Dante’s Dusty Roads – Chapitre 15

Springsteen avait disparu dans le rétroviseur de Dante, Bruce, se mit à chanter.

Désolé Bruce, mais entre toi et moi, je crois que c’est fini.

Il éteignit la musique et suivit les panneaux indiquant Alva jusqu’à y arriver, après deux heures de route à une vitesse excessive.

Faire le plein de bouffe, prendre un Starbucks, fumer une clope tranquillement, si la Providence le lui permettait, et repartir en direction de Buffalo, dernière étape avant d’arriver à son ranch de Forgan. Eldorado qui lui semblait encore tellement loin, bien qu’il soit tellement près.

Alva ! Sois bienfaisante pitié ! implora l’écrivain tout haut dans l’habitacle de sa voiture. Alva sonnait pour lui comme le nom d’une déesse mineure, peut-être une néréide, de la mythologie grecque. Mais il était forcé d’admettre que la ville ne ressemblait pas à celle d’une déesse. En tout cas pas à celle d’une déesse bienveillante. Elle semblait vide, sans charme, ressemblant à tant d’autre petites villes perdues qu’il avait traversé jusqu’ici.

Il passa au drive d’un MacDonald et commanda un hamburger, des frites et un coca. Personne, pas de queue, la commande arriva rapidement.

Que Dieu bénisse l’Amérique et sa création la plus exportée, le fast food.

L’auteur se gara sur un parking, occupé par une dizaine de voitures, d’un magasin de bricolage. Au moins, si quelque chose lui arrivait, il y aurait des témoins. Des témoins ou des bourreaux potentiels…

Il dévora son Big Mac, la faim l’avait tenaillé pendant des heures sans qu’il ne s’en soit rendu compte. Les frites furent avalées aussi vite et le grand Coca-Cola expédié. Il lui fallait maintenant se trouver un starbucks, le fast-food du café.

Il ne tarda pas à trouver son bonheur, à 1 mile, peut-être moins, du MacDonald.

Que Dieu bénisse l’Amérique et le capitalisme à outrance ! Travaillez dur, soyez riches et payez vos impôts !

Il dut sortir de sa voiture pour aller commander. Il ne risquerait pas de trouver des personnes louches dans un starbucks. C’était habituellement le repaire de jeunes hommes et femmes, souvent sur leurs Macbooks hors de prix, en train d’essayer d’écrire le prochain succès d’Hollywood ou le roman, genre « Young Adult », qui les rendraient riche. En tout cas, c’était ce qu’on pouvait trouver dans un starbucks new-yorkais.

Par chance, encore, le starbuck était vide, aucun client. Dans sa surprise, il crut même qu’il était en fait fermé, qu’il était entré par effraction et que les flics allaient lui tomber sur le dos. Mais une barista penchée sur son téléphone redressa la tête et lui demanda, d’un air nonchalant, ce qu’il désirait.

« – Un Frappucino.

– Ah désolé mais nous n’en avons plus.

– Ah…

– Non je plaisante va pour un frappucino, quelque chose d’autre avec ?

– Oui, en fait, je vais en prendre deux.

– Ah ! Un pour votre dame aussi !

– Non, tout pour moi.

– Votre tête me dit quelque chose.

– Et qu’est-ce qu’elle vous dit ?

– Vous êtes l’auteur, Dante Rand !

– Exactement.

– Un auteur dans un Starbuck au milieu de nul part…

– Observatrice à ce que je vois…

– Sacrément cool votre bouquin au fait !

– Merci.

– J’l’ai pas lu.

– Ah…

– Mais j’ai vu sur Twitter que les gens aimaient bien.

– Twitter ? super !

– Paraît que vous avez vendu les droits à Hollywood pour un sacré tas de pognon.

– La rumeur court mais personne ne la rattrape.

– Vous êtes vraiment perché, un vrai écrivain.

– Je prends ça pour un compliment.

– Avec tout ce succès, vous devez bien avoir trouvé une femme ?

– Non.

– Un bel homme comme vous, talentueux et riche, qui est célibataire !

– Je suis peut-être l’exception qui confirme la règle.

– Moi, je me porte candidate.

– Ah… c’est gentil. »

La jeune femme prépara les cafés, ses yeux semblaient à la recherche de quelque chose.

« – Vous m’offririez bien un café ?

– Pardon ?

– J’avoue, je peux en boire un à l’œil, faut juste pas que mon manager me grille, mais il est en train de s’envoyer de la meth quelque part au fond d’la réserve en ce moment. Enfin, s’il fait comme d’habitude.

– Désolé mademoiselle, je dois y aller. Combien je vous dois ?

– Vraiment ? Et où allez-vous pour être si pressé ?

– Dans un endroit tenu secret.

– Ah ! Secret d’écrivain ?

– Exactement !

– Bon, eh bien, voici pour vous !

– Je paie par carte s’il vous plaît.

– Bien sûr. Allez-y. »

Rand sorti sa carte, l’apposa sur lecteur. Un message d’erreur s’afficha.

« – Oh, c’est sûrement le lecteur qui bug, je vous l’remets.


– Merci. »

Tom frotta sa carte bleue avec sa chemise blanche, juste au cas où, et reposa sa carte sur le lecteur, qui afficha toujours le même message d’erreur.

« – Hey bien ! Vous êtes déjà à sec ? Où avez-vous dépensé tout cet argent ?


– Je comprends pas, je vais essayer avec le code.


– Naturellement. Rentrez bien fort votre carte dans le lecteur. »

Rand souffla sur sa carte, l’essuya encore, espérant qu’il n’ait pas un problème avec sa banque.

Il remit la carte, fit son code. Le lecteur marqua que son paiement avait été accepté.

« – Oh ! Quel dommage !

– Ah c’est plutôt une bonne nouvelle pour moi !

– Sinon, je vous aurai bien fait payer en nature.

– J’ai pas de liquide sur moi.

– Je ne parlai pas de ce genre de nature, si vous voyez ce que je veux dire… »

Un long silence pesant s’imposa. Rand prit ses cafés, lâcha un ‘au revoir’ précipité et se hâta rapidement vers la sortie.

Jaskiers

Jusqu’à l’os

L’histoire de son automutilation commença comme beaucoup d’autres. Au collège, avec ses amies. Avec la pointe du compas, ou avec une paire de ciseaux.

C’était devenue une sorte de rite d’entrée dans sa petite bande d’amie. On se scarifiait pour montrer que l’on souffrait, à cause des garçons ou de la famille, des amies et, parfois, pour s’intégrer. Certaines se scarifiaient pour l’attention, faisant semblant de se mutiler discrètement mais ne cachant pas leurs cicatrices. C’était, il faut le dire, un effet de mode. Des séries télés en parlaient. L’héroïne d’une de ces séries se scarifiait et elles faisaient de même, pour l’imiter.

