La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Le vin de la colère divine par Kenneth Cook

Quatrième de couverture :

Aller combattre le communisme pour sauver le monde : tel est le motif qui conduit un jeune homme de vingt ans à se retrouver au cœur de la jungle du Vietnam. Confronté à la mort, il ne peut se raccrocher qu’aux valeurs chrétiennes et occidentales auxquelles il croit. Mais survivre au crescendo des bombes et de napalm mène à accepter les pires atrocités. Et à oublier la « guerre juste », lorsque se répand, dans une vision d’apocalypse, le vin de la colère divine.

« Dans une narration à couper le souffle, l’écrivain australien Kenneth Cook fait acte de foi en la littérature, celle qui réveille les consciences. Le vin de la colère divine est un cataclysme. » – Télérama

Kenneth Cook, écrivain couronné de succès, journaliste et leader d’un parti politique opposé à la guerre du Vietnam, fut un personnage hors norme. Il est également l’auteur du Koala tueur, de La vengeance du wombat et L’ivresse du kangourou, tous parus aux Éditions Autrement.

Ceci est un roman, l’histoire n’est pas tirée du vécu de l’auteur. C’est un changement, pour moi, amateur de récits de guerres écrient par des anciens soldats. Mais ce petit roman s’avère être au final un bon changement dans ma routine de lecture.

Ce jeune homme narre son histoire accoudé à un bar. C’est comme si vous étiez son ami de beuverie pour un soir, vous rencontrer ce jeune bidasse de 20 ans, qui a l’air d’en faire 10 de plus, et il vous narre son expérience.

Fervent catholique, il s’engage volontairement dans l’armée américaine pour combattre le communisme. Parce que, selon lui, les communistes sont les ennemis de Dieu. Il semblait presque parti pour une croisade, bien qu’il ne le mentionne pas tout au long de son récit, tout comme il ne mentionne pas les Vietnamiens, les Nord-Vietnamiens, les Viet-congs. Non, tous le long du récit, il les appelle « communistes ».

Jeune, croyant et bon soldat, l’expérience de la guerre du Vietnam va le plonger dans une grande confusion. Sa foie est ébranlée. N’est-il pas marqué dans les 10 Commandements : « Tu ne tuera point ? »

De plus en plus confus devant l’horreur, devant la mort, les valeurs qu’il a appris enfant auprès d’un père aimant et d’une mère française se désagrège. Il cherche à comprendre tout en ne cherchant pas. Il s’exprime par contradictions, sophismes, répond à ses propres questions pour les remettre en doute tout de suite après.

Sa rencontre avec Karl, venu remplacer un camarade de guerre du narrateur (ce dernier n’a d’ailleurs pas de nom, il n’est du moins pas mentionné dans le récit), qui s’autoproclame militariste-pacifiste n’arrange pas sa remise en question perpétuelle de sa foi, de sa place sur Terre, des Hommes, de leur natures, de la politique et de la guerre.

Durant une permission dans une ville de L’Asie de l’Est, qu’il ne nomme pas, il rencontrera Santi, un Vietnamien, avec qui il se saoul. Le narrateur notera avec quelle bienveillance, quel respect il est traité par cet homme. Il pourrait être un ennemi, ce qu’il a fait dans se bar, se lier avec un vietnamien est déconseillé par l’armée, mais Santi est bon, loin des stéréotypes racistes véhiculés par l’armée. La confusion qui s’exerce dans sa tête devient obsédante. Que penser de cette guerre ? S’est-il trompé d’ennemi ? S’est-il fait manipuler pour aller combattre si loin de chez lui des hommes qui, bien qu’ayant des croyances différentes, restent des hommes comme lui ?

Entre questionnement, au bord de la folie, de la confusion la plus extrême, le jeune homme plongera en plein enfer, le napalm, les bombes, les balles, les cadavres, les agonisants. Il ne sait même plus si il pleur. Le peut-il encore ? Sait-il encore ce qu’est se sentiment ? Les sentiments ?

La fin de son récit termine en apothéose. Un enfer sur Terre, une vision d’apocalypse.

Son récit terminé, le jeune homme ne vous dit ni au revoir ni à la prochaine. C’est nous qui partons, car il semble avoir déversé toute sa confusion et ses réflexions sur vous, jusqu’à ces derniers paroles.

Une réflexion sur la jeunesse, l’éducation, la religion et la guerre. Une dure expérience, qui remet en doute certaines de vos valeurs, sans les changer, peut-être, mais vous pousse à vous remettre en question comme le narrateur le fait. Sur vos croyances, votre éducation, l’autorité exercée sur vous et sur le monde en général.

Voici quelques extraits qui, je pense, montre la confusion et la peur du narrateur, qui le suivent tout au long de l’ouvrage :

Mais chaque fois que je pense, il m’apparaît qu’en ce bas monde, un homme sain d’esprit n’a d’autre choix que de devenir fou.

Nous ne pensions pas vraiment tuer. Nous ne pensions pas beaucoup, en réalité ; enfin, c’est ce qui m’apparaît maintenant. Il était impossible de penser. Qu’est-ce que veut dire « penser » de toute façon ?

En y repensant aujourd’hui, je dois reconnaître que j’étais le roi des cons. Ma seule consolation, c’est que nous étions tous les rois des cons.

Si ça se trouve, le monde foisonne de gens qui réalisent que leurs actions sont insensées mais qui craignent de passez pour des fous s’ils se comportaient raisonnablement. J’espère qu’il en est ainsi, mais je n’en suis pas si sûr.

Je m’étais attendu à quoi en partant à la guerre ? À ce que toutes les balles finissent dans les parties les plus charnues de la jambe et à ce que les ennemis soient les seules victimes ?

En général, l’idée qu’on enterre les gens, ou même qu’on les incinère, me dérange. Le principe même que les gens meurent me dérange. Je préférerai que ça n’existe pas.

La raison en était sans doute évidente. Mais je soupçonnais que le vraie raison n’était pas la raison évidente. Rien de ce qui est évident ne semble être vrai.

[…] Sans parler de cette bonne vielle maxime qui raconte plus ou moins qu’il faut prendre les armes pour faire taire les armes. Ils sont tous fous.

– Qui est fou ?

– Tout le monde. […]

Si tous les hommes qui en ont tué d’autres, depuis qu’il y a des hommes, étaient alignés les uns à côté des autres, combien de fois feraient-ils le tour de la Terre ? Et tous les morts ? Lesquels représentent le plus grand nombre, ceux qui ont tué ou ceux qui ont été tués ?

[…] il s’y inscrivait si il y avait une logique. S’il n’y en avait pas, eh bien, il n’y en avait pas. Mais il devait bien y en avoir une, car s’il n’y en avait pas, comment concevoir l’idée qu’il y en ait une ? Est-ce possible ?

[…] – Justement. Je trouve difficile d’imaginer un contexte permettant de justifier moralement une guerre moderne : on doit tuer trop de gens qui n’ont rien à voir avec la guerre.

