Dante’s Dusty Road – Chapitre 4

Il se réveilla en sueur, la climatisation devait être en panne. Classique dans ces petits motels minables de bords de routes. Il prit son carnet de note pour y écrire son rêve et la phrase écrite par la machine à écrire. Il allait utiliser tout ce qu’il allait ressentir dorénavant, du plus simple sentiment au plus complexe, du plus petit événement au plus grand, du plus horrible au plus agréable, pour écrire. Et les rêves et cauchemars fournissaient une matière intéressante et étrange, idéale pour un écrivain d’œuvres d’épouvante.

Après avoir bu un café noir, il reprit la route, direction Forgan, Oklahoma. L’Amérique profonde, celle dont on ne parle jamais, lui ouvrait grand les bras… Dû moins le pensait-il.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 3

Les États passaient à une vive allure, ainsi que les heures, dans sa nouvelle berline allemande. Il appuyait le pied sur l’accélérateur jusqu’aux plancher et il avait le rock de Springsteen pour l’accompagner, Dante ne voyait pas le temps passer. Quand la fatigue se faisait sentir, il s’arrêtait pour dormir au premier motel qu’il trouvait.

Il avait fait déjà plus de la moitié du chemin en deux jours.

Il ne s’arrêtait à un motel que pour récupérer un peu, faire le plein de caféine et repartir à l’aube.

Ces chambres d’hôtels étaient vétustes et lui rappelaient son ancien appartement à Hell’s Kitchen. Rien de tel pour rester humble. Garder ses racines même quand on est au sommet, car on ne sait jamais quand, et comment, on va en redescendre.

Bien que fatigué, il n’arrivait pas vraiment à s’endormir, trop excité d’arriver et la caféine n’aidait pas. Il plongerait directement dans le travail une fois arrivé, c’était décidé.

La deuxième nuit, dans un motel au bord de la route, il rêva, dans un demi-sommeil étrange, que sa machine à écrire tapée toute seule. Quand il s’approcha de la feuille battue par les tampons de la machine, il lisait : Certaines choses, aussi anciennes soient-elles, ne doivent pas être réveillés ni dérangées.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre Final

« – Je suis là cobaye ! Pas besoin de me chercher ! Papa vient à toi ! »

Il tira une nouvelle fois, j’avais anticipé le coup avec mes réflexes aiguisés à l’extrême. Les mouvements de son index appuyant sur la détente se firent au ralenti. Mais moi, je ne l’étais pas, au ralenti. J’esquivais la balle qui continua doucement son trajet rectiligne en direction du vieil homme. Tout redevint à vitesse normale d’un coup seul coup, me laissant le temps de faire un bond en avant. Je pris la main du doc’ qui tenait le revolver, la tourna à 360 degrés. Ses os craquèrent dans ma main. Je lui tendis le bras gauche avec ma main gauche et assenas un coup du plat de la main droite sur son coude qui émit un son de bouteille en plastique piétinée. Son bras était brisé.

Je le pris par les cheveux et le projetais dans la chambre. Le pauvre vieux qui avait assisté à tout cela avait été touché à l’abdomen par la balle du docteur que j’avais esquivé. En état de choc, il regardait sa blessure et sa main ensanglantée avec laquelle il essayait d’arrêter l’hémorragie.

Je donna une violente claque à ce vieillard, sa tête percuta le sol sur le sol carrelé. Je ne crois pas l’avoir tué, juste l’avoir assommé, il ne m’avait rien fait, mais qui sait ce qu’il aurait pu faire ? Le docteur l’avait tué après tout, je n’avais fais qu’abrégé son agonie.

J’allais maintenant régler mes comptes avec le docteur, dont le bras gauche au coude fracassé et la main droite broyée n’avaient pas l’air de le faire souffrir.

« – Wow ! Gamin ! J’avais pas prévu ça !

  • Ah non ? Est qu’aviez-vous prévu ?
  • C’était secret…
  • Hey bien ça ne le sera plus !
  • Écoute-moi ! Arrête ça. Tu as tué John, tu es un tueur ! Tu n’as pas assez de sagesse pour avoir une telle force…
  • Allons ! Vous me parlez de sagesse ? Était-ce sage de m’injecter cette… chose ?
  • Je ne savais pas que ça allait prendre une telle ampleur !
  • Qu’aviez-vous en tête exactement ? C’était quoi ces expériences ?
  • C’est militaire ! On… voulait créer… une… substance qui permettrait à un soldat tombé à la mer, marinier ou pilote, de ne pas se noyer…
  • Ça a marché !
  • Oui mais peut-être… trop !
  • Je n’ai pas vraiment à m’en plaindre…
  • Qu’est-ce que vous êtes… devenus exactement mon garçon ?
  • Je ne suis pas votre garçon, ni votre cobaye. Mais depuis l’expérience, mes sens sont comme décuplés, mes réflexes sont aiguisées, ma force physique est incroyable, ma condition physique en elle-même est impressionnante. Ma mémoire, mon intelligence sont passées à un niveau de capacités incroyablement performantes. Je suis passé d’étudiant fauché à sur-homme grâce à votre expérience docteur !
  • Je vois ça… j’ai mal géré la dose… mon projet… c’était de le tester sur vous et d’améliorer la drogue. Vous avez beaucoup souffert pendant l’expérience et cela, même si la vie du soldat est sauvée, n’est pas une bonne chose. Il faut qu’il soit sauvé et puisse reprendre le service le plus rapidement possible, sans séquelle.
  • Vous avez l’air tellement déçus docteur ! Mais vous aviez raison, vous avez créé une révolution. J’ai été le spectateur et l’acteur d’une révolution qui va bouleverser le monde entier ! Vous auriez pu devenir encore plus riche… quoique si nous devenions tous des super-humains, le monde s’écroulerait en quelques jours !
  • Mais je peux peut-être arrêter ça. Vous ne voulez pas rester dans cet état de… super-humain comme vous dites, toute votre vie ?
  • Je n’ai pas vraiment à m’en plaindre. J’ai cassé pas mal de chose sans le vouloir, je dois apprendre à contrôler ma force. Non, je ne veux pas changer.
  • Mais… vous réalisez que cela pourra durer jusqu’à votre mort ? Vous… ce n’est pas une vie ! C’est le mythe de Midas en quelque sorte !
  • Des mythes gréco-romains ! Belle analogie ! Je suis plutôt Hercule, je pense.
  • Je peux vous rendre normal à nouveau !
  • Si vous le pouviez, vous l’auriez fait tout de suite après l’expérience. La vérité, c’est que vous n’avez aucune idée de comment faire marche arrière.
  • Laissez-moi un peu de temps !
  • Mais je ne veux pas redevenir comme avant !
  • Vous êtes devenus un tueur !
  • Je me suis défendu !
  • Vous auriez pu facilement mettre ce pauvre John hors d’état de nuire sans le tuer !
  • Effectivement… mais je ne contrôle pas vraiment ma force comme je vous l’ai déjà répété.
  • Arrêtons cette folie, tous les deux !
  • Et que feriez-vous après ? Vous continuerez vos expériences et ferez souffrir d’autres cobayes et vous ferez de ce monde un champ de bataille !
  • Faites ce que vous avez à faire, dites-moi comment vous voulez que tout cela finisse ! Me tuer ne vous apportera rien. Vous savez que l’organisation vous traquera sans relâche
  • Je le sais, et je les attends. Je suis tellement pressé de m’occuper d’eux, c’est… euphorisant d’utiliser mes incroyables capacités ! Quand à vous, je vais régler notre différent une bonne fois pour toute ! »