Parfois, un professeur le remarquait et l’une d’elle finissait à l’infirmerie où les parents étaient convoqués d’urgence, et puis, c’était fini.

Si elles continuaient, on les menaçait d’aller les emmener en psychiatrie et cette seule menace arrêtait les moins « sérieuses ».

Quant à Coralie, personne ne se souciait vraiment de ses scarifications. Elle se mutilait plusieurs fois par jour, traînant ses lames sur l’avant-bras, au niveau du biceps, à l’intérieur des cuisses. Son but à elle n’était pas d’attirer l’attention mais de faire sortir son mal-être par le saignement. Chaque goute de sang était un défi aux malheurs. La douleur une échappatoire, la douleur physique peut faire oublier pendant quelque temps la douleur psychique, c’était ce que ressentait la jeune fille. Avec le temps, se mutiler devint même un besoin. Faire sortir le mal par le sang, en quelque sorte, comme au moyen-âge. L’Histoire se répète, inlassablement.

Inlassablement aussi, cette mode de la scarification disparue pour la bande d’amie de Coralie. Mais pour elle, elle continuait.

Ses amies pensèrent qu’elle avait arrêté, mais comme écrit plus haut, Coralie savait mieux faire qu’elles, elle savait cachait ses cicatrices et elle se scarifiait pour une raison, c’était, pour la jeune fille, un échappatoire, un vrai besoin, et pas une mode. Elle avait évidemment commencé pour faire comme les autres, être cool, comme les fumeurs. Et comme les fumeurs, elle devint accro. Les fumeurs deviennent addicts à la nicotine, Coralie, elle, devint accro à la douleur.

Tout addict sait cacher son addiction, ou au moins, fait le maximum d’effort pour s’adonner à leur autodestruction, sans que personne puisse le remarquer.

Coralie ne pouvait pas compter sur ses parents, sur sa mère. sur qui tout le poids des responsabilités était retombé, et encore, c’était quand elle était sobre. Son père la dédaignait, il aurait préféré avoir un garçon. Elle ne pensait pouvoir compter, en aucun cas, sur l’infirmière du collège et, encore moins, sur les professeurs.

Ne comptait que le sang qui coule de son corps, la froide lame qui déchirait la chair et la douleur salvatrice.

Elle réalisa que tant de scarification prenait de la place sur son corps, il fallait soit rouvrir d’ancienne cicatrice, arracher des croutes ou trouver d’autres espaces sur son corps.

Elle se hasardait à trouver d’autres endroits pour s’ouvrir car c’était là la meilleure des sensations qu’une peau, vierge de toute blessure, s’ouvre, fasse mal et saigne.

Le corps a ses recoins, ses endroits qui permettent de se blesser sans attirer l’attention. Elle les avait trouvée et entamait avec parcimonie ses nouvelles zones, pour en garder pour plus tard.

Le temps passa, rapidement, les copines avaient leur premier amour, les vrais, ceux qui brisent le cœur.

Coralie n’en voulait pas de ces relations amoureuses, elle s’éloigna de ses amies, ou peut-être était-ce l’inverse. Vinrent les moqueries, le harcèlement, l’abandon.

Qu’importe, Coralie avait ses lames de rasoir et tout son attirail secret, qu’elle cachait judicieusement un peu partout chez elle, et sur elle, dans les coutures de ses habits ou ses chaussures.

Les deux dernières années de collège s’écoulèrent, dans la douleur. Se faire du mal était devenu la seule manière de se déconnecter de la réalité, du présent, des autres, et même, un peu d’elle-même.

Tout était compliqué. Son corps changeait, ceux des autres aussi. Les garçons s’intéressaient à elle mais Coralie ne voulait pas d’eux. Aucun n’était digne de confiance, pour elle. Trop immature, trop laid, trop beau pour être intéressé par elle, trop étrange, trop curieux, la jeune fille trouvait toujours une excuse pour ne pas répondre aux sollicitations de ces garçons.

Rien ne l’intéressait, à par peut-être le cinéma. Le cinéma, c’était un peu comme durant ses séances de tortures. Le septième art lui permettait de se déconnecter de la réalité, de vivre, par procuration, une autre vie, voyager, apprendre, découvrir d’autres cultures, d’autres langues. S’évader du présent pesant, du passé traumatisant et du futur angoissant. Le cinéma, c’était aussi une mythologie, avec ses acteurs et actrices, ses stars, ses histoires, ses péripéties et ses scandales extra-cinématographique. Les films étaient une sorte d’opium pour elle, et ces histoires de célébrités, un petit plus pour garder encore un peu de l’effet de dépaysement et de déconnexion du monde. Pendant ce temps-là, où le cinéma l’a happé, elle ne se faisait aucun mal. Mais une fois le film finit, une fois sa magie dissipée, elle reprenait ses instruments de torture et œuvrait pour oublier qu’elle était encore coincé dans ce monde qu’elle ne comprenait pas, qui ne la comprenait pas et qui semblait ne pas vouloir d’elle.

Plusieurs fois, Coralie eut l’idée d’en finir avec sa très jeune existence. S’ouvrir les veines du bras serait un jeu d’enfant. La douleur, le sang, cela, elle connaissait, rien ne serait plus simple.

Mais elle avait cette petite voix au fond d’elle, celle qui s’accroche à la vie, l’instinct de survie diront certains, qui lui promettait un avenir plus radieux. Cet espoir que tout peut changer, s’arranger, que la vie réserve parfois de grande et belle surprise, l’empêchaient de commettre cet acte. Ça et la possibilité de se rater. Car cela amènerait à tellement de chose qu’elle ne désirait pas, notamment l’attention, la pitié, la guérison. Cela créerait un séisme dans son existence somme toute bien rangée. Elle contrôlait tout ce qu’elle pouvait, et surtout, son corps. Elle ne voulait pas qu’on lui enleva la scarification. L’adolescente ne voulait pas et avait peur de guérir. Car après tout, guérir, c’était souffrir, encore, mentalement, pour y arriver.

Elle faisait couler son sang, elle trouvait les outils parfait pour se couper, certaines parties du corps demandaient différentes manières, différentes lames pour s’ouvrir et saigner correctement.

Coralie découvrit qu’elle pouvait gratter, empirer bien plus une plaie, l’élargir pour faire couler ce sang qui personnifiait désormais, dans sa psyché, le mal. Cette douleur physique intense prenait tout à l’instant présent, elle ne laissait pas le temps de réfléchir et de se morfondre, de trop penser. La douleur enflammait sa blessure, son cerveau, ses nerfs, rien ne comptait plus que le moment où la douleur était presque insupportable.

Avant son entrée au lycée, l’adolescente décida de se concentrer sur une seule plaie, y aller à fond, voir jusqu’où elle pourrait supporter de s’infliger un tel traitement. Voir jusqu’où pouvait aller sa volonté.