L’armée vous aide à créer des illusions. Elle offre quelque chose de rassurant et convenable, avec le son du clairon, des tambours, et le rythme des soldats qui marchent au pas, sans compter qu’on vous tient occupé la plupart du temps, limitant tout loisir d’entretenir des pensées subversives. C’est sans doute la grande découverte qu’ont dû faire les généraux : le premier homme qui s’est dit « Je dois absolument occuper les lascars pour qu’ils n’aient pas le temps de penser. » a sans doute ouvert la voie à toutes les armées du monde.

[…] Mais ce qui m’inquiète – enfin, ça ne m’inquiète pas vraiment, pas trop en tous cas – bref ces actes que nous devons commettre… Les combats sont si atroces que je me demande s’ils sont justifiables.

Tous les bruits [dans la jungle] étaient ceux de chasseurs et de proies : les bruits de la violence. Aucun d’eux n’arrivait à la cheville de la violence que nous avion perpétrée […] L’idée de violence est d’ailleurs enracinée dans la nature […]

Il y a peut-être une logique à tout. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas – mais elle m’échappe. En fait, il y a forcément une logique ; la pure futilité, apparemment aveugle, de tous ça exige qu’il y ait une logique.

Je crois que j’essayais d’organiser mes pensées de manière ordonnée et civilisée, comme j’avais appris à le faire, ce qui est en triste contradiction avec les faits. En réalité, mon esprit paniqué tournait en rond. Réaction typique de l’esprit…

Un soldat doit se sacrifier pour la victoire. Savoir qui le tue n’est qu’une question théorique. Ça ne fait pas grande différence après coups, et si l’on accepte que la victoire représente le but ultime et que la mort est un mal nécessaire, ça ne fait pas une grande différence avant non plus. À moins d’avoir l’infortune d’être partis les soldats qui vont se faire tuer. Ça avait de l’importance à mes yeux.

Affirmation, infirmation, dans la même phrase. La confusion est le maître mot de se roman, de l’esprit devenu torturé et fragmenté par la guerre et ses visions d’horreurs. Sa lucidité, son intelligence ont été ses pires ennemis. Il est dur d’imaginer le futur du narrateur tant sa vie est maintenant entachée, et sa foi, pilier de son psyché, ébranlé, ébréché, craquelé, d’une manière violente à cause de manipulations, de mensonges et de l’expérience de soldat. À nous lecteurs de nous faire notre propre histoire sur ce que serait devenu ce « jeune homme » après avoir entendu son histoire. Et de se poser la question de tout ces autres jeunes hommes qui ont vécut un enfer similaire. Et qui sont sûrement accoudés aux bars, un verre à la main, attendant un badaud pour lui conter une énième fois son histoire. Peut-être pensent-ils avoir encore 20 ans d’ailleurs. Car il semble que personne ne sort grandi de la guerre, elle semble plutôt vous traumatiser au point que plus rien ne puisse vous faire avancer. Rester coincé mentalement au moment ou l’horreur du conflit vous touche. Une frontière mentale. Vous n’avancerez plus.

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

Dead dream society | Poème |

Où êtes vous les hippies pourquoi nous avoir laissé tomber ?

Pour la menue monnaie.

Pensiez vous à nous ? Déjà mort-né ?

Peut-être l’avions nous pensés

Ces plaie ouvertes, seule nous devons les panser.

N’aviez qu’à protester.

Nous l’avons fais !

Et que s’est-il passé ?

Vous nous avez frappé.

Génération de fainéant, drogué faible et pleurnichard !

Comme vous vous l’étiez avant de plier genoux, avares !

Partez donc jeune insolent !

Pas avant de faire de votre monde du chiendent !

Jaskiers

La guerre et après… par Pauline Maucort

Quatrième de couverture :

En Afghanistan, un tireur d’élite abat un homme. Trois mois plus tard, en France, son visage revient le hanter. Il commence à lui parler.

Un officier psychologue rapatrie contre son gré un soldat dont les mains tremblent si fort qu’elles n’arrivent plus à tenir un fusil.

Un caporal infirmier soigne la blessure par balle d’un Afghan sur lequel il pense avoir tiré la veille.

Un sergent maître chien démissionne et se forme au massage aux pierres chaudes et aux bols tibétains pour répandre la paix dans le monde.

Pendant ce temps, un caporal-chef enfile ses gants blancs. Il va rendre visite aux familles et leurs annoncer que leurs maris et fils sont décédés.

Dans La guerre et après… neuf militaires français racontent leurs missions en Afghanistan, au Mali et en Centrafrique. Ce qu’ils ont fait, ils n’ont jamais osé le dire à personne. S’ils acceptent de témoigner ici, c’est pour rendre hommage à leurs camarades morts au combat. Donner du sens à ce qu’ils ont enduré et partager les questions qu’ils se posent sur l’existence.

Ce livre raconte ce que font les militaires français en notre nom, nous, dont le quotidien n’est plus fait de guerre. De l’aventure, des tragédies, des histoires d’amour, de camaraderies, des trahisons, du sexe et des larmes. La guerre révèle les recoins les plus inavouables de l’âme humaine.

Pauline Maucort est journaliste (France Culture, RFI). Depuis 2008, elle s’intéresse aux traces que laisse la guerre sur ceux qui la font. Elle est l’auteure de documentaires, reportages et fictions radiophoniques diffusés dans Sur les Docks, Les Pieds sur Terre, Une vie une œuvre, et La Vie Moderne (France Culture).

Ce livre m’a été conseillé par Guillaume Ancel, quand je lui ai demandé se que pouvait ressentir un soldat après avoir été sur un théâtre de guerre. Comment revenir à la vie civile, comment vivre avec l’horreur, comment vivre avec le fait d’avoir tiré sur d’autres êtres humains et de se faire tirer dessus ? Comment retrouvent-ils une vie normale ? Le peuvent-ils ? Comment les civiles se comportent avec eux, quelles sont les questions les plus dures qu’ils aient à affronter de la part de leurs concitoyens qui n’ont pas vécus de conflit ? Peut-on reprendre ne serait-ce qu’un semblant de vie normale ?

En Amérique, on parle beaucoup des vétérans, souvent en proie au syndrome de stress post-traumatique. Souvent laisser sur le côté, beaucoup de vétérans américains finissent alcooliques, drogués, sans domicile fixe. Catégorisés comme des Bad boys, leurs réputations de soldats les précèdent dans leurs retour à la vie civile.

En France, je n’ai JAMAIS entendu parler des vétérans. Que ce soit dans les médias ou autre, leurs sorts ne semblent pas inquiéter, ou préoccuper, la population. Le tabou de la santé mentale en France est toujours présent, mais c’est silence total à propos des soldats revenant traumatisés. Jamais les médias ne semblent leurs donner la parole. L’introduction de Pauline Maucort apporte une très intéressante information : l’armée recrute. Pourquoi laisser la parole aux vétérans quand on peux projeter à la télé et sur internet des publicités à l’esthétique hollywoodienne ?

Si vous lisez le blog de Guillaume Ancel, ou l’un de ses ouvrages, vous savez que l’armée conseille aux vétérans de « fermez leurs gueules ». Et à quel point il est difficile de parler des expériences vécues sur les théâtres de guerre aux civiles. Soit ces derniers ne veulent pas écouter, soit ils cherchent à savoir les détails morbides, des questions déplacées. Cet ouvrage confirme ses dires.

