Dante’s Dusty Road – Chapitre 1

Le réveil a été dur ce matin, mais ça reste un plaisir. Dante Rand pensait tout haut dans sa nouvelle berline de luxe.

Direction : liberté et solitude !

Dante Rand avait enfin sa vie de rêve, écrivain. Avec le succès de son roman d’épouvante « Personne n’est en danger », il s’était fait connaître du grand public et avait assuré sa place dans le milieu littéraire américain. Le New-York Time l’avait proclamé le nouveau Stephen King, ses séances de dédicaces étaient interminables, les gens faisaient la queue pendant des heures pour avoir leur livre signé par le nouveau roi de l’épouvante.

L’argent coulait enfin, et pas qu’un peu. Il venait de vendre les droits cinématographiques de son roman à Universal pour 5 millions de dollars.

Il avait investi dans un ranch abandonné dans le PanHandle de l’Oklahoma. La maison, bien que vieille restait solide sur ses assises. En plus de la maison, il y avait une immense grange qu’il avait remanié selon ses désires, pour travailler dans le calme. Il n’y avait personne à 20 miles à la ronde, il serait seul, sans distraction. Il n’avait pas fait installer internet et le réseau cellulaire restait à désirer. Toute la ferme avait était rénovée selon ses goûts sans qu’il n’ai à y mettre une seule fois les pieds.

C’était là qu’il se dirigeait. Bruce Springsteen chantait qu’il était née dans un trou perdu à tue-tête dans la radio. Il souriait car enfin, l’obsession d’avoir assez d’argent pour manger et payer loyer et factures était loin derrière lui. Tout ce dont il avait à s’inquiéter était d’écrire son prochain roman dans les temps, si possible.

Jaskiers

L’homme du café

Avertissement : ce récit fait presque 4 000 mots. Lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de la diviser en chapitre.

Le café des Soupières était le refuge d’Eva pour relâcher la pression. Métro, boulot, café et direction l’appartement.

Sa patronne, qui serrait les vis à en tordre un tournevis, était tout le temps sur son dos. Ajoutez à cela que la matrone aimait se montrer odieuse et imbue à souhait, un métro qui sentait l’urine, la bière premier prix et le déodorant bon marché et le burn-out pointait le bout de son nez. Un café silencieux, excepté pour le bruit des cuillères tournant dans les tasses, avec un bon parfum de café chaud, le chauffage durant l’hiver et la climatisation pendant l’été, des tenanciers aimables et discrets, faisait office de havre de paix et de repos.

C’était ici qu’Eva se déconnectait de la réalité, prenait ses distances avec une vie de stress intense. Elle sortait son petit carnet de croquis Moleskine, un crayon de papier et commençait à dessiner des robes, des chapeaux, des chaussures. Elle avait espéré quand devenant l’assistante d’une créatrice de mode en vogue, elle pourrait, un jour, se lancer dans l’aventure et devenir, elle aussi, une créatrice de mode. Elle avait le talent, le coup de crayon, l’imagination et les connaissances requises du monde de la mode, son fonctionnement, ses codes et savait ce qu’elle pourrait y apporter. Mais jamais elle n’avait eu le courage, jusqu’ici, de présenter son travail à sa diablesse de patronne.

Elle s’installa à la même table que d’habitude, à côté de la fenêtre donnant sur la partie la plus grouillante de vie de la ville. Elle aimait faire de pause dans ses dessins et regarder les passants, leur style, leur vêtement. Elle avait le talent de voir quel vêtement serait à la mode la saison prochaine juste en observant les gens qui déambulaient devant cette fenêtre.

Elle voyait souvent les mêmes personnes, à heure fixe, sûrement partaient-ils pour le travail ou pour sortir entre amis.

Mais à partir d’un moment, elle ne saurait pas dire depuis quand exactement, elle pouvait voir cette personne. Impossible de savoir si c’était un homme ou une femme, habillé tout le temps avec un long manteau bleu foncé, un trench-coat pour être exacte, un chapeau qui lui descendait jusqu’aux yeux, et il ou elle semblait avoir les cheveux coupés court, ce qui était en vogue chez les femmes en ce moins de novembre.

Cette personne avait attiré son œil, son habillement était basique, selon les codes de la mode actuelle à New-York, mais c’était son comportement qui était le plus curieux.

La personne ne bougeait presque pas, adossée au mur juste en face de la fenêtre de la table où Eva avait pour habitude de déguster son café, à une dizaine de mètres, sur le trottoir d’en face. Voir tous ces gens se presser et cette personne rester presque immobile était curieux. Et effrayant.

Cet individu arrivait exactement au même moment où la jeune femme allait prendre son café après le travail. La pauvre Eva ne pouvait dire de quel côté il arrivait avant de s’adosser au mur.

À force d’observer cette personne, de jour en jour, elle pouvait distinguer qu’elle portait une paire de lunette noir, très épaisse, du genre que les célébrités excentriques mettent pour prétendre vouloir ne pas se faire reconnaître.

Elle observa aussi que son admirateur, c’est comme cela qu’elle l’appelait, portait des gants bleus en cuir, ou similicuir. Malgré ses recherches, elle ne put découvrir la marque de son trench-coat, son chapeau, qui était banal, unisexe et noir ne demandait pas la peine de faire d’effort pour trouver sa marque. Elle ne pouvait distinguer que difficilement les chaussures de la personne, elle n’avait l’opportunité de les voir que quand elle se déplaçait. Il semblait à Eva que l’individu portait des bottes, avec un petit talon. Elle fit quelque recherche sur Google pour trouver des modèles de bottes « de ville », là aussi, unisexe, rien de probant et la marque, là aussi, pouvait être n’importe laquelle.

Au bout de trois semaines de ce curieux spectacle, Eva décida d’arriver plus tôt devant le café mais sans y entrer, quelque minutes avant l’horaire habituel, pour voir d’où l’étranger allait arriver et observer sa réaction quand il découvrirait qu’elle était en retard.

Mais la personne était déjà là, même, elle fit un signe à Eva, amical, de la paume de la main, puis s’adossa sur le mur.

Eva avait peur, cet inconnu semblait savoir ce qu’Eva avait essayé de faire. Elle n’avait pour l’instant par le courage d’aller se confronter à cet étrange personne. L’idée de demander à une amie de l’aider ne l’enchantait pas du tout, craignant être prise pour une folle et voir se ternir sa réputation dans le monde belliqueux de la mode.

Elle prit sa table habituelle, et regardait fixement l’intrus. Elle ne pouvait se concentrer sur rien d’autre, son sketch book contenait déjà plusieurs dessins de ce curieux personnage. Elle ne pouvait se concentrer sur quelqu’un d’autre depuis ces trois semaines.

Une réflexion se fit jour en elle ; et si elle était la seule à pouvoir le voir ? Car, jamais, il ou elle n’interagissait avec quelqu’un d’autre, les gens passaient à côté sans jamais un regard, ni même un mot, ni une plainte envers l’individu, ce qui était rare à New-York. N’importe quelle personne lambda recevrait une bordée d’insulte si elle restait comme cela, à occuper une partie du trottoir. Les gens dans cette ville étaient pressés.

Décidément, quelque chose clochait, ou bien devenait-elle folle à cause du surmenage. Étant une habituée du café, mais n’ayant jamais échangé avec ses tenanciers plus que nécessaire, elle puisa en elle le courage de demandé à la barista si elle aussi voyait cet homme.

« – Bien sûr, en faite il vient toujours quand vous êtes là. D’ailleurs, avec les collègues, on se demande s’il ne vous harcèle pas.

  • Depuis environ deux semaines, ce type m’observe à chaque fois que je bois mon café.
  • Vous voulez que j’envoie quelqu’un lui parler ?
  • Vous pouvez faire ça ?
  • Oui, Swan, vous savez notre serveur.
  • Je ne voudrais pas que ça dégénère.
  • Swan est gentil mais il ne faut pas trop le chercher, ne vous inquiétez pas pour lui. Swan ?!
  • Ouai ?
  • Tu sais le type louche qui vient quand Eva… excuse-moi, ça ne vous dérange pas que j’vous appelle Eva ?
  • Non aucun soucis mais…
  • Pourquoi tu m’as appelé ?
  • Le type qui se ramène à chaque fois qu’Eva vient, tu ne voudrais pas lui demander d’arrêter son manège ?
  • Il vous harcèle ?
  • Je ne sais pas si on peut appeler ça du harcèlement mais… il est toujours là quand je viens.
  • Ouai, on avait remarqué ça, j’vais lui demander ce qu’il cherche à la fin. »

Swan enleva son napperon, remonta ses manches de chemises et sortit tout de go.

Les deux femmes regardèrent par la vitre ce qui allait se passer.

La mystérieuse personne était planté là, et ne vit pas tout de suite que Swan s’avançait vers lui. Il sembla sursauter aux paroles de Swan. Ce dernier faisait de grands gestes en indiquant le café. L’autre restait immobile, Swan se rapprocha de son visage, et semblait avoir haussé le ton car les passants se retournaient vers eux.

