Cette matinée très bizarre

La journée avait commencé comme n’importe quelle autre. Rien de différent, la routine d’une famille moyenne dans un HLM pourrie de l’hexagone.

Les samedis, on glande au lit, on ne fait rien, on déguste bien comme il faut une grasse matinée bien méritée. Je suis le plus jeune de la famille, mon frère a 22 ans et vit encore à la maison. Pour lui, ça n’a rien de mal à ce qu’on soit encore chez ses parents à 22 ans, ce n’est plus l’époque formidable de nos parents, mais une autre.

J’ai mon père qui travaille comme cheminot. J’ai toujours trouvé ce mot rigolo.

« – Tu fais quoi dans la vie ?

  • Cheminot ! »

Peut-être que ça me fait rire parce que ca rime avec poivrot. En faite, ces deux mots se marient plutôt bien dans la vraie vie. Quand mon père ne travail pas, il est souvent au bar du quartier à « jouer au ‘Paix Aime U’», « à dilapider de l’argent pour des ‘chies mères’ », dit maman. Je présume que des ‘chies mères’, c’est des femmes, je suis un grand garçon je sais des choses, je les comprends mais je donne l’impression que non, comme ça, je garde un certain avantage sur les autres. Mais il joue aussi aux jeux d’argent. J’ai jamais entendu papa revenir à l’appartement en criant : « Chéri les enfants j’ai gagné ! À nous les Bahamas ! ». Non lui c’est plutôt : « T’as fait quoi à manger ? – Steak frite mais c’est froid, si t’en veux, fais les réchauffer, je vais pas passer mes soirées à t’attendre. »

Souvent, après, ça gueule et sa part dans des histoires pas possibles de « baise », de « putain », de « feignasse ». Ce dernier mot , il aime le dire car ma mère ne travail pas. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie elle répond « mère au foyer ». Moi je pensais qu’elle disait « maire » au foyer au début, ce qui, en fait, a du sens. C’est elle qui commande, qui gère les comptes et on l’aime tous, chacun a notre manière, donc c’est comme si on l’avait élue avec notre cœur et notre affection, unanimement !

Enfin je reviens à ce jour où tout avait commencé comme d’habitude. Je suis le plus jeune, moi je fais pas de grasse matinée car je préfère jouer. Dormir quel gâchis de temps !

Donc je me lève, normalement, mais je sens au fin fond de moi que quelque chose est bizarre. Mais je suis parfois angoissé, ma mère dit que je suis déjà ‘nez rosé’. Je sais pas ce que ça veut dire mais je pense que c’est lié à mes angoisses.

Je sors mes céréales, le lait, ma cuillère fétiche et je bouffe. Très sucré les céréales donc je vais me brosser les dents. Vous pensez peut-être que je suis bien élevé mais c’est juste que je déteste le dentiste, donc je brosse mes dents pour éviter d’y aller.

Là, en me regardant dans le miroir au-dessus de l’évier, j’observais mon visage et y’avait quelque chose qui clochait. Parfois j’y réfléchis et je pense que en faite, les traits de mon visage… bougeaient. Oui, comme quand on regarde son reflet dans l’eau, mais c’était très léger.

Il m’en a pas fallu plus pour gerber. Mais j’ai eu le réflexe de le faire dans la baignoire ! Mais je vomissais un peu violet.

Et c’est là que tout est parti en vrille.

Mon père est sorti de sa chambre en caleçon comme un taureau ! BAM la tête la première, il saignait et il gueulait !

« Holà gros connard ! Holé ! No pasarán! »

Ah oui, le père de mon père il était espagnole, ça explique maintenant ses paroles quand j’y repense.

Et là mon frère sort en t-shirt de sa chambre, et il semble marcher comme les deux américains qui ont un jour marchés sur la Lune (papa dit que c’est un prénommé Stanley ‘Cubique’ qui a filmer ça dans un hangar sur Terre, et mis en scène par la CIA). Il me regardait, la bouche en « O » et les yeux pareils ! Et il répétait, péniblement : « Mais putain on est où ».

Et là ma mère est sortie mais moi je voyais sa peau toute verte, juste verte, rien d’autre, comme si elle avait sauté dans la peinture.

Et là mon père il s’est encore mis à gueuler : « Holà ! No pasarán ! » et il faisait semblant d’être un torero. Il pensait que ma mère était un taureau. Mais je peux vous dire qu’elle n’avait rien d’un taureau.

Elle commença à parler une autre langue, enfin une langue étrange, faite de sortes de rots, de cris brefs, rauques et faisait claquer sa langue. Et elle nous regardait comme si nous étions des fous, comme si le fait que nous ne lui répondions pas était outrageant.

Mon frère continuait à marcher sur la Lune, il me demandait avec une voix lente comment nous avions atterri ici et, immédiatement, je vis les murs de l’appartement s’écrouler, comme si ils étaient en cartons, pas en ciment ni rien juste comme ça, et leur chute révéla que nous étions effectivement sur une autre planète.

Tout était rouge, l’atmosphère, l’air, le sol, j’avais peur ! Et ma mère était là, à marcher bizarrement comme si elle était un ours et mon père se mit à courir devant elle et il fit un saut et il disparut.

Je commençais à pleurer et je demandais à maman ce qui était en train de se passer. Elle me fixa du regard et me répondit. Bizarrement, d’un coup, je comprenais sa langue et elle me demandait de parler en français. Mon frère disait qu’on était sur Mars, moi je disais qu’on était en enfer et ma mère continuait à copieusement nous engueuler car nous parlions une langue inconnue.

J’entendais des cris, c’était comme si les voix parlaient à l’envers, comme si quelqu’un vous disait bonjour et qu’en faite vous disait « roujnob ». Ça fait un effet bizarre et y en avait au moins deux ou trois et évidemment je ne comprenais rien. En plus, elles était graves ces voix et je m’imaginais qu’un monstre extraterrestre venait nous tuer avec ses amis.

Donc je pleurais encore et mon frère me disait de me calmer car si ça se trouve les voix étaient gentilles mais ma mère s’approcha de moi, mit son bras autour de mon cou et criait de lui rendre son fils. En plus, elle commençait à serrer fort son bras contre ma gorge, je me débattais comme je pouvais mais elle était forte ! Genre une force comme si elle était en pierre, c’était impressionnant ! Donc je pleurais encore plus mais je ne pouvais pas crier.

Mon frère essayait de venir à ma rescousse mais il marchait encore au ralenti, j’avais le temps de mourir étouffé au moins trois fois avant qu’il arrive.

Et ma mère, toute verte, criait encore et encore de lui rendre son fils. Je bougeais comme une anguille en espérant glisser de sa prise mais aucun espoir.

Puis j’entendis un gros « boum » et les voix inversées de tout à l’heure se rapprochèrent !

Mais je commençais à avoir la vue qui se brouillait, comme un voile noir qui se posait devant mes yeux et là, à ce moment, je vis un énorme bras violet et poilus et un autre de couleur jaune ! Ils prenaient le bras de ma mère qui était autour de mon cou pour l’enlever et ils criaient dans cet étrange langage. Je pouvais respirer et en gigotant encore je pu sortir de l’étreinte de fer de ma mère mais là, un des monstres, le jaune, m’attrapa. J’en avais marre d’être maltraité donc je lui filais des coups de poings et de pieds et la voix du monstre se faisait encore plus grave.

Un autre monstre, de couleur orange, se jeta sur mon frère. Je criais et je frappais le monstre qui me ceinturait et je vis des lumières clignoter dans l’atmosphère et encore plus de cris !

J’étais épuisé j’en avais assez et je vis une navette, c’était elle qui émettait ces lumières qui était apparu peu avant l’intervention des créatures colorées. Et je vis des astronautes en sortir et je leur criais à l’aide car c’étaient les seuls humains que je voyais, depuis le début de cet étrange mâtiné, qui n’étaient pas des monstres ou juste bizarres.

L’un s’arrêta devant moi, ses lèvres bougeaient mais aucun son n’en sortait. Puis il sortit un pistolet, l’appuya sur mon torse et plus rien.

Je me réveillais à l’hôpital, plus de planète rouge ni rien. Une infirmière entra, elle était normale et parlait normalement. Elle était toute gentille et me dit qu’elle allait avertir le docteur et d’attendre sagement. Donc j’attendis.

Un vieux docteur arriva avec ma mère, mon frère et mon père, ce dernier en béquilles.

Ils m’expliquèrent que nous avions été empoisonnés à l’oxycarboné. Il y avait eu une sorte de fuite dans notre appartement et ce gaz empoisonne et peut donner des hallucinations ! Mais les nôtres, d’hallucinations. étaient très importantes donc ça voulait dire une grosse fuite de gaz, donc ma mère elle disait qu’on allait porter plainte contre l’immeuble. Je savais pas qu’on pouvait porter plainte contre un immeuble.

On m’expliqua comment mon père avait fini en béquille. Il avait sauté du balcon car il pensait que ma mère était un taureau ! Heureusement, nous n’étions qu’au premier étage donc il ne se fit qu’une méchante blessure à la jambe droite. Là, des habitants vinrent l’aider et ils comprenaient que mon père était drogué. Ils entendaient ma mère gueuler dans l’appartement et moi pleurer. Ils ont appelés les pompiers et réussit à rentrer dans notre appartement pour séparer ma mère qui m’étranglait !

Et puis les pompiers sont arrivés et m’ont faits une piqure.

Voyez, pas typique cette matinée !

Jaskiers

Vive, lumière !

« – C’était ici ! Dit Jacquot au journaliste.

  • Donc ça s’est passé ici ?
  • Ouai…
  • C’est vous qui l’avez trouvé ?
  • Ouai…
  • Et… comment… qu’est-ce que vous avez ressentis ?
  • Bah… voyez… enfin… c’pas drôle. »

Le journaliste hocha légèrement la tête en signe d’acquiescement ou de sympathie.

Pourquoi je dois me coltiner ces reportages merde !

« -Enfin j’l’ai pas vu au début voyez.