J’avais comme projet d’écrire plusieurs nouvelles sur se thème, avec différents théâtres de guerre et différentes expériences, portant sur le trauma d’après-guerre. L’exercice s’annonce pour l’instant beaucoup trop difficile pour moi. Même si j’ai entrepris l’écriture d’une nouvelle, en anglais, ayant pour sujet la guerre dans le Pacifique. Il me faut en savoir plus, et surtout, quant on écris, de savoir la vérité, et de le poser sur papier. De ne pas d’auto-censurer, ne pas se trahir sois-mème, ni le lecteur. Jamais. Un projet qui ne vera peut-être pas le jour.

C’est avec ces questions et ces projets que j’ai ouvert le livre de Pauline Maucort.

J’ai décidé d’écrire cette article avec quelques extraits glanés dans l’ouvrage (avec l’autorisation de l’auteure). Je vous retrouve après ces extraits, qui répondent à mes questions posées en début d’article :

Extraits (ces témoignages proviennent de différentes personnes. De différents soldats. J’ai omis volontairement d’indiquer qui témoignait pour vous laissez découvrir par vous-même) :

[…] les Français nous ignorent complètement. Les politiques nous envoient en mission à droite, à gauche, on obéi consciencieusement, dans l’indifférence générale. C’est peut-être ça le plus douloureux, ce sentiment d’aller au carton pour défendre des gens qui n’en ont rien à foutre de ta gueule.

On tirait dans la direction d’où venaient les coups de feu. Je crois que je n’aurai pas aimé devoir tirer sur quelqu’un. Je veux dire, voir la personne sur qui je tirais. Viser quelqu’un, le voir et tirer, c’est chaud quand même.

Au début c’était toutes les nuits, avec le temps les cauchemars se sont espacés. Deux fois par semaine, puis des trêves pendant plusieurs mois. Ils reviennent quand je traverse des moments de mélancolie.

Je dors, jusqu’à ce que mon sommeil se change en sang.

Le psy m’a dit que c’était important de l’écrire, c’est une façon d’en parler. Il faut parler de la guerre. Des événements comme ça, c’est pas anodins pour le psychisme, dans notre société, ça crée des décalages. Alors en mettant des mots, je construit des ponts entre notre cerveau et le monde.

Si tu savais… La guerre, c’est pas ce que tu crois. C’est avant tout l’attente. L’ennui à t’en donner la nausée.

Quand tu reviens, t’es comme un con : la vie des autres a continué, mais la tienne, où est-elle ? Tu réalise que t’es que dalle. […] Les parents et toi, vous me demandez de raconter ce que j’ai vécu, mais je n’ai pas envie. […] Le risque, si je commence l’histoire, c’est que j’arrive au moment où il faudra raconter ces trucs que personne ne veut entendre. […] Je préfère me taire, dans ma bulle, c’est plus simple. Parfois je me demande si je vais bien. C’est quoi allez bien ? Je ne ressens plus rien.

Je viens d’expérimenter la règle : ne jamais partager avec des proches ces moments si intense du combat, pourtant essentiels pour nous. Il doivent rester entre nous. Pour le bien de tous.

[…] Première fois de ma vie qu’un gars me tire dessus volontairement. C’est seulement en écrivant ces mots que la peur arrive et me submerge.

Je suis changé. Où est-ce la vie qui a changé pendant mon absence ? Je ne me reconnais pas, je ne suis pas patient. La violence est en moi, elle a besoin de sortir. […] La vie quotidienne en couple me rend dingue.

Les médecins étaient formels, j’étais diagnostiqué syndrome de stress post-traumatique. Mais le conseiller [de l’assurance] n’en démordait pas, je n’avais pas de blessure physique, je devais m’estimer heureux, j’avais des camarades qui revenait amputés, handicapés à vie. À quelle indemnisation pouvais-je prétendre ?

Quand c’est pas avec mes filles, c’est au boulot qu’ils me harcèlent, les flashs. […] Si il n’y avait pas mes filles, ça ne me dérangerait pas de m’ôter la vie. Ce serait tellement simple. Léger, efficace, rapide. J’y pense quand elles ne m’appellent pas. Quand je me demande je suis quoi sur cette terre, je sers à quoi ?

[…] on est les premiers exposés aux tirs des insurgés, on en crève, pour des salaires de misère, pendant que les grands patrons, payés cinq ou dix fois plus, restent planqués. C’est nous qui faisons les frais de leurs décisions à la con. Ou plutôt de leur indécision.

J’ai ôté la vie à un père de famille. Je ne peux en parler à personne. Ça tourne en boucle. Ça me ronge le sommeil.

Quand je suis rentré, quelque chose s’est brisé en moi. J’étais heureux de revoir ma compagne et mes enfants, mais j’avais changé, et je craignais que cela ne se voie. En France, je subis le système. La vie me pèse. Je me retrouve seul.

[…] une porte qui claque, je sursaute et je me plaque au sol, la tête dans les épaules, c’est automatique. Une bouffée de chaleur m’envahît.

Avant notre départ [pour la France], le général P., commandant des forces spéciales, nous avait rassemblés pour donner des consignes : interdiction formelle de parler à quiconque, encore moins à un journaliste. On devait fermer nos gueules, ce qui se passait là-bas devait rester là-bas.

La colère que je ne pouvais pas envoyer contre mes supérieurs, c’est mon fils aîné qui se l’est prise en pleine face. Il est devenu mon punching-ball.

Ce que j’ai découvert, c’est que la sacro-sainte légende des Frères d’armes n’est bien qu’une légende. Je l’avais déjà remarqué dans le livre de Norman Mailer : Les nus et les morts, je l’avais d’ailleurs écris dans mon article.

Bien sur, on se protège entre soldats, entre amis, mais se cercle est réduit à votre unité.

J’ai aussi appris à quel point l’armée française était pauvre. Elle n’a pas les moyens de « rivaliser » avec l’armée américaine, bien sur, les US ont un budget défense colossal comparé aux français. L’armée française. c’est la débrouille. On vole, on chaparde, on a pas les moyens…

Appris aussi la violence dont sont capable les officiers, déchaînants leurs frustrations à coups de claques et de poings sur les soldats du rang.

Le sexisme, la misogynie dans les rangs de l’armée française est omniprésente. Il est bien plus difficile d’être une femme soldat qu’un homme. Leurs parcours dans l’armée est miné par les soldats masculins, les officiers, les commandants, les « hauts gradés ». Une femme soldat dans l’armée française est en guerre, avec l’ennemi ET avec sa propre armée. Le témoignage d’une de ces femmes, présenté dans le livre, est extrêmement choquant et troublant. Honteux aussi il faut le dire. Une chose que j’ai appris, bien que je me doutais que le microcosme de l’armée n’acceptait qu’avec beaucoup de réticences les femmes. À lire pour comprendre à quelle point les femmes doivent se battre pour s’imposer dans l’univers militaire.

