Cette matinée très bizarre

La journée avait commencé comme n’importe quelle autre. Rien de différent, la routine d’une famille moyenne dans un HLM pourrie de l’hexagone.

Les samedis, on glande au lit, on ne fait rien, on déguste bien comme il faut une grasse matinée bien méritée. Je suis le plus jeune de la famille, mon frère a 22 ans et vit encore à la maison. Pour lui, ça n’a rien de mal à ce qu’on soit encore chez ses parents à 22 ans, ce n’est plus l’époque formidable de nos parents, mais une autre.

J’ai mon père qui travaille comme cheminot. J’ai toujours trouvé ce mot rigolo.

« – Tu fais quoi dans la vie ?

  • Cheminot ! »

Peut-être que ça me fait rire parce que ca rime avec poivrot. En faite, ces deux mots se marient plutôt bien dans la vraie vie. Quand mon père ne travail pas, il est souvent au bar du quartier à « jouer au ‘Paix Aime U’», « à dilapider de l’argent pour des ‘chies mères’ », dit maman. Je présume que des ‘chies mères’, c’est des femmes, je suis un grand garçon je sais des choses, je les comprends mais je donne l’impression que non, comme ça, je garde un certain avantage sur les autres. Mais il joue aussi aux jeux d’argent. J’ai jamais entendu papa revenir à l’appartement en criant : « Chéri les enfants j’ai gagné ! À nous les Bahamas ! ». Non lui c’est plutôt : « T’as fait quoi à manger ? – Steak frite mais c’est froid, si t’en veux, fais les réchauffer, je vais pas passer mes soirées à t’attendre. »

Souvent, après, ça gueule et sa part dans des histoires pas possibles de « baise », de « putain », de « feignasse ». Ce dernier mot , il aime le dire car ma mère ne travail pas. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie elle répond « mère au foyer ». Moi je pensais qu’elle disait « maire » au foyer au début, ce qui, en fait, a du sens. C’est elle qui commande, qui gère les comptes et on l’aime tous, chacun a notre manière, donc c’est comme si on l’avait élue avec notre cœur et notre affection, unanimement !

Enfin je reviens à ce jour où tout avait commencé comme d’habitude. Je suis le plus jeune, moi je fais pas de grasse matinée car je préfère jouer. Dormir quel gâchis de temps !

Donc je me lève, normalement, mais je sens au fin fond de moi que quelque chose est bizarre. Mais je suis parfois angoissé, ma mère dit que je suis déjà ‘nez rosé’. Je sais pas ce que ça veut dire mais je pense que c’est lié à mes angoisses.

Je sors mes céréales, le lait, ma cuillère fétiche et je bouffe. Très sucré les céréales donc je vais me brosser les dents. Vous pensez peut-être que je suis bien élevé mais c’est juste que je déteste le dentiste, donc je brosse mes dents pour éviter d’y aller.

Là, en me regardant dans le miroir au-dessus de l’évier, j’observais mon visage et y’avait quelque chose qui clochait. Parfois j’y réfléchis et je pense que en faite, les traits de mon visage… bougeaient. Oui, comme quand on regarde son reflet dans l’eau, mais c’était très léger.

Il m’en a pas fallu plus pour gerber. Mais j’ai eu le réflexe de le faire dans la baignoire ! Mais je vomissais un peu violet.

Et c’est là que tout est parti en vrille.

Mon père est sorti de sa chambre en caleçon comme un taureau ! BAM la tête la première, il saignait et il gueulait !

« Holà gros connard ! Holé ! No pasarán! »

Ah oui, le père de mon père il était espagnole, ça explique maintenant ses paroles quand j’y repense.

Et là mon frère sort en t-shirt de sa chambre, et il semble marcher comme les deux américains qui ont un jour marchés sur la Lune (papa dit que c’est un prénommé Stanley ‘Cubique’ qui a filmer ça dans un hangar sur Terre, et mis en scène par la CIA). Il me regardait, la bouche en « O » et les yeux pareils ! Et il répétait, péniblement : « Mais putain on est où ».

Et là ma mère est sortie mais moi je voyais sa peau toute verte, juste verte, rien d’autre, comme si elle avait sauté dans la peinture.

Et là mon père il s’est encore mis à gueuler : « Holà ! No pasarán ! » et il faisait semblant d’être un torero. Il pensait que ma mère était un taureau. Mais je peux vous dire qu’elle n’avait rien d’un taureau.

Elle commença à parler une autre langue, enfin une langue étrange, faite de sortes de rots, de cris brefs, rauques et faisait claquer sa langue. Et elle nous regardait comme si nous étions des fous, comme si le fait que nous ne lui répondions pas était outrageant.

Mon frère continuait à marcher sur la Lune, il me demandait avec une voix lente comment nous avions atterri ici et, immédiatement, je vis les murs de l’appartement s’écrouler, comme si ils étaient en cartons, pas en ciment ni rien juste comme ça, et leur chute révéla que nous étions effectivement sur une autre planète.

Tout était rouge, l’atmosphère, l’air, le sol, j’avais peur ! Et ma mère était là, à marcher bizarrement comme si elle était un ours et mon père se mit à courir devant elle et il fit un saut et il disparut.

Je commençais à pleurer et je demandais à maman ce qui était en train de se passer. Elle me fixa du regard et me répondit. Bizarrement, d’un coup, je comprenais sa langue et elle me demandait de parler en français. Mon frère disait qu’on était sur Mars, moi je disais qu’on était en enfer et ma mère continuait à copieusement nous engueuler car nous parlions une langue inconnue.

J’entendais des cris, c’était comme si les voix parlaient à l’envers, comme si quelqu’un vous disait bonjour et qu’en faite vous disait « roujnob ». Ça fait un effet bizarre et y en avait au moins deux ou trois et évidemment je ne comprenais rien. En plus, elles était graves ces voix et je m’imaginais qu’un monstre extraterrestre venait nous tuer avec ses amis.

Donc je pleurais encore et mon frère me disait de me calmer car si ça se trouve les voix étaient gentilles mais ma mère s’approcha de moi, mit son bras autour de mon cou et criait de lui rendre son fils. En plus, elle commençait à serrer fort son bras contre ma gorge, je me débattais comme je pouvais mais elle était forte ! Genre une force comme si elle était en pierre, c’était impressionnant ! Donc je pleurais encore plus mais je ne pouvais pas crier.

Mon frère essayait de venir à ma rescousse mais il marchait encore au ralenti, j’avais le temps de mourir étouffé au moins trois fois avant qu’il arrive.

Et ma mère, toute verte, criait encore et encore de lui rendre son fils. Je bougeais comme une anguille en espérant glisser de sa prise mais aucun espoir.

Puis j’entendis un gros « boum » et les voix inversées de tout à l’heure se rapprochèrent !

Mais je commençais à avoir la vue qui se brouillait, comme un voile noir qui se posait devant mes yeux et là, à ce moment, je vis un énorme bras violet et poilus et un autre de couleur jaune ! Ils prenaient le bras de ma mère qui était autour de mon cou pour l’enlever et ils criaient dans cet étrange langage. Je pouvais respirer et en gigotant encore je pu sortir de l’étreinte de fer de ma mère mais là, un des monstres, le jaune, m’attrapa. J’en avais marre d’être maltraité donc je lui filais des coups de poings et de pieds et la voix du monstre se faisait encore plus grave.

Un autre monstre, de couleur orange, se jeta sur mon frère. Je criais et je frappais le monstre qui me ceinturait et je vis des lumières clignoter dans l’atmosphère et encore plus de cris !

J’étais épuisé j’en avais assez et je vis une navette, c’était elle qui émettait ces lumières qui était apparu peu avant l’intervention des créatures colorées. Et je vis des astronautes en sortir et je leur criais à l’aide car c’étaient les seuls humains que je voyais, depuis le début de cet étrange mâtiné, qui n’étaient pas des monstres ou juste bizarres.

L’un s’arrêta devant moi, ses lèvres bougeaient mais aucun son n’en sortait. Puis il sortit un pistolet, l’appuya sur mon torse et plus rien.

Je me réveillais à l’hôpital, plus de planète rouge ni rien. Une infirmière entra, elle était normale et parlait normalement. Elle était toute gentille et me dit qu’elle allait avertir le docteur et d’attendre sagement. Donc j’attendis.

Un vieux docteur arriva avec ma mère, mon frère et mon père, ce dernier en béquilles.

Ils m’expliquèrent que nous avions été empoisonnés à l’oxycarboné. Il y avait eu une sorte de fuite dans notre appartement et ce gaz empoisonne et peut donner des hallucinations ! Mais les nôtres, d’hallucinations. étaient très importantes donc ça voulait dire une grosse fuite de gaz, donc ma mère elle disait qu’on allait porter plainte contre l’immeuble. Je savais pas qu’on pouvait porter plainte contre un immeuble.

On m’expliqua comment mon père avait fini en béquille. Il avait sauté du balcon car il pensait que ma mère était un taureau ! Heureusement, nous n’étions qu’au premier étage donc il ne se fit qu’une méchante blessure à la jambe droite. Là, des habitants vinrent l’aider et ils comprenaient que mon père était drogué. Ils entendaient ma mère gueuler dans l’appartement et moi pleurer. Ils ont appelés les pompiers et réussit à rentrer dans notre appartement pour séparer ma mère qui m’étranglait !

Et puis les pompiers sont arrivés et m’ont faits une piqure.

Voyez, pas typique cette matinée !

Jaskiers

Cauchemar d’enfance

Était-ce le milieu de la nuit ? Au début ? À l’aube ?

Je ne me rappelle plus, seulement, je sais que la chambre était plongée dans la pénombre.

Pourquoi étais-je réveillé ? Je ne me rappelle plus.

Pourquoi je fixais la porte de ma chambre ? Vous avez deviné, je ne me souviens plus.

Est-ce que j’étais éveillé ou encore dans les bras de Morphée ? Encore une question sans réponse.

Ce dont je me rappelle, ce sont ces mannequins de boutiques, ceux que je voyais quand je passais devant cette boutique de prêt-à-porter, boutique qui dans mes souvenirs n’était jamais ouverte. Les mannequins n’étaient jamais habillés, il semblait y avoir de la poussière sur eux, de la crasse. Ces mannequins n’étaient pas ceux que l’on trouve habituellement dans les boutiques. Ils étaient plats, grands, aucunes formes, asexuelles. On distinguait évidemment la tête, les bras, peut-être un peu de hanche, les jambes et c’est tout. Mais ils étaient plats et chacun avaient sa couleur, bleu, rouge, gris, blanc, noir, vert.

Je passais devant souvent. La boutique était dans une galerie marchande où ma mère m’emmenait pour faire les courses et je jetai toujours un coup d’œil à ces mannequins, abandonnés au regard de tout le monde.

La nuit dont je parle, ces mannequins ont ouvert la porte de ma chambre, ils étaient toujours aussi plats, leur bras et jambes bougeaient et c’était tout. Qu’ils étaient maigres ces bras et ces jambes ! Mais ils étaient sûrs de leur mouvement. Celui (ou celle…) qui avait ouvert la porte était le mannequin de couleur jaune, j’ai vu sa main et son avant-bras lentement redescendre à ses flancs après avoir ouvert la porte pour lui et ses camarades.