Ayant deux mois pour elle, la jeune fille s’attaqua à sa cuisse droite, la blessure aurait le temps de cicatriser. Et de toute façon, elle ne portait jamais de jupe, encore moins de short.

Avec son ciseau, elle commença à faire une entaille sur la largeur, au milieu de la cuisse.

La douleur était intense, maintenant Coralie pouvait se permettre de s’infliger une souffrance plus grande que celle donnée par les petites entailles.

Le sang coulait abondamment, quand elle attaqua la blessure à vif, l’intensité de la peine se décupla. L’adolescente faillit s’évanouir, pour ce premier jour, elle se contenta de la large entaille, toute la journée, elle veilla à ne pas laisser la plaie commencer la cicatrisation.

Le deuxième jour, la douleur était encore intense mais Coralie avait reprise des forces grâce à une bonne nuit de sommeil.

Cette fois, elle enfonça encore plus profondément la lame du ciseau, une fois à l’intérieur, la vive douleur donna à Coralie une grande satisfaction. Tout son corps brûlait, les petites entailles, c’étaient finit pour elle, place aux grandes, aux plus douloureuses peines que fournissaient les grandes balafres.

La lame de ciseaux bien rentrée dans la chair, elle l’a tourna, faisant un mouvement latéral pour agrandir la totalité de la plaie. L’opération fut longue, la douleur et la libération qu’elle lui procurait la forçaient à prendre une pause tout en laissant la lame plantée.

Le sang coulait, le mal-être avec. C’était une sorte de découverte d’elle-même, plus qu’une simple scarification, c’était un défi, elle qui pensait n’être bonne à rien, c’était se prouver qu’elle était bonne à faire une chose, se faire du mal. C’était aussi un moyen de contrôle, elle qui se sentait confuse, victime de la vie qui lui imposait de grandir. L’adolescente plaçait toute son anxiété dans la douleur. La douleur était devenue la personnification de son anxiété, le sang la preuve que la peine infligée permettait à ses peines de s’évacuer de son corps qui changeait trop vite.

Le troisième jour, le contour de la plaie était devenue mauve, voir légèrement noir. Marcher faisait mal, le tissu de son pantalon, qui frôtait la blessure, provoquait une sensation de brûlure intense.

Ils n’y avaient plus de retour en arrière. Coralie était allée si loin dans la scarification que les petites entailles ne suffiraient plus jamais à satisfaire et à amenuiser sa peine.

S’armant de courage autant que de sa paire de ciseaux, elle serra les dents pour rentrer encore une fois la lame, pour l’enfoncer encore plus profondément.

Les éclairs de douleur la firent, encore une fois, presque tourner de l’œil, mais elle s’accrocha. C’était une libération comme jamais Coralie n’en avait connu avant. Là, ce n’était plus du petit lait, ce n’étaient plus les petites blessures que s’infligeaient ses anciennes amies, elle était passée à un stade supérieur. Pour une fois, pensait-elle, je suis capable de faire quelque chose mieux que les autres.

Serrant toujours la mâchoire, elle fit pivoter la lame pour l’a faire ressortir. Le geste fût horriblement pénible. Elle s’arrêta un peu pour reprendre son souffle et apprécier la douleur aiguë. D’un coup vif, sec, et rapide la lame ressortit. Coralie s’allongea et cria de douleur. Le sang recouvrait maintenant toute sa cuisse. Le muscle avait été entamé.

Coralie ressortit épuisée de cette séance. Elle s’allongea dans son lit et réussit à s’endormir, la douleur agissait comme une berceuse, une présence qui lui donnait l’impression d’être en sécurité.

Elle ne se réveilla pas dans son lit mais dans une chambre d’hôpital. Branchée à des machines qui émettaient à intervalles réguliers des petits bruits sonores. Allongée dans des draps blancs immaculés, la chambre entière était en faite de cette couleur, exempté les meubles d’un rose pâle. Elle était à l’hôpital.

Son premier réflexe fut de regarder sa blessure à la cuisse, elle lui faisait mal. La jeune fille fit glisser doucement les draps sur le côté et vit qu’il n’y avait plus de balafre car il n’y avait tout simplement plus de jambe.

Confuse, elle se sentit s’évanouir, les machines émirent avec plus de régularité leurs sons inquiétants. Coralie ne les entendait plus que vaguement, comme si elle était sous l’eau, sa vision tanguait, elle ferma les yeux.

La porte de la chambre s’ouvrît sur une jeune femme qui se précipitait vers elle.

« – Tu es réveillée ? Comment te sens-tu ?

  • Où suis-je ? Pourquoi j’ai plus de jambe droite ? J’ai soif !
  • Tu es à l’hôpital, tu auras à boire quand j’aurai l’autorisation du docteur. Tu ne sais pas pourquoi tu es là ? Tu ne te rappelle rien ?
  • Non… je me rappelle que je me suis allongée dans mon lit pour faire une sieste, c’est tout.
  • Tu te souviens de ce que tu as fait avant ?
  • Ma blessure à la cuisse ?
  • Oui.
  • Oui, je m’en souviens.
  • C’était de… la scarification, de la mutilation.
  • Oui.
  • Tu ne te rappelles pas t’être réveillée ?
  • Je ne me rappelle rien ! Je m’allonge pour faire une sieste et me retrouve à l’hôpital avec une jambe en moins ! Dites-moi ce qu’il s’est passé merde !
  • Du calme… pour faire court, ta blessure s’est infectée rapidement. Tu as eu une très grosse fièvre, des délires. Tes parents n’ont pas comprit tout de suite que c’était dû à ta blessure mais pensaient juste que tu avais une bonne grippe. Ils t’ont traité à coup de Doliprane pendant deux jours. Tu ne mangeais plus et délirais de plus en plus. Ton père t’a frappé, tu lui as rendu les coups malgré ta faiblesse. Pour te punir, ils t’ont laissé sans soins pendant une journée encore. Ton état avait atteint un stade critique. Tu ne délirais plus, tu passais ton temps à crier. Les voisins se sont demandés ce qu’il se passait et ont appelé la police. Bien évidemment, tes parents les ont bernés en disant que tu étais sortis. Puis, ils t’ont forcé à te lever et ont enfin découvert ta blessure. Ton père t’a remise au lit mais l’état de ta jambe était critique. De peur d’avoir des problèmes avec les organismes sociaux, ils ont essayé de te soigner eux même. Ce qui n’a fait qu’empirer ton état. Tu es tombé dans une sorte de coma. Tes parents se sont violemment disputés, les voisins ont encore une fois appelés la police. Cette fois, ils demandèrent à te voir. Ils ont forcé le passage de ta chambre et t’ont retrouvé dans un état lamentable, inconsciente. Les pompiers sont arrivés, puis, quand tu es arrivée aux urgences, le médecin urgentiste a décidé que ta jambe était perdue et que l’infection pouvait se propager rapidement dans le reste de ton corps. Il a décidé d’amputer. Cela fait trois jours que tu étais dans un coma semi-artificiel. Cela nous amène à aujourd’hui.
  • Je sens encore ma jambe !
  • Cela s’appelle des douleurs fantômes. C’est très gênant mais cela se guérit avec une thérapie.
  • Des douleurs fantômes ?
  • Oui. Comme je te dis, une thérapie spéciale psychologique et physique te sera prescrite après t’être remise et reposée. Nous avons toute une équipe pour t’aider. Et tes parents, eux, ils sont dans un sacré pétrin tu peux me croire.
  • Tant mieux. Douleur fantôme…douleur, douleur. Tant que j’ai encore la douleur, j’irais bien. »