J’ai regardé ma dose de documentaire sur l’armée française, la Légion Étrangère ect… et j’ai découvert à quel point ces documentaires étaient édulcorés. Nous apprenons plus à lire se livre qu’à regarder ces documentaires qui ne montre que très peu de la réalité des légionnaires, sur le terrain, en France et après.

Le livre aborde aussi un sujet que je n’avais, pour le coup, jamais pensé : le sexe. Sujet tabou, dans le civil oui, mais dans l’armée ? Jamais se sujet ne m’avait traversé l’esprit. Et c’est un sujet qui s’avère important. Tant pour les hommes, que pour les femmes engagés.

Même si j’ai échangé avec Pauline Maucort, je vais donner mon avis, franc et sincère, comme je l’ai fais avec l’ouvrage de Guillaume Ancel, je ne mentirai pas.

Le livre est excellent. J’ai beaucoup lu de témoignage, de journal de guerre, de toute les époques. Depuis longtemps j’étais à la recherche d’un livre sur le retour des vétérans, la vie après la guerre. Le livre tombe pile dans ce que je recherchais, c’est à dire que deviennent nos militaires, qui sont encore présents sur de nombreux théâtres de guerre à l’heure où j’écris ces lignes, quand ils rentrent chez eux, dans le silence, après des mois de tensions intenses, physiques, psychiques et émotionnelles ? Le corps et « l’esprit » sont des éponges, notre inconscient enregistre des milliers de données à la seconde, rien qu’en lisant ces lignes. Imaginez donc se qu’il enregistre lors de situations de dangers extrêmes. Tous les soldats dans le livre font face à de terribles cauchemars, l’inconscient se déchaîne, le corps a trop enduré, lui aussi a une mémoire. Et ces hommes et femmes sont seuls. Terriblement seuls dans leurs malheurs.

C’est un livre important. Il faut le lire, pour savoir. Savoir que des hommes et femmes souffrent dans le silence. Ils méritent notre respect, notre considération et compassion. Se livre devrait être lu dans les collèges ou les lycées. Bien sur, cela ne se fera sûrement pas, nous devons nous éduquer nous mêmes. N’oubliez pas, l’armée recrute. Mais si ces femmes et ces hommes se battent pour notre liberté, nous nous devons de les accueillirent et de les aider. Qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls. Car c’est aussi en notre nom qu’ils se sont battus. Qu’on l’ai voulu ou pas. Et leurs combats continuent, personnel celui-là, de retour à la maison.

Jaskiers

Have You Ever Seen The Rain par Creedance Clearwater Revival

Have You Ever Seen The Rain par Creedance Clearwater Revival sur YouTube

Nous sommes en 1971, quelque part au Vietnam du Sud.

De retour d’une patrouille en pleine jungle qui a tourné au vinaigre, vous avez gagné le droit à un peu de repos à l’arrière.

Vous n’êtes sûrement pas loin de Saigon, certains frères d’armes y sont partis pour s’amuser, filles de joies, opium, herbe et LCD, les boys l’ont bien mérités comme l’a dis votre vieux commandant.

Vous ? Vous avez besoin d’un peu de repos, allongé sur la première chose qui vous semblez confortable. Ou plutôt affalé. La nuit ne vous a pas apaisé. Toutes ces foutues scènes d’horreurs vous reviennent en mémoire. Et les fameux « et si ». Ça vous détruit un homme autant qu’une balle en pleine tête. Ou presque.

Un gars dans la tente allume sa radio. Un type y gueule « Goooooood mooorning Vietnam ! ». Il a l’air sympa se type à la radio. Vous ne savez pas ce qu’il fume pour être d’aussi bonne humeur le matin. Ou peut-être est-ce comme ça pour ceux qui ne cauchemardent pas, qui n’ont pas cette fièvre qui s’allonge sur vous à la fin d’une méchante escarmouche et vous tiens compagnie jusqu’aux petit matin comme une fidèle amante.

Il lance une chanson. La mélodie est entraînante. Presque douce. La voix du chanteur est nasillarde, il semble la pousser aussi fort qu’il peut, c’est à dire pas beaucoup. Vous l’avez déjà entendu se type, se groupe, chanter à propos d’un fils malchanceux ou un truc comme ça.

Là, il vous demande si vous avez déjà vue la pluie tomber un jour ensoleillé.

« Oh que oui » vous avez envie de lui dire. De la pluie orange même. Même une pluie de feu. Vous aimerez bien lui dire de venir voir par lui même, mais qui voudrai venir ici ? À par les couillons « draftés » comme toi et ces têtes brûlées avec leurs appareils photos qui s’embarquent avec vous aussi tranquillement qu’une mouche se pose sur la merde.

La vraie pluie ici au Vietnam, vous avez envie de lui dire, quand elle tombe, elle ne fait pas semblant la garce ! On appelle ça la mousson. Enfin elle rafraîchie. Comme une gaze, imbibée d’onguent qui pue, qui se pose sur votre chair rougeâtre, parfois noircie et brûlante. Tellement froide cette gaze que quant elle se pose au contact de votre moignon, vous pourriez penser y voir de la fumée sortir. Et puis elle disparaît sous le bandage.

Ah oui, vous avez perdu une jambe.

Ça sera bientôt le retour au pays.

Ça gronde sévère là-bas aussi, à la maison. Comme la tempête dans la musique qui passe dans vos oreille tel un mirage. Elle est trop courte cette musique. Trop longue cette guerre.

Vous n’avez rien demandé vous. Les Vietnamiens ne vous ont jamais rien fais de mal. Mais c’était la loi. De retour au pays, vous savez que deux clans vous attends, ceux qui pensent que vous avez fais votre devoir et ceux qui pensent que vous êtes un bourreau de plus.

Pour être franc vous n’en savez rien. Vous voulez juste la paix. Vous êtes fatigué.

Il fait chier cet animateur radio… Pourquoi il a pas mis se Hendrix avec sa guitare bourrée de LSD ?

Votre pied commence à vous faire mal, même si se dernier est quelque part dans la jungle, à des centaines de kilomètres de votre jambe. Vous ressentez une douleur… une douleur fantôme.

Vous avez envie d’entendre la pluie, la fraîcheur oui, la pluie vous berce, son rythme vous hypnotise. Se concentrer sur autre chose que la douleur lancinante, qui vous élance à chaque battements de votre cœur. Finalement, cette musique n’était pas si mal…

I want to know,
Have you ever seen the rain
I want to know,
Have you ever seen the rain
Comin’ down on a sunny day ?

Jaskiers

Our house par Crosby, Still, Nash and Young

Our House par Crosby, Still, Nash and Young sur YouTube

Nous sommes en 1970, un autre monde de nos jours.

Les cheveux sont longs, on combat la guerre par l’amour. La douleur par drogue. La société par la musique.

Le trio Crosby, Stills et Nash est rejoint par un jeune virtuose de la poésie et de la guitare, un certain Neil Young, grand, maigre, cheveux long. Ils sortiront de leur collaboration un magnifique album.

Cette chanson, dans laquelle vous vous plongez, nécessite que vous fermiez les yeux et écoutiez leurs harmonies accompagné de leurs guitares et leurs paroles.