Ils rentrèrent tous, toutes les couleurs et s’installèrent debout, devant mon lit et ne bougèrent plus.

Attendaient-ils de moi quelque chose ? Voulaient-ils que je les habille ? Que je leur parle ?

Je n’en sais rien car j’ai crié et me suis caché sous ma couette. Le temps que ma mère arrive pour demander ce qu’il se passait et me rassurer, ils avaient disparus.

Cauchemar… Cauchemar ? J’avais environ 6 ans, je me rappelle distinctement les voir rentrer doucement, et même si leur visage n’était qu’un vulgaire ovale sans traits aucuns, j’étais persuadé qu’ils me regardaient. Maintenant encore, quand il m’arrive de repenser à cette horreur onirique, je ne m’en rappelle pas comme d’un cauchemar mais comme un vrai souvenir, comme si j’étais éveillé et que ces mannequins étaient vraiment entrées dans ma chambre. Qu’ils étaient vivants, avec une conscience. Si je me concentre, j’ai presque l’impression qu’ils m’ont parlé, pas physiquement, ils n’avaient pas de bouches mais communiquaient par télépathie.

Pourquoi étaient-ils venus ME voir, moi un enfant et pas un autre ? Que me voulaient-ils ? Que me serait-il arrivé si ma mère n’était pas venues à mon secours ?

Peut-être qu’en fin de compte, tout ceci était un rêve, enfin un cauchemar. Même si ma mère ne s’en souvient pas du tout, et pourtant, je n’étais pas le genre d’enfant à crier et à appeler à l’aide après un mauvais voyage onirique.

Après tout, pourquoi, après cette nuit, les mannequins avaient disparu de la boutique ?

Tant de questions, dans un monde qui est obsédé par les réponses. Je ne cherche pas plus loin, les choses sont parfois mieux laissées sans réponses.

Jaskiers

Félicitations ! Vous avez été choisis pour…

Harry avait reçu l’un de ces mails, que nous considérions, nous, ses ancêtres, comme un spam ou une mauvaise blague, mais à l’époque futuriste d’Harry, c’était on ne peut plus vrai.

« Vous avez été sélectionné pour séjourner une semaine dans l’espace ! »

Autant vous dire que Harry aurait préféré rester les pieds sur la bonne vielle planète Terre. La société du milliardaire Elon Besoz sélectionnait, au hasard, une personne chaque année pour aller séjourner sur la Lune. Pourquoi ? Parce que le millionnaire l’avait décidé ainsi il y a quelques décennies. Et pour vous mettre dans l’embarras, cette société n’hésitait pas à rendre publique votre sélection.

Évidement, certaines personnes auraient vendu leurs parents pour marcher sur la Lune. Et le richissime Elon avait des aficionados qui buvaient chacun de ses mots et acquiesçaient à chacune de ses décisions. Même après sa mort, il était perçu comme un demi-dieu.

Harry, lui, n’en avait que faire de la Lune. Depuis près de 50 ans, ce voyage vers la Lune, qui se déroulait une fois par an pour un pauvre bougre, était devenue ennuyeux à ses yeux. Il avait 22 ans, née en plein milieu de ce phénomène de tourisme spatial.

Pour nous, les ancêtres d’Harris, le tourisme spatial n’en est qu’à ses balbutiements. Pour lui, c’est une chose normale, rentrée dans les mœurs. On ne va plus en vacances au bord de la mer ou à l’étranger, mais sur Mars. On navigue dans les anneaux de Saturne, on observe les trous noir depuis des vaisseaux de vacanciers, on ne les traverse pas encore, ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Personne n’ai jamais revenu de ces trous noirs, des animaux puis deux hommes ont franchi un trou noir, aucuns n’est jamais revenus. Le mystère plane encore autour d’eux.

« Félicitions Harry Bertimore ! Vous êtes l’heureux gagnant du tirage au sort planétaire, vous voici détenteur de votre ticket pour un séjour sur la Lune d’une semaine ! »

Harris ne lu pas le mail entièrement. Il referma sa boîte mails, qui avait remplacé nos boîtes aux lettres actuelles depuis une centaine d’années, lorsque son téléphone portable, qui n’était rien d’autre qu’une puce implantée dans une main et que l’on activait par un simple toucher de la paume, se mît à émettre un son de notification. Puis un deuxième, un troisième. Ça ne s’arrêtait pas.

Il darda un coup d’œil pour savoir qui étaient les auteurs de ses messages.

Deux amis, son petit frère et un message vocal de sa mère.

Il ferma sa main droite contenant la puce téléphonique, geste qui consiste à éteindre son téléphone de nos jours.

Le jeune Harry resta planté sur sa chaise (qui n’avait pas de pieds, mais flottait doucement), il allait falloir dire à Space Kicks qu’il refusait leur voyage, une première dans l’histoire. Sa photo, ses informations, étaient déjà étalées sur l’UltraWeb, notre internet actuel, sauf que cet Ultraweb consistait en la même chose qu’avec le téléphone, une puce, dans la mains gauche dans le cas d’Harry. Ouvrez votre main et internet s’affiche de manière holographique devant vos yeux. Et uniquement les vôtres.

Toute la planète le connaissait maintenant, sans le vouloir, sans le désirer. Il allait être la cible de nombreux jaloux, des médias et de l’humanité toute entière.

Le monde allait le traiter comme un paria, un être ingrat, irrespectueux, mais jamais il ne quitterait la planète Terre. Pourquoi aller sur la Lune quand il n’était jamais sorti de son pays ? Rien n’était original dans ce voyage sur la Lune, car il était estimé que 2 personnes sur 5 avaient déjà visité la Lune et sa face sombre.

Il ouvrit sa main gauche, ouvrit le réseau social en vogue, FaceIntra et posta : « Je donne ma place pour le voyage sur la Lune. Premier arrivé, premier servit. »

Il reçut tellement de notifications qu’ils lui donnèrent le vertige. Il ferma son poing. Les notifications explosaient dans ses oreilles, il avait fermé l’IntraWeb mais les notifications continuaient à lui vriller les tympans. La technologie avait encore des bugs à cette époque, liés principalement à la difficulté de fusion entre corps humain, organique, et la technologie. Plus d’écran bleu, mais des décharges et des sons stridents se propageant dans tout votre corps. Le progrès !

L’envie d’arracher ces puces, ces « BioTechImp », lui vint, et ce n’était pas la première fois.

D’inquiétante enquêtes faites par des « anciens », surnom donné à ceux qui refusaient les implantations et ce, peu importe leur âge, ont révélé les secrets de ces centaines d’entreprises créant ces petites puces de très hautes technologies. Ils avaient découvert que des « programmes expérimentaux » avaient été installés dans ces petites perles de technologies. Ces programmes expérimentaux consistaient à récolter et à tester des « logiciel » permettant de « lire » dans les pensées et il y aurait même eut des logiciels expérimentaux amassant des datas dans le but prochain de pouvoir contrôler un corps « pucé ».

Les médias se sont faits les relais de ces enquêtes, sérieuses et minutieuses, mais des philosophes, des scientifiques, médecins et autres commentateurs ont accusé ces « anciens » d’être des adeptes de la théorie du complot, des ennemis du progrès et du futur.

Toujours est-il que Harry était devenu de plus en plus anxieux et sceptique envers cette technologie. Très peu de personne vivaient sans implants. Si l’on devait comparer à aujourd’hui, ne pas avoir de « puce » serait comme ne pas avoir de téléphone (smartphone ou fixe).

Perdu dans ses doutes, plongé dans une anxiété terrible et les sonneries incessantes, le jeune homme entendit des tambourinements dans sa porte. Croyez-le ou non, les portes non pas vraiment évoluées. Des accidents avec des portes blindées s’ouvrant automatiquement à votre passage à une vitesse incroyable a écarté la technologie des portes. Qu’elles ont été ces incidents ? Des membres écrasés, des corps décapités. Des hackeurs avaient trouvé le moyen de les contrôler et… de tuer.

Vous vous demandez peut-être si les implants, les « puces », pouvaient être hackés ? C’était possible. Et autant vous dire que certaines victimes de piratage se sont suicidées. Imaginer que quelqu’un prenne le contrôle de tout ce que vous pouvez voir, toucher ou entendre, projeter ce qu’il veut à vos rétines et enregistrer tout ce que vous faite ?

Enfin, Harry s’approcha de la porte à tâtons.

« – Harry ouvrez !

  • Je… ne suis pas intéressé par la Lune.
  • Nous non plus !
  • Partez !
  • Non, nous pouvons vous aider !
  • Qui êtes-vous ?
  • Des « anciens ».
  • Et que me voulez-vous ?
  • Vous aider.
  • Comment ?
  • L’expliquer derrière une porte ne va pas être chose aisée, ni discrète. »

Harry qui ne recevait jamais de visiteur senti en son for intérieur qu’il lui fallait ouvrir et voir ce que pouvait lui proposer les « anciens ». Qu’avait-il à perdre ?

Il ouvrit et vit une jeune femme, deux hommes, un dans la trentaine et l’autre, plus vieux, dans la soixantaine. Ils rentrèrent sans se faire prier.

Puis, des lumières bleues et rouges émirent leurs lumières par les fenêtres.

« – Harry, il va falloir être courageux.

  • Vous êtes des flics !
  • Non, mais eux dehors oui. Je suppose que l’on a été suivis. Suivez-nous, ne doutez pas, obéissez jusqu’à ce que nous soyons hors de dangers
  • Putain, mais j’ai rien demandé.
  • Justement, vous êtes une victime ici, laissez nous vous aidez.
  • J’ai plus rien à perdre, allons-y. » Répondit Harry, dépité.

La jeune femme, celle qui était l’interlocutrice de Harry, sortit un vieux calibre, nos calibres du présent.

« – Une porte de sortie par l’arrière ?

  • Oui.
  • Ils ne doivent sûrement pas le savoir, enfin pas encore. Prenons-les de vitesses. Vite. »

La petite troupe sortit par la porte de derrière. Et ils s’enfoncèrent dans la ville tentaculaire, au loin, une forêt et quelque part au milieu, un refuge. Du moins, c’était ce que le jeune homme pensait. Les gens réfractaires à la technologie vivent dans la nature n’est-ce pas ? C’était ce qu’il avait vue à la télévision en tout cas.

La vie d’Harry avait basculé à jamais, sans n’avoir rien demandé. Rien ne change entre son époque et la nôtre, parfois, nous n’avons pas le choix, ou bien, ce choix est une mascarade. La vie a en réserve une bonne dose de mauvaise surprise. Et elle en a plus que des bonnes, de ces mauvaises surprises. Malheureusement.

Bonne chance Harry !

Jaskiers

The needle and the damage done

Ce texte fait un peu plus de 3 000 mots. Je n’ai pas trouvé judicieux de le diviser en chapitre. Je vous conseille de le lire à votre rythme.

