Pensées d’un carnet

Sur mes pages vierges son crayon glisse. Parfois les courbes sont belles, souples, amples. Parfois les lettres sont serrées, les unes contre les autres, aplaties. Elles peuvent parfois être striées, abruptes.

Chaque fois, son écriture est différente. Il appose toujours son encre à la même heure, tous les jours. Racontant les mêmes choses, les journées se répètent, donc souvent les mêmes mots, les mêmes phrases reviennent en boucles.

Ses rêves sont les seuls choses qui apportent nouveautés. Ils se répètent aussi, mais souvent avec des nuances. Ils sont souvent terribles, anxiogènes. Parfois beaux, doux, amoureux et poétiques. J’aime surtout quand ses rêves son curieux, sans queues ni têtes. Il y a matière à rire parfois.

Ses habitudes changent peu, sa vie se répète, toujours, ou presque, la même rengaine, le même refrain. Quand sa routine change, son écriture change, son humeur aussi.

Que c’est triste d’être son journal personnel.

J’aurai préféré être le carnet d’un génie, ou d’un écrivain, ou d’un fou, d’un illuminé, d’un taré. Au moins, j’aurai eu la chance de voir s’étaler sur mes pages des choses vraiment exaltantes, des récits sortant des carcans, jamais une entrée similaire à l’autre. Quelque chose qui me divertirai ! Mais c’est la vie des carnets de notes, on ne choisit pas son propriétaire, comme l’humain ne choisit pas sa famille. C’est en faite eux, les humains, qui nous choisissent. Pourquoi donc ai-je été choisis par cette triste créature ?

Mon format moyen, mon design sobre, l’élastique pour le refermer, une fine lamelle de tissus comme marque-page jamais utilisée. Je n’ai pas de défaut à bien me regarder. Je ne me vante pas, c’est simple un carnet de note, et j’ai été fabriqué pour ça, et plutôt bien.

Ces 5 minutes où l’encre du stylo déverse les pensées du propriétaire qui m’a été déchu sont les seuls moments de la journée où je travail.
Je reproche bien des choses au propriétaire, mais toujours est-il que je travail tous les jours. C’est un bon point. Mais quel ennui de voir les tribulations de l’être humain moderne. On pourrait croire à une évolution constante de sa vie mais non. C’est rare, mais quand ça arrive, c’est chaotique. L’encre se déverse sur mes pages. Jamais il n’a de mots durs envers les autres, il arrive parfois d’y voir quelques plaintes envers autrui mais j’ai surtout le droit de voir sur mon papier une apathie et une haine qu’il dirige envers lui-même. Parfois, je ne vous le dis qu’à vous, il espère, beaucoup, car il a peur d’agir. J’utilise donc la magie de l’écriture pour l’aider dans le monde. Je réalise ses vœux comme je le peux. C’est dur à croire, sûrement, mais nous autres, outils d’écritures, et surtout nous, les supports de ces outils, nous avons le pouvoir de changer les choses, de réaliser des vœux ou des espoirs pour notre propriétaire. C’est quelque chose de magique vous pensez ? Non ! C’est normal, les choses dans le monde se produisent et nous changeons le cours des événements grâce à aux pouvoirs de l’encre et de l’écriture.

Mon propriétaire s’en ai aperçus, il plaide ses demandes avec parcimonie. Je ne peux tout changer mais je fais de mon mieux.

Je fais mon travail. Le travail d’aider mon partenaire, même si il m’ennuie la plupart du temps.

C’est rare pour nous les carnets de notes, de pouvoir nous exprimer.

N’hésitez pas à nous utiliser, ne nous laissez pas à l’écart. Nous sommes fais pour vous servir, pas pour être laissé au fond d’un tiroir ou à prendre la poussière sur une étagère ou un bureau. Et écrivez vrai pour que nous puissions vous aider.

Jaskiers

L’image romantique des outils de l’écrivain.