D’un coup vif, la personne poussa le brave Swan puis partit en courant. Le serveur se releva, il jeta un regard vers le café, incrédule. Il se releva pour partir à sa poursuite mais Marlène et Eva étaient sorties et lui crièrent de revenir. Ce qu’il fit.

« – Quel fou ! Il est dangereux ce type ! J’appelle les flics ! Dit Swan

  • Non c’est pas la peine…
  • Si Eva ! Il a agressé Swan et puis vous pourrez leur dire qu’il n’arrête pas de vous harceler.
  • Ce n’est pas vraiment du harcèlement…
  • Si ! Éructa Swan.
  • Est-ce un homme ou une femme ?
  • J’en sais rien, le type est camouflé avec son chapeau et ses lunettes. Il ou elle a fourré son visage dans le col de son trench-coat quand je l’ai apostrophé.
  • Encore un tordu.
  • N’appelez pas la police s’il vous plaît, j’ai trop de travail, trop de choses à faire. Il ne m’embête pas, il me regarde juste. Appelez-les parce qu’il vous a agressé mais ne leur parlais pas de moi.
  • Si je ne leur parle pas de vous, ils vont me demander pourquoi je suis allé à sa rencontre.
  • Ne les appelez pas. Plaida Eva.
  • D’accord. Tout compte fait c’est mieux comme ça. Si jamais il revient, je lui rendrai la monnaie de sa pièce !
  • Non Swan non ! On va avoir quelle réputation nous après ?
  • Mieux vaut que nous ayons une mauvaise réputation qu’Eva finisse dans le caniveau, sans vie. »

Swan rentra dans le café, agité. Il rattacha son napperon et partit dans l’arrière-boutique.

« – Vous prendrez quoi ?

  • Ah… comme d’habitude Marlène. »

Les deux femmes rentrèrent. Marlène se dirigea vers ses machines à café et Eva s’installa à sa place habituelle, légèrement inquiète de ne plus voir son admirateur. Elle s’était habituée à sa présence.

Marlène lui servit son café. Eva sortit son Moleskine et à son grand bonheur, réalisa qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas dessinée autre chose que l’étrange personnage depuis des semaines.

Un mois plus tard, Eva venait toujours à son café. Son admirateur n’était pas revenu. Le mystère de sa présence la hantait encore. Elle faisait ce songe la nuit où cette personne rentrait dans le café, s’asseyait en face d’elle, et malgré les questions d’Eva sur son identité, l’admirateur ne répondait pas. Quand Eva montait le ton, il se levait de sa chaise et partait en courant. La jeune femme se réveillait en sueur.

Tout le mois, elle put dessiner et s’inspirer des passants de la rue comme avant, sauf qu’elle ne dessinait plus autant. Son regard se posait sur le mur ou s’adossait habituellement son « prédateur » comme l’avait surnommé Swan. Elle était devenue proche des employés du café. Restant parfois plus longtemps que d’habitude pour faire un brin de causette. Elle avait même le droit à des tasses de café à l’œil. Tous les jours, pourtant, le sujet du prédateur revenait sur le tapis. Eva voulait savoir si Marlène, ou Swan, avaient vu cette personne dans les parages. Et depuis un mois, la réponse était non.

Un soir qu’elle rentra dans son appartement, elle découvrit dans sa boîte aux lettres une enveloppe, pas d’adresse, ni de timbre. Quand elle l’ouvrit, elle trouva 1 000 $ et un mot griffonné sur un bout de papier froissé : « Pour tes débuts dans l’industrie de la mode. D’autres coupures arriveront. Signé : ton ‘prédateur’ »

Abasourdie par les billets et le mot, elle se laissa choir sur son canapé. Il ou elle était de retour, connaissait son adresse et surtout, son plus grand rêve.

C’était forcément quelqu’un qu’elle connaissait, où qu’elle avait connue. Elle fit mentalement le tour des personnes qui pouvait être se cacher derrière ce personnage. Ses collègues, ses anciennes amies de la Fac, ses anciens petits amis, des stagiaires, l’entourage de sa patronne. Elle cherchait un profil, celui typique de la personne discrète mais toujours là. La personne qui faisait peur à tout le monde par son silence et ses attitudes étranges. À la fac, il y en avait une bonne poignée, de ces gens-ci, mais aucun qui ne pouvait la connaître et elle n’en avait fréquenté aucun.

Au travail, le profil s’étoffa, elle pouvait y mettre les traits de caractères dominants dans son milieu, la jalousie et les rivalités. Mais cela ajouta beaucoup trop de personne à sa liste mentale de suspects.

Le stade de la lettre non timbré, donc juste déposée dans sa boîte aux lettres, était préoccupant, car la personne savait exactement où elle vivait, elle s’était même déplacée.

« Peut-être devrai-je appeler la police » pensa-t-elle. Car la personne, maintenant,semblait proche. Trop proche. Mais que leur dire ? Que feraient-ils ? Que pourraient-ils faire ? La croiraient-ils ?

Trop d’inconnus. Elle ne pouvait qu’avertir ses proches et ses amis du café qu’il était revenu. Sa famille réagirait avec empressement, mais elle couperait court à leurs inquiétudes tout en étant franche avec eux. Elle avertirait aussi sa patronne, bien qu’elle se doutait qu’elle s’en ficherait pas mal. Mais il fallait que le plus de monde possible sachent, au cas où…

Quand sa famille fut avertie, elle eut droit à une vague d’inquiétude. Sa mère ayant même appelé la police qui lui répondit qu’ils ne pouvaient rien faire, c’était à leur fille de le signaler. Marlène et Swan furent, eux aussi, inquiets de la tournure que cela prenait.

Mais c’est en parlant à sa patronne que la chose prit une tournure surprenante.

« – Attendez Eva ! Quoi ?

  • Je suis… harcelée par une personne.
  • Oui, ça j’ai compris, mais il ressemble à quoi cet homme ?
  • Je ne sais pas si c’est un homme.
  • Mais il ressemble à quoi ?
  • Il porte toujours un trench-coat, un chapeau et des bottes de ville.
  • C’est pas possible !
  • Madame ?
  • Mais non !
  • Vous avez un problème madame ?
  • Eva dite moi… cet homme… il vous a contacter ? Il vous a donné de l’argent pour votre carrière ?
  • Oui comme je vous l’ai dit…
  • Non ! Non ! Je refuse que… n’acceptez jamais son invitation ni son argent !
  • Mais vous le connaissez ?
  • Oh oui je le connais ! Et je refuse. Oui je refuse que vous vous mettiez en contact avec lui !
  • Je n’ai jamais parlé avec lui… mais qui est-ce madame ?
  • Vous n’avez pas besoin de le savoir, ne le contactez pas c’est tout ce que je vous… consei… je vous l’interdît !
  • Mais… dites-moi moi ce que tout cela signifie !
  • Écoutez, ignorez-le.
  • C’est ce…
  • Écoutez, j’ai… un changement d’agenda, je dois… aller… faire quelque chose. Rentrez chez vous et surtout restez-y… enfin je veux dire n’y allait pas… enfin. Allez, du balai laissez-moi. Vous êtes en repos aujourd’hui.
  • Mais…
  • Pas de question, allez ! »

Eva rentra chez elle, jetant des coups d’oeil à chaque coin de rue, à chaque fenêtre. En rentrant chez elle, elle découvrit une nouvelle enveloppe. Non timbrée, sans adresse. Elle hésita à l’ouvrir mais quelque chose la poussa à satisfaire sa curiosité, surtout depuis que sa tyrannique patronne semblait connaître cette inconnu.

En plus d’une autre coupure de billets, la jeune femme sortie une lettre de l’enveloppe.

« Ma chère Eva ;

Votre tour est venu de prendre la relève ! Je vous invite à me rejoindre au 75 street Corner vers 21 h. Entrez dans le vieux pub appelé « Le Trèfle », demandez au barman un « cocktail de jus de citron vert bien épicé ». Il vous demandera de le suivre. Suivez-le sans crainte. Il vous mènera jusqu’à moi. Là, vous aurait les réponses à vos questions.

Je comprends que vous ayez peur. Je ne peux que vous rassurer et vous dire que tout se passera bien. Je ne vous veux aucun mal. Au contraire, je pense vous aider pour votre carrière et votre futur.

Venez seule surtout.

Je vous offre une opportunité. Nous aurons amplement l’occasion d’en discuter.

Ayez confiance et n’écoutez pas votre patronne, Madame Wintord. Je ne vous veux aucun mal.

Sincèrement.

Votre ‘predateur’. »

Eva posa la lettre après l’avoir relue trois fois.

Étonnamment, elle n’avait plus peur, en faite, elle l’aurait été si sa patronne n’avait pas été si alarmé par cette situation. Jamais elle ne l’avait vue si angoissée, stressée, à deux doigts de perdre contrôle. Venant d’une femme qui depuis trois ans n’avait jamais exprimée autant de peur qu’aujourd’hui, quelque chose en elle l’a poussé à avoir le fin mot de cette histoire.