Tout va bien, vous êtes avec l’être que vous aimez, dans une maison parfaite pour vous et vos deux chats qui se prélassent dans le jardin. Vous avez allumé le feu dans la cheminé, des fleurs sont posées par votre âme sœur dans un vase, tout neuf. Après tant de déboire, vous êtes heureux, donc vous chantez.

J’espère que vous apprécierez. Je vous conseil vivement de découvrir Crosby, Still, Nash qui formaient un groupe appelé… Crosby Still and Nash !

Pendant quelques temps, un jeune musicien surnommé The Loner, le solitaire en français, Neil Young, les rejoindra pour ajouter sa voix à la leur. Magie de la musique.

D’une époque où la jeunesse proclamait l’amour contre la haine.

Malheureusement, cette jeunesse a vite retournée sa veste, laissant les futures générations dans la confusion. Encore aujourd’hui…

Our house is a very, very, very fine house

With two cats in the yard

Life used to be so hard

Now everything is easy ’cause of you

Petite anecdote : Neil Young a dit que Kurt Cobain n’était pas juste le meilleur, mais le meilleur de tous les temps.

Jaskiers

Paris : Les lieux de la résistance de Anne Thoraval

Quatrième de couverture :

La vie quotidienne de l’armée des ombres dans la capitale.

Dès l’été 1940, refusant l’armistice, quelques poignées de Parisiens se cherchent, désireux de « faire quelque chose ». Un premier groupe se forme, au musée de l’Homme ; d’autres suivront.

Résister à Paris de 1940 à 1944, c’est recopier un tract, imprimer une feuille qu’on hésite à qualifier de journal, tracer à la va-vite un graffiti sur un mur, glaner des renseignements dans l’espoir de les retransmettre à Londres… plus tard cacher des prisonniers évadés, des réfractaires au STO, trouver des faux papiers… L’action quotidienne est humble et obstinée plus que spectaculaire, même si elle expose à de grands dangers. C’est cet ordinaire qui transparaît dans l’évocation des lieux de la résistance parisienne : où dormir, où tenir une réunion, où imprimer un journal, où trouver des camarades… Une géographie se dessine d’un Paris clandestin, dérisoire par le nombre, immense par sa foie inébranlable dans la victoire.

J’ai eu se livre en cadeau. Je n’aurai pas choisi se livre, parce que je ne connais pas du tout la géographie de Paris. J’aurai pu lire se livre avec Google map ouvert à mes côtés mais les lieux ont changées. Certains bâtiments ont été démolis.

Je me suis plus focalisé sur les individus et leurs actions. Il y a tellement de chose à raconter, de personnes à citer, de lieux, d’actions clandestines que je me suis perdu dans se livre, perdu dans Paris. Je n’ai pas su par quel bout prendre cette œuvre. Nous passons d’un article (car le texte, dans son ensemble, ressemble à des regroupements d’articles), d’une action se passant en 1940 pour passer à un tout autre article, sur un autre groupe de Résistant se passant en 1943. J’ai lu l’ouvrage jusqu’au bout malgré tous. Hey c’était un cadeau !

J’ai quand même trouvé, en comparaison avec la quatrième de couverture, que beaucoup de parisiens se sont mobilisés. Des femmes autant que des hommes, parfois très jeunes. Les photographies illustrant le livre sont parfois un peu « légères », il y en a de très intéressantes, comme celle d’un gestapiste guettant sa cible à la sortie d’une bouche de métro, où les lieux où se sont déroulé des événements importants. Le livre contient beaucoup de photographies des résistants en états d’arrestations.

La collaboration de la police et de la gendarmerie française avec les forces allemande est omniprésente dans l’ouvrage. Une honte de lire de telles choses. Bien qu’il faut noter qu’il y avait des résistants dans les forces de l’ordre française.

La Résistance était aussi (et surtout ?) le fait de petites gens dont les actes anonymes, les petits coups de mains, faisaient une grande différence.

Il est intéressant de voir où a été imprimer Le silence de la mer de Vercors.

Un reproche que je ferais au livre, il n’y a aucune carte de Paris ! Je ne connais pas Paris, à part les grands monuments et bâtiments mais c’est tout. Une carte complète et légendée aurait beaucoup aidé ma lecture.

Je vous le conseil uniquement si vous connaissez Paris comme votre poche et/ou que la Résistance vous passionne. Car on vous balance les noms, les lieux, comme si vous étiez déjà un fin connaisseur de l’histoire, de la géographie de la ville et de la Résistance. Malheureusement je ne le suis pas. Le travail d’historienne fournie par l’auteure est impressionnant. Le travail de documentation est monumental.

Ne pas oublier les actes de sacrifices et de résilience de gens lambdas qui se sont battus et exposés à leurs risques et périls, je crois que c’est le but de cet ouvrage. Et c’est réussi sur se point.

Ce n’est donc pas vraiment une review du livre en profondeur, je voulais juste avertir un potentiel lecteur/lectrice. Pour appréciez pleinement, il vous faut connaître Paris comme si vous l’aviez construite.

Jaskiers

Robert Capa – La collection

Quatrième de couverture :

Photographe majeur du XXe siècle et cofondateur de l’agence Magnum Photos, Robert Capa (1913-1953) avait l’âme d’un journaliste fervent et engagé et l’œil d’un artiste. Riche de plus de 70 000 négatifs, son œuvre fournit un témoignage sans équivalent sur vingt-deux années cruciales (1932-1954) où se déroulèrent certains des événements les plus sombres et les plus marquants du siècle dernier. Cet ouvrage présente la sélection iconographique la plus complète jamais publiée sur Robert Capa : 937 photographies choisies par son frère Cornell Capa (lui-même photographe réputé au magazine Life) et par son biographe, Richard Whelan, qui ont repris une à une ses planches-contacts afin de constituer cette somme. Présentées par ordre chronologique, les photographies sont accompagnées de commentaires et de légendes. C’est donc à une revue détaillée des temps forts d’une carrière que le lecteur est ici convié, une carrière qui conduisit Robert Capa de l’Espagne déchirée par la guerre au débarquement des alliés à Omaha Beach, mais aussi après de Picasso et de nombreux autres artistes et comédiens et jusqu’en Indochine, où il trouva la mort quelques instants seulement après avoir pris ses ultimes images.

« Les 937 clichés choisis […] parmi les quelque 70 000 négatifs sont autant de chefs-d’œuvre. » (Libération)

« Les clichés de ce superbe album témoignent d’un des plus grands photoreporters de notre époque. » (L’Express)

« Cet énorme recueil, une somme indispensable pour tout amoureux de la photo, agit comme une mémoire qui refuse le silence. » (Le Point)

Votre serviteur a dépensé une coquette somme pour se livre de collection. Je l’ai reçus, et j’ai découvert que les légendes et les textes à l’intérieur du livre étaient en allemand. Et votre serviteur a beau avoir fait des années d’allemand, il n’est jamais arrivé à assimiler ne serait-ce que le minimum pour pouvoir se présenter décemment dans la langue de Goethe… J’ai donc béni l’existence des sites de traductions et me suis armé de patience.