Je ramassai son pistolet, j’appuyais le canon sur la tempe du docteur :

« – Un savant fou se suicide après avoir tué son homme de main et un vieux… je ne sais pas vraiment qui il était mais c’est vous qui l’avez condamné. Meurtres suicide, c’est ce qui ressortira de ce carnage, tout simplement !

  • Pit… »

Le coup de feu était partie, sa cervelle dégoulinait sur le mur blanc immaculé.

Je ne pris même pas le temps de regarder les derniers soubresauts de son corps. Je sortis de la salle, découvris après quelques minutes de recherches la salle de surveillance, effaça les enregistrements et brûla les disques durs.

Je sortis du bâtiment, j’allais continuer ma vie comme avant ou presque, car maintenant, j’avais des capacités surhumaines… et confiance en moi. Terriblement confiance en moi.

(A suivre ?)

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 9

Je décidais d’y aller en courant, comme je l’avais fait pour revenir. J’arrivai en avance, ne sonna pas à l’interphone, ne me dérangea pas à fixer du regard la caméra pour m’identifier. J’eus juste à pousser la poignée de la porte et cette dernière s’ouvrît devant moi, les pênes se brisèrent et le bruit de leur chute sur le sol carrelé raisonna dans l’immense hall d’entrée.

« – Hey docteur ! Votre cobaye est arrivé ! Et il est impatient, impatient de parler des résultats de votre expérience. »

Mes mots aussi raisonnèrent, je savais qu’il me voyait et m’entendait car tout semblait sécurisés dans ce bâtiment. Je repérais une caméra de surveillance, fit un geste amical de la main et pointa ma montre en signe d’impatience.

« – Bonjour cobaye ! »

La voix du docteur se fit entendre par des hauts parleurs. Je m’attendais à de la peur mais pas à de la lâcheté pour un homme de science.

« – Montrer vous doc’ ! Croyez-moi, vous aurez envie de voir ce que je suis devenu grâce à vous ! 

  • Est-ce… une bonne chose ?
  • Ce que je suis devenus ?
  • Oui !
  • Et bien venez vous faire votre propre avis !
  • Vous me paraissez bien agité cobaye ! La destruction de la porte d’entrée blindée sera retenu sur votre rémunération !
  • Oh ! Il n’y a rien dans le contrat que j’ai signé stipulant ce genre de chose docteur ! Mais ce n’est qu’une porte, vous devriez voir ce dont je suis capable grâce à vous !
  • Oh mais quel empressement ! Quel changement effectivement !
  • N’est-ce pas ? Venez voir de plus près !
  • Oh mon garçon ! Pas besoin d’être si pressé ! Dans une expérience il faut observer, avoir de la patience !
  • D’accord, mais… »

John, son homme de main, sortit d’une des portes latérales de gauche et se précipita sur moi. J’avais attendu ce moment depuis plusieurs jours.

Il sortit une matraque télescopique et m’attaqua avec. Je dressai mon avant-bras gauche pour me protéger, la matraque percuta mon bras et elle éclata en plusieurs morceaux. Je ne laissai pas le temps à John de comprendre et lui envoyai un direct du droit en plein nez. Je sentis le cartilage de son nez craquer, je lui envoya un coup de poing avec mon poing gauche dans le ventre. John s’affaissa par terre, à genoux. Je mis un terme à ses souffrances en frappant sa tête d’un coup de pied. Sa nuque fit un bruit de branches séchées sur lesquelles on aurait sauté.

John, allongé sur le dos, la tête dans une position étrange émît un râle rauque, du sang sortait de sa bouche et de ses oreilles. Il agonisait.

« – Docteur ! J’ai besoin d’un autre cobaye ! Le vôtre n’était pas très solide ! »

Le docteur ne répondit pas. Une alarme se mit à gémir.

D’instinct, je me précipitais vers une des portes latérales de gauche, celles où je n’étais jamais allé, celles par où était sorti John. Je pensais que c’était de ce côté que les scientifiques créchaient. Les portes de droites étant sûrement réservées à leurs expériences.

Je me retrouvais dans un couloir similaire à celui où j’avais été torturé. Je pensais qu’ici serait un bon endroit pour une bagarre si plusieurs sbires du docteur se rameutaient, étant dans un couloir plutôt étroit, ils ne pouvaient m’attaquer à plusieurs à la fois.

