Pensées d’un carnet

Sur mes pages vierges son crayon glisse. Parfois les courbes sont belles, souples, amples. Parfois les lettres sont serrées, les unes contre les autres, aplaties. Elles peuvent parfois être striées, abruptes.

Chaque fois, son écriture est différente. Il appose toujours son encre à la même heure, tous les jours. Racontant les mêmes choses, les journées se répètent, donc souvent les mêmes mots, les mêmes phrases reviennent en boucles.

Ses rêves sont les seuls choses qui apportent nouveautés. Ils se répètent aussi, mais souvent avec des nuances. Ils sont souvent terribles, anxiogènes. Parfois beaux, doux, amoureux et poétiques. J’aime surtout quand ses rêves son curieux, sans queues ni têtes. Il y a matière à rire parfois.

Ses habitudes changent peu, sa vie se répète, toujours, ou presque, la même rengaine, le même refrain. Quand sa routine change, son écriture change, son humeur aussi.

Que c’est triste d’être son journal personnel.

J’aurai préféré être le carnet d’un génie, ou d’un écrivain, ou d’un fou, d’un illuminé, d’un taré. Au moins, j’aurai eu la chance de voir s’étaler sur mes pages des choses vraiment exaltantes, des récits sortant des carcans, jamais une entrée similaire à l’autre. Quelque chose qui me divertirai ! Mais c’est la vie des carnets de notes, on ne choisit pas son propriétaire, comme l’humain ne choisit pas sa famille. C’est en faite eux, les humains, qui nous choisissent. Pourquoi donc ai-je été choisis par cette triste créature ?

Mon format moyen, mon design sobre, l’élastique pour le refermer, une fine lamelle de tissus comme marque-page jamais utilisée. Je n’ai pas de défaut à bien me regarder. Je ne me vante pas, c’est simple un carnet de note, et j’ai été fabriqué pour ça, et plutôt bien.

Ces 5 minutes où l’encre du stylo déverse les pensées du propriétaire qui m’a été déchu sont les seuls moments de la journée où je travail.
Je reproche bien des choses au propriétaire, mais toujours est-il que je travail tous les jours. C’est un bon point. Mais quel ennui de voir les tribulations de l’être humain moderne. On pourrait croire à une évolution constante de sa vie mais non. C’est rare, mais quand ça arrive, c’est chaotique. L’encre se déverse sur mes pages. Jamais il n’a de mots durs envers les autres, il arrive parfois d’y voir quelques plaintes envers autrui mais j’ai surtout le droit de voir sur mon papier une apathie et une haine qu’il dirige envers lui-même. Parfois, je ne vous le dis qu’à vous, il espère, beaucoup, car il a peur d’agir. J’utilise donc la magie de l’écriture pour l’aider dans le monde. Je réalise ses vœux comme je le peux. C’est dur à croire, sûrement, mais nous autres, outils d’écritures, et surtout nous, les supports de ces outils, nous avons le pouvoir de changer les choses, de réaliser des vœux ou des espoirs pour notre propriétaire. C’est quelque chose de magique vous pensez ? Non ! C’est normal, les choses dans le monde se produisent et nous changeons le cours des événements grâce à aux pouvoirs de l’encre et de l’écriture.

Mon propriétaire s’en ai aperçus, il plaide ses demandes avec parcimonie. Je ne peux tout changer mais je fais de mon mieux.

Je fais mon travail. Le travail d’aider mon partenaire, même si il m’ennuie la plupart du temps.

C’est rare pour nous les carnets de notes, de pouvoir nous exprimer.

N’hésitez pas à nous utiliser, ne nous laissez pas à l’écart. Nous sommes fais pour vous servir, pas pour être laissé au fond d’un tiroir ou à prendre la poussière sur une étagère ou un bureau. Et écrivez vrai pour que nous puissions vous aider.

Jaskiers

Il y a des choses inexplicables dans les forêts de l’Allier

[Avertissement : ce texte fait presque 4 000 mots, lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de le diviser en chapitre]

Fiction

Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! – Avertissement d’un vieille homme rencontré un soir dans le bar de mon village.

C’était un de ces été chaud, sec, étouffant que nous avions dans notre petit village de l’Allier. Un été où aucun de mes amis ne partaient en vacance. Les vacances, pour nous, étaient un temps pour tous nous réunir, jouer au foot, vagabonder dans le village, faire la fête.

Je me rappelle de cette curieuse semaine, plus qu’aucune autre, de cet été là.

Après une partie de football toujours âprement disputée, nous avions décidé de réunir notre argent pour aller à la supérette du village, à l’autre bout de celle-ci. Nous avions à faire 20 minutes de marches. En plein caniard. Rien ne pouvait arrêter nos matchs de foot, on était jeunes et le petit stade multisport, que le maire nous avez gracieusement offert, était notre point de rendez-vous.

Le seul problème, c’était de pouvoir manger et se rafraîchir. Les magasins du bourg, à quelque pas du stade, avaient, pour la plupart, fermés. Écrasés par la concurrence de la supérette d’une grande marque, à l’entrée du village. Il nous fallait traverser notre patelin pour pouvoir nous acheter de l’eau et quelques gâteaux pour étancher notre soif, terrible, et notre faim, ou disons, pour être honnête, notre gourmandise.

Ce jour-là était comme tous les autres. Nous marchions à travers le bourg et les rues. La chaleur nous écrasait mais nous étions ensemble, le trajet semble toujours moins long quand nous sommes accompagnés d’amis.