Elle attendit seule 20h30. L’attente avait été presque insupportable, la jeune femme n’avait prévenu personne.

La jeune femme s’habilla confortablement, pas de talons, pas de robe. Parce qu’il lui faudrait peut-être être à l’aise en cas de pépin et pouvoir détaler rapidement.

Elle fit le chemin à pied, la nuit était tombée. Les rues restaient animées. Les gens faisaient la fête ou flânaient. Eva était, dans ses ruelles, la seule personne pressée.

Elle trouva le pub du « Trèfle », un petit bar dont l’entrée était sous la chaussée de la route, chose habituelle dans cette grande, vielle, mais moderne ville.

La jeune femme entra et se sentie dépaysée par le décor, très champêtre, typiquement irlandais, du pub.

Les quelques clients la regardèrent puis se détournèrent vivement. Eva se dirigea vers le barman, petit homme enrobé, les cheveux clairs, des yeux bleus perçants et fatigués, qui l’accueillit en lui demandant ce qu’elle désirait.

Eva paniqua quelque seconde, ne se rappelant plus ce qu’elle devait lui dire. Elle balbutia quelques mots avant de se ressaisir.

« Je voudrais un cocktail de citron vert bien épicé. »

À ces mots, le barman la regarda droit dans les yeux, la surprise s’afficha sur son visage le temps d’une seconde, puis, posant son torchon, il lui demanda à voix basse de le suivre.

L’irlandais l’emmena dans ce qui semblait être une terrasse, ils la traversèrent pour descendre un escalier. Arrivé devant une porte en bois massif, le barman sortit son trousseau et ouvrit la porte qui grinça bruyamment.

« – Veuillez entrer. »

Eva hésita, mais devant le regard sévère de l’irlandais, elle se sentit gênée de le déranger et de le faire attendre. Elle passa le seuil de la porte qui se referma violemment derrière elle, la serrure faisant retentir sa sinistre musique. Pas de retour possible.

Plongé dans les ténèbres, la lumière s’alluma brusquement. Eva vit où elle se trouvait, comme un immense parking souterrain dont on ne voyait pas la fin. Les murs étaient peints d’un gris métallisé et propres. La modernité détonnait comparée au pub très rustique.

Des immenses pilonnes en deux rangées, espacés régulièrement occupaient l’espace. Et une chaise avec une personne assise en plein milieu.

« – Donc tu es venue ! »

La voix raisonnée, c’était celle d’un homme.

« – Avance ma chère Eva avance. N’aie pas peur. C’est normal de l’être, mais ai confiance ! »

La voix était douce, aucune méchanceté ne semblait s’y loger, dans le ton et la manière de parler de l’homme.

Eva s’approcha lentement.

« – Je doutais que tu viendrais, vraiment. Mais je suis heureux. Cela me réconforte. J’ai encore fait le bon choix.

  • Quel bon choix ?
  • Approches ! On ne va pas se parler à dix mètres l’un de l’autre. Je te dois des explications. »

Eva accéléra le pas pour se retrouver enfin en face de l’homme, car enfin, elle eu la réponse à une de ses questions, c’était un homme, assez âgé d’ailleurs. Toujours habillé pareil. Il lui tendit la main.

« – Enfin, laisse-moi me présenter. Arthur Rockdweller.

  • Arthur Rock…
  • As-tu entendu parler de moi ?
  • Vous êtes le milliardaire qui possède…
  • Oui, enfin je ne suis pas qu’un milliardaire. Je suis heureux que tu connaisses mon nom !
  • Peu de personne dans cette ville ne vous connaît pas.
  • Sûrement… sûrement. À ma chère Eva ! Enfin ! Le temps est venu…
  • Que me voulez-vous à la fin ? Je commence à être… fatiguée de toute cette histoire.
  • Assieds-toi si tu le désires.
  • Non…
  • Si tu as envie pendant que je te parle n’hésite pas.
  • Ok…
  • Je vais mettre un terme à tout cela. Commençons par le commencement !
  • Ça serait… logique…
  • J’aime votre caractère !
  • Merci… je présume.
  • Votre patronne. Anna Windtord vous a-t-elle parlée de moi ?
  • Elle m’a dit de ne pas me…
  • Oui, elle t’a ordonné de ne jamais me rencontrer. Je le sais, je m’en doute. Aimes-tu ta patronne Eva ?
  • Évidemment…
  • Mensonge ! Elle est tyrannique !
  • Oui…
  • Je ne pensais pas qu’elle finirait comme ça quand elle était à ta place…
  • Comment ?
  • Nous en venons au dénouement. Vois-tu, Anna était comme toi, passionnée de mode, intelligente, travailleuse, douée. Je l’ai invité ici, au même endroit, il y a de ça environ 30 ans. J’étais déjà milliardaire, je contrôlais, et contrôle encore d’ailleurs, presque tous les journaux de la ville, j’avais et je possède encore les lieux mondains, fréquentés par tout le gratin huppé de cette ville et même du monde. Bars, restaurants, buildings d’affaires en tout genre, concessionnaire, magasins de luxe et tutti quanti. Mais pour ces derniers, il me manquait quelqu’un de confiance qui m’aiderait à m’installer durablement dans le milieu, me donnant de la crédibilité, que je pourrais… contrôler, sans jamais entraver le talent. Il y a de cela plusieurs décennies, j’ai jeté mon dévolu sur Anna. J’ai testé sa patience et sa personnalité tout comme je l’ai fait pour vous. J’aime m’engager personnellement envers les personnes que je recrute. Elle a tenu deux semaines. Deux semaines où je l’ai suivis partout jusqu’à ce qu’elle appelle la police. Évidemment, j’ai quelques contacts avec eux et je n’eus jamais de problème. J’aime m’amuser, j’ai trouvé qu’être suivie pendant deux semaines avant de craquer était un signe de… courage, d’abnégation, de compréhension. Je l’ai invité, ici même, il y a trente ans pour lui proposer l’argent et les locaux nécessaires pour devenir la prochaine grande créatrice de mode. Elle a acceptée. Tout s’est déroulé comme je le souhaitais jusqu’à ces dernières années. Je dirais il y a dix ans. Elle a pris beaucoup trop de liberté à mon goût, se comportant ignominieusement avec ses subalternes, imbue d’elle-même, s’amusant à torturer ses employés. Elle est devenue mutli-millionaire et pensait que le monde était à elle. Elle a oublié qui lui avait mis le pied à l’étrier. Qui l’avait aidé à commencer. Moi ! Je ne demandais rien à Eva, juste qu’elle continue à faire ce qu’elle sait faire de mieux, et de garder la tête froide, rester concentrée et passionnée. J’ai… plus ou moins attachés mon nom à son succès dans les soirées mondaines et très privées de mon cercle. Sauf que son comportement me fait honte maintenant. Depuis plus de dix ans, je cherchais quelqu’un de sa trempe pour la remplacer… disons… la concurrencer. Et je t’ai trouvé toi. Évidemment, elle avait flairé ton talent, pire, elle a essayé de te dompter, de te manipuler, de gâcher ton temps, de t’humilier. Mais j’ai décidé de te tester. Tu es resté beaucoup plus longtemps à me laisser te suivre. Pas de police non, mais un barista a essayé de me régler mon compte. Je ne t’en veux pas, c’étaient les règles du jeu. Et… vraiment… tu es une femme que j’admire. Comme Anna avait pu l’être et même mieux. Voici donc pourquoi tu es là. Je te propose autant d’argent que tu as besoin, des locaux et je veux que tu construises ton empire. Bien sûr, comme Anna, tu le dirigeras comme tu le voudras mais en tâchant de garder un comportement irréprochable. Ne gâche pas ton talent et ton travail à faire le mal autour de toi. Restes dignes et humbles. Donc… je te le propose maintenant. Veux-tu de mon argent, de mon influence, pour lancer ta carrière ? Je ne te demanderai strictement rien, excepté de faire aussi bien que tu le peux, de dépasser la maison de création d’Anna, et de demeurer digne. Et de ne pas oublier que… d’une manière ou d’une autre, nous serons liés, chaque chose que tu feras affectera ma réputation. Et vice-versa évidemment. Acceptes-tu ? »

Eva, abasourdie par ce long monologue, ne put trouver les mots pour répondre.

« – Tu peux réfléchir quelque minutes si tu le désires…

  • Je pense que je devrais réfléchir quelque jours…
  • Quelques jours Eva ? Vraiment ? Nous n’avons pas le temps, le temps sera la ressource la plus importante pour toi.
  • J’ai l’impression de…
  • Signer un pacte avec le diable ? Je m’en doutais. Écoute, tu n’as rien à signer. Si tu voulais un jour commencer ta propre maison de création, tu aurais à signer avec une banque, qui eux… ne te louperaient pas. Je te propose l’argent, l’influence, et aucune contrepartie sauf de mettre tout ton talent à profit de ta maison.
  • C’est… une caméra cachée ?
  • Vraiment ? Tu crois que je n’ai que cela à faire ?
  • Non mais c’est tellement… hallucinant.
  • Cette ville est hallucinante ! C’est la faute à cette ville ! »

Anna ferma les yeux et pensa à ce que sa mère lui dirait, écouter son instinct. Et son instinct lui disait qu’il fallait saisir cette opportunité. Jamais plus elle n’en aurait une autre comme celle-ci.