J’ouvris quelques portes, au petit bonheur la chance. Toutes les portes semblaient mener à des chambres. Des chambres avec lit, table de travail scientifique avec éprouvettes, écrans de surveillance et tutti quanti. J’étais bel et bien dans le quartier où les docteurs et scientifiques observaient et travaillaient sur leurs projets.

Je tombais sur un pauvre hère en caleçon, le crâne chauve avec de fine lunettes.

« – Bonjour monsieur, je suis de la sécurité. Pouvez-vous m’indiquer où se trouve le docteur ?

  • Lequel ?
  • Le docteur qui fait des expériences avec la baignoire.
  • Ah… »

Je sentis que ce monsieur avait compris que je n’étais pas de la sécurité. Il se jeta sur moi. Je l’attrapai par les épaules et le souleva de terre.

« – Monsieur, je suis là pour votre sécurité, le docteur a besoin d’aide, et d’ailleurs vous aussi. Je dois vous amener à la salle de sécurité. »

J’essayais de reprendre mon mensonge histoire de ne pas perdre trop de temps. Et plus les mensonges sont gros, plus les gens ont tendance à les croire. Mais il me regardait, terrorisé.

« – Monsieur ! Nous n’avons pas le temps d’attendre, dites-moi où est le doc’!

  • Su… sûrement dans sa chambre !
  • Quelle chambre ?
  • Au bout de ce couloir.
  • Porte de droite ou de gauche.
  • Gau… gauche ! »

Je reçus comme un coup de poing dans les reins accompagné d’un bruit sourd. Je lâchais le pauvre homme et me retourna pour voir le docteur, un pistolet dans les mains.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 8

Je pris un couteau de cuisine et m’ouvris la paume de ma main gauche. Aucune douleur, seulement une pression, mon corps n’acceptait plus la douleur mais envoyait quand même à mon cerveau un signal avec ce ressenti de pression.

Je regardais ma paume ouverte, le sang couler et une croûte se former, là, sous mes yeux ! Le processus de cicatrisation se déroulait à une vitesse incroyable, toujours sans douleur, c’était fascinant de voir mon corps se soigner. En moins de deux petites minutes, l’entaille avait disparu de ma main, même pas de cicatrice, plus rien.

J’étais vraiment devenu une sorte de super-héros, je me demandais si je pouvais voler, oui c’est une pensée qui vous vient à l’esprit quand vous comprenez que vous êtes désormais doté de super-pouvoirs et que vous êtes gavé de films Marvel et DC.

Je ne tentais pas le diable à sauter par la fenêtre de mon immeuble. J’aurais pu le faire, m’éclater par terre et me relever comme si de rien n’était. Mais je ne voulais pas montrer publiquement ce dont j’étais désormais capable.

Je ne voulais pas finir cobaye dans un laboratoire secret du gouvernement.

Cobaye… à cette réflexion une idée germa dans ma tête. Et si j’allai rendre visite au docteur et à son petit ami John ? Et si, je n’étais pas le seul à être devenus super-humain ?

J’écartais cette dernière réflexion de ma tête, je devais être le seul car sinon, j’aurais entendu parler aux infos d’un fou furieux invinsible qui saccageait tout sur son passage. Je me pensais plus sage, un autre que moi se serait fait remarquer. Moi, j’allais la jouer fine.

J’allais demander quelques explications au docteur et lui passer l’envie d’expérimenter. J’allai l’avertir que, maintenant que j’étais devenu ce surhomme, je ne me laisserai plus prendre pour d’autres expériences. Et que son projet, quel qu’il a pu être, qu’importe son but précis, s’arrêtait là, avec moi.

Je décidais d’attendre jusqu’à la semaine prochaine, jusqu’à mon jour de « travail », avant d’entreprendre quoique ce soit. Je mentirais si je disais que je n’avais pas envie d’aller tout de suite aller trouver mon cher tortionnaire et son cher acolyte pour lui faire constater les résultats de ses expérimentations. Mais j’attendis une semaine, au cas où mon état redeviendrait comme avant.

Mais la semaine se passa sans changement dans mon état, je mangeais car j’en avais l’habitude, mais la faim ne me tiraillée jamais, ni la soif. Je dormais, je me forçais à dormir en prenant des somnifères qu’une amie m’avait dépannés. Je n’avais aucune envie de dormir et pas besoin non plus. Le problème était que je n’avais jamais de pauses. J’étais tout le temps conscient, toujours à réfléchir, à penser. C’était effrayant d’être toujours éveillé. Les somnifères ne me firent pratiquement rien du tout. Mon sommeil, si j’ose l’appeler comme tel, n’était qu’en faite de longs moments de méditations.

Les cours étaient devenus simples, je retenais au mot près, chaque chose émises par mes professeurs. Je venais les mains vides en cours, mes amis hallucinaient de ce changement. J’étais un élève moyen toute ma vie, mais là, mes partiels étaient un jeu d’enfant.

Mais le plus étonnant pour moi, c’était ma forme physique. Comme je l’ai mentionné plus haut, je n’étais jamais fatigué, et j’avais une force impressionnante. Je n’ai jamais vraiment fait de sport en dehors de l’école, je n’avais aucun intérêt pour l’activité physique. Mais tous les jours, je constatais une progression dans ma force brute. Je cassais les poignées des portes de mon appartement à simplement appuyer dessus pour les ouvrir. Les poignées me restaient dans les mains. Les verres éclataient sous la pression de mes doigts, j’enfonçais les touches de mon ordinateur et elles finissaient encastrées dans le clavier, qui devint d’ailleurs inutilisables. Les petites choses du quotidien me demandaient de faire attention à ma force.

Ma journée de travail arriva et j’étais pressé de montrer au professeur ce que j’étais devenu. Une sorte de super-homme.