Jaskiers

Rencontre osée

Fiction

Nous étions deux dans l’appartement. J’avais cette colocataire plutôt gentille, qui payait son dû, faisait sa partie de corvée en temps voulu. Ce n’était pas une amie, juste une connaissance.

Un jeune homme et une jeune femme partageant un appartement, ça donnait à jaser dans notre entourage. Je n’étais en aucun cas attiré par elle, et et elle pas plus attirée par ma petite personne. Nous ne partagions pas grand chose en commun.

Heureusement, l’appartement était assez grand, une partie a moi, une partie à elle. Nos chambres étaient à l’opposées l’une de l’autre.

Ma coloc’ était une gentille fille comme je l’ai écris au début. La seule règle qu’elle m’imposait, c’était de ne jamais couché avec l’une de ses amies et que, si je ramenais une fille, de faire en sorte que ce soit discret et qu’elle ne l’a croise pas dans l’appartement. En aucun cas cette fille n’avait le droit de rester plus d’une nuit, de déjeuner ou de rester plus longtemps dans l’appartement.

Ça peut sembler extrême, mais je n’étais pas un Don Juan, amener une fille à l’appartement était chose rare, à par si c’était pour les études.

J’avouerais en avoir reçus une dans la journée pendant que ma colocataire travaillait. Elle n’en a jamais rien sut et de toute façon, j’avais respecté les règles, elle n’était pas restée une plombe et était repartie tout de suite après que nous ayons « révisés ».

Un jour où j’étais sur mon ordinateur portable dans la salle à manger, installé confortablement dans mon fauteuil, fauteuil qui était en faite une chaise de jardin, ma colocataire m’avertit au dernier moment qu’une amie et un copain à elle allaient venir passer le week-end à l’appartement.

Deux poids, deux mesures. Impossible pour moi d’inviter un groupe de pote pour un week-end. Mais je n’ai jamais été quelqu’un qui cherche la confrontation au moindre problème. J’acquiesçait.

« Et puis de toute façon, H. a un mec. »

Ma coloc’ m’avertissait donc que je ne devais en aucun cas tenter quoique ce soit avec son amie H.. Honnêtement, l’idée ne m’avait pas traversée la tête, je m’en fichais plus qu’autre chose. Je lui dit donc que cela ne devait pas l’inquiétait. Évidemment, il ne faut jamais dire « fontaine je ne boirai pas de ton eau ». Évidemment, cette maxime se cristallisa en un supplice de Tantale.

Ma curiosité eut le dessus sur ma timidité maladive, je restais donc sur ma chaise, l’ordinateur portable sur les genoux, je voulais voir cette fille. Ma coloc’ n’invitait presque jamais ses amies et quand elle le faisait, je n’étais pas à l’appartement. Je me suis souvent demandé si elle avait honte de moi.

Elle s’apprêta, s’habilla et se maquilla comme si elle allait sortir en boîte de nuit. Je me suis demandé si elle n’était pas amoureuse du garçon qui allait venir avec sa copine, ou si elle était lesbienne. L’un ou l’autre m’était égal, j’étais juste curieux de découvrir ses amis et ma curiosité malsaine, alimentée d’un certain talent pour remarquer quand quelqu’un avait le béguin pour un autre, me réconforta dans ma position.

Malgré les regards curieux et inquisiteurs qu’elle me lançait, j’étais décidé à rester.

«- Ils vont bientôt arrivés

  • Cool. Vous sortez ?
  • Non on passe juste une soirée entre nous. »

Elle avait appuyé sur le « nous ». J’ai compris le message mais je ne bougeais pas. Pour une fois que je me sentais de rencontrer de nouvelles personnes, je n’allais pas me priver. Même si ce n’était que pour un bonjour de politesse. J’avais d’ailleurs prévus de retourner dans ma chambre après leur venue.

J’entendis le bruit caractéristique de l’ascenseur, les portes coulissantes qui s’ouvrent et la sonnette de la porte.

Ma coloc’ leur ouvrit. Bien sûr, il y eut moult câlins et compliments.

« – Trop belle ! Le parfum c’est du « Chloé » j’en suis sûr !

  • Oui ! »

Je passerai les détails des compliments qui sont maintenants flous dans ma mémoire. Je me rappelle effectivement que ce parfum sentait bon.

« – Et lui c’est ton coloc c’est ça ?

  • Oui, c’est S.
  • Enchanté S. on m’a pas mal parlé de toi !
  • Ah ! Hey bien tout est faux !
  • Non, J. (ma coloc’) nous dit que du bien de toi !
  • C’est vrai ce mensonge ?
  • Tu serais surpris !
  • Ah ! »

Je fis la bise à cette jeune femme que je rencontrais pour la première fois. Autant vous dire que les paroles qui sont sorties de ma bouche n’était pas habituelles, je suis de tendance plutôt… renfermé. Je m’étonnais moi-même de ma capacité à pouvoir parler avec des inconnus sans être alcoolisé ! Et surtout, parler à une fille qui était attirante.

« – Sinon J., tu pourrais faire le présentation quand même !

  • Bah H. je te présente S.. Et lui s’est A., copain d’enfance.
  • Enchanté !
  • Tu passes la soirée avec nous ?
  • Non non, j’ai pas le droit !
  • Comment ça ?
  • Demandes ça à ma colloc’ !
  • T’es sérieuse J. ?
  • Bah je pensais qu’on passerait la soirée entre nous. S. passe la plupart de son temps dans sa chambre…
  • T’es sa colloc ou sa mère ?
  • Parfois elle me punit ! Fessées et tout !
  • Ah ! Mais quelle cachotière cette J. ! »

Je ne savais plus où j’étais vraiment, même vraiment qui j’étais. Cette H. était une très belle fille. De tailler moyenne, des yeux gris, les cheveux châtains tirant sur le sombre, des lèvres pulpeuses comme je n’en avais jamais vu. À croire qu’elles étaient fausses, pas dans le sens mauvais du terme, vraiment, j’avais envie de l’embrasser.

