Dante’s Dusty Roads – Chapitre 7

« -T’as une cigarette monsieur ?

  • Euh…
  • Mens pas, j’t’ai vu sortir de chez Marco.
  • Ouai, vous.. vous en voulez une ?
  • Bah si j’te demande à ton avis ! »

Rand sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une.

« -Tu pourrais m’en donner deux ou trois autres hein, yankee, on s’fait pas chier on dirait ! Radin.

  • Oh bah… Rand bafouillait en tendant deux autres cigarettes. On fait aller.
  • Ouai. Le barbu hirsute tapota avec le plat de la main sur le toit de la voiture. Une sacrée allemande !
  • Ouai…
  • Et comment ça va New-York ? Tiens, passe ton feu s’t’e plait.

New-York ? Mais comment il sait que… peut-être que cela se voit sur ma ganache… Ah non ! Mes plaques d’immatriculation…

  • Bah ça va… New-York quoi…
  • Dans quel quartier à New-York ?
  • Hell’s Kitchen.
  • Sans déconner !
  • Non… enfin oui… enfin.
  • J’ai vécu là-bas mec !
  • Ah !
  • Ouai mon gars. Il balança le briquet au visage de Tom.
  • Vous avez vécu longtemps là-bas ?
  • Cinq ans.
  • Ah… c’était y’a longtemps ?
  • Une bonne quinzaine d’année ouai. J’y vivais avec mon ex-femme.
  • Ah… vous avez quitté la Grosse Pomme après le divorce ?
  • Divorce ? AH ! Non elle est morte donc j’me suis barré.
  • Désolé, mes condoléances.
  • Désolé de quoi ? J’ai pris la thune et puis j’me suis barré ! »

Oui, et maintenant t’es là, à quémander des clopes à des inconnus dans la rue…

« -Bon, je crois que je vais repartir sur la route, moi. Enchanté d’avoir fait votre connaissance.

  • Où ?
  • Comment ?
  • Repartir pour où ?
  • Euh… Lawton.
  • Ah…
  • Je vous souhaite le meilleur.
  • Attendez une minute. Vous vous foutriez pas un peu de not’ gueule ?
  • Pardon ?
  • Z’avez dit à Peter que vous partiez pour Forgan dans vot’ ranch réaménagé ! »

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 9

Je décidais d’y aller en courant, comme je l’avais fait pour revenir. J’arrivai en avance, ne sonna pas à l’interphone, ne me dérangea pas à fixer du regard la caméra pour m’identifier. J’eus juste à pousser la poignée de la porte et cette dernière s’ouvrît devant moi, les pênes se brisèrent et le bruit de leur chute sur le sol carrelé raisonna dans l’immense hall d’entrée.

« – Hey docteur ! Votre cobaye est arrivé ! Et il est impatient, impatient de parler des résultats de votre expérience. »

Mes mots aussi raisonnèrent, je savais qu’il me voyait et m’entendait car tout semblait sécurisés dans ce bâtiment. Je repérais une caméra de surveillance, fit un geste amical de la main et pointa ma montre en signe d’impatience.

« – Bonjour cobaye ! »

La voix du docteur se fit entendre par des hauts parleurs. Je m’attendais à de la peur mais pas à de la lâcheté pour un homme de science.

« – Montrer vous doc’ ! Croyez-moi, vous aurez envie de voir ce que je suis devenu grâce à vous ! 

  • Est-ce… une bonne chose ?
  • Ce que je suis devenus ?
  • Oui !
  • Et bien venez vous faire votre propre avis !
  • Vous me paraissez bien agité cobaye ! La destruction de la porte d’entrée blindée sera retenu sur votre rémunération !
  • Oh ! Il n’y a rien dans le contrat que j’ai signé stipulant ce genre de chose docteur ! Mais ce n’est qu’une porte, vous devriez voir ce dont je suis capable grâce à vous !
  • Oh mais quel empressement ! Quel changement effectivement !
  • N’est-ce pas ? Venez voir de plus près !
  • Oh mon garçon ! Pas besoin d’être si pressé ! Dans une expérience il faut observer, avoir de la patience !
  • D’accord, mais… »

John, son homme de main, sortit d’une des portes latérales de gauche et se précipita sur moi. J’avais attendu ce moment depuis plusieurs jours.

Il sortit une matraque télescopique et m’attaqua avec. Je dressai mon avant-bras gauche pour me protéger, la matraque percuta mon bras et elle éclata en plusieurs morceaux. Je ne laissai pas le temps à John de comprendre et lui envoyai un direct du droit en plein nez. Je sentis le cartilage de son nez craquer, je lui envoya un coup de poing avec mon poing gauche dans le ventre. John s’affaissa par terre, à genoux. Je mis un terme à ses souffrances en frappant sa tête d’un coup de pied. Sa nuque fit un bruit de branches séchées sur lesquelles on aurait sauté.

John, allongé sur le dos, la tête dans une position étrange émît un râle rauque, du sang sortait de sa bouche et de ses oreilles. Il agonisait.

« – Docteur ! J’ai besoin d’un autre cobaye ! Le vôtre n’était pas très solide ! »

Le docteur ne répondit pas. Une alarme se mit à gémir.

D’instinct, je me précipitais vers une des portes latérales de gauche, celles où je n’étais jamais allé, celles par où était sorti John. Je pensais que c’était de ce côté que les scientifiques créchaient. Les portes de droites étant sûrement réservées à leurs expériences.

Je me retrouvais dans un couloir similaire à celui où j’avais été torturé. Je pensais qu’ici serait un bon endroit pour une bagarre si plusieurs sbires du docteur se rameutaient, étant dans un couloir plutôt étroit, ils ne pouvaient m’attaquer à plusieurs à la fois.

J’ouvris quelques portes, au petit bonheur la chance. Toutes les portes semblaient mener à des chambres. Des chambres avec lit, table de travail scientifique avec éprouvettes, écrans de surveillance et tutti quanti. J’étais bel et bien dans le quartier où les docteurs et scientifiques observaient et travaillaient sur leurs projets.

Je tombais sur un pauvre hère en caleçon, le crâne chauve avec de fine lunettes.

« – Bonjour monsieur, je suis de la sécurité. Pouvez-vous m’indiquer où se trouve le docteur ?

  • Lequel ?
  • Le docteur qui fait des expériences avec la baignoire.
  • Ah… »

Je sentis que ce monsieur avait compris que je n’étais pas de la sécurité. Il se jeta sur moi. Je l’attrapai par les épaules et le souleva de terre.

« – Monsieur, je suis là pour votre sécurité, le docteur a besoin d’aide, et d’ailleurs vous aussi. Je dois vous amener à la salle de sécurité. »

J’essayais de reprendre mon mensonge histoire de ne pas perdre trop de temps. Et plus les mensonges sont gros, plus les gens ont tendance à les croire. Mais il me regardait, terrorisé.

« – Monsieur ! Nous n’avons pas le temps d’attendre, dites-moi où est le doc’!

  • Su… sûrement dans sa chambre !
  • Quelle chambre ?
  • Au bout de ce couloir.
  • Porte de droite ou de gauche.
  • Gau… gauche ! »

Je reçus comme un coup de poing dans les reins accompagné d’un bruit sourd. Je lâchais le pauvre homme et me retourna pour voir le docteur, un pistolet dans les mains.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 8

Je pris un couteau de cuisine et m’ouvris la paume de ma main gauche. Aucune douleur, seulement une pression, mon corps n’acceptait plus la douleur mais envoyait quand même à mon cerveau un signal avec ce ressenti de pression.

Je regardais ma paume ouverte, le sang couler et une croûte se former, là, sous mes yeux ! Le processus de cicatrisation se déroulait à une vitesse incroyable, toujours sans douleur, c’était fascinant de voir mon corps se soigner. En moins de deux petites minutes, l’entaille avait disparu de ma main, même pas de cicatrice, plus rien.

J’étais vraiment devenu une sorte de super-héros, je me demandais si je pouvais voler, oui c’est une pensée qui vous vient à l’esprit quand vous comprenez que vous êtes désormais doté de super-pouvoirs et que vous êtes gavé de films Marvel et DC.

Je ne tentais pas le diable à sauter par la fenêtre de mon immeuble. J’aurais pu le faire, m’éclater par terre et me relever comme si de rien n’était. Mais je ne voulais pas montrer publiquement ce dont j’étais désormais capable.

Je ne voulais pas finir cobaye dans un laboratoire secret du gouvernement.

