La loterie atomique – Chapitre 3

Les chaînes d’informations, avec leurs présentateurs vedettes, qui ressemblaient à des mannequins de publicité pour shampoing hors de prix, récitaient leur texte, les mêmes pour chacun à peu de mots prêts, fournis par le gouvernement, n’existaient que pour faire peur à la population, tout en les rassurants. Étrange dichotomie.

« – Tout va bien, on reçoit quelques bombes sur la gueule ? Et bien nous leur en envoyons le double ! L’ennemi cri famine ! L’adversaire demande pitié ! Ces salauds ont demandé des pourparlers de paix ! Ils faiblissent de minutes en minutes ! Leur air est irrespirable (peut-être faudrait-il leur dire que ‘l’air’ ne connaît pas les frontières, à moins que ce soit le même nuage toxique que Tchernobyl, lui, il avait le respect des frontières !) Nous sommes les meilleurs ! Nos soldats sont tous surentraînés et l’armée possède encore beaucoup d’armes secrètes qui pourraient mettre un terme définitif à ce conflit ! (Pourquoi ne l’utilisent-ils pas ? C’est sûrement secret ça aussi.) Nos dirigeants ont toujours un temps d’avance sur l’ennemi trop idiot ! Notre économie n’a jamais été si florissante ! L’ennemi n’a même plus de maison où aller se réfugier, ils mangent par terre, sucent des cailloux ! Sur le champ de bataille (il n’y en a pas, rappelez-vous), l’adversaire tremble et s’enfuit face à nos braves ! Le monde entier nous soutient, beaucoup nous admirent, nous demandent le secret de nos incroyables succès guerrier ! Voyez comme nous sommes grands, voyez comme ils sont petits ! Portez vos masques ! Réfugiez-vous dans un abris à chaque alerte ! »

Et de l’autre côté de la frontière de l’Est, la télévision émettait les mêmes propos sur le pays de l’ingénieur.

Thomas aurait aimé dire au gens que ce n’est que purs mensonges. d’ouvrir les yeux. Mais à quoi bon ? Dans la vie, souvent, il ne fait pas bon de dire la Vérité. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Surtout que si l’on s’exprime trop ouvertement, le gouvernement à ses sbires, l’unité de protection de la population, ou plutôt l’unité « fermes ta gueule ou bien creuses ta tombe » comme aimait à l’appeler l’ingénieur.

Pour lui, ‘plus le mensonge est gros, plus il passe facilement’ n’était pas un poncif efficace. Thomas dirait plutôt que le mensonge devait être répété, encore et encore jusqu’à ce que les voix qui s’élèvent pour le démentir se fatiguent et abandonnent. Et des mensonges, matraqués tous les soirs à des millions de personnes rivés derrière leurs écrans de télévision, il y en a tous les jours et de toute sorte.

Peut-être qu’au final, boire est exactement ce que son gouvernement voulait qu’il fasse. Tellement plus facile d’endurer quand l’esprit est saoulé. Tellement plus malléable est le cerveau quand il est imbibé de poison. Mais les leaders du pays de Thomas, les mêmes que ceux de Benjamin et Sabine, ne s’inquiétaient pas des pessimistes, des nerveux, des érudits, des intellectuels ou des personnes qui comprenaient le manège qui se tramait derrière ce soit disant conflit.

Ils avaient leur machine à laver le cerveau et les agents pour détruire le corps si besoin.

Pour ces personnes clairvoyantes, ou plutôt avec un esprit critique et une intelligence légèrement supérieure à la moyenne, et à cette époque, il n’était pas difficile de l’être, la vie était un mauvais spectacle mis en scène par des régisseurs richissimes et joué par des acteurs invisible pour un public névrosé et aliéné à souhait.

Peut-être était-ce dû à la frustration, à voir les gens sourire, rigoler, s’aimer, se disputer, se chamailler, faire la fête. C’est peut-être ça la vraie raison de l’alcoolisme de l’ingénieur Thomas. Effet secondaire de l’ignorance : affecte l’entourage. Comme l’alcoolisme.

L’ingénieur faisait partie de ces gens qui réfléchissaient trop. Une mauvaise chose, une maladie psychique qui ne dit pas son nom où ne montre pas sa gravité. Donc Thomas buvait pour éteindre son cerveau, pour l’empoisonner pour devenir lui aussi, le temps que l’alcool se dissolve dans son sang, un ignorant.

Et puis, il était plus facile de prendre un train saoul. En tenant compte de la situation cependant : une fois dans le train en marche, si une bombe nucléaire décidait que c’est sur votre wagon qu’il décide de finir sa sale besogne, il n’y avait pas de fuite possible. Même en dehors d’un train cela dit. Non, en fait, Thomas buvait car à tout moment sa vie pouvait s’arrêter à cause d’un mini engin apocalyptique.

Jaskiers

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La loterie nucléaire – Chapitre 2

Benjamin avait beau jouer le dur, faire mine de ne pas être inquiet, elle voyait dans ses traits l’inquiétude. Plus que les traits, l’attitude, les coups d’œil vifs vers le ciel d’un bleu azur vif, les crispations brèves des lèvres, les mains moites dévoilaient la tension nerveuse de son mari.

« – Benny, tout se passera bien, arrête de t’inquiéter.

