California Rocket Fuel – Chapitre 4

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Rappel : California Rocket Fuel est une FICTION

Me revoilà chers lecteurs et lectrices.

Là, on est en voiture, sur le chemin du retour. Déjà j’anticipe la petite engueulade pour savoir qui de nous deux va monter les courses. Ces petites choses de merde de la vie quotidienne m’énervent. Ma grand mère avait coutume de dire que la vie était comme une tartine de merde, on en mange un peu tous les jours. Joël Robuchon (qu’il repose en paix) l’a bien garnis ma tartine, parfois je pense que s’est plutôt Maïté qui me l’a tartiné. Avec autant de classe et de délicatesse que quand elle assommait des anguilles…

Mon traitement, le California Rocket Fuel, l’essence de fusée californienne, est une foutue blague de merde. Censé être un remède contre les insomnies sévères et tenaces ainsi que la dépression aiguë et ses névroses, n’est en faite en rien un truc qui vous fait décollez votre gros cul du canapé. C’est tous l’contraire en faite. Vous dormez d’un sommeil chimique, vous vous réveillez la nuit, le matin, c’est comme une petite gueule de bois. En faite toute la journée est une sorte de gueule de bois où vous avez faim, tout le temps, vous avez la bouche sèche, tout le temps, vous avez la tête lourde, tout le temps, vous êtes fatigué, tous le temps. Les psychiatres sont de sacrés comiques parfois. « Il faut que vous sortiez monsieur Telemaque ». Mais quand t’as l’impression que tu vas tourner de l’œil n’importe quand, t’as pas envie non. T’as pas envie de tomber dans la rue, de rameuter des gens, de finir dans l’ambulance du SAMU ou des pompiers et devoir tout leur expliquer. Non, j’suis mieux chez moi.

Un jour j’ai entendu dire, et là honnêtement je ne me rappel plus où et par qui j’avais entendu ça, que les psychiatres étaient aussi fous que leurs patients. Enfin y’a un truc bizarre avec les psy. D’entre nous tous, ce sont ceux qui devraient être les plus heureux car ils savent quoi faire quand il ne vont pas bien psychologiquement et s’autosoignent ou un truc dans le genre mais je suis sûr que ce n’est pas le cas. On fonctionne bizarrement nous les humains. J’pense que c’est le libre arbitre le problème. On réfléchit beaucoup trop. En faite on réfléchit plus que nécessaire et on se fout un bordel monstre dans le cerveau. Comment dit l’adage déjà, « les cordonniers sont les plus mal chaussés » ?

Toujours est-il que le trajet se fait sans parole. Musique en sourdine. On ne se parle pas, on anticipe l’engueulade. Moi j’ai pas envie de me défoncer le dos à monter les courses mais en même temps je ne veux pas tout laisser à la demoiselle. Mais j’ai payé moi. Ouai c’est ça que j’lui dirais. C’est batard mais je ne sais plus communiquer comme il faut. Ou c’est dans ma nature et on peux rien y changer. Et en ce moment, j’aime blesser verbalement.

Comment elle peut rester avec moi, ça s’est un mystère. Je pense qu’elle doit avoir un autre gentlemen et je ne serai même pas en colère de l’apprendre. J’aurai sûrement fais la même chose. Elle ne reste pas avec moi pour l’argent, ça s’est sur, pour ma beauté, encore moins car je grossis à vu d’œil, pour ma personnalité ? Ah la bonne blague ! Si je pouvais me dédoubler je me mettrai une raclée à moi-même ! Et pour ce qui est du sexe, z’avez sûrement pas couché avec un type sous traitement anti dépressif, parce que c’est une tragi-comédie qui fini souvent par une gêne, tellement gênante que dormir est la seule activité au lit. Sa craint n’est-ce pas ? Enfin je vous en avez déjà parlé au premier chapitre. Je me répète, le traitement donne des trous de mémoires. 30 piges et déjà des symptômes de vieux.

Elle mérite une médaille ma copine comme on dit par ici.

Et nous prenons le dernier virage pour arriver à l’appartement. Des regards de biais. Qui va dire quoi ?

Je me dévoue, je lui propose de partager.
Elle répond oui sans sourciller. Et une fois dans l’appart’, il va falloir tout déballer et ranger. Et j’ai pas envie. Je poserai les sacs et j’irai me vautrer sur le canapé, fidèle ami du dépressif. Et je foutrai ma tronche dans les coussins. Et si je me fais engueuler, et bien j’ai l’habitude. Je le mériterai dans un sens. Je me morfondrai mais ne m’excuserai pas. Jusqu’aux soir, l’heure de bouffer où une autre engueulade risque de s’imposer pour savoir qui fait à bouffer et quoi. Le mieux en début de mois et qu’on a de la thune, c’est qu’on se commande un uber-eat, on se fait livrer par des jeunes gens exploités et on graille comme des morfales.

La race humaine est une sale race. On bouffe pendant que les autres triment et meurent de faim pour nous amener notre manger.

On descend de la voiture. Ça caille. Je jette un œil sur le voisin voyeur mais il est pas là, peut-être a-t-il découvert le porno gratuit sur internet. Et les autres mégères derrières leurs rideaux, on ne peut que supposer qu’elles sont là. Mais je sens des yeux qui me m’observent de partout.

Je demande à la dame de se dépêcher, elle fait se qu’elle peut. Je le sais mais c’est plus fort que moi. Vite, mon petit confort d’occidental privilégié !

J’ouvre l’énorme porte de notre immeuble.

Je vais regarder le courrier, je dis. Comme si c’était un incroyable acte de bravoure. C’en est un pour moi. Limite une preuve d’amour. On donne à l’être aimé ce que l’on peut. C’est-à-dire par grand chose personnellement.

Bien sûr, un tas de pubs que je ne regarderai pas, mademoiselle non plus. Je lui dis qu’il faut vraiment qu’on pense à mettre un stop pub ou un truc comme ça. Ça nous donnera un air « écolo » respectable devant les voisins.

Elle acquiesce et on grimpe l’étage. Devant la porte j’ai un sentiment, pas de sécurité, mais que je retourne où je suis censé être. A l’intérieur chez moi à ne rien foutre, à me morfondre et à comater. C’est ma vie, c’est comme ça. Une fatalité ? À vous de voir, mais honnêtement, votre opinion je m’en fous. Enfin peut-être que non. Je m’en fous un peu. Mais j’vous aime bien quand même hein ?

On se retrouve au prochain chapitre, le dernier, vous avez lu jusqu’ici, vous n’allez pas rater la fin quand même si ? Finissez ce que vous avez commencé ! Et faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Jaskiers

California Rocket Fuel – Chapitre 3

Index : Chapitre 1Chapitre 2

Rappel : California Rocket Fuel est une fiction

Vous êtes encore là chers lecteurs et lectrices ? Z’avez pas mieux à faire ? Fermer cette page et soyez un membre productif de la société, allez travailler et surtout payer vos impôts car c’est à ça qu’on sert au final, les employés de l’état, qu’importe votre métier. Si vous êtes malade, on veut vous soignez le plus vite possible non par bonté mais parce qu’il vous faut retourner travailler pour payer vos impôts. Et ceux qui gagnent des milliards et payent moins d’impôt que l’infirmière ? Ou mieux qui ne paie rien du tout (coucou Amazon) ? On s’en fiche, si t’es riche, tu peux faire ce que tu veux dans ce monde.

Pour ceux qui restent, et bien je ne vous juge pas. Merci d’avoir arrêter votre vidéo porno pour me lire.

Enfin on rentre dans le Super U, les trucs de sécurité n’ont pas sonné. Y’a le gel hydroalcoolique à l’entrée, ma demoiselle de dire :

« Ils vont finir par nous le faire boire ce gel !

Trump voulait nous mettre des lampes UV dans le derches donc je serais pas étonné qu’on nous le propose. D’ailleurs je fais pas la troisième dose c’est mort, on parle déjà de la quatrième. J’sais bien que l’acupuncture c’est une bonne thérapie mais on va se calmer. Et puis ça va bien se calmer un jour hein ?!»

Directe à l’entrée, y’a des galettes, j’m’y précipite mais y’a déjà une vielle sur mes talons, j’vois frangipane, j’en prends trois, j’laisse rien à mamie après tout elle va peut-être nous faire un arrêt cardiaque et personne les bouffera ces galettes donc je suis légitime. Jeune, con et insolent en plus de ça !

Bref on continue, rayons gâteaux. Je jette un œil sur mes galettes et je vois que c’est marqué sur l’emballage ‘frangipane aux amandes grises´. Amandes grises ? Jamais entendu parler de ça et j’ai ce mauvais pressentiment tu vois, que c’est pas la bonne frangipane foutrement putain de normale ! Qu’est-ce qui s’est passé avec les galettes cette année ? Sérieusement ! On peux pas avoir une foutue galette à la frangipane NORMALE !

Merde, le virus, mon cerveau en bouillit, ma copine au bout du rouleau qui veut pas me le montrer et en plus pas foutu de trouver une galette des rois digne de ce nom !

J’pose la question à ma dame au cas ou, mais non, jamais entendue parler non plus d’amande grise… faute de mieux, je garde. En plus j’ai pas envie que mamie se réjouisse de ma déconvenue donc.

Rayons bouffe, je prends des brioches aux pépites de chocolat, deux marques différentes, des PIMs framboises, ça s’est bon ! Jamais déçus. Quoi ? Qui a dis que c’était des gâteaux de vieux ?! Madame prends des céréales Trésor avec du chocolat dedans. Ça me fais bien envie aussi mais je digère plus le lait.

I’M LACTOSE INTOLERENT HAAAAAAAANN I’M A VALLEY GIRL YAH HAN HAN TINDER PREGNANT HAAANNN FUCK BOY MOI J’ÉCOUTE BILLIE EILISH TU VOIS QUOI J’SUIS DEPRESSED À MORT QUOI !

J’aime Billie Eillish au passage, et l’article n’est pas sponsorisé par kellogs, ok ? Bon continuons.

Le norset donne faim 24h sur 24. Ce n’est pas une plaisanterie. Je n’ai jamais eu si faim de toute ma vie. Non seulement ça donne faim, mais ça vous donne la gorge sèche. Et ça vous endors comme un somnifère, voir pire. Du coup vous mangez et vous dormez. Les kilos s’agglutinent à vitesse grand V. Ça ne vous rappelle pas une certaines drogue ? Cannabis ? C’est exactement la même chose. Parfois, j’espère que la France comprendra les effets thérapeutiques du cannabis. Mais on peut encore rêvé, par contre l’alcool, vrai poison, continue à détruire des vies et personnes ne dit rien. Enfin où on en était déjà ?!

Mademoiselle, prends aussi des gaufres nappées de chocolat. Et puis un autre truc mais j’regarde pas. J’ai des moments de déconnexion voyez vous, on peux me parler, j’écoute, mais je comprends pas. C’est comme si l’interlocuteur (interlocutrice aussi je vous oublie pas mesdames) parlait un langage barbare, un charabia. Donc je souri niaisement j’dis « Ah ouai… oui » et j’espère que c’était une réponse adéquate parce que sinon la personne va répéter ce qu’elle a dis et se demander ce qui va pas chez moi. C’est naturel on juge, on est tous de sacré connard quand même !

On va à la caisse, bien sûr, des articles seuls sur le tapis en face de nous. La caissière nous dit que la femme devant nous est partie à sa voiture mais nous fait passer quand même. Cool.