Après avoir passé une nuit à méditer, je me levais pour enfin régler mes comptes avec mon bourreau.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 7

« – Très bien… ça sera comme ça à chaque fois ?

  • Ah ! On a changé d’avis ! Hum… je vous laisse la surprise cobaye ! Vous n’avez pas le droit de savoir à l’avance cela pourrait fausser les résultats !
  • Bien… évidemment. Puis-je rentrer chez moi ?
  • Vous sentez vous bien ? Enfin je veux dire… mieux ?
  • Ça ne pourrait pas être pire que durant l’expérience honnêtement mais oui. Quelle heure est-il ?
  • 23h45. Votre journée de cobaye finie à minuit. Je vous conseille de rester encore 10 minutes avec la perfusion et vous serrez complètement remis d’aplomb !
  • Évidement… remis d’aplomb… j’enlève ma perfusion seul et je sors seul aussi ?
  • Voulez-vous que j’appelle John pour vous enlever cette petite aiguille dans votre bras et vous portez jusqu’à la sortie ?
  • Très drôle ! Je me débrouillerai…
  • Bien ! Voyez comme nous nous entendons bien ! À la semaine prochaine cobaye ! Frais et dispos, même jour même heure pour encore marquer l’histoire avec un grand « H » ! L’histoire de la médecine ! Vous serez peut-être un jour dans les livres d’histoires qui sait ? Ah ! Sacré veinard ! Sayonara !
  • C’est ça ouai à plus.
  • Ah j’oubliais… vous les jeunes et vos téléphones ! »

Il me balança mon smartphone et claqua la porte derrière lui.

J’attendis jusqu’à 11h55 comme conseillé par le charmant docteur. J’enlevais la seringue de mon bras d’un coup sec comme j’avais vu faire dans les films d’horreur. Je ne sentis aucune douleur, le liquide était sûrement un anti-douleur puissant.

Je me précipitai vers la sortie, mes muscles, mes poumons ne me faisaient plus souffrir, je me sentais léger, l’impression d’être sur un nuage.

Les portes s’ouvrirent automatiquement à mon passage. Dans le grand hall d’entrée, toujours personne, une fois dehors, dans la nuit, je réalisais que j’allais devoir rentrer chez moi à pied car plus aucun bus ne passait. J’aurais pu prendre le métro mais à cette heure, les rames étaient un repère de gens pas vraiment fréquentables et pas du tout amicaux.

Je me sentais dans une forme olympique. Je me mis à courir, sans m’arrêter je fis une bonne quinzaine de kilomètres, je n’étais pas essoufflé, pas fatigué et à ma grande surprise, ma course se faisait à une vitesse dont je ne me croyais pas capable. J’étais étudiant, et pas dans une filière sportive loin de là. J’étudiais pour vivre confortablement derrière un bureau pas pour enchaîner les marathons. Je n’avais aucune condition physique, et aucune envie de l’améliorer, cette condition.

Je repris ma foulée, les rues étaient vides à l’exception des banlieusards, des chats et des chiens errants. Aucun ne m’importuna pendant ma course.

J’arrivai chez moi en moins d’une demi-heure, surprenant, car l’aller, où j’avais pris les transports en commun, m’avait pris plus d’une heure.

Je me jetai dans mon lit sans me déshabiller et je fermais les yeux, je pensais m’endormir comme une masse mais non, je n’étais pas fatigué. J’aurais voulu dormir sur le coup pour vite oublier cette terrible journée, me réfugier dans le sommeil mais il me fuyait. Après quelque minute de réflexion, je pris une douche, ouvrit mon ordinateur et décida de rattraper mes cours. J’y passai toute la nuit.

Il me fallait aller en cours, sans avoir dormi de la nuit et après avoir été torturé la veille. Aucune fatigue, même après cette nuit blanche a travaillé. Je commençais à me poser des questions. Était-ce l’effet du mystérieux liquide de la perfusion ou était-ce dû à la terrible expérience, à cette piqûre qui m’avait enflammée les poumons ? Étais-je tout simplement en état de choc ? Encore sous l’influence de l’adrénaline après tout ce temps ?

J’allais à mes cours, à pied. Mes quelques amis me trouvèrent « radieux », « changé mais en bien hein ! », « énergique », « sous l’effet d’un rail de coke » ou encore « t’as l’air éveillé tu vois, comme si t’avait bien dormi toute la nuit et tout tu vois ».

Les changements n’étaient pas que dans ma tête, ils étaient physiques et mes amis l’avaient remarqué.

Encore une surprise quand en cours, j’assimila tout ce que disait les professeurs. Aucunement besoin de prendre de note, tout me semblait si simple. À midi, je décidais de rentrer à l’appartement. J’avais peur de ce nouveau moi, j’avais déjà dû faire face aux questions de mes amis, comment avais-je pu changer autant en une journée ? Est-ce que tout cela n’était que temporaire ?

Est-ce que je redeviendrai comme avant, normal ? Et si la douleur revenait ?

La réponse à cette question, c’était le temps. Attendre et voir. J’estimais que si au bout de deux jours, j’étais encore dans cet état, cela signifierait que j’étais bel et bien une nouvelle personne, j’avais quelque chose d’incroyable, je deviendrai un superhéros comme on le voit dans les films.

Est-ce que cela m’enchantait ? Oui et non. Même si c’était une galère, ma vie d’étudiant fauchée était une vie que j’avais choisie et appris à apprécier. C’était difficile mais l’être humain peut s’habituer à tout, nous avons une capacité d’adaptation qui a fait de nous l’espèce en haut de la chaîne alimentaire. Je n’avais par contre pas prévu de devenir une sorte de « super » homme après avoir servi de cobaye. Je m’attendais à être malade, voir à mettre ma santé future en danger et tout ça pour un bon paquet de fric. Mais tout le contraire s’était produit, j’étais comme invulnérable. Pas soumis au sommeil, ni à la faim, ni la soif. Car depuis que j’étais revenu, je n’avais rien avalé, ni nourriture, ni boisson, je n’en ressentais pas le besoin ni l’envie.