Cobaye… à cette réflexion une idée germa dans ma tête. Et si j’allai rendre visite au docteur et à son petit ami John ? Et si, je n’étais pas le seul à être devenus super-humain ?

J’écartais cette dernière réflexion de ma tête, je devais être le seul car sinon, j’aurais entendu parler aux infos d’un fou furieux invinsible qui saccageait tout sur son passage. Je me pensais plus sage, un autre que moi se serait fait remarquer. Moi, j’allais la jouer fine.

J’allais demander quelques explications au docteur et lui passer l’envie d’expérimenter. J’allai l’avertir que, maintenant que j’étais devenu ce surhomme, je ne me laisserai plus prendre pour d’autres expériences. Et que son projet, quel qu’il a pu être, qu’importe son but précis, s’arrêtait là, avec moi.

Je décidais d’attendre jusqu’à la semaine prochaine, jusqu’à mon jour de « travail », avant d’entreprendre quoique ce soit. Je mentirais si je disais que je n’avais pas envie d’aller tout de suite aller trouver mon cher tortionnaire et son cher acolyte pour lui faire constater les résultats de ses expérimentations. Mais j’attendis une semaine, au cas où mon état redeviendrait comme avant.

Mais la semaine se passa sans changement dans mon état, je mangeais car j’en avais l’habitude, mais la faim ne me tiraillée jamais, ni la soif. Je dormais, je me forçais à dormir en prenant des somnifères qu’une amie m’avait dépannés. Je n’avais aucune envie de dormir et pas besoin non plus. Le problème était que je n’avais jamais de pauses. J’étais tout le temps conscient, toujours à réfléchir, à penser. C’était effrayant d’être toujours éveillé. Les somnifères ne me firent pratiquement rien du tout. Mon sommeil, si j’ose l’appeler comme tel, n’était qu’en faite de longs moments de méditations.

Les cours étaient devenus simples, je retenais au mot près, chaque chose émises par mes professeurs. Je venais les mains vides en cours, mes amis hallucinaient de ce changement. J’étais un élève moyen toute ma vie, mais là, mes partiels étaient un jeu d’enfant.

Mais le plus étonnant pour moi, c’était ma forme physique. Comme je l’ai mentionné plus haut, je n’étais jamais fatigué, et j’avais une force impressionnante. Je n’ai jamais vraiment fait de sport en dehors de l’école, je n’avais aucun intérêt pour l’activité physique. Mais tous les jours, je constatais une progression dans ma force brute. Je cassais les poignées des portes de mon appartement à simplement appuyer dessus pour les ouvrir. Les poignées me restaient dans les mains. Les verres éclataient sous la pression de mes doigts, j’enfonçais les touches de mon ordinateur et elles finissaient encastrées dans le clavier, qui devint d’ailleurs inutilisables. Les petites choses du quotidien me demandaient de faire attention à ma force.

Ma journée de travail arriva et j’étais pressé de montrer au professeur ce que j’étais devenu. Une sorte de super-homme.

Après avoir passé une nuit à méditer, je me levais pour enfin régler mes comptes avec mon bourreau.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 3

De grande taille, les yeux bleus perçants, les cheveux poivre et sel, une barbe finement taillée de même couleur, la peau hâlée, des pattes d’oies sur les yeux et un sourire rassurant, voici qui était mon référent, comme il me demanda de l’appeler. Ce fut la première chose qu’il me dit :

« – Eugène Zweik je présume ! Je suis votre référent ! Appelez-moi comme cela d’ailleurs. Oh, et bienvenue ! Suivez-moi, ne perdons pas de temps avec les présentations et les politesses, car le temps joue contre la science et la médecine, le temps joue contre tout ! »

Je ne lui répondis pas. Son ton, amical mais aussi déterminé ne me laissa pas le temps de lui dire quoi que ce soit et je le suivais par une des portes de droite.

Une fois franchis cette porte, nous nous retrouvâmes dans un long couloir, toujours aussi blanc avec ces mêmes portes sur les murs, placé pareillement, à droites et à gauches, symétriquement et espacées avec la même régularité que celles du hall. Je n’eus pas le temps de voir jusqu’où pouvait bien aller ce couloir, à première vue il était immense car je n’en vis pas la fin.

Mon référent en ouvrit une, sur la droite encore, m’emmena par le bras jusqu’à une table d’osculation. Il me demanda, ou plutôt m’ordonna, de retirer ma veste puis me mit un brassard sur le biceps gauche, glissa son stéthoscope sous le brassard et prit ma tension. Puis il mesura ma taille en me plaquant sur un des murs d’une main ferme. Enfin, il me demanda de monter sur la balance pour noter mon poids.

Il rejoignit ensuite son bureau et m’invita à m’assoir en face de lui.

« – Bien parfait. Une dernière chose, signez ce papier et nous pourrons commencer immédiatement. »

Je jetais un coup d’œil à ce papier quand il m’interpella :

« – Si vous lisez tout, on n’aura pas fini avant demain ! En gros, c’est un papier qui vous engage au silence, interdit de parler de ce qui se passera ici, et aussi une déclaration comme quoi vous connaissez les risques et que, quoiqu’il arrive, vous ne pourrez pas vous retourner contre nous devant les tribunaux, nous dédouanant de toutes responsabilités en cas de problème de santé futur.

  • C’est… pas très rassurant tout ça pour être honnête.
  • Écouté, je comprends, mais ayez confiance, vous n’êtes pas le premier à servir de « cobaye », je déteste ce mot soit dit en passant, pour notre programme spécial. Personne n’a eu à se plaindre de nous, d’ailleurs vous ne nous connaissiez même pas avant notre prise de contact non ?
  • Non en effet mais si vos cobayes sont forcés au silence…
  • Y en a toujours pour se plaindre, ils s’en fichent d’avoir signé tel ou tel papier. Si on faisait quelque chose de dangereux, vous pouvez être sûr que vous en auriez entendu parler.
  • Oui…
  • Et d’ailleurs, nous ne l’avons pas mentionné dans nos mails mais si vous signez ces closes, votre paix passera à 2 000 €.
  • Ah !
  • Oui ! Ah j’adore vos têtes quand j’annonce cette info !
  • Effectivement…
  • Bon vous signez ou vous rentrez chez vous ? »

Je pris le stylo qu’il me tendait et, un peu anxieux, tremblant légèrement, j’apposai ma signature sur les différents documents.

« – Bien ! Bon cobaye ça ! Allez venez, on va commencer, suivez-moi ! »

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 1

J’étais comme beaucoup d’étudiant, fauché. Rien de nouveau à ça, et comme beaucoup d’entre eux, il me fallait trouver un gagne-pain pour payer mon prêt étudiant et, surtout, pour régler mon loyer, mes factures et manger.

J’écumais les sites de recherches d’emplois, j’avais inscrit mon mail dans plusieurs de ces sites et je trouvais parfois des offres intéressantes, mais mes envoies de CV avec lettres de motivations restaient lettres mortes. Je commençais à me résigner, à me dire que finalement, travailler dans un fast-food, me bruler les doigts dans l’huile, rester coincé dans le réfrigérateur, et sentir la frite n’était pas si mal que ça, peut-être même n’aurai-je plus besoin d’aller à la Banque Alimentaire pour me nourrir. J’étais à un jour ou deux de craquer quand j’ai reçu un mail me proposant 1 800 euros pour juste une journée de travail par semaine. Et ce pendant un maximum de deux mois.

Gagner 1 800 euros en une journée, c’était incroyable, impensable presque. Trop beau pour être vrai, mais laissez-moi vous parler de ce « job ».

Cobaye pour une entreprise pharmaceutique.

Pas le droit de parler de ce que j’allais voir et vivre là-bas. Je ne « travaillerai » qu’un jour par semaine, l’étude ne durant que 2 mois, soit en tout, 8 jours de travail.

Le mail ne demandait rien de plus qu’une personne « relativement jeune et en bonne santé ». Je pense qu’à 20 ans, on est « relativement » jeune, et surtout, j’avais la santé.

J’ai donc envoyé ma candidature sur leur site, site des plus basiques, comme les vieux sites des années 2000. Le formulaire était aussi formel que n’importe quel autre sauf qu’il n’y avait pas besoin d’envoyer de CV ni de lettres de motivations. Je recevrai un deuxième mail pour savoir si j’étais pris dans 24h et aucun, si je n’étais pas sélectionné.