Je paie finalement, le sans-contact marche pas, ça m’aurait étonné. J’enfonce ma carte dans le lecteur, ça mets carte muette, pas étonnant non plus. J’attends que la caissière appuie sur un bouton pour que le lecteur se remette à la normale. J’essuie ma carte avec ma veste en espérant que ça passe.

Oui !

J’tape mon code et j’attends de voir si mon paiement passe. Toujours cette crainte d’être à sec sans le savoir bien que je sache que je ne le suis pas.

Ça passe ! Et non madame vous pouvez garder le ticket. Merci au revoir, à vous aussi, bonne journée, au revoir. Merci.

On sort, j’ai même pas stressé à cause des portiques antivols.

On fourre tout dans le coffre, madame, prévoyante avait mis des sacs au cas ou et elle a bien fais. Que ferais-je sans elle ?

Et ça repart comme en 14. Direction la maison.

On se revoit au prochain chapitre n’est-ce pas ? Merci !

Jaskiers

On voulait refaire le monde.

Ceci est une FICTION

On descendait du train, revenant du lycée. C’était un vendredi, nos ami(e)s du week-end qui étaient en internat revenaient avec nous.

Ces jours étaient agréables pour nous les demi-pensionnaires car on se retrouvait tous dans le train avec nos ami(e)s pensionnaires qui nous ramènerait chez nous pour un week-end bien mérité. C’était la pagaille dans les wagons !

Cette fois on avait même prévus quelque chose de très spécial. Deux de mes amis et moi avions prévu une petite fin d’après midi rien qu’entre nous..

La fatigue mêlée à l’excitation du week-end faisait qu’on avait encore assez d’énergie pour, une fois arrivés, traîner encore un peu ensemble dans le village.

Nous étions donc arrivé à notre gare, on était descendu. Après des au revoir plutôt mouvementés agrémentés de petites insultes, quelques coups sans méchancetés et des vœux de bon week-end échangés, mon pote demi pensionnaire et camarade de train et un autre, pote pensionnaire celui-là, décidâmes de mener à bien notre petit projet d’aventure.

Nous avons traversé la moitié du village, trouvé un petit chemin en terre longeant un champ immense. On était jamais aller ici, autant les uns que les autres. Moi j’avais un peu l’impression de partir en exploration pendant que mes potes, eux, avaient l’air plus excités par ce que nous allions faire que notre petite balade champêtre.

Voyez-vous, pour faire ce genre de chose quand on habite un village, mieux vaut rester discret. La rumeur ce propage très vite, avec bien sûr, les sacro-saintes exagérations et inventions que chacun agrémente à sa sauce au fil de son parcours. Il n’y pas personne à blâmer car nous le faisons tous, d’une manière ou d’une autre. C’est un moyen de ce fondre dans la vie du village, de faire partie de la communauté. Et Dieu sait que c’est difficile de faire partie d’un village quand vous n’y êtes pas né. C’est un peu comme-ci les gens vous prenez pour un étranger. Ce n’est pas que vous n’êtes pas le bienvenue, c’est juste que vous ne ferez jamais vraiment partie de la communauté, même si vous y mettez du cœur. Pire, si vous mettez trop de cœur à l’ouvrage, vous serrez encore plus louche à leurs yeux. En tous cas, c’était mon ressenti à l’époque. Rentrer dans un microcosme de gens qui se connaissaient depuis l’enfance n’est pas chose aisé. Même intégré, j’avais cette impression de vivre dans un pays à l’intérieur même du village.

Parfois c’était frustrant. Mais vous ne pouvez rien y changer. Il faut avoir les nerfs bien accrochés et être prêt à mettre votre ego de côté.

Nous étions arrivé à un renfoncement sur la gauche du chemin terreux. Des pierres y étaient disposées comme si un rituel druidique c’était déroulé ici la veille. Un coin mystérieux cerné par de vieux arbres. À droite, un immense champ, des vaches au loin, le soleil qui se couchait lentement. On était, le pensait-on du moins, tranquille.

Mon pote d’habitude, le demi pensionnaire et camarade de train sorti le nécessaire pour se rouler un joint de marijuana.

On profita que je sois le seul fumeur de notre trio pour rouler la cigarette magique.

Au final c’est plutôt simple, il suffit de bien tasser votre tabac en le roulant dans la feuille, de manière à ce que le tabac (et la substance que vous y mettez) prenne une forme cylindrique puis d’enrouler la feuille autour du cylindre de tabac mélangé. Bien sûr, vous aurez placer avant le « toncar », le carton en verlan, un filtre. Juste un petit bout de carton, ou un ersatz, la plupart du temps nous utilisions le cartons qui contenait les feuilles à rouler. Il vous faut des grandes feuilles pour mener à bien votre petit projet. Le toncar donc, est un petit « truc » que vous transformer en tube. Il sert aussi d’indicateur pour la quantité de tabac et autres ingrédients à insérer. Mieux vaut que le cylindre de substance ne soit pas plus gros que le toncar car cela signifie que vous avez trop mis ou mal égalé votre cylindre, et pas assez gros pourrait être encore pire, le joint pourrait se briser et vous aurez tout perdu. Trouvez le juste milieu. Et si vous bravez cette règle, votre cigarette ou votre joint risque d’être inégal et cela va être un sacré carnage et un triste gâchis une fois allumé.

Rouler est un art.

Donc qui roule craque (allume le joint), qui fournit suit. C’est l’adage à respecter pour éviter les prises de têtes. Vous n’avez vraiment pas besoin de ça avant de fumer votre joint avec les copains et copines.

Bref. J’ai fumer ma latte, honnêtement, le shit ne m’a jamais vraiment plus. L’euphorie est passable au mieux, mais là c’était de la marijuana, de l’herbe, que j’ai distillé, saupoudré le long du joint. Pas besoin de faire fondre le bout de shit et de se bruler le bout des doigts, juste de prendre l’herbe, l’effritée et la repartir avec égalité sur tous le joint. Souvent il arrive qu’une partie du joint soit plus « chargé » que l’autre, mais en aucun cas vous n’avez le droit de vous réserver cette partie, le mieux quand on fume de l’herbe en société, c’est le partage. Comme la vinasse chez les vieux et vielles du villages.

Nous étions donc là, au milieu de presque nul part, un champ avec un couché de soleil, une température douce, et des discussions qui mènent partout et nul part. Des rires, on avait soif, on avait faim. Prévoyez de prendre un petit truc à boire, de l’eau ou un soda, pas d’alcool, ne tentez pas trop le diable, et des gâteaux à manger. Le mieux sont les gâteaux apéros et chips car tous le monde peut se servir à l’envie. Prévoyez une bonne quantité de bouffe quand même.

Mais nous, nous n’avions que notre bouffe du self de midi dans l’estomac… et la fatigue des allées – retours entre la ville et le lycée, celle des cours, des profs, des sacs trop lourd à se coltiner toute la journée, les devoirs qu’on aura à faire le week-end, et recommencer ça jusqu’aux prochaines vacances.

On avait 15 – 16 ans et on pensait déjà que nous méritions bien un petit joint. De décompresser.

Je me rappel m’être adossé à un arbre, de sourire béatement et tiré sur le joint en le faisant passer.

Petit moment suspendu. On refaisait notre monde, en rigolant à chaques paroles car tout est drôle sans raison avec le cannabis.

Le toncar devient humide à force de le passer, on appelle ça « mouillé ». La plupart du temps, c’est quand un des fumeurs aux lèvres trop humides à tiré une latte. Souvent on lui reproche. Il y a aussi « la carotte », une partie du joint se consume d’un côté mais pas de l’autre, ce qui fait du gâchis et comporte un risque assez élevé que le joint soit en trop mauvais état pour être consommé. Et c’est une catastrophe si le joint vient à s’éteindre car le rallumer est presque impossible, limite inutile. La plupart du temps, c’est celui qui l’a « craqué » qui se fait engueuler. Mais ce phénomène ne tient pas que de ça, il tient de la manière dont on a « tiré » dessus et aussi, un peu, de la manière dont il a été roulé.

Notre joint était juste humide, c’est un peu désagréable mais on le fumait quand même. Et on parlait, on riait, on oubliait un peu cette semaine infernale qui recommencerait bien trop tôt.

C’était un moment ou rien ne semblait plus nous atteindre, plus à s’occuper du regard des autres, ni réflexions des parents et des professeurs, ni de l’immense poids du travail scolaire. Tout était oublié pour un temps.

La discussion était passée des événements du lycée à des réflexions plus philosophiques voir même sérieuses sur notre monde et son futur. Bien que nous étions perchés, la discutions était cohérente, parfois un peu loufoque, mais nous étions des gamins et pensions que le monde, durant ce tout petit instant, était à nous. Nous parlions culture, politique, philosophie pour finalement déborder sur le sujet qui nous préoccupez le plus, les filles.

Le temps était vite passé, plus vite qu’en cour, ça s’est sur !

Le soleil dardait ses derniers rayons, nous décidâmes de rentrer chacun chez nous. Avec ce petit pincement au cœur. Oui, j’allai rentrer chez moi, me reposer mais je quittait mes amis.

Nous avons eux après cela quelques années encore de fumette entre amis, avec de l’alcool cette fois. Beaucoup de bon souvenir, certains plutôt cocasses. Jeunesse s’est faite, certains sont partis de l’autre côté de la vie à cause de ça, d’autres ont eux leurs vies ruinées. D’autres ont réussis, certains moins qu’ils le pensaient et certains plus qu’il ne s’en sentaient capable.

Plus je vois notre présent et notre futur, plus je me dis que les jeunes n’auront pas l’opportunité que nous avons eux, nous, de faire des expériences et de vivres dans l’allégresse de notre jeunesse. Des erreurs parfois certes mais la vie est un apprentissage. On apprend beaucoup par l’erreur. C’est injuste pour eux, les nouvelles générations mais peut-être n’avons nous pas besoin de ces expériences de paradis artificiels pour profitez de notre jeunesse. Mais sortir entre ami(e)s, c’est tellement important.

Jaskiers

Chez Ithaque (texte inspiré par James Joyce.)

Accoudés au bars, les trois joyeux lurons étaient déjà bougrement pintés bien que l’horloge a cou-cou n’indiquait que 22h.

« – Hey O’culer ton tour de payer ta tournée plait-il hein !

  • La blonde va gueuler.
    Dommage qu’elle n’aiment pas se mettre une pété de temps en temps
    , dit O’cullaigh.
  • C’moi qui lui met la fessé à ta donze ! Dit Dedlumrgh.
  • Hey Bloom, on refais un tour. C’moi qui passe à la caisse.
  • Prendrez quoi m’ssieurs ?
  • Guinnes, répondit Dedlumrgh
  • Patriote le Catho ! Remarqua Kolvalsk. J’prends un baby !
  • Moi pareil. Répondit O’Cullaigh. »

O’cullaigh piocha tant bien que mal dans sa poche, approcha les shillings à quelques centimètres de ses yeux, ses deux yeux verts louchants.

« – Hey p’tain les gars j’suis riche !