Inspiré par le livre intitulé « Flash où le grand voyage » de Charles Duchaussois et par la chanson intitulée « The Needle and The Damage Done » de Neil Young : https://youtube.com/watch?v=Hd3oqvnDKQk

Flic dans une banlieue aisée d’Amérique, c’était mon job. Depuis tout petit, je rêvais de devenir policier.

Le badge, le pistolet, évidemment, l’uniforme et les collègues.

J’ai grandi dans cette banlieue, Mots-Bleue, j’ai eu la chance de pouvoir y travailler, je connaissais tout le monde, ou presque, et tous les recoins, pour sûr.

Cela s’avère une bonne chose pour un flic de connaître les moindres recoins de sa zone d’action, et ça l’est ! Mais connaître toutes les personnes est une autre pair de manche. En faite, c’était même une erreur.

J’écris ce témoignage pour exorciser l’histoire que j’apprête à partager. Peut-être servira-t-elle de leçon à un futur flic, ou à n’importe qui en faite.

J’ai donc grandi dans Mots-Bleues, une banlieue paisible de la classe moyenne américaine. J’ai, comme tous les jeunes, vécus à peu près tout ce qu’un jeune homme peut vivre, ou plutôt faire l’expérience.

Mes années primaire, collège et lycée se sont faites dans cette banlieue. J’ai fait les premières fêtes, premières petites amies, premières cuites, premières (et dernière) expérience avec la drogue, premier job, enfin tout ce qu’un jeune peut découvrir. Je suis partie quelque temps à l’université, qui franchement ne m’as pas vraiment réussis. Comme beaucoup d’étudiant. C’est le moment où l’on réalise parfois que nous ne sommes pas forcément faits pour les grandes études.

Toujours est-il que j’ai décidé de rentrer à l’académie de police, vieux rêve d’enfance, j’ai passé les examens, haut la main si je puis me permettre. J’étais vraiment dans mon univers. Plus que punir, protéger et parfois guider les citoyens, c’était cela mon truc.

J’ai réussi mes examens, finissant premier de ma promotion. J’eus donc l’opportunité de choisir où je voulais être stationné. J’ai choisi tout naturellement le commissariat de ma bourgade d’enfance. Mes mentors m’ont dit à quel point mon potentiel serait gâché à faire le policier dans un quartier sans grands problèmes. New-York, Los Angeles, Chicago, c’était là-bas que mes talents seraient le plus utiles. Mais je répondis que c’était un petit tour d’essai, j’avais envie de protéger ma communauté, de faire mes premières armes dans mon fief.

J’ai commencé ma carrière officielle de sergent à Mots-Bleus.

J’y ai rencontré un vieux policier qui m’avait arrêté durant mon adolescence avec un joint à la main. Il rigola tellement fort quand il m’a vu arriver, tiré à quatre épingles. Il a tout de suite arrêté quand il a vu que j’étais plus gradé que lui. C’était sa dernière année en tant que flics, je le tenais en grand respect. À l’époque où il me chopa le joint à la main, il le confisqua et me fit jurer de ne plus recommencer. S’il m’avait amené au poste et déclaré mon méfait, cela aurait pu nuire à mon futur et à mes parents. Il me le fit bien comprendre en me gueulant dessus. Je n’avais plus recommencé et maintenant, peut-être un peu grâce à lui, j’étais officier de police.

Je lui demandais de me montrer un peu les locaux, propres, mais pauvrement équipés, au final, le crime ici n’était vraiment pas monnaie courante. Il me fit un topo sur les cas que je rencontrerai dans cette banlieue. Souvent des groupes de jeunes, fumant de la marijuana, parfois de la drogue plus dure, cocaïne, extasie, amphétamine, mais cela restait rare. Je lui demandais où ces jeunes se fournissaient.

Il s’avérait qu’à environ 30 km d’ici, dans la ville la plus proche, Seattle, la drogue tournait à plein régime, pas vraiment de gang, mais tout se passait dans « l’underground ». C’était difficile de suivre le circuit de la drogue car il n’était pas organisé dans notre petite banlieue par les gangs mais des particuliers qui, de temps en temps, faisaient tourner leur petit business puis arrêtaient dès qu’ils en avaient assez ou se sentaient menacés.

Les cambriolages, qui se déroulaient surtout l’été, les disputes familiales qui pouvaient vite tourner aux drames étaient les cas d’interventions les plus fréquents. Chaque foyer, ou presque, avait un calibre ou deux par personne. C’est l’Amérique après tout.

Et puis, parfois, des problèmes liés à la drogue, overdose principalement. La drogue tournait comme partout ici, même si tout cela restaient relativement discrets et ne concernaient qu’une partie de la population, les adolescents et jeunes adultes

Il fallait surtout jouer le diplomate plus que le cow-boy, éviter de faire trop de vague, la réputation de la petite banlieue tranquille était la priorité.

C’est ce qui me poussa à la faute.

Après quelques bonnes années de service agréables , un événement changea tout dans ma vie. J’en ai honte et cela reste dur à avaler. J’ai fauté.

Durant une de mes patrouilles, je repérais un jeune homme blond, grand et athlétique, fumant un joint juste derrière le lycée.

Je m’arrêtai à quelque mètres de lui, pour lui faire penser que je ne l’avais pas vu. Mais je descendis promptement, il se retourna, prêt à détaler.

« – Arrête-toi là gamin ! Pas la peine de courir, je ne vais pas te mettre les bracelets tranquille, je veux juste te parler. »

À demi rassuré, il resta sur place, me fixant du regard, le regard de notre vieux côté reptilien qui consiste à fixer une personne que nous considérons comme un danger.

« – T’inquiète promis, je veux juste te parler.

  • De quoi ?
  • Tu le sais très bien.
  • Non non.
  • Tu fumais quoi à l’instant ?
  • Une clope.
  • Évidemment, ils font les cigarettes saveur cannabis maintenant ? »

Il jeta son joint, l’écrasa du pied.

« – Tu sais, je pourrai t’emmener faire un tour au poste pour un dépistage, pas besoin d’effacer les preuves. »

Je le vis encore inquiet.

« – Tu t’appelles comment ?

  • Corey.
  • Et ton nom de famille ?
  • Torcezk.
  • Torcezk ! Mais je connais sûrement ton père. Il ne s’appellerait pas Will ton paternel ? »

Il ouvrit de grand yeux.

« – Bah si.

  • J’étais avec lui au lycée, au même lycée que le tient, celui-là. Lui dis-je en lui montrant le bâtiment derrière lui.
  • Ah ouais ?
  • Ouais ! Tu veux que j’te dise un secret ?
  • Allez-y…
  • J’ai fumé mon seul et unique joint avec ton vieux père ! »

Son visage s’illumina.

« – Hey oui gamin ! On n’était pas des saints non plus quand on était jeune. Je me rappelle, il t’a eu très jeune d’ailleurs. Il était pétrifié à l’idée d’être déjà père !

  • Mon père y fumait des joints ?
  • Moi j’en ai fumé qu’un seul de toute ma vie, c’était avec lui. Je sais qu’il a vite arrêté quand son vieux père l’a appris et quand il a appris qu’il allait devenir papa.
  • C’est fou.
  • La vie est un éternel recommencement, n’est-ce pas ?
  • P’tetre mais je n’aurai jamais pensé qu’un flic me parlerait d’un truc comme ça !
  • Ah ! On n’est pas là pour sanctionner et punir tout le temps. On est tranquille ici.
  • Ouai…
  • Dis gamin, tu fumes beaucoup ?
  • Non…
  • Dis-moi la vérité sérieusement.
  • Vous allez tout dire à mon père…
  • Non, ça reste entre toi et moi, tu fumes beaucoup ?
  • Ça m’arrive. Je vais être honnête, ça m’aide à me détendre.
  • Bah, c’est un peu le but non ?
  • Et puis… les cours, les examens, l’université, à la maison, il y a quelques soucis…
  • Je comprends. Sérieusement, on passe tous par là gamin. Je voudrais qu’on fasse un marché d’accord ?
  • Ouai… enfin ça dépend.
  • Je te pose le deal sur la table, tu acceptes ou pas.
  • Allez-y balancez.
  • Tu promets d’arrêter de fumer des joints et je ne dirai rien à ton paternel, à personne. Sinon… je vais devoir t’emmener au poste, remplir de la paperasse avec tes méfaits. Ce ne sera pas bon pour l’université et ça n’arrangerait rien à la maison. On a un deal ?
  • Ouai… ouai. J’suis désolé.
  • T’as pas à être désolé. Pas envers moi, mais envers toi. C’est à toi que tu fais du mal principalement.
  • Ouai j’sais…
  • Il y a encore un psy au lycée ?
  • Ouai… mais c’est la honte quoi.
  • Il y a aucune honte à demander de l’aide. Imagine, tu as une cheville foulée. Tu va voir le médecin et tu marches avec une béquille jusqu’à ce que tu ailles mieux. C’est pareil avec un psy, ce sera ta béquille jusqu’à ce que les choses s’arrangent d’accord ?
  • Ouai. Promis j’arrête la fumette, je ne promet rien pour la psy.
  • D’accord, on a un deal.
  • Ok…
  • Allez gamin, ne ruine pas ton futur. »

Je répartis, le sourire aux lèvres. Je pensais avoir fais le nécessaire pour éviter à ce gamin une vie de débauche et tout ce qui s’en suit.

J’étais jeune, naïf, je pensais que tous les jeunes pensaient comme moi quand j’avais leur âge.

Durant mes rondes, je ne croisais plus le jeune homme, j’espérais qu’il avait compris la leçon.

J’avais plus ou moins réussis à créer des relations avec les habitants, les anciens et les nouveaux. Renouer des liens avec les premiers était simple, j’étais un gars du pays, partit pour revenir policier. J’avais le droit à quelques railleries de bonne guerre. Pour les nouveaux, l’exercice était un peu plus difficile. Il me fallait me montrer ferme, mais aussi amical, j’étais là pour les aider et pas nécessairement pour punir.

J’appris un jour de la bouche d’une ancienne petite amie, maintenant marié avec un enfant, que Will Torczek avait des soucis avec son fils Corey. Le père ayant divorcé de la mère, Corey ne supportait pas sa belle-mère et passait son temps dehors à « faire des choses pas très très légales ».

Je fus peiné d’entendre cela et je me sentais coupable. Peut-être aurai-je dû avertir au moins son père, ou peut-être que cela aurait empiré les choses, mais j’avais manqué à mon devoir, protéger les citoyens que j’avais sous ma responsabilité.

Un jour, je décidais de m’arrêter devant la maison de Will. Il avait bien réussi sa vie, sa maison était belle, un grand jardin, une petite fontaine, quelques belles statues, une maison à étage avec un balcon.

Tandis que j’hésitais encore sur la marche à suivre, Je vis Will sortir en trombe par la porte d’entrer et se précipiter vers moi. Je descendis immédiatement de ma voiture.

« – Qu’est-ce qu’il a fait ?