« – Oui…

  • Oui quoi ? Eva ça veux dire que tu es d’accord ?
  • Allons-y !
  • C’est ça ! Exactement ce que je désirais entendre ! »

À ce moment, Eva sentit sa vie changer. Elle serra la main de son bienfaiteur puis une personne arriva, sa secrétaire, puis un homme, son attaché de presse et une jeune femme aussi jeune qu’elle, son assistante. Elle sortit par une porte différente de celle par où elle était entrée. Une limousine l’attendait qui l’amena au pieds d’un gratte-ciel. Après être passée par des couloirs et un ascenseur, elle découvrit un espace immense organisé en bureaux, salle de réunions et tous les outils pour mener à bien une maison de création de mode.

Elle avait l’impression de connaître ces lieux avant de découvrir que ses locaux étaient situés en face de la maison de création d’Anna.

« – La folie de cette ville et de son argent… Potentia, Quinta… non… Domina. Agnès… notre maison, notre marque s’appellera : Domina. »

Jaskiers

Hééééééééééroïne !

Les sons des guitares saturées du Velvet Underground me vrillent les oreilles. C’est un séisme d’images démoniaques dans ma tête, de femmes nues faisant l’amour à des pieuvres.

Et la voix de Lou Reed, qu’il repose en paix, me berce.

Héééééééééroïne ! That’s my wife and that’s my life ahaha !

Putain tu aurais dû sentir ça, quand j’ai injecté le smack !

And when the smack begin to flow, iiiiii really don’t care anymore !

Je suis sûr que Debbie Harris a un jour déambulé dans cette ruelle, laisse moi lécher le sol et sentir son passage ici !

Shiny shiny ! Shiny boots of leather !

Merde c’est pas la bonne chanson, changes !

J’ai la trique rien que d’y penser. Je suis mon ami le rat messager du passé, il connaît le passé. Ça sert à rien mais connaître le futur ça serait déprimant donc je le suis ! Au galop.

And bleeeeeeeeed for me !

Toujours pas la bonne musique hey changes, échanges enfin !

Et la tête, de Médusa, la putain de ma rue, je suis sur que je vais la trouvé dans cette benne à ordure, car une pute, ça vie pas bien longtemps !

And you can’t help me now, you guys,
And all you sweet girls with all your sweet talk,

Et elle sucerai la banane de Andy Wharol. Des bastos dans le buffet, son repas sera complet. Pauvre femme, pauvre homme en manque d’amour. Les hommes, l’amour, ils pensent avec leurs bites, il faut lui couper la queue !

And all the politicians makin’ busy sounds,
And everybody puttin’ everybody else down,

Tu crois que je suis fou, mais en faite je vois beaucoup plus de chose que vous pourriez jamais en voir, enfilez-vous une dose de black tharp, faite passer l’aiguille, de toute façon, on meurt plus du sida non ? Tu l’as sûrement attrapé avec Médusa, ça et là chaude-pisse et la Chlamydia.

Because a mainer to my vein
Leads to a center in my head,
And then I’m better off than dead

Causes sale rat ! Quoi ? La benne à ordure m’appelle maintenant, j’arrive ma belle, tu sens meilleur que mes orteils. Pas solide comme phrase d’approche mais tu ouvre grande ta bouche avale moi !

I wish that I was born a thousand years ago

Un millier d’année c’est quoi quand tu connais le passé hein le rat ? Un millier d’années c’est une goutte d’eau dans l’Ocean de la connerie humaine qui croit que le temps c’est palpable et c’est aussi de l’argent oui maintenant le rat est une baleine, que dis tu Moby Dick ?

I wish that I’d sail the darkened seas,
On a great big clipper ship,
Going from this land here to that

On est tous des Achab sauf que notre noirceur on n’ose pas la montrer. NOON surtout pas hey on est civilisés connasse ! Et la baleine, c’est cette petite voix dans ta tête qui te dit de sauter sur les rails du métro. Cours, voles, navigues la vie et meurs comme tu en as envie hey connasse nages !

Then thank God that I’m as good as dead,
Then thank your God that I’m not aware,
And thank God that I just don’t care,

Oui en faite on aime les gens parce qu’on attends d’eux quelque chose et quand nous l’avons on les jettent, tant qu’à faire, on est des milliards, pas besoin d’être ami-ami avec tout le monde tu sais ! En plus c’est plein de germes leurs peaux et leurs pieds qui sentent le parmesans. Tu sais pourquoi les pieds puent ? Parce qu’ils sont près du sol. Si ça t’excite t’as un plus gros problème que moi mon gars, j’suis p’tetre un camé mais des types comme toi faudrait les enfermer et les castrer. Mettre ta bite à l’air et la coincer dans une porte et appuyer dessus jusqu’à ce que ça coupe !

And all the dead bodies piled up in mounds

Toute ces merdes que les gens jettent ! Tu cherches dans les poubelles d’une famille parfaite, tu apprends tout d’eux et tu les accostes et tu te fais passer pour un prophète à leur yeux. Écoutes, l’humain a appelé un animal « paresseux » t’rends compte ? Le toupet ! Je suis sur qu’eux ils nous appellent les gros connards !

I don’t know just where I’m going,
But I’m gonna try for the kingdom if I can

On va nul part car notre monde est vide, le vrai sens moi j’te le dis si tu veux c’est la mort. Des ténèbres rien après. Vas-y prends place tête de prostitué, laisse moi faire le garrot car oui y’avais bien ta ganache là dedans, entre une capote et une peau de clémentine que j’ai d’ailleurs consommé, la clémentine hein. Personne ne te cherchera pute, qui s’en soucis des putes ? Moi, moi regardes je t’accompagne dans cette benne, je pourrais utiliser ta tête comme un bang ! Si je meurs faite ça de ma tête plutôt que de fumer mes cendres.

When I put a spike into my vein,
And I’ll tell ‘ya, things aren’t quite the same,
When I’m rushin’ on my run,
And I feel just like Jesus’ son

Ah oui ! Donc y’a pas de vie après la mort non non ! Attend, tu crois que t’es important ? Tu crois vraiment qu’il y a un paradis et que tout ira bien là haut ? Mais bien sûr, le paradis pour chacun tu vois Moby, c’est subjectif donc impossible que le paradis puisse exister, ou bien il est personnel dans ce cas, on est seul aussi, mieux vaut les ténèbres ! Tu sais ce que ce serait le paradis pour un mâle ? Du sexe ! Pas très religieux enfin ça dépend laquelle je crois. Une existence éternelle passée entre les nichons brûlés à la cigarette de Médusa. Je te le dis, les aliens nous observent comme si on regardait une série télé, et connard, baisses le son !

Sunday morning, brings the dawn in

Ah c’est déjà le matin ? Mais où suis-je ? Mars et le Groenland en même temps. Laisse moi sortir poser un pied sur cette boue.

Watch out, the world’s behind you
There’s always someone around you who will call

Par derrière, par devant, peu importe. Mais qui frappe à la porte ! Tiens mais c’est le soleil, viens darder tes rayons sur les tétons ! Le soleil est bleu ici, tu rends compte Beethoven ? Putain. Hey la pute, regardes, Dick s’est transformée en Saint Bernard, drôle de non surtout qu’il est pas castré le clebs ! Hey le soleil, t’es marié avec la lune ?

I’ve got a feeling I don’t want to know

Réponds moi pas surtout. Hey ! Pourquoi mon corps se secoue. C’est électrique, je suis pas sadomasochiste mais je respire maintenant mieux ! Jamais d’asthme, l’héroïne tient bien son nom, ton corps, bam, c’est comme un rayon de soleil bleu !

It’s nothing at all

T’a changé de musique disque jockey ! Tu galopes c’est pour ça mes soubresauts. Et des humains se penchent sur moi, c’est flou, ça braille, ça pose des questions, c’est en uniforme ! Des intergalactiques, sûre que la NASA cache bien son jeu. La femelle me demande si je peux lui serrer la main, je le fais tant qu’à faire, si tu pouvais me serrer autre chose si vous voyez c’que j’veux dire ! Rassurez vous qu’elle me dit, vous êtes entre de bonnes mains ! Caressez-moi ! Merci femme, on va où, direction l’hôpital ! Blouse blanche comme la poudre, j’vais sniffer comme un toutou.

Bye bye Reed, apparement, l’enfer ne veut pas de moi tout de suite, on se dirige vers des gens qui sauvent d’autres gens pour devenirs riches. L’assurance va pas payer pour une overdose, je n’ai même pas le droit de crever en paix ! Je te le jure, demain j’arrête d’essayer de vivre droit, si l’on peut choisir de vivre comme on veut, hey bien on doit aussi pouvoir choisir de mourir comme nous le souhaitons. Un smack, un rail, une belle paire de fesses à déguster jusqu’à finir devant Saint-Michel. Alléluia que les peuples vivent en paix !