  • Tu vois double surtout !
  • Tu veux j’t’aide à compter ?
  • Ah surtout pas toi Dedlumrgh !
  • Bah demerde toi alors !
  • Hey Bloom, tiens. Il tendit ses pièces et les fit tomber sur la table. Avec ça y’a sûrement assez vas-y donne.
  • Vas y Bloom on commence a rouiller t’es vraiment pas fais pour servir, donne moi l’pub tu va voir c’mment je vais l’gerer ton café ! Proposa Kolvalsk.
  • Autant le donner aux Anglais !
  • Ah ! Breton de l’Ouest de mes couilles j’savais bien que t’était un des leur ! Cria Kolvalsk.
  • Moi j’dis, hoquetât O’Cullaigh, qu’un bon Albion, c’est un Albion mort !
  • Putain ouai mon con ! »

Bloom déposa les verres, ramassa les pièces éparpillées sur le comptoir, fit un rapide compte puis déposa les shillings et pièces en trop.

« – Fortune les gars ! C’est le barman qui me paie pour boire ! »

Tous trois rigolaient quand Antoine entra.

« – Manquait plus que le petit français ! Cria le dockers Kolvalsk

  • Un français ! Sacre Bleu ! Hey prépare la prochaine tournée Bloom c’est La Marianne qui paît !
  • Toi tu perd rien pour attendre sale radin !
  • Voyez vous ça messieurs, hurla Kolvalsk debout, les bras écartés ! Le français qui dit au Catho qu’il est radin !
  • Si c’est pas du foutage de gueule ça mon con !
  • Toujours à s’plaindre ces maudits français ! Aller ‘monsieur Cock’ corico ! vient donc boire un godet ! »

Le français s’avança, serra les fortes mains calleuses du dockers Kolvalsk, les mains douces du botaniste O’Cullaigh et celle bien manucurées du comptable Dedlumrgh.

« – C’est quoi s’t’histoire de catho ? Demanda Antoine.

  • J’en sais rien c’est Kolvalsk qui sort sa d’nul part !
  • C’est qu’mon père s’est un converti, l’était Juifs avant !
  • Ah bah d’accord.
  • C’tais pour rester ici !
  • C’est pas plutôt un protestant ?
  • Ah nous les français on sait protester nous ! Dreyfus oui laisser-le tranquille !
  • C’est triste quand même moi j’dis, hoqueta O’Cullaigh, la religion la vraie, c’est la boisson ! Plus d’bois t’vois bah plus t’es heureux !
  • On s’en fou du type au Calvaire on préfère le Calva ! Éructa le dockers.
  • Moi j’dis, la religion c’est pour éviter de dormir avec la femme du voisin c’tout. Et pour nous casser les couilles avec la boisson ! Dit le français.
  • Bien dit Antoine ! Mais Sacre bleu ça m’empêche pas de baiser la tienne de femme ! Dis le comptable.
  • J’en ai pas donc comme ça t’es bien avancé.
  • Ta mère alors.
  • Pas les mères ça c’est pas Irlandais ! Hurla Kolvalsk, les yeux révulsés ouvrant grand la bouche à chaque syllabe. On accueille bien les étrangers NOUS !
  • L’a pas inventé l’eau chaude le français ! Dit O’cullaigh.
  • C’est qui d’ailleurs qu’la inventé, demanda Dedlumrgh.
  • C’est Prométhée ! Répondit Antoine.
  • Ephaïstos ! Beugla Kolvalsk.
  • Mais non ! C’est…

À cet instant résonna un bruit régulier, les quatre poivreaux se retournèrent pour jeter leurs yeux sur la porte d’entrée du pub.

Y rentra Félix, l’aveugle, qui devait changer de canne plusieurs fois par an à force de la frapper avec force sur sols et obstacles pour tâter son chemin.

« – Hey salut bigleu !

  • Hey j’suis peut-être aveugle mais pas con ! Bloom, y’a une lettre pour moi ?
  • C’est pas la poste ici Félix. Non t’a rien.
  • Bah j’reviendrai demain p’tetre y’aura.
  • Nan je te dis ici c’est un pub ! Pas de lettre, jamais, nada !
  • Attend c’est qui croit que c’est la poste ici ? Demanda O’Cullaigh.
  • Vient tous les jours. Répondit Bloom
  • Fel’ ! T’es con en plus d’être aveugle.
  • Le con de ta mère, répliqua Félix.
  • L’est aveugle depuis qu’il a vu le minou de la reine Victoria, dit Dedlumrgh. Acide sa minette !
  • Broute minou ! Cria Kolvalsk.
  • Dis t’utilise t’a canne pour aut’ chose que marcher pour la casser si souvent ! Pour ça que tu t’assois jamais ! Hurla Dedlumrgh, rouge comme une pivoine. L’était bonne celle-là hein mes cons !
  • Aussi bonne que ta femme à la cuisine, rétorqua l’aveugle.
  • Broute minou t’va brouter le gazon dans pas long !
  • T’es comptable et t’sais meme pas compter !
  • Heureusement que t’a pas à voir ta tronche dans un miroir t’ferai des cauchemars !
  • Enculé !
  • Ordure !
  • Escroc !
  • Poivreau !
  • Pignouf ! »

Dedlumrgh s’avança brusquement, portant difficilement une chaise sur l’épaule, les yeux injecté de sang.

« –Arretez vos connerie, commanda Bloom. Pose cette chaise – tu casse tu paie – et tu va me faire avoir des emmerdes ! Et Félix y’a pas de lettre taille ta route maintenant ! »

Kolvalsk, de loin le plus costaud des alcoolos ramenait le comptable, éructant d’un rire gras.
« – Faut être sacrément siphonné pour vouloir frapper un aveugle » dit le français à O’Cullaigh.
Ce dernier était affalé la tête posée dans ses bras. Le français dit triomphant :

« –C’est une première Bloom ! Un français qui couche un irlandais à la beuverie ! T’as jamais vu ça dans ton pub j’paris !

  • Il a commencé avant toi faut dire ! Et j’en vois pas beaucoup des froggies par ici.
  • Ta ta ta pas d’excuses ! Sert m’en don’ une peinte t’va voir c’que le français il taquine du gosier !
  • Les français hein ? Monsieur Antoine ! Brailla le comptablequisavaitpascompter, bon à rien à part baiser !
  • Mais tu sais ce qu’ils te disent les François ?
  • M’en fou, bon a rien ! On vous donnes tout pour casser de l’anglois et vous arrivez à perdre ! Et Dreyfus hein ?! Z’etes que des mauvais italiens !
  • Mais qu’est-ce que j’ai à voir dans tous ça moi merde j’suis marchant !
  • Va bouffer tes cuisses de grenouilles !
  • Trop occuper à manger celles de ta donzelle ! »

Puis, c’est à ce moment on ne peut plus poétique que le garde civile se pointa.

« – Messieurs !

  • Oui c’est ceux là oui j’les reconnais !
  • Mais vous êtes aveugle cher monsieur !
  • J’suis p’tetre aveugle mais pô’ sourd !
  • Silence ! Tonna la voix de stentor du garde.
  • Désolé monsieur, ils sont agités se soir. Dit Bloom
  • Comme tous les soirs dans votre gargotes on en ramasse toujours quelque pingres !
  • C’pas nous m’sieur, c’est l’aveugle qu’a commencé, plaida O’Cullaigh.
  • Ouai c’est lui, il pense que c’est un guichet de poste ici ! Comment vous pouvez le croire après ça ?! Dit le français.
  • Dans tous les cas, messieurs, vous nous offrez un magnifique tintamarre. Je crois que vous avez le droit à une loge en cellule !
  • Ah bah j’suis franc-maçon j’suis habitué ! »Répondit Dedlumrgh.

A ces mots, le colossegardecivilepascommode prit les trois pintés, les poussa dehors. Nuit noires, froidetresfroid.

« –Fais chier demain j’dois aller voir la pièce de Beats là ! Dit François.


Bah attends, demain, demain c’est loin ! Répondit Kolvalsk.


Hey il peut dire des choses intelligentes parfois lui ! Dit Dedlumrgh, se laissant trainé par le garde.

Je proteste en Protestant ! Cria Antoine.

Par Saint-Barthélémy ! » Cria O’cullaigh

Les trois mousquetaires de la Guiness furent jetés dans la berline. Cette dernière démarrât àfonddetrainlesgrelôts, les chevaux frigorifiés ne se faisaient pas prier pour galoper et la berline de faire des bonds stratosphériques à chaque mauvais tronçon de route, c’est à dire tout les 10 secondeshorlogeenmain. Cou-cou. Oiseau de malheur, plus tu l’entend, moins longtemps que tu as à vivre.

Des Icares ennivrés sarcophagés, carambolages encagés, ces têtes bosselées n’apprendront donc jamais. Ils s’envolent ces artistes de l’ivrogne Bacchus. Peut-être un Pan au tournant. Et ce manger un pin.

Il était exquis d’entendre les passagers gémirent et pour certains, vomirent, pour Félix qui annonça à Bloomlefacteurquestpasvraimentfacteur qu’il reviendrai bah… demain !

« – On va en entendre parler dans tous L’village demain à la première heure… C’est foutrement petit Dublin. Hey James, grattepapier, j’paie ma tournée, tous va bien j’espère ? Pas taché ton beau papier ? Dit Bloom.

Tutto è perfetto ! » Répondit Joyce.


Cette nouvelle est inspirée de mes lectures de Ulysse et Dubliners de James Joyce. Je me suis inspiré de son style, j’ai pioché ces mots et son style parfois atypique principalement dans son Ulysse.

Jaskiers

Écrire est un combat

Grand-père maternel, enfant de la DDAS, travailleur infatigable, amateur d’équitation, dont le rêve aurait-été de devenir Jockey, a aussi été un boxeur et un entraîneur émérite.

Les aléas de la vie ont fait que je ne l’ai pratiquement pas connus. Le peu de temps que nous avons eux l’occasions de passer ensemble se déroulaient devant la télé, avec son cigarillo au bec en regardant l’équitation.

Papy entraîneur de boxe (circa 1997)

Cet homme a survécu à un cancer, les médecins ne lui donnait pas plus de 10% de chance de s’en sortir. Mais un boxeur reste combatif même au-delà du ring.
Il gagna ce premier round contre la maladie.
Malheureusement, elle revint, plus forte que jamais et profitant du vieil âge de mon grand père, il perdit le round, et le combat.

Je n’ai jamais connu mon grand père paternel, mort deux mois après ma naissance. Fan de football, grand lecteur de livres sur la guerre, chef d’entreprise et excellent artisan menuisier. J’ai dû hériter de lui pour la passion de la lecture d’œuvres de guerres. Les gènes voyez-vous…

Je n’ai pratiquement pas connu mon grand père maternel, le boxeur, à part ces quelques petits moments passés ensembles, quelques années avant sa mort.

J’aurai tellement voulu les connaître. Il me semble qu’il est important, autant pour un jeune homme que pour une jeune femme de connaître leur grand père. J’ai peut-être cette fausse image du vieil homme à la barbe blanche fournie, plein de sagesses et d’amour. Des choses à partager, un homme qui vous suivra partout, dans tous vos projets. Ceci n’est que pure spéculation de ma part.

Je n’ai jamais pu leur dire « Je t’aime », ni à l’un ni à l’autre.

Je ne les connaît que par les autres.

Papy Boxeur a eu un fils, qui devint un très jeune champion de boxe au niveau national. Mon oncle.

Mon oncle, encore de ce monde, n’a plus l’air d’être intéressé par ses gloires passées. Les ponts ont été coupé. C’est la vie. C’est la famille. C’est comme ça… Les regrets, c’est sur les innocents qu’ils s’acharnent le plus, je ne suis pas blanc comme neige mais je n’ai jamais voulu pareille situation.

Venons en au gros sujet de l’article : J’ai eu cette passion pour le sport dans ma jeunesse, je l’ai encore mais je voulais dire par là que je n’en pratique plus.