Je serrais d’une bonne poignée de main A., le garçon qui avait accompagné H.. Une tête de premier de la classe, grand, fin, pâle, cheveux gras mi-long et habillé avec des habits qui n’étaient pas assortis. En aucun cas ce type pouvait être le Jules de H.. Je ne me trompais pas, ils étaient colocataire et lui était gay. Je l’appris directement par H., qui n’avait pas sa langue dans sa poche.

J’avais analysé H. rapidement. Je présumais qu’elle était du genre entreprenante, avec les hommes et dans la vie en générale. Hyper sociable, amicale, un peu exubérante, juste assez pour qu’un homme l’a trouve attirante. Enfin pour moi en tout cas.

« – Bon, je pose les bouteille où J. ?

  • Dans ma chambre on va laisser S. tranquille.
  • Sérieux ?
  • Je vais vous laisser entre vous, si y’a besoin je suis sur mon « fauteuil ».
  • Quand même J. on va pas le laisser seul !
  • Ça me dérange pas ! C’était cool de vous avoir rencontrez, amusez vous bien. Et J., si l’un de vous vomit, tu nettoies ! »

Après que H. eut plaidé en ma faveur, voulant que l’on passe la soirée ensemble dans la salle, ce que je désirais vraiment car H. m’attirait comme un aimant, elle finit par céder à J. La Terrible.

« – Bon d’accord, de toute façon S. tu as dis que tu resté là ce soir ?

  • Ici, sur mon ordi, comme un clanpin ! »

En rentrant dans la chambre de ma colocataire, H. continuait à plaider en ma faveur et elle me jeta un regard plein de malice avant que la porte de la chambre ne se referme sur elle.

Encore abasourdie par mon propre comportement, qui était d’habitude de ne pas faire de vague et de limiter mes interactions sociales au maximum quand je suis sobre, je restais les yeux braqué sur mon ordinateur. Je n’avais qu’une envie, être avec H..

J’entendis la musique de J., quelques rires, des cris. Je pensais que j’allais passer ma soirée à me morfondre.

Je m’installa sur le canapé, alluma la télé et ma console de jeux. Il fallait impérativement m’occuper l’esprit et oublier H..

Je ne me rappelle plus vraiment combien de temps j’étais resté sur la console, faisant des pauses après chaque parties de mon jeux pour penser à H.. Au fond de moi, j’étais persuadé qu’elle allait venir me voir, me parler. C’était ce genre de fille qui faisait le premier pas. Le genre de fille dont je peux facilement tomber amoureux. Nous sommes dans une autre époque, je ne comprends pas les gens qui ont cette vieille croyance que les hommes doivent faire impérativement le premier pas. Je trouve que beaucoup de relation, d’histoire d’amour d’un jour ou de toujours ont été gâchées par cette croyance digne du moyen-âge.

Une fille qui fait le premier pas, c’est sexy, c’est courageux et je peux vous dire qu’avec moi cela a marché chaque fois, ou presque. Et mes amis mâles vous direz la même chose si ils le pouvaient.

Mais j’étais sur le canapé, pensif, quand la porte de chambre de ma coloc’ s’ouvrît. Je sentais la fumée de shit monter à mon nez, la musique électronique, et le rire gras de ma coloc.

Je me demandais qui était sortie, quand des mains recouvrirent mon visage.

« – Essaie de jouer sans voir !

  • H. tu va te faire gronder ! »

Je sentis à ce moment-là cette sensation dans le bas du ventre. Je le savais, qu’elle allait venir. Elle était là !

« – Elle va me mettre la fessé ?

  • Sûrement ! Et j’regarderais !
  • Tu me défendrais même pas !
  • Je suis un mauvais garçon !
  • Je préférais que ce soit toi qui me l’as mettes, cette fessé. »

C’est dans ces moments-là je pense, où une femme différencie l’homme du garçon. Le puceau du… pas puceau ?

« – J’ai beaucoup d’expérience en matière de fessé, je suis un mauvais garçon comme je t’ai dis.

  • Je vais vite ramener le jus d’orange à ta mégère et je reviens.
  • La soirée vient à peine de commencer et vous vous êtes déjà enfilée une brique de jus d’orange ?
  • C’est J. !
  • Genre !
  • J’te promet, elle boit comme un trou !
  • On dirait pas pourtant !
  • C’est parfois les plus calmes qui sont les plus fous !
  • Ouai j’ai entendus ça.
  • Et toi t’es calme ?
  • J’étais calme avant que t’arrives.
  • Comment ça ? Je te gêne ?
  • Non mais j’me demandais quand est-ce que H. viendra me libérer de ma solitude forcée.
  • Laisse moi soûler ta gardienne.
  • Et pour A. ?
  • Oh, il vit sa meilleure vie quand il est avec J..
  • Il a une bonne tête de collabo, il va te dénoncer si tu passes trop de temps avec moi.
  • Il est cool t’inquiète. »

Elle prit mon nez entre ses mains, qui elles aussi sentaient bons, je ne saurais dire l’odeur. Je sentis ses lèvres se poser sur mon front, c’était quelque chose. Son baiser raisonna dans la pièce et elle repartit, sa brique de jus d’orange à la main. J’entendis ma coloc gueuler « Ah bah enfin ! ». Et la porte se referma.

J’éteignis la télé et la console, pris un verre d’eau, alluma une cigarette. Mes mains tremblaient. H. allait revenir, j’étais sobre, j’avais envie de lui plaire, qu’elle me trouve cool.

Je dégustais cette cigarette comme un soldat doit déguster la sienne avant de partir en guerre. H allait revenir, je ne voulais pas la décevoir. Il allait falloir tenir une conversation avec une femme, une vraie, et j’étais sobre. Chose nouvelle pour moi.

La porte se rouvrit, mon cerveau passa en mode pilote automatique. La faire rire, apprendre à la connaître, la faire rire, encore.

Ces mains me recouvrirent le visage et elle s’installa à califourchon sur moi. Ses lèvres aux contacts des miennes me firent l’effet d’une bombe dans le bas ventre. Et je me laissa faire.

Jaskiers

Je t’aimerai hier et je t’aimais demain.

Si ce ne fut qu’un moment fugace, entre fumées, vapeurs et relents d’alcool, sous la chape de musique électronique tellement romantique et pleine de sens que j’en ai oublié l’air, ce n’était qu’un moment pour nous deux. Je ne l’ai pas oublié, loin de là.

Lèvres sucrées, langue douce. C’était il y a tellement longtemps mais ce moment revient parfois, dans mes rêves ou en journée. Quand je vois quelque chose de beau ou du bonheur chez les autres, je me rappelle le notre si fugace.

C’est toi après tout qui avais décidée que non. Mais un moment suspendu comme celui la, où tout se tût pour nous… Je ne peux pas être le seul à avoir ressenti ça. Toi aussi, j’en suis presque sûr, mais tu m’as répondue que tu ne savais pas.