Ce texte a, évidemment, été inspiré par la musique de The Velvet Underground et le travail de William S. Burroughs.

Jaskiers

Naufrage au néant

Ce récit est inspiré par « Chtuluhu » d’H.P. Lovecraft et d’une histoire vraie : la mystérieuse disparition de l’équipage du Mary Celeste en novembre 1872.

Lettre retrouvée dans une bouteille sur les plages de St-Palais-sur-Mer en Charente-Maritime le 7 février 2022.

Voici le contenue de cette lettre traduite de l’anglais.

Mon nom est Benjamin Briggs, commandant du vaisseaux américain le Mary Celeste. Partis de New-York, États-Unis le 5 novembre 1872 avec pour destination Gêne, Italie.

Mon équipage comptait 7 matelots ainsi que ma femme et ma fille.

Le 16 novembre, nous nous sommes retrouvé face à une chose inexplicable qui entraina la disparition de tout l’équipage ainsi que celles de ma femme et de ma fille.

Nous voguions sur une l’attitude de 30* Nord et une longitude de 30* Ouest (ces coordonnées sont une estimation, ma mémoire me joue des tours), sur une mer relativement calme est dégagée quant une brume grise épaisse nous ai tombé dessus. Nous n’avions pas vu cette brume venir, elle est apparue d’un coup sur nous.

Quand je regardais mon baromètre, utile pour les prévisions météorologiques, il explosa. L’aiguille de ma boussole tournait avec une rapidité incroyable dans le sens des aiguilles d’une montre.

Dans cette brume épaisse, mes matelots me demandaient mes ordres, n’ayant aucune vision à plus de 50 centimètres devant moi, je leur ordonnais de ne rien changer, que nous ne faisions juste que passer à travers un phénomène de brume inexpliqué mais qu’il ne fallait pas s’inquiéter.

Les côtes du Portugal étaient encore loin, nous risquions seulement, comme on dit, de percuter un autre bateau mais je n’en avait repéré aucun avant la tombée de la brume.

Mes matelots criaient les ordres aux autres, de ne rien changer et d’attendre d’avoir traversé ce phénomène.

J’entendais ma femme et mon enfant, qui pleurait, me demandant ce qu’il se passait. Je répondis la même chose qu’à mes marins, que cette brume qui avait presque l’épaisseur d’une fumée à ce moment-là, allait disparaître ou bien que nous passerions à travers.

Une minutes plus tard, tandis que j’avais posé mes mains sur le gouvernail pour tenter de garder notre cap, une vague importante nous frappa à bâbord et fit tanguer notre vaisseau brusquement. Un grondement terrible bourdonna dans mes oreilles. J’en concluais que nous avions sûrement percuté un autre bateau. Impossible pourtant d’être sûr.

J’encourageais mes matelots à garder leurs sang froid, mais l’un d’eux se mit un pousser un cri terrible. Quand je demandai si il y avait un blessé, on me répondit de regarder à bâbord. Je n’eus même pas entendu la fin de la phrase du matelot terrorisé quand j’observa une immense forme sortir de l’eau à notre bâbord, dissipant la brume autour d’elle.

J’ai vu des choses étranges sur les mers, croyez-moi. Mais jamais je n’ai vue ni vécus pareille chose.

La forme qui sortait de l’eau comportait plusieurs faces, imaginé une immense sphère recouverte de miroir rectangulaire.

Ces miroirs ne reflétaient pas notre vaisseaux, je n’y voyais que des lumières, floues et ternes. Notre navire ne semblait pas avancer. J’eus peur de percuter cette chose, je tourna d’un quart mon gouvernail à tribord pour éviter tout risque d’être percuté ou soulevé par cette masse qui s’élevait sans cesse. Le bateau ne répondait pas aux mouvements du gouvernail. Quand je compris que cette énorme phénomène allait détruire où renverser notre navire, je donnais l’ordre de vive voix à mes matelots de descendre dans l’embarcation de sauvetage, qui heureusement se trouvait à tribord, immédiatement. J’allais chercher ma femme et ma fille dans mes quartiers.

Quand nous sortîmes des chambres, la masse était devenue translucide et ressemblait maintenant à une montagne, avec des sommets, des crevasses et une sorte de roche rose. Je ne pouvais distinguer, à ce moment-là, à quoi elle s’apparentait exactement. Certaines parties semblaient coniques, les pointes dirigées vers l’intérieur, mais en se déplaçant, les cônes semblait pointer vers l’extérieure. L’œil ne pouvait décrypter précisément la surface et ses caractéristiques.

La plupart des mes marins avaient déjà embarqués. Je mis ma femme et mon enfant dans l’embarquement et dis aux deux matelots, qui étaient courageusement restés sur le pont pour m’aider, de partir avec eux.

Des cris et des pleurs de protestations venant autant de ma femme, de ma fille que de mes matelots m’implorèrent de les suivre. Je leurs répondis que je devais savoir ce qu’il se passait, j’étais le commandant, il me fallait comprendre la situation.

Pour être honnête, j’avais prévu de fuir avec eux mais subitement, je me sentais attiré par cette chose. Elle m’appelait, non pas par des « voix » mais par des sensations. J’avais un besoin irrésistible de découvrir cette chose.

J’entendais le bastingage grincer coté bâbord, côté où l’énorme phénomène continuait son ascension. Notre navire n’allait pas tarder à dessaler. Mais je n’avais pas peur.

J’ordonnais avec autorité à mes matelots de partir le plus loin possible d’ici.

Ils partirent rapidement, les pleurs de ma fille retentissaient, mais je n’en avais cure.

Je me retrouvai donc seul, sur le pont. La masse continuait à surgir de l’eau lentement.

Je m’approchais donc de ce phénomène et le touchais. La surface était lisse et froide, moins froide que je ne le pensais de prime abord. La masse arrêta immédiatement son ascension. Un nouveau grondement terrible résonna dans mes oreilles. Une sensation m’ordonna d’escalader le monticule. Ce que je fis.

Bien que la surface était d’apparence impraticable, je n’avais aucun mal à l’escalader. Je montai comme une araignée sur son flanc inégale et à la surface parfois concave ou abrupte. Une sensation m’ordonna d’en faire le tour, je m’exécutais jusqu’à arriver sur une plateforme, lisse et brillante. La brume s’était complètement dissipée. Je vis mon bateau à environ 1 mille, il avançait rapidement, les voiles étaient gonflées par un vent puissant.

À mon grand malheurs, je vis apparaître de sous l’eau l’embarcation de sauvetage, vide. Aucune trace de ma femme, de ma fille ou de mes matelots.

Un silence terrible s’installa. Les vagues qui percutaient ce terrible rocher ne faisaient aucun bruit. Le sommeil m’envahissais, je ne pouvais lutter et ferma les yeux.

Je me réveillais au même endroit, sur cette sorte de promontoire lisse. Trois hommes étaient assis et me regardèrent me réveiller. Je pensais que c’était mes matelots mais ces hommes étaient barbus et avait une mine fatiguée. Je criais à l’aide en proie à une panique terrible, leur expliquant ce qu’il m’était arrivé.

Ils me répondirent que la même chose c’était produite pour eux. Ils ne savaient pas depuis combien de temps ils étaient là. Mais ils m’apprirent quelque chose de terrifiant. Les vaisseaux qui passaient par là ne les voyaient pas. Nous étions comme invisibles pour eux.

Plus terrifiant encore, il me parlèrent d’une sorte d’énorme pieuvre, un corps de la taille et de l’épaisseur de cinq baleines réunis avec des tentacules immenses, faisait parfois surface et que cette créature leur parlait un langage qu’ils ne comprenaient pas ni n’avait jamais entendus. Nous sommes marins depuis plus de vingts ans chacun, nous avons entendu sûrement toute les langues du monde. Impossible pourtant de comprendre une bribe de ce que disait la créature. Ce n’était presque pas un langage, plus une sensation. Selon eux.

J’étais à la fois très sceptique et en même temps, plus rien ne m’étonnait vraiment. Et cette sensation, je l’avais ressentis aussi, en quelque sorte.

Quand je demandais comment ils se nourrissaient, ils me répondirent qu’ils n’avaient jamais faim ni soif, que le plus dur ici, c’était l’attente, le fait de ne jamais être vus par les autres navires et les apparitions de la créatures qui étaient terrifiantes et leurs drainaient leurs forces.

Comme je l’ai écris plus haut, ils n’avaient aucune idée du temps qu’ils avaient passé sur cette énorme plateforme. Ils me dirent que j’avais sûrement dormis pendant environ une semaine entière ! Et que la créature était venue m’observer dormir, qu’elle me toucha même avec une de ses tentacules.

Je n’y croyais pas quand d’un seul coup, des tentacules apparurent sur le bord de la plateforme et je vis l’immense pieuvre sortir promptement. Ses yeux pouvaient faire la taille d’un vaisseau de guerre. La peau rougeâtre et visqueuse.