  • Je peux pas m’en empêcher… désolé. Ça aurait été plus simple si j’avais pu t’accompagner.
  • Tu n’as jamais vu ma grand-mère et puis, ton boulot passe avant. C’est un peu rustre de la dire mais tu le sais, on ne peut pas se permettre un jour de congé tous les deux en même temps.
  • Oui, je sais. Mais c’est comme ça, tu serais sûrement pareil à ma place non ?
  • Oui, mais regarde, les risques sont minimes !
  • C’est toujours quand on s’y attend le moins que le malheur nous tombe sur la tronche.
  • J’ai marié un éternel pessimiste !
  • Et moi une éternelle optimiste !
  • Les opposés s’attirent… enfin je crois que c’est comme ça qu’on le dit.
  • Et un philosophe en plus !
  • Et une comique en plus ! »

Pendant ce temps-là, dans la même gare mais sur un autre quai, Thomas, ingénieur, célibataire et alcoolique invétéré attendait son train pour Bradpost. Une certaine mission de vérification des armements, ou quelque chose comme cela, il ne se rappelle plus vraiment ce que disait le courrier qu’il avait reçu du ministère de la guerre hier matin. Il avait ouvert l’enveloppe avec une gueule de bois terrible, qu’il atténua avec deux bons verres de whisky. Tout ce qu’il avait retenu, c’était qu’il était attendu à l’Ouest, dans une base arrière. Un militaire gradé l’attendrait sur le quai pour l’emmener au site en question.

Thomas n’était pas un militaire, juste un ingénieur civil dans l’aéronautique qui avait atteint doucement mais sûrement la cinquantaine. D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’il buvait tant. Il regrettait cette jeunesse et cette vie passée trop vite, pourrie par la guerre mais remplie d’histoires de cuite et de soirées délirante dans la capitales. La même chose lui était arrivée à quarante ans. La fameuse crise de la quarantaine, celle qui vous fait regarder en arrière plutôt qu’en avant. Qui vous montre les choses que vous avez manqué et que vous avez raté. Le futur ? Dans le cas de Thomas, il le voyait sombre. Cette guerre stupide, dont tout le monde semblait avoir oublié la raison pour laquelle elle avait commencé, continuait, elle semblait sans fin.

La planète suffoquait, en temps de paix, elle était déjà très mal en point, mais, avec les retombées radioactives, il n’y avait maintenant plus de retour en arrière possible, aucune possibilité de minimiser les dégâts. Tout le monde suffoquait, la faune et la flore dépérissaient à un rythme terrifiant.

D’ailleurs, depuis quelques années, le gouvernement avait commencé à fournir gratuitement des masques à gaz à tous les citoyens. Aucune obligation de le porter, après tout, aux infos, on signalait que le pays de Thomas gagnait, c’est que les attaques ennemis étaient moins puissantes et moins destructives que celle de ses leaders. Mais Thomas avait beau avoir les idées embrouillées, il a compris là que c’était le début de la fin. Les masques à gaz pouvaient être fournis avec des petites bonbonnes d’oxygène. C’étaient aussi des masques à oxygen. Cela se passe de mot. Respirer l’air pur était devenu dangereux, mais tout le monde s’en fichaient. Si le gouvernement avait décrété que les masques et bonbonnes n’étaient pas obligatoires, c’était pour une raison, celle évoquée plus haut ; on gagnait.

Jaskiers

À la recherche d’un nouveau défi. Ou peut-être pas.

On continue sur les articles personnels où je ne fais que me plaindre et exprimer mes doutes.

J’écris cet article quelques minutes après le passage du nouvel an. Des voisins saouls ont essayé d’entrer dans mon appartement, rien de méchant, ils se sont juste perdus dans les couloirs.

Ils ont bien plus de 30 ans, je ne sais pas si à cet âge on peut autant s’amuser qu’à 20. En-tout-cas, on m’a dit que les gueules de bois étaient beaucoup plus dures à digérer…

Maintenant, un feu d’artifice éclate quelque part. Le temps est exécrable, un vent fort, une grosse pluie, un temps normand quoi. Je l’aime ce temps. J’aime la pluie qui frappe dans les carreaux, et le vent qui chante. J’ai un problème.

Les voisins ont réussi à trouver la sortie. L’un d’eux a crié et fait rimer « bonne année » avec « beaux nénés »… Magnifique.

J’ai fait un peu de réflexion sur mes lectures cette année (presque une centaine de livres, je ne compte pas, j’estime). J’ai lu tout « À la recherche du temps perdu », je me suis pris une claque magistrale. Proust réussit à décrire à la perfection des sentiments que je pensais, inconsciemment, indescriptibles. Il est même un peu flippant ce Proust.

Une autre lecture, cette fois, qui m’a laissé dubitatif, « Ulysse » de James Joyce. J’avais une bonne édition, bourrée de notes explicatives, je pense avoir compris le gros de son œuvre, mais le plus subtil m’est passé par-dessus la tête, je n’avais pas la culture générale pour comprendre.

« La comédie humaine » de Dante. Un classique. J’avais beaucoup entendu parler de « L’Enfer », j’ai décidé de lire les deux autres parties, « Le Purgatoire » et « Le Paradis », de ce long poème. Une bonne expérience.

Au début de l’année, j’ai voulu relire les classiques antiques, les débuts du « Story Telling », Homère, Hésiode et autres Ovide.