C’est toujours difficile d’y repenser, autant doux que dur. Qui étais-tu à ce moment ? Et ces deux mots « je t’aime » c’est toi qui me les as dit, pas moi.

Mais après, nous deux, selon toi, c’était impossible. Jamais tu n’a posée de mot, jamais nous n’en avons parler tous les deux à têtes reposées.

Quand nous nous sommes revus la première fois, je t’avais dis que c’était oublié. Non non, tu voulais en discuter, j’ai vu dans tes yeux que tu voulais en parler, mais tes lèvres disaient non.

Je te revois parfois dans d’autres femmes. Jamais elles n’ont ton visage, sculpté dans une pierre de caractère par un artiste aux mains de velours et au burin de fer. Jamais je n’ai revu de visage si beau.

Je suis désolé de ta perte, désolé de n’avoir pas été là pour toi et lui. Tu le sais, il était mon ami, et toi, quelqu’un que je portais au nues.

J’ai été exécrable, insolent, irrespectueux. C’était mes preuves d’amours. Mais il ne me fallait qu’un message de toi, un mot et rien d’autre pour être à tes côtés pour endurer ses derniers moments.

Je n’ai su qu’à la fin que ton frère, mon vieil ami, était parti. Si jeune contre ce crabe de malheur. Après mon paternel, lui. Les gens qui me connaissent meurent seuls, pourquoi ? Il te fallait juste un message. Juste un.

Je n’aurais pas pu le sauver, mais être à ses côtés et avec toi. Rien de plus qu’une épaule sur laquelle tu pouvais pleurer. Je n’aurai rien tenter, si quelque chose serait arrivée, elle serait venue de toi, mais je n’aurais rien attendu. Juste d’être là pour vous m’aurais suffis.

Est-ce les paroles d’un fou que je vais dire là, mais toi et moi, c’était quelque chose de fort non ? C’était la deuxième fois de ma vie que j’étais amoureux, rien ne pourrait remplacer l’intensité de mon premier amour, je lui écrirai d’ailleurs peut-être un jour. Mais toi, c’était quelque chose que je sentais dans mon âme, comme deux vieilles âmes se rencontrant après des années d’exiles et d’épreuves. C’était dans les tripes, un peu, physique oui mais c’était quelque chose d’inexplicable.

Penses-tu encore à moi parfois ? Me détestes-tu ? Es-tu heureuse ?

Jamais tu ne me lira, car nos âmes sont éloignées pour encore un long moment, peut-être se rencontreront-elles dans une autre vie. Peut-être saura-tu ce que tu veux, peut-être serai-je plus gentil.

Si un jour tu lis ces mots, je sais que tu te reconnaîtra. Je ne t’oublie pas. J’ai laissé ton image partir, elle peut revenir au moindre signe de toi.

Le premier mot que j’aurai à te dire serait : désolé.

Jaskiers

À la terrasse

FICTION

C’était notre habitude, après une nuit d’amour, de nous lever et de déjeuner sur sa terrasse.

C’était un moment suspendu, enfin où j’étais suspendu. À ses lèvres. J’aimai l’entendre parler, de ses théories loufoques sur qui a tué telle célébrité ou qui a fait quoi à son travail. Je connaissais ses collègues, leurs histoires et leurs coucheries sans les avoir jamais vus. Ils auraient été surpris de savoir à quel point je connaissais autant de leurs intimes secrets. Elle ne savait pas les garder, ces secrets. Mais pour être honnête envers elle, jamais elle ne faisait de promesse qu’elle savait ne pas pouvoir tenir.

Elle était leur confidente. Et puis aussi leur amante.

C’est pendant une de ses matinées douces où je l’a regardé parler, car parfois l’homme n’écoute qu’avec ses yeux, que j’ai réalisé que j’étais tombé amoureux.

C’était ce piège dans lequel il ne fallait surtout pas tomber. On s’aimait au lit mais nous n’étions que des amis. Rien, rien de plus. C’était une règle que nous avions évoquée à demi-mot après notre première nuit ensemble. Nous ne cherchions pas une relation de couple, nous voulions nous aimer physiquement sans les entraves d’une vie de couple. Et elle ne partageait pas son lit qu’avec moi. D’autres femmes et hommes glissaient dans ce lit pour une nuit. Souvent après des fêtes.

Nous passions nos nuits en pleine semaine. Nos ébats ne se déroulaient pas alcoolisés. Je pensais qu’à cause de cette raison, j’avais obtenu sa préférence, son amour. Peut-être était par ce petit signe, ce petit code à déchiffrer qu’elle voulait me faire passer un message : Peut-être que nous deux, ça pouvait être plus que du sexe.

Je sentais, cette sensation d’être à la fois dans un grand-huit et sur un nuage à chaque fois que nous discutions sur cette terrasse, qui était, je me rappelle, tout le temps légèrement ensoleillée et sur laquelle nous recevions une douce brise matinale. C’était un moment suspendu où j’aimai la regarder parler.

Je regardai ma montre, discrètement. Je n’avais cure de rater le travail ou d’arriver en retard. Je voulais juste faire traîner ces moments. Jusqu’à l’heure de manger ou j’aurais proposé de nous manger un fast-food où une pizza. Je faisais traîner ce moment en relançant la discutions, tout le temps. J’écoutai ces dernières paroles et forçai mon cerveau à sortir une question ou une remarque pour relancer la discussion, engranger du temps. Pour la regarder encore.

Ses expressions, son immense sourire, ses yeux plissés, m’émerveillaient mais la plus belle chose c’était quand elle cherchait une approbation de ma part, avec un petit signe du menton. J’étais tenté d’être tous le temps d’accord avec elle mais je désirais me montrer… fort ? Beaucoup d’hommes et de femmes n’auraient pas hésité à dire amen à tout ses propos. Je ne voulais pas être dans ce moule, je voulais qu’elle me voit différemment. Bien qu’un peu plus âgé que moi, je partageais mes opinions sur des sujets qui parfois me dépassaient. Il me fallait me montrer mature tout en gardant un côté immature, garder ce côté amusant, naïf, qui était, je crois, ce qu’elle cherchait en moi. Avec le sexe, je voulais apporter bien d’autres choses. Trop peut-être.

Un autre jour, une matinée sur la terrasse, pendant que nous buvions notre café, regardant le saule pleureur de la voisine d’en face s’agiter doucement, comme si des petites créatures des bois menaient un rite magique sous ses branches, observant la rosée se dissiper qui faisait luire l’herbe, je décidai de me lancer.

« – Tu sais, c’est bien tout les deux.