  • Will… enfin Monsieur Torczeck, qu’est-ce qui se passe ?
  • Vous avez trouvé mon gamin ?
  • Corey ?
  • Oui !
  • Non… désolé. Il…
  • Ça fait deux jours qu’il n’est pas rentré !
  • Deux jours ?! Vous pensiez nous avertir quand ?
  • Je pensais que c’était encore une de ses fugues !
  • Il fugue souvent ?
  • Pas mal ces temps-ci oui.
  • Et combien de temps dure ses fugues ?
  • Pas plus d’une journée…
  • Montez avec moi, il faut faire un signalement au poste, il est encore mineur, c’est grave.
  • Nan nan, j’veux pas qu’on… vous voyez, que ça s’ébruite. Si les flics si mettent, je vais avoir l’air de quoi moi ?
  • Et si votre gamin est retrouvé mort de froid au bord de la route, vous aurez l’air de quoi ?
  • Hey ! Ce n’est pas un flic qui va m’apprendre à m’occuper de mon gamin. J’ai pas besoin de vous, j’vais le retrouver tout seul !
  • J’entends… mais… tu te rappelles de moi Will ?
  • De quoi… putain oui votre tronche me dit quelque chose.
  • Arthur C. Lark.
  • Oui… mais attends ! Mais oui ! Arthur la biture !
  • Oui, c’est moi Will l’anguille !
  • Putain de merde !
  • Ça tu l’as dit !
  • T’es devenu un poulet toi !
  • La vie est pleine de surprise non ?
  • Ça tu peux le dire…
  • Je vois que pour toi les affaires marchent bien ?
  • J’ai repris l’entreprise de paysagiste de mon père, tu sais, les petits banlieusards fortunés aiment à avoir leur gazon bien tondu !
  • Ça, on dirait bien.
  • Putain, désolé de t’avoir parlé comme ça.
  • Tu sais… j’ai vu Corey il y a deux mois de ça environ.
  • Putain il a fait une connerie ?
  • Je l’ai coincé en train de fumer un joint…
  • Oh le petit enfoiré !
  • J’lui ai fait la leçon, je voulais surtout pas l’amener au poste et tu vois… son avenir, la réputation comme tu as dit tout à l’heure…
  • Merci, merci. Oh merde…
  • Il se passe des trucs à la maison ?
  • On dit quoi dans le patelin sur moi ?
  • On dit… enfin Corey me l’a dit aussi, que depuis ton divorce, les relations avec ton fils et ta nouvelle compagne ne sont pas très bonnes.
  • Ça oui… il supportait pas de vivre avec sa conne de mère, il a décidé de vivre avec moi. J’ai rencontré Jennifer, bonne fille, secrétaire de direction, mais le courant passe pas entre elle et le gamin.
  • T’as remarqué un changement dans son comportement… genre…
  • Il a l’air déconnecté tu vois ? Il revenait les yeux rouges depuis quelques mois, je savais qu’il fumait, mais tous les jeunes fument tu vois, et là il commençait à plus manger, pas autant qu’avant. Tu vois on a un beau soleil et tout et il avait toujours ses pulls à manches longues… il a maigrit. Y’a un truc qui va plus avec lui depuis quelque temps.
  • Écoute Will, c’est le flic et aussi l’ancien ami qui te parle, je te conseille de venir au poste et de faire un signalement de disparition. Il est mineur encore non ?
  • 18 ans dans pas longtemps…
  • Oui, donc il est mineur, les patrouilles auront sont signalements et on le retrouvera bien.
  • Mais ça va s’ébruiter ?
  • Sûrement, mais s’il est vraiment en danger, mieux vaux que le plus de personnes possibles sachent non ?
  • Ouai… vas-y je te suis. Vieux Will va ! »

Will Torczeck m’a suivis jusqu’au poste, nous avons fait une déclaration de disparition. Son signalement à, comme je l’avais prédit à Will, était donné à tout les autres postes de polices du comté. Et même de l’état quand sa disparition dépassa les quatre mois.

Chaque jour, Will passait au poste pour nous demander si nous avions du nouveau et téléphonait le soir au cas où nous aurions eu des pistes dans la journée. Durant ces mois de torture, Will dépérissait à vue d’œil, il pleurait parfois quand il venait à mon bureau.

Aucune information, rien ne nous était parvenue concernant ne serait-ce qu’une suspicion ou un signalement erroné. Le gamin avait disparu sans que personne l’aie aperçu.

Je décidais un jour d’aller faire un tour à Seattle. J’avais besoin de jeter un coup d’œil à la situation là-bas, sur la criminalité et les réseaux de drogues.

En arrivant au poste de Seattle, un collègue policier m’interpella :

« – C’est vous l’officier qui vous occupez de la disparition d’un gamin de Mots-Bleus ?

  • Oui, je suis en charge de l’affaire.
  • Je crois avoir vu votre gamin dans un squat de camé.
  • Vous croyez ou vous en êtes sur ?
  • Ça je ne peux pas en être sûr, mais le gamin que j’ai vu ressemblait un peu à son signalement.
  • D’accord donnez-moi l’adresse. Je vous remercie.
  • Je ne suis pas sûr que vous aurez vraiment envie de me remercier…
  • C’est-à-dire ?
  • Bah… le gamin, si s’est lui… c’est vraiment plus qu’une brindille. Il n’a plus rien sur les os.
  • Merde… écoutez… merci quand même.
  • J’ai voulu envoyer un message pour vous signaler ma suspicion…
  • Pourquoi ne l’avez-vous pas fais ?
  • Rien de sûr et puis c’est pas facile de vous joindre, vous n’êtes pas aux normes niveau technologie…
  • Ouai… enfin tout de même, un coup de téléphone c’est rien. C’est plutôt une histoire de rivalité, de subvention à la noix qui gâche notre coopération. C’était il y a longtemps ?
  • Je dirais… deux bonnes semaines oui.
  • Deux semaines !
  • Oui. J’espère pour vous que ce n’est pas lui, car il était dans un état lamentable.
  • Et vous n’aidez pas ces gens ?
  • À quoi bon ? Vous les amenez en détox, la plupart se barrent avant la fin, ou il n’y a aucune institution ni associations ayant les moyens de les aider.
  • Donc, vous les laissez crever comme des chiens.
  • On fais ce qu’on peut sergent.
  • Oui, je me doute. Toujours une question de moyens et d’argent. La prochaine fois, prêtez mains-forte aux collègues des petits comtés. Au revoir. »

L’agent m’avait noté l’adresse sur un bout de papier, j’entrais les coordonnées sur mon gps.

Je m’arrêtai quelques rues avant, pour ne pas attirer de suspicions. La drogue rend paranoïaque, je ne voulais pas faire fuir Corey ou des gens qui le connaissaient. J’avais aussi troqué ma tenue d’officier pour des habits civils tout en gardant mon calibre et ma radio bien planquée dans un sac à bandoulière. Juste au cas où.

J’approchais de la rue en question. Le Skid-Row de Seattle. Des toiles de tentes de sans-abris, des cadis, des déchets partout, des hommes et femmes, certains dans un état catatoniques, ne bougeant pas, comme figés, fixant devant eux le néant.

Je marchais aussi rapidement que possible jusqu’aux squats de drogué que l’on m’avait indiqué. Un bâtiment délabré, j’y entrais comme ci je connaissais les lieux, meilleurs moyens de passer sans avoir l’air suspect.

L’intérieur du bâtiment était à l’image de l’extérieur. En un mot, délabré. Aucun papier-peint, des trous dans les murs et dans le sol, toutes les vitres éclatées, certaines bouchées par des vieux journaux, on pouvait, juste en levant la tête, voir ce qui se passait à l’étage supérieur. Des déchets partout, canettes de bières, mégots de cigarettes, seringues, cuillères, briquets, réchauds, des tables démontées, des chaises en morceau, des bouts de vitres éparpillés sur le sol. De la moisissure sur tous les murs. Des tuyaux arrachés, des magazines, de vieux draps et matelas de camping éviscérés.

Dois-je vraiment d’écrire l’odeur ? Je ne pense pas, aucun mots pour décrire une odeur pareille.

Je visitais les étages, jetant un coup d’œil à chaque junkie allongé en faisant attention de ne pas tomber dans un trou et finir à l’étage inférieur. J’étais extrêmement tendu. Certains drogués m’interpellaient pour me demander de l’argent ou de la drogue, un me proposa même de la marijuana. Une femme se jeta sur moi et proposa de m’offrir son corps pour 5 dollars. Je n’avais qu’une hâte, sortir, mais arrivé à l’avant-dernier étage, je vis un corps, allongé, les cheveux blonds m’attirèrent, je savais que c’était Corey.

Quand je m’approchai, il était inerte. La vision de ce gamin est de celle que je n’oublierai jamais.

On aurait dit le Christ. Le Christ, les cheveux longs, blonds, gras et sales, une barbe fournie. Il était torse nu. Ses côtes étaient saillantes, ainsi que ses pommettes. On pouvait voir chaque os de son corps. Mais il avait le visage du Christ.

J’essayais de le réveiller. Il ouvrit ses yeux bleus pâle et fit un petit sourire. Avec le recul aujourd’hui, je comprends cette chose qu’il avait dans le regard à ce moment-là, il savait qu’il allait mourir à cet instant.

J’ai faits des formations pour reconnaître et aider les personnes addicts à la drogue dure. les gestes de premiers secours, qui étaient là presque inutiles, me vinrent en tête mais je décidai d’appeler d’abord une ambulance à la radio. Il avait tenu jusqu’ici pour que son père sache ce qu’il lui était arrivé. Il avait atteint le point de non-retour, il avait décidé que c’était la fin. C’était peine perdue mais je pensais qu’il avait encore une chance. Tant qu’il y a de la vie…

Je le redressais, le regarda dans les yeux, je sentis ses épaules et ses bras bouger. Je répondais à ma radio qui me demandait mon identification et de plus amples informations sur la situation quand le jeune martyr bougea. Je pensais qu’il allait m’enlacer, mais je vis qu’il avait une seringue plantée dans son pieds. Les gros addicts n’ont souvent plus de veine au bras, ils se piquent là où ils peuvent trouver la moindre nervure.

Je n’eus pas le temps de réagir, je n’ai pas compris tout de suite ce qu’il faisait à son pied tellement le sol était crasseux et jonché de débris, je réalisai au dernier moment qu’il avait poussé le piston d’une seringue. Il souriait. Je le pris dans mes bras, et je le sentis partir à jamais.

Tout c’est déroulé dans un calme, un silence absolu.

Après l’enterrement de Corey, je déposais ma démission des forces de Police. J’ai décidé de reprendre mes études pour devenir psychologue.

Jamais je ne me pardonnerai d’avoir laissé Corey aller à sa mort. Will et moi avons gardé contact, nous sommes redevenus des amis comme durant notre adolescence. Mais pas de reproches entre nous deux, nous avons tous les deux fauté envers le jeune Corey. Moi en tant que flic et lui en tant que père. J’ai ma part de responsabilité, comme tous ceux qui l’ont connus. Mais la mienne, de responsabilité, était peut-être la plus importante. Protéger et servir… je n’ai fait aucun des deux.