Cela m’a ramené à mes années collèges et latiniste (que j’ai laissé tomber au lycée, j’étais nul, je ne voulais pas apprendre à parler latin, mais apprendre la culture et la mythologie gréco-romaine… Education nationale, petite fouine !).

Ce fût des relectures plaisantes, je suis plus âgé, j’ai compris et découvert d’autres points de vue, d’autre sens à ces lectures qui m’ont appris que les histoires des anciens pouvaient délivrer tout au long de ma (et notre ?) vie.

Je me suis tourné vers la Science-Fiction. Genre que je pensais découvrir… avant de réaliser que j’avais lu la plupart des classiques de ce dernier. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à en écrire.

En toute fin d’année, un vieil amour est revenu reprendre un peu de place dans mon cœur, la littérature de guerre.

J’ai commencé mon épopée littéraire avec des livres sur la Shoah, notamment Primo Levi et Elie Wiesel. Puis, sur des mémoires de soldat, tel que « Le grand cirque » de Pierre Clostermann. Je me rappelle encore de ces lectures, de ces livres, ce furent les premiers que j’achetais avec mon propre argent. Depuis tout gamin, la guerre me fascinait, oui, fascinait. Ça peut paraître stupide, voire irrespectueux, mais c’était comme ça. Une passion qui me vient de mon grand-père paternel que je n’ai pas connu.

J’ai eu un nouveau cauchemar au milieu de l’année, où j’étais dans un camp de concentration nazi. Le premier cauchemar que j’ai fait sur ces camps remonte à mon adolescence. Depuis, je veux lire tous les témoignages, regarder tous les documentaires, sur les camps (incluant les goulags). J’ai lu et vu les principaux films et documentaires (notamment le monumental « Shoah » de Claude Lanzmann), mais j’en ai encore à lire, encore à voir.

Ce cauchemar qui m’est revenu est comme une sorte de message pour moi, je ne parle pas de Dieu, mais de mon inconscient : « Rappelle-toi pourquoi tu as commencé à lire, ce qui t’a poussé à ouvrir les portes de l’enfer humain pour voir ce dont nous sommes capables. Nous oublions, les survivants ne sont plus qu’une poignée, l’antisémitisme grimpe en flèche, ainsi que le nationalisme et toutes les horreurs qu’elle apporte. Des choses contre lesquelles tu t’es toujours juré de lutter. Tu ne veux plus de ces horreurs dans ton monde. »

Puis, mon vieux rêve de devenir journaliste est, lui aussi, réapparut. Depuis le collège… mais… ne parlons pas de ma scolarité.

Le journalisme depuis l’élection de l’Agent Orange, comme l’appelle Spike Lee, à la gouvernance du Monde Libre a été piétiné. De nouveaux mots (maux ?) sont apparus, tels que « Fake News » ou « Alternative Facts » ont envahit l’espace informatif mondiale. (Novlangue much anyone ?) Je ressens le besoin d’apporter quelque chose contre ces dangers qui restent présent, et prolifèrent encore, malgré l’élection d’un autre président.

Et puis, ce projet mêlant le journalisme (enfin je crois que ça pourrait en être) et le travail de mémoire que nous nous devons de faire envers la Shoah, est, lui aussi, revenu s’installer dans mon esprit.

Projet qui, de mon point de vue, est réalisable. Bien sûr, il manque le financement, mais ceci peut être réglé. Suffit d’être débrouillard, je ne le suis pas, ou plutôt plus. Il faut que je m’occupe un peu de ma santé avant.

Mais, chaque chose en son temps. Il me faut progresser encore dans mon écriture, apprendre et lire. Et vivre. Vivre.

Un carnet « reporter » Moleskine, peut-être un nouveau stylo, et oser écrire et lire dehors. Qu’importe, ce n’est peut-être rien, mais il faut que je trouve quelque chose pour continuer à écrire.

Comme vous l’avez remarqué, mes derniers articles sont un peu plus « incisifs », directs et, surtout francs du collier. Cela fait du bien de ne pas mentir, de ne pas se mettre de barrières inutiles, de ne pas s’autocensurer. La vérité peut être autant subjective qu’objective. Mais sur mon blog, je dis la mienne. Et si je découvre que j’ai tort, je l’admettrai.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 22

Une station essence se proposa à lui. Mettre son essence lui-même, demander au tenancier un coca, ou ce qui pouvait remplacer la caféine, un ou deux sandwichs et repartir. Il avait fait ses besoins sur le bord de la route, profitant d’y être seul sur cette dernière. Il fallait, avant tout, être efficient, faire vite pour arriver au ranch.

Il s’arrêta à la pompe, regretta de ne pas avoir fumé une cigarette avant, descendit et emboîta la pompe dans son véhicule. Personne ne sortait du magasin. Avec un bref coup d’œil, il pensait même qu’elle était fermée, rien ne filtrait de l’intérieur.

Tant mieux, je m’arrêterai à la première supérette du coin, je n’aurai qu’à passer devant un ou une caissière qui ne voudrait qu’une seule chose : que ma sale dégaine de Yankee aux yeux cernés déguerpisse. Ne pas faire de vague et tout ira bien.

Il faillit salir ses chaussures en retirant la pompe, il avait retenu la leçon de la dernière fois. Pas d’essence sur ses habits.

