiers

Cette matinée très bizarre

La journée avait commencé comme n’importe quelle autre. Rien de différent, la routine d’une famille moyenne dans un HLM pourrie de l’hexagone.

Les samedis, on glande au lit, on ne fait rien, on déguste bien comme il faut une grasse matinée bien méritée. Je suis le plus jeune de la famille, mon frère a 22 ans et vit encore à la maison. Pour lui, ça n’a rien de mal à ce qu’on soit encore chez ses parents à 22 ans, ce n’est plus l’époque formidable de nos parents, mais une autre.

J’ai mon père qui travaille comme cheminot. J’ai toujours trouvé ce mot rigolo.

« – Tu fais quoi dans la vie ?

  • Cheminot ! »

Peut-être que ça me fait rire parce que ca rime avec poivrot. En faite, ces deux mots se marient plutôt bien dans la vraie vie. Quand mon père ne travail pas, il est souvent au bar du quartier à « jouer au ‘Paix Aime U’», « à dilapider de l’argent pour des ‘chies mères’ », dit maman. Je présume que des ‘chies mères’, c’est des femmes, je suis un grand garçon je sais des choses, je les comprends mais je donne l’impression que non, comme ça, je garde un certain avantage sur les autres. Mais il joue aussi aux jeux d’argent. J’ai jamais entendu papa revenir à l’appartement en criant : « Chéri les enfants j’ai gagné ! À nous les Bahamas ! ». Non lui c’est plutôt : « T’as fait quoi à manger ? – Steak frite mais c’est froid, si t’en veux, fais les réchauffer, je vais pas passer mes soirées à t’attendre. »

Souvent, après, ça gueule et sa part dans des histoires pas possibles de « baise », de « putain », de « feignasse ». Ce dernier mot , il aime le dire car ma mère ne travail pas. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie elle répond « mère au foyer ». Moi je pensais qu’elle disait « maire » au foyer au début, ce qui, en fait, a du sens. C’est elle qui commande, qui gère les comptes et on l’aime tous, chacun a notre manière, donc c’est comme si on l’avait élue avec notre cœur et notre affection, unanimement !

Enfin je reviens à ce jour où tout avait commencé comme d’habitude. Je suis le plus jeune, moi je fais pas de grasse matinée car je préfère jouer. Dormir quel gâchis de temps !

Donc je me lève, normalement, mais je sens au fin fond de moi que quelque chose est bizarre. Mais je suis parfois angoissé, ma mère dit que je suis déjà ‘nez rosé’. Je sais pas ce que ça veut dire mais je pense que c’est lié à mes angoisses.

Je sors mes céréales, le lait, ma cuillère fétiche et je bouffe. Très sucré les céréales donc je vais me brosser les dents. Vous pensez peut-être que je suis bien élevé mais c’est juste que je déteste le dentiste, donc je brosse mes dents pour éviter d’y aller.

Là, en me regardant dans le miroir au-dessus de l’évier, j’observais mon visage et y’avait quelque chose qui clochait. Parfois j’y réfléchis et je pense que en faite, les traits de mon visage… bougeaient. Oui, comme quand on regarde son reflet dans l’eau, mais c’était très léger.

Il m’en a pas fallu plus pour gerber. Mais j’ai eu le réflexe de le faire dans la baignoire ! Mais je vomissais un peu violet.

Et c’est là que tout est parti en vrille.

Mon père est sorti de sa chambre en caleçon comme un taureau ! BAM la tête la première, il saignait et il gueulait !

« Holà gros connard ! Holé ! No pasarán! »

Ah oui, le père de mon père il était espagnole, ça explique maintenant ses paroles quand j’y repense.

Et là mon frère sort en t-shirt de sa chambre, et il semble marcher comme les deux américains qui ont un jour marchés sur la Lune (papa dit que c’est un prénommé Stanley ‘Cubique’ qui a filmer ça dans un hangar sur Terre, et mis en scène par la CIA). Il me regardait, la bouche en « O » et les yeux pareils ! Et il répétait, péniblement : « Mais putain on est où ».

Et là ma mère est sortie mais moi je voyais sa peau toute verte, juste verte, rien d’autre, comme si elle avait sauté dans la peinture.

Et là mon père il s’est encore mis à gueuler : « Holà ! No pasarán ! » et il faisait semblant d’être un torero. Il pensait que ma mère était un taureau. Mais je peux vous dire qu’elle n’avait rien d’un taureau.

Elle commença à parler une autre langue, enfin une langue étrange, faite de sortes de rots, de cris brefs, rauques et faisait claquer sa langue. Et elle nous regardait comme si nous étions des fous, comme si le fait que nous ne lui répondions pas était outrageant.

Mon frère continuait à marcher sur la Lune, il me demandait avec une voix lente comment nous avions atterri ici et, immédiatement, je vis les murs de l’appartement s’écrouler, comme si ils étaient en cartons, pas en ciment ni rien juste comme ça, et leur chute révéla que nous étions effectivement sur une autre planète.

Tout était rouge, l’atmosphère, l’air, le sol, j’avais peur ! Et ma mère était là, à marcher bizarrement comme si elle était un ours et mon père se mit à courir devant elle et il fit un saut et il disparut.

Je commençais à pleurer et je demandais à maman ce qui était en train de se passer. Elle me fixa du regard et me répondit. Bizarrement, d’un coup, je comprenais sa langue et elle me demandait de parler en français. Mon frère disait qu’on était sur Mars, moi je disais qu’on était en enfer et ma mère continuait à copieusement nous engueuler car nous parlions une langue inconnue.

J’entendais des cris, c’était comme si les voix parlaient à l’envers, comme si quelqu’un vous disait bonjour et qu’en faite vous disait « roujnob ». Ça fait un effet bizarre et y en avait au moins deux ou trois et évidemment je ne comprenais rien. En plus, elles était graves ces voix et je m’imaginais qu’un monstre extraterrestre venait nous tuer avec ses amis.

Donc je pleurais encore et mon frère me disait de me calmer car si ça se trouve les voix étaient gentilles mais ma mère s’approcha de moi, mit son bras autour de mon cou et criait de lui rendre son fils. En plus, elle commençait à serrer fort son bras contre ma gorge, je me débattais comme je pouvais mais elle était forte ! Genre une force comme si elle était en pierre, c’était impressionnant ! Donc je pleurais encore plus mais je ne pouvais pas crier.

Mon frère essayait de venir à ma rescousse mais il marchait encore au ralenti, j’avais le temps de mourir étouffé au moins trois fois avant qu’il arrive.

Et ma mère, toute verte, criait encore et encore de lui rendre son fils. Je bougeais comme une anguille en espérant glisser de sa prise mais aucun espoir.

Puis j’entendis un gros « boum » et les voix inversées de tout à l’heure se rapprochèrent !