J’ai gardé mon arme de service, souvent, des idées noires m’assaillent. Je mérite peut-être de rejoindre Corey.

Jaskiers

Le Clan du Calice

Orné d’un masque grotesque de bouc, le maître de cérémonie lève le Calice. Tout les autres disciples se prosternent. Ils entonnent un bourdonnement collectif, à l’unisson, le son réverbère entre les murs et résonne dans les corps.

« Jusqu’à la lie ! » proclame le maître de cérémonie.

Chaque disciple se redresse, à genoux, ils crient.

« Nous boirons le Calice jusqu’à la lie ! » Les paroles du maître tonne.

« Debout ! »

Tous se redressent. Droit, immobile. Certains tremblent légèrement, le moment est venu.

Le maître de cérémonie avec son masque de bouc s’approche doucement du premier disciple. Il porte le Calice aux lèvres de son adepte, ce dernier bois une gorgée puis le maître retire la coupe, il se déplace pour faire la même chose avec un autre adepte.

Il administre à chacun de ses vingt tenants le même traitement.

« Donne-nous ta lumière, Étoile-du-matin ! »

Et les disciples restent droits, stoïques.

« Tes fidèles ont fait l’Ultime Sacrifice, sommes-nous dignes de Ta présence ? Héritiers sur Terre de L’Étoile-Du-Matin, vous sentez-vous dignes ?! »

Tous émettent un « oui » à l’unisson.

« Attendons-nous ton signe ? Est-ce le jour de ta venue ? »

Après une minute de silence, le maître s’agenouille, ce geste est suivi immédiatement par les disciples.

Agenouillés, le visage enfoui dans leur robe, la flamme des deux braseros de la pièce forment de sinistres ombres dansantes sur les murs.

« Sentez-vous la libération, panégyristes de L’Étoile-Du-Matin ? »

Encore une fois, les sectateurs se relèvent, mais aucune parole ne sort de leur bouche.

« Avez-vous peur zélateur de L’Étoile-Du-Matin ? »

Silence dans la pièce.

« Nous n’avons pas bu le Calice jusqu’à la lie ! Adorateurs, buvons encore ! »

L’initiateur à la tête de bouc s’avance une nouvelle fois vers les adorateurs et répète les mêmes gestes que la première fois, chaque disciple boivent une gorgée.

Revenant cérémonieusement à sa place légèrement surélevé, le maître de cérémonie méphistophélique lève le Calice, le retourne, rien n’en sort.

« Voici, la preuve, l’ultime, de notre dévouement à toi, L’Étoile-Du-Matin ! Fais maintenant ton arrivée. Nous sommes prêts, sois le bienvenu ! »

Les tenants s’agenouillent encore une fois, dans un silence total et à l’unisson.

« Voici, nous t’attendons. »

Cinq minutes passent et tout reste silencieux, seul les braseros crépitent.

« Bien chers amis ! Levons-nous ! Savez-vous à quel point je suis fier de vous ? »

Chaque disciple se découvrent, et se regardent, incrédules.

« Ce n’était évidemment qu’un test, une épreuve, pour voir jusqu’où vous seriez prêt à aller pour servir notre Seigneur ! Et vous étiez prêt à aller jusqu’à l’ultime sacrifice ! Ah que je suis fier ! »

Tous se regardent, ébahis, certains rigolent, les nerfs se détendent, certains pleurent.

« Je suis fier de vous et… Il est f… »

Le maître de cérémonie n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une forme sombre, immense, sort du sol, en plein milieu des disciples encore en rang.

« – Vous pouvez me dire qu’est-ce que c’était que ce putain de bordel ?

  • Seigneur !
  • Quoi ? Sérieusement ? Mais c’est pas mardi gras, qu’est-ce que tu as sur la tronche ?
  • Ho seigneur… je…
  • Mais enlève ce masque, c’est… vraiment les gars, vous étiez prêt à mourir pour moi ?! »

Les disciples et le maître se prosternent.

« – Mais c’est quoi votre problème ? Sérieusement ?! Arrêter vos séances de magie à la mords-moi le nœud, vous êtes pire que des enfants !

  • Pardonnez-nous Seigneur !
  • Mais arrête de m’appeler seigneur merde ! Écouter, tous les samedis soir j’entends vos foutues incantations, j’avoue que j’me fous bien de votre gueule, car vous n’avez pas besoin d’un tel accoutrement ni d’une telle cérémonie, mais ce soir, c’est le pompon sur la Garonne ! Vous êtes prêt à boire ce que votre maître, qui est en faite un prof de math, ce qui en fait un être démoniaque je vous l’accorde… j’en étais où… ah oui, arrêter ça d’accord ? Vous avez d’autres choses à faire pour un samedi soir non ? Mais le pire, c’est quand le Christ descend me voir, il vient avec un masque pété de bouc, comme le tiens, et il se fout de ma gueule avec ses apôtres. Tout les samedi, c’est la même chose ! Je peux même plus regarder les célébrités se mettre des baffes dans la gueule tranquille derrière ma télé. Maintenant, arrêtez. Et sans rancunes surtout. »

La masse ténébreuse disparaît.

Les disciples regardent le maître de cérémonie avec effarement.

« – Bon… je vais vous avouer que je me sens un peu con…

  • En même temps… Se faire rembarrer par le Diable en personne, compréhensible…
  • Du coup, la semaine prochaine ?
  • Bah je crois qu’on va arrêter là hein, on a nos réponses… on n’aura qu’à se faire un resto ?
  • Oui. Mais tu payes ! »

Les ampoules s’allument. La pièce est ornée d’idoles et de symboles sataniques.

« – N’empêche que ça craint d’avoir dépensé autant d’argent pour se faire rembarrer par le Prince des Ténèbres.

  • C’est le Karma, après tout, t’es prof de maths ! »

Tous rigolent et prennent l’escalier pour remonter au rez-de-chaussée de la maison de l’ancien maître de cérémonie.

« – Évidemment, on garde ça pour nous !

  • Je crois que si l’un de nous parle de ce qu’il s’est passé, il finira par adorer L’Étoile-Du-Matin en camisole dans une chambre capitonnée ! »

Les invités du maître déchu rentrent chez eux. Le professeur s’assoit à son bureau, sort les copies du dernier contrôle de math de ses élèves, décapuchonne son stylo rouge et après un long soupire de désespoir, commence la correction des devoirs.

Jaskiers

Un coma et puis…

Fiction

Je suis réveillé depuis plus de 24 heures, d’un coma, apparemment.

Personne, seulement le personnel de l’hôpital était à mon chevet à mon réveil.

Le médecin m’a demandé si je me souvenais de ce qu’il s’était passé. Je n’ai aucune idée de comment je suis arrivé ici, pourquoi je suis sortie d’un coma et surtout comment j’y suis entré.

Quand j’ai demandé pourquoi, comment je m’étais retrouvé ici, ils me répondaient qu’ils ne pouvaient rien me dire. La police devait venir me poser des questions.

Un accident de voiture ? Une agression ? Un accident quelconque ? Personne ne voulait me dire les raisons de mon putain de coma !

La police arriva quelques heures après mon réveil, j’étais fatigué, encore alité, je le suis encore d’ailleurs.

Les policiers sont arrivés, un, grand et gros, et une jeune femme, le gros était l’archétype du flic bourru. La jeune était très fluette, maigre comme un clou.

Même pas un bonjour, directement aux questions :

« – Bon, on va faire vite, vous rappelez vous de quelque chose ?

  • Avant le coma ?
  • Évidemment ! » Répondit le gros flic en roulant des yeux.

Il ouvrit promptement son carnet, appuya sur son stylo et le donna à la jeune femme flic.

« – Reb’, tu notes d’accord ?

  • Oui chef.
  • Oui, donc avant le coma, vous rappelez vous de ce qui s’est passé ? Ce qui vous a amené dans ce lit.
  • Je ne sais même pas combien de temps j’ai passé dans le coma ! Les médecins n’ont pas voulu trop m’en dire.
  • 2 mois, répondit la flic.
  • Reb’ ! Fermes-la ! C’est moi qui parle avec le suspect !
  • Suspect ? De quoi ?
  • Justement, vous rappelez-vous de quelque chose, un détail ?
  • Je ne sais rien… je sais même pas ce que je… écoutez, je me suis réveillé, je ne me souvenais que de mon nom et prénom, mon adresse et l’année. Le reste je ne me rappelle plus de rien monsieur l’agent…
  • Tu notes Reb’ tu notes.
  • Oui oui.
  • Ecoute-moi bien le comédien, dis-moi maintenant ce qui s’est passé, et tu auras beaucoup moins de problèmes.
  • Mais je vous dis que je ne me rappelle de rien !
  • Ça t’arrangerait !
  • Mais qu’est-ce qu’il s’est passé !
  • Dite-le-nous !
  • Mais puisque je vous dis que je n’ai aucune putain d’idée…
  • Restez poli !
  • Bien dis Reb’ mais occupes toi de noter.
  • Je me réveille d’un coma de 2 mois, aucun souvenir de ma vie d’avant à part le plus important. Mon adresse, prénom et nom. Le reste je ne me souviens de rien. Vous n’avez qu’à parler au médecin.
  • Justement, il nous a dit que les souvenirs allaient sûrement revenir, tout doucement. Mais je t’ai connu moi, enfin le toi d’avant. Tu étais un sacré connard !
  • Dite m’en plus…
  • Ce serait te faire un trop beau cadeau salopard !
  • Partez, je ne suis pas en état d’arrestation n’est-ce pas ?
  • Oh non, ce serait trop beau !
  • Laissez-moi, je n’ai rien à vous dire car je ne me rappelle de rien. Notez ça agent Reb’, suspect ne se souvient de rien.
  • Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !
  • Exactement ! Petit salopard, tu sais quoi, c’est Dieu, dans sa miséricorde, qui t’a enlevé tout souvenir de ta vie d’avant.
  • J’ai… putain mais vous allez me dire ce qui s’est passé pour que je finisse ici.
  • Disons… certaines personnes parleraient de Karma.
  • Oui d’accord, j’ai bien compris mais qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Je vais respecter mon Seigneur qui, par la perte de mémoire, vous préserve d’être tourmenté par… votre ancien vous.
  • S’il vous plaît !
  • Ok Reb’, on y va !
  • Mais attendez… »

Les deux policiers partirent et je restais seul. Je m’endormis, aucun rêve.

Après des examens, IRM, scanner, les médecins confirmèrent que ma perte de mémoire pouvait se soigner facilement avec une thérapie et un traitement, et surtout beaucoup de repos.

Je ne veux plus me souvenir de ma vie d’avant.

Le gros flic a sûrement raison, si le destin a décidé cela, peut-être mieux vaut-il que je vive sans souvenirs.