Après avoir atteint notre destination, mettant les maigres contenus de nos porte-monnaies en commun, nous achetâmes de l’eau et des gâteaux apéro de sous-marques, nous étions ressorti fauchés comme les blés. Le magasin avait le monopole des biens et en profitait pour imposer des prix exorbitants.

Le meilleur moment, pour nous, aller arriver. Manger et boire ! Manger et boire en société !

Il nous fallait décider où nous devrions aller pour déguster notre pique-nique. C’était toujours une décision sujette à débat. Manger sur le parking ? Non ça craint ! Retourner au stade ? L’eau serait déjà chaude à notre arrivée.

Et si nous allions dans ce champs, de l’autre côté de la rue ? Cette idée nous plut. Ce champs était juste de l’autre côté de la rue, il était immense.

Il devait bien faire 300 mètres carrés, il est difficile de juger de la dimension d’un champ à vu d’œil. Il n’y a rien, pas un repère, pour pouvoir estimer la dimension d’un champ.

Au nord, le champ était fermé naturellement par une forêt qui menait jusqu’à l’Allier (mais ça, nous ne le savions pas encore). Au sud-est, une petit mare, ou un point d’eau, entourée de roseaux et à moitié couvert part un vieil arbre desséché, noueux et qui semblait agoniser malgré l’eau à ses racines. Au sud, se trouvait une toute petite maison, disons une cabane qui ne dit pas son nom, pas plus grande qu’une chambre d’appartement où une cuisine, installé au bord du champ, un côté sur la chaussée, comme toute les maisons, et un côté donnant sur l’immense champ. Curieuse chose, que cette maison. Une porte donnant sur la rue, une autre sur le champ. Elle avait l’air d’une maison à une seule pièce et non pas d’une grange ou à tout autre bâtiment de paysans. Deux fenêtre seulement, là aussi, une donnant sur la rue, l’autre sur le champs. Les volets en bois étaient fermés, un panneau publicitaire indiquant le supermarché était accroché à l’une de ses façades.

Il nous fallait donc trouver un passage dans le vieux grillage qui clôturait le tout. Nous étions jeunes, un grillage n’allait pas nous empêcher d’entrer dans ce champs et de nous trouver une place à l’ombre près du point d’eau, sous l’arbre tordu et asséché qui semblait le gardien de cette petite mare.

Nous avions décidé de rentrer par le côté est, ou se trouvait le point d’eau. Nous décidâmes de tasser le grillage. Le but n’était pas de le défoncer, de causer du tort. Nous devions juste le plier assez pour pouvoir l’enjamber. Ce que nous fîmes. Évidemment, cela a endommagé le grillage, encore aujourd’hui, si un jour vous passer par là, vous verrez une partie de ce grillagée affaissée. Nous avons marqué notre passage, notre œuvre. Mais je vous déconseille de suivre nos pas, d’entrer dans ce champs. Car ce que nous y avons vus, vécus, ressentis, nous a laissé perplexe et tellement apeuré que nous n’osâmes plus en parler depuis. Même après plus d’une décennie. Chaque questions que nous nous posâmes après ces événements n’amenaient à aucunes réponses, pire, elles amenaient plus de questions.

Voici notre expérience, véridique, qui nous a marquée, et qui nous hante encore. Si vous vous y risquez, j’espère pour vous que ce que nous avons observé n’est plus.

Nous enjambâmes donc le grillage, ruisselant de sueurs. Le point d’eau était à une vingtaines de mètres, et ces derniers mètres semblaient interminables tant notre soif nous taraudait. Le champ n’était bien sûr pas un gazon de stade de football. Nous manquions nous briser les chevilles à chaque pas, nous fatiguant encore plus. Nous étions silencieux, excepté nos plaintes : « putain j’ai soif ».

Nous arrivâmes au point d’eau pour réaliser que la terre et l’herbe autour était humide. Une découverte surprenante, mais somme toute logique. La nature a ses règles. En pleine canicule, elle peut conserver une petite mare grâce aux ombres des roseaux et des feuilles d’un arbre. Croyez le ou non, mais j’avais l’impression de sentir un brise fraîche, comme lorsque vous êtes au bord d’un cours d’eau important ou sur une plage. Certes pas si puissantes qu’une brise marine, mais aujourd’hui encore quand j’ai l’opportunité de marcher sur une plage, ce vent frais de la mer me rappelle ce petit trou d’eau au milieu d’un champ de l’Allier. La nature est vivante.

Nous trouvâmes une toute petite place sous l’arbre dont l’écorce était noire et sèche. Certains d’entre nous avaient plus de chance que d’autres question ombre. Nous ne patientâmes point pour boire toute notre eau, mais la faim ne nous taraudait pas, ou plus, car nous avions bu tellement d’eau en si peu de temps que boire nous avait désaltéré et rempli l’estomac, nous n’avions plus de place pour les quelques gâteaux apéritifs, qui d’ailleurs donne soif tellement ils étaient salés.