  • Oui, on est tranquille comme ça. Ça fais du bien.
  • Ces petits moments suspendus comme ça…
  • Ouais…
  • Toi et moi et puis rien d’autre.
  • T’es triste ?
  • Non au contraire !
  • Ces bizarres, on dirait que t’es mélancolique.
  • Mélancolique ? Nan pas du tous ! Au contraire !
  • T’as l’air… pensif.
  • Je me dis que bientôt, il va falloir que je parte et qu’on reprenne chacun notre vie…
  • Tu veux en venir où ?
  • C’est juste… j’aimerai vivre ça tous les jours. Je me sens bien, j’ai l’impression d’être… combler…
  • Je vois où ça va mener.
  • Je pouvais pas garder ça en moi encore un jour de plus. Je suis bien ici. Avec toi. Tu sais, la vie, les emmerdes. Si je ne t’avais pas… il y a que c’est grâce à toi que… je tiens.
  • C’est mignon. Mais j’ai un peu peur que… tu vois. Tu t’attaches trop.
  • C’est quelque chose de mal ? Que je m’attache ?
  • Tu sais que… c’est pas comme ça que ça marche entre nous.
  • Est-ce que toi aussi, tu aimes être avec moi, j’veux dire, quand tu sais qu’on va être ensembles. Tu vois… parler, rigoler, le lit…
  • C’est pas la même chose. Enfin un peu, mais on sais tous les deux que… tu parles de ce mettre en couple non ?
  • Je veux rien brusquer, je voulais juste voir si un jour, nous deux ça pouvait aller un peu plus loin. On se connaît.
  • Justement, je comprend ce que tu veux dire. On se connaît, on sait bien que tous les deux, on ne veut pas de ces relations sérieuses… on est que des amis… tu vois…
  • Oui exactement. Mais c’est que je me sens tellement en symbiose. Tout à l’air tellement simple quand je sais que tu es là.
  • On peut continuer comme ça, tu as peur que ça s’arrête ?
  • Oui j’ai peur mais je parle que j’aimerai que ces moments… qu’on puisse les avoir plus souvent.
  • C’est compliqué…
  • Je comprends, j’comprends. C’est juste que… voilà. Je veux rien forcer, rien gâcher entre nous deux. C’est comme ça. C’est juste que je te vois et je me dis… ça ressemble au bonheur. Tu vois… ces histoires que je raconterai peut-être un jour, quand on me demandera le moment où j’ai été le plus heureux, je dirais que c’était ce genre de moment.
  • Ça…
  • Te gêne oui j’ai compris. J’aurais dû me taire, profiter de ces moments jusqu’à ce que tu en ai assez et me laisse.
  • C’est pas ce que je voulais dire.
  • Un petit peu, sois honnête, tu ressens pas la même chose.
  • Je ressens la même chose !
  • Non arrête, ça va j’ai compris.
  • Tu sais que ce n’est pas possible.
  • Oui, oui j’le savais mais il fallait que je te le dise. Qu’est-ce que j’attendais en guise de réponse ? Pas moins que ça. J’ai compris.
  • Le couple, c’est pas pour moi. Par pour l’instant du moins.
  • J’ose là question ?
  • Non…
  • Je la pose quand même… »

Elle resta muette. Je n’osai pas la regarder, je posai mes yeux sur le saule pleureur, j’aime cet arbre depuis, son nom, son allure de coupe de cheveux de fan de hard rock. Sous cette tignasses de branches et de feuilles affaissés, il reste fier. « Regardez, oui je ressemble à un Homme dans la défaite, tête basse, mais je suis beau, vous me contemplez. Je fleuris comme n’importe qu’elle autre arbre sauf que ma posture est différente, et c’est cette différence qui fait mon charme, qui fait qu’actuellement, j’attire votre attention. »

Mes yeux braqués sur l’arbre, j’essayais de ne pas me laisser submerger par mes pensées et mes sentiments. Je gardai une oreille tendue, à l’affût du moindre mouvement, je pense que j’aurai pu entendre les battements de ses paupières si je me concentrais suffisamment. Tout mon corps était tendu.

J’attendais quelque chose d’elle, une réponse, un mouvement, quelque chose à décoder. Puis j’ai compris, c’était exactement cela que l’on ne voulait pas entre nous deux. Exiger de l’autre des réponses, des comptes, des engagements. Ce n’était pas plaisant, nous étions deux êtres pour qui la liberté était la chose la plus importante dans notre vie. Pourtant, j’étais prêt à faire un sacrifice conséquent envers ma liberté, tout en pensant que selon ce critère, notre relation serait spéciale, tenant en compte notre besoin d’espace et d’indépendance. C’était un peu ce que nous avions déjà mais pas assez à mon goût.

« – Au final, je veux juste te voir plus. C’est tout.

  • Pour le sexe ?
  • Non, enfin ça compte mais c’est ce que nous faisons avant et après qui compte aussi.
  • Tu es trop jeune.
  • Notre différence d’âge n’est vraiment pas grande.
  • Oui, mais on sent cette naïveté.
  • Naïveté ? Que de vouloir être avec une personne que l’on aime plus souvent ?
  • Non, c’est de croire que quelque chose de sérieux est possible entre nous. »

J’ai senti cette douleur au cœur, cette mauvaise chaleur, l’impression que vous tombez, sans perdre conscience, d’une falaise. L’esprit prend un coup et le corps suit.

« – Bon. Je crois que je vais y aller.

  • Ouai… ouai.
  • Une dernière chose vite fais. J’essaie pas de te convaincre. »

Je l’ai regardé, elle était pensive. Au moins, pensais-je, si elle ne me voulait que pour le sexe, elle ne serait pas si pensive.

« – Tu sais je pense que parfois le bonheur on l’a devant nous mais on ne le réalise pas.

  • Sûrement, sûrement. C’est beau comme phrase. Mais je ne cherche pas le bonheur, du moins j’ai pas besoin de quelqu’un pour être heureuse. »

La messe était dite. J’ai ramassé ce qu’il me restait, pris mes clés de voiture et lui fis une bise, qu’elle me rendit doucement. Je savais que je l’avais perdu, mais qu’aussi, ma proposition et mes mots étaient rentrés dans sa tête.

Je sortis, et je me suis promis de ne pas la contacter le premier, ce serait à elle de le faire. J’ai dévoilé mon jeux, à elle de décider de la suite.

Avant ce jour, il ne se passait pas un jour sans un petit message. Elle sort du boulot, je sort du miens, tomber sur un message d’elle et ma journée n’était plus merdique. C’était comme ouvrir un livre ou continuer une bonne série télé, on reprend là où on s’était arrêtés et on oublies le monde extérieur pour rentrer dans le nôtres.

C’était un samedi matin que tout ceci s’était passés. J’étais nerveux, je pouvais craquer à tout moment et lui envoyer un sms qui ne ferait qu’empirer les choses. Il ne fallait surtout pas que je sois le premier à la contacter, je craignais de passer pour cette personne collante, cet homme qui refuse de lâcher prise.