  • Ah, comment ça ?
  • Bah, j’le cherchais partout l’Claude, j’ai cherché chez lui, dans l’étable à côté d’sa maison, dans la grange, j’ai passé au peigne fin ses deux champs, c’te vielle bâtisse j’y étais jamais aller.
  • Et… quand vous passiez du temps avec lui il ne vous en avez jamais parler ?
  • Oh si ! Y’m’disait que ça servait plus à rien depuis l’époque de son grand père d’ja c’te vielle bâtisse. Il voulait l’abattre d’ailleurs car ça prenait d’la place dans son champs.
  • D’accords. »

Le journaliste écrivait sur son calepin.

« -Comme s’qu’on vois à la télé !

  • Pardon ?
  • Z’ecrivez dans un calepin comme à la télé !
  • Ah oui, je suis de la vielle époque.
  • Z’etes jeune pourtant !
  • Oh oui, mais la technologie est bien utile, sauf quand elle vous lâche !
  • Ah ça moi j’ai pas c’probleme m’sieur, ah non ! L’ordinateur, internet machin chouette non non. Vous les jeunes vous avez grandis avec ça mais pas nous !
  • La technologie c’est pas mal, enfin quand ça fonctionne !
  • Ouai sûrement. Mais regardes moi, mon tracteur John Deere, il a une petite panne, paf je le répare en moins d’deux !
  • Moi, changer une roue c’est tout c’que je peux faire.
  • Chacun ses trucs !
  • Exactement. »

Le paysans regardait en l’air, en direction de la poutre, voyait-il un fantôme ?

« – Donc vous me disiez que vous ne l’aviez pas vu tout de suite ?

  • Nan, je connaissais pas la bâtisse, jamais entré d’dans.
  • Vous êtes entré, au rez-de-chaussée, personne ?
  • Bah ouai, personne, mais j’ai senti tout de suite que quelque chose n’allait pas, la poussière, quelqu’un était entré là dedans quoi.
  • Vous l’avez appelé ?
  • Ouai, j’ai fais ‘Claude’ mais rien, mais j’avais une impression bizarre vous voyez, j’devais monter à l’étage.
  • D’accord. Et une fois à l’étage ?
  • Bah y’a c’te porte juste après les escaliers là, par laquelle on vient de rentrer mais elle était fermée à clé.
  • Ah, et vous vous êtes dit qu’il devait être là dedans.
  • C’était le dernière endroit où j’pouvais vérifier.
  • Vous avez forcé la porte ?
  • Ouai, regardez, c’était un vieux loquet comme dans l’temps, pas très solide.
  • D’accord, vous avez peiné ?
  • Bah, j’me fais vieux mais agriculteur sa conserve. »

Un silence s’installa après le dernière parole de l’agriculteur.

« – Donc vous ouvrez, et là vous le voyez ?

  • Nan pas tout d’suite voyez y fait noir sans lumière. Donc moi bah je tâtonne sur le mur à gauche de la porte et coup de chance, si j’puis dire, un vieil interrupteur et ça s’allume.
  • Et là…
  • Ouai là… bah v’la mon Claude quoi.
  • Il était, pendu à cette poutre là ?
  • Ouai celle là juste derrière vous. »

L’agriculteur, les yeux humides et la voix légèrement sanglotante, ajouta :

« S’avez, ça m’étonne même pu… pas le premier ami qui se suicide… s’avez… agriculteur nous… bah on nourris les gens mais on a plus rien dans nos assiettes. »

Le journaliste referma son calepin.

J’écrirai mon article, il sera publié et rien ne changera.

Je dédie ce récit aux agriculteurs de l’Allier et de l’Auvergne, que j’ai eu la chance de côtoyer pendant plus de 10 ans.

« Les agriculteurs se suicident plus que le reste de la population. Selon les données les plus récentes de la sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été dénombrés en 2016 parmi les 1,6 million d’assurés du régime agricole âgés d’au moins 15 ans. » Source : -> https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/23/suicides-chez-les-agriculteurs-le-gouvernement-lance-une-mobilisation-collective_6103324_3224.html

Jaskiers

Seule dans l’herbe.

Je la vois, assise en tailleur au milieu de l’herbe, bien qu’il y ait des bancs et des tables de pic-nique, et elle se dandine, seule.

Un gros casque sur les oreilles, un joint se consume lentement entre ses doigts. Ses cheveux châtains sont coiffés en deux nattes, une à gauche et une à droite, encadrant presque son visage.

Les yeux fermés, elle danse assise, secouant ses épaules, remuant la tête. Elle sourie parfois, levant sa tête en direction du soleil.

Les gens passent, la regardent mais ne bronchent pas. Elle est dans son monde à elle, dans son truc. Étonnamment, personne ne rigole ou ne semble la juger.

En elle nous envions peut-être son courage, courage d’être dans son truc à soi en public. Elle ne gêne personne.

Elle semble en transe, et à l’observer, vous pourriez aussi tomber dans une sorte de zone rien qu’à vous. Je ressens cette chose, je suis heureux pour elle, elle fait ce qui la rend heureuse sans se soucier du regard des autres. J’ai quelques angoisses, celle qu’un homme vienne la déranger dans son trip. Elle ne demande rien à personne, n’embête personne, les yeux toujours fermés, j’ai peur qu’un type qui se prends pour un Don Juan, un de ces hommes qui se croient tout permis, comme boire une canette de bière pour la jeter dans le cours d’eau pas loin, ne vienne la déranger. Mais si un homme l’approchait ? Mais si ? Elle se fiche des « mais si ». Son audace à être dans son monde éloigne les gens qui ne sont pas invités à partager ses moments. Heureusement, tous le monde passent son chemin sans l’embêter. Heureusement, ils semblent tous pressés.

Je ne la regarde que par intermittence, je ne veux surtout pas avoir l’air d’un de ces types bizarres qui fixent les femmes. Mes mon regard est irrésistiblement attiré vers elle et sa danse.

Depuis que je l’ai vu, je me demande quel genre de musique elle écoute. J’imagine qu’elle plane sur du M83. Enfin, c’est le genre d’effet que ces musiques me font.

Je m’imagine être un photographe de rue, la prenant en photo puis aller lui demander si elle est d’accord avec ça et pourquoi pas tirer un latte de son joint si elle me le propose. Où même entamer une conversation. C’est là que je bloquerai, lui demander si elle fait ça souvent, lui poser des questions sur cette activité qui semble la rendre heureuse me mettrai mal à l’aise. Je ne voudrai pas qu’elle pense que je la juge. Au final, c’est plutôt de l’admiration. Et elle n’a pas à se justifier.

Je m’allume une cigarette, je la vois bouger son buste lentement de gauche à droite, les bras écartés, les mains dessinant de souple et gracieux mouvements, elle est tranquille, carrément dans un univers différent du nôtre.

Moi, je suis assis sur une table de pic-nique gravée d’insultes et de noms, une cigarette à la main, tendu mais fasciné. Je suis tout le contraire de cette femme, et pourtant j’aimerai avoir cette confiance, de danser et d’être dans mon monde, au milieu des gens et de leur jugements.

On peut être différent de quelqu’un, diamétralement opposé et s’admirer, se respecter, s’envier même.

Je me lève et je repars, j’espère qu’elle continuera à s’évader de cette manière, sans personne pour la gêner. J’espère un jour atteindre ce degré d’amour propre.

J’espère, et elle, agit.

Respects.

Jaskiers

J’accélère

J’accélère. Jamais je n’ai roulée si vite. Je ne ralentie pas, l’environnement n’est plus qu’un immense flou multicolore.

Pied au plancher, j’allume une cigarette. La vitesse et le cancer, plus rien ne m’importe que de rouler. Où ? On verra demain, si j’ai la chance de voir se lever un nouveau soleil.

Je sens la voiture quitter l’asphalte, le temps de quelques millisecondes. Qu’à cela ne tienne, mieux vaut une mort rapide que la vieillesse, refuge des optimistes. Je pourrai accélérer encore plus. Ces routes californiennes déploies leurs miles sur de longues lignes droites. Parfois la mer m’accompagne. Je roule direction le nord, à ce rythme, j’aurai Seattle demain mais avoir un objectif, c’est pour les naïfs. Demain, demain c’est trop loin.

La liberté dans la vitesse. Dans un cercueil d’acier qui avance grâce à de explosions, oui des explosions, nous roulons tous dans un corbillard, nos siège notre bière, la tôle froissée, comme créée des mains d’un Ephaïstos aviné, est notre cercueil.

Promis demain j’accélère encore plus !

Qui de nous deux méritait le plus de vivre ? Qui vit le plus longtemps vit sur le dos des autres, regardes moi, tu n’est plus, j’ai pris ta voiture. Ma seule hantise sera de m’arrêter, je ne pense déjà plus à toi et à ce que je t’ai fais. On récolte ce que l’on sème, cliché pourtant vrai quand on voit comment tu as finis. Est-ce que mourir de la main d’un autre c’est mourir seul ? Qu’importe que l’on meurt en société, moi je voudrais me voir partir, succomber doucement aux ténèbres éternelles, faire la comparaison : vie et trépas, quel sort envier ? Vivre vieux ou mourir jeune ? Si nous vivons plus longtemps dans la mort, je choisis de mourir jeune, je serai déjà plus habitué, pas de temps à perdre, l’éternité nous attends, vivre est une parenthèse loin d’être enchantée. Nous sommes ici pour être punit, j’en suis sûr. Qui peut se targuer d’avoir une vie de bonheur sans une once de malheur ? Voyez, l’éternité n’offre rien que du temps à profusion, la vie n’offre rien qu’une torture perpétuelle ou dés la naissance notre corps est voué à ne plus être, chaque seconde nous dévore. Nous pensons construire un futur, quelque chose qui nous restera après notre passage dans les ténèbres éternels, égoïste ! Rien ne nous ressemble totalement car rien n’est sous notre contrôle total. Peut-être que tout est écrit, prévue, peut-être que notre vie n’est que recommencement. Peut-être que je t’ai tué pour la centaine de milliards de fois, que vous lirez ces mots pour la centaine de milliards de fois. Quand tout recommence ? Quand l’humain s’éteindra, naissance c’est destruction, mort c’est libération.