Chez moi, je fis quelques expériences, c’était à mon tour de d’expérimenter.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 6

Je me réveillai dans une pièce blanche immaculée, allongé sur un petit lit.

Mes poumons me brûlaient moins, je pouvais me mouvoir plus facilement. Je découvris aussi que j’étais sous perfusion, un liquide bleu phosphorescent se déversait dans mon bras droit.

J’eus l’instinct premier de l’arracher mais considérant que mon état s’était amélioré, je pensais que c’était ce liquide qui me redonnait des forces.

La pièce n’avait aucune fenêtre, aucune horloge. Je n’avais aucun moyen de savoir l’heure. Par instinct, je mis mes mains dans mes poches à la recherche de mon portable mais ne trouva rien. Aussi étonnant que cela puisse être, jamais, au cours de cette expérience on ne me demanda de me changer. J’étais resté habillé comme j’étais entré.

La tête encore lourde, pas comme une migraine mais comme si mon cerveau pesait une tonne, je me rallongeais et dormis encore.

Je fus réveillé par le docteur.

« – Hey bien cobaye au bois dormant ! Bien dormis ?

  • Ouai…
  • Ça va mieux ?
  • Oui…
  • C’était quelque chose hein ?
  • C’était l’horreur oui…
  • Oh petit ingrat ! Tu es aux premières loges d’une révolution de la médecine !
  • Vous pouvez changer de disque un peu ! Je suis plutôt une victime de cette révolution.
  • Mais vous n’êtes pas une victime ! Arrêtez votre cinéma ! Et vous savez, vous avez signé de votre plein gré.
  • Oui, et je le regrette.
  • Ingrat !
  • D’ailleurs j’arrête, c’est fini. Payez-moi et laissez-moi filer.
  • Bien sûr que vous allez être payé ! Mais vous vous êtes engagé pour huit séances !
  • Je ne pensais pas affronter la mort.
  • La mort ? Mais quel acteur ! Quel acteur ! Vous n’avez pas affronté la mort ! Au contraire, vous étiez immortel !
  • C’est ça le truc donc, vous voulez rendre l’humain invulnérable ?
  • En gros oui ! Savez-vous combien de temps vous êtes resté la tête sous l’eau ?
  • J’en sais rien, je n’avais aucune notion du temps.
  • Estimez ! Allez !
  • Ce n’est pas un jeu ! J’arrête tout !
  • 21 minutes sous l’eau ! Presque une demi-heure sous l’eau et sans mourir ! Vous pouviez même bouger autant que vous le vouliez, enfin prenant en compte que vous étiez attaché à une planche mais jamais vous n’avez perdu conscience sous l’eau !
  • Mais après si !
  • Mais c’est à cela que vous servez cobaye !
  • Arrêtez de m’appeler cobaye. J’arrête aujourd’hui !
  • Voyons, un contrat est un contrat.
  • Hey bien je le romps ce contrat !
  • Malheureusement… cela me chagrine vraiment et je comprends votre colère, ou plutôt votre peur. Mais vous êtes obligé de remplir les clauses de votre contrat.
  • Je prendrai un avocat, je ferai tout mon possible pour arrêter ce calvaire.
  • Rien ne vous empêche d’agir comme cela mais, voyez-vous… nous sommes… riches. Riches et avec des… contacts. Contacts assez haut placés pour vous mettre des bâtons dans les roues. Voyez… vous êtes à la fac et… en quelque coup de fil, je pourrai m’arranger pour que votre année ne soit pas validée, modifié quelque résultat de partiels à votre désavantage, faire propager quelques rumeurs… pas très glorieuses à votre propos.
  • Ah bon, vous vous donnerez tant de mal que ça pour moi ?
  • Évidemment ! Vous êtes précieux pour nous cobaye !
  • Arrêtez de m’appeler cobaye maintenant !
  • Il serait tellement dommage, tellement, que quelque chose de fâcheux arrive à votre mère ou à votre sœur. D’ailleurs, comment ça se passe son entrée au lycée à cette dernière ? »

Je pâlis à ces dernières paroles. Le docteur menaçait ma famille, une menace est une chose mais une menace avec des informations précises sur un point de pression sensible, dans mon cas ma famille, c’est tout autre chose.

Même si je décidais de lutter et d’en subir les conséquences, je ne voulais en aucun cas mettre ma famille en danger.

Il me tenait. J’étais un cobaye. Son cobaye.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 2

Je descendais du bus après avoir pris le métro et changé deux fois de station. J’étais maintenant dans une banlieue limitrophe à la Capitale. Une banlieue… plutôt une sorte d’ancien secteur industriel désaffecté.

Je devais me rendre dans le seul bâtiment en bon état du secteur. Il n’était pas difficile à rater, c’était le seul peint d’un blanc immaculé avec d’imposantes fenêtres, qui semblaient tout juste installées. L’entrée était située sous un porche.

Selon les indications que j’avais reçues par mail, il me fallait sonner à l’interphone et dire mon nom. Ce que je fis.

Une voix robotique me répondit : « Fixer la caméra. Fixer la caméra. Fixer la caméra… » Elle n’arrêtait pas de réciter cela, je cherchais la caméra en levant la tête, pensant instinctivement qu’une caméra se devait d’être accrochée quelque part en hauteur mais je découvris qu’elle était insérée dans l’interphone.

Je fixais donc mes yeux sur la caméra, un buzz sonore retentit, le bruit se répercutant dans toute la zone, où peut-être était-ce dû à ce porche plutôt imposant.

La double porte vitrée de l’entrée s’ouvrît. Je rentrais. À ma droite était un guichet, où devait travailler les secrétaires à l’époque, mais pas de secrétaire derrière le bureau, non, mais une borne qui me demanda mon nom et de fixer la caméra, encore une fois.