J’ai énormément joué au football, ça fait partie de notre ADN dans la famille. (Allez l’OM en passant !) Mon frère aurait pu devenir joueur de football professionnel, le centre de recrutement de l’OGC Nice l’avait repéré. Mes parents ont refusé de le laisser partir si jeune. Je crois qu’il regrettait leur décision mais il ne l’a jamais dis à mes parents. Il me l’a dis à moi.

C’était un très bon joueur, je regrette personnellement de ne pas l’avoir regardé jouer encore un peu plus.

Papa était un amoureux du foot, mais comme moi, il était nul. Les gènes, c’est bizarres.
Il aimait aussi le sport automobile. Moi ? Je m’en fiche un peu… Beaucoup même. Mais cela reste un sport exigeant, que je respect.

Maman était (je précise qu’elle est encore de ce monde, et j’espère pour très très longtemps encore) rapide sur la piste de course, elle aimait courir, elle aime à me dire qu’elle était la meilleure, je ne l’a remettrait pas en doute car, quand j’étais encore actif, sportivement parlant, j’étais souvent le plus rapide et aussi le plus endurant. Les gènes c’est bizarre…

Mais ce que maman m’a apporté un jour était surprenant. L’amour du sport de combat : la boxe, et le catch (sport de combat le catch ?).

Un jour, elle m’a fais découvrir les films de Rocky, j’étais fasciné, on criait devant l’écran, pourtant ma mère avait vu ces films des dizaines de fois et moi, bien que je réalisais que ce n’était qu’un film, les combats m’emportaient, je découvrais quelque chose de nouveau et merde, j’adorais !

Puis mon frère m’a fais découvrir l’excellent et puissant film Million Dollars Baby de Clint Eastwood avec Hilary Swank en tête d’affiche. Le cinéma et la boxe, c’est beau.

Nous partageons avec ma mère cette même passion. Une nouvelle génération est arrivée les films portant sur le fils d’Apollo Creed, joué par le sublime Michael B. Jordan, nous attendent encore.

Voyez vous, quand j’étais enfant, ma mère était du genre à me réveiller tôt le samedi matin (ou était-ce les dimanches ?) pour regarder le catch.

Je n’ai jamais fais de boxe, je n’en ferai peut-être jamais. Ma condition physique est lamentable, j’ai déjà un gros nez et je suis déjà assez laid comme ça pour ternir mon portrait encore plus. Et la boxe, c’est une hygiène de vie exigeante, presque une religion. Des excuses toujours mais on en trouve plein pour ne pas monter sur un ring.

La discipline, la rigueur, le respect, l’apprentissage, le contrôle de soi et comme écrit plus haut, une hygiène de vie stricte. La boxe a aussi ses dieux, ses légendes et ses mythes. C’est une religion, une mythologie même. Un peu (beaucoup) comme l’écriture non ?

Revenons à nos moutons.

J’étais plutôt bon bagarreur à l’époque. Je faisais du judo à l’école, au collège surtout. Je n’étais pas très grand mais j’étais musclé. Je faisais du sport tous le temps, j’étais plutôt baraqué pour mon âge, tablettes de chocolat (qui ont fondu depuis 3 ans mais qui m’ont valu quelques compliments d’amoureuses) des épaules larges, qui, elles, me sont restées encore aujourd’hui. On m’a parfois demandé si je faisais de la musculation, je ne fais plus de sport mais la musculation, pour moi, c’était pompes, abdos et squats. Pas de salles de gyms à l’ancienne. Comme les Spartiates, à la dure !

Retournons un peu au judo, disons que j’étais le premier de la classe, oui je me lance des fleurs ! J’affrontais plus grand et plus gros que moi, et je gagnais. Le professeur, surpris, demandait aux élèves que je battais comment c’était possible, j’étais vraiment petit. Un camarade (je me rappel encore son nom, la mémoire aussi est bizarre) de dire : « Mais Jaskiers, il a du muscle ! » J’en étais fier !

Un prof de sport qui était aussi un judoka respecté et un entraîneur m’a un jour proposé de rejoindre son club. J’ai refusé.

Le judo est un sport quasi ancestral, on rend hommage à son créateur, on y apprends le respect, des valeurs, le courage, l’apprentissage et plus encore. Mais au fond de moi, je voulais du contact physique plus brutal, des poings ! Frapper, me défendre. Je voulais avoir mal (si si !) et faire mal ! Je voulais apprendre le noble art. Mais devinez quoi ?

Je n’ai jamais eu le foutu courage de passer les portes d’une salle de boxe.

Jamais je n’apprendrai à « danser » (petite référence à Billy Elliot ! ). À flotter comme un papillon et piquer comme une abeille. Comme un certain Mohamed Ali. Un athlète qui combattait la tête haute, qui a refusé d’aller se battre au Vietnam, quitte a perdre sa ceinture de champion du monde. Un athlète avec un charisme immense, un artiste du ring. Un artiste du verbe tranchant. Un artiste tout court, qui a montré au monde la valeur de ce sport. Un athlète comme nous n’en faisons plus. L’univers de la boxe a changé. Pour le pire ou le meilleur ? C’est à vous de décidez. Mais il semble que nous n’avons plus de champions comme avant. Des athlètes qui font lever des foules, que tous le monde connaît. Admirent ou détestent. Qui déchaînent les passions.

Grâce à Internet, je peux revoir des anciens combat : Thrilla in Manilla, Le Combat du siècle Joe Frazier contre Mohamed Ali, deux boxeurs qui se détestaient jusqu’à l’os – The Rumble in the Jungle Georges Foreman contre Ali, un combat autant politique que pugilistique – Evan Holyfield, Foreman, Sonny Liston, l’époque du bulldozer Mike Tyson, les combats de Marcel Cerdan (le grand amour d’Edith Piaf). Regarder ces combats me mets toujours dans une sorte de transe. Je n’aime pas la violence, vraiment, mais sur un ring, c’est différent non ? Il y a des règles, un arbitre dont le principal job est de ne pas laisser deux énergumènes s’entretuer, faisant appel à nos plus bas instincts, on veut de la castagne. Le monde est violent, mais vous pouvez choisir de regarder de la boxe, de la violence. Dans ce chaos, la violence du ring catalyse peut-être notre propre violence, et nous la rejetons à chaque coups échangés car les deux combattants sont là pour ça, se battre. Gladiateurs des temps modernes ? Totalement !

Et bien sûr, j’ai découvert que la littérature avait en réserve quelques pépites sur le Noble Art. Bien sûr, ils sont en ma possession. Enfin sûrement pas tous.

L’écriture aussi est un combat. Si vous ne me croyez pas, lisez Hemingway. Ou essayez d’écrire vous-même.

Voyons un peu :

Hurricane, la chanson mythique de Bob Dylan sur Robin Carter, un champion de boxe accusé et emprisonné à tord pour meurtres pendant 20 ans ! Jetez-y une petite oreille si vous avez envie – https://youtube.com/watch?v=bpZvg_FjL3Q

Un combat de boxe dans L’Énéide de Virgile, une œuvre écrite entre -29 et -19 avant J.C. Mieux ? L’Aède Homère place une scène de pugilat (qu’Achille organise en mémoire de son ami (amant ?) Patrocle) en plein milieux de la bataille de Troie. On situe avec plus ou moins de précision l’apparition de l’Iliade vers le VIIe siècle avant J.C. . Même Ovide dans ses Métamorphoses ( 8 après J.C.) nous gratifie d’une scène du noble art, et nous découvrons que les gants de boxe existaient déjà ! La littérature et la boxe, presque aussi vieux l’une que l’autre ?

Ceci dit : maintenant, je veux monter sur le ring de l’écriture. J’en ai l’ambition, pour l’instant. Une plume à la place des gants. Une page à la place du ring. Moi-même comme adversaire et jugera qui le voudra. Mais avant, il y a tant de travail, de pratique. Il faut ce qu’il faut n’est-ce pas ?

J’ai déjà jeté trop de fois l’éponge, cette fois-ci je n’oublierai pas ce qui m’aura fais monter sur le ring.

Quel passage pompeux ! On verra à quelle vitesse je finirai dans les cordes !

Mais trêve de bavardage, voyons un peu ce que j’ai réussis à réunir comme ouvrage sur le Noble Art (il n’y a pas les nouvelles d’Hemingway, que j’ai déjà lu mais qui ne sont, malheureusement, plus en ma possession, pour l’instant du moins, mais je vous les conseille vivement) :

  • F.X. TooleCoup pour coup – La brûlure des cordes.
  • Norman MailerLe combat du siècle
  • Jérôme GuezBalancé dans les cordes
  • Alexis PhilonenkoHistoire de la boxe
  • W. C. HeinzCe que cela coûte
  • George Plimpton Shadow Box
  • Jim TullyLe boxeur
  • Jacques HenricBoxe
  • Jack LondonSur le ring
  • Joyce Carol OatesDe la boxe
  • Thom JonesLe pugiliste au repos
  • Loïc Wacquant Corps et âmes
  • Léonard GardnerFat City
  • Daniel RondeauBoxing-club
  • Michel CheminLa loi du ring
  • Élie Robert-NicoudScènes de boxe
  • Joël WilliamsDu sang dans les plumes (pas vraiment un livre sur la boxe mais écrit par un boxeur)
  • Jack LondonUn steak – Pour 100 dollars de plus
  • Aya CissokoBoxe (édition limitée à 3 000 exemplaires, photographies inédites, nouvelles de Aya Cissoko et un DVD sur l’histoire de Robin Carter AKA Hurricane)
  • Jean-Philippe Lustyk – Le grand live de la boxe

N’hésitez pas à me recommander un ouvrage dans les commentaires !

Moi esquivant les remarques sur mon orthographe !

La boxe ne ment jamais, monter sur un ring est un moyen très fiable de savoir ce que l’on vaut : soit l’on terrasse, soit l’on est terrassé, mais on ne peut pas se mentir, ni à soi-même ni aux autres’ – La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

Jaskiers

P.S. : si vous avez encore la chance d’avoir vos grands parents à vos côtés, faite leur un bisous et dite leur bonjour de ma part s’il vous plaît.

Et si vous êtes grands parents, un bisous et je vous aime !

Joyeux Noël !

Le père Noël est venu pour Roméo. Le pauvre a passé un mauvais quart d’heure…
Un nouveau jouet !
Encore un autre ?
Attends encore ?
Décidément, Roméo a un different à régler avec le père Noël !
En plein zoomie ! Jamais eu autant de cadeaux !
Joyeux Noël à vous de la part de Roméo et moi ! Une pensée à ceux qui sont seul(e)s, qui ont perdu quelqu’un et les plus démuni(e)s.

Jaskiers

Le jour où j’ai faillis finir en hôpital psychiatrique

art work : pinterest

C’était la fin 2019. J’avais eu la (très) mauvaise idée d’arrêter mon traitement contre la dépression.

Hey quoi ! J’allais mieux ! Je n’allais pas rester éternellement sous traitement, surtout qu’étant ambulancier, conduire sous médicaments est dangereux, et aucun patron n’aurait voulu prendre de risque, ça va de soi !