Je confesse j’en oublie, je longe les côtes, l’océan sur ma gauche, l’humain sur ma droite, le vent droit devant moi, la justice derrière.

Loi humaine, il suffit d’un faux pas pour être endetté par la société, cruelle, mais c’est la loi des Hommes. Plus que d’argent, notre amende est de temps, trop précieux. Temps et liberté, si vous avez ces deux choses, vous êtes chanceux. J’ai eu les deux.

Que le moteur gronde ! À l’arrêt il ronronnait mais maintenant à pleine puissance il rugit. Puissance, la puissance c’est le pouvoir. Et qui a le pouvoir possède tout. Qui a dit cela… ah oui Tony Montana dans Scarface. Oliver Stone est-il un philosophe ?

Ce vent qui fouette mon visage, légèrement frais, j’ai détachée mes cheveux, ils batifolent maintenant, libres eux aussi mais toujours attachés à leurs racines. Comme l’être humain moderne. Qui se dit libre mais reste où il est. Il regrettera sur son lit de mort, mais qui ne mourra pas sans regret ?

Le sel sur mes lèvres. Il me disait qu’elles étaient sucrées, voici maintenant qu’elles sont salées. Les tiennes étaient sans goût. Rien chez toi n’était atypique. Toute ta vie semblait avoir été réglée, chaque situations prévues, parfois au mot près ! Il y a une chose que tu ne pouvais pas contrôler, l’amour. Tu le savais, t’es parents aussi, je n’étais pas femme à marier, je n’étais pas pour toi. La survie du plus fort existe encore, l’exercice a juste pris des nuances différentes. Encore la loi des Hommes, ou des hommes en ce qui nous concerne, nous créatures émettrices d’œstrogènes.

Est-ce que je regrette ? Regret, regret, regret et puis on ne vit plus !

Quand j’ai brandie le calibre, mon bon vieux Smith & Wesson, les regrets, ils y a bien longtemps que je les aies mis de côté.

C’est fou, ils peuvent avoir tout l’argent du monde, quand un calibre les braques, ils sont prêts à tout te donner, avec femmes et enfants si ils en ont.

Je ne t’ai rien réclamé. Tu as jouer, j’ai gagné. Ton gain, tu le ramasses dans ce petit morceau de métal dans ton cerveau.

Mon gain ? Quelques centaines de milliers de dollars, un bon cabriolet avec une lionne en guise de moteur, et les moyens d’arriver à bon port pour la prochaine chasse.

Des amies ? Lesquelles ? Ce n’est que perte de temps pour les gens comme moi. Je me sers, comme dans un restaurant, je picore. Je prends ceux qui m’intéressent. Intérêt, c’est tous ce que vous êtes pour moi. Ne soyez pas hypocrite, vous êtes pareils. Une fois qu’une personne ne peut plus rien nous apporter, nous la laissons sur le côté de la route. Tout n’est que question d’opportunisme. C’est le fonctionnement des relations humaines. Des miennes en tous cas. Je ne ressens aucune peine ni pitié. La culpabilité, c’est pour ceux qui ont le temps de s’apitoyer sur leur sort. Je n’ai jamais compris ces faiblesses humaines, si vous regrettez tant, tuer-vous et laissez la place à nous, les loups et louves. Tous, solitaires mais vivants, regardez nous. Nous sommes les maîtres du monde. Les puissants : chefs d’entreprises, politiques, artistes et j’en passe. C’est nous qui dirigeons le monde, nous qui vous dictons quoi penser, ce qui est bien ou mal, normal ou pas, moral ou amoral. On ne dirige pas avec des valeurs mais avec des décisions. Et ceux qui tranchent dans le vifs sont ceux qui ont le plus de pouvoir. Un jour peut-être vous comprendrez.

C’est incroyable, j’ôte une vie et je roule, libre comme l’air. C’est tellement simple ! Rien à voir avec vos séries télévisées, vos livres, vos films. Ces choses sont faites pour vous garder docile. Nous, les loups et louves, n’avons pas le temps pour ces inepties. Nous prétendons nous intéresser à vos centres d’intérêts mais c’est pour mieux vous cerner mes enfants !

Je roule, j’ai des milliers dans le coffre et pilote un engin qui en coûte autant. Aucune dette. Libre.

Libre, vous devriez essayer. Je croise vos regards, vous m’enviez. Je serai pareil à votre place. Ça se lit dans vos yeux « Les yeux Manny, ils ne mentent jamais », Al Pacino dans Scarface.

Vous avez sûrement oublié d’oser. On ose plus, on s’écrase, on laisse sa place et on vit notre vie par procuration, on regarde des émissions de télé-réalité et des talk-shows pour oublier notre médiocrité. Pardon, pas « notre » médiocrité mais la vôtre !

Travailler pour votre patron qui lui vous dirige depuis son yatch. Après tout, vous êtes à votre place, lui a osé et prit des risques, vous non.

Je suis différent de ceux là aussi. Moi je prends, je prends des vies et leurs fortunes pour disparaître. Sociopathe ? Psychopathe ? Quelle beaux mots ! Vous perdrez trop de temps à vouloir toujours mettre les gens dans des cases. Vous réfléchissez trop ! Il y a les chassés et les chasseurs, ceux qui dégustent et ceux qui mangent les miettes. Prenez place à la table, appuyez-vous sur un malheureux. Dans toute crise, ceux qui n’ont rien paient car ceux qui ont tout les forcent à payer et s’enrichissent. Tout est prévu pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Statu Quo !

Ceci étant dit, j’accélère. J’ai d’autres hommes à croquer, à escroquer et à tuer. Voyez-vous la liberté à un prix, voici le prix de la mienne, celle d’une vie.

La mienne arrivera à son terme, la cabane ce n’est pas pour moi, je ne me ferai pas prendre par les cow-boys, je ne resterai jamais enfermée. La mort, c’est ça la vraie libération, s’évader par une porte dont on ne peut plus revenir, et surtout, personne ne peut venir vous y chercher.

Rappelez-vous, le monde n’est pas à vous, mais à moi et aux loups. Vous êtes le gibier, payer vos impôts et enrichissez votre patron ! Toute dérogation à cette règle vous mènera dans de terribles soucis. Vous auriez dû être comme moi, visionnaire, égoïste, manipulatrice, tueuse, profiter de chaque faille dans l’armure humaine ! L’adage dit qu’il n’est jamais trop tard mais si, trop tard, vous êtes un moucheron dans la toile d’une araignée qui vous déguste lentement, vous laissant de la force pour vous nourrir, grossir et vous faire dévorer, guérir et rebelote, comme Prométhée. Qu’avez à gagner Prométhée à donner le feu à l’Homme ? Rien ! Tous ce que vous auriez dû faire, vous auriez dû le faire pour vous et vous seul ! Et quand ça coinçait, rien de tel qu’un bon calibre qui crache ce pruneau de mort.

Nous sommes plus présent nous, les sauvages, que vous pouvez le penser. Nous sommes vos voisins, compagnons, amis, femmes, maris, sœurs, frères et même enfants. Tous, nous nous reconnaissons et ne marchons pas sur nos plates bandes. Cela nous prendrait beaucoup trop de ressource pour rien.

Je quitte la Californie à l’instant, la prochaine ville, ma prochaine victime et mon butin. N’oubliez pas, les regrets, gardez les pour votre lit de mort. Et si c’est moi qui vous y allonge, merci de m’avoir laissée vous plumer.

The World (could have been) Yours.

Jaskiers

Il y a des choses inexplicables dans les forêts de l’Allier

[Avertissement : ce texte fait presque 4 000 mots, lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de le diviser en chapitre]

Fiction

Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! – Avertissement d’un vieille homme rencontré un soir dans le bar de mon village.

C’était un de ces été chaud, sec, étouffant que nous avions dans notre petit village de l’Allier. Un été où aucun de mes amis ne partaient en vacance. Les vacances, pour nous, étaient un temps pour tous nous réunir, jouer au foot, vagabonder dans le village, faire la fête.

Je me rappelle de cette curieuse semaine, plus qu’aucune autre, de cet été là.

Après une partie de football toujours âprement disputée, nous avions décidé de réunir notre argent pour aller à la supérette du village, à l’autre bout de celle-ci. Nous avions à faire 20 minutes de marches. En plein caniard. Rien ne pouvait arrêter nos matchs de foot, on était jeunes et le petit stade multisport, que le maire nous avez gracieusement offert, était notre point de rendez-vous.

Le seul problème, c’était de pouvoir manger et se rafraîchir. Les magasins du bourg, à quelque pas du stade, avaient, pour la plupart, fermés. Écrasés par la concurrence de la supérette d’une grande marque, à l’entrée du village. Il nous fallait traverser notre patelin pour pouvoir nous acheter de l’eau et quelques gâteaux pour étancher notre soif, terrible, et notre faim, ou disons, pour être honnête, notre gourmandise.

Ce jour-là était comme tous les autres. Nous marchions à travers le bourg et les rues. La chaleur nous écrasait mais nous étions ensemble, le trajet semble toujours moins long quand nous sommes accompagnés d’amis.

Après avoir atteint notre destination, mettant les maigres contenus de nos porte-monnaies en commun, nous achetâmes de l’eau et des gâteaux apéro de sous-marques, nous étions ressorti fauchés comme les blés. Le magasin avait le monopole des biens et en profitait pour imposer des prix exorbitants.

Le meilleur moment, pour nous, aller arriver. Manger et boire ! Manger et boire en société !

Il nous fallait décider où nous devrions aller pour déguster notre pique-nique. C’était toujours une décision sujette à débat. Manger sur le parking ? Non ça craint ! Retourner au stade ? L’eau serait déjà chaude à notre arrivée.

Et si nous allions dans ce champs, de l’autre côté de la rue ? Cette idée nous plut. Ce champs était juste de l’autre côté de la rue, il était immense.