Il y a de ça peut-être 1 ans et demi, je voulais m’acheter une machine à écrire. J’avais déménagé où je vis actuellement et la machine à écrire Olympia de ma grand-mère n’avait pas pu faire le voyage avec moi. C’était une « moderne », des derniers modèles. Pas un électronique, non, une avec ses rubans d’encres à double couleurs : rouge et noir, avec pleins d’autre touches et petits levier, un chariot impeccable.

Ma grand-mère ne se souvenait plus vraiment comment elle marchait, changer le ruban d’encre, que nous pouvons toujours trouver sur Internet, avait été un sacré défi. Nous avions de l’encre plein les mains. Quand enfin, après une bagarre homme-machine, je vis ma grand-mère appuyer sur une touche, je fus époustouflé !

Voir les tampons se lever, toucher le ruban et percuter le papier, former des mots, comme imprimé à l’imprimante moderne, sauf que là, pas de d’électronique, pas d’informatique, tout ce passait directement, sous mes yeux.

Quand j’essayais à mon tour, je fus surpris par l’exercice, il faut appuyer fort sur ces touches ! Et comme j’étais habitué aux claviers d’ordinateur, je cherchai, par réflexe, la touche supprimé.

Ma grand-mère me dit : Tu peux toujours chercher !

C’était magique de voir mes mots directement imprimés sur du papier, comme si j’écrivais un livre, vraiment. Et ajoutez à cela les bruits caractéristiques des machines à écrire : tac tac tac DING !

C’en était presque hypnotisant, on se laisse bercer par ces bruits, comme un rythme. J’écrivais n’importe quoi. Bien sûr, les mécaniques étaient rouillées, elle n’avait pas fonctionné depuis plus de 20 ans. Malheureusement, les majuscules embrouillaient le ruban et étaient décalées par rapport au reste de la phrase.

Je ne suis pas du tout doué de mes mains, et la mécanique m’est un art inconnus. J’admire ceux qui le maîtrise et en font leur métier. Car si j’avais des connaissances, je me ferai le docteur de ces vielles machines toujours charmantes ! Je réglerai leurs mécanismes comme un horloger suisse ! Mais malheureusement, même si j’avais la connaissance, il me faudrait une certaine aisance manuelle, ce que je n’ai pas.

Et je m’imagine ces écrivains, à l’ancienne, les Hemingway (évidemment, Ernest considérait la machine en écrire comme sa psychiatre…), les Steinbeck, Faulkner, Jack Kerouac, Françoise Sagan, Hunter S. Thompson, Stephen King, et j’en passe évidemment, taper sur leurs machines, absorbés par leur art, leur artisanat. Oui artisanat, j’ose le mot. La machine à écrire était (et reste d’ailleurs) un outil. Quelque chose de physique, qui quant on l’utilise fait du bruit. Comme une perceuse, un marteau. Il y a cette image romancée que nous devons, je présume, tous avoir eu un jour, de ces grands noms de la littérature contemporaine, une cigarette au bec, un verre de whisky et les mains pianotant sur ces machines tellement esthétiques.

Et remontons à l’époque de la plume et de l’encre tant que nous y sommes !

Imaginez Victor Hugo, ou Alexandre Dumas, Emily Dickinson, avec leurs plumes et leurs encriers. Si vous avez la chance d’avoir des vielles lettres de vos grands parents, regarder leur écriture ! Les lettres sont sublimes, c’est de l’art, du dessin, les mots sont dessinés !

Imaginez ces écrivains à la lumière des bougies ou des vielles lampes à huile, dans un silence total, assit dans un bureau éclairé par une flamme vacillante, donnant un air de roman gothique à leur environnement de travail. Et ce silence, cette plume qui glisse sur le papier, ces gestes. Même les ratures sont belles ! Enfin je me répète…

Et qu’avons nous maintenant ? J’écris mes articles sur mon smartphone, je n’ai pas d’ordinateur. Quand j’écris, je donne l’impression d’envoyer des sms, d’un type collé à son téléphone. Rien de cela si j’écrivais sur une Remington, rien de cela avec une plume. Bien sûr, je peux écrire n’importe où, mais je doute que « Les misérables » ait été écrit dans un wagon de métro.