J’avais déjà dû arrêter mon traitement en fin 2018, cette fois, indépendamment de ma volonté. Vivant en plein désert médical et avec les médecins en vacances, j’avais dû faire sans. Bien sûr ça a failli mal se terminer, après deux semaines je me sentais replonger avec mes démons. J’avais vite repris en début d’année rendez vous chez le médecin, il m’avait re-prescris mon médicament habituel. Les démons ont pris leurs temps pour se calmer, ils avaient par contre laissé des dégâts. Prêt à bondir au moindre nouveau faux-pas. Et si la chance de s’engouffrer une nouvelle fois se présentait, ils n’allaient pas se faire prier. Mais cela, je ne le savais pas…

Ce bref moment sans médicaments a fais revenir l’anxiété en flèche, impossible de contrôler mes tremblements, les pensées néfastes, noires comme de l’ébène m’attaquaient dès le réveil.

Bien que le traitement avait été repris, il a fallu du temps pour que le médicament fasse sont effet. Comme tout traitement antidépresseurs.

Puis, tout est redevenu à la normal. Ou presque.

Le contraste entre la souffrance et l’apaisement a fais que je me sentais guéri. Au final, me suis-je dis, si cette fois j’arrêtais mon traitement par moi même, car je me sentais prêt à affronter la vraie vie sans artifice aucun, peut-être réussirai-je a vivre sans, à être libre, guéri et reprendre ma vie en mains.

Quelle erreur !

Les deux semaines après mon arrêt volontaire ce sont déroulées normalement. J’y étais enfin arrivé ! J’étais encouragé par certains proches à abandonner, je pensais qu’ils m’aideraient si les choses tournaient mal…

Bien sûr, l’inévitable est arrivé. Et c’était pire, bien pire que la dernière fois. Le faits de me l’être imposé, pensant réussir sans, pensant avoir la force de vivre sans béquilles médicamenteuses, l’intime conviction que je pouvais être libéré de ces médicaments n’ont pas suffis, loin de là, à rester sain d’esprit.

Ces deux premières semaines sans antidépresseurs ont été positive, comme je l’ai écris plus haut, tout avait l’air de ressembler à un bon et nouveau départ.

Et puis est arrivé ce qui devait arriver. La re-descente aux Enfers de mon esprit.

Passez Cerbère, le Styx, illico dans l’antre de l’horreur de mon esprit, là où se nichent mes Érinyes, mes démons.

Je me rappel avoir craqué, en larme, criant dans mon bureau qui ressemblait maintenant à un capharnaüm. Mes yeux brûlaient de fatigues, mon corps tremblait à chaque instant, même la nuit je me réveillais parfois en criant, en sueur. Mes nerfs, mon système nerveux, je sais que ce n’est pas possible, mais j’avais l’impression que mon réseaux nerveux était en feu. Mon esprit se battait, tous les jours. Comme un Sisyphe, chaque matin il fallait recommencer à affronter la terreur.

Je ne mangeait presque plus, la faim avait disparu. Mon cerveau a demandé à mon corps de lâcher, mais mon corps est solide, mon système nerveux était fracassé mais mon entité physique elle ne lâche pas facilement.

Mais j’ai tremblé. Tellement.

Je passais des heures à regarder le sol, le sol car il n’y avait pas ou peu d’information à apporter à mon cerveau, ceci est dur à expliquer : le sol, c’est juste un sol. Mon cerveau devait-être en surchauffe et a décidé de ne regarder que des endroits vierges ou presque de toutes informations, informations qui passeraient par mes yeux et finiraient traitées par mon cerveau épuisé. Ne pas regarder. Sinon :

Quatre symboles sur cette partie du mur, selon le pattern il devrait y en avoir 40 au moins, chiffres pairs c’est mal, le 3 c’est mieux, le père mort, le fils mort et le sain esprit qu’à besoin d’un psy. Je vais devenir aveugle si je ne compte pas entièrement tout les symboles, il est quelle heure 13 heure ? 13 ça porte malheur attendre 14 h c’est mieux, 14h03 même car 03, la sainte trinité, et mon père c’est ma faute si ça s’trouve c’est parce que j’ai mal compté, ramasser la poussière à la main car j’peux compter mais pas penser au bonheur sinon je l’aurai pas donc j’vais pas le jeter et faut que regarde cette vidéo YouTube si je le fais pas ma mère attrapera un cancer et ça sera d’ma faute et j’dois souffrir pour mon frère ça aurait dû être moi pas lui et ne pas parler surtout à la minute 08 juste pour être sûr puis ect…

La folie était déjà là mais je ne me l’avouais pas. C’est les autres qui sont fous, pas moi !

Je luttais comme je le pouvais, c’est-à-dire presque plus. A par lire, et encore, je ne pouvais pas (plus) faire grands choses.

La date anniversaire de la mort de mon père arrivait. Trop, c’était trop. Je ne pouvais encaisser la décharge de pensées, d’émotions, de démons, de tristesses et de réflexions qui arriveraient avec cette date.

La veille de l’anniversaire, j’ai décidé que j’allais me faire du mal, pour demander de l’aide ou mieux, pour mourrir. Je voulais mourrir doucement, comme avoir un cancer et ne pas décider de se soigner. Sachant que ça aurait été mes derniers moments sur Terre, je me serais libéré de mes carcans et supprimé en même temps mes démons pour vivre libre quelque instant en sachant que la mort viendrait me libérer.

Debout à côté de mon lit, dans le noir, je me suis mis des coups de poings dans mes côtes flottantes, espérant briser une côte qui, elle, endommagerait un organe interne, un foie, un rein, la vésicule biliaire, le pancréas, l’estomac ou même des organes, pourquoi pas aussi une artère, une veine n’importe quoi, je ne connais pas grand chose à l’anatomie du corps humain… il fallait que je m’inflige quelque chose de grave, d’irréversible. Je ne sais pourquoi j’ai choisi cette « méthode ».

Les coups que je m’infligeait faisait un bruit sourd, et moi de taper de plus en plus fort. Je ne ressentais aucune douleur, pourtant je frappais au niveau où la cage thoracique semblait la plus vulnérable.

C’est là qu’un coup, finalement, m’enflamma le côté droit du corps, la respiration presque coupée, une douleur, franche, s’était insinuée au milieu de mon ventre.

Je m’étalais sur mon lit, respirant, souriant. Enfin la douleur ! Physique et non psychique, cette dernière, personne ne l’a prend au sérieux ! La douleur physique, elle, est normale.

Peut-être que j’aurais la chance de ne pas me réveiller demain matin.

La fatigue prit l’ascendant sur la douleur. Je m’endormis… pour me réveiller. Vivant.

J’avais mal aux côtes droites mais c’est tout. J’avais échoué et je n’avais aucunement la force, mentale, de recommencer.

Seul la lecture m’apaisait mais ce n’était pas assez, je ne pouvais même plus écrire. Trop de tremblements et aucunes pensées saines ni cohérentes.

Des jours à affronter une dépression aiguë, des névroses extrêmes, une anxiété débilitante, jusqu’à ce que je demande de l’aide.

Mon médecin traitant est venu à domicile. Me voyant dans l’état lamentable où j’étais, nous parlâmes d’une potentiel hospitalisation. J’étais d’accord. Allons-y, pourquoi pas, finissons-en. Tout un côté de ma famille voulait que je sois hospitalisé, pour eux c’était la chose à faire.

Le médecin appela un ami à lui, psychiatre, qui accepta de me recevoir en urgence pour évaluer mon état et voir si une hospitalisation s’avèrerait nécessaire. La consultation était primordiale, l’hospitalisation n’était pas forcément sur la table.

Le médecin parti, il me prescrivit 3 piqûres de Valium et mon antidépresseurs habituel. J’ai eu le droit à la leçon de morale, méritée, du docteur, ne jamais arrêter son traitement sans en parler à son médecin.

Je pleurs. D’une part je pleurs car j’ai peur de ce qui va arriver, de l’autre je suis heureux car je vais peut-être moins souffrir. Et puis je me demande si on peut lire à l’hôpital psychiatrique.

Mes proches appellent un taxi et une infirmière au cas où je reviendrai de l’hôpital, les piqûres ne se font pas toutes seules.

Il est 19 h quand je quitte mon domicile pour grimper dans le taxi. Le même qui a emmener mon père à sa chimiothérapie, le même chauffeur.

En route, nous parlons. Cela faisait des jours que je n’avais pas eu de conversation avec quelqu’un. Je tremble de tout mes membres mais de parler avec le chauffeur m’aide à me détendre. Nous passâmes à travers le village, je n’étais pas sorti depuis tellement longtemps que j’avais presque l’impression de le redécouvrir. J’espérais en moi-même que personne ne me voit dans le véhicule. Dans un village, les informations, les rumeurs et ragots circulent à grande vitesse. Le fou du village, c’était moi…

Le trajet prit un quart d’heure. Nous arrivâmes.

Je fut accueilli par une infirmière à l’accueil d’urgence. En faite, je croyais que c’était l’accueil, je me retrouve en faite en plein milieu de l’hôpital, dans son cœur même car les patients y mangeaient.

L’infirmière referma derrière moi.

« On a un fugueur » me dit-elle.

Autant vous dire que je n’aime pas, je déteste, j’exècre être enfermé contre mon gré, comme beaucoup de personnes vous me direz, c’est normal mais j’en ai une peur panique. Par exemple, je ne ferme pas la porte des toilettes à clé, je suis resté coincé dans des toilettes à l’école primaire, je ne ferme pas non plus la porte à clé quand je prends ma douche au cas où je tombe et me blesse ou qu’un incendie ou un truc dans le genre se déclare. Je ne prends jamais d’ascenseurs de peur de rester coincé, cela m’est arrivé quand j’étais petit. Je ferme quand même la porte de chez moi à clé, être cambriolé (ou pire) ne fais pas parti de mes projets.

Je suis maintenant enfermé, je vois des patients déambulants, traînants les pieds, le regard dans le brouillard. Leurs regards n’étaient pas vides, non, ils pensaient, rêvassaient peut-être. Une femme dans la quarantaine me dévisagea de la tête au pieds, nos regards se croisèrent, elle devait sûrement penser : « Hey bien, encore un jeune qui va nous rejoindre, là-bas dehors, ça ne s’arrange pas

Elle continua sa marche, doucement, elle semblait être autre part. Perdue dans la recherche de quelque chose qu’elle ne trouvera sûrement pas ou plus.

Un jeune homme, je dirais dans les 25-27 ans arriva, des boots noires aux pieds, la coupe de cheveux à la mode, rase très court sur les côtés et une mini queue de cheval sur la tête. Il regarde les autres patients manger. Il semble être à l’aise ici.

L’odeur de soupe, cette odeur épaisse, qui aurait presque une consistance à elle seule me monte au nez, mélangée avec l’odeur de javel qu’à tout les hôpitaux me donne une seule envie : fuir.

Pour ne pas arranger la situation, certains patients se mettent à crier, une infirmière accourt, d’une table à l’autre, demandant à ses patients de se calmer où la prochaine fois, ils mangeront seuls.

Ces cris m’ont rappelé mes visites à mon arrière-grand-mère paternelle à la maison de retraite. Elle était centenaire et non, ce n’était pas elle qui criait, elle avait toute sa tête, elle était un phénomène qu’elle disait. Deux guerres mondiales, 4 enfants à élever pendant que son mari était dans le maquis. Les nazis ont cogné à sa porte, soupçonnée d’avoir donné refuge à un réfractaire au STO (elle avait bien donné refuge à un réfractaire, un collègue de mon arrière-grand-père).Jamais elle n’a perdu la tête elle, à croire que les générations d’antan était faites d’un autre bois. On soignait la dépression à coup de Pinard à cette époque, mais elle, elle n’a jamais touché une goutte d’alcool et encore moins fumée. Elle est partie à 1 mois de ses 106 ans.