Il devait bien faire 300 mètres carrés, il est difficile de juger de la dimension d’un champ à vu d’œil. Il n’y a rien, pas un repère, pour pouvoir estimer la dimension d’un champ.

Au nord, le champ était fermé naturellement par une forêt qui menait jusqu’à l’Allier (mais ça, nous ne le savions pas encore). Au sud-est, une petit mare, ou un point d’eau, entourée de roseaux et à moitié couvert part un vieil arbre desséché, noueux et qui semblait agoniser malgré l’eau à ses racines. Au sud, se trouvait une toute petite maison, disons une cabane qui ne dit pas son nom, pas plus grande qu’une chambre d’appartement où une cuisine, installé au bord du champ, un côté sur la chaussée, comme toute les maisons, et un côté donnant sur l’immense champ. Curieuse chose, que cette maison. Une porte donnant sur la rue, une autre sur le champ. Elle avait l’air d’une maison à une seule pièce et non pas d’une grange ou à tout autre bâtiment de paysans. Deux fenêtre seulement, là aussi, une donnant sur la rue, l’autre sur le champs. Les volets en bois étaient fermés, un panneau publicitaire indiquant le supermarché était accroché à l’une de ses façades.

Il nous fallait donc trouver un passage dans le vieux grillage qui clôturait le tout. Nous étions jeunes, un grillage n’allait pas nous empêcher d’entrer dans ce champs et de nous trouver une place à l’ombre près du point d’eau, sous l’arbre tordu et asséché qui semblait le gardien de cette petite mare.

Nous avions décidé de rentrer par le côté est, ou se trouvait le point d’eau. Nous décidâmes de tasser le grillage. Le but n’était pas de le défoncer, de causer du tort. Nous devions juste le plier assez pour pouvoir l’enjamber. Ce que nous fîmes. Évidemment, cela a endommagé le grillage, encore aujourd’hui, si un jour vous passer par là, vous verrez une partie de ce grillagée affaissée. Nous avons marqué notre passage, notre œuvre. Mais je vous déconseille de suivre nos pas, d’entrer dans ce champs. Car ce que nous y avons vus, vécus, ressentis, nous a laissé perplexe et tellement apeuré que nous n’osâmes plus en parler depuis. Même après plus d’une décennie. Chaque questions que nous nous posâmes après ces événements n’amenaient à aucunes réponses, pire, elles amenaient plus de questions.

Voici notre expérience, véridique, qui nous a marquée, et qui nous hante encore. Si vous vous y risquez, j’espère pour vous que ce que nous avons observé n’est plus.

Nous enjambâmes donc le grillage, ruisselant de sueurs. Le point d’eau était à une vingtaines de mètres, et ces derniers mètres semblaient interminables tant notre soif nous taraudait. Le champ n’était bien sûr pas un gazon de stade de football. Nous manquions nous briser les chevilles à chaque pas, nous fatiguant encore plus. Nous étions silencieux, excepté nos plaintes : « putain j’ai soif ».

Nous arrivâmes au point d’eau pour réaliser que la terre et l’herbe autour était humide. Une découverte surprenante, mais somme toute logique. La nature a ses règles. En pleine canicule, elle peut conserver une petite mare grâce aux ombres des roseaux et des feuilles d’un arbre. Croyez le ou non, mais j’avais l’impression de sentir un brise fraîche, comme lorsque vous êtes au bord d’un cours d’eau important ou sur une plage. Certes pas si puissantes qu’une brise marine, mais aujourd’hui encore quand j’ai l’opportunité de marcher sur une plage, ce vent frais de la mer me rappelle ce petit trou d’eau au milieu d’un champ de l’Allier. La nature est vivante.

Nous trouvâmes une toute petite place sous l’arbre dont l’écorce était noire et sèche. Certains d’entre nous avaient plus de chance que d’autres question ombre. Nous ne patientâmes point pour boire toute notre eau, mais la faim ne nous taraudait pas, ou plus, car nous avions bu tellement d’eau en si peu de temps que boire nous avait désaltéré et rempli l’estomac, nous n’avions plus de place pour les quelques gâteaux apéritifs, qui d’ailleurs donne soif tellement ils étaient salés.

Bien que certains avaient vécus dans notre village depuis tout petits, aucun de nous n’avait jamais songé explorer cet endroit. Nous regardâmes la petite maison qui était en face de nous, et nous nous posâmes des questions sur sa présence. Comme je l’ai écrit plus haut, c’était une maison, pas une cabane, quelqu’un aurait pu habiter ici, bien qu’elle ne fut pas plus grande qu’une chambre d’appartement lambdas. Nous imaginâmes l’intérieur, qu’est ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans ? Jamais personne n’avait vu ses volets ouverts ou quelqu’un y mettre les pieds et pourtant, elle se situait sur le trottoir juste en face de la supérette du village. Nous pensâmes que le toit était peut-être habitable, encore une fois, c’était une maison miniature avec pignon ! Un petite mansarde, ou en tous cas une fenêtre de mansarde, était présente sur la face du toit donnant sur le champ. C’était la première fois que nous y faisions attention. Un petit luxe car les maisons habituelles du village n’avaient pas toutes, loin de là, des mansardes.

On s’imaginait qu’un jour, on achèterait cette maisonnette pour en faire notre repère, une sorte de club secret. On travaillerait dur pour construire une piscine, en gardant bien sur ce point d’eau magique que nous appelions « Oasis ». Des projets de jeunesses fous, comme tout projets de jeunesses. Mais à la différence des projets d’adultes, ils nous étaient autorisé de rêver.

Évidemment, étant une bande d’adolescents, des blagues scabreuses sortaient de nos bouches de temps à autres. L’un de nous voulez y faire une garçonnière, il pourrait y amener ses nombreuses maîtresses quand il serait marié. C’était parfois cru, mais on rigolait, nous n’avions que ça à faire après tout, rire. Pas d’impôts à payer, pas de patrons, pas de responsabilités.

Un flash de lumière provenant de la mansarde me surprit. Quand j’avertissais mes amis, j’eu le droit à des regards moqueurs « T’es sur que y’avait que de l’eau dans les bouteilles ?! ». Je répondis qu’on avait tous bu dans les mêmes bouteilles, je leur demandais de regarder la toute petite fenêtre du toit, et d’attendre.

Flash ! Un autre ! Tous furent surpris. J’avais l’habitude de sortir des trucs bizarres mais là, c’était vrai !

« – C’est un flash de photo ?!

  • Ça peut-être que ça !
  • C’est peut-être le reflet du soleil sur les voitures quand elles passent…
  • Ou bien, c’est un code en morse nous demandant de l’aide ! »

Quand j’eu dis cela, ils me regardèrent, tétanisés.

« – T’as toujours des idées bizarres !

  • C’est moi qu’est bizarre ? Quelqu’un joue avec une lampe torche plutôt puissante ou un flash dans une maisonnette abandonnée ! Tout les scénarios sont possibles ! »

Je vous avais dis que nous étions des adolescent à l’humour scabreuse non ? Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’un de mes amis baissa son pantalon pour offrir à la personne à l’intérieur de la maison une vision de son anus. Et j’avouerai que j’ai bien rigolé, on a tous bien rigolé.

Le flash se déclencha encore et encore, sans rythme spécifique. Ils étaient… erratiques.

«  – Tu connais le morse ?

  • Non pas du tout. »

Mon idée avait faite son chemin dans leurs têtes. J’avais dis cela sans vraiment être sérieux, mais il fallait avouer que quelqu’un essayait de communiquer avec nous.

Mon ami « sans culotte » remit son pantalon et décida de poser comme un mannequin, nous rigolâmes, décidâmes de le rejoindre en assénant des « T’aimes ça hein pervers ! » à la source des flash. Nous balançâmes évidemment quelques insultes et doigts d’honneurs.

Les flash ne s’arrêtaient pas.

« – Imaginez, ça se trouve c’est une planque de flic !

  • Hein ?
  • Bah ouai, à côté de la route, à la sortie du village, à l’endroit où il y a le plus de trafic ! »

J’avais encore lancé une de mes idées bizarres. On me regardait, stupéfaits

« – Ça se trouve ils sont en planques, ils attendent un deal de drogue et ils pensent que c’est nous les truands ! »

J’adorai voir sur leurs visages le doute s’installer. Je ne croyais pas un mot de ce que je disais, j’étais aussi confus qu’eux. Et puis ça pouvait tenir la route « j’ai vu dans 90 minutes enquête, le truc de reportage télé, les flics ils font ça. » J’enfonçais le clou. « Si ça se trouve c’est un appareil qui se déclenche automatiquement quand quelqu’un rentre dans le champ, un truc de sécurité. »

Là, je me faisais peur moi même. Pendant tout ce temps, le flash continuait à émettre sa lumière, par intermittence, irrégulière. Imaginez la puissance que cette chose devait produire ! Nous étions en plein été, aucun nuage, grand soleil, et ce flash de lumière était assez puissant pour laisser ces petites marques sur la rétine, ceux que nous avons quand nous regardons une lumière ou le soleil et clignons des yeux.

Le plus courageux d’entre nous, le Sans-Culotte, décida de s’approcher. Certains protestèrent, d’autres curieux de voir ce qu’il pouvait se produire l’encourageaient. Je faisais partie de ces derniers, trop curieux d’avoir le fin mot de l’histoire.

La maison était à une dizaine de mètres, notre ami s’y dirigeait doucement, comme si il était a l’affût, posant parfois le pied dans un trou, le faisant tituber comme un ivrogne. Nous rigolâmes pendant que les autres lui disaient de revenir. Il était trop loin pour faire demi-tour, c’est ce que je lui disais pour le motiver.

Enfin il arriva à la maison. Le flash venant de la fenêtre du toit, il était impossible pour lui de voir quoi que ce soit, mais il pouvait entendre. Et secrètement, espérai-je, peut-être que quelqu’un sortirait et nous expliquerait qu’elle était ce délire.

Nous regardâmes donc notre camarade qui avait posé son oreille contre le mur de la maison, nous guettions ses expressions, très curieux de voir ce qu’il pouvait bien entendre.