Cela me prit une minute, j’eus le temps d’observer un peu l’intérieur de cette ancienne usine remise à neuf. Tout semblait avoir été repeint en blanc, sauf les portes, repeintes en noires. Le sol immense était carrelé et coloré en damier. Ce hall de réception était gigantesque, quelque chose me dérangeait, sûrement le fait d’être seul au milieu d’un si grand espace. En face de moi, de large et grandes fenêtres par où la lumière passait et se réverbérait contre les murs blancs immaculés. Il y avait des puissants néons produisant une vive lumière jaunâtre. Il fallait se rendre compte de la puissance de ces néons pour arriver à imposer leur lumière à l’immense espace déjà éclairé par la lumière du jour.

Le plafond était plutôt bas, je pensais, à raison, que cela signifiait que le bâtiment comportait plusieurs étages. Les murs latéraux comportaient bien au moins une dizaine de portes chacun, espacés symétriquement, et peintes de cet imposant noir de jais. Elles semblaient lourdes, blindées, leur poignée étaient massives. Et pas de petite fenêtres à ces portes, ce qui leur donnait un côté brute. Je constatais qu’il y avait, situé à côté de chacune de ces portes, une sorte, je présumais et encore avec raison, de lecteur de carte.

Je n’eus pas le temps pour cette première visite d’observer un peu plus cet étage car une des porte s’ouvrît brusquement, je ne pu voir laquelle car mon attention se fixa sur l’homme en blouse blanche qui approchait d’une démarche assurée et faisant raisonner chacun de ses pas dans le hall.

Jaskiers

J’ai fait un mauvais rêve… ou un bon cauchemar. (Billet onirique ?)

C’était bien la première fois depuis longtemps, en faite, depuis toujours que je m’étais réveillé avec l’impression que j’étais heureux d’être vivant. Dans ma vie courante, ce sentiment, je ne l’avais pas eu depuis longtemps.

Il m’a fallu ce « rêve » pour réaliser, non, ressentir, le temps de quelques secondes, que je devrais profiter de la vie et arrêter de me tracasser pour un rien.

Mais ce sentiment est venu quelques minutes après mon réveil, j’étais secoué par le cauchemar que je venais de faire.

Voici le rêve que j’ai fait durant la nuit du 03/06/2022 au 04/06/22 :

J’étais dans un hôpital avec une perfusion dans le bras. J’avais un cancer en phase terminal et j’allai mourir d’une minute à l’autre.

Cancer de quoi ? Je n’en sais rien, je me rappelle avoir mal à la cuisse gauche, j’étais épuisé et terrorisé d’attendre la mort.

Je sais qu’il y a plus de détails de ce rêve mais ils sont passés aux oubliettes de ma mémoire. Vous savez, quand vous avez fait un rêve dont vous ne vous souvenez pas mais que les sensations que vous a laissées ce dernier vous tenaille la poitrine et hante vos pensées… C’est frustrant de ne pas pouvoir se souvenir. Le corps, lui s’en souvient, mais l’esprit a décidé qu’il fallait l’oublier.

Je me rappelle l’attente terrible de ma dernière seconde de vie. Puis, je suis sortie de l’hôpital pour faire une dernière balade avant ma mort.

Le soleil reflétait ses rayons sur une des façades de l’hôpital, comme si les vitres de ce dernier étaient des miroirs.

Je vis mon père, maigre, la peau jaunie et tout aussi épuisée que moi, me rejoindre. Je ne me rappelle plus du tout de ce dont nous avons parlé.

Pour information, mon père est mort d’un cancer.

Puis, je retournais dans ma chambre, seul. Un tout petit peu moins terrorisé.

Mais l’attente et surtout cette douleur qui se propageait dans mon corps reprît sa terrible emprise.

Et je me suis réveillé, en sueur, le cœur battant. Puis, j’ai allumé une cigarette pour décompresser et c’est là que j’ai ressenti cette sensation d’être en vie, relativement en bonne santé (ironique de dire que je fumais en même temps d’avoir cette pensée…) et qu’il fallait que j’arrête de me monter la tête pour des petits riens. Et puis, les réminiscences du rêve-cauchemar revinrent me hanter.

J’ai, à l’époque où j’écris cet article, c’est-à-dire le jour même de ce cauchemar, lu pas mal sur la vie de Jim Morrison, sur sa philosophie de vie. Je lisais le « Photojournal » de Frank Lisciandro sur sa relation avec Jim. Il parlait dans ce livre des écrits de Jim sur ses rêves et cauchemars qu’il avait pour habitude d’écrire sur ses carnets notes. Morrison portait une attention particulière à ses rêves, au monde onirique. Je l’ai lu dans sa poésie et on peut l’entendre dans la musique des Doors.

De plus en plus, je remets en question la vie, pas MA vie mais LA vie. Je commence à être persuadé que nous ne voyons qu’une infime partie de notre monde, que la vie a des mystères, des choses puissantes, peut-être peut-on parler de dimensions ou de plusieurs mondes, parallèles au notre. Des choses invisibles, des choses dont nous perdues la capacité de voir et ressentir.

Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Égyptiens de l’Egypte antique, ils semblent qu’ils avaient une vision différente, ou mieux, une relation différente avec notre monde. Évidemment, pour les Égyptiens de l’antiquité, cette réflexion est étoffée de toute cette culture connue dans le monde entier, mais les Indiens d’Amériques, bien que martyrisés, mal traités encore aujourd’hui, ont gardé la sagesse, certains rites et secrets qu’ils protègent depuis je ne sais combien de milliers d’années mais qui reste, je pense, trop inconnus du grand public. J’aimerais parler avec l’un d’entre eux. Nous ne pouvons juger de leurs visions du monde car leur peuple, coutumes, croyances, rites, existent depuis des millénaires, enfin je présume. Ils savent, leurs ancêtres savaient des choses sur notre monde, des facettes que nous avons oubliées.

