Caryl Chessman, un écrivain dans le couloir de la mort | Innocent ?

Caryl Chessman était dans le couloir de la mort quand il écrivit Cell 2454 qui eu un important succès, succès qui l’aida à plaider sa cause. À clamer son innocence. Et a se battre contre la Justice américaine pendant plus d’une décennie.

Car Caryl était accusé d’être le tueur en série appelé Le bandit à la lanterne rouge, The Red Light Bandit, surnommé ainsi car le tueur agressait ses victimes dans des lieux isolés et sombres, utilisant une lumière rouge sur sa voiture, imitant celles de la police, pour les appréhender.

Chessman capturé, condamné pour une série d’agressions sexuels qu’il niera jusqu’à sa mort. Condamné à la peine capitale, la chaise électrique, il écrira pour se défendre. Il se proclame innocent et écrit sur la difficulté de se battre contre la justice américaine.

Il mourut dans une chambre à gaz, après bien des reports et une lutte acharnée contre la justice.

Dix minutes après son exécution, le téléphone sonne. C’était pour annoncer que Caryl Chessman bénéficiait d’un nouveau report.

On blâmera cette erreur sur une greffière s’étant trompé d’un chiffre dans le numéro d’identification administratif de la prison de Saint-Quentin lors de l’appel. Bien sur, cela déclenchera les théories du complot.

Peut-être était-ce un mensonge délibéré ou à moitié faux, peut-être l’état de Californie voulait en finir avec cette rocambolesque histoire et mettre Caryl et l’histoire du The Red Light Bandit derrière lui. Chessman devenus influent et dont la cause a fais le tour du monde était devenu gênant pour la Californie et dangereux pour le système pénal américain en place à l’époque.

Voici trois de ses 3 ouvrages majeurs:

Cellule 2455 – Autobiographie romancée et essais sur son combat contre la justice américaine et pamphlet contre la peine de mort.

À travers les barreaux – Autobiographie qui reprend directement la suite du précédent ouvrage.

Face à la justice – pamphlet contre l’injuste système carcéral américain et dernière autobiographie.

Un autre ouvrage de lui existe : This kid was a killer. Après avoir lu des avis sur internet, j’ai décidé de ne pas prendre se livre. Il s’agit d’un roman écrits dans le couloir de la mort.

Ces 3 ouvrages sont les principaux et les plus intéressants de Caryl Chessman.

Cellule 2455 Couloir de la Mort

Pas de quatrième de couverture

Passons donc tout de suite à mon ressenti.

La narration, la manière d’agencer son livre est déroutante, surprenante et il faut l’avouer, efficace.

Il commence le récit de sa jeunesse, la première partie du livre, en écrivant une nouvelle. Dans se récit, il se nomme Witt.

Tout commencé pour le mieux pour le jeune Witt, avant qu’une maladie et les aléas de la vie ne déstabilise son jeune psyché.

Voles, agressions, cambriolages. Direction le centre de redressement. École de la criminalité.

Je vais partager avec vous la dernière page de la nouvelle. Ce n’est pas vraiment un spoiler, juste qu’il affirme que cette nouvelle était bien autobiographique.

Extrait :

L’exécution de l’homme de la cellule 2455 ne prouvera rien, excepté qu’il sera mort. Que prouvera cette mort ?

Le problème du crime et des criminels ne disparaîtra pas avec lui. La société peut le détruire, lui et ses semblables, mais le crime existera toujours, il y aura encore et toujours des criminels.

La vengeance de la société est une inutilité humiliante.

L’auteur de ce livre le sait.

Car c’est lui l’homme de la cellule 2455.

Ceci est son histoire, racontée par lui-même, cependant qu’il attend encore que le bourreau frappe à sa porte.

Puis suit une petite partie sur une réflexion de Chessman sur la délinquance juvénile et le système de justice américaine de l’époque.

Extrait :

Un jour prochain, je marcherai vers la chambre d’exécution. Si cela arrive, ne seriez-vous pas tenté de penser : « Par la grâce de Dieu, cet homme, c’est moi »?

Ne vous trompez pas. Je ne nie pas les fautes que j’ai commises. Je ne blâme que moi-même et j’accepte la pleine responsabilité de mes actes. Je sais que ce qui m’arrive ne vous arrivera probablement jamais. Lorsque je serai mort, vous aurez encore le droit de dire : « Il l’a voulu, on l’a assez souvent averti, mais il n’a pas voulu écouter. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. »

Ainsi soit-il. Je suis prêt à me trouver face à face avec la mort et à accepter ce jugement commode.

Mais je veux essayer d’abord de vous ouvrir les yeux et de vous prouver que les histoires qui entourent le problème du crime, comme d’un brouillard mortel, sont mensongères et dangereuses.

Le livre, après cet « intermède » prends une tournure totalement autobiographique, utilisant son vrai nom, il narre son histoire, ses crimes, des braquages et des courses poursuites folles avec la police. Le récit est palpitant. Je lis le livre d’un criminel, et ce dernier est un très bon écrivain. Je ne peux m’arrêter de tourner les pages. C’est un polar, ou presque car les événements qu’il narre sont vrais. Parfois, il coupe son récit pour revenir sur le système carcéral, on y apprend que dans notre esprit cartésien, il y a une raison à tout. On vole car on a besoin d’argent. Sauf que Caryl Chessman avoue, même si il a une raison, que les explications qu’il avance pour ses crimes ne convainc personne. L’homme veut garder une part de mystère, semble-t-il.

Il est de toute façon très intéressant de lire les aventures d’un truand, écrit avec talent par ce dernier. Car l’auteur aime écrire. C’en est presque gênant d’avouer que l’on apprécie le récit d’un criminel, ses mots, sa prose.

Extrait:

Oui, je désire écrire, et je le désire désespérément. Mais je refuse d’écrire des bêtises, ou de me courber devant une hypocrisie bigote et stupide. Un écrivain doit avoir la foi. Il doit croire en autre chose qu’en cette réalité dure, terrible et finale qui s’appelle la jungle. Il droit croire en sa propre force, pour pouvoir survivre dans cette jungle. Il doit se sentir libre.

Extrait éclatant et palpitant digne d’un roman :

Les copains et moi avions un besoin urgent d’argent. En une nuit, nous cambriolâmes sept ou huit maison, l’une après l’autre. Pour la plupart des magasins de liqueurs, des postes d’essences. Tout marchait comme sur des roulettes, jusqu’au jour où la police nous prit en flagrant délit. Des balles sifflèrent. Tuffy, refusant obstinément de quitter les lieux avant d’avoir le fric, ne revient vers la voiture que quinze secondes après mon coup de klaxon avertisseur. Les policiers eurent tout le loisir de se mettre en position de tir. Ils voulaient nous montrer qu’ils étaient les plus forts. Pourtant, nous nous en tirâmes à ce moment-là sans trop de casse. Une balle solitaire vint frapper le toit de la voiture.

– je crois que j’arriverai à les semer, dis-je. Sinon, casse la fenêtre arrière et on renverra ces salopards d’où ils viennent.

Je pris tous les virages à la corde et j’étais sur le point de prendre une avance sérieuse lorsque soudain, sur le pavé gras, un de nos pneus avant creva. La Ford fit une embardée. J’entendis un déclic et le volant se mit à vibrer dans mes mains.

Caryl ne souhaite pas retourner dans le droit chemin. Il appel la société la « jungle », les soucis d’argents semblent être son excuse pour commettre des crimes. Mais il avoue aimer les commettre. Il se dit presque obligé d’avoir dû faire ces crimes. Il blâme la société, incapable de remettre les jeunes délinquants dans le droit chemin.

Extrait :

L’avenir ne peut pas être bâti sur la violence, sur la haine et sur la férocité humaine. Avant de construire un avenir, l’homme doit avoir la certitude que la lutte engagée a un but, qu’elle conduit vers une paix certaine, vers une paix qui a un sens et dans laquelle l’homme peut vivre une existence utile et constructive, sans menaces et sans haines et sans discordes. Mais une paix pareille n’existe que dans l’imagination. En réalité, c’est la jungle qui existe. Et quelle jungle !

Plusieurs séjours en prison, une idée folle lui vient lors de l’un de ses séjours. Tuer de ses propres mains Adolf Hitler pour rentrer dans l’histoire. Il s’évade (une énièmes fois) pour essayer de mener à bien son projet impossible.

Bien sur ce projet ne réussira pas du tous. Et l’emmènera en enfer.

Il est retrouvé et arrêté après de nombreux crimes. Les policiers trouvent des objets ressemblant à ceux utilisé par « le tueur à la lanterne ». Il clame avoir été violenté par la police pour le pousser à avouer les crimes du Serial Killer.

Extrait :

Cette prétendue confession n’avait été faite qu’oralement. Je maintiens encore aujourd’hui qu’elle m’a été extorquée de force. Je maintiens qu’on m’a battu férocement et qu’on m’a traité comme il n’est pas permis de traiter un être humain. J’invite toutes les polices du monde à me soumettre à un sérum de vérité. Si ce test montre que j’ai menti en ce qui concerne les mauvais traitements, j’abandonne volontairement toutes les possibilités qui me reste pour sauver ma vie, je retire toutes mes plaintes et je cesse toute activité légale. Les policiers qui sont venus témoigner à mon procès ont nié bien entendue avoir obtenue mes aveux par des moyens illégaux, mais, moi, je jure que je dis la vérité. Je répète que je suis persuadé que le président du tribunal ignorait que ces aveux avaient été obtenus en violation de la Constitution. Mais je maintiens ma plainte. Depuis mon arrestation, je n’ai cessé de réclamer l’épreuve du sérum de vérité en ce qui concerne mon innocence ou ma culpabilité des crimes dont on m’accuse, mais on le l’a toujours refusée. Si jamais on me fait subir cette épreuve, j’exige qu’on le pose deux questions : si oui ou non j’ai été maltraité lors de mon arrestations, et si oui ou non je suis le « bandit à la lanterne rouge ». Si le test révèle que j’ai menti sans scrupules et que j’ai par conséquent commis les crimes pour lesquels j’attends la mort, alors j’abandonne la lutte…

Suit un procès médiatique, il se défend seul. Après de mauvaises décisions, il est jugé coupable de plusieurs crimes, est condamner à mort dans une chambre à gaz.

Il ne s’avoue pas vaincu et se bat contre un système judiciaire qui semble vouloir lui mettre des bâtons dans les roues.

Utilisant plus de 12 années de prison et ses expériences personnelles et ceux d’autres criminels, il pose la question de la place du jeune délinquant en difficulté et de la punition approprié. Humilier ? Respecter ? Ferme ? Compréhensif ? Sanctionner ? Pour lui le problème du crime vient de la société. Elle punie, mal, sans voir plus loin. La prison est la punition. Mais qu’apprend le délinquant en prison ? Pourquoi mettre un délinquant avec des criminels endurcis et penser qu’il en sortira assagi ?

Son récit est « vieux », plus de 60 ans, mais la question de la prison et de la réinsertion des prisonniers reste d’actualité. Autant en France qu’en Amérique.