Qui viendrait déranger une personne derrière sa machine à écrire ? Ou couchée sur sa feuille ?

On n’hésiterait pas à déranger quelqu’un qui tape sur son téléphone ou sur son clavier d’ordinateur. Pourquoi ? Parce que ce sont des outils de divertissements. Bien sûr on utilise des ordinateurs pour le travail (vive le tout numérique ! Mais pas trop car le site est « surchargé » et qu’il y a des « bugs »), mais je doute qu’en dehors de votre lieu de travail, votre ordinateur ne vous serve QUE pour travailler.

Rien de romantique à voir quelqu’un taper sur le clavier de son ordinateur hors de prix. C’est banal, plat, aucune magie. Évidemment, la technologie simplifie les choses. Le correcteur automatique me rend de bon service. Je peux partager mes écrits avec le monde entier. Mais même ceci à de mauvais côtés. L’autocorrection de mon logiciel de traitement texte est parfois énervant, je n’apprends pas vraiment de mes fautes et ne m’empêche pas de faire des fautes d’accords et autres joyeusetés de la langue française. Partager mes textes avec le monde entier est intéressant, une grande opportunité mais il manque quelque chose.

Le contact humain est biaisé par le contact électronique. Tout va plus vite et plus facilement, tout se dégrade plus vite et change, change à une vitesse telle que ce qui ne peuvent (ou ne veulent) pas suivre finissent sur le bas côté.

Je suis un amateur de vielles choses, d’ailleurs les brocantes me manquent. J’aime les vieux objets, les vieux instruments, les choses utilisées par des mains expertes, ou fabriquées par ces dernières.

Je suis un vieux de bientôt 28 ans, j’aime peut-être ces choses d’un autre temps car mes grands-parents étaient des artisans, ou peut-être qu’à force d’entendre dire « c’était mieux avant », je cherche dans ces objets une époque plus simple, plus belle, avec un sens.

Peut-être ne trouverai-je rien, et dans ce cas, tant pis. J’écris cette dernière phrase avec devant moi deux énormes tomes d’« À la recherche du temps perdu » de Proust. Proust avec sa plume à écrit tout ceci. Pas de logiciel de traitement de texte, pas de raccourci, de copier-coller, de recherche instantanée de mots. Sûrement une pile de feuilles immense dans lesquelles il devait se perdre, les doigts tachés d’encres. Et presque une centaine d’année plus tard, un vieux de 28 ans se plaint que la vie est devenue trop facile d’un côté et trop difficile de l’autre.

Le temps peut être perdu mais il a la curieuse habitude aussi de se répéter. N’est-ce pas fascinant ?

La vie est un éternel recommencement.

Mon obsession du temps…

Jaskiers

La mare (inspiré de « Circé » par Madeline Miller)

Le plongeons avait été exécuté avec style et finesse et même une certaine élégance. Du moins Seid espérait que Helia l’ai considérée ainsi.

Il remonta à la surface, rejeta sa tête en arrière pour enlever les cheveux collés devant ses yeux.

« – Elle est bonne ? Lui demanda Anxion.

  • Ça peut aller ! Allez venez !
  • Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, dit Helia.
  • Mais arrête de t’inquiéter et viens !
  • On dit des choses bizarres sur cet endroit.
  • Mais non, regarde, c’est une étendu d’eau au milieu d’une forêt, tout simplement !
  • Mais ces histoires de sorcières…
  • Des trucs de bonnes femmes allez ! Ai confiance en moi. »

Seid essayait de gagner des points, il lui avait montré son courage en plongeant dans la mystérieuse petite étendue d’eau et maintenant, il essayait de lui montrer qu’elle pouvait lui faire confiance.

« – Tu viens Anxion ?