Bien que certains avaient vécus dans notre village depuis tout petits, aucun de nous n’avait jamais songé explorer cet endroit. Nous regardâmes la petite maison qui était en face de nous, et nous nous posâmes des questions sur sa présence. Comme je l’ai écrit plus haut, c’était une maison, pas une cabane, quelqu’un aurait pu habiter ici, bien qu’elle ne fut pas plus grande qu’une chambre d’appartement lambdas. Nous imaginâmes l’intérieur, qu’est ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans ? Jamais personne n’avait vu ses volets ouverts ou quelqu’un y mettre les pieds et pourtant, elle se situait sur le trottoir juste en face de la supérette du village. Nous pensâmes que le toit était peut-être habitable, encore une fois, c’était une maison miniature avec pignon ! Un petite mansarde, ou en tous cas une fenêtre de mansarde, était présente sur la face du toit donnant sur le champ. C’était la première fois que nous y faisions attention. Un petit luxe car les maisons habituelles du village n’avaient pas toutes, loin de là, des mansardes.

On s’imaginait qu’un jour, on achèterait cette maisonnette pour en faire notre repère, une sorte de club secret. On travaillerait dur pour construire une piscine, en gardant bien sur ce point d’eau magique que nous appelions « Oasis ». Des projets de jeunesses fous, comme tout projets de jeunesses. Mais à la différence des projets d’adultes, ils nous étaient autorisé de rêver.

Évidemment, étant une bande d’adolescents, des blagues scabreuses sortaient de nos bouches de temps à autres. L’un de nous voulez y faire une garçonnière, il pourrait y amener ses nombreuses maîtresses quand il serait marié. C’était parfois cru, mais on rigolait, nous n’avions que ça à faire après tout, rire. Pas d’impôts à payer, pas de patrons, pas de responsabilités.

Un flash de lumière provenant de la mansarde me surprit. Quand j’avertissais mes amis, j’eu le droit à des regards moqueurs « T’es sur que y’avait que de l’eau dans les bouteilles ?! ». Je répondis qu’on avait tous bu dans les mêmes bouteilles, je leur demandais de regarder la toute petite fenêtre du toit, et d’attendre.

Flash ! Un autre ! Tous furent surpris. J’avais l’habitude de sortir des trucs bizarres mais là, c’était vrai !

« – C’est un flash de photo ?!

  • Ça peut-être que ça !
  • C’est peut-être le reflet du soleil sur les voitures quand elles passent…
  • Ou bien, c’est un code en morse nous demandant de l’aide ! »

Quand j’eu dis cela, ils me regardèrent, tétanisés.

« – T’as toujours des idées bizarres !

  • C’est moi qu’est bizarre ? Quelqu’un joue avec une lampe torche plutôt puissante ou un flash dans une maisonnette abandonnée ! Tout les scénarios sont possibles ! »

Je vous avais dis que nous étions des adolescent à l’humour scabreuse non ? Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’un de mes amis baissa son pantalon pour offrir à la personne à l’intérieur de la maison une vision de son anus. Et j’avouerai que j’ai bien rigolé, on a tous bien rigolé.

Le flash se déclencha encore et encore, sans rythme spécifique. Ils étaient… erratiques.

«  – Tu connais le morse ?

  • Non pas du tout. »

Mon idée avait faite son chemin dans leurs têtes. J’avais dis cela sans vraiment être sérieux, mais il fallait avouer que quelqu’un essayait de communiquer avec nous.

Mon ami « sans culotte » remit son pantalon et décida de poser comme un mannequin, nous rigolâmes, décidâmes de le rejoindre en assénant des « T’aimes ça hein pervers ! » à la source des flash. Nous balançâmes évidemment quelques insultes et doigts d’honneurs.

Les flash ne s’arrêtaient pas.

« – Imaginez, ça se trouve c’est une planque de flic !

  • Hein ?
  • Bah ouai, à côté de la route, à la sortie du village, à l’endroit où il y a le plus de trafic ! »

J’avais encore lancé une de mes idées bizarres. On me regardait, stupéfaits

« – Ça se trouve ils sont en planques, ils attendent un deal de drogue et ils pensent que c’est nous les truands ! »

J’adorai voir sur leurs visages le doute s’installer. Je ne croyais pas un mot de ce que je disais, j’étais aussi confus qu’eux. Et puis ça pouvait tenir la route « j’ai vu dans 90 minutes enquête, le truc de reportage télé, les flics ils font ça. » J’enfonçais le clou. « Si ça se trouve c’est un appareil qui se déclenche automatiquement quand quelqu’un rentre dans le champ, un truc de sécurité. »

Là, je me faisais peur moi même. Pendant tout ce temps, le flash continuait à émettre sa lumière, par intermittence, irrégulière. Imaginez la puissance que cette chose devait produire ! Nous étions en plein été, aucun nuage, grand soleil, et ce flash de lumière était assez puissant pour laisser ces petites marques sur la rétine, ceux que nous avons quand nous regardons une lumière ou le soleil et clignons des yeux.

Le plus courageux d’entre nous, le Sans-Culotte, décida de s’approcher. Certains protestèrent, d’autres curieux de voir ce qu’il pouvait se produire l’encourageaient. Je faisais partie de ces derniers, trop curieux d’avoir le fin mot de l’histoire.

La maison était à une dizaine de mètres, notre ami s’y dirigeait doucement, comme si il était a l’affût, posant parfois le pied dans un trou, le faisant tituber comme un ivrogne. Nous rigolâmes pendant que les autres lui disaient de revenir. Il était trop loin pour faire demi-tour, c’est ce que je lui disais pour le motiver.

Enfin il arriva à la maison. Le flash venant de la fenêtre du toit, il était impossible pour lui de voir quoi que ce soit, mais il pouvait entendre. Et secrètement, espérai-je, peut-être que quelqu’un sortirait et nous expliquerait qu’elle était ce délire.