Je me suis réveillé avec le journal sur la table de chevet ce matin. Je l’ai pris. Un encart était entouré au crayon fluo :

« Le principal témoin dans l’affaire des policiers « ripoux », Joseph A., victime d’un grave accident de voiture quelques jours avant sa déposition au tribunal, se serait réveillé hier, deux mois après son accident.
Des sources nous apprennent qu’il souffre d’amnésie temporaire.
Un sursis pour les « ripoux » ? Rien de plus sûr, car à en croire nos sources, la mémoire de Joseph A. pourrait revenir. Mais est-ce que sa déposition sera crédible aux yeux du jury ? Là encore, rien n’est sûr. »

Cette nuit j’ai entendu du bruit, comme quelqu’un faisant des allers-retours dans le couloir, devant ma porte. Je pensais que c’était un infirmier, quelqu’un de garde. Je pense maintenant que ce n’était pas un infirmier. « Ils » ne prendront pas le risque de laisser ce témoin gênant recouvrir la mémoire.

Et je ne peux pas m’enfuir et encore moins me défendre.

Jaskiers

Le dessinateur et ses sujets.

Fiction (2 700 mots)

Assis au café des Reflets, le carnet de dessin sur sa table, une tasse de café dans les mains, Édouard ne donnait pas l’air de travailler. C’était là le secret de son succès.

Il y venait avec son carnet à croquis et dessinait les gens, qu’importent qui ils étaient, d’où ils venaient, ce qu’ils portaient.

Le bar était situé au cœur de la capitale, le dessinateur n’était donc jamais à court de sujet, toujours il y avait cette personne qui l’inspirait. De part l’apparence, la démarche, la voix, il trouvait toujours un sujet à croquer. Il apposait à côté de ses dessins quelques mots, quelques adjectifs qui ne pouvaient pas être transfigurés sur le dessin, du moins, pas immédiatement, c’était à son studio qu’il travaillerait à faire transparaître la personnalité de ses sujets. C’était traduire en dessin un caractère, une attitude, une mentalité, une personnalité.

Les serveurs avaient pour habitudes de ne pas le servir quand il dessinait. En pleins travail, dans une sorte de transe silencieuse, il ne répondrait pas à leur question. Ils savaient que c’était un artiste, il avait gagné en notoriété dans son milieu, mais très peu de personne le reconnaissait dans la rue. Peu de gens connaissent le visage d’un dessinateur, surtout quand il refuse la publicité. Son travail à lui, c’était dessiner, pas de faire le VRP de sa petite personne dans le monde hypocrite et faux du show-business.

Il commandait toujours la même chose, café très sucré avec un verre d’eau. Puis il partait s’assoir en terrasse, fumait une cigarette, buvait quelques gorgées de sa tasse puis prenait son carnet de croquis et son crayon de papier, le posait sur ses genoux et observait de manière innocente les passants et touristes.

Quand il repérait son sujet, il griffonnait en lui jetant des regards rapides, le crayon toujours posé sur la feuille, à croire qu’il pouvait dessiner en ne regardant que sa muse du moment, sans vérifier ses traits sur le carnet.

Pour lui, chaque personne qui passait avait une histoire qui se reflétait dans leur apparence. Une histoire qu’il créait de toute pièce au seul jugement de son regard, il ne parlait jamais avec ses sujets, tout était question d’instinct, d’inspiration.

Parfois, en finissant une planche dans son studio, il se demandait si un de ses lecteurs se reconnaîtrait, ou si il était déjà arrivé qu’une personne ouvrit l’une de ses bandes-dessinées ou visita un musée, où ses portraits étaient exposés, et s’était reconnu.

Était-il dans le vrai ? Avait-il deviné le caractère de ses sujets juste en l’observant déambuler le temps d’une minute ou deux ?

Cette exercice, il l’avait fais des milliers de fois, avec des proches, des amis, des petites amies, conquêtes d’un soir ou tentative de relation durable.

Il était convaincu qu’il y avait une relation entre le corps et l’esprit. Le corps faisant ressortir les caractéristiques de l’esprit. Dans les rides, sur le visage, dans leur manière de se mouvoir, de parler, dans le regard, les sourires ou les mous.

Jamais, depuis les 2 années qu’il venait dans se bar régulièrement, il ne repartait sans avoir griffonné un personnage. Parfois même, les histoires venaient d’elles-mêmes. Les gens ne se rendent pas compte de la manière dont leur vécus peut transpirer à travers leur être.

C’était une source d’inspiration intarissable que ce bar. Jusqu’aux jour où le virus arrêta net les habitudes d’Edouard. Plus de bar, pire, les masques cachaient les visages de ses sujets.

Il ne dessina plus et étant resté confiné avec ses sujets croqués sur le papier, il devint ce que les gens appellent « un fou ».

C’était le prix à payer de son art, une fois la source d’inspiration tarie ou disparue, l’artiste se doit d’évoluer et de trouver d’autres moyens. Et si il n’y en avait pas d’autres, il restait coincé dans le passé, au jour où tout basculât. Accusant le coup. Puis se rassurant en regardant ses anciens travaux, il décida de les retravailler, d’en extirper tout ce qu’il pouvait, de faire ressortir chaque pore, chaque fibre. Le temps qu’il passait seul, il le passait dans son univers, et l’obsession de justesse, de vérité l’amena vers des chemins dangereux, là où l’esprit sain se perd.

Rien de plus normal, donc, de devenir fou. Mais le cas d’Edouard est beaucoup plus grave.

En pleine journée, il attira un couple de touriste anglais coincé en France dans son atelier. Leur promettant de les loger gratuitement. En effet, il les logea gratuitement, nous, nous appelons ça un kidnapping.

Edouard avait tout prévu, une cage rectangulaire, en métal leur servait de chambre. L’artiste l’avait construite spécialement pour son projet. Avoir des sujets 24h sur 24 et 7 jours sur 7.

Aucune intimité, les toilette étaient dans un angle, le lit dans un autre, un table en plastique avec ses chaises au milieu.

Le dessinateur s’installait où bon lui semblait, choisissait soigneusement où il posait son matériel de dessin et travaillait. Le couple demandait de l’aide, pitié, éclatait de colère contre Edouard ou entre eux, se rejetant la faute à l’un ou à l’autre, frappait les barreaux en métal, cassait les chaise pour en envoyer des morceaux à leur bourreau, pleurait, se lamentait, restait allongé, sans rien faire.

C’était du pain béni pour leur tortionnaire, il avait un couple dont les humeurs et comportements lui permettaient de dessiner l’Homme dans tout ses états. Sachant qu’il avait tout son temps et que l’occasion d’avoir de tel modèles à sa merci ne se renouvellerait pas de si tôt, il dessinait avec une extrême précision les traits de leurs visages, leurs muscles, leurs peaux. Profusion de mouvements, les membres, les tendons, torsions, pronations, supinations.

Ses prisonniers lui donnaient aussi l’opportunité qu’il n’avait jamais eu auparavant, celle d’étudier des êtres humains dans une détresse extrême. C’était une aubaine.

Quand il voulait des réactions spécifiques, Édouard n’hésitait pas à les priver de nourritures où à les empêcher de dormir. Toutes leurs réactions finissaient en croquis sur ses carnets, annotés de ses remarques.

Le couple réalisa après quelques jours que l’artiste semblait les garder captifs pour étudier leurs comportements. Ils essayèrent de l’amadouer, lui demandant de leur laisser la liberté, et qu’en échange ils poseraient pour lui, autant qu’il le désirerait. Mais Édouard ne se laissa pas berner, d’ailleurs il ne leur parlait presque pas.

Ils changèrent de stratégie, celle de ne plus rien faire, ni bouger, ni parler, ni se nourrir.

Pour le dessinateur, ce comportement était encore une fois l’opportunité de voir une facette de l’être humain et de son comportement dans une situation d’extrême détresse. Ce fut une bénédiction.

Même quand il vit ses sujets dépérirent. De la détresse, le dessinateur allait étudier la mort. Le lent déclin du psyché et du corps. Les multiples changements, la réaction d’un être humain devant la mort d’un être aimé. La folie, le suicide. Edouard jubilait quand arriva ce moment où le couple décida de mourir. C’était une fresque du côté obscur de l’âme humaine qui se présentait à lui.

Son crayon virevoltait sur le papier, il dessinait leur lente agonie, crayonnant la mort, qui jamais n’aurait pu se présenter comme sujet à lui dans une situation normale.

Le début du jeun forcé n’était pas très intéressant mais l’artiste trouvait des détails, des soupirs, des larmes, des visages et des corps résignés, des mots violents.

Puis, ce fut le moment de latence, entre la conscience encore vive et celle de leur privation de nourriture les esprits et les corps réagissaient curieusement. Le couple jubilait, des sourires, des paroles, ils firent même l’amour devant lui. L’extase pour l’artiste. Deux corps en mouvements, s’offrant à l’un et à l’autre. L’amour, même dans des situations difficiles trouvait un chemin.

Puis se fut le déclin, morale, psychique d’abord et physique ensuite.

La faim et la soif les poussaient au délire, à la violence. Edouard avait compris ce qu’ils faisaient ; mourir. Ne surtout pas perdre mes sujets pensait-il. Il les tenta en leur offrant des repas succulents, fumant. Il mangeait et buvait devant eux. Le couple céda et mangea.

Encore une victoire pour l’artiste, qui dessina l’être humain et ses réflexes de survie. La tentation, la manipulation, des histoires lui venaient en tête grâce à leurs faiblesses naturelles.

Ils recommencèrent à demander pitié. Le dessinateur ne leur parlait jamais, c’était son credo, ne pas les influencer, deux humains libres de toutes influences extérieures.

Il dessina la pitié, la sienne car malgré tout il restait lui aussi un humain, il devint sujet pour quelque temps, dessinant et annotant ses propres réactions et sentiments.

Puis ce fut encore une fois la rébellion, le refus de manger. Allongés sur leur lit, ils n’y bougèrent plus. Ne parlèrent, ne mangèrent plus, firent leurs besoins dans les draps.

Le dessinateur, après deux jours de ce comportement se décida à leur parler. Passée la surprise d’entendre leur bourreau parler pour la première fois, ils se concertèrent, en chuchotant et restèrent dans le lit à attendre la mort.

Mais l’artiste trouva encore de matière à être inspiré, dessinant le suicide, la détermination à mettre fin à leur vie.

L’artiste décida de ressortir la méthode de la tentation, leur offrant des mets succulent, du fast-food. Il mangeait devant eux, buvait devant eux. Quand il observa que cela ne marchait pas, il mit à exécution une torture qu’il n’avait pas pratiqué jusqu’ici, les empêcher de se réfugier dans le sommeil.

Il mit de la musique, au début, il changeait de chanson. La folie les guettaient encore, ils se disputaient. La femme voulait manger, survivre car un jour ou l’autre, ils sortiraient. L’homme faisait son possible pour lui faire comprendre que leur tortionnaire ne s’arrêterait pas, que leur mort lui servirait d’inspiration. Le manque de sommeil ajouté aux supplices de la faim et de la soif les poussa encore une fois à craquer.

Edouard s’en réjouissait, mais ses sujets commençaient à l’ennuyer. Il décida de continuer à les influencer en passant toujours la même musique, une vielle balade française. Au début il nota que le couple n’était pas très affecté mais passé une journée et une nuit, ils demandèrent à ce que la musique s’arrête. Il ne fit rien, dessinant leur désespoir.