« – T’entends un truc ?

  • Y’a comme un bourdonnement !
  • C’est la zone 51 version auvergnate ! On a filmé ‘La soupe aux choux’ pas loin d’ici ça a dû les attirer.
  • Y’a vraiment juste un bourdonnement.
  • Pas de voix ?
  • Non je crois… pas.
  • Des trucs genre… des bruit de pas ?
  • Peut-être mais le bourdonnement est impressionnant, le mur vibre ! »

Conscient que Sans-Culotte était probablement en train de se foutre de nous, j’avançais dans sa direction, suivit d’un autre ami. Les camarades restaient derrières et nous suppliaient de faire attention, et nous avertirent qu’eux allaient commencer à repartir par là où nous étions arrivés.

À mi-chemin, je ne sais pourquoi, mais je m’arrêta, mon ami aussi. Et nous entendîmes ce cri qui, aujourd’hui encore, me fait frémir ; « Vous êtes trop jeunes, trop jeune pour crever ! »

Inutile de vous dire que nous prîmes nos jambes à nos cous. Nous courions comme des dératés vers le grillage affaissé. Oublié la fatigue, la chaleur, nos provisions. Pas très écolo, mais c’était la dernière chose à laquelle nous pensions, la première était de nous échapper du champ.

Sans-Culotte nous rejoignit au grillage où nous passions chacun notre tour, dans la panique, certains essayèrent d’enjamber ce grillage de leurs propres moyens mais les bouts de ferrailles en pointe à son sommet rendaient l’opération presque impossible. Un y réussis pourtant en s’écorchant les mains et en trouant ses vêtements. De mon côté, j’étais pétrifié, mon cerveau reptilien fixait mes yeux sur la maison. J’attendais mon tour pour passer en n’oubliant pas de lâcher quelques imprécations peu raffinées aux autres qui enjambaient tant bien que mal la partie du grillage que nous avions abîmées. Aucun mouvement dans la maisonnette, à part ce flash qui crépitait.

Je franchissais finalement le grillage en dernier. Nous nous regroupâmes, comme du bétail apeuré, les yeux fixés sur notre probable bourreau, ou plutôt son repère.

D’où nous étions, à l’est, nous n’avions plus de vue sur la fenêtre du toit d’où émanait le flash.

Nous pensions à la vengeance. Nous insultâmes copieusement l’habitant de cette curieuse maison. Tous, nous étions d’accord sur le fait que la voix était celle d’un homme, âgé. Sans-Culotte jurait avoir entendu un rire de femme après l’avertissement du vieillard. Il nous en fallait pas plus pour lâcher de créatives insultes grivoises aux mystérieux hôtes.

Après 10 minutes d’insultes diverses et variés, nous étions fatigués mais notre colère était loin d’être apaisée.

D’un commun accord, un projet germa dans nos petites têtes, un projet accepté à l’unanimité : revenir cette nuit avec des œufs, des crottes de chiens (qui étaient légions dans nos rues à cette époque) et quelques cailloux pour les balancer sur la maison. C’était notre tarif, le prix à payer pour nous avoir fichus la trouille et, surtout, pour nous avoir fais ravaler notre fierté.

Nous rentrâmes chacun chez nous, pas avant d’avoir prévu notre opération : rendez-vous à 23h30 devant chez Sans-Culotte avec chacun quelque chose de substantiel à jeter sur la maison. Nous arriverions devant cette dernière vers 23 h 50. La nuit serait tombée et nous tomberions rapidement sur la maison avec nos projectiles.

Nous passâmes notre soirée à nous envoyer des textos. Chacun demandant l’avis des autres sur le choix des projectiles, d’autres demandant de l’aide pour berner leurs parents qui ne voulaient pas que leurs adolescents sortent si tard. Après tout, nous n’étions que des gamins. Et il s’avéra que les adultes avaient eut raison d’essayer d’interdire à leurs ouailles une sortie champêtre tardive.

L’excitation fit traîner en longueur cette soirée, nous étions tellement pressés d’en découdre ! Mais il nous fallait attendre la nuit. Ce que nous fîmes.

Nous nous rejoignîmes comme prévu devant la maison de Sans-Culotte avec nos sac à dos d’écoles sur les épaules, emplis d’objets et de matière pas très ragoûtantes. Nous craignîmes la police qui rôdait parfois dans le village. Aussi, nous prîmes des routes moins fréquentées.

Plus nous nous approchions de la maison, plus l’angoisse de l’excitation montée. Elle se tourna en terreur à la vue de la scène qui se déroulait sous nos yeux.

Nous nous arrêtâmes net. Des gens étaient réunis autour de la mare. La lune était pleine, heureusement car sans elle, nous serions tombés au beau milieu d’une cérémonie qui n’avait rien d’une fête de village.

Les personnes étaient déguisée, tous affublés d’une sorte de robe noir et encapuchonnés.

« – C’est genre le Ku Kux Klan version française ! Dis-je.

  • C’est une putain de secte ! »

Nous entendions parler et rire. Un d’eux alluma un flambeau, nous vîmes leurs ombres immenses danser sur l’herbe. Les capuches étaient rabattus sur leurs visages ne laissant que la bouche de visible. Puis, nous vîmes une lueur arrivée de la forêt au nord. Nous comprîmes qu’un autre contingent de capuchonnés arrivait. Les deux groupes se firent des signes et s’hélèrent à grand cris, certains imitaient le cri du loup, d’autre sortaient des sortes de borborigmes tonitruants, graves et tout cela raisonnaient dans l’immensité du champ. Certains se mirent à danser, leurs ombres se mélangeaient avec leurs corps, aucun rythme, aucune chorégraphie, ils dansaient comme des pantins désarticulés.

Nous étions à court de mot. Les « putains » et « c’est quoi se bordel » avaient tous fusé de nos bouches.

Le groupe venant de la forêt se fonda dans la masse déjà présente de « païens ». Le silence revint d’un coup, ils ne bougeaient plus.

« – Donc du coup, on leur balance ce qu’on a à ces types au lieu de la maison ?

  • Je pensais même plus à ça !
  • On va peut-être éviter ?
  • Ouai, j’ai pas envie de finir en sacrifice humain à je ne sais quel démon !
  • On les emmerdes, donnez moi des œufs vous aller voir.
  • Mec je suis pas sûr que ce soit vraiment un truc à faire.
  • Tu veux rester là à les observer toute la nuit ?
  • C’est étrange mais oui, je me demande ce qu’ils foutent là, accoutré comme des glands.
  • Si ça se trouve c’est l’amical des chasseurs du village !
  • Ouai imagine si ils sortent les fusils !
  • Bah on court.
  • Fais chier, tu veux vraiment faire ça ? »

À ces mots, Sans-Culotte posa et ouvrit son sac et en sortit un carton de boîte d’œuf, il l’ouvrit, prit un œuf, lui posa un délicat baisé et l’envoya en direction des sectaires.

Nous étions sur le qui-vive, nous voulions voir leurs réactions avant de partir tout de go. Mais nous vîmes dans la lueur de la pleine lune l’œuf s’écraser bien loin du groupe de joyeux lurons déguisés. Et il ne fit aucun bruit. C’était comme si rien n’avait été envoyé.

« – Putain mais t’es vraiment une chèvre !

  • Mec t’es une vraie charrette ! »

Sans-Culotte reprit un œuf et se rapprocha du grillage du champ. Nous ne dîmes rien, trop content que quelqu’un d’autre que nous s’attarde si près d’eux. Nous le vîmes balancer son œuf. La forme sombre de l’œuf alla finir sa course vers l’un d’eux. À cet instant, nous étions aussi tendu que la corde d’un arc. Nos joyeux sectaires tournèrent leurs regards vers l’œuf tombé aux pieds de l’un d’eux et ils tournèrent leurs têtes, de concert, vers nous. L’un éteignît la torche et nous entendîmes : « Vous encore ! Vous, vous êtes trop jeune pour crever ! »

Nous allions partir en courant quand nous entendîmes Sans-Culotte, décidément le plus téméraire d’entre-nous leur répondre : « Et ta mémé ? Elle sait que tu fais des méchouis en plein été avec tes copains déguisés en pèquenots ? »

La flamme de leur brasero étant éteinte, nous ne vîmes que des formes sombres se précipiter dans la direction de Sans-Culotte et la notre. Sans culotte se mit à cavaler et nous aussi. Nos sac nous fouettaient le dos, nous allâmes dans des directions différentes, nous forçant à nous arrêter pour vite nous concerter et attendre Sans-Culotte. Tous pour un et un pour tous, ou presque.

Nous vîmes arriver le téméraire qui s’époumoner à nous dire : « Mais courrez putain ils sont derrière ! »

Nous crûmes à une blague, comment était-ce possible que ces gens puissent nous suivre ? Nous étions jeunes, sportifs et eux étaient sûrement vieux et portaient tous une robe. Mais nous recommençâmes à courir quand nous vîmes surgir de l’obscurité deux de ces personnes. Je me rappelle encore cette vision terrible de ces deux silhouettes encapuchonnées sortir des ombres, comme si les ténèbres avaient éjecté deux de ses entités à notre poursuite.

Nous courûmes.

Enfin, quand je m’arrêtais pour reprendre mon souffle, je réalisais à mon grand désarroi que j’étais seul ! Dans notre panique, nous nous étions séparés. Restait à savoir lesquels d’entre nous nos deux poursuivant avaient choisit de pister. Heureusement, nous avions nos téléphones portables (comment faisaient nos aînées sans ce gadget ?!) et je téléphonais à Sans-Culotte, il décrocha : « – Mec je sais pas où t’es partis mais cours parce qu’ils t’ont suivie ! »

Je ne raccroché pas mais courus dans une ruelles puis dans une autres. Quand je repris le téléphone, Sans-Culotte m’informât de le rejoindre avec tous les autres au stade multisport. C’était, si vous vous en rappelez, à une sacrée trotte.

J’entendis des bruits de pas précipités et lourds et deux personnes courir comme des dératés dans ma direction. Je détalais rapidement, ils criaient derrière moi mais le bruit de mon souffle, de mes pieds martelant le sol et les frottements de mon sac à dos m’empêchaient d’entendre leurs paroles.