Mais je commençais à avoir la vue qui se brouillait, comme un voile noir qui se posait devant mes yeux et là, à ce moment, je vis un énorme bras violet et poilus et un autre de couleur jaune ! Ils prenaient le bras de ma mère qui était autour de mon cou pour l’enlever et ils criaient dans cet étrange langage. Je pouvais respirer et en gigotant encore je pu sortir de l’étreinte de fer de ma mère mais là, un des monstres, le jaune, m’attrapa. J’en avais marre d’être maltraité donc je lui filais des coups de poings et de pieds et la voix du monstre se faisait encore plus grave.

Un autre monstre, de couleur orange, se jeta sur mon frère. Je criais et je frappais le monstre qui me ceinturait et je vis des lumières clignoter dans l’atmosphère et encore plus de cris !

J’étais épuisé j’en avais assez et je vis une navette, c’était elle qui émettait ces lumières qui était apparu peu avant l’intervention des créatures colorées. Et je vis des astronautes en sortir et je leur criais à l’aide car c’étaient les seuls humains que je voyais, depuis le début de cet étrange mâtiné, qui n’étaient pas des monstres ou juste bizarres.

L’un s’arrêta devant moi, ses lèvres bougeaient mais aucun son n’en sortait. Puis il sortit un pistolet, l’appuya sur mon torse et plus rien.

Je me réveillais à l’hôpital, plus de planète rouge ni rien. Une infirmière entra, elle était normale et parlait normalement. Elle était toute gentille et me dit qu’elle allait avertir le docteur et d’attendre sagement. Donc j’attendis.

Un vieux docteur arriva avec ma mère, mon frère et mon père, ce dernier en béquilles.

Ils m’expliquèrent que nous avions été empoisonnés à l’oxycarboné. Il y avait eu une sorte de fuite dans notre appartement et ce gaz empoisonne et peut donner des hallucinations ! Mais les nôtres, d’hallucinations. étaient très importantes donc ça voulait dire une grosse fuite de gaz, donc ma mère elle disait qu’on allait porter plainte contre l’immeuble. Je savais pas qu’on pouvait porter plainte contre un immeuble.

On m’expliqua comment mon père avait fini en béquille. Il avait sauté du balcon car il pensait que ma mère était un taureau ! Heureusement, nous n’étions qu’au premier étage donc il ne se fit qu’une méchante blessure à la jambe droite. Là, des habitants vinrent l’aider et ils comprenaient que mon père était drogué. Ils entendaient ma mère gueuler dans l’appartement et moi pleurer. Ils ont appelés les pompiers et réussit à rentrer dans notre appartement pour séparer ma mère qui m’étranglait !

Et puis les pompiers sont arrivés et m’ont faits une piqure.

Voyez, pas typique cette matinée !

Jaskiers

Cauchemar d’enfance

Était-ce le milieu de la nuit ? Au début ? À l’aube ?

Je ne me rappelle plus, seulement, je sais que la chambre était plongée dans la pénombre.

Pourquoi étais-je réveillé ? Je ne me rappelle plus.

Pourquoi je fixais la porte de ma chambre ? Vous avez deviné, je ne me souviens plus.

Est-ce que j’étais éveillé ou encore dans les bras de Morphée ? Encore une question sans réponse.

Ce dont je me rappelle, ce sont ces mannequins de boutiques, ceux que je voyais quand je passais devant cette boutique de prêt-à-porter, boutique qui dans mes souvenirs n’était jamais ouverte. Les mannequins n’étaient jamais habillés, il semblait y avoir de la poussière sur eux, de la crasse. Ces mannequins n’étaient pas ceux que l’on trouve habituellement dans les boutiques. Ils étaient plats, grands, aucunes formes, asexuelles. On distinguait évidemment la tête, les bras, peut-être un peu de hanche, les jambes et c’est tout. Mais ils étaient plats et chacun avaient sa couleur, bleu, rouge, gris, blanc, noir, vert.

Je passais devant souvent. La boutique était dans une galerie marchande où ma mère m’emmenait pour faire les courses et je jetai toujours un coup d’œil à ces mannequins, abandonnés au regard de tout le monde.

La nuit dont je parle, ces mannequins ont ouvert la porte de ma chambre, ils étaient toujours aussi plats, leur bras et jambes bougeaient et c’était tout. Qu’ils étaient maigres ces bras et ces jambes ! Mais ils étaient sûrs de leur mouvement. Celui (ou celle…) qui avait ouvert la porte était le mannequin de couleur jaune, j’ai vu sa main et son avant-bras lentement redescendre à ses flancs après avoir ouvert la porte pour lui et ses camarades.

Ils rentrèrent tous, toutes les couleurs et s’installèrent debout, devant mon lit et ne bougèrent plus.

Attendaient-ils de moi quelque chose ? Voulaient-ils que je les habille ? Que je leur parle ?

Je n’en sais rien car j’ai crié et me suis caché sous ma couette. Le temps que ma mère arrive pour demander ce qu’il se passait et me rassurer, ils avaient disparus.

Cauchemar… Cauchemar ? J’avais environ 6 ans, je me rappelle distinctement les voir rentrer doucement, et même si leur visage n’était qu’un vulgaire ovale sans traits aucuns, j’étais persuadé qu’ils me regardaient. Maintenant encore, quand il m’arrive de repenser à cette horreur onirique, je ne m’en rappelle pas comme d’un cauchemar mais comme un vrai souvenir, comme si j’étais éveillé et que ces mannequins étaient vraiment entrées dans ma chambre. Qu’ils étaient vivants, avec une conscience. Si je me concentre, j’ai presque l’impression qu’ils m’ont parlé, pas physiquement, ils n’avaient pas de bouches mais communiquaient par télépathie.

Pourquoi étaient-ils venus ME voir, moi un enfant et pas un autre ? Que me voulaient-ils ? Que me serait-il arrivé si ma mère n’était pas venues à mon secours ?

Peut-être qu’en fin de compte, tout ceci était un rêve, enfin un cauchemar. Même si ma mère ne s’en souvient pas du tout, et pourtant, je n’étais pas le genre d’enfant à crier et à appeler à l’aide après un mauvais voyage onirique.

Après tout, pourquoi, après cette nuit, les mannequins avaient disparu de la boutique ?

Tant de questions, dans un monde qui est obsédé par les réponses. Je ne cherche pas plus loin, les choses sont parfois mieux laissées sans réponses.

Jaskiers

Une histoire de fantôme (une histoire vraie… si si !)

J’étais enfant, je dirais que je devais avoir 8 ou 9 ans. J’étais en vacances chez mon père qui m’avait amené à la campagne, dans la maison de ma grand-mère. Une vielle maison qui nous appartient depuis plusieurs générations, si j’ai bien calculé.