Les tourtereaux entamèrent une nouvelle stratégie. Il y avait bien longtemps qu’ils avaient compris ce que voulait le dessinateur, faire d’eux ses modèles, cobayes, pour ses « desseins » artistiques.

Le mari décida de se couvrir le corps avec les couvertures, de manière à ce que le dessinateur ne puisse plus les dessiner. Edouard trouva évidement ressources à tirer de ce comportement. Mais le couple continuait à se cacher le visage.

La marche à suivre pour le dessinateur était toute trouvée ; monter le son de la musique, les priver de nourriture et de boisson.

Les amoureux comprirent son manège mais durent se découvrir pour se nourrir.

L’artiste était exalté, il commença à mettre de la drogue dans leur nourriture. Du LSD.

Les délires commencèrent pour le couple. Des éclats de rires, des exclamations de peurs, ils hallucinaient et devenait une nouvelle fois de parfaits cobayes pour le dessinateur qui jouissait d’avoir deux êtres-humains à sa merci pour son travail.

Il expérimenta avec d’autres drogues, marijuana et cocaïne.

Les deux drogues étants aux antipodes l’une de l’autre, le comportement du couple était erratique. Puis, Édouard décida de les rendre dépendant. Les endormants avec des somnifères toujours cachés dans leur nourriture, il décida de leur injecter de l’héroïne.

Ils se réveillèrent, se posant des questions, perdus. Il leur balança des seringues et du black tharp, une héroïne puissante.

Il sembla que d’instinct, ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Peut-être n’était-ce pas la première fois que les amoureux se droguaient. Arrachant leurs guenilles pour en faire des garrots, utilisant des cuillers et un briquet, ils s’injectèrent le smack.

Bientôt, ils semblaient heureux, n’avaient plus besoin de manger. Ne se plaignait plus tant qu’ils avaient leur dose.

L’artiste dessina leurs corps qui se dégradaient, leurs peaux changeant de couleurs et même de textures. Leur comportement était devenu docile, ils passaient la plupart de leurs temps allongés après leur shoot. Parfois, ils faisaient l’amour, où ce qui semblait être l’acte car leurs corps ne semblaient plus capables de grand chose.

L’addiction était devenue un objet d’étude importante. Et Edouard passait des heures à les dessiner, à les écouter. Ils ne parlaient que de leur prochaine dose, rien d’autre.

Après deux semaines de shoot intensif, l’artiste passa à une autre étape, réduire les doses. Les amoureux découvrir immédiatement, juste à la vue et au poids de la substance, que quelque gramme manquaient. Mais le shoot qu’ils se faisaient les calmer. Puis il ne leur donna qu’une seule dose pour deux. Les disputes commencèrent. C’était violent, passés les mots et insultes, les bagarres éclatèrent très rapidement. C’était à celui qui était le plus fort que revenait l’unique dose. La plupart du temps, l’homme l’emportait sur la femme mais l’inverse arrivait aussi. Les disputes faisaient couler le sang.

Quand l’un avait mis l’autre hors d’état de nuire, il se shootait sous les yeux implorant et avides du perdant. Le supplice de Tantale. C’était là encore un sujet rêvé, les yeux de ses victimes exorbités, l’un d’envie, l’autre de réconfort et d’extase.

Le dessinateur passa à la moitié d’une dose. Les amants maintenant se battaient, griffé le sol avec leurs ongles, ils étaient en manque, la petite dose n’était pas suffisante. Ils implorèrent l’artiste qui décida de les torturer en les narguants. Il prenait le black tharp, le leur tendait puis ramener la substance à lui. Ils déclamèrent des paroles de pitié, des appelles à sa générosité. Puis se fut les propositions innombrables d’échange de relations sexuelles et même d’organes pour une simple dose.

Il réalisa que le couple était à bout, c’était la fin. Car Edouard n’avait plus de drogue, dehors, tout était confiné et les dealers ne couraient plus les rues. Et qu’importe, il avait assez de matériel pour des années.

Il regarda le couple en manque, trembler, transpirer, vomir leur bile. Ils trouvait le moyen, la force de se battre, accusant l’un et l’autre, pensant aussi qu’en punissant l’autre, leur bourreau leur donnerait ce qu’ils voulaient. Mais c’était fini. Soit il se désintoxiquaient seuls, soit il mourraient. Édouard engrangeait encore des matériaux, l’agoni de l’être humain. Il le savait, c’était ses dernières études car il n’avait plus que la mort à étudier.

Il arrêta aussi des les nourrir. Ils tombèrent dans un état catatonique après les crises de manques. Leurs corps n’étaient plus que squelettes.

Il vit leur dernier souffle, qui étaient un râle roque. Leurs dernières paroles, des hallucinations. Plus rien, ils n’étaient plus rien, leur dernier souffle se fit doucement. L’homme mourut avant la femme. La femme resta encore vivante deux jours après la mort de son mari.

L’artiste dessina l’agonie du corps et les derniers sursauts de leurs esprits. Ces deux sujets ayant rendus l’âme, il dessina leurs cadavres. Il décida de garder les corps pour voir leur décompositions. Les corps n’était déjà plus rien, l’odeur devint insupportable. Il dessina ce qu’il put. Puis, il prit le risque de sortir avec sa voiture avec les deux cadavres enroulés dans un vieux tapis. Il s’arrêta au bord de la Seine, dans un endroit calme. Il lesta le tapis de pierre, le ferma comme il put avec des cordes, puis y mît le feu.

L’odeur intolérable et la fumée allaient le faire repérer, mais s’armant de patience et de sang froid, il laissa les flammes consumer le tapis aussi longtemps qu’il le pensait utile puis, ramassant ce qu’il resta après avoir étouffé les flammes avec un extincteur et du sable, il ramassa les restes qui n’étaient qu’une matière noirâtre et compacte. Il balança tout cela dans la Seine. Restant encore quelque instant pour voir si les débris allaient remonter, il sortit vite son carnet de croquis pour immortaliser l’endroit où il se sépara du couple pour toujours.

Il rentra chez lui et dessina ses histoires. Le confinement étant levé, il donna son travail à son éditeur qui était extatique quant à la qualité de sa nouvelle œuvre.

Il garda encore de la matière pour plus tard. Ce contentant de la bonne sommes d’argent tiré de son album qui devint un best-seller. Il resta toujours discret, refusant toute promotion, ce qui accroissait sa popularité et les ventes de ses œuvres.

Puis, le bar rouvrit ses portes et le dessinateur reprit ses anciennes habitudes.

Il était heureux d’avoir pu passer cette époque difficile, heureux d’être resté au meilleur de sa créativité et dessina.

On dit qu’il dessine encore, peut-être ferez vous un jour parti de son œuvre sans le savoir.

Jaskiers

The old men and his old coat. (A short story in english)

[WARNING : I’M NOT FLUENT IN ENGLISH]


[Ceci est une petite histoire écrite en anglais, ou du moins, j’ai essayé]

He woke up, same things as always.

« Sadly » he would have told you.

He glance, like every morning, at his wedding picture placed on his bedside table. « Audrey was beautiful this summer day » you would have heard him muttered as he slowly get up from his bed.

Achille, his old labrador, come to lick his right hand. « He know my bones are failing me, he is very intelligent ».

He put the radio on, Bob Dylan just finished singing about his meeting with a tambourine man when he hear the unfamiliar voice of a news anchor. « I used to love listenning to this station because nobody speak ! Look like I’ll have to find a new one to listen to. »

While he struggle to pour his black coffee, he mumble again. « Looks like no one want to shut up nowadays, everyone have something to say and, worst of all, they wan’t to be heard ! We can’t live if we have to stop to listen to everyone griefs. »

He sat down at his kitchen table, his whole body shaking and let out a gasp of relieve when he is finaly seated.

If it would have been a regular morning, you would have seen Jim stiring his spoon in the coffee cup at the rythm of a random folksong. « The day Dylan put the electric on his shoudler, that’s the day the music ended, I tell you », He would have say. But no stiring today, the news anchor was speaking.

« This night, at 2 AM, the Goldiathy attacked his neighbour, Davolidy. The tension have been building for months between the two states. »

« Ah ! Hear that Achille ! War ! What mens are the best at ! Let’s hear some more Achille ! Let’s hear the reason for that war, you’ll see Achille, they always find a reason to start a war, but the real stupidity is the reason why they will continue to kill each other, listen ! »

« Poldummy, president of Goldiathy since 20 years, declared that they attacked Davolidy, stating a fear of aggression by the davolidien. The american intel warned the president of Davolidy of the bellicist project and probable aggression by the goldiathien since months. The multiple meetings between the two presidents seems to have not de-escalete the growing tension. »

« Hear that Achille my boy ! They attacked they’r neighbor by fear of being attacked first. That my boy, this is a very very normal and basic excuse to start a war ! Christ ! How stupid ! Ah ! But now, let’s listen how much damage have been done, listen, civilians, Achille, civilians, the ones who haven’t asked for nothing, listen, how much of them have been killed. What Achille ? Yes, you right, maybe some soldiers died but you see, the civilian often are the one dying first and, yes I tell you, they’re always civilians victims, most of the time, they’re is more dead civilians than dead soldiers. Listen ! »

« The first attack was by shelling on the davolydien capital, 10 civilians dead, 2 were kids, 100 hundred others injured. »

« See Achille see ! Hey you ! What ? Bing bang boum ! Why did you kill me ? I don’t know really, I just do what I’m told ! But am no soldier ! Can’t really control the bomb, my bad. »

« The davodylodiens president, Kelevenven, retaliated by ordering the bombing of the goldathien capital. 5 civilians dead. The world expressed they’re worries and stressed that both part should go back to diplomatie. But goldathien troups crossed the border and fierces fights are currently occuring at the… »

« You know sometimes Achille, I think history repeats itself like that… I don’t remember who said that but it’s true ! Yes, Achille we will go for our morning walk but do you know why I always wear that dirty ol’ coat ? No ? That’s the only things I’ve kept from my deployment in Vietnam. I threw away everything Achille, medals and all ! Useless ! That coat was usefull, still use it ! Audrey hated it ! She used to say that when I was wearing it, I didn’t looked like myself, that somehow, she probably felt this with that instinct womens have for seeing invisible things that affect mens, I acted differently when I was rocking it. Yeah I know let’s go ! Wait, one more thing Ulysse, do you know who won the Vietnam war ? Well, The deads ! Because they don’t have to endure life anymore ! And somehow, I’m sure, they ended up in heaven. Like Forgety used to sing, they were’nt fortunate sons. Anyway, enough rambling for today. Let’s walk ! »

The old man put on his old army jacket, who was laid on the chair next to him, and get up without difficulty, no more shaking, no more rambling about the pain.

He ties Ulysse on his leash, open the doors, the sun is bright, you could almost see his dark silhouette changing. His back straight up as he close the door with confidence.