Je pensais que le livre contenait les photos de la fameuse Valise Mexicaine, il s’avère que non, le livre ayant été publié avant la découverte de la valise contenant de magnifiques photographies prisent par Capa, sa femme Gerda Taro et leurs ami Chaim. Le livre de la Valise Mexicaine est dispo sur Amazon. (Et sera peut-être un jour dans mes mains !)

L’ouvrage commence avec les photos d’un meeting de Trotsky, Capa semble s’être focalisé sur ses mains, ses gestes.

Ensuite, nous avons le droit aux grèves d’ouvriers à Paris, des photographies des élections.

Vient ensuite un sujet important dans la carrière de Capa, celui de la guerre civile espagnole. Capa ne prends pas de photos de cadavres. Il aime prendre des photos de groupe, des soldats, pour la plupart très jeunes, hommes et femmes, derrière leurs barricades ou derrières leurs fusils. Je pense que Capa prenait ces photos de groupes pour montrer la solidarités, l’unité (qu’ils n’y avaient pas forcément) dans les forces républicaines. Ils jouent avec la lumière, les contrastes et le flou, cette dernière méthode donne une impression d’action, comme si vous étiez sur le terrain.

Pas de cadavre donc, mais des photos de ruines, de maisons et de bâtiments éventrés, gardant encore les traces des anciens occupants. Portraits, meuble, objets divers.

Des photographies de réfugiés, souvent des femmes et des enfants, les femmes ayant le visages émaciées, comme si Capa voulait nous montrer les sacrifices des mères. Certaines images sont prise en portait, en gros plan, ou l’ont vois la détresse et la fatigue. L’anxiété et la peur. Il y rencontrera aussi un certain Ernest Hemingway.

Valence, Espagne, décembre 1937. Ernest Hemingway rencontre l’écrivain russe Ilya Ehrenburg. Hemingway et Capa seront de grand amis. (Photo incluse dans l’ouvrage). Crédit : Magnum Photo/Robert Capa.

Passage à Paris pour aller en Belgique, Capa photographie les meetings des différents syndicats de travailleurs, photographie les politiques en plein discours. Les gestes, les regards, les points levés des hommes politiques montrent à quel point la situation était tendue à cette époque.

Un petit retour en Espagne pour photographier la situation de la guerre civile à Bilbao, puis, petite visite à New-York pour voir sa mère et son frère.

Puis encore un voyage en Espagne.

C’est le terrible front de Teruel, la bataille est féroce entre les Républicains et les rebels. Capa photographie des corps sans vie sans rentrer dans le gore, le voyeurisme.

Enfin la Chine, pour couvrir la guerre Sino-Japonaise. Il ira jusqu’au front de Sutschou. Soldats blessés, civiles fuyant la guerre, enfants souriants malgré le malheur.

Un passage à Barcelone, les Républicains sont acculés. Sur les clichés, les soldats sont pris en contre-jour, tel des ombres. Les civiles regardent le ciel, la crainte d’un bombardement aérien dans les yeux.

Puis, s’est sur le front d’Aragon qu’il se déplace.

Les civiles, en grande majorité des femmes, des personnes âgées et des enfants, sur les routes. Les visages sont fatigués et anxieux. Leurs destinations : la frontière française.

En image : les hideux camps d’interments français où seront parqué les réfugiés, celui d’Argeles-sur-mer par exemple.

La Belgique encore, puis le Luxembourg, où il suit une procession religieuse.

Redescend dans le pays Basque, puis suit le Tour de France de 1939 pour le magasine Match

Nouveau-Mexique en 1940 pour prendre en photo des cowboys pour LIFE puis New-York pour photographier Dorothy Maynor, Paul Robeson, Gertrude Lawrence, Jinx Falkenburg et une soirée de Jazz alcoolisée dans un train. Noir et blanc, dansant ensemble, chantant ensemble, buvant ensemble. La photographie est importante dans une Amérique encore très profondément raciste.

Direction le Mexique pour des élections. Des élections tendues. Des morts, des procession funéraires.

Retour en Amérique, dans l’Indiana pour photographier pour LIFE les jeunes fêtards dans les bars.

Puis Sun Valley dans l’Idaho pour photographier un Hemingway à la chasse avec Martha Gellhorn. Et trois magnifiques photographies d’Ernest en train d’écrire, son crayon de papier et ses brouillons, pleins de rature, concentré, avec un pansement sur le majeur de sa main droite. (Hemingway sans une blessure, ce n’est pas Hemingway !)

Martha Gellhorn et Ernest Hemingway. Credit : Magnum Photo/Capa (présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre en noir et blanc)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ma photo préféré d’Hemingway par Robert Capa. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)

Vient ensuite Londres, les civils sous les bombes allemandes. Pas de voyeurisme, pas de gore, des ruines, des habitants avec les masques à gaz, réfugiés sous terre, ou dans les rues, avec le sourire.

En 1943, il photographie les soldats américains en Grande-Bretagne, sympathisant avec les habitants pour le magazine Collier’s et Weekly Illustrated.

Retour en Idaho, pour prendre en photo Hemingway avec son fils, Gregory, à la chasse. Avec en prime un cliché de Gary Cooper, l’acteur qui jouera le rôle de Robert Jordan dans le film tiré du roman d’Hemingway : Pour qui sonne le glas.

Capa part pour Collier’s comme photographe de guerre avec l’armée U.S. en Afrique du Nord pour suivre l’avancée de l’offensive de Patton en Tunisie.

Il photographie De Gaule et Giraud, les grands rivaux, à Alger, il immortalise ainsi la présence de la France Libre dans la guerre contre l’Axe.

Puis l’armée américaine libère la Sicile, Capa capture des moments de liesses, les siciliens accueillant leurs libérateurs.

Robert suit l’armée jusqu’en Italie. Les photos de soldats, fatigués mais sur le qui-vive, la poussière, les grandes plaines, la chaleur, les blessés civiles et militaires. Les hôpitaux militaires et les soldats convalescents.

À la bataille pour le Mont Cassino, il immortalisera les soldats de la division Marocaine commandée par le général Juin.

Vient ensuite le débarquement de Normandie. Les plus fameuses de ses photos de la seconde guerre mondiale, dont celle en couverture de se livre, feront le tour du Monde. Il n’oubliera pas de visiter son vieil ami Hemingway sur son lit d’hôpital après un stupide accident de jeep. Sa tête serait passée à travers le pare-brise.

Hemingway hospitalisé à Londres après son accident en Jeep. Photo : Robert Capa. Magnum Photo. Mai 1944. (Présente dans le livre)
Hemingway hospitalisé. Robert Capa/Magnum Photo. Mai 1944. (Présente dans le livre)

Les captures du débarquement sont intenses ! Le flou, les soldats allongés, la pagaille. Malheureusement, la plupart de ses négatifs auraient été détruit à cause d’un problème de développement. J’ai lu une autre version de cette histoire. Voici un article de Télérama sur cette autre version : https://www.telerama.fr/scenes/robert-capa-a-t-il-panique-durant-le-d-day,129730.php

Panique ou pas, j’aurai paniqué pour sur cette plage. Le respect a Capa lui ai dû.