Là, je compris ce que les hommes voulaient dires quand ils parlaient du langage de la pieuvre. Des sons et des sensations m’envahissaient. Déjà terrifié par la taille de la créature, s’ajoutait à cela des sentiments de colère, de tristesse et de confusion. C’était comme-ci je répondait au charabia de cette créature par mes sentiments, sentiments que je ne contrôlait aucunement. Comme-ci elle forçait mon âme à lui répondre et que mon âme lui répondait sans aucun contrôle de ma part.

Je ne puis dire combien de temps cela dura. Puis je me suis évanoui.

À mon réveil, les deux hommes qui étaient avec moi n’étaient plus là, aucunes traces.

Je n’avais pas faim, ni froid, ni soif.

Ma femme et ma fille étaient-elle vivantes ? Et mes matelots ?

Pris de colère, je criais et pleurais longuement quand la créature réapparût. Bien que terrifié, je lui demandais dans ma langue ce qu’ils leurs étaient arrivés. Je sentis une profonde tristesse m’assaillir après le balbutiement de la bête. Puis un apaisement.

Elle approcha un de ses énormes yeux sur moi, semblant me scruter. Puis elle repartit dans la mer.

Je vis un vaisseaux passer. Malgré que je sache pertinemment qu’ils ne me verraient pas, je criais et agitais mes bras. Je courus dans leurs direction, je voulais rejoindre la mer mais bien que j’avais beau courir à toute allure, je ne vît jamais le bord du promontoire, et le navire ne s’était pas rapproché non plus. C’était comme si j’avais couru sur place.

Fou de colère et de tristesse, je frappais la surface du promontoire de mes poings, espérant attirer l’attention de la créature et lui demander se qu’elle me voulait.

Puis, j’eus l’impression de tomber et mon corps s’affaissa.

Je me réveilla, sans doute m’étais-je évanouis encore, et trouva à mes pieds des feuilles, une plume et un encrier ainsi qu’une bouteille en verre.

Voici mon histoire, je suis encore vivant mais dans un endroit où je ne suis rien de plus qu’un fantôme.

Si vous trouvez cette lettre, je vous pris de rechercher ma femme, Sarah Briggs et ma fille Sophia, et de leurs dire que je suis vivant. Mon fils, qui n’était pas avec nous dans le vaisseau, s’appelle Arthur Briggs et vit actuellement avec sa grand-mère à New-York.

Les matelots qui étaient avec moi : Albert Richardson, Andrew Gilling, Edward Head, les frères Lorenzen et Boz Volkert, Arian Martens et Gottlieb Goodschaad. Tous étaient d’excellents marins.

À ma famille, je vous aimes.

Au monde entier, des choses plus vieux que la planète semblent nous attendre dans les profondeurs des Mers et Océans.

Adieux !

Signé : Benjamin Brigg, commandant du Mary Celeste.

Gravure du Mary Céleste telle qu’elle aurait été retrouvée : source Wikipedia.

Jaskiers

Mon enfance dans le Bronx, enfin presque.

Jaskiers ?! Tu viens du Bronx ?!

Oui ! Enfin… presque ?

Avez vous entendu parler du groupe de musique dont les musiciens tapent sur des énormes bidons à coup d’énormes baguettes (pas de pain hein) et qui s’appel : Les Tambours du Bronx ?

Les Tambours du Bronx (crédit photo : Wikipedia)

Qu’importe votre réponse, si vous connaissez ou pas, recherchez sur YouTube et vous trouverez.

Mais quel rapport avec moi ? (Parce que vous êtes sur mon blog et que je suis peut-être mégalo, tout doit se rapporter à moi ici !)

Les Tambours du Bronx et ma petite personne avons en commun d’être nés au même endroit. Un commune de la Nièvre, accolée à Nevers.

Une partie de cette commune est appelée le Bronx, pourquoi ? Laissons répondre Wikipedia : « Leur nom vient d’un quartier de la commune surnommé « Le Bronx » à cause de son quadrillage de rues et de ses alignements de maisons identiques, de couleur sombre. »

Le Bronx à New-York (source photo : lonelyplanet.fr)

Autant vous dire que ce groupe de musique était notre fierté à tous.

Cette partie de la ville était juste en face de mon appartement, quand j’étais gamin. Cette ville de la Nièvre, sans grande prétention mais somme toute belle, est avec moi, est attaché à mon être. J’y retourne avec plaisir et nostalgie, les plus belles années de ma vie me reviennent en mémoire.

Une amie d’enfance m’a dis un jour que son compagnon ne comprenait pas pourquoi les habitants de cette petite commune étaient si attachés à cette dernière.

Je n’ai pas d’explication, c’est presque dans ma chair, une sorte de havre, My Hometown, j’y ai arpenté tous les recoins, j’y ai appris à lire, à écrire (avec des fautes), à compter, à jouer au foot et au Basket. J’y ai eu mes premiers amours, mon premier vrai amour, des drames, des joies, des soucis et des succès, des ami(e)s, des meilleurs amis, des bagarres, des emmerdes, mes premières rencontre avec la Police, la première fois où j’ai vu quelqu’un dégainer une arme et rentrer dans la partie cave de mon appartement…

Tellement de chose qui font que cette ville fait partit de moi.

Elle est mon Ithaque, et je suis Ulysse… Non disons plutôt un mélange d’Ulysse dont j’expliquerai que son talent pour la ruse viendrait de l’anxiété et Telemaque, l’enfant devenant adulte, ou presque. On dirait aujourd’hui, en utilisant la Novlangue (AKA À – NOTRE – ÉPOQUE – ON – A – DES – MOTS – POUR – TOUS – NOS – MAUX – !) que je suis un adulescent.

Excusez mon écart, j’ai lu il y a quelques jours « Un été avec Homère » de Tesson, le passage où il nous parle du lecteur et de son identification avec un des héros Homériques. Autant jouer le jeu !

A noter aussi cette théorie de Tesson dans cet ouvrage : nous sommes hantés par le lieu qui nous a vue naître, par le lieu où nous avons le plus vécus, ou où nous vivons (ou avons vécus) le plus d’émotions. C’est une sorte de possession qui s’emparerait de l’écrivain, nous devons voir dans un récit l’influence du lieu sur son auteur. L’art de l’artiste est habité par son environnement.

Et n’oublions pas non plus l’influence de l’endroit d’où l’on vient.

L’influence d’Ulysse de James Joyce, que je viens de terminer, tant a apporté une certaine crédibilité à la théorie de Tesson. James Joyce et Dublin. Et vice-versa ?

Pour finir, un article arrivera dans les prochaines semaines voir prochains mois, portant sur la littérature et New-York. Il me faut le temps, et surtout l’argent, pour réunir les ouvrages que j’ai prévus de me procurer.

D’ici là, si vous avez écris sur New-York, n’hésitez pas à partager vos article dans les commentaires. Même des anecdotes, des récits de voyage, pourquoi pas ?! Je me ferai un plaisir de les lire !

Patria est ubicumque est bene

Jaskiers

Voyage littéraire à New-York… un article échoué.

L’envie de voyager à New York m’a pris par surprise.

Il y a presque 1 an de ça, je voulais l’Alaska, la tranquillité, la nature, la beauté, le sauvage, l’animal, l’indomptable et rien d’autre.

Et voici que maintenant, c’est au tour de la Grosse Pomme de m’obséder.

Ce que je connais de New-York ? Malheureusement, mon premier souvenir est le 11 septembre. Il fallait que je le mentionne dans cet article. J’avais 7 ans et j’étais devant ma télévision, comme sûrement beaucoup d’entre-vous.

Puis-je parler de ma génération comme la génération des attentats sur les Tours Jumelles ?

J’ai vu en direct cette horreur, je pense que ma mémoire me fait défaut, et je ne veux pas vérifier sur internet, mais je crois me rappeler avoir vu le deuxième avion de ligne percuter la deuxième tour. En live.

Je me rappel avoir été confus. C’était à la télévision, ça avait quelques choses de… cinématique ? Je sais que ces propos peuvent choquer, mais je n’ai pas compris de suite ce qu’il s’est passé. Il a fallu l’intervention d’un proche, mon frère en l’occurrence, pour m’expliquer que c’était réel, que des gens étaient en train de mourrir, sous nos yeux.

Et comme n’importe quel gamin, j’ai demandé pourquoi ? Les morts, la mort, dans ma petite tête d’idiot, ça n’avait pas encore de sens, ou du moins peu.

Le terrorisme ? Encore moins. Aller expliquer à un gamin que des adultes tuent d’autres gens « juste » pour nous faire peur. Les enfants comprennent bien des choses, mais pas ça. Ce qui fait peur, c’est les monstres et les monstres ne ressemblent pas à des humains quand nous sommes enfants.

Le jour d’école qui a suivis, tous le monde parlaient des attentats. Nous confondions l’Amérique et l’Irak et l’Afghanistan, les méchants et les gentils.

Je me rappel qu’en classe, on nous avait distribué « Le Petit Quotidien » expliquant, du moins essayant d’expliquer ce qui s’était passé.