Nous regardâmes donc notre camarade qui avait posé son oreille contre le mur de la maison, nous guettions ses expressions, très curieux de voir ce qu’il pouvait bien entendre.

« – T’entends un truc ?

  • Y’a comme un bourdonnement !
  • C’est la zone 51 version auvergnate ! On a filmé ‘La soupe aux choux’ pas loin d’ici ça a dû les attirer.
  • Y’a vraiment juste un bourdonnement.
  • Pas de voix ?
  • Non je crois… pas.
  • Des trucs genre… des bruit de pas ?
  • Peut-être mais le bourdonnement est impressionnant, le mur vibre ! »

Conscient que Sans-Culotte était probablement en train de se foutre de nous, j’avançais dans sa direction, suivit d’un autre ami. Les camarades restaient derrières et nous suppliaient de faire attention, et nous avertirent qu’eux allaient commencer à repartir par là où nous étions arrivés.

À mi-chemin, je ne sais pourquoi, mais je m’arrêta, mon ami aussi. Et nous entendîmes ce cri qui, aujourd’hui encore, me fait frémir ; « Vous êtes trop jeunes, trop jeune pour crever ! »

Inutile de vous dire que nous prîmes nos jambes à nos cous. Nous courions comme des dératés vers le grillage affaissé. Oublié la fatigue, la chaleur, nos provisions. Pas très écolo, mais c’était la dernière chose à laquelle nous pensions, la première était de nous échapper du champ.

Sans-Culotte nous rejoignit au grillage où nous passions chacun notre tour, dans la panique, certains essayèrent d’enjamber ce grillage de leurs propres moyens mais les bouts de ferrailles en pointe à son sommet rendaient l’opération presque impossible. Un y réussis pourtant en s’écorchant les mains et en trouant ses vêtements. De mon côté, j’étais pétrifié, mon cerveau reptilien fixait mes yeux sur la maison. J’attendais mon tour pour passer en n’oubliant pas de lâcher quelques imprécations peu raffinées aux autres qui enjambaient tant bien que mal la partie du grillage que nous avions abîmées. Aucun mouvement dans la maisonnette, à part ce flash qui crépitait.

Je franchissais finalement le grillage en dernier. Nous nous regroupâmes, comme du bétail apeuré, les yeux fixés sur notre probable bourreau, ou plutôt son repère.

D’où nous étions, à l’est, nous n’avions plus de vue sur la fenêtre du toit d’où émanait le flash.

Nous pensions à la vengeance. Nous insultâmes copieusement l’habitant de cette curieuse maison. Tous, nous étions d’accord sur le fait que la voix était celle d’un homme, âgé. Sans-Culotte jurait avoir entendu un rire de femme après l’avertissement du vieillard. Il nous en fallait pas plus pour lâcher de créatives insultes grivoises aux mystérieux hôtes.

Après 10 minutes d’insultes diverses et variés, nous étions fatigués mais notre colère était loin d’être apaisée.

D’un commun accord, un projet germa dans nos petites têtes, un projet accepté à l’unanimité : revenir cette nuit avec des œufs, des crottes de chiens (qui étaient légions dans nos rues à cette époque) et quelques cailloux pour les balancer sur la maison. C’était notre tarif, le prix à payer pour nous avoir fichus la trouille et, surtout, pour nous avoir fais ravaler notre fierté.

Nous rentrâmes chacun chez nous, pas avant d’avoir prévu notre opération : rendez-vous à 23h30 devant chez Sans-Culotte avec chacun quelque chose de substantiel à jeter sur la maison. Nous arriverions devant cette dernière vers 23 h 50. La nuit serait tombée et nous tomberions rapidement sur la maison avec nos projectiles.

Nous passâmes notre soirée à nous envoyer des textos. Chacun demandant l’avis des autres sur le choix des projectiles, d’autres demandant de l’aide pour berner leurs parents qui ne voulaient pas que leurs adolescents sortent si tard. Après tout, nous n’étions que des gamins. Et il s’avéra que les adultes avaient eut raison d’essayer d’interdire à leurs ouailles une sortie champêtre tardive.

L’excitation fit traîner en longueur cette soirée, nous étions tellement pressés d’en découdre ! Mais il nous fallait attendre la nuit. Ce que nous fîmes.

Nous nous rejoignîmes comme prévu devant la maison de Sans-Culotte avec nos sac à dos d’écoles sur les épaules, emplis d’objets et de matière pas très ragoûtantes. Nous craignîmes la police qui rôdait parfois dans le village. Aussi, nous prîmes des routes moins fréquentées.

Plus nous nous approchions de la maison, plus l’angoisse de l’excitation montée. Elle se tourna en terreur à la vue de la scène qui se déroulait sous nos yeux.

Nous nous arrêtâmes net. Des gens étaient réunis autour de la mare. La lune était pleine, heureusement car sans elle, nous serions tombés au beau milieu d’une cérémonie qui n’avait rien d’une fête de village.

Les personnes étaient déguisée, tous affublés d’une sorte de robe noir et encapuchonnés.

« – C’est genre le Ku Kux Klan version française ! Dis-je.