Retournons à ma petite visite en psychiatrie.

Après les cris, une infirmière demande qui a éteint la télé, un patient répond que c’était lui, personne ne l’a regardé cette émission ! L’infirmière de rétorquer : Avez vous au moins demandé si personne ne l’a regardé ? Et lui de répondre non, et de se prendre une petite semonce. La télé est rallumée.

C’est à se moment que j’entends « La chambre du nouveau patient est prête. » Une infirmière, jeune, 22 ans grand maximum, brune, yeux gris, plutôt petite, teint bronzé et sacrément belle demande où peut bien être ce nouveau patient.

Parle-t-elle de moi ?

À tout hasard je répond : Je suis là !

Elle me fait un signe de tête me disant qu’elle a compris et demande à ses collègues « le numéro de chambre du nouveau patient c’est laquelle déjà car il est là ».

Là, c’est un électrochoc, l’hospitalisation était probable mais pas certaine, je devais voir un psychiatre avant.

Je m’adressa à une infirmière, dans la cinquantaine, sûrement la chef de service, je lui dis qu’une hospitalisation n’était pas sûr, que je devais et voulais voir un psychiatre d’abord.

Elle me regarda d’une moue étonnée, on l’avait appelé pour une hospitalisation. De toute façons, le médecin de garde allait arriver, je n’avais qu’à l’attendre. (Après tout, on appelle pas « patient » les patients pour rien…)

Retour donc au petit sas d’entrée. Mon chauffeur m’attend… et moi aussi d’attendre ce docteur qui tient peut-être en main mon futur. Mais ma décision est déjà prise, je ne resterai pas ici.

Tout les voyants de mon mental fracassé virèrent aux rouge ! Enfermé dans un endroit qui ne respire pas du tout la sérénité ni la guérison, c’est l’instinct de fuite qui à prévalu chez moi. Je ne peux pas partir en essayant d’enfoncer la porte, il va falloir m’affirmer devant le docteur, rester sur mes positions tout en prenant des décisions pour ma guérison.

Je reste 10 minutes à me motiver, sans bouger, en regardant le sol. Je ne céderai pas, je veux rentrer chez moi avec ma médication, me stabiliser et passer à la suite de ma guérison. Je le sais, je le sens, ici ce n’est pas pour moi.

Le docteur rentre, je trouve qu’il titube et je pense sentir un léger relent d’alcool, odorat entraîné par un père alcoolique, j’ai l’odorat et la vue extrêmement bien calibrés pour repérer l’effet de l’alcool chez quelqu’un, surtout quand il essaie de le cacher. Directe je m’imagine le psychiatre à bout, un boulot difficile et peut-être qu’il est en plein divorce, un truc comme ça.

Je lui souris de toute mes dents, lui adresse un bonsoir, lui tend la main. Réflexe. (C’était avant la Covid hein…)

Lui, passe tout de go, sans même me répondre et se dirige je ne sais où.

J’attends encore, le balais des infirmières (toutes des femmes) est ma seule distraction. Dès que je vois un patient je baisse les yeux, je suis comme eux tout compte fait. Je relève brusquement mon regard à chaque fois qu’une infirmière passe. Je le comprend maintenant que je l’écris, j’avais devant moi le reflet de ma maladie : les patients. Peut-être que mes proches avaient cette même vision.

Mon attente s’arrêtent brusquement quand une grande infirmière de 40 ans, les cheveux courts et dont la teinture blonde commençait à déteindre me demande de la suivre.

Putain mais où je vais là ?

Et bien en faite pas loin, quelques mètres. J’entre dans un bureau, le docteur est assis devant son ordi, l’infirmière s’assoit au bord de la table, stylo bic et énorme bloc note posés sur la table.

Je n’attends pas que l’on me propose de m’assoir, comme le veut la politesse. Je passe entre les deux chaises qui me sont proposés et manque de m’étaler.

Je tremble.

À ce point, je ne me rappel pas exactement de la conversation. Je me rappel du fort accent du psy, de l’infirmière qui écrit et me demande des renseignements sur ma situation.

Au docteur de dire : « Monsieur Jaskiers, dans l’état où vous êtes, là, j’ai peur de vous renvoyer chez vous ! Vous avez l’air vraiment très mal, vous n’arrêtez pas de trembler !

– Non je ne veux pas rester là, j’ai peur, je pense pas que cela soit bon pour moi.

– Restez avec nous 1 ou 2 jours aux moins, en observation. Dit l’infirmière.

– Non, désolé mais je ne peux pas. Je vais rentrer chez moi, le docteur m’a donné des piqûres de Valium puis je prendrai rendez-vous avec l’un de vos médecins pour voir pour un traitement.

– Vous êtes libre monsieur, mais je vous dis qu’en temps que professionnel, vous serez bien ici.

– Oui j’comprends bien mais je ne peux pas être ici.

L’infirmière : – Vous avez peur ?

– Un peu. Je veux rentrer chez moi, prendre mon médicament et dormir. Je verrai un psychiatre mais je ne veux pas être ici.

– On nous a parlé d’hospitalisation pourtant.

– Appelez mon médecin traitant et il vous dira qu’il était question d’abord d’une consultation puis, peut-être, d’une hospitalisation.

– C’est n’importe quoi.

Le psychiatre d’appeler mon médecin traitant, qui lui confirme mes dires. Ce n’étais bien sûr pas le psychiatre que mon médecin traitant avait eu au téléphone quand il était chez moi. C’est dire la confusion qui a régné durant tout l’entretient et avant…

Et un ping-pong d’arguments et de contre-arguments se déroule entre nous trois. Mais je n’ai pas cédé.

L’entretien finit, l’infirmière me déverrouille la porte de sortie. Je crois n’être jamais sorti aussi vite d’un établissement de ma vie.

Je saute dans le taxi, direction la maison.

Le lendemain matin, j’ai le droit à un piqure de Valium dans la fesse droite (désolé pour les détails). Les couleurs sont devenues… intenses, l’anxiété quittait mon corps, la faim revenait. Sacré drogue. J’ai eu ce traitement pendant 3 jours, puis je n’ai eu que les antidépresseurs pendant 1 mois, 1 mois d’anxiété abrutissante avant de voir un psychiatre.

Un super psychiatre, un excellent. Il m’a tellement aidé.

Maintenant, j’ai déménagé, je ne le vois plus mais je suis content de moi car j’ai demandé de l’aide et je mesure la grande chance que j’ai eu d’avoir rencontré un très bon psychiatre.

Aujourd’hui, la vie suit son cours dans une nouvelle ville, loin de mon village, tant mieux. Les soins continuent, le traitement est fort mais il faut ce qu’il faut. Et le plus important, j’ai ma famille, ma mère et ma sœur à mes côtés. Il y a des jours avec et des jours sans. La lutte sera encore longue et difficile, je le sais.

Et durant tout ce temps, les livres, silencieux compagnons remplis d’histoires m’ont tenu compagnie, même dans les moments où le sombre gouffre dans lequel je m’étais fourré raisonnait de mes plaintes, pleurs et cris pathétiques, ils m’apportaient la lumière, le réconfort, couvants en moi la voix de l’espérance. M’ouvrants la voie d’un futur possible.

C’est ainsi que je me suis passionné pour Hemingway et ses œuvres.

Pour terminer, juste un petit message personnel https://youtube.com/watch?v=26Nuj6dhte8

Si vous souffrez actuellement, demandez de l’aide est la meilleure chose que vous pouvez faire. C’est un énorme pas en avant, vers la voie de la guérison. Vous n’avez pas nécessairement à dire « oui » à tous ce que l’on vous propose, écoutez-vous aussi. Mais gardez en tête que le combat contre la maladie psychique ne peut pas être gagné seul. Se battre seul contre la maladie c’est comme vouloir courir sous l’eau, c’est ne pas avancer malgré tout les efforts que vous y mettez et s’épuiser.

Voici un numéro d’aide en cas d’urgence, pour vous ou un proche en difficulté : S.O.S suicide : 09 72 39 40 50

La guérison prend du temps, tout ce qui est important dans la vie en prends.

Ne désespérez pas, et n’oubliez pas que si l’aide apportée ne vous convient pas, ou que quelque chose vous dérange, vous avez le droit de dire non. Mais vous vous devez d’écouter vos proches et les professionnels de santé pour avancer.

Si je l’ai fais, vous pouvez le faire aussi.

Jaskiers

Voyage littéraire à New-York… un article échoué.

L’envie de voyager à New York m’a pris par surprise.

Il y a presque 1 an de ça, je voulais l’Alaska, la tranquillité, la nature, la beauté, le sauvage, l’animal, l’indomptable et rien d’autre.

Et voici que maintenant, c’est au tour de la Grosse Pomme de m’obséder.

Ce que je connais de New-York ? Malheureusement, mon premier souvenir est le 11 septembre. Il fallait que je le mentionne dans cet article. J’avais 7 ans et j’étais devant ma télévision, comme sûrement beaucoup d’entre-vous.

Puis-je parler de ma génération comme la génération des attentats sur les Tours Jumelles ?

J’ai vu en direct cette horreur, je pense que ma mémoire me fait défaut, et je ne veux pas vérifier sur internet, mais je crois me rappeler avoir vu le deuxième avion de ligne percuter la deuxième tour. En live.

Je me rappel avoir été confus. C’était à la télévision, ça avait quelques choses de… cinématique ? Je sais que ces propos peuvent choquer, mais je n’ai pas compris de suite ce qu’il s’est passé. Il a fallu l’intervention d’un proche, mon frère en l’occurrence, pour m’expliquer que c’était réel, que des gens étaient en train de mourrir, sous nos yeux.

Et comme n’importe quel gamin, j’ai demandé pourquoi ? Les morts, la mort, dans ma petite tête d’idiot, ça n’avait pas encore de sens, ou du moins peu.

Le terrorisme ? Encore moins. Aller expliquer à un gamin que des adultes tuent d’autres gens « juste » pour nous faire peur. Les enfants comprennent bien des choses, mais pas ça. Ce qui fait peur, c’est les monstres et les monstres ne ressemblent pas à des humains quand nous sommes enfants.

Le jour d’école qui a suivis, tous le monde parlaient des attentats. Nous confondions l’Amérique et l’Irak et l’Afghanistan, les méchants et les gentils.

Je me rappel qu’en classe, on nous avait distribué « Le Petit Quotidien » expliquant, du moins essayant d’expliquer ce qui s’était passé.

Le Petit Quotidien était un petit magazine en papier destiné aux enfants et qui était parfois distribué en classe, en tous cas dans mon école (publique je précise). C’était toujours un petit moment de joie de recevoir ce petit journal, c’était vraiment intéressant. Je ne me souviens plus par contre si, après l’avoir lu, j’avais mieux compris les « raisons » et les conséquences. Enfin si, les conséquences, à mon niveau, c’était l’arrivé de nouveaux mots dans mon vocabulaire : « Terrorisme », « U.S.A. », « Irak », « Armes de destructions massives », « détournement »,« plan vigipirate » ect…

Le plan vigipirate était quelque chose de concret pour moi. La première fois que je l’ai entendu, j’ai bien sûr, dans mon innocence, pensé aux pirates, aux corsaires, aux types barbus aux visages scarifié avec un perroquet sur l’épaule, un crochet à la place d’une main, une jambe de bois, sur leurs vaisseaux fait de bric et de brac avec un drapeau avec une tête de mort blanc sur fond noir (maintenant, un autre drapeau avec les mêmes couleurs et bien plus terrifiant qu’il existe vraiment essaie de faire régner la terreur…) flottant au sommet du mât, prêt à aborder n’importe quel autres bateaux.