Les troupes ayant un pied ferme sur les plages de Normandie, Capa photographie des morts, des soldats allemands creusant des tombes pour la sépulture des soldats. L’arrivée des tanks, et autres engins de guerre.

S’en suit bien évidement des photographies de la terrible bataille de Normandie, dans les bocages, les champs. Il prendra une magnifique photo du Mont Saint-Michel durant son périple. Il était accompagné d’Ernest durant cette épopée !

Ils prends en photo les groupes de soldats allemands fait prisonniers. Il n’oubliera pas d’immortaliser une infamie française, la tonte des femmes accusées de collaboration verticale avec l’ennemi. Ces photographies sont édifiantes, une honte de voir ses femmes humiliés et raillées en publique, certaines avec leurs enfants dans leurs bras.

Capa suit la division blindée Leclerc et la libération de Paris. Soldats français, américains et résistants combattent côte à côte.

À la Libération de Paris, De Gaulle et la liesse d’une ville libérée.

Paris libérée, il rendra visite à Pablo Picasso dans son atelier.

Après la libération de Toulouse, il photographiera un meeting de Républicains espagnol. L’espoir renaît pour ces espagnols, malheureusement l’Histoire ne leurs prêtera jamais ne serait-ce qu’un peu de chance.

Puis de retour sur le front, il suit la bataille du terrible front de Bastogne en Belgique.

Après la terrible contre-attaque de la dernière chance des allemands repoussée, il suit les parachutistes américains sautant au dessus de Bei Wesel, en Allemagne. Puis Leipzig et enfin Berlin. Il photographie les soldats américains à Nuremberg, c’est la fin de la guerre contre les Nazis.

Dans Berlin libéré, il photographie des juifs dans une Synagogue. Le symbole est fort. Il capture aussi les habitants désœuvrés par la terrible bataille de Berlin. Des soldats américains et russe fraternisant. Là aussi, le symbole est fort, sachant que la guerre froide est juste sur point de débuter. Il n’oublie pas les enfants orphelins des SS, ces enfants étaient un plan d’Hitler, pour peuple le futur « Reich Millénaire » de soldat ethniquement « pure ».

Après la guerre, direction Hollywood, s’est Ingrid Bergman, célèbre actrice qu’il prend pour sujet. Elle tourne un film avec un certain Alfred Hitchcock.

Capa à la bougeotte, et une autre figure littéraire célèbre aussi… Non pas Hemingway mais Steinbeck avec qui il sillonnera la Russie !

John Steinbeck et Robert Capa durant leurs voyage en Russie, voyage surnommé « Le circuit de la Vodka ». Moscou Août/Septembre 1947. Photo Robert Capa/Magnum Photo. (Photographie présente dans le livre)

Il signe de magnifiques photographies de fermière ukrainiennes russes, des processions religieuses en Géorgie, un mariage en République Tchèque (Tchécoslovaquie).

L’épopée en Union-Soviétique terminée. Il se rend dans la toute nouvelle Israel. Il photographie les familles venant d’Europe par bateau et la guerre entre Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak et l’Egypte.

Il voyage ensuite en France, plus précisément sur la fameuse French Riviera où il photographie Picasso, Françoise Gilot, sa compagne, et leurs fils Claude Picasso.

Puis, un retour en République Tchèque (Tchécoslovaquie) où il documente la reconstruction du pays.

À Varsovie, il immortalise les ruines du ghetto. Image poignante. Là où tout un peuple innocent a souffert, il ne reste que des gravats. Le ghetto ayant été détruit à coup de bulldozer.

Voyage en Amérique. Il photographie le président Truman et Dwight Einsenhower devant la tombe de Patton.

Il retourne en Israël pour photographier la vie des Juifs Orthodoxes. Il photographie des Kibboutz, des jeunes enfants juifs dans leurs nouvel environnement.

De retour en France, il photographie Picasso, son fils, sa compagne et rends visite à Henri Matisse. Petit voyage en Autriche, s’est la fête. Puis la France, là aussi, s’est la fête, le 14 juillet.

En Allemagne, c’est un portrait d’une génération confuse, assommé traumatisée et perdue qu’il capture.

Petit passage en Norvège, puis Paris encore où la fête et les amoureux reprennent leurs droits.

À Londres, il photographie encore son vieil ami Steinbeck, un certain Faulkner et Truman Capote.

William Faulkner par Capa. Magnum Photo. (Photo présente dans le livre)

Direction le Japon. Qui se remet petit à petit de la guerre et des deux bombes nucléaires reçues sur son sol.

Puis l’Indochine. Le Laos et le Vietnam avec l’armée française, c’est la guerre, la France se retire après le désastre de Ðiện Biên Phủ. Capa prendra sa dernière photo, celle de soldat français avançant en terrain miné.

P.S. : j’ai décidé de faire la chronologie du livre et pas forcément la chronologie de la vie de Capa. J’ai suivi l’ordre des photographies mais pas les événements de sa vie avec précision. Les photos que j’ai choisis de poster son celle d’auteurs américains, pour une raison purement personnel. On parle de Capa, donc de photo, mais je n’avais pas envie de poster trop de photographie, en espérant que vous les découvrirez un jour par vous même.

P.S.2. : ne faite pas comme votre serviteur, faite attention à la langue du livre quand vous acheter !

N’oublions pas Gerda Taro. Morte très jeune en faisant son métier.
Petite photo bonus de votre serviteur : Hemingway et Capa (à droite) accoudés à un bar. Crédit photo : Lloyd Arnold.

Jaskiers

Récit de la Kolyma de Varlam Chalamov

Quatrième de couverture :

Les Récits de la Kolyma, réunis pour la première fois en français, retracent l’expérience de Varlam Chamalov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie.

Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d’une œuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s’élabore à travers six recueils. Chaque texte s’ouvre sur une scène du camp. Il n’y a jamais de préambule, jamais d’explication. Le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers. Les premiers recueils, écrits peu après la libération, porte en eux toute la charge du vécu. À mesure que le narrateur s’éloigne de l’expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l’impossibilité de raconter le camp. Certains thèmes sont alors repris et transformés. La circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grand préoccupation de Chamalov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de « crevard », composée de vingt vocables à peine ?

Les récits s’agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance.

On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C’est un texte agissant. A l’inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s’inscrit en eux. Le camp aura servi à l’écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses.

Les camps, dit Chamalov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s’y passe, ni même le savoir. Il s’agit en fait d’une connaissance essentielle, une connaissance de l’être, de l’état ultime de l’homme, mais acquise à un prix trop élevé.

C’est aussi un savoir que l’art, désormais, ne saurait éluder.

Varlam Chalamov lors de sa première arrestation en 1929.

Avec une telle quatrième de couverture, dur d’écrire sur cette l’œuvre. Mais je vais essayer.

J’ai eu envie d’acheter cet ouvrage après voir lu « L’archipel du Goulag » de Alexandre Soljenitsyne, autre auteur étant passé par le Goulag, par le système de répression et de « nettoyage » ethnique et idéologique de l’état Soviétique. Le passage qui m’a le plus marqué dans l’œuvre de Soljenitsyne, et celui ou il déclare que l’homme cesse d’être un être humain quand une figure d’autorité use de violence physique. C’est encore d’actualité.