J’attendais patiemment en jouant sur ma console quand le bruit d’une notification mail m’avertit sur mon smartphone.

Même pas 5 heures après ma candidature, je recevais le mail de confirmation !

J’étais extatique ! Fini les fins de mois difficile pour quelque temps, je pourrai même mettre de côté une somme conséquente pour le remboursement de mon prêt étudiant.

Le mail m’indiquait, outre le fait que l’entreprise était très heureuse et impatiente de commencer à travailler avec moi, que je pourrai commencer le lendemain !

De fauché à 1 800 euros en une journée ! Nous étions en semaine, j’allai rater des classes mais je pouvais les rattraper grâce à nos classes « en lignes » qui permettait aux étudiants, qui rater des cours à cause de leur travail, de pouvoir rattraper un peu ce qu’ils avaient manqué.

J’avais juste à envoyer un mail à une autre adresse mail confirmant ma venue. Ce que je fis.

Je dormis peu, car j’étais légèrement angoissé. Bien sûr, « cobaye médical » ne semblait pas être nécessairement une partie de plaisir. J’avais peur des répercutions sur mon corps, le fait de ne pouvoir travailler, en tout et pour tout, seulement 8 jours m’inquiétait. Je présumais que ce que subirais en tant que cobaye n’était sûrement pas rien. Mais après tout, on ne crache pas sur 1 800 € en une seule journée quand le temps nous est compté et que nous sommes fauchés n’est-ce pas ?

Je pense avoir dormi peut-être 3 heures d’un sommeil agité. Mon inconscient m’envoyait des messages inquiétants. Mon corps et mon esprit avaient peur. Et ils avaient raisons. Peut-être est-ce cela « l’instinct », peut-être qu’après tout, nous avons tous ce pouvoir de sentir quand quelque chose ne va pas même si on ne le voit pas.

J’aurais dû m’écouter. Quoique, en y réfléchissant bien…

Jaskiers

J’ai fait un mauvais rêve… ou un bon cauchemar. (Billet onirique ?)

C’était bien la première fois depuis longtemps, en faite, depuis toujours que je m’étais réveillé avec l’impression que j’étais heureux d’être vivant. Dans ma vie courante, ce sentiment, je ne l’avais pas eu depuis longtemps.

Il m’a fallu ce « rêve » pour réaliser, non, ressentir, le temps de quelques secondes, que je devrais profiter de la vie et arrêter de me tracasser pour un rien.

Mais ce sentiment est venu quelques minutes après mon réveil, j’étais secoué par le cauchemar que je venais de faire.

Voici le rêve que j’ai fait durant la nuit du 03/06/2022 au 04/06/22 :

J’étais dans un hôpital avec une perfusion dans le bras. J’avais un cancer en phase terminal et j’allai mourir d’une minute à l’autre.

Cancer de quoi ? Je n’en sais rien, je me rappelle avoir mal à la cuisse gauche, j’étais épuisé et terrorisé d’attendre la mort.

Je sais qu’il y a plus de détails de ce rêve mais ils sont passés aux oubliettes de ma mémoire. Vous savez, quand vous avez fait un rêve dont vous ne vous souvenez pas mais que les sensations que vous a laissées ce dernier vous tenaille la poitrine et hante vos pensées… C’est frustrant de ne pas pouvoir se souvenir. Le corps, lui s’en souvient, mais l’esprit a décidé qu’il fallait l’oublier.

Je me rappelle l’attente terrible de ma dernière seconde de vie. Puis, je suis sortie de l’hôpital pour faire une dernière balade avant ma mort.

Le soleil reflétait ses rayons sur une des façades de l’hôpital, comme si les vitres de ce dernier étaient des miroirs.

Je vis mon père, maigre, la peau jaunie et tout aussi épuisée que moi, me rejoindre. Je ne me rappelle plus du tout de ce dont nous avons parlé.

Pour information, mon père est mort d’un cancer.

Puis, je retournais dans ma chambre, seul. Un tout petit peu moins terrorisé.

Mais l’attente et surtout cette douleur qui se propageait dans mon corps reprît sa terrible emprise.

Et je me suis réveillé, en sueur, le cœur battant. Puis, j’ai allumé une cigarette pour décompresser et c’est là que j’ai ressenti cette sensation d’être en vie, relativement en bonne santé (ironique de dire que je fumais en même temps d’avoir cette pensée…) et qu’il fallait que j’arrête de me monter la tête pour des petits riens. Et puis, les réminiscences du rêve-cauchemar revinrent me hanter.

J’ai, à l’époque où j’écris cet article, c’est-à-dire le jour même de ce cauchemar, lu pas mal sur la vie de Jim Morrison, sur sa philosophie de vie. Je lisais le « Photojournal » de Frank Lisciandro sur sa relation avec Jim. Il parlait dans ce livre des écrits de Jim sur ses rêves et cauchemars qu’il avait pour habitude d’écrire sur ses carnets notes. Morrison portait une attention particulière à ses rêves, au monde onirique. Je l’ai lu dans sa poésie et on peut l’entendre dans la musique des Doors.

De plus en plus, je remets en question la vie, pas MA vie mais LA vie. Je commence à être persuadé que nous ne voyons qu’une infime partie de notre monde, que la vie a des mystères, des choses puissantes, peut-être peut-on parler de dimensions ou de plusieurs mondes, parallèles au notre. Des choses invisibles, des choses dont nous perdues la capacité de voir et ressentir.

Je pense aux Indiens d’Amérique, aux Égyptiens de l’Egypte antique, ils semblent qu’ils avaient une vision différente, ou mieux, une relation différente avec notre monde. Évidemment, pour les Égyptiens de l’antiquité, cette réflexion est étoffée de toute cette culture connue dans le monde entier, mais les Indiens d’Amériques, bien que martyrisés, mal traités encore aujourd’hui, ont gardé la sagesse, certains rites et secrets qu’ils protègent depuis je ne sais combien de milliers d’années mais qui reste, je pense, trop inconnus du grand public. J’aimerais parler avec l’un d’entre eux. Nous ne pouvons juger de leurs visions du monde car leur peuple, coutumes, croyances, rites, existent depuis des millénaires, enfin je présume. Ils savent, leurs ancêtres savaient des choses sur notre monde, des facettes que nous avons oubliées.

Ce rêve était peut-être une mise en garde ; ne pas trop chercher ce que je ne pourrai pas supporter. Ou peut-être est-ce l’inverse, une sorte de renaissance. Ou bien, c’était juste un rêve.

Un rêve qui m’a marqué. Je fais souvent des rêves, je les écris sur mes carnets depuis presque 8 ans maintenant. Mais j’avais envie de partager ce rêve avec vous car, au fond de moi, je le trouve important. J’entamerai, bientôt je l’espère, des lectures pour ouvrir un peu mes horizons et m’éclairer un peu sur ce monde qui cache à nos yeux des facettes oubliées. C’est peut-être aussi ça le problème, nous ne pensons et croyons qu’avec les yeux. Jim Morrison l’écrivait, nous sommes dépendants des yeux, ils nous offrent un monde, un seul et nos autres sens sont dominés par eux. Je pense qu’il nous faut nous reconnecter à la nature, à notre nature pour pouvoir découvrir le reste et nous émanciper de la dictature de la vue.

Je parle comme si j’étais fou. Et je le suis un peu. Et je revendique que les fous ont peut-être raison. Peut-être voient-ils quelques choses que le commun des mortels ne voit pas où ne veut pas voir et réprime ces fous. Avons-nous peur d’eux parce qu’ils sont fous ou parce qu’ils voient des choses que nous ne pouvons pas voir ni comprendre ? Peut-être que ces fous sont devenus fou car ce qu’ils ont découvert, les choses dont ils ont fait l’expérience les ont laissés sur le carreau. Parce que nous avons oubliés que l’existence est autre chose que le monde physique et observable à l’œil.

Suis-je à la recherche de la Vérité comme Proust, enfant, dans le jardin de grand’tante Léonie à Combray ? Et, qu’en saurais-je que j’ai trouvé cette Vérité ?

À la recherche d’un monde plus juste, doux qui a un sens. Que nous ne pouvons avoir mais qui est là.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 5

—> Partie 4 https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/30/bienvenue-a-la-cure-de-rien-partie-3/ <—

Je me réveillais allongé dans un lit. J’avais l’impression d’avoir fait la fête toute la nuit. J’avais une soif terrible, la tête lourde et une légère envie de vomir.