  • C’est une putain de secte ! »

Nous entendions parler et rire. Un d’eux alluma un flambeau, nous vîmes leurs ombres immenses danser sur l’herbe. Les capuches étaient rabattus sur leurs visages ne laissant que la bouche de visible. Puis, nous vîmes une lueur arrivée de la forêt au nord. Nous comprîmes qu’un autre contingent de capuchonnés arrivait. Les deux groupes se firent des signes et s’hélèrent à grand cris, certains imitaient le cri du loup, d’autre sortaient des sortes de borborigmes tonitruants, graves et tout cela raisonnaient dans l’immensité du champ. Certains se mirent à danser, leurs ombres se mélangeaient avec leurs corps, aucun rythme, aucune chorégraphie, ils dansaient comme des pantins désarticulés.

Nous étions à court de mot. Les « putains » et « c’est quoi se bordel » avaient tous fusé de nos bouches.

Le groupe venant de la forêt se fonda dans la masse déjà présente de « païens ». Le silence revint d’un coup, ils ne bougeaient plus.

« – Donc du coup, on leur balance ce qu’on a à ces types au lieu de la maison ?

  • Je pensais même plus à ça !
  • On va peut-être éviter ?
  • Ouai, j’ai pas envie de finir en sacrifice humain à je ne sais quel démon !
  • On les emmerdes, donnez moi des œufs vous aller voir.
  • Mec je suis pas sûr que ce soit vraiment un truc à faire.
  • Tu veux rester là à les observer toute la nuit ?
  • C’est étrange mais oui, je me demande ce qu’ils foutent là, accoutré comme des glands.
  • Si ça se trouve c’est l’amical des chasseurs du village !
  • Ouai imagine si ils sortent les fusils !
  • Bah on court.
  • Fais chier, tu veux vraiment faire ça ? »

À ces mots, Sans-Culotte posa et ouvrit son sac et en sortit un carton de boîte d’œuf, il l’ouvrit, prit un œuf, lui posa un délicat baisé et l’envoya en direction des sectaires.

Nous étions sur le qui-vive, nous voulions voir leurs réactions avant de partir tout de go. Mais nous vîmes dans la lueur de la pleine lune l’œuf s’écraser bien loin du groupe de joyeux lurons déguisés. Et il ne fit aucun bruit. C’était comme si rien n’avait été envoyé.

« – Putain mais t’es vraiment une chèvre !

  • Mec t’es une vraie charrette ! »

Sans-Culotte reprit un œuf et se rapprocha du grillage du champ. Nous ne dîmes rien, trop content que quelqu’un d’autre que nous s’attarde si près d’eux. Nous le vîmes balancer son œuf. La forme sombre de l’œuf alla finir sa course vers l’un d’eux. À cet instant, nous étions aussi tendu que la corde d’un arc. Nos joyeux sectaires tournèrent leurs regards vers l’œuf tombé aux pieds de l’un d’eux et ils tournèrent leurs têtes, de concert, vers nous. L’un éteignît la torche et nous entendîmes : « Vous encore ! Vous, vous êtes trop jeune pour crever ! »

Nous allions partir en courant quand nous entendîmes Sans-Culotte, décidément le plus téméraire d’entre-nous leur répondre : « Et ta mémé ? Elle sait que tu fais des méchouis en plein été avec tes copains déguisés en pèquenots ? »

La flamme de leur brasero étant éteinte, nous ne vîmes que des formes sombres se précipiter dans la direction de Sans-Culotte et la notre. Sans culotte se mit à cavaler et nous aussi. Nos sac nous fouettaient le dos, nous allâmes dans des directions différentes, nous forçant à nous arrêter pour vite nous concerter et attendre Sans-Culotte. Tous pour un et un pour tous, ou presque.

Nous vîmes arriver le téméraire qui s’époumoner à nous dire : « Mais courrez putain ils sont derrière ! »

Nous crûmes à une blague, comment était-ce possible que ces gens puissent nous suivre ? Nous étions jeunes, sportifs et eux étaient sûrement vieux et portaient tous une robe. Mais nous recommençâmes à courir quand nous vîmes surgir de l’obscurité deux de ces personnes. Je me rappelle encore cette vision terrible de ces deux silhouettes encapuchonnées sortir des ombres, comme si les ténèbres avaient éjecté deux de ses entités à notre poursuite.

Nous courûmes.

Enfin, quand je m’arrêtais pour reprendre mon souffle, je réalisais à mon grand désarroi que j’étais seul ! Dans notre panique, nous nous étions séparés. Restait à savoir lesquels d’entre nous nos deux poursuivant avaient choisit de pister. Heureusement, nous avions nos téléphones portables (comment faisaient nos aînées sans ce gadget ?!) et je téléphonais à Sans-Culotte, il décrocha : « – Mec je sais pas où t’es partis mais cours parce qu’ils t’ont suivie ! »

Je ne raccroché pas mais courus dans une ruelles puis dans une autres. Quand je repris le téléphone, Sans-Culotte m’informât de le rejoindre avec tous les autres au stade multisport. C’était, si vous vous en rappelez, à une sacrée trotte.

J’entendis des bruits de pas précipités et lourds et deux personnes courir comme des dératés dans ma direction. Je détalais rapidement, ils criaient derrière moi mais le bruit de mon souffle, de mes pieds martelant le sol et les frottements de mon sac à dos m’empêchaient d’entendre leurs paroles.

Je courais bien à pleine vitesse depuis 2 minutes quand je me hasarda à regarder derrière moi, les deux personnes étaient là, et je l’ai reconnus, c’était deux des mes amis. Quand ils me rejoignirent, ils me dirent que c’étaient eux qui me hurlaient, tantôt, de m’arrêter.