  • Je sais pas trop, moi aussi ça me fais flipper.
  • Une histoire de sorcière ? Sérieusement ? Vous vous croyez dans Blair Witch Project ?
  • Non… mais là c’est vrai, tout ces accidents dans cette forêt dont on entend parler depuis tout petit.
  • C’est parce que y’a beaucoup de monde qui vient, c’est proportionnel, plus il y a de personne, plus le nombre d’accident est important.
  • Ouai mais on parle de suicides, de cris la nuit, de personne disparues sans laisser de traces. Les flics viennent ici à cause de ces trucs. Genre y’a eu des enquêtes Seid », rétorqua Helia.

Seid nagea jusqu’à avoir pied, il se redressa et cria :

« – Hey sorcière de mes deux ! Jettes moi un sort vas-y !

  • Ouai, essaie de lui donner un cerveau ! éructa Anxion.
  • Arrêtez vos conneries ! Je crois que je vais y aller. Vous avez pas l’impression qu’on nous observe ?
  • Et la sorcière, ça vas, tu te rinces bien l’œil ?
  • Putain Seid y’a un truc sur tes épaules ! »

Aux mots de Helia, Seid tourna la tête et regarda ses épaules. Il passa sa mains sur ce qui semblait être une algue qui s’était collée sur sa peau. Il sentit à la place une croûte sèche et dure, marron, qui gonflée à vue d’œil.

« -Ça doit être une allergie, l’eau est degueulasse ! » Remarqua Anxion. 

Seid regarda son autre épaule, la même croûte gonflée. Il passa sa main dessus est frotta. C’était comme frotter une pierre, rien ne s’enlever.

« -Putain c’est quoi ce bordel !

  • J’vous l’avez dis putain, dit Helia.
  • J’arrive pas à enlever ce putain de truc !
  • Mec regarda à tes cuisse ! fit remarquer Anxion. Ta peau devient verte !
  • Mais c’est quoi se bordel putain ! »

Seid sortit de l’eau, fouilla dans les poches de son jean, y sortit son cran d’arrêt.

« -Qu’est-ce que tu fou Seid.

  • C’est accroché à moi, j’vais l’enlever !
  • Fais pas ça, dit Helia en pleurant.
  • C’est rien, c’est Jooooooollste. »

Ils se regardèrent tout les trois, les mots qui sortaient de la bouche de Seid n’était plus que des sons rauques.

« -Goooooooooooooak.

  • Arrête tes conneries Seid ! Regardes tu fais paniquer Helia !
  • Bwwwoooooooooog. »

Les croûtes ne grossissaient plus mais s’étendaient sur le long de ses bras et de ses jambes. Ses yeux devenaient jaunes.

Seid tendit son couteau à Anxion et par gestes, lui fit comprendre d’essayer d’enlever les croûtes avec le canif.

D’une main tremblante et en gardant une certaine distance, Anxion prit le couteau et l’enfonça entre la peau et une des croûtes. Il enfonça la lame.

« -Weeepooooot

  • Putain de merde ! Tu saigne vert mec ! »

Seid regarda son bras ensanglanté d’une substance verdâtre.

« -Gwak gwak gwak ! »

Ses genoux se plièrent brutalement, les cuisses écartées. Les croûtes prenaient des teintures verdâtres, tachetées de formes noirs.
Sa tête semblait s’aplatir et sous son menton, sa gorge gonfla. Ses doigts tombèrent en lambeaux, remplacer par de la peau. Ses côtes émirent un bruit terrible de craquement, comme si quelqu’un avait sauté sur un tas de branches sèches.

Il se pencha en avant, son dos s’arrondissant. De sa bouche, qui était maintenant étirée d’une oreille à l’autre, sortait des sons rauques et des gémissements de ce qui semblait être des cris de douleurs.

Helia et Anxion partirent en courant.

Les membres de Seid rétrécirent, son corps entier était remplis d’une peau gluante, verdâtre. Il faisait maintenant la taille d’un cailloux.

« -Croak! »

Circé ramassa le crapaud, et lui posa un baiser entre les yeux.

« – J’ai entendu dire que dans une de vos légendes que si on embrassait un crapaud, il se transformerait en prince charmant. Et bien moi, j’ai fais l’inverse ! »

Jaskiers