D’ailleurs, ces deux auteurs, Chalamov et Alexandre Soljenitsyne, ont communiqué par lettre. Je crois même qu’un recueil de leurs échanges est disponible. Malheureusement, leurs amitié ne durera pas longtemps, Chalamov reprochant à Soljenitsyne d’écrire des récits trop « doux » sur son vécu au Goulag.

Chamalov vise aussi Dostoïevski et sa « Maison des morts », qu’il juge, la encore trop doux, portant aux nues les truands.

L’emplacement de la Kolyma.

1 500 pages. 1 500 d’histoires, que l’on pourrait appelé un « recueil de nouvelles » écrit par un prisonnier, un Zek, un « crevard » des goulags, ou comme le dirai Chalamov, des camps d’exterminations stalinien. Chalamov connaîtra la détention dès la vingtaine pour n’en ressortir que vers la cinquantaine.

Chalamov n’était pas un prisonnier de droit commun, un truand, ceux là sont la terreurs des camps. Non Chalamov était un « 58 », emprisonné pour activités anti-soviétiques. Ces détenus étaient voués à être exterminer par le travail, par leurs gardes, par les truands, ces derniers étaient considérés comme des personnes à rééduquer et non des ennemis du peuple.

Être un « 58 », nom de l’article condamnant les activités anti-soviétiques dans le « code-penal » de l’ex-URSS de Staline, c’était être condamner à piocher, creuser, pousser des brouettes, être frappé, humilié, violé, assassiné et j’en passe. Vous pouviez être arrêter sur dénonciation, et souvent, vous étiez condamné sans savoir quel avait été votre crime. Dans l’ignorance. Et votre vie de prisonnier commençait sans que vous n’en connaissiez la raison. Et quand vous étiez accusé, il était impossible de ressortir lavé de tout soupçons, impossible de vous défendre. Vous étiez emprisonné et c’est tout.

Être « 58 », c’est travailler plus de 16 heures par jours, sous un froid de moins 60 dégrées (Celsius), c’est trouvé que moins 40 dégrées (Celsius) c’est doux, presque l’été.

C’est avoir les mains bloqués en position fermée à force de tenir les outils.

C’est avoir le scorbut. La pellagre. La dysenterie. Être utilisé comme objet de pari quand les truands non plus d’objets à parier. C’est d’être voler, de n’avoir aucun objet personnel.

C’est se faire voler la photo de sa femme pour que les truands puissent faire une « session de masturbation collective » avec.

C’est voir un autre 58 se faire éviscérer par des truands, ces derniers utiliseront les intestins de la victime pour étrangler un autre 58.

C’est être victime, 24 heures sur 24. Ne plus avoir de contact avec sa famille.

C’est d’être utilisé comme simple pion dans la politique, le microcosme concentrationnaire.

C’est de travailler jusqu’à l’épuisement total, physique et moral. Avec le ventre vide.

Si vous êtes une femme, c’est de se faire violer, en groupe. Et j’en passe…

Prisonnier de la Kolyma construisant la « route des ossements». Je vous laisse deviner pourquoi cette route se nomme ainsi…

Varlam a vécu tous cela juste parce qu’il avait dit qu’il appréciait un poème de Bakounine…

Je pourrai continuer encore. La lecture de ces 1 500 pages étaient éprouvante. Varlam Chalamov raconte ses histoires à la troisième personnes, ou à la première. Se livre contient tout ses récits, certaines histoires se répètent mais apportent toujours un nouveau détail ou point de vue de l’auteur. L’écriture à là troisième personne est un fait commun dans la littérature, elle permet aux victimes de s’exprimer plus « librement », donnant une certaines distance pour leurs permettre d’écrire.

Chalamov lors de sa deuxième arrestation en 1937

La lecture de cette œuvre immense vous hantera la nuit. Comme un bon roman d’horreur, sauf que se que vous avez lu a été vécus par des centaines de milliers de personne. Hommes, femmes et même adolescent. Vous en sortirez exténué. Vous ne verrez plus un mélèze comme avant. Une pioche, une pelle, une cigarette, une cuiller comme avant. Je conseillerai de lire se livre sur un tapis roulant à vitesse maximale pour bien comprendre la souffrance physique et mentale des récits. Votre corp sera ainsi en symbiose avec se que subit votre psyché. Et vous n’avez pas le droit d’arrêter jusqu’à l’évanouissement. Vous trouvez cela stupide ? Je ne l’ai pas lu comme cela bien sur, mais votre corps sentira la douleur lors de cette lecture. L’enfer est stupide. Les camps, les régimes totalitaires sont stupides. Sortez votre tapis roulant et soyez stupide.

Monument dédié aux morts à Magadane. Le visage de la tristesse.

Il n’y a aucune chronologie logique dans se recueil, vous êtes propulsé à Magadane sur une histoire, pour être propulsé à l’hôpital, puis dans la forêt ou dans les mines. Vous êtes perdu vous aussi, Chamalov vous entraîne avec poésie (si si) dans l’enfer. Et l’enfer concentrationnaire ne connaît pas de temps ni de logique.

La route des ossements aujourd’hui.

L’œuvre complète des Récits de la Kolyma est coûteuse. Je sais que l’ouvrage se vends en plusieurs parties. Je vous conseillerai la partie appelée Le gants.

Varlam Chamalov

Chaque histoire est imprégnée d’horreurs, de dénonciations, d’actes inhumains, cruels. Il n’existe pas d’amour dans les goulags, ni de merci. On y meurt, et si on survit aujourd’hui, demain on meurt. On utilise des tracteurs pour creuser des fosses communes, pour y lâcher des cadavres que même la terre gelée de la Kolyma ne veut pas. Rejetant, conservant, le permafrost ne veut pas de l’horreur humaine. Les mélèzes centenaires n’oublient pas, sont les témoins silencieux du massacre de millions d’êtres n’innocents poussés aux dernières limites de la vie.

J’ai omis volontairement de trop parler de politique, de citer l’action des services soviétiques tél que la Guépéou, le NKVD, la Tchéka, les Troïkas, le NKGB, des services qui massacrent et qui se font massacrer à leur tour quand leur horrible travail est fait.

Chalamov compare les camps d’extermination nazis et les Goulags, similaire selon lui, et je suis d’accord. Selon Varlam, les chambres à gaz sont remplacées par le travail forcée à moins 60 dégrée (Celsius) sans protections adéquates.

De loin une des lectures les plus terribles que j’ai eu l’opportunité de faire.

« La détention en camp est une chose atroce qu’aucun homme ne devrait jamais connaître. L’expérience du camp est, à chaque instant, absolument négative. L’homme n’y fait que devenir plus mauvais. Il ne saurait en être autrement. Au camp, il se passe des choses dont un homme ne devrait jamais être témoin »

Varlam Chamalov

Varlam Chalamov peu avant sa mort. Il finira sa vie dans un hôpital psychiatrique.

Jaskiers