Son récit inclut aussi ce que nous pensons au fur et à mesure de la lecture, Chessman était intelligent, il avait un talent certain pour l’écriture par exemple. Ses résultats scolaires étaient très bon avant qu’il ne rentre dans une vie de crime. Nous pourrions penser qu’il avait des regrets à ce propos mais pas vraiment. Un directeur de prison le lui dira, Chessman fataliste ou trop égoïste et fier de ses méfaits utilisa son intelligence pour commettre des crimes. Diagnostiqué psychopathe, il utilisera ce terme comme explication de ses actes criminels, de son passé plutôt que de réfléchir sur ce qu’aurait pu être sa vie. « Avec des Si on refait le monde » comme on le dit en France.

Extrait :

Le même argument revenait toujours comme un leitmotiv : je devais être coupable. Pourquoi ? Parce qu’en ces temps modernes, les tribunaux fonctionnent de telle manière qu’il est impossible, n’est-ce pas ? de condamner à mort un innocent. Il y avait donc un élément d’audace et d’immoralité scandaleuses dans mes protestations d’innocence. J’étais sûrement coupable, puisque j’avais été condamné. J’aurai dû pleurer de remords et passer mon temps à demander pardon, afin que nul n’en ignore.

L’innocence n’est pas un avantage si le fait de la clamer est considéré comme une impertinence.

Lors de ma lecture, apprenant que l’auteur était intelligent et souffrait de psychopathie, j’ai pris mes distances sur sa défense. Il sait séduire, manipuler. Il sait aussi très bien utiliser sa plume. De là à penser qu’il est le Bandit à la lanterne rouge, j’ai des doutes mais je pense qu’il savait qui était le bandit. Il n’a jamais voulu le dire à la police pour protéger sa famille, il ne « balance » jamais. Cela lui a sûrement coûté la vie. Ça et se battre seul contre le système judiciaire américain.

Ses arguments contre la peine de mort et son combat contre elle sont importants à lire. Je suis d’accord, la peine de mort n’arrange rien. Il est intéressant de lire un de ces hommes condamnés à mort en parler.

À travers les barreaux

Quatrième de couverture :

« Vous mourez seul, mais on vous regarde mourir.

« Une mort rituelle, laide et dépourvue de signification.

« Ils vous font entrer dans la chambre aux huit murs verts et vous garrotent sur l’une de ses chaises métalliques à dossier droit.

« Puis ils s’en vont, en scellant la porte derrière eux. Déclenché, le gaz mortel monte en spirale avides de trouver vos poumons.

« Vous aspirez les exhalations incolores et fatales. L’univers se désintègre sans bruit. C’est seulement pendant un instant affreux que vous planez en liberté : un vague noire, épaisse et sans appel a tôt fait de vous engouffrer.

« Ensuite… Quoi ?

« Un ciel improbable ?

« Ou simplement l’oubli ?

« Bientôt tu le sauras. Après de longues, de brutales années de bataille pour survivre, tes jours tirent à leur fin. »

Caryl Chessman

Cellule 2455

La cour suprême ordonne la révision du procès de Caryl Chessman

Washington, 11 juin (U.P.).

« La Cour suprême des États-Unis a ordonné hier lundi la révision du procès de Caryl Chessman, le condamné à mort de San Francisco, dont le roman, « Cellule 2455, couloir de la mort », a été un best-seller dans le monde entier. La Cour suprême a reconnu que le compte rendu de son procès contenait des faits volontairement déformés. »

Chessman avait été condamné en 1948 pour dix-sept cas d’enlèvements, de vols et crimes sadiques. Il avait fait l’objet d’une double condamnation à mort à laquelle s’ajoutaient quinze ans de reclusion.

Caryl Chessman a été exécuté le 2 mai 1960

À travers les barreaux est la suite directe de Cellule 2455 (ou Cell 2455). Si la première partie de l’article vous a donné envie de lire l’histoire de Caryl Chessman, ne continuez pas la lecture de cet article.

Caryl reprend son récit, il est à l’aube de rentrer dans la chambre à gaz quand son livre est publié est déclenche un phénomène d’intérêt international. Il se voit obtenir un sursit de quelques mois.

Des écrivains, des religieux et des personnes de tous bords se mettent à le soutenir. Certains médias, surtout papier, se mêlent à l’histoire.

Il y a bien évidement ceux qui veulent l’exécution de Chessman et s’acharnent, des journaliste et hommes politiques principalement.

Le livre est écrit sur le mince fil de vie sur lequel Chessman marche. Grâce à son livre, son histoire, la criminalité et le couloir de la mort sont passé aux premiers rangs des sujets de préoccupation de la population américaine et même mondiale.

Jamais vous ne lirez de tel livre que ceux de Chessman. Car il écrit pour sauver sa peau ! Sa plume a réussi à lui donner une plus ample marge de manœuvre. Certaines personnes, bien sur, diront qu’il a manipulé là son monde pour sortir de l’impasse dans lequel il s’était retrouvé.

Le livre suit le décompte des jours jusqu’à sa prochaine exécutions, titres, articles et lettres à l’appuie. Jusqu’au sacro-saint report d’exécution.

Dans sa lutte, il n’est plus seul. Il a maintenant une femme, Frances et les deux enfants de cette dernière. Grâce à l’argent du premier livre, il a deux avocats et l’attention des journalistes. Mais plus que tout, l’écriture et son potentiel rôle de père de famille sont ce qui le fait tenir.

En fait, c’est Claude Gueux, sauf que le condamner EST l’écrivain et que l’écrivain n’a tué personne et demande un nouveau procès équitable.

Caryl émet comme hypothèse d’avenir qu’en cas de liberation, il continuerai à écrire et se porterai comme « cobaye » pour étudier comment un enfant ayant grandi dans un foyer « normal » puisse devenir un criminel.

Il ajoute, comme dans son premier ouvrage, que l’écriture et son nouveau statu d’écrivain lui on permit de se délivrer et de continuer à combattre. Écrire était cathartique. Dire qu’il a écris tous ses ouvrages dans une cellule d’un couloir de la mort déclenche en nous, et en lui, un sentiment dithyrambique. Le couloir de la mort l’a-t-il aidé à réaliser qui il était vraiment, qui il aurait pu être et la dimension de ses crimes (excluant meurtres et viols dont il se proclame innocent) ? Le problème, c’est que dans l’écrasante majorité des cas, le couloir de la mort mène… à la mort. Le criminel condamné à la peine capitale n’a aucun moyen de prouver à la société qu’il a changé, qu’il s’est repenti. Il n’est là que pour mourrir. Quand bien même l’État libérerait un détenu ou lui infligerait une peine moins dure, qu’est ce qui prouverait que le criminel repenti n’est pas manipulé son monde pour sortir et recommencer ses méfaits ?

Dans son récit, il n’oublie pas ces autres criminels avec qui il vit et ceux qu’il voit passer devant sa cellule pour aller mourrir dans la chambre à gaz.

Il se lance ensuite dans une analyse du système judiciaire américain de l’époque et de ses failles. De l’injustice flagrante qu’un criminel riche puisse se défendre beaucoup plus efficacement qu’un criminel pauvre. Il analyse avec les connaissances du système judiciaire glanées après des années de crimes et de déboires avec la justice les failles du système. Bien que le récit soit daté, il n’en reste pas moins intéressant de voir que certaines tares concernant la justice et son fonctionnement restent cruellement d’actualité. Et quand la politique et les médias s’en mêle, la justice, la sentence peut s’en trouver influencée. Pour le pire ou pour le meilleur, cela dépend de quel côté nous nous trouvons.

Le condamner Chessman dresse le portrait des différents « types » de criminels présent dans le couloir de la mort. Donnant des exemples de nombreux détenus qu’il a eu l’occasion de croiser.

Il s’attaque ensuite amplement à décrire comment l’écriture l’a amener à continuer le combat ainsi que la lecture d’ouvrages de Droit. Il expose ainsi ses propres théories, très interessante au demeurant, sur comment un procureur et un tribunal conçoivent un procès. Il est épineux, pour moi, sans aucune connaissance du Droit de trop écrire sur ce passage dans cet article.

Toujours est-il que même durant la rédaction de se livre, Caryl est encore dans le couloir de la mort et se bat. Il écrit et travail pendant des dizaines d’heures chaque jour, tout en prenant le temps d’aider, de conseiller et parfois de sauver, des détenus condamner à mort à la suite d’un procès ou d’une défense bâclée.

Il est dommage que Caryl Chessman ai été exécuté. Bien qu’il ai commis des crimes, je pense que ses réflexions et son intellect aurait pu être grandement utile. J’aurai aimé avoir son opinion sur le « phénomène » des tueurs en série car à l’époque où il écrit, ces tueurs ne sont pas « légion », du moins Caryl ne les mentionnes pas. Logique car le terme sera crée des décennies plus tard par un agent spécial de FBI.

Quel aurait été son opinion sur la fascination qu’exercent ces tueurs sur une partie de la population ? Qu’aurait-il dis au sujet des médias et de leurs couvertures sensationnalistes à l’extrême ? Comment aurait-il analysé, lui, le pourquoi et le comment de l’existence de tels criminels ?

Certaines réponses à ces questions sont ébauchées mais l’époque n’était pas encore à la psychanalyse criminelle et aux « profilers ». Il reste néanmoins étonnant de lucidité, propre aux grands écrivains. Suivant cette logique de l’époque, l’homosexualité était malheureusement considéré comme un crime, une maladie psychiatrique quand ce n’était pas une possession démoniaque. Caryl expose, de manière un peu bancale, que Oscar Wilde et Gide étaient homosexuels et n’avaient jamais causés de tords à quiconque mais ont payé de leurs libertés leur orientation sexuelle. Ces deux artistes à part, sa réflexion et un peu maigre, elle sent encore une certaine homophobie , homophobie qui a l’époque, comme noté précédemment, était la « norme ». Le manque d’éducation, la religion et les tabous de l’époque (ect…) étaient la cause de cette homophobie. Il est courageux de la part de Caryl de parler d’homosexualité dans son livre, considéré par énormément de personne comme une personne à abattre, il prend le risque de défendre la cause homosexuelle, de manière maladroite certes, bien que les gens l’attendent au tournant et que ces derniers sont ostensiblement homophobes et racistes.

Le livre se termine sur un hypothétique « Quand vous lirez se livre je serai peut-être déjà mort. »

Extrait :

Mon message aux jeunes en difficulté, le voici : le crime est une sale affaire. Sors-en ! Il n’y a aucun prestige à tirer de la prison, aucun prestige à ce qu’on vous casse la tête, aucun à finir dans le Couloir de la Mort. Bien sûr, je sais ce qu’il en est des provocations, des sermons, des coups de gueule et des passages à tabac dans les arrières-salles des commissariats. Mais il ne faut pas être une bille. Il ne faut pas gaspiller sa vie. Ça ne vaut pas le coup.

Que je vive ou que je meure, j’espérais fervemment que le récit de mes épreuves et de mes expériences, joint à ce j’ai appris des unes comme des autres, contribuerait en fin de compte à convaincre la Société que la chambre d’exécution et la justice vengeresse ne répondait à rien.