Je courais bien à pleine vitesse depuis 2 minutes quand je me hasarda à regarder derrière moi, les deux personnes étaient là, et je l’ai reconnus, c’était deux des mes amis. Quand ils me rejoignirent, ils me dirent que c’étaient eux qui me hurlaient, tantôt, de m’arrêter.

Content d’avoir à nouveau de la compagnie, nous partîmes en direction du terrain multisport où tous nous attendaient.

Après maints débats, maintes théories, fatigués, nous décidâmes de rentrer chez nous, en prenant des chemins de traverses que seuls les habitants de longue date du hameau pouvaient connaître. Ce qui ne nous empêcha pas de jeter des regards derrière nous toute les 10 secondes.

Depuis ce jour, nous n’avons pas plus de réponses à nos questions, jamais nous n’avons retenté l’expérience. Nous avons gardé cette histoire avec nous car si nous en parlions en publique, ces messieurs (et dames ?) en robes noires auraient sût qui les avaient dérangés durant leur mystérieux pique-nique de pleine lune.

Des années plus tard, toujours avec ce même groupe d’amis, nous étions au bar du village, qui avait une fois encore changé de propriétaire, 3 fois en moins de 7 ans. Nous faisions connaissance avec le nouveau tenancier (par là comprendre : essayer de tâter le terrain et voir si il était possible d’avoir des verres gratuits, il s’avérait que pour ce nouveau propriétaire, un verre d’eau du robinet était vendu 50 centimes, donc non, pas moyen d’avoir des verres à l’œil. Petit conseil si vous décidez un jour de reprendre un bar en campagne, offrez des verres, ne soyez pas radin, conseil d’ami !).

Nous engageâmes la conversation avec un vieux monsieur, il nous parlait des années « Yé-yé » et d’autres histoires qui, si vous avez un âge avancé, passionnent les jeunes générations. En tous cas, moi j’étais intéressé. Je ne peux vous dire comment la discutions sur les forêts de l’Allier arriva sur le tapis, il faut dire que j’étais saoul, comme tous ceux qui étaient au bistrot mais toujours est-il que ce monsieur au cheveux grisonnant, petit, avec un pull en laine sale et plein de copeaux de bois nous donna un avertissement : « Il y a des choses dans les forêts gamins, je parle pas d’extraterrestre hein, quoique… mais des Hommes. Si un jour vous croisez des types louches ou qui vous donne l’impression que quelque chose cloche avec eux, ne vous mêlez pas à eux. Ils font… Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! »

J’oserais vous dire que dans son regards, cet avertissement n’était pas vraiment amical, un sourire malicieux, s’était affiché le temps d’une seconde sur son visage ridé et fatigué.

Je me permets de transmettre son message.

Jaskiers

L’homme vide

C’est une vie ou il ne se passe rien. Rien d’interessant. Ou peut-être est-ce ce rien qui la rend unique. Unique ? Non, d’autres personnes vivent leurs vies dans le rien.

C’est au réveil que la différence avec une vie pleine de faits se faisait sentir.

Le réveil sonne et émet sa musique wagnérienne. Étonnant quand rien l’attends.

Toujours le même déjeuner, un bout de pain de mie avec du chocolat à tartiner. Il regarde fixement devant lui, les yeux grands ouverts comme traumatisé. Il pense, essaie de se remémorer ses rêves. Important que de s’en rappeler, c’est dans ses rêves qu’une femme l’aime, qu’il voyage, qu’il s’amuse. Enlever lui ses rêves et vous lui enlever ce qui le lie à l’homme automate moderne. Parfois il les écrivait ses rêves mais ce matin, comme souvent, des bribes disparates et sans queues ni têtes étaient tout ce qui lui restait de son voyage onirique. La frustration, il avait parfois ces rêves où il se sentait tellement bien, ou mal, mais ces rêves étaient impossibles à retranscrire sur le papier tant les détails et les bizarreries en faisaient un charabia trop compliqué à écrire. C’était les sensations qu’ils lui donnaient qu’il appréciait le plus.

Les cauchemars, eux, venaient le hanter toute la journée. Toujours le même genre de cauchemar, celui qui prend vos peurs à pleines mains et instille l’angoisse, la terreur et l’anxiété. Ces cauchemars qui vous trottent dans la tête toute la journée. Pour lui, des sentiments dithyrambiques le liaient à eux. Il ressentait. Pour des journées remplies de vides, de solitude, c’était eux qui lui donnaient l’indicible opportunité de se sentir vivant et humain.

Ses yeux se refermèrent quand il eut fini son déjeuner. Il n’avait pas faim le matin, c’était pour son corps, une entité qu’il avait pris pour acquis jusqu’ici, qu’il mangeait un petit déjeuner. La faim l’assaillirait avec une force encore plus terrible à midi si il n’avait pas manger ne serait-ce qu’une miette au levé.

Ces petits détails de la vie, infimes et futiles pour le commun des vivants étaient, pour lui, une source de réflexion et de tracas. Son esprit se resserrait sur ces détails pour donner un sens à une existence morne.

Posté devant la fenêtre de sa petite salle à manger, il regardait ces gens pressés, pressés d’aller travailler, pressés de donner de leurs temps si précieux, pressés de faire violence à leurs corps, à leurs psychés, pour remplir les poches de leurs patrons. Toujours, ces mines tendues éveillaient sa curiosité, cette violence du mouvement forcé, les stigmates du forçat, les soucis de la vie, tous ceci étaient visible dans leurs yeux. Pas sur les visages, car l’Homme enfile son masque de mensonge tout les matins, cachant les cicatrices du vécue, mais dans les yeux. En regardant bien dans les yeux, il pouvait voir, subrepticement, la détresse, la peur, la fatigue, le stress.

Ce n’était pas, là, les marques de la vie moderne, non. Tous le monde a son histoire, et tous le monde peut lire l’histoire de l’autre en regardant attentivement ses yeux.

C’était déjà l’heure pour lui de ne rien faire jusqu’au coucher. Il s’assit et ne fit rien. A part peut-être manger, boire et faire ses besoins. C’était peut-être ça être humain. Faire ces petites choses à rythme régulier et dans des mœurs normales. Être humain, c’est peut-être combattre l’ennui toute sa vie. Car qui s’ennuie toute sa vie préféra les mystères que la mort lui réserve plutôt que la vie. L’épreuve des vivants : qui fera de sa vie quelque chose qui ne l’ennui pas jusqu’à sa mort.

Jaskiers

24/02/2022 | The Man Who Sold The World…

https://youtube.com/watch?v=fregObNcHC8

We passed upon the stair
We spoke of was and when
Although I wasn’t there
He said I was his friend
Which came as a surprise
I spoke into his eyes
I thought you died alone
A long long time ago

Oh no, not me
We never lost control
You’re face to face
With the man who sold the world

I laughed and shook hand
And made my way back home
I searched for form and land
For years and years I roamed
I gazed a gazeless stare
We walked a million hills
I must have died alone
A long, long time ago

Who knows?
Not me
I never lost control
You’re face to face
With the man who sold the world

Who knows?
Not me
We never lost control
You’re face to face
With the man who sold the world

24/02/2022

Jaskiers

D’une femme sur la route

-Ce récit est inspirée de l’histoire vraie de Mary Defour.

Steven Owscard connaissait Marina Delord depuis qu’il travaillait comme infirmier assistant pour l’hôpital pour criminels fous de l’état dans le Nord de l’Illinois.

Comment et surtout pourquoi avait-elle atterri ici, dans cet enfer, il se le demandait, sans toutefois partager ses interrogations à haute-voix.

Médicalement parlant, rien ne montrait qu’elle était folle, ni dangereuse. Elle avait, disait-on, était retrouvé sur le bord de la route, seule, perdue, ne connaissant ni son nom, ni où elle habitait, ni où elle allait.

Et juste pour une amnésie sévère, on l’avait enfermé ici, avec des fous, des vrais, des tueurs, des violeurs, des hommes, pour la plupart. Cette jeune femme d’environ 25 ans, avec des yeux bleus très clair, des pommettes hautes, des cheveux châtain clairs bouclés, et son visage rond faisait tache, une tache élégante, dans cette antichambre de l’enfer.

Quand Steven apportait le dîner à Marina, il essayait de poser des questions, variées mais ayant toujours attrait à son passé pour voir, si par une curieuse gymnastique du cerveau, elle pouvait recouvrer cette mémoire, mémoire défaillante qui l’a retenez ici, ou elle n’avait pas sa place.

Madame Delord, pourquoi l’avait-on appelée ainsi ? Personne ne le sais vraiment. Comme si on devenait amnésique juste à la côtoyer. Il ne travaillait pas encore dans cet hôpital quand elle y fut amenée. Selon ses collègues, elle était catatonique, ne parlait pas, ne manger presque pas, comme une créature venue du ciel échouée sur la planète Terre et se demandant où elle avait atterrie.

Maintenant, elle semblait calme, sortie de sa carapace et communiquait normalement avec le personnel de santé, elle avait un vocabulaire, une capacité d’éloquence qui faisait penser à ceux d’un professeur. Le seul problème c’était cette mémoire défaillante.

Aux questions que Oswcard avait posé à ses collègues qui était là le jour de son arrivée, on lui avait répondu qu’elle avait souffert d’une agression à caractère sexuelle violente. Quand Steven fit remarquer que ça placé était dans un hôpital civil et que la place de son agresseur était ici, avec les criminels fous, on lui répondit que c’était comme ça. À ses pourquoi, on lui répondit qu’ici, il ne fallait pas trop poser de question. Non seulement, on risquait de devenir fou comme ces patients criminels, mais aussi parce que cela pouvait affecter les soins prodigués aux malades, qui étaient aussi des prisonniers.

Madame Delord, bien qu’amnésique, avait un traitement de cheval, extrêmement lourd, doublé par des séances d’électrochocs régulières. Bien qu’étant la plus saine des patients ici, et n’étant pas une criminelle, son traitement semblait avoir comme but premier de l’assommer et si possible, de dégrader sa santé mentale.