C’était (et est toujours) une vieille bâtisse, avec de massifs volets en bois, un étage, un immense jardin, une petite cour devant et l’atelier de menuisier datant de mon arrière-grand-père juste en face. En faite je pense même que l’atelier a été construit à l’époque de mon arrière-arrière-grand-père, mais je ne suis pas sûr.

Toujours est-il que cet été, je jouais dans la cour de devant, une cour pas bien grande mais constituée de cailloux, de sable et de mauvaises herbes qui semblent pousser en une nuit.

Mon père bricolait dans l’atelier et moi, j’avais découvert comment faire du ciment, du moins je pensais que j’avais découvert comment en faire.

J’avais décidé de créer une sorte de petit fort en utilisant le sable et les cailloux de la cour mélangés avec du ciment « prêt à l’emploi ».

Autant vous dire que mon fort ressemblait plutôt à une sorte de montagne. Qu’à cela ne tienne, j’avais sorti mes petites voitures et avait créé des chemins avec une balayette qui passaient autour de la montagne, j’étais content.

Je jouais tranquillement, mon père toujours en train de bricoler je ne sais quoi dans l’atelier, ma grand-mère, handicapée, devant sa télé quand j’entendis quelqu’un cogner dans une vitre.

Je me retournais pour voir si c’était ma grand-mère qui cognait à une des vitres du rez-de-chaussée, personne.

Trois nouveaux coups retentirent à ce même moment et je levais ma tête. Une femme pâle, brune, un visage fin, avec sur la tête une sorte de voile, me faisait signe, avec un grand sourire.

Je lui rendis son signe amical et recommença à jouer. Je pensais que c’était une nouvelle femme de ménage qui était venue aider ma grand mère, sans que je ne m’en rende compte. Je n’ai pas plus été surpris que ça.

Après une demi-heure de course poursuite effrénée autour de la montagne de ciment, appelons cette montagne ce à quoi elle ressemblait vraiment, un monticule de sable, de cailloux mélangé avec du « ciment » et de l’eau, je décidais de rentrer pour prendre mon goûter.

En rentrant dans la cuisine, je dis à ma grand-mère, qui était devant sa télévision, que je ne savais pas qu’elle avait une nouvelle femme de ménage. Elle me répondit qu’elle n’avait pas changée de femme de ménage depuis plus de 10 ans. Je lui demandais donc qui était cette personne à l’étage qui m’avait fait « coucou ». Elle me répondit par un silence, une expression un peu inquiétante, comme si elle parlait à un fou. Elle me répondit que personne n’était monté là-haut, les femmes de ménages ne pouvant faire le ménage que dans les espaces de vies de la bénéficiaire. Ma grand-mère étant lourdement handicapée, l’étage n’était pas un espace de vie. Aussi, personne n’était venu faire une visite de courtoisie à ma grand-mère, ce qui était chose courante à cette époque pas si lointaine.

L’étage n’était occupé par personne, excepté par mon père et moi quand nous y dormions.

J’affirmais avec certitude avoir vu quelqu’un à l’étage, une femme. Mais ma grand-mère trouva l’explication : j’avais imaginé ça, j’étais tellement pris dans mes courses de petites voitures que j’ai imaginé une femme me faisant un signe de la main et un sourire.

Depuis ce jour, c’est la chose la plus inexplicable qui m’est arrivée. Je suis persuadé que j’ai vu cette femme car je me rappelle exactement à quoi elle ressemblait, et surtout, je me souviens avoir entendu distinctement les coups sur la vitre, le signe de la main, le sourire, le beau visage de la femme et son châle de marié.

En regardant des vieilles photos de famille, je crois avoir reconnu mon arrière-grand-mère, une femme brune au visage fin, je n’ai que cette photo d’elle… en robe de marié. Je n’avais jamais vu cette photo auparavant, c’était en fouillant il y a 3 ou 4 ans dans une vieille armoire que j’ai trouvé cette photographie.

J’ai demandé des renseignements à ma grand-mère, elle m’a dit que c’était une femme très belle, avec des cheveux magnifiques, mais avec une personnalité des plus… extravagantes. Elle croyait aux extraterrestres par exemple, ce qui n’est pas rien quand on sait qu’à l’époque, cette croyance était très mal vue.

Parfois, ma grand-mère me dit parfois qu’elle entend quelqu’un cogner à une vitre la nuit. Elle et moi ne croyons pas aux fantômes. J’aimerais qu’ils existent, cela rendrait la vie plus intéressante, mais je ne peux expliquer ce que j’ai vu ce jour-là. Je m’en rappelle comme ci c’était hier.

J’ai dormi des années et passées plus de dix ans dans cette maison et je n’ai jamais vécu quelque chose de paranormal. Je n’ai jamais entendu les bruits que ma grand-mère entends la nuit, jamais vu d’autre apparition ni senti de présence.

Mais j’ai vu, j’en suis sûr et certain, ce que je crois être le fantôme de mon arrière-grand-mère, dont je porte le prénom en troisième prénom (ça se dit ça ?).

Je préfère cette théorie là, celle du fantôme, à celle d’une personne qui vivait en cachette dans la maison familiale, à l’insu de ma grand-mère, et même de moi et de mon père.

Je sais ce que j’ai vu, et jamais je n’ai vécu d’autres expériences. Et honnêtement, j’aime à me souvenir de son beau visage.

Jaskiers

Rêve de chambre funéraire

C’était un rêve que j’avais fait, peut-être 1 ou 2 ans après avoir dit adieu à mon grand frère.

Mon grand frère, mon héros, a été le premier corps sans vie que j’ai vu de ma vie.

Je ne sais pas si vous avez déjà vu un corps sans vie, mais le choc est terrible. Surtout quand on a connu la personne, qu’on l’a côtoyé tous les jours depuis l’enfance. Mais je me rappelle que mon esprit n’acceptait pas les informations envoyées par mes yeux, impossible qu’un corps ne bouge plus, ne respire plus, ne vive plus.

Quelque chose s’est brisé en moi ce jour-là, je n’ai jamais vraiment pu me reconstruire. Encore moins quand j’ai dû voir le corps sans vie de mon père 10 ans après.

Mais revenant au début de l’article, je parlais d’un rêve que j’avais fait quelques années après cette vision traumatisante.

J’avais rêvé que je rentrais dans la chambre funéraire, toute la chambre était blanche, ne ressortait que le visage de mon frère, pâle, lui qui était toujours bronzé, les joues rouges et les yeux pleins de vies.