Le passé, le présent et l’avenir convergèrent vers le milieu de février. Ce fut d’abord au parloir avec Frances qui me confia, presque timidement, qu’elle était tombée amoureuse de moi. David et Cheryl me faisaient dire qu’il fallait que je rentre à la maison pour être leur papa. Ainsi, il existait pour moi un avenir, un beau rêve que tenait en échec le présent et qu’obscurcissait le passé. Ici, la mort était plus réelle, plus certaine que la vie. La chambre à gaz continuait à réclamer ceux qui lui appartenaient.

– Sauf pour nous et quelques amis, ma mort n’a pas vraiment d’importance. Mais je prie pour que le livre que je laisse derrière moi contribue à empêcher d’autres parents de se retrouver devant une tragédie pareille à celle que les miens ont vécue.

En fait, je lisais et écoutais avec une fascination détachée tout ce qui se publiait au sujet de cet énigmatique condamné qui avait nom Caryl Chessman. Je me demandais : « Est-ce vraiment à moi que cela arrive ? » Mes relation avec le temps et les événements semblaient s’entourer d’une sorte d’irréalité, d’un inadmissible surréalisme. Et, pourtant, la chambre à gaz n’en manquait pas, elle, de réalité.

De lui [le juge Charles W. Fricke] les journaux citaient le propos suivant :

« Si un homme qui méritait la mort à laquelle il a été condamné par le jury a droit à une mesure de clémence uniquement parce qu’il était capable d’écrire et de faire publier un livre, autant flanquer tout le code criminel à la poubelle ! »

Sûrement, c’avait été folie que de rêver que Cellule 2455, Couloir de la mort, pouvait être écrit ici, contre la montre, en dépit de la pression, de la tension, des obstacles ; qu’il pourrait trouver un éditeur, que son message atteindrait le monde entier. Pourtant, le rêve c’était métamorphosé en fait.

Une fois de plus, je défis mon lit, pliai les draps, les couvertures et rendus à la cellule son aspect anonyme. Une fois de plus, je pris l’écoute pour entendre un speaker qui déjà me voyait virtuellement dans la chambre à gaz. Dans de pareils moments, on a le choix entre l’épouvante et la folie.

Quoi que j’aie pu être et quoi que j’ai pu faire, je n’avais pas commis les crimes de la lumière [ou lanterne] rouge. Ce n’est pas moi, je le jure, ce Bandit à la lumière rouge.

Face à la justice

Onze ans de sursis

Pas de quatrième de couverture

Nous somme donc à la dernière œuvre de Caryl Chessman.

Après avoir raconté sa vie et sa descente aux enfers jusqu’au couloir et ébauché une nouvelle compréhension pour la société de la criminalité juvénile dans le premier ouvrage.

Après avoir écrit son deuxième livre sur son combat au jour le jour contre la chambre à gaz et une justice implacable, affirmé sa théorie sur la criminalité et découvert que l’écriture était son futur, si futur il y avait et après avoir rendu son cas célèbre à travers le monde entier tout en proclamant ne pas être le Tueur à la lanterne rouge, Chessman écrit ici son dernier livre.

Grosse déception, pas de l’auteur, mais du vendeur. Arrivé à la page 83, j’ai remarqué que plusieurs pages avaient été arrachés ! Je suis donc passé de la page 82 à 89. Une leçon que j’ai apprise donc : quand vous achetez des livres d’occasions, faites attention !

J’ai pu déduire tant bien que mal que Caryl et ses avocats Georges Davis et Rosalie Asher avaient réussis à faire passer un Habeas Corpus devant le juge Goodman. Mais avant, celui-ci avait essayé de transférer Chessman à Alcatraz en lui promettant de meilleures conditions de détention, qui aurait permis à l’accuser de travailler sur son cas avec ses deux avocats plus facilement et discrètement. C’était un piège, et Caryl Chessman et ses deux avocats s’en sortirent in extremis.

La confrontation devant le juge, la stratégie de Chessman et de ses défenseurs, les échanges et les débats, compliqués pour un non-initié comme moi a été dur à suivre. Ces ouvrages seraient importants à lire à tous ceux qui étudient le droit. Toujours est-il que j’ai compris que le juge Goodman n’était pas, loin de là, impartial. Le combat de Chessman était celui de David contre Goliath.

L’écriture en prison devient dangereux car l’administration pénitentiaire de Saint-Quentin rend illégal tout manuscrit. Caryl écrira donc son roman avec une ingéniosité sans pareil, camouflant son roman dans ses papiers de justice. Rien n’est simple dans le couloir de la Mort.

Son habeas corpus est rejeté par le président du tribunal de Californie Gooodman. Sa requête devant la Cour Suprême des États-Unis aussi. Mais ce n’est pas encore la fin pour Chessman, l’écrivain bagniard. Il a encore une pièce maîtresse à jouer.

Malheureusement, son manuscrit est trouvé et confisqué. Il se retrouve en isolement. Le directeur de la prison ne l’ayant pas à la bonne, Caryl ayant conféré à la prison de San Quentin une mauvaise réputation, il attendait le moment opportun pour le faire taire une bonne fois pour toute, son récit est terminé, il ne peux plus écrire. Il avait réussis néanmoins à faire passer son roman Le fils de la haine et cet ouvrage hors de la prison. Le livre se termine par une lettre de son éditeur, s’adressant autant à nous qu’à lui, en décrivant la situation inextricable dans laquelle Caryl Chessman se trouve.

Caryl sera exécuter le 3 mai 1960 après 12 ans de luttes dans le couloir de la mort.

Extraits :

Un autre nom défrayait la chronique : celui d’un jeune Californien qui, du fond du couloir d’une cellule de condamné à mort, écrivait des livres et luttait contre le Gouvernement qui voulait trancher ses jours. « Mieux vaut un coup nul qu’un coup dur » avait-il dit à l’annonce que, contre toute attente, il était arrivé à garder la vie, sans pour autant être parvenu à faire annuler deux condamnation à mort…

J’avais probablement été un salue en toutes sortes de genres et un bagarreur imbécile dans tous les genres possibles, seulement il se trouvait que je n’étais pas le bandit à la Lumière Rouge. Je n’étais pas un satyre qui traînait et rôdait dans les sentiers amoureux ; j’étais un bandit qui, les derniers temps, menait la vie dure à un syndicat de bookmakers protégés par la police en matraquant ses encaisseurs et en razziant ses repaires. Et il y avait une rude différence entre un satyre et un bandit, ainsi qu’aller le constater les braves gens qui m’avaient tamponné de bout en bout à mon procès et jusqu’à la condamnation incluse.

Comme j’ai dans le crâne que, en puissance, j’ai l’étoffe d’un écrivain, il se peut que je démontre à la société que je suis capable de faire œuvre de créateur et que que, tout compte fait, je peux servir la communauté. Cela si le bourreau ne se met pas en travers avant, s’entend.

Au bout de sept ans, trois moi et quelques jours de bataille, et en somme, de lutte pour la vie, j’avais remporté ma victoire de la dernière chance à la Cour Suprême. La Cour de district des États-Unis avait reçus des instructions qui lui enjoignaient d’étudier entre autres les accusations que je formulais concernant la préparation frauduleuse d’un compte rendu de sténographe dont on s’était servi pour confirmer mes deux condamnations à mort et mes quinze condamnations à la prison.

Il insistait vigoureusement sur les tracasseries dont nous étions l’objet. On ne nous avait donné qu’un délai restreint pour nous préparer. Pourtant, chaque fois que Rosalie ou lui venaient à la prison, ils étaient inutilement retardés. Des bonshommes qui n’avaient rien à faire là venaient compter mes papiers. Ils les dénombraient à mon entrée dans la cage [parloir] et les recomptaient ma sortie. Un gardien restait assis en permanence à trois mètres de moi. Chaque fois que nous nous mettions au travail, nous étions interrompus. […] on se trouvait en présence d’un harcèlement aussi méthodique qu’ininterrompu.

– Nous en arrivons, Monsieur le Président [du tribunal], à un stade que je [Georges Davies, avocat de Caryl] n’ai jamais connu en quelque vingt-quatre ans d’exercices de ma profession. J’ai eu d’innombrables conférences dans les prisons tant en Amérique que dans les pays étrangers et nulle part je ne me suis heurté à un harcèlement et à des tracasseries goutte à goutte de ce genre.

– Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Dis-je. Le très honorable Louis Goodman nous déclare et clame à tous les échos qu’il nous propose une affaire merveilleuse et assure qu’il s’en est entretenu avec le directeur d’Alcatraz. Là-dessus le directeur viens vous raconter qu’il n’a jamais entendu parler du juge. Tout ce qu’il sait de l’affaire, c’est ce qu’il en a lu dans les journaux et il nous met en garde pour que nous ne venions pas. Si tout ce que je souhaite est d’être mis au secret, j’y arriverai aussi bien ici.

– Sans qu’il y ait de notre faute, nous n’avons pas pu vraiment mettre nos dossier au point comme nous l’aurions dû. Depuis que la Cour suprême a ordonné ces débats, on n’a pas cessé de rencontrer des pierres d’achoppement et des pièges à andouilles, et en plus, on a l’impression qu’on butte sur un juge qui est prévenue contre nous. Il continue refuser des témoins qui nous sont indispensables. Sans leurs dépositions, sans des débats complets et équitables, nous perdons notre temps.

L’enjeu, c’était une vie humaine. La mienne.

« Âgé de trente-quatre ans, l’écrivain du Couloir de la Mort se présenta armé d’un monceau de documents et une liste de quelque trente témoins dès l’ouverture des débats, notait David Pearlman de la Chronicle de San Francisco. L’Etat s’efforce depuis 1948 d’envoyer Chessman à la chambre à gaz… Écrivain brillant, celui-ci a pu apprendre tout seul le droit dans sa cellule de condamné à mort, esquiver six rendez-vous avec le bourreau et faire à neuf reprises appel à la Cour suprême des États-Unis…

À présent, Chessman conteste la validité de la toute première décision de justice qui confirma la condamnation à mort par la Cour. »

La presse mettait l’accent sur les « mesures de sécurité sans précédent » qu’on avait prises « parce qu’on ne sait jamais ».

Je n’avais pas oublié que, à plusieurs reprises depuis quelque temps, le contenu de certaines communications confidentielles qui m’étaient destinées avait été révélé à la presse ou au Parquet par le directeur [de la prison] et qu’on s’en était servi pour me faire du tort, parfois en les isolant de leur contexte. Cela s’était même produit une fois avant que la lettre ne me fût remise. Je n’allais pas laisser cela recommencer.

Le Couloir de la Mort fut l’objet d’une nouvelle fouille générale et un des gardiens fit tomber presque « accidentellement » ma machine à écrire de l’escabeau. Je la rattrapai à temps et le gratifiai d’un sourire.

Ainsi allaient les choses. Quotidiennement, d’une petite façon ou d’une autre, on me « remettait à ma place ». Les forçats appellent ce traitement plein d’égards « satonner » son bonhomme. J’étalais la tempête, souriant extérieurement et bouillant au-dedans.