Ma mère m’a expliqué, tant bien que mal ce que signifiait ce terme. J’ai vite compris, d’autant qu’il était plus facile de l’expliquer, et pour ma petite personne, de comprendre, quand il était devenu interdit de se garer devant l’école, des grilles venaient d’être placées devant mon école primaire avec sur chacune d’elles un triangle rouge marqué « plan Vigipirate ».

Et puis, nous pourrions en venir aussi à 2015. Là le choc a été terrible.

Ne nous méprenons pas, je n’ai perdu aucun proche, je n’ai pas été blessé, personne que je connais n’y était, ce soir là.

Quand j’ai vu l’âge des victimes, les lieux du massacres, je me suis dis que c’était ma génération que l’on attaquait. Certain(e)s victimes avaient mon âge. J’aurais très bien pu, si j’avais vécus à Paris, être avec eux.

J’allais dans des bars, des boites de nuits, avec mes ami(e)s dans ma petite bourgade de province. On c’était attaqué à mon identité et à ma liberté. Paris était certes loin mais le choc a résonné et a terriblement secoué la jeunesse française.

J’étais tellement en colère et triste à la fois. Même aujourd’hui. Je me sens pitoyable car je n’ai pas était une victime de ces attentats, comme je l’ai dis je n’ai perdu personne. Je n’ai pas été meurtri dans ma chair. Ma colère et ma douleur n’était (n’est ?) rien en comparaison des victimes de ces horreurs.

C’était une jeunesse insouciante qu’ils avaient massacrées. Une jeunesse qui veut changer le monde mais qui avait aussi besoin de s’amuser, de danser, d’aimer, d’être encore insouciante avant que le futur l’attrape et lui impose des responsabilités.

Ils ont souillé notre jeunesse dès le 11 septembre 2001.

Blâmez autant que vous voulez cette jeunesse, mais nous avons grandis dans, ou plutôt, à travers, cette terreur et maintenant, nous et les générations encore plus jeunes faisons les frais d’une pandémie qui fait de notre futur un futur plus sombre qu’il ne l’était avant l’arrivé du virus.

Ma génération a déjà vécu plusieurs temps, l’après et l’avant 11 septembre, après et avant les attaques sur Paris, l’après (y’en aura-t-il un ?) et l’avant coronavirus.

Ce qui devait être un article sur New-York c’est retrouvé être un article tout autre. Plus sombre. Je reviendrai parler de la ville qui ne dort jamais, de ce que je voulais vraiment écrire à propos de cette ville, c’est-à-dire voyager à New-York avec les livres.

Je voulais finir cet article en disant que je fais la différence entre religieux et terroristes. J’ai eu la chance de grandir avec des musulmans, des juifs, des chrétiens, des athées ect… J’en suis heureux car je me rappel de cette époque, enfant, ou la religion, ou la couleur de peau n’avait aucune valeurs à nos yeux. On jouait au foot, on s’amusait sans jamais, jamais, faire de différence. Il n’y a que les adultes pour faire de ces choses une excuse pour justifier leur propre mal-être. Il faut être un adulte pour se concentrer sur ces choses, il faut être névrosé, rester hermétique à tout changement et aux opinions des autres pour inculquer la haine.

L’adulte est un enfant qui croit que sa vie est dure à cause des autres. L’enfer, c’est les autres comme nous le disait Sartre. Freud nous dirait que c’est à cause de notre mère. Mais au final, moi, je dis que c’est l’ignorance, le fait de se croire supérieur, le fait d’avoir oublié que quand vous étiez gamin, la religion des autres vous importez peu, même pas du tout. Que le principal, c’était de chasser des dragons dans un donjon ou d’être une princesse parlant aux animaux. Ça vous l’avez oublié. Pourtant, relisez L’Iliade et l’Odyssey d’Homère, vous verrez que même adulte, vous serez transporter, retour aux sources de l’imagination, celle qui vous fait réaliser que le dragon que vous chevauchiez, que la princesse parlant avec les dauphins sont encore là. Laissez cette imagination, cette innocence reprendre du terrain sur la morbidité qu’est la vie d’adulte.

Pour finir, le terroriste n’est pas un religieux. Il viole la religion et l’utilise comme bouclier pour « justifier » ses agissements. Il ment et manipule, au nom d’une religion qui, elle, ne prône pas l’assassinat, la torture ni les massacres.

Restons solidaires et fraternels. Qu’importe la religion, restons ferme contre ceux qui pensent pouvoir nous diviser, nous monter les uns contre les autres, nous dires d’avoir peur de l’autre car il est différent. La différence n’est pas un mal mais un atout, c’est cliché mais nous pourrions au moins essayer.

La tolérance, ce que nous avons besoin pour rester unis.

Divide et impera disait Machiavel.

Ne nous laissons pas berner par la haine et la terreur. Nous avançons beaucoup plus, plus loin, ensemble.

À bientôt, j’espère, pour mon article sur New-York, ses écrivains et ses livres.

Jaskiers

R.I.P tome 1-Derrick, Je ne survivrai pas à la mort par Gaet’s & Monier

Quatrième de couverture :

Tu veux savoir ce que je fous de mes journées ? Attends un peu que je te raconte. Ça vaut pas un cachou ma vie, mais je suis prêt à parier que tu ne tiendras pas jusqu’au bout.

Ayant vu ce livre sur pas mal de blog et de bon retour, je me suis dis, « pourquoi pas ? »

Le scénario ? Celui d’un homme et de ses collègues dont le métier est de nettoyer les endroits où des personnes sont décédées (crime, suicide ect…). Curiosité malsaine doublée par une quatrième de couverture provocante. J’ai cédé.

Suis-je resté jusqu’au bout ?

C’est l’histoire d’un mec (salut Coluche si tu nous regarde d’en haut) dont le job est de nettoyer les maisons des personnes décédées dans leurs demeures et sans famille.

Il déteste ce travail et va commettre une erreur en essayant de trouver une porte de sortie pour ne plus faire ce métier plus que glauque.

Parlons de glauque. L’ambiance est crade, dégoûtante. Les personnages, les cadavres sont aussi déroutant les uns que les autres. C’est morbide. Des hommes dont le psyché est atteint par leur vie professionnelle atypique. Ou peut-être étaient-ils déjà atteints avant de commencer ce job des plus… révulsants.

Une des premières planches de l’ouvrage. Glauque à souhait. Ça annonce la couleur !

Il faut avoir le cœur bien accroché. Les couleurs portent sur le spectre de la saleté, la poussière, les insectes mangeant les cadavres, la pourriture. Et la misère humaine à son paroxysme, mourrir seul, vieux et souvent dans la misère. Un ouvrage coupe-faim et pas forcément là pour vous donner le moral.

Le dessin est bien sûr excellent.

L’histoire est des plus originale, et les deux artistes l’ont bien développé.

La narration et les dialogues reflètent bien le feeling de types complètement pommés dont le futur semble être aussi morose que leurs gagne-pain.

Je conseil, si vous aimez le glauque, les scénarios originaux et le cœur bien accroché !

Plusieurs tomes sont disponibles, un tome pour chaque employé de cette morbide entreprise, si le coeur vous en dit… enfin si il est toujours à sa place !

Bon courage pour cette lecture cauchemardesque si l’aventure de cette bande de déglinguée vous tente !

Jaskiers

Un été (pluvieux) avec Rimbaud et Tesson

Il y a maintenant pas mal d’années que j’ai lu Une saison en enfer et Illumination. La jeunesse faisant, je n’avais pas encore encaissé proprement Rimbaud. Je me rappel l’école et mes lectures personnelles de Rimbaud. Lectures personnelles dû aux faits qu’Arthur Rimbaud était (et reste) une des plus grandes influences de Bob Dylan.

C’est en achetant le livre de Tesson que j’ai réalisé qu’il me fallait peut-être relire Rimbaud avant. Pour cette fois le lire avec un état d’esprit différent.

Relire Rimbaud n’est sûrement pas une panacée durant un été qui a été pluvieux.

Les cahiers de Douai

Quatrième de couverture :

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme […] »

À 16 ans, il rêve d’horizons lointains et de cieux infinis ; admire la nature et les jeunes filles dans la rue ; se révolte contre la guerre et s’émerveille devant la sensualité du monde. Son âme est vagabonde, son cœur, passionné ou indigné, son esprit, lyrique et toujours curieux. Lui, c’est le jeune Arthur Rimbaud, dont les premiers poèmes, déjà impressionnent, interpellent et rendent palpable l’exaltation de la jeunesse.

Les Cahiers de Douai est un ensemble de vingt-deux poèmes d’une étonnante intensité. S’y déploie une langue nouvelle qui s’émancipe de la poésie classique et, de fulgurances en ruptures, ouvre la voie à la modernité.

Rêvé pour l’hiver

A*** Elle

L’hiver nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fou repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu sentira la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le coup…

Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,

— Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

— Qui voyage beaucoup…

En wagon, le 7 octobre [18]70

Poème d’Arthur Rimbaud du recueil Les Cahiers de Douai.

Une saison en enfer | Illuminations

Quatrième de couverture :

Le désordre somptueux d’une passion exotique, éclat d’un météore, selon Mallarmé ; un ange en exil aux yeux d’un bleu pâle inquiétant, pour Verlaine. Un « éveil génial », et c’est Le bateau ivre, une « puberté perverse et superbe », puis un jeune brièvement « ravagé par la littérature », le maître d’une « expression intense » aux sujets inouïs – tout cela dans un mince volume, dû au poète touché, puis déserté, par le génie, « aventure unique dans l’histoire de l’art ».

Petite précision utile pour un potentiel achat de votre part, ce recueil contient en fait un grand nombre de poème écrit par Rimbaud avant Une saison en enfer et Illuminations.

Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corp et pour l’âme, – le viatique,- on a la médecine et la philosophie, – les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient ! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !…

La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?

C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très-certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.

Extrait de Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud

Promontoire

L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick en large en face de cette Villa et de ses dépendances, qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie ! Des fanums qu’éclaire la rentrée des théories, d’immenses vues de la défense des côtes modernes ; des dunes illustrées de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des Embankments d’une Venise louche, de molles éruptions d’Etnas et des crevasses de fleurs et d’eau des glaciers, des lavoirs entourés de peupliers d’Allemagne ; des talus de parcs singuliers penchant des têtes d’arbres du Japon ; et les façades circulaires des « Royal » ou des « Grand » de Scarbro’ ou de Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions dans cet Hôtel, choisies dans l’histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l’Italie, de l’Amérique et de l’Asie, dont les fenêtres et les terrasses de présent pleines d’éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouverts à l’esprit des voyageurs et des nobles – qui permettent, aux heures du jour, à toutes les tarentelles des côtes, – et même aux ritournelles des vallées illustres de l’art, de décorer merveilleusement les façades du Palais. Promontoire.

Poème en prose issue de Illuminations d’Arthur Rimbaud.

À ce stade de l’article, ayant relu ces deux ouvrages, ma « compréhension » ( oui entre parenthèse, interprétation serait peut-être le mot plus adéquate ) n’est pas la même que je m’étais faite il y a pas mal d’années.