Je m’approchai de lui et son visage fermé se tourna vers moi. Je n’étais nullement effrayé, j’étais curieux. Je présumais qu’il voulait recevoir un bisou sur la joue, comme je l’avais fait en vrai. Je me rappelle encore aujourd’hui la froideur de sa peau, l’impression que j’embrassais quelque chose de synthétique. En écrivant ces lignes, me revient l’odeur, fade mais aussi forte, de la chambre funéraire. Cette odeur revient me hanter parfois. N’importe où, n’importe quand. Cette odeur me renvoie dans cette salle, directement. Elle me renvoie aussi à la chambre funéraire de mon père. Pour lui, je n’eus pas le courage de l’embrasser. Je ne voulais pas sentir encore une fois sur mes lèvres la peau sans vie d’un proche. Mais cette odeur, ce sens que nous ne pouvons pas contrôler, l’odorat, c’est peut-être la pire des choses. L’odorat et l’ouïe sont les sens que nous ne pouvons contrôler en situation de stress. Je présume cela. Je pense à ces soldats qui reviennent traumatisés de zones de conflits. Les feux d’artifices, les pétards peuvent déclencher de graves réactions de stress post-traumatique. Je présume que l’odeur aussi, peut provoquer ces choses. Ces deux sens sont des traîtres qui nous ramènent, contre notre gré, au pire moment de nos vies.

Bien sûr, les odeurs ne rappellent pas que des mauvais souvenirs, comme celles qui ramènent Proust du côté de Méséglise ou de Guermantes. Où même pourrions-nous parler du goût, de la sacro-sainte « madeleine de Proust ».

Si jamais vous n’avez jamais vécu de telles expériences, un petit exemple. Écoutez une musique que vous aviez l’habitude d’entendre ou juste d’écouter à une période difficile de votre vie et vous comprendrez. Je suis certain que cela touche tout le monde.

Mais revenons à la chambre funéraire onirique de mon frère.

Son visage tourné vers moi, je regardais fixement ses paupières quand ils s’ouvrirent d’un seul coup. Au lieu de pupilles, des roses d’un rouge vif, me fixaient.

Je ne me rappelle plus si j’avais eu peur, le temps joue des tours à la mémoire et je ne veux pas inventer. Je sais par contre que j’étais curieux, que je n’ai pas reculé. C’était étrange, terrifiant mais tout en étant beau, fascinant et hypnotique. Je me rappelle encore cette couleur rouges si intense encore aujourd’hui.

Et puis je me suis réveillé.

Jaskiers

L’homme du café

Avertissement : ce récit fait presque 4 000 mots. Lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de la diviser en chapitre.

Le café des Soupières était le refuge d’Eva pour relâcher la pression. Métro, boulot, café et direction l’appartement.

Sa patronne, qui serrait les vis à en tordre un tournevis, était tout le temps sur son dos. Ajoutez à cela que la matrone aimait se montrer odieuse et imbue à souhait, un métro qui sentait l’urine, la bière premier prix et le déodorant bon marché et le burn-out pointait le bout de son nez. Un café silencieux, excepté pour le bruit des cuillères tournant dans les tasses, avec un bon parfum de café chaud, le chauffage durant l’hiver et la climatisation pendant l’été, des tenanciers aimables et discrets, faisait office de havre de paix et de repos.

C’était ici qu’Eva se déconnectait de la réalité, prenait ses distances avec une vie de stress intense. Elle sortait son petit carnet de croquis Moleskine, un crayon de papier et commençait à dessiner des robes, des chapeaux, des chaussures. Elle avait espéré quand devenant l’assistante d’une créatrice de mode en vogue, elle pourrait, un jour, se lancer dans l’aventure et devenir, elle aussi, une créatrice de mode. Elle avait le talent, le coup de crayon, l’imagination et les connaissances requises du monde de la mode, son fonctionnement, ses codes et savait ce qu’elle pourrait y apporter. Mais jamais elle n’avait eu le courage, jusqu’ici, de présenter son travail à sa diablesse de patronne.

Elle s’installa à la même table que d’habitude, à côté de la fenêtre donnant sur la partie la plus grouillante de vie de la ville. Elle aimait faire de pause dans ses dessins et regarder les passants, leur style, leur vêtement. Elle avait le talent de voir quel vêtement serait à la mode la saison prochaine juste en observant les gens qui déambulaient devant cette fenêtre.

Elle voyait souvent les mêmes personnes, à heure fixe, sûrement partaient-ils pour le travail ou pour sortir entre amis.

Mais à partir d’un moment, elle ne saurait pas dire depuis quand exactement, elle pouvait voir cette personne. Impossible de savoir si c’était un homme ou une femme, habillé tout le temps avec un long manteau bleu foncé, un trench-coat pour être exacte, un chapeau qui lui descendait jusqu’aux yeux, et il ou elle semblait avoir les cheveux coupés court, ce qui était en vogue chez les femmes en ce moins de novembre.

Cette personne avait attiré son œil, son habillement était basique, selon les codes de la mode actuelle à New-York, mais c’était son comportement qui était le plus curieux.

La personne ne bougeait presque pas, adossée au mur juste en face de la fenêtre de la table où Eva avait pour habitude de déguster son café, à une dizaine de mètres, sur le trottoir d’en face. Voir tous ces gens se presser et cette personne rester presque immobile était curieux. Et effrayant.

Cet individu arrivait exactement au même moment où la jeune femme allait prendre son café après le travail. La pauvre Eva ne pouvait dire de quel côté il arrivait avant de s’adosser au mur.

À force d’observer cette personne, de jour en jour, elle pouvait distinguer qu’elle portait une paire de lunette noir, très épaisse, du genre que les célébrités excentriques mettent pour prétendre vouloir ne pas se faire reconnaître.

Elle observa aussi que son admirateur, c’est comme cela qu’elle l’appelait, portait des gants bleus en cuir, ou similicuir. Malgré ses recherches, elle ne put découvrir la marque de son trench-coat, son chapeau, qui était banal, unisexe et noir ne demandait pas la peine de faire d’effort pour trouver sa marque. Elle ne pouvait distinguer que difficilement les chaussures de la personne, elle n’avait l’opportunité de les voir que quand elle se déplaçait. Il semblait à Eva que l’individu portait des bottes, avec un petit talon. Elle fit quelque recherche sur Google pour trouver des modèles de bottes « de ville », là aussi, unisexe, rien de probant et la marque, là aussi, pouvait être n’importe laquelle.

Au bout de trois semaines de ce curieux spectacle, Eva décida d’arriver plus tôt devant le café mais sans y entrer, quelque minutes avant l’horaire habituel, pour voir d’où l’étranger allait arriver et observer sa réaction quand il découvrirait qu’elle était en retard.

Mais la personne était déjà là, même, elle fit un signe à Eva, amical, de la paume de la main, puis s’adossa sur le mur.

Eva avait peur, cet inconnu semblait savoir ce qu’Eva avait essayé de faire. Elle n’avait pour l’instant par le courage d’aller se confronter à cet étrange personne. L’idée de demander à une amie de l’aider ne l’enchantait pas du tout, craignant être prise pour une folle et voir se ternir sa réputation dans le monde belliqueux de la mode.