La médaille à son revers : le prix sur j’ai payé pour ces neuf années passées à ce travail de Sisyphe a été prohibitif. Tous mes rêves d’un avenir honorable sont mangés aux vers et rien n’est plus terrible que de regarder mourir l’espérance, pour la voir renaître et mourrir encore, étranglé et sans pitié.

Les fumées qui m’environnent sont bien plus mortelles, bien plus anéantissantes que celles qui m’attendent dans la chambre à gaz, là en bas.

En fin de compte, de même que les deux premiers ouvrages de la trilogie, celui-ci est en fait une histoire écrite à l’intention des gens qui accordent quelques importances au fait que pour un de leurs semblables la descente aux enfers, la perte de son âme et la déchéance de toute humanité n’aient pas été, à l’origine, le résultat d’un choix par lui librement consenti.

Jusqu’à dix heures, je lisais, causais, étudiais et, pendant une demie-heure au moins, j’arpentais la cellule en réfléchissant au travail de la nuit et en revivant la période passée que j’allais évoquer. À partir de dix heure, je couchais les phrases sur le papier. Je me contraignais à rédiger au moins l’équivalent de trois pages du manuscrit final, ce qui, entre le projet jet et le texte définitif représentait de dix à quinze pages d’écritures d’écriture courante. C’était une besogne à l’arraché. Il n’était pas question d’attendre « l’inspiration » ou l’état d’âme approprié. Quand je fléchissais, j’empoignais un memento homo que je conservais spécialement pour cela : une image en couleur de la chambre à gaz d’en bas. Je la regardais, j’aurais un bon coup, rigolais et, mon démon aidant, je me remettais au travail.

Comme depuis des années je ne m’étais servis que d’une machine et que je n’avais plus guère écrit à la main que ma signature, au bout de deux semaines de séances nocturnes à gratter du papier, je n’arrivais plus à tenir mon stylo à bille. Je tâtai d’une douzaine de position, mais ma main droite s’obstinait à trembler et à se crisper, mes doigts devenaient des ergots arthritiques et je souffrais de façon intense. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas lâcher, quitte à faire une pause de temps pour m’imposer des flexions à mes phalanges et à me masser la main. À la longue, les douleurs disparurent. À ceux qui prétendent que le crampe des écrivains est un phénomène purement psychologique, je ne puis que rétorquer qu’ils font erreur.

Peu après que j’eus commencé mon bouquin, de nouveaux ordres tendirent à rendre plus compliquées les tentatives de suicide. La littérature clandestine, bien qu’elle ne fût pas visée, souffrit aussi de ces mesures. Je ne pouvais pas lever le nez sans constater qu’un gardien de service recensait son monde et, à en juger par le nombre de ses tournées, l’homme de ronde avait tout l’air de s’entraîner pour le marathon.

À la fin septembre, le directeur, Teets, vint un matin visiter le Couloir de la Mort. Il arriva à ma cellule au moment même où les deux spécialistes de la fouille en sortaient après une minutieuse inspection. On ne m’avait pas encore renfermé. Le garde armé, sur la passerelle, nous surveillait attentivement.

– Eh bien Caryl ! me dit le directeur, avec un sourire avenant, ont-ils trouvé de la contrebande ? des manuscrits ?

Mon regard suivant le sien, se porta dans la cellule 2455. Là, sur la table, sur le devant de la cellule, se trouvait le manuscrit inachevé. Un pas et le directeur aurait pu le prendre… s’il l’avait reconnu pour ce qu’il était. En déménageant mon « fratras » pour ses investigations, l’équipe de fouille l’avait mis là avec diverses copies et dossiers.

– Non, répondis-je en lui retournant son sourire.

Ils n’ont trouvé ni manuscrit, ni contrebande. Mais ce n’était pas faute de chercher.

Ils ne s’en étaient, certes, pas privés. J’avais de longues minutes sur des charbons ardents, avec un air d’indifférence totale. L’un des gardiens avait ouvert la boîte plate qui contenait mon manuscrit et en avait examiné les feuilles. Heureusement, il ne les avait pas regardées dans le bon sens. Il fallait les considérer d’une façon particulière, sans cela toute détections étaient impossible et le camouflage endormait d’autant plus les soupçons que l’ensemble se trouvait bien en évidence et comme offert à l’inspection.

Convaincu qu’une génération ultérieure m’écoutera, voici ce que j’ai fait :

Avec l’aide de quelques amis, j’ai mis au point un volumineux « colis » d’une nature toute particulière et qui se trouve garé en un endroit où on ne peut le découvrir, le saisir, le supprimer ou le détruire sans mon consentement. On y trouve, outre des preuves qui démontrent indiscutablement que je ne suis pas le Bandit à la Lumière Rouge, un document qui désigne nommément les Bandits (car ils sont plusieurs) à la Lumière Rouge. En fait, ils sont deux, bien qu’un seul présente une certaine importance. Ainsi, la vérité éclatera de façon si patente que l’opinion publique sera stupéfaite qu’on ai pu le condamner et que cette erreur judiciaire, sinistrement voulue, ternira plus gravement encore le blason, taché de boue et de sang, de la Californie.

J’ai lu un jour qu’un homme fait ce qu’il a la conviction de faire, ou qu’alors ce n’est pas un homme.

[À son avocate Rosalie Asher] – C’est le nom, l’identité et une partie de l’histoire du Bandit à la Lumière Rouge. Du principal et aussi d’un pantin qui s’est trouvé avoir affaire avec lui, ainsi qu’à moi, d’ailleurs, dans une autre combinaison.

Dures lectures que ces trois ouvrages de Caryl Chessman. Écrits dans un endroit où les hommes sont destiné à la mort.

Certains passages où il décrit sa cellule et comment il travail me fait penser à Écriture Memoire d’un métier de Stephen Kings où Stephen démontre l’exercice presque télépathique qu’est l’écriture en décrivant lui aussi l’endroit où il travail. D’ailleurs un passage sur une sourie dans le deuxième ouvrage de Caryl m’a fais penser à La ligne verte du King

Pour ce qui est de la peine de mort, moi, né français, cette peine capitale est moyenâgeuse. Je me rappel un cour de primaire ou une professeure nous en avez parlé et nous avions tous été choqués. Déjà, à notre jeune âge, nous ne comprenions pas pourquoi on pouvait tuer un criminel. Cela ne réglé rien. C’était inhumain. Que tuer un tueur ne change rien.

Passé ces quelques jours à lire Caryl a été une experience violente. Je ne savais que peu sur les couloirs de la mort, de la vie des détenus à l’intérieur. Après cette lecture, cette carence en information est comblée bien que les ouvrages soient datés.

De mes lectures, je pense que Caryl Chessman n’était pas le Bandit à la Lumière Rouge. Bien que diagnostiqué psychopathe, ayant un casier judiciaire long comme le bras, braquages à mains armées, voles de voitures, cambriolages, courses poursuites et échanges de coups de feux avec la police, il n’a jamais tué personne. Bien qu’il ne sache pas entièrement pourquoi il se comportait comme cela, ses crimes avaient pour but principal l’argent. Et non le meurtre et encore moins le viol et l’assassinat de femmes.

Caryl Chessman était innocent des crimes dont il a été jugé coupable et exécuté pour. Cela reste mon avis.

Il s’est battu comme un diable, dans sa minuscule cellule pour rester en vie. Il a trouvé son salut dans l’écriture, son talent l’a amené à ce que le monde entier le connaisse. Bien loin de n’avoir que des soutiens, ses détracteurs étaient nombreux.

Il se sera battu jusqu’au bout contre un système qui ne voulait pas discuter son sort. Le monde contre lui et sa seule plume pour se défendre.

Il aurait été intéressant de savoir son point de vue sur la situation actuelle de la Justice aux États-Unis, surtout sur la police qui semble jouer de la gâchette plus facilement qu’avant ou plutôt en entendons-nous parler plus car les réseaux sociaux et les chaînes d’informations sont omniprésents à notre époque…

Bizarrement, dans les derniers extraits que j’ai partagé avec vous, ce fameux colis n’a jamais du être découvert car encore aujourd’hui, le Bandit à la Lumière Rouge n’a jamais été identifié.

Je me suis renseigné sur Wikipedia ( https://en.wikipedia.org/wiki/Caryl_Chessman?wprov=sfti1 ) à propos de son exécution.

Il fit des signes aux journalistes présents pour avertir que l’exécution était douloureuse.

Sa dernière demande d’Habeas Corpus. comme écrit au début l’article, aurait pu (dû ?) encore délayer son exécution. La Californie avait peut-être envie d’en finir avec se prisonnier qui lui tenait tête depuis plus d’une décennie.

Des livres qui ont leurs places dans la bibliothèque d’un étudiant en Droit ou pour tous juriste. Et à ceux qui pensent encore que la peine de mort sert à quelque chose. Non. La mort n’arrange rien. Tout le monde perd dans la mort. Le bourreau comme la victime ainsi que la société.

Jaskiers

Carnets de Guerre 1914-1918 par Ernst Jünger

Quatrième de couverture :

Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d’Orage d’acier, qui pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu’il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l’action, ces quinze petits carnets d’écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.

Fort peu de témoins sont restés autant d’années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d’une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontaire glaciale les souffrances du fantassin.

Ce témoignage sans fard d’un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l’enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s’empare des hommes au moment de l’assaut. D’où l’incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d’Ernst Jünger.

J’ai lu Orage d’acier il y a de ça longtemps, j’avoue ne pas me rappeler de ce livre, enfin, il ne me rest en tête que de courtes bribes de l’ouvrage. Je me suis donc lancé dans la lecture de ce journal de guerre plus pour lire l’expérience d’un soldat allemand dans les tranchées en 14-18 que pour l’ouvrage que Jünger en sortira pour écrire Orage d’acier.

De tous les journaux personnels de guerre que j’ai eu la chance de lire, celui-ci est le plus brutal, le plus effrayant et réaliste que j’ai lu.

Ernst Jünger veut de l’aventure, il s’engage à 17 ans seulement dans la légion étrangère française. Son père le ramènera au bercail grâce à un avocat. L’entrée en guerre de l’Allemagne est pour lui l’opportunité de partir à « l’aventure ». Il voudrait même être un héros. Il s’engage dans l’armée allemande, paré à rentrer couronner de médaille et adulé.

Il écrira son journal dans les tranchées même, dans des cratères d’obus à 20 mètres des anglais. Au milieu des cadavres et de leurs restes, sous les balles et sous les innombrables types d’obus qui pleuvent autour de lui.

Soldat courageux et volontaire, il gagne en grade mais aussi en blessures. Et les amis disparaissent.

Il mène ses soldats à l’attaque, tue et voit ses hommes et amis se faire tuer. Le carnage et la terreur des bombardements de jour et de nuit. La folie de certains camarades dont les nerfs lâchent.

Plus surprenant, quelques conquêtes amoureuses avec les maladies vénériennes qui vont avec. Une honte, à cette époque, surtout quand on veut être un héros.

Ce qui est fascinant dans ce journal, c’est qu’il est écrit au jour le jour, comme noté plus haut, dans la boue, le sang, les balles et les bombes. Et du côté allemand, ce qui est intéressant pour moi, français, qui n’ai lu des récits de la guerre 14-18 que du côté de nos chers Poilus. En omettant Jünger et Erich Maria Remarque.