J’ai beaucoup plus compris le besoin de liberté, de mouvement (coucou les « Assis »), de rébellion sans réel cause vraiment (à mon avis), la violence, la moquerie, l’humour, pas de folie (pour moi encore) mais une sorte de trance poétique pleine de force, juste l’envie et l’ambition d’écrire.

Ce côté où le poète se veut plus proche des désenchantés, des laissés pour compte, des affranchis, des « voyous ».

C’est aussi un amour de la nature, sans tomber dans le pathos romantique nian-nian qui colle à la peau de la poésie (quelque coups aux parnassiens ?). Un anti-cléricalisme plutôt violent pour l’époque donc, courageux. D’ailleurs certains poèmes sont violents, pas au point d’être gore ou sanglants, mais j’ai senti une rage, contenu grâce à son talent.

Dieux, déesses, nymphes, fées, anges. C’est la mythologie gréco-romaine autant que Nordique qu’il place dans des tableaux tantôt apocalyptique tantôt romantique, disons même, sensuel.

Le sexe. Sujet que j’ai trouvé souvent présent. Normal pour un jeune homme qui découvre la vie, Rimbaud a eu une vie mouvementée, choisie d’ailleurs. Et la sexualité souvent présente, dévoile aux lecteurs que oui, le sexe a fais parti de sa vie et avait une place importante. Rien de choquant aujourd’hui (je l’espère du moins) mais pour l’époque, peut-être était-ce un semblant de rébellion contre les dogmes religieux et politiques. Courageux là encore.

Aussi, Rimbaud, c’est la modernité, revendiquée ! Mélanger de l’anglais et du français, c’est risqué, osé, original. Les voyages, l’Orient et ses secrets.

Faisons une petite parenthèse américaine :

Je remarque que Bob Dylan a beaucoup copié la légende qui entoure Rimbaud. Bob Dylan avoue avoir menti aux médias, leur disant qu’il avait fuit son patelin perdu pour New-York en sautant dans un train de marchandise bien qu’en en faite, son père l’ai emmené. L’Original Vagabond n’est pas Robert Zimmerman chère Joan Baez, mais ce meteor enflammé qu’était Arthur Rimbaud.

Pour continuer un peu dans la culture américaine, la Beat Generation, Kerouac, Ginsberg, Burroughs se sont énormément inspirés (sans vraiment l’admettre) de Rimbaud et de son écriture du mouvement. Écriture du mouvement qui est la base de la Beat Generation. Après tout, Kerouac avait des origines françaises, bretonne plus précisément.

Un peu moins d’un siècle après la mort de Rimbaud, la Beat Generation émerge, inspiré du jeune français, puis les hippies. Une influence puissante qui a traversé les âges et l’Atlantique.

Une partie du mythe Rimbaud semble venir des très très nombreuses interprétations venant de tout bord. Des personnes qui cherchent impérativement à savoir ce que voulait dire tel ou tel vers, tel mot, tel nom. Certaines de ces interprétations n’ont aucun sens. L’impression que tout le monde a la réponse à ce que Rimbaud écrivait. Le pire, reste ceux qui imposent leurs vues. C’est un imbroglio incroyable, une toile de théories aussi folles et colorées que peut l’être un poème de Rimbaud. Au final, c’est de l’art, c’est subjectif. Restons-en à notre propre ressenti. Cherchez plus loin ne mènera nul part. Les mots de Rimbaud ne sont pas Le code de Vinci, les seuls secrets qui s’y cachent sont sûrement les nôtres. Magie de Rimbaud ?

Je pense que la poésie, c’est comme la peinture, chacun à ses interprétations, ses sensations, ses ressentis. C’est personnel, ça vient de vous, de quelque chose d’intime. Pas besoin, je pense, de replacer ses poèmes sur sa biographie. Un contexte aide peut-être, mais, de mon point de vue, l’essence même de la poésie est de toucher et de créer quelque chose en nous, pas de se demander dans quelles conditions et états ont été écris les vers, ce qu’ils signifient.

Laisser sa poésie vous donner ce qu’il vous donne sans trop vous êtres influencé par l’interprétation souvent prétentieuse et/ou poussives des autres.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage Arthur Rimbaud

Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson

Quatrième de couverture :

« Esclaves, ne maudissons pas la vie. »

Lire Arthur Rimbaud vous condamne un jour à partir sur les chemins.

Chez le poète des Illuminations et d’Une saison en enfer, la vie s’organise dans le mouvement.

Il s’échappe hors de l’Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l’amour en Belgique, se promène à Londres, puis s’aventure à mort sur les pistes d’Afrique.

La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par des mots.

Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore.

Au temps où le monde est paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson s’est échappé une saison avec Arthur Rimbaud.

La littérature, meilleur antidote à l’ennui.

Un été avec Rimbaud est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2020 sur France Inter.

« J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. »

« Je suis maître en fantasmagories. »

« Je suis un inventeur bien plus méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »

« Je vais acheter un cheval, et m’en aller. »

« Mais, à présent, je suis condamné à errer. »

Tesson est moderne, tournant les poèmes de Rimbaud à notre époque actuelle.

Laissez moi vous parler un peu d’une chose différente inspirée du livre de Tesson : – Dans True Détective saison 1, le très névrosé détective Rust Cohle dine avec une potentiel futur petite amie, il lui parle de la synesthésie. Une théorie qui veut que chaque sensation ressenti par nos sens (touché, odorat…) sois « décuplée » et que ces sensations amènent des sortes de « visions ». Tesson émet l’hypothèse que le jeune Voyant « souffrait », peut-être, de cette mystérieuse condition. Encore une petite allusion à True Detective, si vous êtes encore là bien sûr :

Extrait : Malheur du soleil : il éclaire tous les hommes. Chacun se pense alors le récipiendaire privilégié de la lumière : « Le soleil s’adresse à moi ! La preuve : mon ombre tourne autour de moi seul ! »

Les amateurs de True Detective saison 1 comprendrons sûrement.

De Rimbaud, en passant par Tesson à True Detective. Suis-je fou ? Qui ne l’est pas, même un peu ? Si vous le pensez, lisez la suite, vous découvrirez que je suis aussi stupide. Mais « Je » est un autre, et je ne le contrôle pas… enfin pas tou le temps !

Maintenant encore un domaine surprenant que les réflexions Tesson et la prose de Rimbaud m’ont apporté, accrochez-vous pour les plus vieux (je déconne !) : Dans un jeu vidéo appelé Metal Gear Solid, un mystérieux virus (aïe…) attaque les personnes parlant une certaine langue. Cela mène à une réflexion importante sur le language. Selon Tesson (ou en faite est-ce une théorie acceptée depuis longtemps et prouvée) Rimbaud avait l’ambition de réinventer la langue, le Verbe. « Au commencement était le Verbe » ainsi commence la Bible non ? Pour Burroughs de la Beat Generation, le Verbe est un virus. Rien n’existe sans le verbe, le mot. Nous sommes de verbes et de mots (maux ?), nous existons non ? Si « je » est un autre comme l’a écris Rimbaud et que Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même » nous sommes donc loin de savoir qui nous sommes vraiment, un mot, un inconnu habite en notre esprit. Et qui vous dis que cet inconnu est seul ? Notre esprit, une poupée russe, une mise en abîme peut-être perpétuelle, un monde dans un monde dans un monde… Inception ? Je tire mon argument par des cheveux mais autant assumer et le poser là.

Et si on parlait de Kurt Cobain ? Vous êtes sur mon blog après tout, si je peux le placer, je le fais !

Lui qui disait que ses paroles n’avaient pas forcément de sens, est-ce que les vers de Rimbaud en avaient ?

Extrait : Les mots peuvent-ils se passer de contenter de produire leur musique propre ? Est-ce un crime de ne pas assigner au verbe le soin d’énoncer une pensée ? Une cacophonie est-elle un language ?

On ne peut parler de Tesson ni de Rimbaud sans parler du mouvement. J’ai toujours cette très importante citation de Martin Luther King qui m’accompagne : Volez ! Si vous ne pouvez pas voler, courrez ! Si vous ne pouvez pas courir, marchez ! Si vous ne pouvez pas marcher, rampez ! Il faut toujours être en mouvement !

Et cet extrait du livre maintenant : Un homme qui s’arrête risque la pire des choses : le face-à-face avec lui même ! Marcher, c’est se tourner le dos.

Il est impressionnant de voir à de quelle manière Tesson a remis en question l’œuvre de Rimbaud, qui m’amène à trouver la présence d’un gamin poète dans la nouvelle culture populaire de notre temps dont ma génération et celle plus jeunes qui arrivent baignent.

En conclusion, le livre est plus une biographie succincte sur Rimbaud, Tesson y expose sa vision à lui du poète et essaie de « vulgariser » un l’œuvre de Rimbaud, de la démystifier un tantinet car même un Tesson ne peut résoudre l’énigme Rimbaud. Mais que de réflexions et d’inspiration que Tesson écrivant sur Rimbaud. Ajouter à cela l’actualité (la Covid-19) et Sylvain Tesson étale son immense talent à coup de plume aussi lumineuse et puissante que peut l’être un vers de Rimbaud.

Le livre est excellent. Vraiment.

Extraits :

Les lieux sculptent les hommes […]

Tout va vite, le génie est une traînée de poudre.

Les vers de Rimbaud sont rares mais ont électrocuté le Verbe. Pour les lettres, ils marquent un moment entre « le monde d’avant » et « le monde d’après », comme on dit aujourd’hui dans le grand hospice occidental. Rimbaud est le virus du Verbe.

La présence de Rimbaud est dans ses poèmes. Si on veut le rencontrer, il vaut mieux ouvrir Une saison en enfer que prendre un billet d’avion à destination d’Aden.

Le génie monstrueux de Rimbaud est une monstruosité de précocité.

Pourquoi un garçon [Rimbaud] de seize ans qui n’a jamais navigué décrit-il mieux la mer qu’un Tabarly des quarantièmes rugissants ?

La vie de Rimbaud est l’histoire d’un manquement. Il y avait une voix, elle a raté son oreille, comprendre les lecteurs.

Arthur n’est pas une machine Enigma, messieurs les casseurs de code !

Les poètes ne sont pas des militants, ni les rayonnages des librairies des trottoirs de racolage.

Rimbaud est un barbare. Son but : détruire l’ordre classique et, sur les ruines du temple, bâtir du nouveau. « Je tiens le système », écrit-il.

L’homme, c’est le Verbe. Changer la langue, c’est le repenser. Les derniers a s’être souvenus de ce secret sont les laborantins de la Silicon Valley. En créant leur infra-language binaire et globalo-mercantile, ils préparent, conditionnent et domestiquent le nouvel homme connecté, c’est-à-dire corvéable.

Le monde demeurera inerte si le poète ne le féconde pas de son regard.

Et si les choses n’existaient qu’en vertu du fait d’avoir été nommées ? Le Verbe ne se contente pas de désigner le monde. Il en est le créateur.

Le mouvement procure l’idée et pourvoit aux images.

C’est donc la fin d’une semaine (pour moi) dans l’univers rimbauldien. J’ai voyagé dans des univers accessibles à personne grâce aux poèmes du jeune Voyant. J’ai appris des choses que je ne pensais pas emmagasiner. C’était une aventure au-delà de moi-même, mais si « Je » est vraiment un autre, j’ai d’autres aventures qui m’attendent à chaque fois que je lirai un poème d’Arthur Rimbaud.

P.S. : cet article a été écrit durant l’été, j’espère ne pas vous avoir porter à confusion en ne mentionnant ce fait qu’à la fin.

Jaskiers