Elle prit sa table habituelle, et regardait fixement l’intrus. Elle ne pouvait se concentrer sur rien d’autre, son sketch book contenait déjà plusieurs dessins de ce curieux personnage. Elle ne pouvait se concentrer sur quelqu’un d’autre depuis ces trois semaines.

Une réflexion se fit jour en elle ; et si elle était la seule à pouvoir le voir ? Car, jamais, il ou elle n’interagissait avec quelqu’un d’autre, les gens passaient à côté sans jamais un regard, ni même un mot, ni une plainte envers l’individu, ce qui était rare à New-York. N’importe quelle personne lambda recevrait une bordée d’insulte si elle restait comme cela, à occuper une partie du trottoir. Les gens dans cette ville étaient pressés.

Décidément, quelque chose clochait, ou bien devenait-elle folle à cause du surmenage. Étant une habituée du café, mais n’ayant jamais échangé avec ses tenanciers plus que nécessaire, elle puisa en elle le courage de demandé à la barista si elle aussi voyait cet homme.

« – Bien sûr, en faite il vient toujours quand vous êtes là. D’ailleurs, avec les collègues, on se demande s’il ne vous harcèle pas.

  • Depuis environ deux semaines, ce type m’observe à chaque fois que je bois mon café.
  • Vous voulez que j’envoie quelqu’un lui parler ?
  • Vous pouvez faire ça ?
  • Oui, Swan, vous savez notre serveur.
  • Je ne voudrais pas que ça dégénère.
  • Swan est gentil mais il ne faut pas trop le chercher, ne vous inquiétez pas pour lui. Swan ?!
  • Ouai ?
  • Tu sais le type louche qui vient quand Eva… excuse-moi, ça ne vous dérange pas que j’vous appelle Eva ?
  • Non aucun soucis mais…
  • Pourquoi tu m’as appelé ?
  • Le type qui se ramène à chaque fois qu’Eva vient, tu ne voudrais pas lui demander d’arrêter son manège ?
  • Il vous harcèle ?
  • Je ne sais pas si on peut appeler ça du harcèlement mais… il est toujours là quand je viens.
  • Ouai, on avait remarqué ça, j’vais lui demander ce qu’il cherche à la fin. »

Swan enleva son napperon, remonta ses manches de chemises et sortit tout de go.

Les deux femmes regardèrent par la vitre ce qui allait se passer.

La mystérieuse personne était planté là, et ne vit pas tout de suite que Swan s’avançait vers lui. Il sembla sursauter aux paroles de Swan. Ce dernier faisait de grands gestes en indiquant le café. L’autre restait immobile, Swan se rapprocha de son visage, et semblait avoir haussé le ton car les passants se retournaient vers eux.

D’un coup vif, la personne poussa le brave Swan puis partit en courant. Le serveur se releva, il jeta un regard vers le café, incrédule. Il se releva pour partir à sa poursuite mais Marlène et Eva étaient sorties et lui crièrent de revenir. Ce qu’il fit.

« – Quel fou ! Il est dangereux ce type ! J’appelle les flics ! Dit Swan

  • Non c’est pas la peine…
  • Si Eva ! Il a agressé Swan et puis vous pourrez leur dire qu’il n’arrête pas de vous harceler.
  • Ce n’est pas vraiment du harcèlement…
  • Si ! Éructa Swan.
  • Est-ce un homme ou une femme ?
  • J’en sais rien, le type est camouflé avec son chapeau et ses lunettes. Il ou elle a fourré son visage dans le col de son trench-coat quand je l’ai apostrophé.
  • Encore un tordu.
  • N’appelez pas la police s’il vous plaît, j’ai trop de travail, trop de choses à faire. Il ne m’embête pas, il me regarde juste. Appelez-les parce qu’il vous a agressé mais ne leur parlais pas de moi.
  • Si je ne leur parle pas de vous, ils vont me demander pourquoi je suis allé à sa rencontre.
  • Ne les appelez pas. Plaida Eva.
  • D’accord. Tout compte fait c’est mieux comme ça. Si jamais il revient, je lui rendrai la monnaie de sa pièce !
  • Non Swan non ! On va avoir quelle réputation nous après ?
  • Mieux vaut que nous ayons une mauvaise réputation qu’Eva finisse dans le caniveau, sans vie. »

Swan rentra dans le café, agité. Il rattacha son napperon et partit dans l’arrière-boutique.

« – Vous prendrez quoi ?

  • Ah… comme d’habitude Marlène. »

Les deux femmes rentrèrent. Marlène se dirigea vers ses machines à café et Eva s’installa à sa place habituelle, légèrement inquiète de ne plus voir son admirateur. Elle s’était habituée à sa présence.

Marlène lui servit son café. Eva sortit son Moleskine et à son grand bonheur, réalisa qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas dessinée autre chose que l’étrange personnage depuis des semaines.

Un mois plus tard, Eva venait toujours à son café. Son admirateur n’était pas revenu. Le mystère de sa présence la hantait encore. Elle faisait ce songe la nuit où cette personne rentrait dans le café, s’asseyait en face d’elle, et malgré les questions d’Eva sur son identité, l’admirateur ne répondait pas. Quand Eva montait le ton, il se levait de sa chaise et partait en courant. La jeune femme se réveillait en sueur.

Tout le mois, elle put dessiner et s’inspirer des passants de la rue comme avant, sauf qu’elle ne dessinait plus autant. Son regard se posait sur le mur ou s’adossait habituellement son « prédateur » comme l’avait surnommé Swan. Elle était devenue proche des employés du café. Restant parfois plus longtemps que d’habitude pour faire un brin de causette. Elle avait même le droit à des tasses de café à l’œil. Tous les jours, pourtant, le sujet du prédateur revenait sur le tapis. Eva voulait savoir si Marlène, ou Swan, avaient vu cette personne dans les parages. Et depuis un mois, la réponse était non.

Un soir qu’elle rentra dans son appartement, elle découvrit dans sa boîte aux lettres une enveloppe, pas d’adresse, ni de timbre. Quand elle l’ouvrit, elle trouva 1 000 $ et un mot griffonné sur un bout de papier froissé : « Pour tes débuts dans l’industrie de la mode. D’autres coupures arriveront. Signé : ton ‘prédateur’ »

Abasourdie par les billets et le mot, elle se laissa choir sur son canapé. Il ou elle était de retour, connaissait son adresse et surtout, son plus grand rêve.

C’était forcément quelqu’un qu’elle connaissait, où qu’elle avait connue. Elle fit mentalement le tour des personnes qui pouvait être se cacher derrière ce personnage. Ses collègues, ses anciennes amies de la Fac, ses anciens petits amis, des stagiaires, l’entourage de sa patronne. Elle cherchait un profil, celui typique de la personne discrète mais toujours là. La personne qui faisait peur à tout le monde par son silence et ses attitudes étranges. À la fac, il y en avait une bonne poignée, de ces gens-ci, mais aucun qui ne pouvait la connaître et elle n’en avait fréquenté aucun.