Certains passages sont surprenants, voir émouvants, comme ce jour ou les soldats allemands et anglais décident de sortir de leurs tranchées et de discuter, de boire, de plaisanter et d’échanger. Ils fraternisent ! La reprise du combat sera difficile car ils réaliseront qu’en face, les soldats sont des êtres humains comme eux et non des monstres.

L’ouvrage contient des extraits extrêmement violents et glauques. Jünger fera toute la guerre en première ligne (en omettant les nombreux séjours à l’hôpital et les permissions), témoignage extrêmement rare et de qualité.

Son corp, meurtri de cicatrices, c’est la guerre qui a marqué son passage comme lui l’a marqué et écrit sur ses petits carnets de notes. Survivre en première ligne durant toute cette guerre tient du miracle, son témoignage en est encore plus important.

Je vous ai choisi quelques extraits, certains montre la violence dont il est témoin et acteur :

L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire.

Les interpellations réciproques avec les tranchées adverses ne sont pas rares et souvent d’un certain comique. Par exemple : « Wilhlelm, est-ce que t’es encore là ? » « Oui ! » « Alors planque ta tête, j’vais tirer. » BOUMS ! « Ouais, trop haut ! » « Pas si vite, faut d’abord que je recharge! »

Disparus ! Disparus, et peut-être à jamais. Sur le front, les villages détruits, les arbres déchiquetés, les puits effondrés, les champs tout retournés par les obus […]

Lorsque j’ai quitté l’abri ce matin, un étonnant spectacle s’est offert dehors à mes yeux. Nos hommes avaient grimpés sur les parapets et parlaient avec les Anglais par-dessus les barbelés.

Il y a ici toute une jeunesse déjà vouée à la mort, aujourd’hui ou demain.

Dans les jardins, j’ai trouvé un os du bassin auquel étaient encore collés des lambeaux d’étoffe rouge française. Peu à peu, on acquiert ici des connaissances anatomiques.

En y mettant la meilleure volonté du monde, nous ne pouvions pas creuser un trou sans tomber sur des monceaux de cadavres. Une tête émerge ici, là un postérieur, plus loin un bras sort de la terre, là-bas gît une tête de mort.

Le lieutenant Pape me raconta qu’il avait trouvé dans une maison une toute petite fille morte. Certains civils devaient être encore couchés dans leur lit.

Chaque millimètre du sol a été retourné encore et encore, les arbres sont attachés, déchiquetés et pulvérisés comme sciure. Les maisons rasées par les obus, les pierres broyées en poussière. Les rails du chemin de fer tordus en spirales, les collines déplacées, bref, tout a été transformé en désert.

L’un des deux avait eu la tête arrachée, et le cou surmontait le tronc comme une grosse éponge sanguinolente. Le deuxième avait un bras fracassé d’où sortait des esquilles d’os, et une grande blessure à la poitrine. Le troisième avait été éventré, ses intestins et des organes internes s’étaient répandus sur le sol.

Au final, si vous avez lu Orage d’acier, je ne pense pas que ce livre vous apporte énormément car les faits relatés dans le journal sont présent dans le roman. A part si le roman vous a tellement happé que vous voulez en savoir plus. Ou vous pouvez choisir de lire ce journal à la place du roman. Qu’importe, les deux ouvrages sont puissants et importants pour la mémoire collective.

Une vraie et terrible expérience de la guerre, la lire et la ressentir dans vos tripes. Grâce à l’écriture.

Jaskiers

Dans les geôles de Sibérie par Yoann Barbereau

Quatrième de couverture :

« Cueilli impréparé, j’étais de ces taulards qui font leur entrée dans le monde sans aucun effet personnel. »

Irkoutsk, Sibérie orientale. Yoann Barbereau dirige une Alliance Française depuis plusieurs années. Près du lac Baikal, il cultive passion littéraire et amour de la Russie. Mais un matin de février, sa vie devient un roman, peut-être un film noir. Il est arrêté sous les yeux de sa fille, torturé puis jeté en prison. Dans l’ombre, des hommes ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom inventé par le KGB : kompromat. Il risque quinze années de camp pour un crime qu’il n’a pas commis. L’heure de l’évasion a sonné…

Un fait étonnant que ce livre écrit par un français, emprisonné en Sibérie, et surtout qui se déroule au début de XXIeme siècle.

Le récit d’une vie qui bascule dans l’enfer sans raison. Yann Barbereau se fait arrêter devant sa fille et sa femme de manière brutale. Pourquoi ? La question le hante. Extrait :

Que diable allais-je foutre dans cette galère ? On m’emmènerait en forêt pour un petit exercice d’intimidation ? Pour m’exécuter ? Mais pour quelle raison ? Au nom de quelle religion obsolète ? Au nom de quels intérêts supérieurs ? Ou alors il s’agirait d’un enlèvement… Ils vont réclamer une rançon ? Improbable. Quelle énorme connerie aurais-je faite ? Qui aurais-je pu offenser récemment ?… Personne… Un politique ? Mais non. Peut-être… Je ne vois pas.

Grand amoureux de la Russie, représentant culturel de la France à Irktousk en Sibérie, il se nourri du froid, de la littérature, des gens et d’amour. Extrait :

Le monde était simple. Devant moi, il y avait l’humanité chaude et minuscule, celle qui fend le cœur. J’étais venu en Sibérie pour ça. Je le croyais.

Trahis par le pays, le gouvernement plutôt, qu’il aimait, il va devoir apprendre à vivre comme un zek argot de russe qui signifie prisonnier. Plus qu’un mot en faite, une condition. Extrait :

« Mais pour ce qui te concerne, silence ! Tu fermes ta gueule. C’est capital. Tu es un zek [prisonnier] ici, c’est-à-dire moins qu’une merde. Nous sommes à la merci de salopards qui peuvent nous frapper, nous torturer, nous mettre plus bas que terre. Ils nous écoutent, ils nous regardent.»

Et vivre, non, survivre en tant que Zek dans une prison de Sibérie en attendant son jugement et son envoie très probable en camps de travail.

Mais que s’est-il passé pour que Yoann finisse dans cette terrible situation. Le FSB, anciennement connu sous le nom de KGB, lui a réservé une petit « surprise », elle s’appelle le Kompromat. Qu’est-ce que ce mot veut dire ? Une contraction russe de Compromis et Dossier. Yoann a été piégé. Pourquoi ? Par qui ? Qui a-t-il offensé ? Quel crime a-t-il commis ? Qui voulait le voir souffrir et mourrir ? Je vous laisse le découvrir dans le livre mais je vous rapporte deux extraits de l’ouvrage décrivant ce qu’est dans le fond et la forme se piège russe du XXIe siècle :

Un homme ayant du savoir-vivre privilégiera le kompromat. C’est une expression du jeu social au début du deuxième millénaire. On travail à la ruine d’une réputation et, dans le même mouvement, on déclenche une procédure judiciaire. Avec les appuis nécessaires, on commandite, on piège, on manipule. L’homme fort peut se débarrasser d’une entreprise concurrente, d’un rival, d’un adversaire politique, il rackette, s’empare du bien d’autrui, aplatit les réfractaires ou se venge ni plus ni moins.

Le kompromat est une mécanique grossière et subtile. La manipulation a beau être criante, un fond de vilénie s’accroche à votre peau. Le prestidigitateur fabrique et lance sa poudre par poignées, il sait pouvoir compter sur quelques faux sages et vrais imbeciles qui répéteront toujours d’un air entendu : « Pas de fumée sans feu. »

Quelqu’un manœuvrait dans l’ombre, et ne faisait pas dans la dentelle. On m’en voulait, et ont le faisait bien voir. Il ne s’agissait pas seulement de m’empêcher de travailler, pas même de m’écarter de la ville ou du pays. On voulait m’enterrer, que j’étouffe sous des tonnes de boue et que j’aille crever en silence dans un camp.

Heureusement, Yoann est plein de ressource, son amour et sa connaissance de la littérature russe, Soljenitsyne, Varlam Chalamov et leurs récits de l’horreur des goulags en tête lui permettront de garder la tête hors de l’eau. Extrait :

Dans un texte sur le monde du crime :

« L’attention des gardiens est toujours moins grande que celle du détenu, nous le savons par Stendhal, qui dit dans La Chartreuse de Parme : ‘Le geôlier pense moins à ses clés que le prisonnier à s’enfuir.’ »

Barbereau s’évade par la lecture et l’écriture. Comme beaucoup, il ne sera jamais seul en présence d’un livre, d’un papier et d’un crayon. Extrait :

La solitude est un bienfait dès lors que l’on dispose de livres, de papier et d’un crayon.

S’évader, l’auteur ne se contentera pas de la lecture et de l’écriture pour cela. Armé de courage, de connaissances et d’alliés russes et de soutiens français (ces derniers donnant une aide plutôt timorée pour la libération d’un compatriote), Yoann réussira, affrontant bien des obstacles et utilisant de subterfuges digne de roman et de film d’espionnage à s’enfuir.

Yoann Barbereau a une plume magnifique. Un amoureux de la littérature russe et française. Le livre n’est pas dénué d’humour, d’amour et de sexe. La vérité a tenu la plume de Yoann, ainsi qu’elle a révélé un talent d’écrivain mélangeant le verbe français avec la culture russe.

Mélange de références d’écrivains et de poètes de l’hexagone et russe, nous avons l’impression, surprenante et désagréable que les récits de Chalamov, Guinsbourg ou autre Soljenitsyne sont encore d’actualités en Russie.

Pays et peuple et culture magnifique, malheureusement plombé par des forces gouvernementales violentes, racistes, homophobique et ploutocratique. L’impression que la Russie est un tableau de maître que les politiques et surtout les oligarques barbouillent sans scrupules.

Jaskiers

La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Le vin de la colère divine par Kenneth Cook

Quatrième de couverture :

Aller combattre le communisme pour sauver le monde : tel est le motif qui conduit un jeune homme de vingt ans à se retrouver au cœur de la jungle du Vietnam. Confronté à la mort, il ne peut se raccrocher qu’aux valeurs chrétiennes et occidentales auxquelles il croit. Mais survivre au crescendo des bombes et de napalm mène à accepter les pires atrocités. Et à oublier la « guerre juste », lorsque se répand, dans une vision d’apocalypse, le vin de la colère divine.

« Dans une narration à couper le souffle, l’écrivain australien Kenneth Cook fait acte de foi en la littérature, celle qui réveille les consciences. Le vin de la colère divine est un cataclysme. » – Télérama

Kenneth Cook, écrivain couronné de succès, journaliste et leader d’un parti politique opposé à la guerre du Vietnam, fut un personnage hors norme. Il est également l’auteur du Koala tueur, de La vengeance du wombat et L’ivresse du kangourou, tous parus aux Éditions Autrement.

Ceci est un roman, l’histoire n’est pas tirée du vécu de l’auteur. C’est un changement, pour moi, amateur de récits de guerres écrient par des anciens soldats. Mais ce petit roman s’avère être au final un bon changement dans ma routine de lecture.