Il remonta dans sa voiture et partit en vadrouille à la recherche d’un Wallmart, d’un Target ou n’importe quel magasin pour faire ses emplettes et repartir aussitôt. La fatigue était là, mais s’il ne pouvait plus garder ses paupières ouvertes, il s’arrêterait au bord de la route pour un somme rapide. Dangereux oui, mais mieux valait risquer le danger d’un somme en solitaire sur le bord d’une route que de provoquer une rixe dans l’hôtel très bon marché de la ville.

Rien ne semblait vivant dans ce patelin, à par les bisons flânant dans les immenses champs qui entouraient la petite ville. Il semblait être rentré dans un décor de far-west moderne.

Il chercha une connexion à Internet avec son téléphone avec l’espoir de trouver une supérette pour se ravitailler avant la dernière ligne droite. Après Buffalo, direction Forgan s’en regarder en arrière. Son cerveau et son corps réclamait non seulement du repos, mais aussi, de l’écriture. Le besoin de catharsis, de poser des mots sur ce qu’il avait vécu jusqu’ici. s’imposait pour sa santé psychique. Et aussi, pour commencer son nouveau roman.

Il trouva un magasin, appelé Venture, de plain-pied, sans l’aide d’internet qu’il ne recevait toujours pas. Le magasin avait l’air d’un vieux et ancien motel. Le parking était vide.

Quand il rentra dans ce magasin, il découvrit que c’était en faite un restaurant plus qu’autre chose. L’écrivain espérait qu’il aurait la possibilité de prendre un plat à emporter, on était en Amérique après tout, aucun doute, pour de l’argent, l’Amérique vous offre tout ce que vous voulez.

Il attendit au comptoir, qui était vide, la seule présence des menus imprimés indiquait que le restaurant n’était pas abandonné. Il en prit un.

De la viande. Que de la viande. De la viande à la viande à la sauce viande avec un dessert à la viande. C’était le pays des bisons, le business principal de la ville. Après tout, la ville s’appelait Buffalo.

Une femme de quarante ans, la teinture blonde en fin de vie, des cernes et des rides marquées sur le visage et d’une maigreur inquiétante se présenta lui.

« -Vous désirez ?

– Je cherche quelque chose à emporter.

– D’accord, vous avez vu le menu ?

– Oui, mais je n’ai pas encore trouvé ce qu’il y a à emporter.

– La section sandwich se trouve à la fin. »

Rand fit défiler les pages du menu et découvrit les sandwichs, tout à la viande.

« -Vous avez besoin de conseil ? »

Il lâcha un petit rire. Il avait le choix entre sandwich à la viande de bison avec salade, tomate et moutarde, ou sandwich au bison avec de la mayonnaise.

« – Je vais prendre le sandwich complet.

– Salade, tomate et moutarde ?

– C’est ça.

– Et comme rafraîchissement ?

– Vous avez du café ?

– Oui mais malheureusement pas à emporter.

– Je vais vous prendre du coca.

– Nous n’avons que du Pepsi, cela vous va ?

– Oui merci. »

Elle se retourna pour partir dans la cuisine. Il vît par la porte entrouverte l’état lamentable des cuisines. Poussières, graisses, détritus, sangs, il ne manquait que la présence d’un rat pour combler le tableau.

Il va falloir faire fît de ces horreurs, se dit Rand à lui-même et à son estomac.

Dante pouvait entendre les bruits de couteau, celui d’un micro-onde et les voix de la serveuse et de la cuisinière.

Et si ce sang… non c’était trop, même s’il avait eu le droit à des hurluberlus, la probabilité d’ajouter à ses rencontres déstabilisantes, une meurtrière qui cuisinerait les morceaux de ses victimes humaines pour les vendre à ses clients était quasi-nul.

Quasi-nul ne veut pas dire nul, et plus rien ne me surprendrai. Je commence à perdre la tête. T’es parano Dante, arrête de penser à des conneries, si ça se trouve, c’est une déformation professionnelle, le risque quand t’es auteur de romans d’épouvantes.

La serveuse sortit de la cuisine, le gratifia d’un sourire et d’un « Ça arrive monsieur, merci de votre patience. »

Au moins était-elle polie pour une potentielle Serial-Killer cannibale… Allez Dante, arrête tes bêtises.

Il attendit encore cinq minutes. Le restaurant était désert, les menus et les couverts étaient recouverts d’une fine couche de poussière. L’air était lourd, pas extrêmement chaud, mais respirer commençait à être difficile.

Ou bien je suis en train de faire une crise d’angoisse ou bien le DustBowl a encore de l’influence sur le pays.

Les crises d’angoisses avaient été ses compagnons d’enfance et d’adolescence, jusqu’à ce que ses parents ait assez d’argent pour l’amener voir une thérapeute. Thérapeute et thérapie qui s’avérèrent être extrêmement efficaces et, à force d’exercices, réussirent à diminuer très fortement ses crises, jusqu’à ce qu’elles ne deviennent plus que des mauvais souvenirs. Il se rappelait qu’il ne fallait surtout pas oublier de bien respirer, mais l’air semblait empli de poussière. Il lui fallait aussi observer l’environnement autour de lui, mais il était tellement terne et misérable qu’il commença à paniquer.

Enfin, elle arriva, son sandwich placé dans un papier, son pepsi bien frais à la main. Il paya son dû, la carte bleue tremblante dans sa main. Il sentait les regards plein de jugement que devait poser sur lui la serveuse. Il transpirait à pleine gouttes. Tom pria intérieurement que sa carte passe, ce qu’elle fit. Il ramassa son dîner, et partit.