Ce soir-là, comme presque tout les samedis soirs de cette époque, je m’apprêtais à sortir en boîte de nuit avec ma bande d’amis habituelle. Nous avions rendez-vous pour boire avant notre soirée dans le bistrot de notre village.

J’avais une furieuse envie de me détruire. Je me rappelle être rentré dans le bistrot et d’avoir crié que je payais une tournée générale.

C’était vraiment loin de ma personnalité habituelle et surtout je n’avais pas l’argent pour payer une tournée générale de 30 personnes. Et aucun d’eux n’allaient choisir de l’eau.

Mes amis accueillirent mon entrée avec inquiétude, ils étaient heureux évidemment d’avoir un verre gratuit mais je n’étais pas le genre de personne qui, sobre, rentre dans un bar pour payer une tournée générale.

Je me rappelle avoir dis que ce soir là, je me mettrai la tête a l’envers.

Je me souviens avoir bu beaucoup, beaucoup de Vodka. Et puis ma tête a tournée, j’ai crié que si je faisais un coma éthylique, de ne pas me ranimer.

Ensuite, je me suis réveillé le lendemain matin avec un terrible mal aux cheveux, un étau m’enserrant les tempes, mal aux yeux, l’estomac en vrac. J’ai vomis tous mon soûl à côté de mon lit. Et j’ai dormis, ou essayé, on ne dort pas vraiment pendant qu’on cuve, on transpire et cauchemarde.

Je n’ai jamais reçus de message d’elle, je ne lui ai rien envoyé non plus. Elle a maintenant un enfant, qu’elle élève seule. Est-elle heureuse ? Je n’en sais rien. L’enfant n’est pas de moi, Dieu merci. Je l’ai peut-être perdu, mais j’ai ma liberté, moi.

Au final, j’étais beaucoup trop mal en point pour sortir mon portefeuille et payer ma tournée, mes amis l’ont fait à ma place. Autant piètre ami qu’amant.

Jaskiers

Une histoire vraie personnelle #2 – La fille en robe bleue

Sortez les violons cher(e)s lecteurs et lectrices car voici mon côté nian-nian et romantico-lourdingue !

C’était, si je m’en rappel bien, l’été où le printemps 2018. J’étais invité au baptême d’une de mes petites cousines.

Au début, je ne voulais pas y aller. Les Églises, depuis la mort de mon père et mon frère n’était pas vraiment ma tasse de thé. Je n’avais rien contre Dieu ni l’Eglise mais c’était comme ça. Pour moi, encore aujourd’hui malheureusement, l’église reste un lieu pour les morts, non pour les vivants. Je sais que les pratiquants qui me liront me diront que non, c’est en fait tous le contraire. Mais chacun sa vision des choses Messieurs Dames. Je respecte la vôtre, respectez la mienne.

Je me suis quand même décidé à assister à la cérémonie à l’Eglise puis de rentrer directement chez moi, pas de repas de fête.

Il y avait du monde dans l’Eglise, non pas que ma famille soit nombreuse mais il devait y avoir une messe et peut-être un autre baptême, je n’en sais rien.

Le baptême se déroula… et bien comme un baptême ! J’ai juste été surpris que ma toute petite cousine n’est pas pleuré quand le curée l’a baptisé. À tous les baptêmes auxquels j’ai assisté, le bébé se mettait à pleurer quand il recevait l’onction (c’est bien comme ça qu’on dis non ? La bénédiction ?).

Une fois la cérémonie terminée, je dis au revoir au membres de ma famille et sorti de l’église.

Il y avait du monde devant l’entrée du lieu de culte… Beaucoup.

J’ai l’habitude, dans la foule, de regarder le sol devant moi, de ne pas regarder les gens. Mais par curiosité, j’ai jeté un regard sur la foule et je vis la plus belle femme que j’ai vu de ma vie…

Bon j’ai 26 ans et je pense avoir encore le temps de voir de belles femmes dans la rue, mais se souvenir revient souvent.

Elle était blonde, grande, yeux bleus captivants et timide mais aussi légèrement hautains, teint hâlé, des jambes qui n’en finissait plus dans une magnifique robe bleu qui s’alliait parfaitement avec ses yeux, son physique et son teint.

Je ne l’ai regardé que, peut-être, 3 secondes avant de détourner le regard et de ressentir comme une vague de fraîcheur.

Je n’avais jamais vu une femme si belle. Elle devait avoir mon âge.

Les cloches sonnaient et j’avais l’impression d’avoir vu un ange.

J’ai continué à marcher en direction de ma maison, avec l’image de cette jeune femme en tête. Je me demandais si il ne fallait pas que je me retourne pour voir si elle était vraie. Si je n’avais pas halluciné. Mais je n’ai pas osé.

Je la revois encore, et j’y repense aussi beaucoup, à sa magnifique robe bleue. D’où sortait elles ? Elle et sa robe ?

C’était un petit village, je connaissais à peu près tous le monde, du moins les jeunes de mon âge. Elle, je ne l’avais jamais vu. Et j’ai commencé à m’imaginer qui elle était, d’où elle venait.

Je me rappel qu’elle était à côté d’un couple âgé d’environ cinquante ans. Ses parents sûrement. Le peu de temps que je l’ai regardé, elle ne semblait pas avoir de « cavalier ». Elle était là, belle. Juste belle, dans le plus beau sens du terme, dans sa plus pure définition. Seule, l’air timide mais en même temps confiante. Comment ce paradoxe est-il possible ? En faite, si il y a tant de paradoxe, c’est peut-être qu’elle était indescriptible. Elle avait l’air inatteignable, comme une apparition divine… Après tous je l’ai vu en sortant d’une église…

Ce n’est pas la seule belle femme que j’ai vu de ma vie hein, il y en a qui j’ai fais la cour ! Maladroitement bien sur. Certaine ont dit oui beaucoup on dit non. Mais jamais je n’avais ressenti une tel intensité en voyant quelqu’un.

Jamais, je n’aurai pu l’aborder. Je n’aurai pas pu trouver les mots, la regarder droit dans les yeux… Mais je reste avec le souvenir que j’ai d’elle pendant ces 3 petites secondes d’une femme dont la beauté et la présence m’ont marqué. Et encore aujourd’hui, je lui invente une vie, pourquoi était-elle là ? Que fait-elle maintenant ? Une chose est sur, je n’ai sûrement pas dû la marquer autant qu’elle m’a marqué. J’étais coiffé à la va-vite, une veste de costume vite fait enfilée sur un t-shirt blanc, un jean bleu foncé et des chaussures noir avec semelles blanches. Je n’étais rien à côté de cette dame.

Ou alors j’ai halluciné, ce qui ne m’est jamais arrivé avant ni après.

Alors oui, l’histoire est sacrément nian-nian mais vous auriez dû la voir !

Jaskiers