Ce jeune homme narre son histoire accoudé à un bar. C’est comme si vous étiez son ami de beuverie pour un soir, vous rencontrer ce jeune bidasse de 20 ans, qui a l’air d’en faire 10 de plus, et il vous narre son expérience.

Fervent catholique, il s’engage volontairement dans l’armée américaine pour combattre le communisme. Parce que, selon lui, les communistes sont les ennemis de Dieu. Il semblait presque parti pour une croisade, bien qu’il ne le mentionne pas tout au long de son récit, tout comme il ne mentionne pas les Vietnamiens, les Nord-Vietnamiens, les Viet-congs. Non, tous le long du récit, il les appelle « communistes ».

Jeune, croyant et bon soldat, l’expérience de la guerre du Vietnam va le plonger dans une grande confusion. Sa foie est ébranlée. N’est-il pas marqué dans les 10 Commandements : « Tu ne tuera point ? »

De plus en plus confus devant l’horreur, devant la mort, les valeurs qu’il a appris enfant auprès d’un père aimant et d’une mère française se désagrège. Il cherche à comprendre tout en ne cherchant pas. Il s’exprime par contradictions, sophismes, répond à ses propres questions pour les remettre en doute tout de suite après.

Sa rencontre avec Karl, venu remplacer un camarade de guerre du narrateur (ce dernier n’a d’ailleurs pas de nom, il n’est du moins pas mentionné dans le récit), qui s’autoproclame militariste-pacifiste n’arrange pas sa remise en question perpétuelle de sa foi, de sa place sur Terre, des Hommes, de leur natures, de la politique et de la guerre.

Durant une permission dans une ville de L’Asie de l’Est, qu’il ne nomme pas, il rencontrera Santi, un Vietnamien, avec qui il se saoul. Le narrateur notera avec quelle bienveillance, quel respect il est traité par cet homme. Il pourrait être un ennemi, ce qu’il a fait dans se bar, se lier avec un vietnamien est déconseillé par l’armée, mais Santi est bon, loin des stéréotypes racistes véhiculés par l’armée. La confusion qui s’exerce dans sa tête devient obsédante. Que penser de cette guerre ? S’est-il trompé d’ennemi ? S’est-il fait manipuler pour aller combattre si loin de chez lui des hommes qui, bien qu’ayant des croyances différentes, restent des hommes comme lui ?

Entre questionnement, au bord de la folie, de la confusion la plus extrême, le jeune homme plongera en plein enfer, le napalm, les bombes, les balles, les cadavres, les agonisants. Il ne sait même plus si il pleur. Le peut-il encore ? Sait-il encore ce qu’est se sentiment ? Les sentiments ?

La fin de son récit termine en apothéose. Un enfer sur Terre, une vision d’apocalypse.

Son récit terminé, le jeune homme ne vous dit ni au revoir ni à la prochaine. C’est nous qui partons, car il semble avoir déversé toute sa confusion et ses réflexions sur vous, jusqu’à ces derniers paroles.

Une réflexion sur la jeunesse, l’éducation, la religion et la guerre. Une dure expérience, qui remet en doute certaines de vos valeurs, sans les changer, peut-être, mais vous pousse à vous remettre en question comme le narrateur le fait. Sur vos croyances, votre éducation, l’autorité exercée sur vous et sur le monde en général.

Voici quelques extraits qui, je pense, montre la confusion et la peur du narrateur, qui le suivent tout au long de l’ouvrage :

Mais chaque fois que je pense, il m’apparaît qu’en ce bas monde, un homme sain d’esprit n’a d’autre choix que de devenir fou.

Nous ne pensions pas vraiment tuer. Nous ne pensions pas beaucoup, en réalité ; enfin, c’est ce qui m’apparaît maintenant. Il était impossible de penser. Qu’est-ce que veut dire « penser » de toute façon ?

En y repensant aujourd’hui, je dois reconnaître que j’étais le roi des cons. Ma seule consolation, c’est que nous étions tous les rois des cons.

Si ça se trouve, le monde foisonne de gens qui réalisent que leurs actions sont insensées mais qui craignent de passez pour des fous s’ils se comportaient raisonnablement. J’espère qu’il en est ainsi, mais je n’en suis pas si sûr.

Je m’étais attendu à quoi en partant à la guerre ? À ce que toutes les balles finissent dans les parties les plus charnues de la jambe et à ce que les ennemis soient les seules victimes ?

En général, l’idée qu’on enterre les gens, ou même qu’on les incinère, me dérange. Le principe même que les gens meurent me dérange. Je préférerai que ça n’existe pas.

La raison en était sans doute évidente. Mais je soupçonnais que le vraie raison n’était pas la raison évidente. Rien de ce qui est évident ne semble être vrai.

[…] Sans parler de cette bonne vielle maxime qui raconte plus ou moins qu’il faut prendre les armes pour faire taire les armes. Ils sont tous fous.

– Qui est fou ?

– Tout le monde. […]

Si tous les hommes qui en ont tué d’autres, depuis qu’il y a des hommes, étaient alignés les uns à côté des autres, combien de fois feraient-ils le tour de la Terre ? Et tous les morts ? Lesquels représentent le plus grand nombre, ceux qui ont tué ou ceux qui ont été tués ?

[…] il s’y inscrivait si il y avait une logique. S’il n’y en avait pas, eh bien, il n’y en avait pas. Mais il devait bien y en avoir une, car s’il n’y en avait pas, comment concevoir l’idée qu’il y en ait une ? Est-ce possible ?

[…] – Justement. Je trouve difficile d’imaginer un contexte permettant de justifier moralement une guerre moderne : on doit tuer trop de gens qui n’ont rien à voir avec la guerre.

L’armée vous aide à créer des illusions. Elle offre quelque chose de rassurant et convenable, avec le son du clairon, des tambours, et le rythme des soldats qui marchent au pas, sans compter qu’on vous tient occupé la plupart du temps, limitant tout loisir d’entretenir des pensées subversives. C’est sans doute la grande découverte qu’ont dû faire les généraux : le premier homme qui s’est dit « Je dois absolument occuper les lascars pour qu’ils n’aient pas le temps de penser. » a sans doute ouvert la voie à toutes les armées du monde.

[…] Mais ce qui m’inquiète – enfin, ça ne m’inquiète pas vraiment, pas trop en tous cas – bref ces actes que nous devons commettre… Les combats sont si atroces que je me demande s’ils sont justifiables.

Tous les bruits [dans la jungle] étaient ceux de chasseurs et de proies : les bruits de la violence. Aucun d’eux n’arrivait à la cheville de la violence que nous avion perpétrée […] L’idée de violence est d’ailleurs enracinée dans la nature […]

Il y a peut-être une logique à tout. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas – mais elle m’échappe. En fait, il y a forcément une logique ; la pure futilité, apparemment aveugle, de tous ça exige qu’il y ait une logique.

Je crois que j’essayais d’organiser mes pensées de manière ordonnée et civilisée, comme j’avais appris à le faire, ce qui est en triste contradiction avec les faits. En réalité, mon esprit paniqué tournait en rond. Réaction typique de l’esprit…

Un soldat doit se sacrifier pour la victoire. Savoir qui le tue n’est qu’une question théorique. Ça ne fait pas grande différence après coups, et si l’on accepte que la victoire représente le but ultime et que la mort est un mal nécessaire, ça ne fait pas une grande différence avant non plus. À moins d’avoir l’infortune d’être partis les soldats qui vont se faire tuer. Ça avait de l’importance à mes yeux.

Affirmation, infirmation, dans la même phrase. La confusion est le maître mot de se roman, de l’esprit devenu torturé et fragmenté par la guerre et ses visions d’horreurs. Sa lucidité, son intelligence ont été ses pires ennemis. Il est dur d’imaginer le futur du narrateur tant sa vie est maintenant entachée, et sa foi, pilier de son psyché, ébranlé, ébréché, craquelé, d’une manière violente à cause de manipulations, de mensonges et de l’expérience de soldat. À nous lecteurs de nous faire notre propre histoire sur ce que serait devenu ce « jeune homme » après avoir entendu son histoire. Et de se poser la question de tout ces autres jeunes hommes qui ont vécut un enfer similaire. Et qui sont sûrement accoudés aux bars, un verre à la main, attendant un badaud pour lui conter une énième fois son histoire. Peut-être pensent-ils avoir encore 20 ans d’ailleurs. Car il semble que personne ne sort grandi de la guerre, elle semble plutôt vous traumatiser au point que plus rien ne puisse vous faire avancer. Rester coincé mentalement au moment ou l’horreur du conflit vous touche. Une frontière mentale. Vous n’avancerez plus.

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

Joker : Killer Smile de Jeff Lemire et Andrea Sorrentino

Quatrième de couverture :

Quand un psychiatre affilié au Joker tente de guérir le plus grand criminel de Gotham, c’est le début d’une descente aux Enfers, pour celui qui était jusqu’ici un père de famille aimant et paisible. Mais cette spirale de dépression et d’hallucinations violentes ne cache-t-elle pas un réel gouffre au sein même de son psyché ?

JOKER KILLER SMILE est un récit complet inédit réalisé par le talentueux tandem aux commandes de GREEN ARROW et de GIDEON FALLS : Jeff LEMIRE (SWEET TOOTH) et Andrea SORRENTINO (Secret empire). Inspirés tout autant par KILLING JOKE que par les œuvres de de David LYNCH, le scénariste et le dessinateur embarquent leur protagoniste principal, mais aussi le lecteur, dans une traversée éprouvante au cœur des ténèbres.

Il faut que je l’avoue, je suis arrivé sur le tard dans l’univers des Comics. Même si j’ai été, et suis encore, un grand fan d’Asterix et Obelix, je pense, peut-être à tord, que la B.D. de super-héros américaine est différente des bandes dessinées européennes.

Au cours des dernières années, l’engouement énorme envers les films Marvels et DC Univers m’ont amené à m’ouvrir un peu à cet univers.

Et pour cette BD, le film Joker de Todd Phillips a été la raison pour laquelle je l’ai acheté. Le personnage du Joker est énigmatique, pas de super pouvoir, mais extrêmement puissant et intelligent. Avec un passé douloureux et des problèmes de santés psychiques. Beaucoup de personne sont attirés par se personnage, le plus grand méchant de l’univers des super-héros. Il a un air d’Hannibal Lecter, se tueur en série cannibal créé par Thomas Harris qui a marqué le cinéma et le petit écran. Nous avons cette fascination pour ces personnages car le mystère les concernants, leurs manières de manipuler nous fais peur tout en nous attirant. On veux comprendre !

C’est surprenant. Loin des stéréotypes que je pouvais avoir sur les BD de super-héros, cette œuvre n’est pas bourrée de testostérone et de scène de combat multiple et violente. Non, l’album est plus centré sur la psychologie.

Le combat dans se livre est mental. Bien qu’il y ait quelques scènes violentes, et des scènes de bastons, l’œuvre est axé sur le thème de la folie.

Encore choqué, après des mois de visionnage, par le film Shutter Island, cette BD m’a agréablement surpris. J’aime ces œuvres qui mettent en doute la réalité. Qui nous amène à questionner notre monde, le présent. Qui mettent en doute la véracité de se que nous voyons et vivons maintenant.