Content d’avoir à nouveau de la compagnie, nous partîmes en direction du terrain multisport où tous nous attendaient.

Après maints débats, maintes théories, fatigués, nous décidâmes de rentrer chez nous, en prenant des chemins de traverses que seuls les habitants de longue date du hameau pouvaient connaître. Ce qui ne nous empêcha pas de jeter des regards derrière nous toute les 10 secondes.

Depuis ce jour, nous n’avons pas plus de réponses à nos questions, jamais nous n’avons retenté l’expérience. Nous avons gardé cette histoire avec nous car si nous en parlions en publique, ces messieurs (et dames ?) en robes noires auraient sût qui les avaient dérangés durant leur mystérieux pique-nique de pleine lune.

Des années plus tard, toujours avec ce même groupe d’amis, nous étions au bar du village, qui avait une fois encore changé de propriétaire, 3 fois en moins de 7 ans. Nous faisions connaissance avec le nouveau tenancier (par là comprendre : essayer de tâter le terrain et voir si il était possible d’avoir des verres gratuits, il s’avérait que pour ce nouveau propriétaire, un verre d’eau du robinet était vendu 50 centimes, donc non, pas moyen d’avoir des verres à l’œil. Petit conseil si vous décidez un jour de reprendre un bar en campagne, offrez des verres, ne soyez pas radin, conseil d’ami !).

Nous engageâmes la conversation avec un vieux monsieur, il nous parlait des années « Yé-yé » et d’autres histoires qui, si vous avez un âge avancé, passionnent les jeunes générations. En tous cas, moi j’étais intéressé. Je ne peux vous dire comment la discutions sur les forêts de l’Allier arriva sur le tapis, il faut dire que j’étais saoul, comme tous ceux qui étaient au bistrot mais toujours est-il que ce monsieur au cheveux grisonnant, petit, avec un pull en laine sale et plein de copeaux de bois nous donna un avertissement : « Il y a des choses dans les forêts gamins, je parle pas d’extraterrestre hein, quoique… mais des Hommes. Si un jour vous croisez des types louches ou qui vous donne l’impression que quelque chose cloche avec eux, ne vous mêlez pas à eux. Ils font… Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! »

J’oserais vous dire que dans son regards, cet avertissement n’était pas vraiment amical, un sourire malicieux, s’était affiché le temps d’une seconde sur son visage ridé et fatigué.

Je me permets de transmettre son message.

Jaskiers

L’homme vide

C’est une vie ou il ne se passe rien. Rien d’interessant. Ou peut-être est-ce ce rien qui la rend unique. Unique ? Non, d’autres personnes vivent leurs vies dans le rien.

C’est au réveil que la différence avec une vie pleine de faits se faisait sentir.

Le réveil sonne et émet sa musique wagnérienne. Étonnant quand rien l’attends.

Toujours le même déjeuner, un bout de pain de mie avec du chocolat à tartiner. Il regarde fixement devant lui, les yeux grands ouverts comme traumatisé. Il pense, essaie de se remémorer ses rêves. Important que de s’en rappeler, c’est dans ses rêves qu’une femme l’aime, qu’il voyage, qu’il s’amuse. Enlever lui ses rêves et vous lui enlever ce qui le lie à l’homme automate moderne. Parfois il les écrivait ses rêves mais ce matin, comme souvent, des bribes disparates et sans queues ni têtes étaient tout ce qui lui restait de son voyage onirique. La frustration, il avait parfois ces rêves où il se sentait tellement bien, ou mal, mais ces rêves étaient impossibles à retranscrire sur le papier tant les détails et les bizarreries en faisaient un charabia trop compliqué à écrire. C’était les sensations qu’ils lui donnaient qu’il appréciait le plus.

Les cauchemars, eux, venaient le hanter toute la journée. Toujours le même genre de cauchemar, celui qui prend vos peurs à pleines mains et instille l’angoisse, la terreur et l’anxiété. Ces cauchemars qui vous trottent dans la tête toute la journée. Pour lui, des sentiments dithyrambiques le liaient à eux. Il ressentait. Pour des journées remplies de vides, de solitude, c’était eux qui lui donnaient l’indicible opportunité de se sentir vivant et humain.

Ses yeux se refermèrent quand il eut fini son déjeuner. Il n’avait pas faim le matin, c’était pour son corps, une entité qu’il avait pris pour acquis jusqu’ici, qu’il mangeait un petit déjeuner. La faim l’assaillirait avec une force encore plus terrible à midi si il n’avait pas manger ne serait-ce qu’une miette au levé.

Ces petits détails de la vie, infimes et futiles pour le commun des vivants étaient, pour lui, une source de réflexion et de tracas. Son esprit se resserrait sur ces détails pour donner un sens à une existence morne.

Posté devant la fenêtre de sa petite salle à manger, il regardait ces gens pressés, pressés d’aller travailler, pressés de donner de leurs temps si précieux, pressés de faire violence à leurs corps, à leurs psychés, pour remplir les poches de leurs patrons. Toujours, ces mines tendues éveillaient sa curiosité, cette violence du mouvement forcé, les stigmates du forçat, les soucis de la vie, tous ceci étaient visible dans leurs yeux. Pas sur les visages, car l’Homme enfile son masque de mensonge tout les matins, cachant les cicatrices du vécue, mais dans les yeux. En regardant bien dans les yeux, il pouvait voir, subrepticement, la détresse, la peur, la fatigue, le stress.