Ce rêve était peut-être une mise en garde ; ne pas trop chercher ce que je ne pourrai pas supporter. Ou peut-être est-ce l’inverse, une sorte de renaissance. Ou bien, c’était juste un rêve.

Un rêve qui m’a marqué. Je fais souvent des rêves, je les écris sur mes carnets depuis presque 8 ans maintenant. Mais j’avais envie de partager ce rêve avec vous car, au fond de moi, je le trouve important. J’entamerai, bientôt je l’espère, des lectures pour ouvrir un peu mes horizons et m’éclairer un peu sur ce monde qui cache à nos yeux des facettes oubliées. C’est peut-être aussi ça le problème, nous ne pensons et croyons qu’avec les yeux. Jim Morrison l’écrivait, nous sommes dépendants des yeux, ils nous offrent un monde, un seul et nos autres sens sont dominés par eux. Je pense qu’il nous faut nous reconnecter à la nature, à notre nature pour pouvoir découvrir le reste et nous émanciper de la dictature de la vue.

Je parle comme si j’étais fou. Et je le suis un peu. Et je revendique que les fous ont peut-être raison. Peut-être voient-ils quelques choses que le commun des mortels ne voit pas où ne veut pas voir et réprime ces fous. Avons-nous peur d’eux parce qu’ils sont fous ou parce qu’ils voient des choses que nous ne pouvons pas voir ni comprendre ? Peut-être que ces fous sont devenus fou car ce qu’ils ont découvert, les choses dont ils ont fait l’expérience les ont laissés sur le carreau. Parce que nous avons oubliés que l’existence est autre chose que le monde physique et observable à l’œil.

Suis-je à la recherche de la Vérité comme Proust, enfant, dans le jardin de grand’tante Léonie à Combray ? Et, qu’en saurais-je que j’ai trouvé cette Vérité ?

À la recherche d’un monde plus juste, doux qui a un sens. Que nous ne pouvons avoir mais qui est là.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 4

-> Partie 3 : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/27/bienvenue-a-la-cure-de-rien-partie-2/ <-

J’essayais de me débattre autant que je le pouvais avec l’énergie du désespoir. Je criais, j’étais épuisé, dégoûté.

Je n’avais déjà plus de force après toutes ces émotions et le voyage. Mon corps ne répondait plus, l’adrénaline s’était dissipée, j’étais résigné, j’avais été pris au piège.

On me saisissait par les bras et les jambes.

« – Ne me tuez pas par pitié ! J’admets tout ! Laissez-moi rentrer chez moi et retourner travailler ! »

Mais on ne me répondit pas. J’étais porté par deux personnes, j’entendais une troisième dicter des ordres.

« – Tenez le bien, parfois ils regagnent un surplus d’énergie, celui du désespoir !

  • Très bien.
  • On l’emmène comme d’habitude chef ?
  • Comme d’habitude. Chez la patronne. »

J’entendis un grincement lourd et sinistre, sûrement celui de la barrière métallique que j’avais vu en arrivant, du moins, je pensais que c’était cette grille par laquelle on me portait vers un supplice certain. Je pensais encore une fois aux mots de Selena Brown, je m’étais fourré dans la gueule du loup.

J’entendais le bruit des pas de mes bourreaux qui me portaient je ne sais où.

Un bruit de porte lourde, des bruits de pas qui raisonnent, des voix, mais le sac bien serré autour de ma tête m’empêchait d’entendre clairement ce qu’elles disaient.

Je sentais les virages que prenaient mes kidnappeurs, parfois on me tournait sur la gauche ou la droite.

Puis, un énième bruit de porte automatique qui s’ouvre, puis se referme et cette sensation de monter, j’étais dans un ascenseur.

Les portes se rouvrirent, mes bourreaux continuèrent leur marche.

« – Encore un nouveau ?

  • Y’en a de plus en plus !
  • Ça vous fait les bras !
  • Et ça nous casse les c…
  • Elle est là la patronne ?
  • Oui, on a été prévenu de l’arrivée du nouveau !
  • Bon, bah ouvre nous !
  • Oh ça va ! On peut même pas faire la causette avec les collègues !
  • Il est lourd le monsieur là !
  • Ça va ! Je la préviens. Docteur Proust, le nouveau est arrivé. »

Une voix électronique lui répondit :

« – Faites le entrer Natacha ! »

Le bruit d’une lourde porte fit vibrer mes tympans. Puis, après avoir été transporté, on me posa sur une chaise.

Une voix de femme dit :

« – Merci messieurs ! Vous pouvez nous laissez. »

Les bruits de pas s’éloignaient puis la voix de femme me parla :

« – Monsieur Gaspard Dincy ! Heureuse de vous rencontrer ! Enfin…

  • Ce n’est pas ce que vous croyez.
  • Comment cela ?
  • J’ai fait une erreur !
  • Ah bon ? Et quelle erreur ?
  • J’ai abandonné mon travail ! »

Je sentis la cagoule se soulever d’un geste sec. Une femme, Noire aux yeux verts portant une blouse et des talons se tenait devant moi.

« – Je suis le docteur Proust.

  • Ah… c’est vous !
  • Oui !
  • Je pensais pas que…
  • Que quoi ? Que le docteur était une femme ? Une femme Noire en plus de ça ?
  • Non… enfin… les gens qui m’ont emmené… Ils me parlaient de vous comme si vous étiez un homme.
  • Ils essaient de brouiller les pistes jusqu’aux moindres détails.
  • Mais je suis dans le pétrin non ?
  • Tout dépend de qui vous êtes.
  • Je m’appelle Gaspard Dincy, 40 ans et je suis employé à l’Electric National Company.
  • Vous m’en direz tant ! Où habité vous ?
  • Salt Lake City.
  • Votre date de naissance ?
  • 20 juin 2022.
  • Hmmm… patientez quelque minutes s’il vous plaît. Ah ! Mais de toute façon vous n’avez pas le choix, vous êtes ici fait comme un rat ! Et puis, on ne vous appelle pas patient pour rien ! »

Elle s’installa derrière son bureau, tapa sur le clavier de son ordinateur et pendant deux minutes, ses yeux restèrent fixés sur l’écran.