J’ai moins apprécié la fin, qui finit sur un cliffhanger, ne nous apportant pas ou très peu de réponse et nous forçant à attendre/acheter la suite.

Il n’en reste pas moins une bonne lecture, les dessins sont beaux autant qu’effrayants. Le jeux sur les couleurs sont très intéressants, apportant des indications sur la santé mentale du personnage principal.

Je le conseil si le personnage du Joker vous intéresse, ou si vous êtes amateurs de thrillers psychologiques.

Jaskiers

Trois ouvrages de Stéphane Bourgoin sur les serial killers.

Avant de commencer mon article, je suis tombé sur un article très bizarre concernant l’auteur, Stéphane Bourgoin. J’ai donc pris mes pincettes avant de commencer à lire ses ouvrages. Voici l’article en question : https://www.google.com/amp/s/amp.parismatch.com/Actu/Faits-divers/Stephane-Bourgoin-Serial-Menteur-Dans-Match-il-passe-aux-aveux-1684548

Je tiens aussi à préciser que cet ouvrage et les deux autres qui arrivent sur le blog étaient des cadeaux de Noël offert à une proche, passionnée de ce genre de chose. Et je suis curieux, donc j’ai décidé de m’y ouvrir pour voir de quoi il en sortait.

Descendons ensemble, ou pas, dans l’horreur gratuite.

Quatrième de couverture :

Les terrifiantes confessions de 12 tueurs en série

« Un descente aux enfers dans le psyché des pires criminels que l’histoire a vus naître »

Les Inrockuptibles

Stéphane Bourgoin réunit pour la première fois en un volume les confessions, textes autobiographiques et nouvelles, inédits ou rares, de tueurs en séries, meurtriers de masses et autres criminels. Aussi terribles qu’éprouvante, cette anthologie meurtrière donne à voir l’abîme ouvert par ces esprits maléfiques et dérangeant. Une véritable plongée au cœur d’une machine implacable, où l’autre n’est qu’un simple objet destiné à assouvir le goût du meurtre.

Spécialiste français des tueurs en séries, Stéphane Bourgoin est mondialement reconnu. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et documentaires sur le sujet.

Je n’ai aucune sympathie pour les tueurs en séries. Ce qui peut m’intéresser dans leurs cas, c’est leurs psychologies. On ne peux porter aux nues ces laches qui tuent plus faible qu’eux. Voici l’extrait d’un texte biographique écrit par un de ces serials killers dont je ne nommerai que par ses initiales :

« Si vous prenez la peine d’examiner en détails tous mes crimes, vous vous rendrez compte que j’ai toujours suivi un seul et unique précepte dans l’existence. De m’attaquer aux plus faible, aux plus vulnérables et à ceux qui n’étaient pas sur leurs gardes. C’est ce qu’on m’a appris : la puissance fait Loi. »

C.P.

Autant vous dire que l’ouvrage est un tout petit recueil d’écrits de tueurs agrémenté de commentaires de l’auteur.

Je n’ai rien appris dessus. Non en faite, j’ai appris ce qu’ils ont fais, mais rien d’important dans la lecture ne m’a appris quelque chose d’important. C’est une lecture pour ceux qui ont un intérêt et/ou une curiosité morbide à combler.

J’ai peut-être appris quelque chose en fin de compte, que l’être humain peut tuer sans raison et être lâche. Mensonge, mes lectures précédentes m’ont déjà montré se côté de l’Homme, mais sous d’autres formes.

Je ne conseil pas se livre, à par comme je l’ai dis plus haut, si le gore et le dérangeant (extrêmement d’ailleurs) vous passionne. Les victimes ne sont que très peu mentionner, les survivants non plus. Je pense que l’auteur s’est fait de l’argent facile avec se petit livre. 90 % des textes à l’intérieur proviennent des tueurs en série.

Deuxième Ouvrage

Le livre noir des serial killers de Stéphane Bourgoin

Quatrième de couverture :

Plongeon abyssal dans la tête de tueurs en série

Stéphane Bourgoin a rencontré plus d’une soixantaine de tueurs en série à travers le monde. Il relate ici l’histoire, retrace le profil psychologique et analyse la personnalité de six d’entre eux. Et non des moindres. Du Vampire de Düsseldorf à l’Ogre de Santa Cruz, en passant par le Cannibal de Milwaukee, ce sont à chaque fois de véritables monstres auxquels il nous confronte. Âmes sensibles s’abstenir !

Entamons donc la deuxième lecture. Le livre est un peu plus consistant que le premier présenté si-dessus.

Il se concentre sur 6 tueurs, en détails.

Beaucoup de répétitions, beaucoup de détails horribles… J’ai trouvé cet ouvrage un peu plus intéressant, comparant récits de tueurs avec rapports de psychiatre et survivante (car l’écrasante majorité des victimes sont des femmes). Les témoignages sont dure à encaisser. L’horreur, l’inhumanité et la manipulation de ces assassins transpirent via leurs comportements et leurs aveux. Ils manipulent les autorités, les policiers, les lois avec une impressionnante facilitée. Aucun d’eux ne semble éprouver de vrais remords. À part quant il s’agit de manipuler.

Beaucoup de ces tueurs ont eu une enfance difficile. Mais ce n’est pas une excuse. Beaucoup de personnes ont eux une enfance difficile et ne sont pas devenues des assassins sans pitiés. « L’excuse » de l’enfance difficile, bien qu’ayant joué sur le psyché des tueurs n’est pas une explication, ou la raison, de leurs crimes atroces. Puis souvent, ils mentent.

De la documentation provenant du FBI apporte une dose importante dans la compréhension et les manières que les forces de l’ordre utilisent pour appréhender ces criminels. Bien que les forces de l’ordre ai commis d’énormes erreurs, laissant parfois le champs libre à ces criminels pour continuer leurs horribles forfaits.

Voici un passage intéressant que Bourgoin partage, celui de l’agent du FBI Robert Kessler sur la peine de mort (je censure le nom du tueur) :

« D’une certaine manière, K, avec ses souvenirs précis, son regard critique sur les actes qui l’ont amené en prison, illustre parfaitement la nécessité pour la société de maintenir en vie ces meurtriers implacables. Je reste persuadé qu’on commet une grave erreur en les exécutant ; il faut contraire les garder en prison, les soigner et, ce faisant, apprendre d’eux les moyens de combattre à l’avenir une criminalité qui nous dépasse. Oui je maintiens que nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Exécuter de tels assassins n’offre aucun avantage pour la société. La peine capitale n’a rien d’exemplaire, et n’empêchera certainement pas des serial killers en herbe de tuer, tout simplement parce que l’emprise de leurs fantasmes restera toujours la plus forte. De plus, il est faux de prétendre qu’une exécution économise l’argent de l’Etat : aujourd’hui, pour tuer un condamner, il faut dépenser des millions de dollars en frais de justice. Il est bien plus utile de garder des assassins comme K en prison ; nous gagnons beaucoup à les étudier. »

— Troisième Ouvrage —

Serial Killers : enquête mondiale sur les tueurs en série de Stéphane Bourgoin.

Quatrième de couverture :

Noms des tueurs censurés par mes soins

Avec la collaboration d’Isabelle Longuet et Joël Vaillant

Ouvrage de référence, traduit dans le monde entier, cette édition revue et augmentée pour la quatrième fois et le résultat d’une trentaine d’années de recherches sur ces criminels qui tuent en série sans mobile apparent, et le plus souvent sous l’emprise de pulsions sexuelles. Ils commettent leurs forfaits en toute impunité pendant des mois, voire des années.

Stéphane Bourgoin a pu s’entretenir avec plus de soixante-dix de ces serial killers dans des prisons de hautes sécurités. Cannibales, comme O.T. ou le pedophile sud-africain S.W. ; psychotiques, tel G.H., dont le cas inspiré le personnage de Buffalo Bill dans Le silence des agneaux ; ou R.C. et J.R., authentiques vampires modernes ; femmes criminelles, comme M.B. ou C.F. ; tueurs d’enfants à l’exemple de J.J. et A.F. ; nécrophiles et chasseurs de têtes, à l’image de G.S. et E.K. qui sert de modèle au Hannibal Lecter de Thomas Harris ; étrangleurs de prostituées à la façon d’A.S., tous expérimentent les mêmes fantasmes sanglants – et une absence totale de remords.

Grâce à de nombreux séjours à l’étranger, l’auteur a rencontré les agents spéciaux du FBI chargés d’étudier ces assassins hors norme, ainsi que des profilers du monde entier qui utilisent une approche psychologique et des bases de données informatiques pour résoudre les enquêtes. Leurs conclusions sont confrontées à l’avis des plus grands psychiatres dans le domaine.

L’ouvrage est complété par de nouveaux entretiens et portraits de tueurs, un cahier-photos revisité, une étude sur la « détection de la sérialité » par le colonel de gendarmerie Joël Vaillant et une étude sur les nouvelles méthodes d’investigation informatique du FBI.

Le livre est un mastodonte de plus de 1 000 pages, coupé à la moitié par un album photo.

La première partie concerne les manières et tactiques que les forces de l’ordre utilisent pour arrêter ces criminels. Il est terrifiant de réaliser que la Police et la gendarmerie française sont encore très loin d’être au niveau des forces américaines. Nous sommes à la traîne.

Une partie sur les femmes serial killers éclaire les théories selon lesquelles il y a peu de tueuses en série, ce qui est vrai. Mais leurs méthodes sont complètement différentes de celle des hommes. Et tout aussi meurtrière.

L’interview de 3 profilers s’avère très intéressant dans le ressenti et l’impact que se métier peut avoir sur leurs vies.

Stéphane Bourgoin reprend des passages des deux livres précédents, se qui est un peu frustrant. Mot à mot ou presque. Si l’un de ces ouvrages vous intéressent, je vous conseil de prendre celui la. Prenez note qu’il fait plus de 1 000 pages.

L’ouvrage prends un tournant très intéressant, il faut l’avouer. Et il est très bien écrit. Les interviews réalisaient par Bourgoin sur ces tueurs s’avèrent très intéressant, une plongée dans le psyché directement. Sans fard. Je suis maintenant tenté de me procurer des ouvrages sur l’interview de ces tueurs, quelque chose dans ces interviews est captivant, je l’avoue. Mais après la lecture de se livre, j’ai ma dose d’horreur. Ces trois livres ont remplis leur objectif, nourrir ma curiosité morbide, je n’ai plus besoin de dose d’horreur humaine.

La fin du livre est une sorte de « compilation » de tueurs en séries, classés par ordres alphabétiques avec énormément d’ouvrage pour en apprendre plus sur chacun d’entres eux.

Je quitte se livre exténuant en me demandant comment des personnes peuvent bien baigner dans ces horreurs, par « passion », « intérêt ». Je peux comprendre l’utilité de se genre de livre pour les professionnels, gendarmes, enquêteurs, psychiatres, psychologues ect… je ne dénie pas que ces livres pourraient les aider dans leurs métiers, quant à nous, lecteur lambda, je me demande ce qu’ils peuvent bien apporter… peut-être à nous rendre plus attentif envers notre environnement et notre entourage. Peut-être. Car cela pourrait mener à de la paranoïa.