Le Petit Quotidien était un petit magazine en papier destiné aux enfants et qui était parfois distribué en classe, en tous cas dans mon école (publique je précise). C’était toujours un petit moment de joie de recevoir ce petit journal, c’était vraiment intéressant. Je ne me souviens plus par contre si, après l’avoir lu, j’avais mieux compris les « raisons » et les conséquences. Enfin si, les conséquences, à mon niveau, c’était l’arrivé de nouveaux mots dans mon vocabulaire : « Terrorisme », « U.S.A. », « Irak », « Armes de destructions massives », « détournement »,« plan vigipirate » ect…

Le plan vigipirate était quelque chose de concret pour moi. La première fois que je l’ai entendu, j’ai bien sûr, dans mon innocence, pensé aux pirates, aux corsaires, aux types barbus aux visages scarifié avec un perroquet sur l’épaule, un crochet à la place d’une main, une jambe de bois, sur leurs vaisseaux fait de bric et de brac avec un drapeau avec une tête de mort blanc sur fond noir (maintenant, un autre drapeau avec les mêmes couleurs et bien plus terrifiant qu’il existe vraiment essaie de faire régner la terreur…) flottant au sommet du mât, prêt à aborder n’importe quel autres bateaux.

Ma mère m’a expliqué, tant bien que mal ce que signifiait ce terme. J’ai vite compris, d’autant qu’il était plus facile de l’expliquer, et pour ma petite personne, de comprendre, quand il était devenu interdit de se garer devant l’école, des grilles venaient d’être placées devant mon école primaire avec sur chacune d’elles un triangle rouge marqué « plan Vigipirate ».

Et puis, nous pourrions en venir aussi à 2015. Là le choc a été terrible.

Ne nous méprenons pas, je n’ai perdu aucun proche, je n’ai pas été blessé, personne que je connais n’y était, ce soir là.

Quand j’ai vu l’âge des victimes, les lieux du massacres, je me suis dis que c’était ma génération que l’on attaquait. Certain(e)s victimes avaient mon âge. J’aurais très bien pu, si j’avais vécus à Paris, être avec eux.

J’allais dans des bars, des boites de nuits, avec mes ami(e)s dans ma petite bourgade de province. On c’était attaqué à mon identité et à ma liberté. Paris était certes loin mais le choc a résonné et a terriblement secoué la jeunesse française.

J’étais tellement en colère et triste à la fois. Même aujourd’hui. Je me sens pitoyable car je n’ai pas était une victime de ces attentats, comme je l’ai dis je n’ai perdu personne. Je n’ai pas été meurtri dans ma chair. Ma colère et ma douleur n’était (n’est ?) rien en comparaison des victimes de ces horreurs.

C’était une jeunesse insouciante qu’ils avaient massacrées. Une jeunesse qui veut changer le monde mais qui avait aussi besoin de s’amuser, de danser, d’aimer, d’être encore insouciante avant que le futur l’attrape et lui impose des responsabilités.

Ils ont souillé notre jeunesse dès le 11 septembre 2001.

Blâmez autant que vous voulez cette jeunesse, mais nous avons grandis dans, ou plutôt, à travers, cette terreur et maintenant, nous et les générations encore plus jeunes faisons les frais d’une pandémie qui fait de notre futur un futur plus sombre qu’il ne l’était avant l’arrivé du virus.

Ma génération a déjà vécu plusieurs temps, l’après et l’avant 11 septembre, après et avant les attaques sur Paris, l’après (y’en aura-t-il un ?) et l’avant coronavirus.

Ce qui devait être un article sur New-York c’est retrouvé être un article tout autre. Plus sombre. Je reviendrai parler de la ville qui ne dort jamais, de ce que je voulais vraiment écrire à propos de cette ville, c’est-à-dire voyager à New-York avec les livres.

Je voulais finir cet article en disant que je fais la différence entre religieux et terroristes. J’ai eu la chance de grandir avec des musulmans, des juifs, des chrétiens, des athées ect… J’en suis heureux car je me rappel de cette époque, enfant, ou la religion, ou la couleur de peau n’avait aucune valeurs à nos yeux. On jouait au foot, on s’amusait sans jamais, jamais, faire de différence. Il n’y a que les adultes pour faire de ces choses une excuse pour justifier leur propre mal-être. Il faut être un adulte pour se concentrer sur ces choses, il faut être névrosé, rester hermétique à tout changement et aux opinions des autres pour inculquer la haine.

L’adulte est un enfant qui croit que sa vie est dure à cause des autres. L’enfer, c’est les autres comme nous le disait Sartre. Freud nous dirait que c’est à cause de notre mère. Mais au final, moi, je dis que c’est l’ignorance, le fait de se croire supérieur, le fait d’avoir oublié que quand vous étiez gamin, la religion des autres vous importez peu, même pas du tout. Que le principal, c’était de chasser des dragons dans un donjon ou d’être une princesse parlant aux animaux. Ça vous l’avez oublié. Pourtant, relisez L’Iliade et l’Odyssey d’Homère, vous verrez que même adulte, vous serez transporter, retour aux sources de l’imagination, celle qui vous fait réaliser que le dragon que vous chevauchiez, que la princesse parlant avec les dauphins sont encore là. Laissez cette imagination, cette innocence reprendre du terrain sur la morbidité qu’est la vie d’adulte.

Pour finir, le terroriste n’est pas un religieux. Il viole la religion et l’utilise comme bouclier pour « justifier » ses agissements. Il ment et manipule, au nom d’une religion qui, elle, ne prône pas l’assassinat, la torture ni les massacres.

Restons solidaires et fraternels. Qu’importe la religion, restons ferme contre ceux qui pensent pouvoir nous diviser, nous monter les uns contre les autres, nous dires d’avoir peur de l’autre car il est différent. La différence n’est pas un mal mais un atout, c’est cliché mais nous pourrions au moins essayer.

La tolérance, ce que nous avons besoin pour rester unis.

Divide et impera disait Machiavel.

Ne nous laissons pas berner par la haine et la terreur. Nous avançons beaucoup plus, plus loin, ensemble.

À bientôt, j’espère, pour mon article sur New-York, ses écrivains et ses livres.

Jaskiers

Pulp par Ed Brubaker & Sean Phillips

Quatrième de couverture :

Que decide-tu de faire de ta vie quand tu t’attends à mourrir jeune, mais que cela n’arrive pas ?…

Auparavant, Max Winter portait un autre nom. Mais c’était dans une autre vie, il y a longtemps.

Maintenant, ce sont les années 1930 à New-York, et Max survit en écrivant des histoires romancées de l’homme qu’il était pour les pulps ; des récits qui parlent d’une frontière oubliée et de hors-la-loi du Far West qui faisaient régner la justice des revolvers à la main.

Mais alors que sa vie s’effiloche, et qu’il voit le monde s’engouffrer lentement vers la guerre face aux nazis en Europe aussi bien que dans les rues de New-York, Max se remet à penser comme un hors-la-loi…

Et une fois engagé sur cette voie, il n’y a pas de retour en arrière possible.

La Dream Team composée de Ed Brubaker & Sean Phillips fait à nouveau mouche, en proposant un récit complet plein de fureur et de sang, situé dans un New York des années 1930, gangrené par les guerres des gangs et la présence rampante des nazis.

Le titre Pulp m’a directement attiré. Les pulps dans les années 1930 à 1960 étaient, aux États-Unis, de courtes histoires souvent violentes, gores, stéréotypées, hyper sexuées (limite sexistes disons-le) et très populaires dû au fait qu’ils étaient à bas prix, imprimés sur du papier de très mauvaise qualité. D’ailleurs, un certain Stephen King a grandi avec ces pulps et ont été et son encore une de ses inspirations.

Bon le titre est une chose, mais la couverture. Ça sentait un peu le western, et un sacré coup de crayon !

Et puis, j’avais entendu parler de Ed Brubaker. Scénaristes de BD à succès, écrivant pour un public adulte (attention, quand je dis public adulte, je ne parle pas de BD holé holé on se comprend !) et dont le nom apparaît sur plusieurs ouvrages qui semblent vraiment intéressant.

Donc, j’ai pris cette bande-dessinée et voici ce que j’en pense.

Une claque magistrale ! Le genre de bande dessinée que vous pouvez donner à un snob des BD et qui peut lui faire oublier ses aprioris sur cet art.

Un scénario brutale, pourtant tellement humain, des dialogues qui tiennent la route. Pas de pathos. Le rythme est parfais. Les dessins sont impressionnants. J’ai adoré les gros-plans sur les personnages comme dans les vieux westerns spaghettis, tellement de talent, tellement réel !

L’encrage est excellent, atypique mais pas dérangeant pour autant. C’est beau. Le jeu sur les ombres est magnifique. Maitrise parfaite du sujet.

C’est violent et émouvant. On sent la colère du personnage principal, on comprend ses motifs, on frissonne. Ça bastonne, ça tire mais c’est aussi psychologique, tendu, plein de suspens. Je l’ai déjà dis, le rythme est excellent. Je n’en dirai pas plus, je vous réserve la surprise de l’histoire, surprenante mais qui tient la route.