L‘assistant-infirmier Steven avait assisté au lent et terrible déclin de la psyché de cette jeune femme. Sortie de sa catatonie, elle était lucide, intelligente, éloquente et charmante, elle était passée dans un état d’hébétude, d’avilissement et bien sûr, de folie dû à ce lourd traitement.

Des questions, Oswcard en avait beaucoup, et plus le temps passait, plus il y en avait. Comme pourquoi une femme victime était enfermée avec des criminels ? Pourquoi le traitement que l’on lui donnait n’avait pas pour but de la soigner mais plutôt d’empirer son état ?

En plus de ce traitement injuste, l’assistant infirmier apprit qu’elle avait accouchée d’un enfant tout de suite après son arrivée ici. L’enfant avait été placé directement en orphelinat. Bien qu’elle réclamait sa fille, il lui fut interdit de la voir. Ni même de la nommer. Là encore, pensait-on vraiment qu’arracher une tout jeune et nouvelle mère à son enfant allait l’aider à recouvrir la mémoire ?

Son traitement était indigne d’être appelé ainsi. Steven n’avait jamais signé pour abrutir une jeune femme innocente.

Au début, Marina avait tenté de se rebeller contre son sort injuste. Steven était arrivé en plein milieu et il avait assisté et aidait à lui faire prendre de force des concoctions de médicaments destinées à annihilé son esprit, mais les médecins disaient, eux, que c’était pour la calmer. Protester une injustice, il n’y a rien de plus normal et de plus sain, mais selon ces tous puissants docteurs, c’était une névrose, une maladie psychique à annihiler. Qu’elle guérisse non, mais l’annihiler oui. Tel semblait être le mot d’ordre sans jamais le mentionner.

L’ingestion forcée de médicaments n’était pas assez, parfois, tant sa détresse justifiée l’a menée à la révolte.

Dans ces moments-là, il fallait la déshabiller entièrement, l’attacher sur une chaise roulante, l’amener pour des séances d’électrochocs : de puissantes et très douloureuses décharges électriques administrées au cerveau, sans anesthésies.

Les traitements aux électrochocs étaient choses courantes, mais le traitement réservé à Marina était d’une brutalité sans pareille. Les décharges étaient tellement fortes qu’elle finissait par s’évanouir de douleur. Quand elle finissait par tourner de l’œil, son corps, nues, était plongé dans une baignoire remplie d’eau froide et de glaçon.

Pour Steven, ces moments où il était appelé pour assister à la torture, car c’est comme cela qu’il considérait ce traitement, était une épreuve. Un traitement si violent que même les criminels les plus dangereux internés ici n’avait pas à subir.

L’injustice, Oswcard l’a ressentez aussi. Cette femme avait été probablement violée et molestée, avec une telle violence que son cerveau décida de lui ôter la mémoire dans un soucis de conservation. Elle ne devait pas être déshabillée de force par des hommes pour se voir coller des électrodes sur le crâne afin de lui griller l’esprit et finir balancée dans une baignoire glacée. C’était un traitement pour un criminel fou à lier, et non pour une victime. Victime qui réclamait son nouveau-né, le seul élément positif de sa vie, capable de la guérir, de la faire avancer.

Steven ne pouvait plus supporter d’être complice d’une telle horreur. Il était un allié de Marina, essayant de placer des mots d’encouragements, de réconfort, de soutiens, quand il était appelé à son chevet. Mais des alliés, Delord n’en voyait pas, ou plus. Elle était devenue une morte-vivante, son esprit cédait, le peu de résistance dont elle pouvait faire preuve était supprimé par la torture. Elle ne luttait plus ou peu. Et Oswcard sentait qu’il était de son devoir, devoir professionnel mais surtout d’être humain, de l’aider à sortir de cet enfer et de retrouver sa famille, essayer de reconstituer son passée, de trouver des personnes qui l’avaient connue et même aimée. Quitte à donner des informations confidentielles aux médias, enfreindre les règles de déontologies pour une cause juste.

On l’appelait à l’instant dans la chambre de Marina qui se débattait, du peu de force qui lui restait, pour ne pas prendre ses médicaments.

Steven s’offusquât de la manière brutale dont ses collègues l’avait plaqué contre le lit. Hubert, l’infirmier en chef lui rétorqua qu’il n’avait pas son mot à dire, qu’il n’était même pas infirmier à proprement parler mais un sous-fifre forcé d’obéir. Il n’avait qu’a démissionner si ces méthodes n’étaient pas à son goût.

Mais Hubert oubliait comment Steven avait eu cette place, par le père de sa fiancé. Gouverneur dans l’Illinois. Bien que ses relations avec lui étaient tendues, il savait que son beau-père le soutiendrait car ce travail rapportait de l’argent au ménage de sa fille.

Steven éructa d’une colère terrible, hurlant l’injustice dont Marina était la victime. Il se précipita sur Hubert, le prenant par le col de sa blouse, il voulait le tuer, le faire passer par la fenêtre grillagée de la chambre de Delord, lui faire comprendre que lui n’était qu’un infirmier, pas un médecin. Il en avait sa claque de ces infirmiers qui pensaient être aussi compétent qu’un docteur. Il cracha son venin sur l’infirmier en chef, l’accusant de prendre son pied à dévêtir une jeune femme pour la maltraiter. Qu’il semblait presque qu’Hubert avait quelque chose à gagner dans tout ça, qu’il ne serait même pas surpris qu’il l’ai violé pendant ses pertes de connaissances.

Entravé maintenant par ses collègues qui l’empêchaient de fracasser Hubert, il vit sur ce dernier un sourire narquois. Et une réflexion lui vint à l’esprit. Et si le traitement de Marina avait pour but de couvrir quelqu’un ? Quelqu’un de haut placé ou un groupe de personne ? Et si, ici, elle était à la merci de son agresseur ?

Il sentit une piqûre sur son épaule gauche, les ténèbres l’envahirent. La dernier chose qu’il vit était le regard inquiet et le sourire niais de Hubert.

Jaskiers

Un peu de mes nouvelles (ou comment mon corps me lâche).

Ça faisait longtemps hein ? Longtemps que je n’ai pas écris un article sur ma petite personne ! Mon égo surdimensionné en a besoin.

Parlons d’abord des mauvaises nouvelles, comme ça, on est débarrassé.

Comme indiqué dans le titre, mon corps me lâche, ce n’était qu’une question de temps honnêtement. Depuis environ 2 mois, j’ai des vertiges, des sortes de torpeurs, l’impression que mon cerveau fait des bonds dans ma tête, mes oreilles bourdonnent et j’ai cette sensation que vous avez déjà sûrement tous vécue, celle où quand vous êtes à deux doigts de vous endormir, vous faite ce rêve ou vous tombez et vous vous réveillez en sursaut. Hey bien j’ai cela, en moins intense mais à répétition et éveillé. Avec l’impression que je sors de mon corps. Ajoutons à cela des « bouffées » de chaleurs et des nausées avant de me coucher.

Évidement, j’ai pris rendez-vous avec mon médecin traitant qui, évidemment, n’était pas là et était remplacée par une jeune femme d’environ 35 ans. Résultat : 10 de tension. Pour elle, je ne mange pas assez. Sacré blague, je mange comme un porc à cause du Norset (médicament antidépresseurs qui fait aussi somnifère).

Je n’ai jamais été « gros » dans ma vie, mais maintenant, si. Mon ventre ressort, mes pectoraux s’emplissent des graisses. Je sens des plis dans ma peau que je peux attraper à pleines mains. J’ai des vergetures, des « stretch marks » (comme disent les anglophones) sur mes hanches. Je ne rentre que difficilement dans mes jeans et mes ceintures ne me sont plus d’aucunes utilités.

Ma mère mets ça sur le compte de la vieillesse. Je ne sais pas si elle est sérieuse, j’arrive doucement vers mes 28 ans… déjà ?

Vous me direz, « t’as qu’à faire du sport ». Viens en Normandie ou ça pleut et sa caille tous les jours. Pas les sous pour un abonnement à la salle de sport. Et avec 10 de tension, j’ai pas envie de m’éclater la tête.

Je ne dors que 6 heures par nuit, impossible, ou presque, de me rendormir. Je prends 2 Norset mais l’insomnie est coriace.

Je fais un cauchemar récurent : je me retrouve en plein champ de bataille, en plein milieu du conflit ukraino-russe (ça se dit ça « ukraino-russe ?).

J’avais écrit dans mon article de bonne année que je pensais que le monde irait de mal en pis cette année. Je ne crois pas me tromper. Une bonne chose cependant, le « pass vaccinal » semble passer à la trappe fin mars. Tant mieux, je n’ai pas fais ma troisième dose.

Les élections présidentielles (et législatives) approchent et déjà, les gens se crachent leurs venins. Cette morosité ambiante devient pesante.

Le positif sinon ?

Malgré ces déboires physiques, je vais plutôt bien niveau psychique.

J’écris entre 500 et 2 000 mots par jours. Pas sûr un seul projet, sur plusieurs. J’écris sur quelque chose qui m’inspire, souvent mes lectures du moment.

Niveau lecture : j’ai commencé l’année en lisant les récits d’Homère puis j’avance dans le temps en prenant certains virages suivant une logique de lecture bien à moi.

J’ai commandé toutes les œuvres de Francis Scott Fitzgerald, j’ai écris un article dessus, j’attends de recevoir un livre, livre qui doit traverser l’Atlantique sous peu, pour poster l’article.

J’ai aussi, grâce à mes pérégrinations littéraire, découvert Stefan Zweig. Comment ai-je pu passer au travers de ses œuvres pendant mes (presque) 28 ans de vie ?

Et Herman Hesse aussi.

Et Marcel Proust ! Merde, Proust !

Et Dickens ! Mince !

Et pire, Shakespeare !