Oui, j’étais allongé dans un lit, confortable, la chambre était d’une blancheur à faire mal aux yeux. Une grande fenêtre sur ma droite laissait entrer les rayons d’un soleil voilé par les nuages.

Je fus pris d’une légère crise de panique, car je ne me rappelais plus vraiment où j’étais et comment j’avais fini ici. La mémoire me revint rapidement.

Il y avait un bureau, avec un ordinateur portable fermé dans le coin droit, en face de moi. Dans le coin gauche, une penderie, entre les deux, la porte d’entrée.

À la gauche du lit se trouvait une table et deux chaises avec une jolie vase fleurit par les fleurs que j’avais pu admirer en chemin pour arriver ici.

À droite ma droite, une lampe moderne, design, avec son réveil intégré, un grand verre d’eau que je m’empressais de boire et une note :

« Pour votre réveil !

Désolé pour ce traitement assez difficile, mais pour changer, il faut parfois se faire violence. Vous n’êtes pas notre prisonnier, nous ne sommes pas du Gouvernement Unique. Je suis bien le Docteur Proust, je suis bien là pour vous aider à revivre. Je sais aussi que vous n’êtes pas un agent infiltré.

Disons que notre entretien était certes brutal mais il fallait en passer par là pour être sûr.

Nous ne sommes jamais trop prudent n’est-ce pas ?

Vous, moi-même et tous les gens ici sont en danger, nous nous devons d’être scrupuleux quand nous acceptons un nouveau patient.

Nous avons déjà eu à faire avec des agents essayant de s’infiltrer.

Enfin, reposez-vous, buvez, manger si vous le voulez, un petit en-cas se trouve dans le tiroir de la table de chevet.

Si vous vous sentez d’attaque, vous pouvez tout de suite me demander en utilisant le téléphone incorporé à la lampe de chevet, qui d’ailleurs, fait aussi réveil ! On n’arrête pas le progrès !

N’hésitez pas à vous reposer, j’insiste. Ces dernières heures ont sûrement été les plus mouvementés de votre vie.

En espérant avoir votre confiance, vitale pour votre guérison et votre futur.

Respectueusement, Docteur Gilberte Proust. »

Après avoir lu ces lignes et fini mon verre d’eau, je m’allongeais de tout mon long, j’essayais de reposer mon corps, mes muscles et surtout mes nerfs.

Je savais que j’étais entre de bonnes mains, que je n’étais pas piégé.

Mon esprit vagabonda jusqu’à me rappeler Selena.

Selena ! Elle qui souffre depuis des années, mais qui n’a jamais baissé les bras et qui est maintenant sur la route, encore et toujours.

Une femme… je n’avais jamais pensé aux femmes. Jamais vraiment tombé amoureux, et Selena était la seule femme avec qui j’avais eu une conversation normale, en dehors du travail, depuis des décennies.

Je regardais le téléphone-lampe-réveil. Et si je contactais le docteur Proust pour parler du cas de Selena ? Sûrement, elle avait des contacts avec les autres groupuscules de Divergents, peut-être pourrait-elle la retrouver et l’aider. Ou peut-être pourrai-je l’appeler directement avec le vieux téléphone portable qu’elle m’avait donné dans l’avion…

Mais mon esprit fatigué se rappela à moi, je devais me reposer encore quelques heures pour avoir les idées clairs et détendre mes nerfs encore à vif. Puis, j’aviserai.

Il ne nous reste que ça à faire quand nous avons perdu le contrôle, pour notre propre bien-être, de notre vie, aviser et faire confiance.

Et réfléchir à la suite… car j’étais loin de me douter que je n’étais plus en sécurité, moi et toute la clinique.

À suivre.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 4

-> Partie 3 : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/27/bienvenue-a-la-cure-de-rien-partie-2/ <-

J’essayais de me débattre autant que je le pouvais avec l’énergie du désespoir. Je criais, j’étais épuisé, dégoûté.

Je n’avais déjà plus de force après toutes ces émotions et le voyage. Mon corps ne répondait plus, l’adrénaline s’était dissipée, j’étais résigné, j’avais été pris au piège.

On me saisissait par les bras et les jambes.

« – Ne me tuez pas par pitié ! J’admets tout ! Laissez-moi rentrer chez moi et retourner travailler ! »

Mais on ne me répondit pas. J’étais porté par deux personnes, j’entendais une troisième dicter des ordres.

« – Tenez le bien, parfois ils regagnent un surplus d’énergie, celui du désespoir !

  • Très bien.
  • On l’emmène comme d’habitude chef ?
  • Comme d’habitude. Chez la patronne. »

J’entendis un grincement lourd et sinistre, sûrement celui de la barrière métallique que j’avais vu en arrivant, du moins, je pensais que c’était cette grille par laquelle on me portait vers un supplice certain. Je pensais encore une fois aux mots de Selena Brown, je m’étais fourré dans la gueule du loup.

J’entendais le bruit des pas de mes bourreaux qui me portaient je ne sais où.

Un bruit de porte lourde, des bruits de pas qui raisonnent, des voix, mais le sac bien serré autour de ma tête m’empêchait d’entendre clairement ce qu’elles disaient.

Je sentais les virages que prenaient mes kidnappeurs, parfois on me tournait sur la gauche ou la droite.

Puis, un énième bruit de porte automatique qui s’ouvre, puis se referme et cette sensation de monter, j’étais dans un ascenseur.

Les portes se rouvrirent, mes bourreaux continuèrent leur marche.

« – Encore un nouveau ?

  • Y’en a de plus en plus !
  • Ça vous fait les bras !
  • Et ça nous casse les c…
  • Elle est là la patronne ?
  • Oui, on a été prévenu de l’arrivée du nouveau !
  • Bon, bah ouvre nous !
  • Oh ça va ! On peut même pas faire la causette avec les collègues !
  • Il est lourd le monsieur là !
  • Ça va ! Je la préviens. Docteur Proust, le nouveau est arrivé. »

Une voix électronique lui répondit :

« – Faites le entrer Natacha ! »

Le bruit d’une lourde porte fit vibrer mes tympans. Puis, après avoir été transporté, on me posa sur une chaise.

Une voix de femme dit :

« – Merci messieurs ! Vous pouvez nous laissez. »

Les bruits de pas s’éloignaient puis la voix de femme me parla :

« – Monsieur Gaspard Dincy ! Heureuse de vous rencontrer ! Enfin…

  • Ce n’est pas ce que vous croyez.
  • Comment cela ?
  • J’ai fait une erreur !
  • Ah bon ? Et quelle erreur ?
  • J’ai abandonné mon travail ! »

Je sentis la cagoule se soulever d’un geste sec. Une femme, Noire aux yeux verts portant une blouse et des talons se tenait devant moi.

« – Je suis le docteur Proust.

  • Ah… c’est vous !
  • Oui !
  • Je pensais pas que…
  • Que quoi ? Que le docteur était une femme ? Une femme Noire en plus de ça ?
  • Non… enfin… les gens qui m’ont emmené… Ils me parlaient de vous comme si vous étiez un homme.
  • Ils essaient de brouiller les pistes jusqu’aux moindres détails.
  • Mais je suis dans le pétrin non ?
  • Tout dépend de qui vous êtes.
  • Je m’appelle Gaspard Dincy, 40 ans et je suis employé à l’Electric National Company.
  • Vous m’en direz tant ! Où habité vous ?
  • Salt Lake City.
  • Votre date de naissance ?
  • 20 juin 2022.
  • Hmmm… patientez quelque minutes s’il vous plaît. Ah ! Mais de toute façon vous n’avez pas le choix, vous êtes ici fait comme un rat ! Et puis, on ne vous appelle pas patient pour rien ! »

Elle s’installa derrière son bureau, tapa sur le clavier de son ordinateur et pendant deux minutes, ses yeux restèrent fixés sur l’écran.

« – Voyez-vous vous ça ! Monsieur Dincy ! Vous êtes un vrai tire-au-flanc n’est-ce pas ?