Au travail, le profil s’étoffa, elle pouvait y mettre les traits de caractères dominants dans son milieu, la jalousie et les rivalités. Mais cela ajouta beaucoup trop de personne à sa liste mentale de suspects.

Le stade de la lettre non timbré, donc juste déposée dans sa boîte aux lettres, était préoccupant, car la personne savait exactement où elle vivait, elle s’était même déplacée.

« Peut-être devrai-je appeler la police » pensa-t-elle. Car la personne, maintenant,semblait proche. Trop proche. Mais que leur dire ? Que feraient-ils ? Que pourraient-ils faire ? La croiraient-ils ?

Trop d’inconnus. Elle ne pouvait qu’avertir ses proches et ses amis du café qu’il était revenu. Sa famille réagirait avec empressement, mais elle couperait court à leurs inquiétudes tout en étant franche avec eux. Elle avertirait aussi sa patronne, bien qu’elle se doutait qu’elle s’en ficherait pas mal. Mais il fallait que le plus de monde possible sachent, au cas où…

Quand sa famille fut avertie, elle eut droit à une vague d’inquiétude. Sa mère ayant même appelé la police qui lui répondit qu’ils ne pouvaient rien faire, c’était à leur fille de le signaler. Marlène et Swan furent, eux aussi, inquiets de la tournure que cela prenait.

Mais c’est en parlant à sa patronne que la chose prit une tournure surprenante.

« – Attendez Eva ! Quoi ?

  • Je suis… harcelée par une personne.
  • Oui, ça j’ai compris, mais il ressemble à quoi cet homme ?
  • Je ne sais pas si c’est un homme.
  • Mais il ressemble à quoi ?
  • Il porte toujours un trench-coat, un chapeau et des bottes de ville.
  • C’est pas possible !
  • Madame ?
  • Mais non !
  • Vous avez un problème madame ?
  • Eva dite moi… cet homme… il vous a contacter ? Il vous a donné de l’argent pour votre carrière ?
  • Oui comme je vous l’ai dit…
  • Non ! Non ! Je refuse que… n’acceptez jamais son invitation ni son argent !
  • Mais vous le connaissez ?
  • Oh oui je le connais ! Et je refuse. Oui je refuse que vous vous mettiez en contact avec lui !
  • Je n’ai jamais parlé avec lui… mais qui est-ce madame ?
  • Vous n’avez pas besoin de le savoir, ne le contactez pas c’est tout ce que je vous… consei… je vous l’interdît !
  • Mais… dites-moi moi ce que tout cela signifie !
  • Écoutez, ignorez-le.
  • C’est ce…
  • Écoutez, j’ai… un changement d’agenda, je dois… aller… faire quelque chose. Rentrez chez vous et surtout restez-y… enfin je veux dire n’y allait pas… enfin. Allez, du balai laissez-moi. Vous êtes en repos aujourd’hui.
  • Mais…
  • Pas de question, allez ! »

Eva rentra chez elle, jetant des coups d’oeil à chaque coin de rue, à chaque fenêtre. En rentrant chez elle, elle découvrit une nouvelle enveloppe. Non timbrée, sans adresse. Elle hésita à l’ouvrir mais quelque chose la poussa à satisfaire sa curiosité, surtout depuis que sa tyrannique patronne semblait connaître cette inconnu.

En plus d’une autre coupure de billets, la jeune femme sortie une lettre de l’enveloppe.

« Ma chère Eva ;

Votre tour est venu de prendre la relève ! Je vous invite à me rejoindre au 75 street Corner vers 21 h. Entrez dans le vieux pub appelé « Le Trèfle », demandez au barman un « cocktail de jus de citron vert bien épicé ». Il vous demandera de le suivre. Suivez-le sans crainte. Il vous mènera jusqu’à moi. Là, vous aurait les réponses à vos questions.

Je comprends que vous ayez peur. Je ne peux que vous rassurer et vous dire que tout se passera bien. Je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je pense vous aider pour votre carrière et votre futur.

Venez seule surtout.

Je vous offre une opportunité. Nous aurons amplement l’occasion d’en discuter.

Ayez confiance et n’écoutez pas votre patronne, Madame Wintord. Je ne vous veux aucun mal.

Sincèrement.

Votre ‘predateur’. »

Eva posa la lettre après l’avoir relue trois fois.

Étonnamment, elle n’avait plus peur, en faite, elle l’aurait été si sa patronne n’avait pas été si alarmé par cette situation. Jamais elle ne l’avait vue si angoissée, stressée, à deux doigts de perdre contrôle. Venant d’une femme qui depuis trois ans n’avait jamais exprimée autant de peur qu’aujourd’hui, quelque chose en elle l’a poussé à avoir le fin mot de cette histoire.

Elle attendit seule 20h30. L’attente avait été presque insupportable, la jeune femme n’avait prévenu personne.

La jeune femme s’habilla confortablement, pas de talons, pas de robe. Parce qu’il lui faudrait peut-être être à l’aise en cas de pépin et pouvoir détaler rapidement.

Elle fit le chemin à pied, la nuit était tombée. Les rues restaient animées. Les gens faisaient la fête ou flânaient. Eva était, dans ses ruelles, la seule personne pressée.

Elle trouva le pub du « Trèfle », un petit bar dont l’entrée était sous la chaussée de la route, chose habituelle dans cette grande, vielle, mais moderne ville.

La jeune femme entra et se sentie dépaysée par le décor, très champêtre, typiquement irlandais, du pub.

Les quelques clients la regardèrent puis se détournèrent vivement. Eva se dirigea vers le barman, petit homme enrobé, les cheveux clairs, des yeux bleus perçants et fatigués, qui l’accueillit en lui demandant ce qu’elle désirait.

Eva paniqua quelque seconde, ne se rappelant plus ce qu’elle devait lui dire. Elle balbutia quelques mots avant de se ressaisir.

« Je voudrais un cocktail de citron vert bien épicé. »

À ces mots, le barman la regarda droit dans les yeux, la surprise s’afficha sur son visage le temps d’une seconde, puis, posant son torchon, il lui demanda à voix basse de le suivre.

L’irlandais l’emmena dans ce qui semblait être une terrasse, ils la traversèrent pour descendre un escalier. Arrivé devant une porte en bois massif, le barman sortit son trousseau et ouvrit la porte qui grinça bruyamment.

« – Veuillez entrer. »

Eva hésita, mais devant le regard sévère de l’irlandais, elle se sentit gênée de le déranger et de le faire attendre. Elle passa le seuil de la porte qui se referma violemment derrière elle, la serrure faisant retentir sa sinistre musique. Pas de retour possible.