Mais je me rassure. Je lis actuellement Moby-Dick (dick lol) de Herman Melville. Dans l’édition que je me suis procuré (Quarto Gallimard), nous avons le droit à un dossier bien étoffé, dans lequel j’ai pu découvrir que Melville, lui aussi, a découvert Shakespeare sur le tard… à 28 ans !

Avec la littérature, j’ai l’impression que j’ouvre une porte, qui s’ouvre sur une autre, puis 3 autres et ainsi de suite. L’impression que je serai un éternel apprenti de la littérature, et c’est une bonne chose, aimer quelque chose qui ne semble pas avoir de fin. Après tout ces deuils, cette impression de perte de contrôle injustifiée et injuste, j’ai trouvé quelque chose qui ne me quittera pas. C’est peut-être quelque chose de mal, ou bien une bonne catharsis.

La découverte Stefan Zweig et la psychologie de ses personnages a été une agréable surprise, j’étais passé à côté de cette porte sans m’en rendre compte. Enfin, je traiterai le sujet Stefan Zweig dans un autre article. Je passe du coq à l’âne. Désolé, mais vous êtes habitués n’est-ce pas ?

Niveau blog :

J’ai cette frustration de ne pas partager avec vous mes lectures et mes découvertes. Ça m’agace, j’aime l’échange et j’apprends beaucoup de ceux qui me lisent. Et j’aime aussi faire découvrir aux autres d’autres horizons. C’est pour cela que j’écris des petits textes « inspiré par X ou Y ». Plus qu’une indication, j’ai envie de vous tenir au courant de mes lectures mais cela m’amènerait à retomber dans la « review » de livre, que j’ai arrêté, si je continus.

Partager mes écrits me fait encore peur, mais j’ose. La série « California Rocket Fuel », écrit avec un style plutôt atypique, a été une sorte de test, voir si mes lecteurs resteraient, ou me liraient, qu’importe le sujet, le style.

Le style ? Ce foutu terme m’obnubile. Je cherche, je me cherche. J’ai découvert que la littérature cachée bien des arcanes qui semblent insondables. Elles ne le sont pas si nous plongeons et explorons.

C’est pour cela que je vais relire mes classiques, déjà lu ou pas. Il me faut apprendre et emmagasiner ce que les maîtres nous ont laissé pour évoluer. Enfin c’est ce que je pense.

J’ai aussi acheté des livres, en anglais et en français, sur l’écriture. Je n’ai pas pris les premiers ouvrages sur lesquelles ont tombe en recherchant sur internet, j’ai fais mes recherches. « A year of writing dangerously » de Barbara Abercrombie n’est pas mauvais, d’ailleurs, je poste ici les quelques « writing prompts » qu’elle nous propose en fin d’ouvrage. Certains sont très… intimes et je ne vois pas l’utilité de les poster ici.

On parlait du style non ? Donc, Zweig ! Encore. Les personnages, la psychologie, c’était cela que je cherchais depuis tous ce temps sans vraiment m’en rendre compte. J’écris maintenant en prenant conscience que mes personnages ont une vie, une pensée. En prenant en compte l’aspect social, la communication, l’environnement, les mœurs et tutti quanti. C’est très dur, pas si simple d’écrire mais c’est passionnant.

Enfin, j’ai parlé de Fitzgerald, et j’ai dis qu’un article sur lui allait arriver. Mais je voulais vous dire que « Gatsby le Magnifique » m’obsède actuellement. Le personnage de Gatsby, son aura, ses mystères, son charisme forgés par les mains de Fitzgerald. Est-ce que Gatbsy est pour Fitzgerald ce que la voute de La Chapelle Sixtine était à Michel Ange ou ce que Le Penseur était à Rodin ?

J’aime, je me ruine (économiquement parlant), je dépense beaucoup pour des livres. Le monde s’arrêtera de tourner peut-être demain, ou dans un mois, ou dans deux ans, pourquoi me priver ? Tous ce que je veux, honnêtement, c’est de lire des œuvres, apprendre et pouvoir écrire comme je l’ambitionne.

Lire et écrire me permet de m’accrocher, un pilier majeur de ma vie.

Cet article a dépassé les 1 000 mots, merci de m’avoir lu jusqu’ici. Merci à ceux qui me lisent. C’est énorme, d’être lu. On ne s’en rend pas compte mais quelle aubaine internet parfois. Je m’avance peut-être un peu, mais j’ai écrit deux nouvelles, aux antipodes de « California Rocket Fuel » qui seront peut-être poster dans les prochaines semaines. Pas de promesses, mais je suis curieux, impatient, de voir ce que vous en penserez si je décide de les partager.

Avant de finir, rapidement, un article sur New-York et sa littérature devait faire son apparition. Je n’ai pas tous les livres que je voulais, manque d’argent, et je n’ai aucune idée de comment le traiter ce sujet. Donc, pour l’instant, New-York attendra.

Merci de m’avoir lu ! Et j’espère que vous allez bien, prenez bien soin de vous et de ceux que vous aimez ! À la prochaine si une bombe nucléaires ne nous anéantit pas avant !

Quelques ouvrages de mon immense pile à lire :

Jaskiers

Abercrombie Writing prompt 5 – Coup de stress

L’heure de cours de français était enfin finie, il nous restait encore une heure à tiré. Nous avions le droit à une petite pause.

Toute l’heure passée avait été dédiée à « L’assommoir » d’Emile Zola. Je n’avais pas lu entièrement le livre, que nous devions pourtant avoir lu pendant les vacances. Quelle panacée que cette lecture !

Je me rappelle l’avoir lu jusqu’à la moitié, un peu plus peut-être. Tous les soirs avant de me coucher, très tard, je lisais ce que je pouvais, et je n’aimais pas le livre. Bien que j’eus beaucoup apprécié « Germinal », « L’assommoir » était vraiment un… assommoir.

J’ai toujours eu un soucis avec les livres données à lire au lycée. Au collège et même en primaire, je me rappel avoir lu des ouvrages intéressants qui me marquent encore. Mais le lycée semblait vouloir vous dégoûter de la littérature. Et puis, je n’aimais pas ma prof. Je crois que c’est la seule prof de français que je n’ai pas aimé. Quelque chose ne passait pas avec elle. Je ne pouvais pas la voir en peinture, ses cours n’étaient pas forcément mauvais mais elle ne dégageait pas la passion qu’avaient eu mes autres professeurs. Elle avait sa façon à elle de faire son cours, ça plaisait ou ça ne plaisait pas. Moi, ça ne me plaisais pas.

Toujours est-il qu’en essayant de me lever de ma chaise pour sortir dans le couloir, la tirette (petit bout de métal pour ouvrir ou fermer la fermeture éclair) de mon jean s’est coincée entre les lattes de ma chaise.

Donc en me levant, la chaise était collée à mon fessier.

Autant dire que j’ai eu une sacré bouffée de chaleur. J’essayais d’enlever la tirette, mais impossible. Comment j’avais réussis à emmêler ce petit truc dans ma chaise ? Il fallait que je me presse un peu car les élèves sortaient de la classe, j’allais me retrouver seul, avec madame la prof de français.

Déjà, la honte et puis elle aurait l’occasion de parler avec moi. C’était le genre de professeur à étaler votre vie privée, très privée, devant la classe. Sans gênes aucunes !

Et puis mes copains qui m’attendaient à la sortie n’auraient pas manqué l’occasion de se payer ma tronche. Aucunes pitiés !

Je mis ma main sous la chaise, pressa la tirette, la remettant droite, qui libéra enfin mes fesses de la chaise.

Je croisait le regard curieux de la professeur. Non je n’étais pas resté pour vos beaux yeux.

Je sortis dans le couloir, c’était une petite pause de cinq voir dix minutes entre deux heures de cours.

Mes camarades remarquèrent que j’étais un peu bizarre. Je donnais l’excuse de la fatigue du cours sur ce foutu livre, que j’avais bien besoin d’une pause.

Les minutes passèrent rapidement. Nous rentrâmes dans la classe. Elle allait interroger un élève, au tableau, poser des questions, voir si il avait bien lu le livre et bien sûr, c’était noté.

Je détestais, j’exécrais, ce genre de chose. Comme vous sûrement, mais une peur panique m’envahissait à chaque fois que je devais faire ce genre de chose. J’ai toujours détesté l’oral à l’école. Et encore plus avec une prof qui n’allait pas hésiter à faire remarquer à toute la classe que j’avais l’air très stressé. Et surtout, à ce moment précis, je n’avais pas lu entièrement le livre, et j’étais tellement peu passionné par sa lecture que je n’y avais pas compris grand chose.

Après avoir annoncé ça, elle fit ce que tout professeur digne de ce nom fait ; balayer la classe du regard.

La règle dans ce genre de situation, ne pas croiser le regard de la prof. Le visage neutre. Tout le contraire de ce que j’ai fais.

J’entendis la sentence : Jaskiers, allez, au tableau !

Je ne réfléchis même pas. Je me lève et je sens la chaise se lever avec moi. Cette fichue tirette était encore accrochée à mon derrière !

Mon cœur manqua un battement, ou presque. Vous savez cette sensation que vous allez sacrément être humilié devant plus de 30 personnes ? Personnes que vous devez vous coltiner tout les jours en plus de ça.

Je me rassis rapidement, prétextant ranger un truc dans ma trousse. Mais comment vais-je enlever cette chaise accrochée à mon jean sans que personne ne le remarque.

Et puis, la providence intervint !

« – Madame, vous aviez dis la dernière fois que je pouvais faire l’interro oral pour le livre

– Ah mais oui Camille ! Comment on dit Jaskiers ? Sauvé par le gong ! »

Que Dieu et tout ses Saints soient loués ! Mon corps relâcha la tension extrême dans laquelle il était. Mon esprit se déconnecta du présent, occupé à enlever la tirette d’entre l’interstice entre les deux planches de la chaise. Ce qui fut fait en moins de deux, comme si j’étais habitué.

Je chéris ce moment, remercie encore après toutes ces années Camille, la seule personne qui semblait aimer se faire interroger devant toute une classe par une professeure sans tabous ni pitié.

Je n’ai toujours pas lu l’Assommoir.

Jaskiers