  • Je… j’ai contacté l’institut pour la cure de Rien car je pensais avoir besoin de…
  • Tirer au flanc !
  • Non ! J’étais épuisé ! Épuisé !
  • Vous ne l’êtes plus ?
  • Si… si et encore plus maintenant que je réalise ma faute !
  • Quelle faute ?
  • J’aurai dû rester travailler, travailler apporte tous les bienfaits dont nous avons besoin…
  • « Nous » ?
  • Que voulez-vous dire ?
  • Que signifie ce « nous » ?
  • Les citoyens…
  • D’accord… Vous voyez une annonce dans le journal qui vous promet monts et merveilles et vous appelez ? N’était-ce pas un peu trop beau pour être vrai ?
  • Je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’avais… j’ai été attiré, c’était… comme si on parlait à quelque chose d’enfoui en moi et…
  • Enfoui en vous ? Mais que dites-vous ?!
  • Je n’en sais rien… je veux retourner au travail et si je passe en jugement pour manquement au devoir du citoyen, je plaide coupable.
  • Aviez-vous exercé d’autres métiers avant ?
  • Non, j’ai toujours travaillé dans la même entreprise.
  • Ça doit être sacrément chiant ! Je vois dans votre dossier citoyen que vous étiez assistant d’expert-comptable polyvalent. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire mais je suis persuadé que c’était un boulot ennuyeux, abrutissant et mal payé.
  • Non… j’étais heureux de mon travail. Je réalise à quel point j’ai été ingrat envers notre gouvernement et je demande une deuxième chance. Je m’inscrirai comme bénévole au parti de l’Unique. Pitié…
  • Hey bien ! Vous en avez des projets pour l’avenir ! Mais une chose me chiffonne. »

Elle se releva, se posta devant moi et me fixa de ses beaux yeux verts.

« – De quelle unité faites-vous partie cher monsieur Dincy ?

  • Unité ?
  • Vous êtes sourd ? C’est pour ça que vous êtes venus ici ?!
  • Non !
  • Votre unité agent !
  • Je ne suis pas un agent du Gouvernement Unique !
  • Un citoyen modèle, sans problème, aucun blâme… pourquoi risquer une telle position, plutôt confortable pour venir ici ? Vous ne faisiez pas d’effort physique… Votre dossier citoyen ressemble à un dossier monté de toute pièce !
  • Rien n’est monté de toute pièce !
  • Vous êtes vraiment un bon citoyen ! Mais que venez-vous faire ici ?
  • Je vous ai dit que…
  • C’est qu’il s’énerve en plus !
  • Pardonnez-moi, mais je ne sais pas comment vous prouvez que je ne suis pas un agent !
  • Peut-être que moi, j’en suis une ! Que diriez-vous de ça ? Vous en avez entendu parler des Déviants et de la chasse menée contre eux par le Gouvernement n’est-ce pas ? Le présumé attentat commis par des Déviants à Atlanta, vous en avez entendu parler aussi ?
  • Ou…oui.
  • Évidemment… saviez-vous que le Gouvernement Unique avait empoissonné l’eau courante d’Atlanta avec je ne sais quel produit toxique qui tournaient ces pauvres gens en mangeur d’oiseaux… le saviez-vous, monsieur l’agent, que le Gouvernement était derrière tout ça ? Ce n’était pas les Déviants… vous le saviez, bien évidement…
  • Je ne…
  • Suis pas un agent, oui je sais. Peut-être êtes-vous dans un black site, nom de code, pas très discret, utilisé par le gouvernement pour torturer les Déviants liés à des groupuscules terroristes anti-Unitaire.
  • Je ne sais pas quoi vous dire… Je ne vous comprends plus !
  • Moi je vais vous dire ce que je sais. La chaise sur laquelle vous vous tenez contient des capteurs intégrés, permettant d’enregistrer votre pou, vos constantes et tutti quanti. C’était utilisé durant la guerre Unique. J’en ai récupéré une, ne me demandez pas comment. Enfin, tout les résultats sont sur mon ordinateur. Je vais y jetez un coup d’œil et nous aviserons pour la suite ! »

Elle s’asseyait une nouvelle fois à son bureau, je fixai son visage. C’était comme être arrêté par la police même si vous n’aviez rien fait, quelque chose pouvait être mal interprété et votre vie changeait pour toujours. Intérieurement, j’espérai que ces capteurs n’étaient pas défectueux, rendant ainsi les chiffres faux et me mettant dans un pétrin dont je ne supporterai pas de voir la fin.

Je scrutais ses yeux verts émeraudes, sa tête était posée sur son poing, utilisant l’index de la main gauche pour faire descendre les informations sur l’écran tactile de son ordinateur.

Le temps me paraissait long, j’étais au bout de mes forces, seul mon cœur, qui battait depuis un quart d’heure à cent à l’heure était la seule chose qui semblait encore pouvoir supporter cette interrogatoire.

Elle leva les yeux sur moi, appuya sur une touche de son ordinateur et dit :

« – Faites entrez les agents de sécurité. »

Je baissais la tête, mon cœur fit un dernier grand bond dans ma poitrine, même lui avait fini par capituler.

J’entendis une porte automatique s’ouvrir derrière moi.

« – S’en est bien un, messieurs. Protocole habituel.

  • Bien m’dame »

Je sentis une main se poser fermement sur mon épaule droite et une aiguille me rentrer dans la nuque et puis plus rien.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 3

— > Partie 1 : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/05/bienvenue-a-la-cure-de-rien/

— > Partie 2 :

Avant de lire cette nouvelle partie, si vous appréciez la série, remerciez Ariane en visitant son blog ! Merci pour ton soutien !

Être embarqué, enfin accueilli, par des hommes en blouses blanches d’infirmiers, quel effet ça fait ?

J’ai été surpris. Et j’ai eu peur. Je me rappelais ce que m’avais dit ma compagne de voyage, Selena Brown, « c’est un piège. »

Un prit mon sac l’autre me prit par le bras comme si j’étais un vieillard.

« – Excusez-moi mais vous pouvez me dire ce qu’il se passe ?

  • Gaspard Dincy, c’est bien vous ?
  • Oui… non… enfin peut-être.
  • N’ayez pas peur, vous êtes bien venu dans le Vermont pour une cure de Rien ?
  • Peut-être… mais je commence à regretter mon choix…
  • Ne vous inquiétez pas ! Vous êtes entre de bonnes mains. »

Il m’amena à l’écart de la foule de voyageur qui emplissait l’aéroport et ses alentours.

« – Écoutez, je comprends que, là, maintenant, vous avez peur. Mais nous ne sommes pas là pour vous punir ou quoique ce soit.

  • Ce n’est pas très discret et un peu brusque de venir me récupérer à l’aéroport avec votre blouse d’infirmier !
  • Justement. Vous pensez que le gouvernement allait vous laissait partir sans rien faire ? Rien ne leur échappent à ceux-là. Venir vous chercher en blouse ajoute une dose de… réalisme à votre… fuite. Nous avons de l’expérience, vous n’êtes pas le premier divergent que nous accueillons.
  • Attendez… divergent ?
  • Oui, je vais vous faire un dessin si vous voulez !
  • Non ça va, donc, je suis un divergent, je me considérais plus comme un tire-au-flanc… car je refuse de travailler et d’être un robot docile et obéissant toute ma vie… mais disons que je suis un divergent, ça sonne… très… dystopique.
  • Exactement ! Mais vous avez aussi besoin de repos, de soin et une sorte de rééducation. Vivre avec des robots, comme un robot, comme vous le dites si bien, vous a fait oublier votre humanité. Il faut… le cerveau est malléable, la « plastique « du cerveau se modifie, durant notre vie et suivant les circonstances, les habitudes et tutti quanti. Il faut, en quelque sorte vous… reprogrammer.
  • D’accord… mais ils nous voient là… le gouvernement ?
  • Je ne peux pas vous les pointer du doigt, niveau discrétion, nous ne serions pas au niveau, mais oui. Maintenant, prenez mon bras, faites votre mine la plus abattue possible, pleurez même, si vous le pouvez. Offrons-leur un spectacle ! »

Je suivis les conseils de l’infirmier. J’avançais à ses côtés en regardant mes pieds et en faisant des moues pitoyables.

Nous arrivâmes devant une belle berline allemande, un chauffeur, celui qui s’était occupé de mon sac, nous y attendez. L’infirmier me fit entrer dans la voiture comme si j’étais un vieillard.

« – Mes affaires !