Ce n’était pas, là, les marques de la vie moderne, non. Tous le monde a son histoire, et tous le monde peut lire l’histoire de l’autre en regardant attentivement ses yeux.

C’était déjà l’heure pour lui de ne rien faire jusqu’au coucher. Il s’assit et ne fit rien. A part peut-être manger, boire et faire ses besoins. C’était peut-être ça être humain. Faire ces petites choses à rythme régulier et dans des mœurs normales. Être humain, c’est peut-être combattre l’ennui toute sa vie. Car qui s’ennuie toute sa vie préféra les mystères que la mort lui réserve plutôt que la vie. L’épreuve des vivants : qui fera de sa vie quelque chose qui ne l’ennui pas jusqu’à sa mort.

Jaskiers

Tentation – Poème –

Source image : Pinterest

Tentation

Les plus belle nuits

Quand le soleil rejoint Morphée

Dans tes bras, lové

La chaleur de tes lèvres, le baiser.

Je fus, l’idiot séduit.

Retrouvé…

Jour après jour, oublié

Cette chaude nuitée

Les minutes, égrainées

À se regarder

À se parler

Touché…

Des choses qui – bientôt – ne seront plus

Rien n’est éternel

Tout est rompus

Et moi, foutu,

imbu.

Si je l’avais su

Demain aurait-été un autre jour

J’aurai appris tes contours

Malheur, temps court,

Cours !

Si j’avais su

Ce que c’était l’amour.

Bénie soit l’ignorance,

Damné soit la conscience.

De n’avoir point compris

Que plus jamais ! Il n’y aura d’aujourd’hui…

L’espérance, cruelle maîtresse,

Le rêve, du réveil

Tu étais là, couché,

toucher, allégresse !

Debout, silence cruel.

Perpétuelle désillusion,

Quand on ne peut plus céder…

À notre tentation.

Jaskiers

Toi – Poème –

Œuvre graphique originale : Pinterest

TOI

Moi

Fatigué

Éméché

Ébréché

Perturbé

Toi

Volubile

Inflexible

Décide !

Moi

Incorrigible

Imbécile

Affable

Toi

Fière

Farouche

Lumière

M’embrases

Moi

J’espère

Guère

Toi

Légère

M’enserres

M’enlaces

M’embrasses

Moi

Je

L’autre

Perdu

Toi

Haute

L’ode

Je

Heureux

L’autre

Silencieux

Nous

Fusion

Passions

Aimons

Dormons

Disparaissons

Adieu

Lendemain

Matin

Chagrin

Septembre 2021

Jaskiers

Une histoire vraie personnelle #4 – Le jour où je me suis perdu aux milieux des champs, complètement saoul.

Crédit photo – Trip Advisor

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je tiens, cher lecteur et lectrice, à vous avertir que j’ai changé le début de l’histoire pour raison d’anonymat. La partie où je sors de la voiture et le point de l’histoire ou rien n’a été modifié ou inventé. L’alcool, les ami(e)s, avec modération.

Je devais avoir 20-21 ans, il y a quelques années de ça. C’était un samedi soir, bien sur, un ami fêtard m’appelle pour me demander si je veux sortir en boîte. BIEN SUR lui ai-je répondu. Allez danser et surtout boire pour oublier un peu les problèmes, c’était notre truc avec mon ami fêtard.

Étant de gros buveur, en soirée je précise, nous ne conduisions JAMAIS alcoolisé. Il nous fallait un chauffeur, un SAM comme disait la publicité pour la sécurité routière de l’époque.

SAM, CELUI QUI CONDUIT, C’EST CELUI QUI NE BOIT PAS

Alors si possible un SAM et pourquoi pas décuver chez quelqu’un. Nous avions en vu d’être hébergé par une amie qui habitait pas loin de la boîte de nuit où nous voulions aller. Elle avait la trentaine, nous laisser dormir dans sa maison puis repartir le lendemain.

Avec bonheur, nous trouvons notre SAM et la femme qui nous hébergeait a accepté que nous « crashions » chez elle après la beuverie.

Tous ce déroule comme prévu, nous arrivons en boîte, buvons beaucoup (trop), dansons, flirtons maladroitement (enfin si je me rappel bien). Nous étions dans la « vibe » voyez vous. Quand une personne est dans la vibe cela signifie être assez saoul pour mettre le feu au danse floor (enfin c’est ce que la personne croit), assez désinhibé pour flirter aussi, malheureusement, il est très dur de sortir cette personne de la boîte de nuit. Elle a envie de continuer jusqu’au bout de la nuit. Sortir ? Déjà ? Hors de question !

Eh bien… Cette fois là, j’étais en plein dans cette vibe quand la femme qui nous hébergeait nous déclara que c’était le moment de partir. Elle avait des choses à faire.

Bien sur, je refuse, je suis dans mon truc, j’y reste jusqu’à l’aube !

C’était sans compter sur notre chauffeur et notre amie logeuse, qui avec mains efforts m’on traînés jusqu’à la voiture avec mon camarade de beuverie.

Dans la voiture, je commence à me plaindre, sérieusement, si c’était pour rentrer à 2h30 du matin, c’était pas la peine de nous héberger ni de nous amener. J’aurai pu rester chez moi à bouquiner. Et puis de toute façon, vous êtes plus comme avant. Et puis-

Je m’arrête dans mon monologue de soûlard avec une superbe idée en tête, faire arrêter la voiture et m’enfuir.