« – Bon appétit monsieur.
– Merci à vous aussi. »

À vous aussi ? Sérieusement ? Dante Thomas Rand ce que tu peux être idiot parfois.

En rentrant dans sa voiture, il s’imaginât la serveuse rigolant. C’était comme dire à quelqu’un « bonjour » et qu’il vous répondait « bonsoir ». Non seulement cela le faisait se sentir idiot, mais il se sentait humilié par la personne qui avait eu plus de présence d’esprit en lui indiquant que c’était le soir.

Les interactions humaines sont compliquées. Ou plutôt, je les rends compliquées.

Il sortit le sandwich de son papier, regarda la viande grossièrement apposée, respira un grand coup pour enlever la pensée qu’il mangeait peut-être de la viande humaine.

Non, c’est du bison…

Il regarda autour de lui. Tout près de lui, il y avait un champ immense avec un bison solitaire qui le regardait.

Putain, il sait. Les animaux ne sont pas idiots. Si ça se trouve, je suis en train de manger son frère. Merde.

Il reposa le sandwich, il n’avait plus faim. Il ouvrit sa cannette de soda qu’il but d’un trait.

Le soleil commençait à abandonner le ciel. L’écrivain reparti, direction Forgan. Il n’y avait pas de panneaux indiquant la ville mais il suivait ceux de Knowles.

Comme le nom de jeune fille de Beyoncé.

Cette pensée le fit sourire. Sourire qui ne resta longtemps sur le visage car la fatigue commençait déjà à fermer ses paupières. De plus, il n’avait pas mangé.

Après quelque miles, une dizaine peut-être, il s’arrêta sur le bas côté de la route, une petite place labourée par les pneus des paysans du coin, qui devaient passer par là pour rentrer dans leurs champs, s’occuper de leurs bêtes, de leurs bisons chéris.

Il fuma une cigarette, la nuit était tombée, les lumières du tableau de bord étaient éteintes. Silence. Il écrasa son mégot dans un étui en ferraille qu’il avait trouvé dans sa boîte à gant, étui qui semblait sortir de nulle part. Il abaissa son siège, vérifia si les portes étaient fermées et ferma les yeux.

Le dernier repos du juste avant l’arrivée.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 8

Le cœur de Rand fit un bond dans sa poitrine. Putain, putain, putain. Je n’aurai pas du m’arrêter pour une foutue cigarette.

« – Ouai j’vois à ta gueule que t’es un sacré salopard !

  • – Du calme l’ami, de quoi vous parlez ?
  • – De toi et de ta sale gueule de menteur !
  • – Qu’est-ce que vous me voulez ?
  • – J’suis un ami de Peter ! Forgan mec, écoute moi, c’est l’entrée des enfers là-bas !
  • – Mais y’a personne ! Et merde, maintenant je parle comme l’autre raciste de Peter.
  • – Y’a personne car ils se sont barrés pendant ou après le DustBowl. Ceux qui restent c’est des repris de justice ou des criminels recherchés et y’a même des satanistes. Quelle idée de venir habiter à Forgan !
  • – Merci pour vos… informations. Je vais y aller maintenant.
  • – J’t’aurai prévenue yankee.
  • – Ouai. »

Le barbus retira son bras de la portière, Tom referma la vitre tout en démarrant et en regardant dans le rétroviseur, l’inconnu barbu passa son doigt sous sa gorge avec un grand sourire.

Splendide Dante Thomas Rand. Tu viens à peine de poser les pieds dans l’Oklahoma et on te déteste déjà. Le pire, c’est que tu n’es même pas à destination !

Jaskiers

Dante’s Dusty Road – Chapitre 1

Le réveil a été dur ce matin, mais ça reste un plaisir. Dante Rand pensait tout haut dans sa nouvelle berline de luxe.

Direction : liberté et solitude !

Dante Rand avait enfin sa vie de rêve, écrivain. Avec le succès de son roman d’épouvante « Personne n’est en danger », il s’était fait connaître du grand public et avait assuré sa place dans le milieu littéraire américain. Le New-York Time l’avait proclamé le nouveau Stephen King, ses séances de dédicaces étaient interminables, les gens faisaient la queue pendant des heures pour avoir leur livre signé par le nouveau roi de l’épouvante.

L’argent coulait enfin, et pas qu’un peu. Il venait de vendre les droits cinématographiques de son roman à Universal pour 5 millions de dollars.

Il avait investi dans un ranch abandonné dans le PanHandle de l’Oklahoma. La maison, bien que vieille restait solide sur ses assises. En plus de la maison, il y avait une immense grange qu’il avait remanié selon ses désires, pour travailler dans le calme. Il n’y avait personne à 20 miles à la ronde, il serait seul, sans distraction. Il n’avait pas fait installer internet et le réseau cellulaire restait à désirer. Toute la ferme avait était rénovée selon ses goûts sans qu’il n’ai à y mettre une seule fois les pieds.

C’était là qu’il se dirigeait. Bruce Springsteen chantait qu’il était née dans un trou perdu à tue-tête dans la radio. Il souriait car enfin, l’obsession d’avoir assez d’argent pour manger et payer loyer et factures était loin derrière lui. Tout ce dont il avait à s’inquiéter était d’écrire son prochain roman dans les temps, si possible.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 5

L’homme de main, car il n’avait pas du tout l’air ni la finesse de mouvement que peuvent avoir les infirmiers, souleva la planche du côté de ma tête et la fit traîner, le bois raclant le sol. Nous passâmes par le couloir pour aller dans une pièce juste en face de celle où nous étions.