  • Ils sont dans l’coffre m’sieur, pas d’inquiétude ! Me dit le chauffeur.
  • Ah… dites, vous faites parties de la thérapie vous aussi ?
  • Tous ceux que vous verrez dorénavant font partie de la thérapie. Me répondit le premier infirmier, un jeune Noir avec les yeux rieur et un sourire rayonnant.
  • Donc, nous partons directement à la…
  • Clinique Proust !
  • Proust ! Ce nom dit quelque chose…
  • Sans doute. C’est le professeur Swanky qui l’a appelée ainsi.
  • Ce Swanky c’est…
  • La personne qui a tout organisé.
  • D’accord… et il a décidé, un jour, de devenir déviant et a utilisé sa réputation et ses diplômes pour nous venir en aide, je me trompe ?
  • Oui et non… c’est un peu plus compliqué. Vous verrez la différence après avoir passé une semaine à la clinique. Aujourd’hui, toutes ces questions, ces angoisses, cette peur, elle vient de l’endoctrinement que vous avez subis depuis tout petit. Vous paniquez, votre cerveau envoie des signaux d’alarmes, genre : ‘quelques choses ne va pas du tout’, c’est ce qu’il pense et, bousculé hors de sa zone de confort, il cherche des réponses, des moyens de compenser, de contourner le stress. Vous verrez. C’est étonnant de revivre !
  • Et effrayant !
  • Effectivement. Votre peur est légitime et nous la comprenons. Vous êtes sur la voie de la rédemption. Vous agirez contre la société, enfin, indirectement, en soignant votre âme aliénée. C’est pour cela que le Gouvernement lâche ses pions contre nous. Tout ira pour le mieux maintenant. Je m’appelle Micah Arthur et le chauffeur, Dave Grown.
  • S’lut m’sieur.
  • Enchanté monsieur Grown.
  • De même l’ami ! Vous inquiétez pas, et l’air de la montagne, ça va vous aérer l’esprit ! Rien de mieux ! »

Toujours aussi tendu, je laissais mes nombreuses autres questions de côtés et me laisser aller, bercer par le léger bruit du moteur de la voiture et des virages.

Je regardais à travers la vitre, j’avais oublié le monde. Depuis trop longtemps, je n’avais pas eu la présence d’esprit de regarder les environs, les bâtiments, le soleil, la nature, les oiseaux. J’étais hypnotisé par la routine et le travail depuis si longtemps. Ç’eût été un luxe et une hérésie que de me laisser aller à me promener autre part que dans le petit parc de ma ville le week-end. Instinctivement, j’ai réalisé que j’allais dans ce parc car mon corps et mon esprit avait besoin d’une connections avec le monde naturel.

Dans cette voiture, ma rééducation commença, par moi-même, je regardais le décor du Vermont, ses immenses forêts de pin, ces montagnes légèrement enneigées qui me donnèrent l’impression d’être des colosses, inamovibles, qui vivaient leur vie sans craindre de la perdre car bien trop immense pour l’Homme à dompter.

« – À votre arrivée, Mr. Grown ira mettre vos affaires dans votre chambre. Avant que je vous y amène, je vous ferai rencontrer le docteur, ou professeur, le patron se fiche de comment vous le nommerez. C’est la procédure habituelle. Juste un gage de bienvenue.

  • D’accord… et le fonctionnement de la clinique, les heures de repas et tout ça, quand est-ce que je saurai…
  • Ne vous inquiétez pas ! Nous ne sommes pas pressés ! Après votre entretien, soit vous décidez de vous reposer et nous vous informerons de tout cela à votre réveil, ou je pourrai vous faire visiter et vous informez des horaires directement après l’entretien. Comme vous le sentez.
  • Il y a quelque chose qui me chiffonne…
  • Dites !
  • Vous… travaillez… enfin je veux dire, vous êtes salarié, infirmier. Est-ce que… enfin vous comprenez. C’est bizarre, une clinique pour les déviants, qui sont juste des personnes ayant décidé de vivre sans être prisonnier du travail débilitant et vous… travaillez. Vous n’êtes pas déviant. Je présume que vous gagnez votre vie… N’est-ce pas un peu… ambiguë comme situation ?
  • Votre réflexion est pertinente, sauf que contrairement à vous, et à l’immense majorité de la population, j’ai eu le choix de choisir ce que je voulais faire de ma vie, comme travail, je veux dire. Je me suis engagé à aider les gens à revivre. J’ai eu la chance d’être né riche, disons-le clairement. Et avec l’argent viens le pouvoir. Je veux utiliser ce pouvoir pour libérer les gens de cette enclave.
  • Et monsieur Grown ? Vous aussi ?
  • Tout pareil ! Enfin presque, tous les gens qui travaillent à la clinique sont issus de familles aisées. Et dernièrement, d’anciens patients sont devenus des aides-soignants à la clinique !
  • Encore une question… si je ne vous ennuie pas.
  • Non ! Allez-y !
  • Quand je serai guéri, enfin, reprogrammé… ou déprogrammé…
  • Déprogrammé pour vous reprogrammer vous-même, mais le docteur vous en parlera peut-être durant l’entretien. Désolé de vous avoir coupé, continuez.
  • Donc quand je serai reprogrammé, qu’est-ce qui va m’arriver ? Vous allez me relâcher dans la nature, me trouver un autre job ?
  • Que souhaitez-vous réellement pouvoir ressortir de cette cure ?
  • Me soigner…
  • Pensez d’abord à vous soigner ! La suite viendra d’elle-même, nous sommes assez organisés et puissant pour vous aider dans votre nouvelle vie. »

Je me tus, inutile de m’inquiéter, j’étais entre de bonnes mains.

Nous prîmes des chemins tortueux à quelques kilomètres après avoir quitté la ville. Les routes étaient en terre, les sillons sur la terre et l’herbe prouvaient que ces routes étaient souvent empruntées, mais sans une connaissance parfaite du trajet, les routes se croisaient et s’entre croisaient, oscillants entre forêt de pins, champs et grandes prairies sauvages, il aurait été impossible pour un néophyte de trouver la bonne route. Je présumais, et le futur me donna raison, que les employés de la clinique Proust prenaient à chaque fois des routes différentes pour que l’une ne soit pas plus marquée que l’autre, ce qui aurait pu amener les autorités à trouver le chemin en suivant une route plus marquée.

Je redécouvris les grandes plaines, avec ses herbes hautes, ses grandes fleurs colorées dont je ne connaissais pas le nom, jamais depuis mon enfance, je n’eus l’opportunité de regarder des fleurs sauvages, d’en apprendre les senteurs et textures. Les montagnes étaient magiques, pour moi, elles semblaient si loin mais en même temps si proches ! Entre les arbres, je pouvais parfois voir un ou des lacs. Les champs de blés, des prés où des vaches broutaient paisiblement et d’immenses parterres de vignes me donnaient des rêves de vagabonds. Le vent projetant son souffle sur toutes cette nature et elle semblait les faire danser. Je n’avais jamais vu la mer, je pensais que j’avais un avant-goût de ce que je ressentirai le jour où je verrai la mer pour la première fois. De l’eau à perte de vue !

Et les arbres immenses et touffus qui se penchaient, comme si ils nous accueillaient dans leur demeure ancestrale.

L’odeur de pin s’était infiltré dans la voiture. Je ne sentais plus la pollution de la ville, les gaz d’échappements, les fumées des usines et autres joyeusetés odorantes des villes.

Et puis, ce calme ! Le léger bruit de moteur de la voiture, c’était tout ce que j’entendais. J’en fus même anxieux. Quand on est habitué au bruit, le silence semble ourdir de sinistres projets.

Mon entité physique et psychique entraient dans une sorte de nouvelle dimension. L’anxiété était la réponse à cette nouveauté. Depuis tout petit, j’avais été privé de cette vie, de ces expériences qui nous rendent humains sans que nous nous en rendions compte.

Grimper à un arbre, se faufiler dans les hautes herbes, cueillir des fleurs, entendre les oiseaux et les animaux ! La ville moderne était une jungle humaine, pas d’animaux. Les animaux de compagnies étaient interdits, car ils risquaient nous distraire dans notre travail.

Maintenant, j’avais rejoint la vraie vie, celle que l’on pouvait sentir, toucher, humer et admirer.

Mais cela, cette nouvelle expérience vers laquelle je me dirigeais avait gardé pour elle une dernière surprise. Une mauvaise.

Nous arrivions dans une route bordée des deux côtés par des pins plantés symétriquement des deux côtés de la route. Une grande barrière au milieu d’un très haut mur, peint en vert pâle, se dessinait à quelques mètres devant nous et barrait la route.

« – Nous voilà arrivé Gaspard ! Me dit Grown.