Plongé dans les ténèbres, la lumière s’alluma brusquement. Eva vit où elle se trouvait, comme un immense parking souterrain dont on ne voyait pas la fin. Les murs étaient peints d’un gris métallisé et propres. La modernité détonnait comparée au pub très rustique.

Des immenses pilonnes en deux rangées, espacés régulièrement occupaient l’espace. Et une chaise avec une personne assise en plein milieu.

« – Donc tu es venue ! »

La voix raisonnée, c’était celle d’un homme.

« – Avance ma chère Eva avance. N’aie pas peur. C’est normal de l’être, mais ai confiance ! »

La voix était douce, aucune méchanceté ne semblait s’y loger, dans le ton et la manière de parler de l’homme.

Eva s’approcha lentement.

« – Je doutais que tu viendrais, vraiment. Mais je suis heureux. Cela me réconforte. J’ai encore fait le bon choix.

  • Quel bon choix ?
  • Approches ! On ne va pas se parler à dix mètres l’un de l’autre. Je te dois des explications. »

Eva accéléra le pas pour se retrouver enfin en face de l’homme, car enfin, elle eu la réponse à une de ses questions, c’était un homme, assez âgé d’ailleurs. Toujours habillé pareil. Il lui tendit la main.

« – Enfin, laisse-moi me présenter. Arthur Rockdweller.

  • Arthur Rock…
  • As-tu entendu parler de moi ?
  • Vous êtes le milliardaire qui possède…
  • Oui, enfin je ne suis pas qu’un milliardaire. Je suis heureux que tu connaisses mon nom !
  • Peu de personne dans cette ville ne vous connaît pas.
  • Sûrement… sûrement. À ma chère Eva ! Enfin ! Le temps est venu…
  • Que me voulez-vous à la fin ? Je commence à être… fatiguée de toute cette histoire.
  • Assieds-toi si tu le désires.
  • Non…
  • Si tu as envie pendant que je te parle n’hésite pas.
  • Ok…
  • Je vais mettre un terme à tout cela. Commençons par le commencement !
  • Ça serait… logique…
  • J’aime votre caractère !
  • Merci… je présume.
  • Votre patronne. Anna Windtord vous a-t-elle parlée de moi ?
  • Elle m’a dit de ne pas me…
  • Oui, elle t’a ordonné de ne jamais me rencontrer. Je le sais, je m’en doute. Aimes-tu ta patronne Eva ?
  • Évidemment…
  • Mensonge ! Elle est tyrannique !
  • Oui…
  • Je ne pensais pas qu’elle finirait comme ça quand elle était à ta place…
  • Comment ?
  • Nous en venons au dénouement. Vois-tu, Anna était comme toi, passionnée de mode, intelligente, travailleuse, douée. Je l’ai invité ici, au même endroit, il y a de ça environ 30 ans. J’étais déjà milliardaire, je contrôlais, et contrôle encore d’ailleurs, presque tous les journaux de la ville, j’avais et je possède encore les lieux mondains, fréquentés par tout le gratin huppé de cette ville et même du monde. Bars, restaurants, buildings d’affaires en tout genre, concessionnaire, magasins de luxe et tutti quanti. Mais pour ces derniers, il me manquait quelqu’un de confiance qui m’aiderait à m’installer durablement dans le milieu, me donnant de la crédibilité, que je pourrais… contrôler, sans jamais entraver le talent. Il y a de cela plusieurs décennies, j’ai jeté mon dévolu sur Anna. J’ai testé sa patience et sa personnalité tout comme je l’ai fait pour vous. J’aime m’engager personnellement envers les personnes que je recrute. Elle a tenu deux semaines. Deux semaines où je l’ai suivis partout jusqu’à ce qu’elle appelle la police. Évidemment, j’ai quelques contacts avec eux et je n’eus jamais de problème. J’aime m’amuser, j’ai trouvé qu’être suivie pendant deux semaines avant de craquer était un signe de… courage, d’abnégation, de compréhension. Je l’ai invité, ici même, il y a trente ans pour lui proposer l’argent et les locaux nécessaires pour devenir la prochaine grande créatrice de mode. Elle a acceptée. Tout s’est déroulé comme je le souhaitais jusqu’à ces dernières années. Je dirais il y a dix ans. Elle a pris beaucoup trop de liberté à mon goût, se comportant ignominieusement avec ses subalternes, imbue d’elle-même, s’amusant à torturer ses employés. Elle est devenue mutli-millionaire et pensait que le monde était à elle. Elle a oublié qui lui avait mis le pied à l’étrier. Qui l’avait aidé à commencer. Moi ! Je ne demandais rien à Eva, juste qu’elle continue à faire ce qu’elle sait faire de mieux, et de garder la tête froide, rester concentrée et passionnée. J’ai… plus ou moins attachés mon nom à son succès dans les soirées mondaines et très privées de mon cercle. Sauf que son comportement me fait honte maintenant. Depuis plus de dix ans, je cherchais quelqu’un de sa trempe pour la remplacer… disons… la concurrencer. Et je t’ai trouvé toi. Évidemment, elle avait flairé ton talent, pire, elle a essayé de te dompter, de te manipuler, de gâcher ton temps, de t’humilier. Mais j’ai décidé de te tester. Tu es resté beaucoup plus longtemps à me laisser te suivre. Pas de police non, mais un barista a essayé de me régler mon compte. Je ne t’en veux pas, c’étaient les règles du jeu. Et… vraiment… tu es une femme que j’admire. Comme Anna avait pu l’être et même mieux. Voici donc pourquoi tu es là. Je te propose autant d’argent que tu as besoin, des locaux et je veux que tu construises ton empire. Bien sûr, comme Anna, tu le dirigeras comme tu le voudras mais en tâchant de garder un comportement irréprochable. Ne gâche pas ton talent et ton travail à faire le mal autour de toi. Restes dignes et humbles. Donc… je te le propose maintenant. Veux-tu de mon argent, de mon influence, pour lancer ta carrière ? Je ne te demanderai strictement rien, excepté de faire aussi bien que tu le peux, de dépasser la maison de création d’Anna, et de demeurer digne. Et de ne pas oublier que… d’une manière ou d’une autre, nous serons liés, chaque chose que tu feras affectera ma réputation. Et vice-versa évidemment. Acceptes-tu ? »

Eva, abasourdie par ce long monologue, ne put trouver les mots pour répondre.