Il continua à me traîner dans cette salle, qui ressemblait aux autres, même si je ne voyais pas derrière moi, et en aucun cas à une piscine, puis il me souleva légèrement. J’entendais des mécanismes s’enclencher et faire vibrer la planche. John, grommelant dans sa barbe des choses incompréhensibles puis me fit face avec un sourire narquois sur le visage :

« – Toi tu vas faire la baignade ! »

J’essayais de parler mais je n’y arrivais toujours pas, j’étais à la merci de John et du docteur.

Ce dernier arriva peu de temps après avec des gants en latex, une paire pour lui et une qu’il envoya à son assistant. Il tenait un bloc note, un stylo et un vieux chronomètre dans ses mains, puis, il se posta à côté de moi.

« – John à mon signal ! Et écoute bien ! Quand je dis ‘stop’ tu le relèves, tant que je ne dis rien tu le laisse compris ?

  • Ouai patron quand tu dis stop j’le relève sinon j’le laisse.
  • Bien ! Commençons, jeune homme, cobaye, vous allez être témoins mais surtout acteur d’une révolution ! »

J’ouvris la bouche pour protester mais rien, là encore, n’en sorti. Je pensais avoir traversé le pire, mais une nouvelle torture commença.

John me basculât en arrière et je me retrouvais la tête sous l’eau. Juste la tête, mon corps bien harnaché à la planche, cette dernière était fixée sur un système de bascule, tout simplement prévu pour m’immerger la tête, et seulement elle, à l’envers, dans l’eau.

Je retînt ma respiration mais l’eau me rentrait dans le nez, faisait son chemin loin dans mes sinus. Mes yeux me brûlèrent et je commençais rapidement à avoir envie de respirer. J’essayai de crier sous l’eau mais l’eau dans mon nez s’infiltra dans ma gorge.

Vous souvenez vous quand vous étiez petit et que vous jouiez à retenir votre respiration aussi longtemps possible ? C’était cela, sauf que j’avais la tête plongée dans l’eau et que je ne pouvais pas me remettre à respirer normalement. Pour faire court, je me noyais.

Mais là était toute la spécificité de cette expérience. J’avais besoin de respirer, de sentir l’air emplir mes poumons mêmes s’ils étaient en flamme, j’avais ce besoin irrépressible d’oxygène, mais je ne mourrai pas.

Mon corps avait l’impression qu’il se noyait, mais fonctionnait toujours.

J’étouffais, je ne respirais plus depuis une minute ou deux, mais j’étais conscient. Mon corps entier réclamait de l’oxygène, ma mâchoire était grande ouverte, j’avalais de l’eau, mon instinct de survie faisait réagir mon corps ; respirer de l’air, à tout prix. J’espérais m’évanouir, la douleur de mon corps, qui traduisait l’agonie de toutes mes cellules, se déchaînait. Ma mâchoire se disloqua, je sentis une brûlure vive sur le côté droit de mon visage. Mais yeux se révulsaient, je ne voyais rien d’autre que de l’eau et le bord opposé de la baignoire.

Je bougeais mes pieds autant que je le pouvais, c’est-à-dire très peu. J’ouvrais et refermer mes mains, pensant ainsi envoyer des signaux de détresses au docteur.

L’incendie dans mes poumons se propageait partout dans mon corps. Mes muscles semblaient se consumer, pire, c’était comme s’ils essayaient de sortirent de mon corps.

Puis je relâchais la tension dans mes membres, épuisés, du mieux que je le pouvais. J’étais toujours conscient bien que cela faisait quatre ou cinq minutes maintenant que j’étais dans l’eau , et je n’ai jamais été un bon nageur et encore moins un champion d’apnée.

Malgré la douleur qui explosait dans chaque portion de mon corps, l’impression que mon cœur et mon cerveau allaient éclater, j’essayais de me relaxer, d’encaisser. Je ne bougeais plus.

Cela dura peut-être une minute de plus, je ne peux donner que des estimations très vagues car dans un moment pareil, les minutes sont des heures.

Puis d’un coup brusque, la planche basculât dans sa position initiale, j’avalais, aspirais tout l’air que je pouvais en crachant toute l’eau avalée ou logée dans mes bronches. Mais mes poumons se rappelaient à moi et je sentis encore une fois l’incendie qui semblait les ravager.

J’éclatai en sanglot, mes larmes étaient invisibles sur mon visage mouillé. Je ne pouvais fermer ma mâchoire, qui était déboîtée, je criais et aspirais de l’air autant que je le pouvais , mes muscles étaient courbaturés comme jamais, respirer était difficile et l’oxygène semblait nourrir le feu dans mes poumons.

J’essayais encore et encore de parler, c’était impossible.

Le docteur s’approcha de moi avec un grand sourire de satisfaction.