  • Enfin !
  • Nous avons des protocoles de sécurités, un consiste à prendre plusieurs détours sur ces routes pour semer de potentiels agents gouvernementaux trop curieux.
  • Il pourrait vous suivre mais peut-être pas revenir !
  • Aucun doute que ce soit déjà arrivé. Nous avons secouru quelque uns de ces agents perdus.
  • Secourus ?
  • Disons… internés de force !
  • Ou butés !
  • Monsieur Grown, n’importe quoi !
  • C’est vrai ?
  • Non ! Jamais le docteur Swanky n’accepterait de tuer impunément.
  • Impunément… ils sont quand même venus fouiner là où ils ne devaient pas. Je m’en serais bien occupé de ces cafards.
  • Assez Grown.
  • Et… vous les avez soignés ?
  • On a essayé, la grosse majorité, on parle d’une dizaine d’agents, ont été déprogrammé. Ils vivent et travaillent avec nous. Ils nous apportent des informations sur la manière de fonctionner du Gouvernement et ce qu’ils possèdent contre nous. Certains sont devenus des agents infiltrés.
  • Et les autres ?
  • Hey bien… ils restent dans leur chambre jusqu’à ce qu’ils daignent nous parler. Ils ont pour ordre de ne pas parler et, au mieux, de se suicider en cas de capture. »

Je restais coi au sort réservé à ces agents du gouvernement, et pour être franc, je n’avais rien à faire que certains d’entre eux ait, peut-être, été tué. J’avais une haine tenace de cette société dans laquelle ils nous forçaient à obéir.

Les policiers, agents du gouvernement les plus présents dans notre vie quotidienne, après nos supérieurs hiérarchiques au travail, n’hésitaient pas à tuer pour la moindre raison, et jamais leur meurtre n’étaient remit en cause. Ils avaient tous les droits. Si vous vous faisiez arrêter, le mieux était de lever les mains en l’air, de baisser la tête et de dire oui à chaque question que l’agent vous posez. Même si vous n’aviez rien fait. Mieux valait obéir et ne pas essayer de défendre sa cause ou crier à l’injustice.

Je pourrai vous parler des prisons, mais les choses qui se passaient là-bas n’étaient qu’une répétition de ce que le vingtième siècle a fait de pire en matière d’horreur.

La voiture s’arrêta, les portières s’ouvrirent, sauf la mienne. Mes compagnons avaient disparu. Paniqué, je regardais autour de moi, une des vitres à côté de moi éclata en morceau et je sentis des mains m’agripper violemment. Saisi à la gorge, me débattant, on força un sac en toile de jute noir sur mon visage. Je ne voyais plus rien. On m’extirpa violemment de la voiture. J’étais pris au piège.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 2

– > Première partie : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/05/bienvenue-a-la-cure-de-rien/ <-

Enfin, après avoir embêté et atterré tous ces zombies qui me servaient de collègues, je pus leur lancer ce que j’avais sur le cœur :

« – Continuez ainsi, à ne pas vivre ! Obéissez, produisez, engraissez le capital ! Endettez-vous surtout ! Soyez docile ! On se retrouvera en enfer, enfin si nous ne le somme pas déjà ! Pour ceux qui refusent cette vie, prenez votre envol ! »

Je ramassais le peu d’affaire autorisé que j’avais laissé à mon bureau, quelques dossiers qui trainaient dans un tiroir depuis des années et un paquet de post-it. L’entreprise nous fournissait ces derniers gratuitement mais au compte goute.

Je pris la direction de la sortie avec une bonne dose d’adrénaline traversant mon corps, je partais la tête haute. Mon patron dédaigna sortir de son bureau pour voir ce qu’il se passait sauf quand il me vit partir bien avant l’heure de la fin de mon service. Il m’interpella :

« – Monsieur Gaspard Dincy, ce n’est pas l’heure de partir, retournez travailler !

  • Non.
  • Exc… pardon ?
  • Je vous pardonne !
  • Mais enfin… monsieur Dincy, êtes-vous souffrant ?
  • Non ! Enfin un peu mais je suis dans la voie de la guérison.
  • Je suis confus… qu’est-ce qu’il se passe ?
  • Il se passe que je pars !
  • Vous partez ? Mais comment ça ?! Ce n’est pas l’heure !
  • Avant l’heure c’est pas l’heure et après l’heure c’est plus l’heure comme le disait si bien ma grand-mère !
  • Quelle insolence ! Retournez à votre bureau ou je vous colle un blâme et il vous hantera tout au long de votre vie.
  • Carrez-le-vous dans le cul ! Ah ! Sûr que là, il vous hantera !
  • Assez ! Venez dans mon bureau tout de suite, vous êtes sur la sellette !
  • Vous m’invitez boire un verre ? Mais quelle agréable intention Monsieur Otrhew ! Tout le monde sait que vous buvez là-dedans !
  • Suffit ! J’appel la sécurité !
  • Pour quoi faire ? Me faire sortir ? Mais j’y vais mon bon monsieur ! Pas besoin de vous donner tant de peine !
  • Vous regretterez !
  • À la bonne heure ! Au revoir messieurs dames ! Et bonne continuation ! »

J’ai toujours rêvé d’insulter mon patron, le remettre à sa place, le faire sortir de ses gonds, c’était chose faite. Depuis une décennie, cet homme me tyrannisait, et maintenant, toute ma haine était sortie. Sa tête rubiconde et chauve était devenue écarlate, on voyait les nerfs gonflés sur son front et des taches violettes, des vaisseaux sanguins qui avaient sûrement éclaté ou quelque chose dans le genre, chose d’ailleurs observable chez les poivrots invétérés comme lui. Son petit corps dodu se retournant et sa manière de déambuler, comme un canard, ne m’énervaient plus, je n’avais plus de comptes à lui rendre, littéralement.

Je sortis, sans escorte, du bâtiment, rentra dans ma voiture sans rater de plonger le pied dans la flaque d’eau côté portière conducteur, mais c’était la dernière fois.

Direction l’appartement, terne, sans vie, sans âme qui n’était rien d’autre qu’un toit sous ma tête, le minimum pour être un employé.

Un toit, un micro-ondes, des toilettes, une douche, une télé, un lit, un ordinateur portable, c’était cela mon chez-moi. Le minimum syndical.

Je ramassais en vrac quelques habits, mon ordinateur, mon chargeur de téléphone et je mis un post-it sur la télévision :

« – Servez-vous, je n’en ai plus l’utilité. Prenez ce que vous voulez dans l’appartement. Sincèrement, monsieur Dincy. »

Je n’avais aucune tristesse à quitter cette endroit dans lequel je vivais depuis dix ans. Aucun souvenir marquant, rien. Toute cette époque de ma vie, je l’a vois en gris. Terne.

Puis, je pris un taxi pour l’aéroport. J’avais laissé ma voiture avec les clés sur le contact, elle m’avait fidèlement servie pendant plus d’une décennie, la personne qui la récupérerait ne la vendra pas telle quel mais en pièces détachées. Je ferai un heureux, cela serait sûrement bon pour mon karma pensais-je.

Le trajet de l’aéroport fut un moment étrange de réflexion et questionnement. Je n’avais pas l’habitude d’anticiper, tout était organisé dans une routine réglée à la minute près, mais maintenant, c’était comme si j’avais lâché les rennes de ma vie, je ne contrôlais plus tout, à commencer par ce taxi. C’est toujours étrange de se faire conduire quand nous avons l’habitude de le faire. C’est même agréable, et le chauffeur ne me parlait pas. Évidemment, car il travaillait. Travailler n’était plus un plaisir dans ce monde mais un fardeau. Le chauffeur était en compétition constante et chaque client devait l’évaluer sur son smartphone. Les choses étaient ainsi. Moi, je partais guérir les blessures et cicatrices que cette vie de forçat bureaucratique infernal m’avait infligée et mon pauvre bougre de chauffeur continuerait sa triste besogne jusqu’à ce que l’entreprise le renvoie pour mauvais services ou pour le mettre à la retraite.

Arrivé à l’aéroport, tout se passa comme sur des roulettes. Les hôtesses, la sécurité, les contrôles, tout me semblaient drôles, ou plutôt, légers. J’avais le sourire, je marchais la tête haute, roulais des épaules, disait bonsoir à toutes les personnes que je croisais, en leur décochant un grand sourire.

Tout ce que je reçus en retour étaient des regards effarouchés, inquiets, ou même, rien du tout.