« – Tu peux réfléchir quelque minutes si tu le désires…

  • Je pense que je devrais réfléchir quelque jours…
  • Quelques jours Eva ? Vraiment ? Nous n’avons pas le temps, le temps sera la ressource la plus importante pour toi.
  • J’ai l’impression de…
  • Signer un pacte avec le diable ? Je m’en doutais. Écoute, tu n’as rien à signer. Si tu voulais un jour commencer ta propre maison de création, tu aurais à signer avec une banque, qui eux… ne te louperaient pas. Je te propose l’argent, l’influence, et aucune contrepartie sauf de mettre tout ton talent à profit de ta maison.
  • C’est… une caméra cachée ?
  • Vraiment ? Tu crois que je n’ai que cela à faire ?
  • Non mais c’est tellement… hallucinant.
  • Cette ville est hallucinante ! C’est la faute à cette ville ! »

Anna ferma les yeux et pensa à ce que sa mère lui dirait, écouter son instinct. Et son instinct lui disait qu’il fallait saisir cette opportunité. Jamais plus elle n’en aurait une autre comme celle-ci.

« – Oui…

  • Oui quoi ? Eva ça veux dire que tu es d’accord ?
  • Allons-y !
  • C’est ça ! Exactement ce que je désirais entendre ! »

À ce moment, Eva sentit sa vie changer. Elle serra la main de son bienfaiteur puis une personne arriva, sa secrétaire, puis un homme, son attaché de presse et une jeune femme aussi jeune qu’elle, son assistante. Elle sortit par une porte différente de celle par où elle était entrée. Une limousine l’attendait qui l’amena au pieds d’un gratte-ciel. Après être passée par des couloirs et un ascenseur, elle découvrit un espace immense organisé en bureaux, salle de réunions et tous les outils pour mener à bien une maison de création de mode.

Elle avait l’impression de connaître ces lieux avant de découvrir que ses locaux étaient situés en face de la maison de création d’Anna.

« – La folie de cette ville et de son argent… Potentia, Quinta… non… Domina. Agnès… notre maison, notre marque s’appellera : Domina. »

Jaskiers

On m’a offert une machine à écrire pour mes 28 ans

Enfin ! J’ai une machine écrire !

Diantre ! J’ai 28 ans !

J’aurais aussi aimé une à remonter le temps ! Je n’ai pas vu la vingtaine passée ! Je me souviens encore de la fête que j’avais faite pour mes 20 ans comme ci c’était hier ! Le temps passe vite passé un certain âge, je dirais qu’à partir de 18 ans, les années défilent très vite !

Je me rappelle quand j’étais gamin et que chaque année paraissait durer une plombe. Je ne sais pas pourquoi, mais à partir de mes 18 printemps les années semblent avoir filé sans que je m’en rende compte.

C’est peut-être parce que l’on vieillit, on réalise que l’on est adulte et on panique un peu, essayant de s’accrocher, de ralentir le temps, inexorable et sans pitié qui n’attend personne. La vraie richesse, c’est la santé et le temps. Les deux choses les plus précieuses qui ne peuvent pas s’acheter (ou presque).

En parlant de temps, me voici en possession d’une Olympia datant des années 60 !

Merci à ma sœur et à ma mère d’avoir réalisé un de mes rêves.

C’est fait, j’ai une machine à écrire !

Déjà au milieu de mon bordel !

Elle est beaucoup plus âgée que moi, mais est toujours belle et surtout, elle fonctionne à merveille !

Quelle ironie qu’une vielle machine qui a plus de 60 ans fonctionne encore parfaitement quand l’ordinateur ou le téléphone sur lesquels vous lisez ces lignes seront obsolètes dans quelques années.

C’est quelque chose d’écrire sur une machine ! Vraiment. J’avais déjà parlé de l’Olympia de ma grand-mère qui ne pouvait pas aligner les majuscules, mais qui fonctionnait quand même après être resté plus de 40 ans dans une armoire.

Voici mon Olympia, une « De Luxe » s’il vous plaît !

J’ai déballé ce cadeau devant ma sœur et ma mère (et Roméo aussi, mais il ne semble pas vraiment fan d’une si bruyante chose).

Elle m’a été offerte, merci maman et merci soeurette, avec sa housse de transport. L’occasion de parler avec ma petite sœur de la vielle époque où les gens devaient se trimbaler avec cette lourde machine jusqu’au travail.

On se plaint beaucoup que la vie ne soit pas facile. Mais ce simple fait que nos grands-parents devaient se coltiner des trajets avec une machine à écrire remet les choses en perspectives.

Qu’est-ce que nous nous plaignions ! On est français après tout, un sport national ! Mais vraiment, oui, la vie est foutrement difficile, rien n’est simple, mais comparé à nos aïeux ? Les avez-vous entendus se plaindre que la vie était dure ? Pas moi ! Jamais ! Et j’ai eu la chance de connaître mon arrière-grand-mère qui, morte à presque 106, avait vécu les deux guerres mondiales (et qui a eu la visite de la gestapo à cause des activités de résistant de mon arrière-grand-père) et a élevée quatre enfants sans aides sociales. Jamais elle ne s’est plainte de la vie. Enfin si… elle disait qu’à 100 ans, elle commençait à trouver le temps long.

Revenons à nos moutons !

Saviez-vous que ma petite sœur, qui approche de sa vingtaine, ne savait pas qu’il fallait des feuilles pour utiliser une machine à écrire ?!

Quelle génération !

Mais je sais que tu lis cet article. T’es chiante mais tu es la meilleure.

C’était tellement agréable de pouvoir écrire parfaitement (avec mes fameuses fautes d’orthographe) sur le clavier d’une machine à écrire qui retranscrit parfaitement les mots sur la feuille !

Je découvre aussi que cela sera un apprentissage de maîtriser la bête !

Comment faire des paragraphes ? Parfaitement revenir à la ligne, bien organiser l’espace sur la feuille etc… Je trouve petit à petit mes marques et le fonctionnement mystérieux de cette machine. Une relation de musicien à son instrument se créait. Je commence avoir le même attachement à celle-ci qu’avec ma guitare sèche qui malheureusement est loin de moi. Je rêve souvent que je joue de la guitare, mais électrique. Ah ! Ce vieux rêve d’être RockStar ! C’était Jim Morrison, je crois, qui disait qu’à 27 ans, on été déjà trop vieux pour être une rock star. Ou peut-être était-ce Kurt Cobain qui a dit cela.

En tout cas, je trouve que ce sera un outil de plus pour me pousser à écrire, me déchaîner. Personne ne lira ce que j’écris avec, ce sera peut-être l’outil d’un « stream of consciousness » sauvage et sans fin.

Je vois cette machine comme une sorte de défouloir, extérioriser encore plus que dans mon journal.

Mais rien n’est sûr et s’est peut-être cela qui rend la chose encore plus intéressante.

Je vois des projets, pas grand-chose pour l’instant, pour le blog. La machine à écrire, c’est le futur !

D’ailleurs, dans quelque temps, le blog prendra un tournant temporaire. Sacrément casse-gueule.

Et je deviens tout doucement vieux.

Merci maman et à toi, petite sœur casses-bonbons !

Jaskiers