« – Allez, c’est terminé pour aujourd’hui, je prends vos constantes et on vous laisse vous reposer. Bon travail cobaye, et toi aussi John ! »

Il mit le brassard de tensiomètre autour de mon biceps gauche et quand il l’enserra, la douleur m’irradia cette fois avec une telle force que je m’évanouis.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 4

Nous sortîmes du cabinet pour déambuler, nous enfoncer encore plus dans le couloir. J’avais l’impression d’être dans l’organisme d’une créature extraterrestre tant l’endroit, sa couleur, son odeur de javel, et surtout son immensité me rendait mal à l’aise.

Le docteur ouvrit une porte, à gauche du couloir cette fois. C’était, là aussi, un cabinet, sauf qu’il y avait tout le matériel nécessaire, me semblait-il, pour une opération chirurgicale.

Il me fit entrer et m’assoir, encore, sur une table d’auscultation. Le médecin ouvrit une armoire fermée par un lecteur de carte. Il y prit rapidement une petite fiole mais j’eus le temps de voir que l’armoire était rempli de fioles, de tubes, seringues et tutti quanti.

« – Allongé vous sur votre flanc gauche, je vais vous faire une légère piqure entre les omoplates. Je ne vais pas vous mentir, vous sentirez une légère pression suivie d’un liquide chaud. Prêt ?

  • Ouai… enfin… »

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase qu’il enfonça l’aiguille. En effet, je sentis la pression et le liquide chaud, disons même brûlant rentrer dans mon corps. Mais ce n’était rien, absolument rien comparée à la douleur qui envahissait mes poumons.

Je m’étais brûlé la main quand j’étais petit en la posant sur une plaque de cuissons. Je me rappelle la terrible douleur, ma mère avait appliqué immédiatement un gant d’eau froide dessus, ce qui atténua légèrement la douleur avant d’aller à l’hôpital.

Je ressentais ce même genre de brûlure mais à l’intérieur de mes poumons, et là, impossible de faire quoi que ce soit pour réduire la douleur. Je pouvais respirer, là n’était pas le problème, j’avais juste la sensation d’avoir un incendie dans chaque bronche, chaque alvéole de mes poumons.

Je me tournais pour demander des explications au docteur mais je vis un deuxième homme qui m’attrapa assez brutalement pour m’attacher sur une planche.

Une planche ; un morceau de bois épais et rectangulaire plus grand et large que mon corps.

J’essayais de parler mais c’était comme si je ne pouvais plus contrôler mes cordes vocales. Tout ce que je pouvais sortir d’eux était des sons rauques et plaintifs.

« – Bien John attachez le bien. Ça commence déjà voyez-vous, la science, la médecine elle commence sa magie sans nous prévenir ! Elle ne perds pas de temps ! »

John était un sacré colosse mais je ne suis pas un petit gabarit non plus, j’essayais de me défendre mais chacun de mes membres semblaient être de plombs, impossible de les mouvoir ou presque. Je criais, de colère mais surtout de terreur !

John ne peina pas à m’harnacher avec des sangles en cuirs enroulées autour de mes poignets, de mes chevilles, de mes bras et une énorme ceinture autour de mon bassin ; j’étais attaché à la planche. Après avoir été sanglé, des crampes se déclarèrent dans chacun de mes muscles. La douleur était terrible, j’avais l’impression que mes membres allaient se désarticuler. Je ne pouvais que gémir, en espérant attirer l’attention du docteur, c’était peine perdue.

« – John, amenons notre ami pour un peu d’exercice ! Direction la piscine ! Allez, on n’a pas de temps à perdre ! »

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 3

De grande taille, les yeux bleus perçants, les cheveux poivre et sel, une barbe finement taillée de même couleur, la peau hâlée, des pattes d’oies sur les yeux et un sourire rassurant, voici qui était mon référent, comme il me demanda de l’appeler. Ce fut la première chose qu’il me dit :

« – Eugène Zweik je présume ! Je suis votre référent ! Appelez-moi comme cela d’ailleurs. Oh, et bienvenue ! Suivez-moi, ne perdons pas de temps avec les présentations et les politesses, car le temps joue contre la science et la médecine, le temps joue contre tout ! »

Je ne lui répondis pas. Son ton, amical mais aussi déterminé ne me laissa pas le temps de lui dire quoi que ce soit et je le suivais par une des portes de droite.

Une fois franchis cette porte, nous nous retrouvâmes dans un long couloir, toujours aussi blanc avec ces mêmes portes sur les murs, placé pareillement, à droites et à gauches, symétriquement et espacées avec la même régularité que celles du hall. Je n’eus pas le temps de voir jusqu’où pouvait bien aller ce couloir, à première vue il était immense car je n’en vis pas la fin.

Mon référent en ouvrit une, sur la droite encore, m’emmena par le bras jusqu’à une table d’osculation. Il me demanda, ou plutôt m’ordonna, de retirer ma veste puis me mit un brassard sur le biceps gauche, glissa son stéthoscope sous le brassard et prit ma tension. Puis il mesura ma taille en me plaquant sur un des murs d’une main ferme. Enfin, il me demanda de monter sur la balance pour noter mon poids.

Il rejoignit ensuite son bureau et m’invita à m’assoir en face de lui.

« – Bien parfait. Une dernière chose, signez ce papier et nous pourrons commencer immédiatement. »

Je jetais un coup d’œil à ce papier quand il m’interpella :

« – Si vous lisez tout, on n’aura pas fini avant demain ! En gros, c’est un papier qui vous engage au silence, interdit de parler de ce qui se passera ici, et aussi une déclaration comme quoi vous connaissez les risques et que, quoiqu’il arrive, vous ne pourrez pas vous retourner contre nous devant les tribunaux, nous dédouanant de toutes responsabilités en cas de problème de santé futur.