J’étais une sorte d’alien, j’étais le seul heureux à ce qu’il me paraissait. C’était étrange car si je n’avais pas lu cette anodine annonce dans le journal, j’aurais eu la même réaction que ces gens. Ce n’était pas normal d’être heureux, c’était normal d’être usé, au bord du gouffre, à la limite de l’implosion, d’être en colère contre soi. Pas contre le monde non, cela était trop dangereux, mais contre soi-même. Quand on ne peut pas extérioriser notre colère sur la vraie raison de notre mal-être, nous nous replions sur nous même, nous créant une carapace de haine et de dédain dirigé envers nous-mêmes. C’était ce que voulait ceux qui nous gouvernaient. Un peuple abasourdi, amorphe, sans aucune estime de soi, où la seule raison de l’existence d’un citoyen et de produire du capital encore et toujours et d’en mourir. Peu de gens arrivaient à la retraite, si on pouvait appeler ça « retraite ». Vous arriviez à l’âge de vous retirer ? Bien ! Tenez, le ‘minimum vital’, 1 000 dollars et ce, peu importe votre travail. Bien sûr, cela ne s’appliquait pas aux patrons et à nos élites gouvernantes consanguines qui, eux, jouissaient d’une richesse colossale, car chaque employé n’était qu’une sorte de pantin, dont on se débarrassait quand les fils commençaient à s’effilocher et les articulations à rouiller. Aucune dépense superflue. Soit vous aviez la chance d’être né riche, soit vous travaillez.

Je scrutais les visages dans la salle d’attente de l’aéroport en attendant mon avion direction l’état du Vermont. Une certaine révolte commençait à bouillir en moi, elle était apparue quand j’ai commencé à me sentir coupable d’être le seul être humain heureux parmi tous ces gens dépités. C’était impossible de les aider, ils étaient conditionnés. Ils leur avaient fallu un déclic, comme je l’ai eu après avoir lu l’annonce pour la cure de Rien. Cela devait venir naturellement et ils devaient attraper immédiatement le taureau par les cornes et oser.

Quand j’entrais dans l’avion, j’eus la triste vision de ces femmes hôtesses de l’air qui devaient se forcer à sourire, quoiqu’il arrive. Leurs joues étaient creusées et leurs yeux cernés, le maquillage ne cachait rien. La peau, le corps était marqué par des années d’asservissement.

Je m’installas à ma place, attendant de voir à côté de qui j’allai partager ce voyage rédempteur.

C’était une dame d’une cinquantaine d’années, maigre, portant des vêtements relativement chic pour une place en classe éco’ dans l’avion. La moitié de son visage était caché par une sorte de léger voile. Elle me fit un sourire poli en s’asseyant et lâcha un bonjour suivis d’un nouveau et grand sourire.

Je ne me rappelais plus à quand remontait la dernière fois où je reçus un sourire honnête et sincère. Cette femme était soit riche, soit en partance pour la cure de Rien ou une agent du gouvernement infiltrée pour attraper les réfractaires au travail comme moi.

J’osais engager la conversation :

« – Ça fais plaisir de voir sourire !

  • N’est-ce pas ? J’ai été surpris par le vôtre aussi !
  • Les grands esprits se rencontrent !
  • Il semblerait !
  • Gaspard Dincy, enchanté.
  • Janet… Jill… en faite… je ne sais plus comment je m’appelle !
  • Pas étonnant avec cette vie de chien !
  • Et encore, les chiens gardent leur dignité.
  • Ça oui !
  • Mais de là a oublier son nom… vous devez me prendre pour une folle.
  • Ce monde est fou.
  • Hey bien… je peux vous faire une confidence ?
  • Avec plaisir !
  • Je ne suis pas… vraiment normale.
  • Qui l’est de nos jours ?
  • J’ai… plusieurs prénoms… et noms !
  • À la bonne heure ! Donc, vous vivez plusieurs vies en même temps ?
  • Oui, on peut dire ça comme ça. Vous comprenez, maintenant, soit vous obéissez à l’ordre établi, soit vous devenez un indésirable !
  • Exactement ! Mais, pourquoi plusieurs alias ?
  • Il faut bien manger vous voyez ?
  • Oh ! Vous n’allez pas me voler j’espère ?
  • Ah ! Bon jeu de mot ! Voler, dans un avion !
  • Ah ! Même pas fait exprès sur le coup !
  • Non je ne vous volerai pas. Mais je suis curieuse de savoir comment vous, vous vivez tranquillement une vie qui semble… hors des normes ?
  • Le hasard m’a envoyé de l’aide.
  • Oh ! Et l’aide en question ?
  • Une cure !
  • Pardon ?
  • Une cure ! Suffit de vous faire porter malade pour tirer au flanc !
  • J’aimerais plus d’explications, je me suis cassée le cul à voler, mentir, trahir et courir toute ma vie et vous, vous me dire que vous n’avez fait que vous porter malade ?
  • Hey bien… oui en faite. Chaque système a ses failles et j’ai trouvé la faille, ou une des failles de celui-ci.
  • Donc vous quittez votre travail pour faire une cure et aucun problème ? On vous a laissé partir ?
  • Oui. En faite, cette cure est remboursée par ma mutuelle. En partant du bureau, j’ai fait quelques vagues, preuve que j’avais besoin de soin. Et je pars faire ma cure dans le Vermont.
  • Je… doute que vous puissiez un jour reprendre votre vie normale.
  • Justement, je n’y compte pas. J’ai lu l’annonce de cette cure dans le journal et mon instinct, ou un truc du genre m’a poussé à y aller.
  • Et elle consiste en quoi cette cure ?
  • En rien.
  • Hein ?
  • La cure de Rien. C’est le nom de ma libération !
  • Attendez, je… une cure de rien ? Mais ça consiste en quoi exactement ?
  • Aucune putain d’idée chère amie ! Apparemment, c’est une cure révolutionnaire, nouvelle et les personnes en chargent de cette cure semblent avoir l’argent et le pouvoir nécessaire pour vraiment aider les gens qui s’écartent du droit chemin !
  • Vous n’avez aucune idée de ce que cela pourrait être ? Ils vous ont donné des informations ?
  • Rien…
  • Permettez-moi de vous dire que ça sent mauvais.
  • Vous pensez ?
  • Ça sent le coup fourré à plein nez ! Ils sont forts pour trouver les déviants comme nous.
  • Donc vous pensez que ce serait un piège ?
  • Honnêtement, oui.
  • Mon instinct me dit que je suis sur le bon chemin.
  • J’ai appris à écouter mon instinct depuis que je suis en cavale, il ne m’a jamais trahis. J’espère pour vous que ce sera la même chose.
  • Je n’en doute pas une seconde ! »

Nous nous arrêtâmes de discuter pendant une bonne demi-heure quand elle reprit la parole.

« – Mon vrai nom, Selena Brown.

  • Hey bien, enchanté Madame Brown !
  • Écoutez, je pense que vous partez droit dans la gueule du loup. Je peux vous aider. Je me dois de vous le proposer. Je vais dans le Vermont voir quelques déviants. Nous sommes une sorte de société secrète composée de… tire-au-flanc, comme vous le dites si bien. D’accord, société secrète, c’est un peu tiré par les cheveux, surtout que le gouvernement nous a à la bonne. Mais à part eux et nous, personne d’autre ne nous connaît. Nous avons construit un véritable réseau underground très efficace qui nous permet de vivre chichement, sur le dos des autres. Je peux vous faire entrer dans notre réseau, je vous parrainerai.
  • C’est très gentil de votre part. Je ne doute pas de mon instinct, mais si je réalise que je me suis fait avoir, je penserai à vous.
  • Tenez. »

Elle sortit un vieux téléphone portable et me le tendit.

« – Votre moyen de me contacter, au cas où. Allumer le, le seul numéro à l’intérieur est le mien. N’hésitez pas à me contacter au seul doute que vous avez.

  • Merci…
  • Mais ne laissez pas mes paroles vous faire douter, peut-être avez-vous raison. Et dans ce cas, un coup de téléphone pour me prévenir, cela pourra m’aider aussi, moi et mes collègues, à l’avenir.
  • Évidemment ! »

Le reste du vol passa rapidement, échangeant des banalités car Selena redoutait les oreilles indiscrètes.

Arrivez à l’aéroport international de Burlington, nous nous séparâmes rapidement. Elle ne se retourna pas pour me donner un dernier regard.

La dame n’aurait pas eut le temps car au moment même où je mis les pieds dehors, deux jeunes gens en blouse blanche m’interpellèrent.

Jaskiers