« – Voyez-vous vous ça ! Monsieur Dincy ! Vous êtes un vrai tire-au-flanc n’est-ce pas ?

  • Je… j’ai contacté l’institut pour la cure de Rien car je pensais avoir besoin de…
  • Tirer au flanc !
  • Non ! J’étais épuisé ! Épuisé !
  • Vous ne l’êtes plus ?
  • Si… si et encore plus maintenant que je réalise ma faute !
  • Quelle faute ?
  • J’aurai dû rester travailler, travailler apporte tous les bienfaits dont nous avons besoin…
  • « Nous » ?
  • Que voulez-vous dire ?
  • Que signifie ce « nous » ?
  • Les citoyens…
  • D’accord… Vous voyez une annonce dans le journal qui vous promet monts et merveilles et vous appelez ? N’était-ce pas un peu trop beau pour être vrai ?
  • Je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’avais… j’ai été attiré, c’était… comme si on parlait à quelque chose d’enfoui en moi et…
  • Enfoui en vous ? Mais que dites-vous ?!
  • Je n’en sais rien… je veux retourner au travail et si je passe en jugement pour manquement au devoir du citoyen, je plaide coupable.
  • Aviez-vous exercé d’autres métiers avant ?
  • Non, j’ai toujours travaillé dans la même entreprise.
  • Ça doit être sacrément chiant ! Je vois dans votre dossier citoyen que vous étiez assistant d’expert-comptable polyvalent. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire mais je suis persuadé que c’était un boulot ennuyeux, abrutissant et mal payé.
  • Non… j’étais heureux de mon travail. Je réalise à quel point j’ai été ingrat envers notre gouvernement et je demande une deuxième chance. Je m’inscrirai comme bénévole au parti de l’Unique. Pitié…
  • Hey bien ! Vous en avez des projets pour l’avenir ! Mais une chose me chiffonne. »

Elle se releva, se posta devant moi et me fixa de ses beaux yeux verts.

« – De quelle unité faites-vous partie cher monsieur Dincy ?

  • Unité ?
  • Vous êtes sourd ? C’est pour ça que vous êtes venus ici ?!
  • Non !
  • Votre unité agent !
  • Je ne suis pas un agent du Gouvernement Unique !
  • Un citoyen modèle, sans problème, aucun blâme… pourquoi risquer une telle position, plutôt confortable pour venir ici ? Vous ne faisiez pas d’effort physique… Votre dossier citoyen ressemble à un dossier monté de toute pièce !
  • Rien n’est monté de toute pièce !
  • Vous êtes vraiment un bon citoyen ! Mais que venez-vous faire ici ?
  • Je vous ai dit que…
  • C’est qu’il s’énerve en plus !
  • Pardonnez-moi, mais je ne sais pas comment vous prouvez que je ne suis pas un agent !
  • Peut-être que moi, j’en suis une ! Que diriez-vous de ça ? Vous en avez entendu parler des Déviants et de la chasse menée contre eux par le Gouvernement n’est-ce pas ? Le présumé attentat commis par des Déviants à Atlanta, vous en avez entendu parler aussi ?
  • Ou…oui.
  • Évidemment… saviez-vous que le Gouvernement Unique avait empoissonné l’eau courante d’Atlanta avec je ne sais quel produit toxique qui tournaient ces pauvres gens en mangeur d’oiseaux… le saviez-vous, monsieur l’agent, que le Gouvernement était derrière tout ça ? Ce n’était pas les Déviants… vous le saviez, bien évidement…
  • Je ne…
  • Suis pas un agent, oui je sais. Peut-être êtes-vous dans un black site, nom de code, pas très discret, utilisé par le gouvernement pour torturer les Déviants liés à des groupuscules terroristes anti-Unitaire.
  • Je ne sais pas quoi vous dire… Je ne vous comprends plus !
  • Moi je vais vous dire ce que je sais. La chaise sur laquelle vous vous tenez contient des capteurs intégrés, permettant d’enregistrer votre pou, vos constantes et tutti quanti. C’était utilisé durant la guerre Unique. J’en ai récupéré une, ne me demandez pas comment. Enfin, tout les résultats sont sur mon ordinateur. Je vais y jetez un coup d’œil et nous aviserons pour la suite ! »

Elle s’asseyait une nouvelle fois à son bureau, je fixai son visage. C’était comme être arrêté par la police même si vous n’aviez rien fait, quelque chose pouvait être mal interprété et votre vie changeait pour toujours. Intérieurement, j’espérai que ces capteurs n’étaient pas défectueux, rendant ainsi les chiffres faux et me mettant dans un pétrin dont je ne supporterai pas de voir la fin.

Je scrutais ses yeux verts émeraudes, sa tête était posée sur son poing, utilisant l’index de la main gauche pour faire descendre les informations sur l’écran tactile de son ordinateur.

Le temps me paraissait long, j’étais au bout de mes forces, seul mon cœur, qui battait depuis un quart d’heure à cent à l’heure était la seule chose qui semblait encore pouvoir supporter cette interrogatoire.

Elle leva les yeux sur moi, appuya sur une touche de son ordinateur et dit :

« – Faites entrez les agents de sécurité. »

Je baissais la tête, mon cœur fit un dernier grand bond dans ma poitrine, même lui avait fini par capituler.

J’entendis une porte automatique s’ouvrir derrière moi.

« – S’en est bien un, messieurs. Protocole habituel.

  • Bien m’dame »

Je sentis une main se poser fermement sur mon épaule droite et une aiguille me rentrer dans la nuque et puis plus rien.

Jaskiers