  • C’est… pas très rassurant tout ça pour être honnête.
  • Écouté, je comprends, mais ayez confiance, vous n’êtes pas le premier à servir de « cobaye », je déteste ce mot soit dit en passant, pour notre programme spécial. Personne n’a eu à se plaindre de nous, d’ailleurs vous ne nous connaissiez même pas avant notre prise de contact non ?
  • Non en effet mais si vos cobayes sont forcés au silence…
  • Y en a toujours pour se plaindre, ils s’en fichent d’avoir signé tel ou tel papier. Si on faisait quelque chose de dangereux, vous pouvez être sûr que vous en auriez entendu parler.
  • Oui…
  • Et d’ailleurs, nous ne l’avons pas mentionné dans nos mails mais si vous signez ces closes, votre paix passera à 2 000 €.
  • Ah !
  • Oui ! Ah j’adore vos têtes quand j’annonce cette info !
  • Effectivement…
  • Bon vous signez ou vous rentrez chez vous ? »

Je pris le stylo qu’il me tendait et, un peu anxieux, tremblant légèrement, j’apposai ma signature sur les différents documents.

« – Bien ! Bon cobaye ça ! Allez venez, on va commencer, suivez-moi ! »

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 5

—> Partie 4 https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/30/bienvenue-a-la-cure-de-rien-partie-3/ <—

Je me réveillais allongé dans un lit. J’avais l’impression d’avoir fait la fête toute la nuit. J’avais une soif terrible, la tête lourde et une légère envie de vomir.

Oui, j’étais allongé dans un lit, confortable, la chambre était d’une blancheur à faire mal aux yeux. Une grande fenêtre sur ma droite laissait entrer les rayons d’un soleil voilé par les nuages.

Je fus pris d’une légère crise de panique, car je ne me rappelais plus vraiment où j’étais et comment j’avais fini ici. La mémoire me revint rapidement.

Il y avait un bureau, avec un ordinateur portable fermé dans le coin droit, en face de moi. Dans le coin gauche, une penderie, entre les deux, la porte d’entrée.

À la gauche du lit se trouvait une table et deux chaises avec une jolie vase fleurit par les fleurs que j’avais pu admirer en chemin pour arriver ici.

À droite ma droite, une lampe moderne, design, avec son réveil intégré, un grand verre d’eau que je m’empressais de boire et une note :

« Pour votre réveil !

Désolé pour ce traitement assez difficile, mais pour changer, il faut parfois se faire violence. Vous n’êtes pas notre prisonnier, nous ne sommes pas du Gouvernement Unique. Je suis bien le Docteur Proust, je suis bien là pour vous aider à revivre. Je sais aussi que vous n’êtes pas un agent infiltré.

Disons que notre entretien était certes brutal mais il fallait en passer par là pour être sûr.

Nous ne sommes jamais trop prudent n’est-ce pas ?

Vous, moi-même et tous les gens ici sont en danger, nous nous devons d’être scrupuleux quand nous acceptons un nouveau patient.

Nous avons déjà eu à faire avec des agents essayant de s’infiltrer.

Enfin, reposez-vous, buvez, manger si vous le voulez, un petit en-cas se trouve dans le tiroir de la table de chevet.

Si vous vous sentez d’attaque, vous pouvez tout de suite me demander en utilisant le téléphone incorporé à la lampe de chevet, qui d’ailleurs, fait aussi réveil ! On n’arrête pas le progrès !

N’hésitez pas à vous reposer, j’insiste. Ces dernières heures ont sûrement été les plus mouvementés de votre vie.

En espérant avoir votre confiance, vitale pour votre guérison et votre futur.

Respectueusement, Docteur Gilberte Proust. »

Après avoir lu ces lignes et fini mon verre d’eau, je m’allongeais de tout mon long, j’essayais de reposer mon corps, mes muscles et surtout mes nerfs.

Je savais que j’étais entre de bonnes mains, que je n’étais pas piégé.

Mon esprit vagabonda jusqu’à me rappeler Selena.

Selena ! Elle qui souffre depuis des années, mais qui n’a jamais baissé les bras et qui est maintenant sur la route, encore et toujours.

Une femme… je n’avais jamais pensé aux femmes. Jamais vraiment tombé amoureux, et Selena était la seule femme avec qui j’avais eu une conversation normale, en dehors du travail, depuis des décennies.

Je regardais le téléphone-lampe-réveil. Et si je contactais le docteur Proust pour parler du cas de Selena ? Sûrement, elle avait des contacts avec les autres groupuscules de Divergents, peut-être pourrait-elle la retrouver et l’aider. Ou peut-être pourrai-je l’appeler directement avec le vieux téléphone portable qu’elle m’avait donné dans l’avion…

Mais mon esprit fatigué se rappela à moi, je devais me reposer encore quelques heures pour avoir les idées clairs et détendre mes nerfs encore à vif. Puis, j’aviserai.

Il ne nous reste que ça à faire quand nous avons perdu le contrôle, pour notre propre bien-être, de notre vie, aviser et faire confiance.

Et réfléchir à la suite… car j’étais loin de me douter que je n’étais plus en sécurité, moi et toute la clinique.

À suivre.

Jaskiers