« – Hey l’ami, faut que tu t’arrête je vais gerber »

Le SAM arrête la voiture dans un petit chemin champêtre menant nul ne sait où. Je sors avec mon complice de beuverie et lui dit avec le ton qu’on les gens bourrés quand ils parlent :

« – Mec, ils me cassent les couilles sévère !

– Ouai moi aussi.

– J’m’en fou, j’ai pas b’soin d’eux pour me ramener !

– Mec, le village doit être encore à… genre… 11, 12 km !

– Par les champs mecs, j’vais rentrer par les champs !

– Arrête tes conneries ! T’es bourré tu sais pas c’que tu fais ! »

Trop tard, je passe à travers la haie d’un champ, tant bien quel mal, racines, ronces et fils barbelés ne m’ont pas arrêté. Quand on est saoul, on ne sens rien à par le lendemain… J’entends mon collègue gueuler à notre SAM :

« – Putain les gars ils se cassent par les champs ! »

SAM m’interpella :

« – Putain Jaskiers ! REVIENS ! J’te préviens si tu reviens pas je te défonce ! »

C’est exactement ce qu’il ne faut pas dire à un mec bourré. Ne provoquez pas un mec saoul pour essayer de le ramener à la raison. Ça a en faite l’effet inverse… J’ai pris ces paroles comme un défi.

« – Bah viens puceau ! Viens me chercher alors ! »

J’étais déjà loin, je ne sais pas si il m’a entendu, dans tous les cas, je marchais dans la terre humide d’un champ dans une direction complètement aléatoire. « J’l’ai emmerde ! » pensais-je tout en passant encore à travers une autre haie de ronce et de barbelé.

Je ne me souviens pas combien de temps je suis rester à marcher dans les champs. Il faisait littéralement nuit noir ! Les étoiles étaient cachés par des nuages, et je commençais vite fais à dessoûler au fur et à mesure de ma petite escapade.

Puis viens la sacro-sainte question de tous les personnes qui dessoûle : POURQUOI J’AI FAIS ÇA ?

Dieu merci, j’avais mon téléphone. J’essayas d’appeler mon camarade de beuverie, je tomba directement sur la messagerie. Il fallait que je ravale ma fierté. Il me fallait appeler mon SAM à la rescousse. Ce que je fis.

« – Jaskiers putain t’es où ?

– Je sais pas ce qui m’as pris putain j’suis désolé ! J’suis dans un champ, vers une haie, il y a trop de boue pour que je puisse passer. Je dois pas être loin de la route j’entends des voitures !

– Ok on va klaxonner et faire des appels de phares et dis nous si tu entends.

– Je crois vaguement entendre un klaxon mais pas de phare.

– Essaie de te rapprocher de la route et je vais rouler, si ça se trouve t’a pas trop dévier de la route. »

C’est ce que je fis, tant bien que mal, chaque pas m’enfonçant dans la boue jusqu’à la cheville.

« – Je suis au bord de la route, je vous attends. »

Tout en restant au téléphone et avec mon SAM qui utilisait son klaxon et ses phares, je vis enfin mon carrosse arriver !

« – C’est bon je vous vois ! »

Mon SAM bienfaisant s’arrêta, m’aida a traverser le fossé qu’il y a au bord de chaque route de campagne en France.

« – Ou est mon camarade de beuverie ?

– il t’a suivis, ont pensé qu’il était avec toi !

– Je ne l’ai pas vu, et son téléphone donne directement sur son répondeur ! »

Nous voilà terriblement paniqués. Je m’imagine les pires scénarios. Il était bourré, comme moi, il s’est noyé dans la boue, il est tombé dans un fossé et s’est brisé la nuque !

Avec panique et précipitation, nous refaisons tant bien que mal le chemin inverse, l’aube commence à ce pointer. Nous crions son prénom, marchons, encore, dans la boue et à travers les ronces.

Un fermier se pointe. Je le vois arriver. Je constate qu’il n’a pas sorti le fusil, c’est déjà ça. Il nous interpelle, nous demande ce que nous faisons ici à cette heure à crier comme des perdus. Nous lui expliquons la situation. Il nous dit qu’il n’a rien vu. Qu’il faut qu’on parte. Ce que nous faisons avec une énorme appréhension. Peut-être le retrouverons nous sur la route…

Bien sur, personne sur la route. Arrivé dans la rue de ma maison, je vois la voiture de mon collègue de beuverie. Il était chez moi !

« – Hey merde compagnon de beuverie ! Ça fais 2 heures qu’on te cherche dans les champs !

– Bah bravo ! Je t’ai suivis mais dans le noir je t’ai perdu ! J’ai continué mon chemin jusqu’au premier village que j’ai trouvé, je suis rentré dans une boulangerie tout crotté et j’ai demandé le téléphone pour que mon père vienne me chercher, car devine quoi, mon téléphone ne marche plus ! Mon père m’as ramené, je lui ai expliqué ce qui c’était passé et on a décidé de venir voir ton père pour l’avertir. »

Après une explication plus ou moins confuse donnée à mon père, nous décidâmes de descendre au bar du village pour nous détendre et refaire la soirée. Avec de l’eau bien sur…

Merci d’avoir lu jusqu’ici mon aventure de beuverie. Jamais quelque chose comme ça ne s’est répété, d’ailleurs depuis ce jour, je fais très attention à l’alcool.

Jaskiers