Jaskiers

L’enfer rôde sur la mer

Le cri est strident, « Le diable se dirigent vers nous ! Ohé ! Le diable en a après nous ! »

Les hommes du Wigram se réveillent sans se faire prier, c’est le branle-bas de combat. On se bouscules pour aller à son poste, les canonniers et boutes-feu se postent derrière leurs canons, prêts à lâcher une bordée au premier ordre.

Antoine, le bosco, posté sur la dunette, sort sa longue vue, la dirigeant sur 360 degrés.

« – Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Antoine tu peux me dire ce que c’est !

  • C’est une boule de feu ! On dirait un… un soleil ! Un petit soleil ! »

Tous les hommes se relèvent de leurs postes pour chercher de leurs propres yeux les paroles terribles d’Antoine.

À l’horizon, venue de l’ouest, une forme rougeâtre est visible, avec un peu de concentration, certains matelots jurent que cette chose approche.

La forme semble être triple dans la longue vue du bosco, il peut voir cette chose de feu, son reflet sur la mer et ce phénomène curieux qui reflète cette énigme juste au dessus de la ligne d’horizon, comme trois cavaliers de l’Apocalypse parfaitement alignés à la verticale.

« – Antoine, qu’est-ce que tu vois exactement !

  • C’est une chose en flamme mon commandant.
  • Ça vient vers nous ?
  • Ça vient pas de doute.
  • À quelle vitesse ?
  • Je dirais… , Antoine prend son loch, éclair le cadran en l’approchant d’un brasero. Je dirais 35 noeuds mon commandant !
  • Trente-cin… Bon dieu. Faisons lui face à notre bâbord, je veux les canons prêts a lâcher une bordée sur ce… machin. »

Le Wagram fait un quart de tour sur la droite, le contre-amiral Kerjulien approuve de la tête en regardant le timonier.

« – À bâbord, je veux 5 canons d’anges à deux têtes, 5 autres de boulets pleins. Prêts à canonner à mon signal !

  • Oui commandant ! »

Les boutes-feu préparent leurs baguettes, prêts à en enflammer la mèche d’étoupe. Dans la nuit, aucune lune, aucune étoile, les braseros et torches du Wagram vacillent, laissant voir des ombres sur les faces crispés des matelots. Elles dessinent de curieux visages sur celui balafré du contre-amiral, créant l’illusion de lui ajouter, le temps d’une seconde, d’autre cicatrices avant de disparaître. Ses rides semblent se multiplier avec le jeu de lumière erratique, lui donnant des airs de vieillards. Ses pupilles sont rouges, tel un possédé, tel ceux qui entrent en transe dans les lointaines terres hindoues durant ces étranges cérémonies dédiées à Shiva.

« – Commandant, je pense… je pense qu’il dévie de sa trajectoire et met le cap dans notre direction !

  • Je le sais ! On… ne regardez pas trop cette… chose en feu, rien de tel pour vous éblouir.
  • Mon commandant, c’est quoi ce truc ? »

Le commandant allume sa pipe à l’aide d’un petit tisonnier qu’il avait préalablement chauffé à un brasero.

« – Ça… c’est une putain de légende, une légende vraie !

  • Que voulez-vous dire mon commandant ?
  • Ce que je veux dire ? C’est que si nous ne le coulons pas, nous seront morts.
  • Évidement…
  • Évidement quoi sous-fifre ?!
  • Pardon mon commandant.
  • Ce truc là messieurs, c’est le diable en personne ! C’est un navire en flamme, qui terminera sa mission infernale soit coulé, soit en nous coulant.
  • Chef, peut-être qu’on pourrait essayer de le perdre !
  • Inepties ! Conneries ! Ce machin vient pour nous envoyer en enfer, j’ai… il… on a trop péché ! Trente-cinq noeuds ! T’as pas entendu Antoine ! Notre Wigram dépasse difficilement les 10 noeuds !
  • Et si on manœuv…
  • Tu pense pouvoir l’esquiver ? Ah ! Ce machin va vouloir se repaitre de nous, c’est intelligent, cela nous est destiné ! Allez me chercher Spark ! Il n’est pas là, doit être en train de prier sa mère au carré.
  • Oui chef.
  • Et dite lui que si il ne ramène pas son cul ici, je lui fourre mon tisonnier dans l’œil !
  • Oui chef !
  • Du nerf ! »

Le commandant s’approche du charnier et s’asperge le visage d’eau, maintenant, les flammes du navire lui donnent un teint translucide. Les yeux braqués sur le navire en flamme qui approche à grande vitesse.

« – Putain, on dirait… sa carcasse… mais y’a encore les voiles mais c’est… tout en feu !

  • Antoine, arrête de le regarder, tu vois le diable merde ! Arrêtez de le regardez ! Soyez prêt, foutrement prêt à canonner cette terreur ! On aura pas de deuxième chance !
  • Commandant…
  • Spark petit enculé !
  • Désolé mon com… »

Cosmao Kerujulien prend la tête de Spark entre ses mains pour la placer en vue du navire enflammé.

« – C’est de ta faute ça enfant de putain !

  • Commandant… je suis désolé !
  • Tu sais ce que je vais être obliger de faire hein ?
  • Pitié non ! Non ! Laissez moi une chance, une… »

Le commandant lui tranche la gorge, Le corps de Spark, refusant la mort, fait des soubresauts. Le contre-amiral tourne et retourne sa dague dans le cou de Spark, on entends les tendons et les nerfs se défaire et le bruit de scie que fait la lame sur les os du cou de l’infortuné. Le commandant s’acharne, pose le corps du mort à terre et le décapite.

En brandissant la tête, il se déplace jusqu’aux gaillard avant, se tourne face au vaisseau brûlant qui n’est plus qu’à une moitié de mille et hurle :

« – Voici ! Voici Chtuhulu ! Regarde, j’ai accompli ta vengeance ! Chtuhulu, voici mon offrande, épargne moi, mes hommes et mon navire ! Prend-le ! Par pitié ! »

Ces derniers mots sont dits dans les sanglots. Tous les matelots le regardent, son uniforme est tacheté de substance noir, dégoulinante. Son corps a l’air d’une ombre, brandissant en l’air la tête de Spark comme Persée avait dû brandir celle de Méduse devant Phinée et ses sbires.

Les canonniers placent leurs canons dans leurs sabords respectifs, les boutes-feu enflamment leurs baguettes.

« – Chtuhulu je ne mérite pas ta colère. C’est lui, dont je tiens la tête, qui t’as offensé ! Lui a brisé son serment, pas moi ! »

Antoine ne peut s’empêcher de regarder le navire en feu, il croit même voir un visage, une terrible vision, un crâne à la mâchoire immense sortir puis, le fracas des canons firent vibrer l’air.

Les boulets percutent le vaisseau du diable, éclatant sur sa proue, des esquilles mêlées aux étincèles emplissent l’air, les anges à deux têtes fendent les voiles enflammées mais le vaisseaux fantômes ne ralentit pas.

Une seconde de silence, comme si l’oxygène du monde entier avait disparue, les matelots se regardent, à l’ombre des flammes ils ont l’air de spectres.

Le diable de vaisseau émet un son rauque, à faire exploser les tympans, des matelots en paniquent s’apprêtent à sauter à l’eau dans l’embarcation de sauvetage, le contre-amiral, reste debout, il a baissé les bras et la tête. Il est le premier percuté par le navire.

Soudain, tout le vaisseau prends feu, le bois craque et semble même hurler, le métal se tords, les feux de l’Enfer s’effondrent sur les marins.

L’instinct de tous les matelots est de sauter à l’eau, dans un dernier réflexe de conservation, ils sautent par dessus bords mais la mer n’est plus que flammes. Tel un feu grégeois, les marins sautent à leurs pertes, se consument, brûlés dans l’eau.

Tout se désagrège, l’oxygène n’existe plus pour les hommes encore conscients. Ils préfèrent mourir immédiatement plutôt que d’être les témoins de cette horreur. Préférant une mort rapide que de finir mangé par les flammes un mousse se tranche la gorge, l’autre s’enfonce son poignard dans le ventre, un autre encore plonge, la mer n’est plus un espoir, il brûle. On ne sait comment mais il reste à la surface et pousse des cris d’agonie avant que les flammes se repaissent de son visage.

Les mats s’affaissent, se donnant au feu pour mieux le nourrir, tout n’est que vision d’enfer, des silhouettes titubent et s’affaissent à genoux, des torches humaines sautent dans les lames de feux, des gerbes enflamment chaque parcelles de navire et de corps humains. L’air est emplie de petit débris qui se consument, comme des fées éphémères dont la vie est écourtée net par le présent à l’humanité de Prométhée.

Puis une énorme explosion finit de compléter le tableau d’apocalypse, le feu ayant atteint les réserves de poudres. L’atmosphère aux alentours hurle, comme si elle aussi pouvait sentir la souffrance.

Et le calme reprend ses droits. La mer s’est éteinte, des débris encore fumant flottent et sifflent au contact de l’eau, les squelettes des deux navires embrasés restent encastrés l’un dans l’autre comme des amants maudits.

Une immense lame engloutit les deux carcasses. Une épaisse fumée s’échappe de la mer puis s’évapore.

La vie reprend ses droits. Les flots sont calmes. Rien ne les perturbent, l’équilibre est revenu.

Crédit image : Pinterest

Récit inspiré par « Chtuhulu » d’H.P. Lovecraft et par « Moby-Dick » d’Herman Melville.

Jaskiers

Citations d’Hemingway pour aujourd’hui

Qu’elle soit nécessaire, ou même justifiée, ne croyait jamais que la guerre n’est pas un crime.

La première panacée pour une nation mal dirigée est l’inflation monétaire, la seconde est la guerre. Les deux apportent prospérité temporaire et destruction indélébile. Les deux sont le refuge des opportunistes économiques et politiques.

Dans la guerre moderne, vous mourrez comme un chien et sans raison.

Les yeux qui ont vu Auschwitz et Hiroshima ne peuvent jamais voir Dieu.

Le monde est un endroit magnifique pour lequel il vaut la peine de se battre.

Un homme, ça peut être vaincu mais pas détruit.

Chacun de mes contacts avec la politique m’a donné l’impression d’avoir bu dans un crachoir.

Lorsqu’un homme est encore en révolte contre la mort, il a du plaisir à emprunter lui-même l’un des attributs divins : celui de la donner.

Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation.

– C’est pas le moment de penser à ce qui te manque. Pense plutôt à ce que tu peux faire avec ce qu’il y a.

La guerre c’est l’enfer, avait déclaré Sherman […]

« D’ailleurs, pensa-t-il, tout le monde tue d’une manière ou d’une autre. […] »

« Je t’aime autant que tout ce pour quoi nous nous sommes battus. Je t’aime comme j’aime la liberté et la dignité et le droit de tous les hommes à travailler de n’avoir pas faim. […] comme j’aime tous mes camarades qui sont morts. […] »

« – Non. Je suis contre la tuerie des hommes.

– Pourtant tu as tué.

– Oui et je le ferai encore. Mais si je vis après ça, j’essayerai de vivre de telle façon, ne faisant de mal à personne, que je serai pardonné […] »

Les personnes les plus cruelles sont toujours les plus sentimentales.

Jaskiers