On le lit d’une traite. Malheureusement, comme la plupart des BD, je l’ai trouvé trop court, mais j’ai adoré et j’ai encore beaucoup à découvrir du duo Brubaker et Phillips. Ces deux là semblent maîtriser leur sujet à la perfection.

Laissez une chance à cette BD et je doute que vous le regrettiez !

Jaskiers

La vie est un roman de Guillaume Musso

Quatrième de couverture :

Pour lui, tout est écrit d’avance.

Pour elle, tout reste à écrire.

« Un jour d’avril, ma fille de trois ans, Carrie, a disparu alors que nous jouions toutes les deux à cache-cache dans mon appartement de Brooklyn. »

Ainsi début le récit de Flora Conway, romancière renommée à la discrétion légendaire. La disparition de Carrie n’a aucune explication. La porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, les caméras de ce vieil immeuble new-yorkais ne montrent pas d’intrusion. L’enquête de police n’a rien donné.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un écrivain au cœur broyé se terre dans une maison délabrée.

Lui seul détient la clé du mystère.

Et Flora va le débusquer.

Une lecture à nulle autre pareille. En trois actes et deux coups de théâtre, Guillaume Musso nous immerge dans une histoire étourdissante qui puise sa force dans le pouvoir des livres et la rage de vivre de ses personnages.

Mon premier Musso ! J’ai l’impression qu’en France, on se doit de proclamer que nous lisons Musso tant l’écrivain a du succès.

J’ai ouvert se livre par curiosité, j’ai beaucoup entendu parler de l’auteur. Nous n’avons rien à perdre à ouvrir un livre, nous avons tout à découvrir !

Et l’histoire m’a happé !

Le livre regorge de références littéraires, il est vrai, comme écrit sur la quatrième de couverture, que Guillaume Musso a voulu partager son amour des livres dans cette histoire digne du Mystère de la chambre jaune. D’ailleurs, ce dernier est mentionné dans le livre, ainsi que Carrie de Stephen King et de plein d’autres références agréables à rencontrer lors de la lecture. On s’attache encore plus à l’histoire grâce à ces mentions. Pour moi du moins.

C’est une plongée dans l’univers de deux écrivains, ces derniers vont se croiser d’une manière surprenante. Comme, peut-être, seul un ou une écrivain(e) peut nous pondre.

Musso tire à boulet rouge, (ou est-ce juste son personnage ?), là est toute la puissance de l’écriture, sur les médias, avides de sensations plus que d’informations dès les premières pages. Même si dernièrement, avec l’avènement des Fake News, certains médias se revendiquent sérieux, basés sur les faits, bien sur, nous pouvons en douter, et l’auteur n’est pas dupe. Avec Internet et la guerre des clics, tout à changé. On appâte le lecteur, ou devrais-je dire le consommateur, avec des méthodes racoleuses dignes des magasines peoples.

Extrait :

Et cet écho médiatique est le pire des juges. Il ne s’embarrasse d’aucune preuve, d’aucune réflexion, d’aucune nuance. Il ne cherche pas la vérité, mais le spectacle. Il va au plus court, à l’anecdotique, se nourrissant de la séduction facile des images, de la paresse et de la presse et de ses lecteurs abêtis par la servitude du clic. La disparition de ma fille, le drame qui me dévaste n’est pour eux qu’un divertissement, un spectacle, un objet de bons mots et de ricanements. Pour être honnête, ce traitement est loin d’être l’apanage de supports bas de gamme ou populaires. D’autres médias prétendument sérieux s’en donnent à cœur joie. Ils aiment autant que les autres se rouler dans la fange avec les porcs, mais ils ne l’assument pas tout à fait. Alors, toute honte bue, ils repeignent leurs voyeurismes avec les habits de l’ « investigation ». Le mot magique qui justifie leur fascination morbide et leur harcèlement.

Mais ce n’est pas du tous le sujet principal du livre, qui est l’écriture et le métier d’écrivain. J’ai aimé ces passages, ce roman est presque didactique. D’ailleurs il y a une mention de la méthode de travail de Stephen King, que j’apprécie beaucoup personnellement.

King ne travail pas nécessairement avec un plan, plutôt une idée. Il se fait guider par ses personnages plutôt que l’inverse. Méthode casse-gueule à souhait mais que j’adore. Quand j’écris de la fiction, j’aime me faire guider par les personnages, je ne sais pas où ils vont. Et comme je ne sais pas où ils vont, le lecteur non plus, impossible que ni moi, ni le lecteur, n’en sachions d’avantages au fil de notre lecture/écriture. La fin de l’histoire (et même l’histoire entière ?) avec la méthode de Stephen King est une surprise pour le lecteur ET pour l’écrivain.

Mais voici quelques extraits concernant l’écriture glanés dans le livre (pas de spoiler) :

[…] Parce que je suis romancière dans l’âme. Parce que c’est mon truc, peut-être mon seul talent, en tous cas, ce que je sais faire de mieux que les autres : capter chez les gens quelque chose qu’ils ignorent d’eux mêmes.

[…] « Si tu me fais confiance, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour ton livre. » Comme j’avais l’impression que mon livre, c’était moi, j’entendis : « Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour TOI. »

La douleur, c’est le meilleur carburant de l’écriture.

C’était ce qu’on attendait d’un écrivain prétendument sérieux : qu’il défende l’idéal d’une écriture esthétique, intellectuelle, n’ayant d’autre but que la forme […] La vérité, c’est que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’avais même toujours pensé l’inverse : que la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire du réel ou de panser les plaies infligées par la violence alentour.

Il faut une énergie hors du commun pour écrire. Une force physique et mentale.

Écrire n’a jamais été pour moi un loisir. C’est un engagement total. « Un manière spéciale de vivre », disait Flaubert ; « Une drogue », renchérissait Lobo Antunes : « On commence pour le plaisir, on finit par organiser sa vie autour de son vice. »

J’aimais cette idée de me lancer sans connaître le fin mot de l’intrigue. C’était la « méthode Stephen King », qui pensait que les histoires préexistaient à elles-mêmes. Qu’elles étaient comme des fossiles dans le sol que le romancier devait déterrer au fil de l’écriture sans savoir s’il s’agissait d’un squelette de dinosaure ou de raton laveur.

[…] j’étais plongé dans une sorte d’univers parallèle habité par des êtres imaginaires dont les problèmes m’accaparaient nuit et jour. […] je ne connaissais toujours pas mode d’emploi pour écrire un livre. Pour la bonne et simple raison que celui-ci n’existait pas. […] Chaque fois, c’était se retrouver pieds nus devant l’Himalaya. Chaque fois, il m’en coûtent davantage d’extraire à nouveau quelque chose de moi pour le restituer à travers la fiction.

[…] une interview de Stephen King dans laquelle il disait en substance que mettre en scène ses démons à travers la fiction était une vieille technique thérapeutique, un exorcisme qui lui permettait de vomir sur le papier sa rage, sa haine et sa frustration. « En plus, je suis payé pour ça, remarquait le King. Il y a des types dans des cellules capitonnées partout dans le monde qui n’ont pas cette chance. »

[…] la méthode Lobo Antunes : « L’homme souffre et l’écrivain de demande comment utiliser cette souffrance dans son travail. »

Revenons au roman. Qu’en dire ? Je ne me pardonnerai pas de trop vous en dire.

C’est une belle expérience. Enfin « belle » n’est pas exactement le mot adéquat, disons surprenante. L’histoire, la narration et la composition sont original, j’aime ces romans écrits de manière atypique (d’ailleurs, Stephen King aime aussi ce genre de narration). Et si comme moi, vous êtes obsédé par Shutter Island et autre roman à caractère psychologique et avec de gros rebondissements, le livre est fait pour vous ! De plus, si vous aimez la littérature en général, les nombreuses mentions d’écrivains et d’œuvres de tout bords vous scotcherons à se livre, comme ça à été le cas pour moi. Le livre contient énormément de réflexions, de leçons sur la créativité. Il est aussi intéressant de plonger dans le monde de l’édition, dans ce cas, d’une manière assez effrayante.

Un roman sur les écrivains, pour leurs lecteurs, pour comprendre ou toucher du doigt la folie qu’est la créativité.

Musso m’a-t-il réconcilié avec la littérature française ? Peut-être, mais c’est personnel et ça, vous vous en foutez sûrement et à juste raison !

En attendant de m’attaquer à un bon gros pavé pondu par notre seul et unique Sylvain Tesson, j’espère que cet article vous a plus, du moins qu’il vous ai donné envie de le lire, et à mes lecteurs étrangers de s’essayer au roman français « moderne ».

Jaskiers

Boddah

Never met a wise man, if so it’s a woman – Nirvana
One more special message to go, as defense I’m neutered and sprayed, what the hell am I trying to say ? – Nirvana

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Don’t hurt yourself, I want some help to help myself, She´s just as bored as me. – Nirvana
When I was an alien – Nirvana
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We feed off of each other. We can share our endorphins. – Nirvana

Jaskiers