Mais après tout, ce n’est pas parce que vous êtes paranoïaque que quelqu’un ne vous suit pas actuellement. Peut-être même que ce quelqu’un vous regarde actuellement.

Mon verdict :

Comme noté au début de mon article, les serial killers ne sont pas une de mes passions. Par contre, je mentirai si je n’avouai pas la curiosité morbide qui m’a attiré à lire ces livres. Avouons le, nous sommes humains, nous aimons nous faire peur, nous ralentissons notre allure quand un accident s’est déroulé sur le bord de la route, et nous nous devons de jeter un coup d’œil.

Ce qui m’intéressais le plus, c’était le côté psychologique. Les maladies. Les personnalités. Les crimes, ça, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais j’ai quand même été servis par ces ouvrages.

Je voudrais pointer un problème que j’ai observé sur internet. Celui des gens, et disons la vérité, des femmes, qui adulent ces tueur en séries. Il y a des fanbases de tueurs en séries, des site de Murderabilia (terme signifiant la vente d’œuvres d’arts, d’objets, ayant appartenus à des tueurs sur internet). Je pense qu’il ne faut pas confondre fascination et admiration. Comme il ne faut pas confondre évolution et amélioration. Nous pouvons évoluer (dans tous sujets) négativement comme positivement. Amélioration par contre signifie que quelque chose devient positif, de retour à la normale. Fascination, pour moi, semble synonyme de curiosité, d’intérêt, tandis qu’admiration semble porter un intérêt plus poussé pour un sujet, un modèle, un but. Et cela est effrayant. Effrayant n’est peut-être pas le bon mot, mais je crois qu’admirer un tueur signifie qu’il y a peut-être un petit soucis, un manque à combler ou plus grave, mais je ne suis pas psychiatre. Les tueurs en série sont des lâches, la grande majorité des hommes qui s’attaquent à plus faible qu’eux. On oublie les victimes, les survivants, leurs familles. Imaginez vous, tant que faire se peut, être un proche d’une victime d’un de ces assassins et de voir que des gens l’admirent, le vénèrent, sont même attiré par eux. Que ressentiriez vous ? Certains même de ces fans vont jusqu’à insulter les victimes, les traiter de menteurs.

Tous cela pour dire qu’il faut faire attention sur internet, qu’il ne faut pas se faire berner par ces tueurs qui, si vous les admirez, ne vous considère pas comme des êtres humains mais des objets. Rien n’est possible avec eux.

Ces monstres ne ressemblent pas, pour la plupart, à des tueurs comme notre imaginaire peut se les représenter. Ils ressemblent à des personnes comme vous et moi, on ne peux plus normales. Du moins extérieurement. Certains même ont du charme, de l’intelligence, du savoir-vivre. Les vrais monstres ne ressemblent pas à des monstres. Mais à votre voisin, à votre collègue, voir même peut-être à vos amis.

Voici un extrait de l’avis de Stéphane Bourgoin dans Serial Killers : enquête mondiale sur les tueurs en série. :

Pourquoi un tel intérêt [pour les tueurs en série] ? Serait-ce un moyen pour chacun d’entre nous de transgresser la morale ou une transposition moderne de la « catharsis » ? Ne s’explique-t-il pas aussi par le désir profond de comprendre ce qui peut inciter ces tueurs, que rien ne distingue des honnêtes gens, à passer à l’acte ? Il doit bien exister une raison à ces actes irrationnels ! La réponse n’est pas évidente surtout quand les avis des experts divergent quant aux origines du « mal ». Cette violence résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs : prédispositions génétiques, dérèglements hormonaux ( sérotonine, testostérone…), événements déstructurants (violences familiales, abus sexuels…), influence du milieu dans lequel ils évoluent depuis leur naissance. Difficile aujourd’hui de cerner la part exacte de l’acquis et de l’inné. Les travaux des experts en neurosciences apporteront peut-être d’autres éléments de réponse. Néanmoins pour tous les spécialistes, une seule certitude, on ne naît pas tueur en série, on le devient.

Jaskiers

Récit de la Kolyma de Varlam Chalamov

Quatrième de couverture :

Les Récits de la Kolyma, réunis pour la première fois en français, retracent l’expérience de Varlam Chamalov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie.

Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d’une œuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s’élabore à travers six recueils. Chaque texte s’ouvre sur une scène du camp. Il n’y a jamais de préambule, jamais d’explication. Le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers. Les premiers recueils, écrits peu après la libération, porte en eux toute la charge du vécu. À mesure que le narrateur s’éloigne de l’expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l’impossibilité de raconter le camp. Certains thèmes sont alors repris et transformés. La circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grand préoccupation de Chamalov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de « crevard », composée de vingt vocables à peine ?

Les récits s’agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance.

On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C’est un texte agissant. A l’inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s’inscrit en eux. Le camp aura servi à l’écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses.

Les camps, dit Chamalov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s’y passe, ni même le savoir. Il s’agit en fait d’une connaissance essentielle, une connaissance de l’être, de l’état ultime de l’homme, mais acquise à un prix trop élevé.

C’est aussi un savoir que l’art, désormais, ne saurait éluder.

Varlam Chalamov lors de sa première arrestation en 1929.

Avec une telle quatrième de couverture, dur d’écrire sur cette l’œuvre. Mais je vais essayer.

J’ai eu envie d’acheter cet ouvrage après voir lu « L’archipel du Goulag » de Alexandre Soljenitsyne, autre auteur étant passé par le Goulag, par le système de répression et de « nettoyage » ethnique et idéologique de l’état Soviétique. Le passage qui m’a le plus marqué dans l’œuvre de Soljenitsyne, et celui ou il déclare que l’homme cesse d’être un être humain quand une figure d’autorité use de violence physique. C’est encore d’actualité.

D’ailleurs, ces deux auteurs, Chalamov et Alexandre Soljenitsyne, ont communiqué par lettre. Je crois même qu’un recueil de leurs échanges est disponible. Malheureusement, leurs amitié ne durera pas longtemps, Chalamov reprochant à Soljenitsyne d’écrire des récits trop « doux » sur son vécu au Goulag.

Chamalov vise aussi Dostoïevski et sa « Maison des morts », qu’il juge, la encore trop doux, portant aux nues les truands.

L’emplacement de la Kolyma.

1 500 pages. 1 500 d’histoires, que l’on pourrait appelé un « recueil de nouvelles » écrit par un prisonnier, un Zek, un « crevard » des goulags, ou comme le dirai Chalamov, des camps d’exterminations stalinien. Chalamov connaîtra la détention dès la vingtaine pour n’en ressortir que vers la cinquantaine.

Chalamov n’était pas un prisonnier de droit commun, un truand, ceux là sont la terreurs des camps. Non Chalamov était un « 58 », emprisonné pour activités anti-soviétiques. Ces détenus étaient voués à être exterminer par le travail, par leurs gardes, par les truands, ces derniers étaient considérés comme des personnes à rééduquer et non des ennemis du peuple.

Être un « 58 », nom de l’article condamnant les activités anti-soviétiques dans le « code-penal » de l’ex-URSS de Staline, c’était être condamner à piocher, creuser, pousser des brouettes, être frappé, humilié, violé, assassiné et j’en passe. Vous pouviez être arrêter sur dénonciation, et souvent, vous étiez condamné sans savoir quel avait été votre crime. Dans l’ignorance. Et votre vie de prisonnier commençait sans que vous n’en connaissiez la raison. Et quand vous étiez accusé, il était impossible de ressortir lavé de tout soupçons, impossible de vous défendre. Vous étiez emprisonné et c’est tout.

Être « 58 », c’est travailler plus de 16 heures par jours, sous un froid de moins 60 dégrées (Celsius), c’est trouvé que moins 40 dégrées (Celsius) c’est doux, presque l’été.

C’est avoir les mains bloqués en position fermée à force de tenir les outils.

C’est avoir le scorbut. La pellagre. La dysenterie. Être utilisé comme objet de pari quand les truands non plus d’objets à parier. C’est d’être voler, de n’avoir aucun objet personnel.

C’est se faire voler la photo de sa femme pour que les truands puissent faire une « session de masturbation collective » avec.

C’est voir un autre 58 se faire éviscérer par des truands, ces derniers utiliseront les intestins de la victime pour étrangler un autre 58.

C’est être victime, 24 heures sur 24. Ne plus avoir de contact avec sa famille.

C’est d’être utilisé comme simple pion dans la politique, le microcosme concentrationnaire.

C’est de travailler jusqu’à l’épuisement total, physique et moral. Avec le ventre vide.

Si vous êtes une femme, c’est de se faire violer, en groupe. Et j’en passe…

Prisonnier de la Kolyma construisant la « route des ossements». Je vous laisse deviner pourquoi cette route se nomme ainsi…

Varlam a vécu tous cela juste parce qu’il avait dit qu’il appréciait un poème de Bakounine…

Je pourrai continuer encore. La lecture de ces 1 500 pages étaient éprouvante. Varlam Chalamov raconte ses histoires à la troisième personnes, ou à la première. Se livre contient tout ses récits, certaines histoires se répètent mais apportent toujours un nouveau détail ou point de vue de l’auteur. L’écriture à là troisième personne est un fait commun dans la littérature, elle permet aux victimes de s’exprimer plus « librement », donnant une certaines distance pour leurs permettre d’écrire.

Chalamov lors de sa deuxième arrestation en 1937

La lecture de cette œuvre immense vous hantera la nuit. Comme un bon roman d’horreur, sauf que se que vous avez lu a été vécus par des centaines de milliers de personne. Hommes, femmes et même adolescent. Vous en sortirez exténué. Vous ne verrez plus un mélèze comme avant. Une pioche, une pelle, une cigarette, une cuiller comme avant. Je conseillerai de lire se livre sur un tapis roulant à vitesse maximale pour bien comprendre la souffrance physique et mentale des récits. Votre corp sera ainsi en symbiose avec se que subit votre psyché. Et vous n’avez pas le droit d’arrêter jusqu’à l’évanouissement. Vous trouvez cela stupide ? Je ne l’ai pas lu comme cela bien sur, mais votre corps sentira la douleur lors de cette lecture. L’enfer est stupide. Les camps, les régimes totalitaires sont stupides. Sortez votre tapis roulant et soyez stupide.

Monument dédié aux morts à Magadane. Le visage de la tristesse.

Il n’y a aucune chronologie logique dans se recueil, vous êtes propulsé à Magadane sur une histoire, pour être propulsé à l’hôpital, puis dans la forêt ou dans les mines. Vous êtes perdu vous aussi, Chamalov vous entraîne avec poésie (si si) dans l’enfer. Et l’enfer concentrationnaire ne connaît pas de temps ni de logique.

La route des ossements aujourd’hui.

L’œuvre complète des Récits de la Kolyma est coûteuse. Je sais que l’ouvrage se vends en plusieurs parties. Je vous conseillerai la partie appelée Le gants.

Varlam Chamalov

Chaque histoire est imprégnée d’horreurs, de dénonciations, d’actes inhumains, cruels. Il n’existe pas d’amour dans les goulags, ni de merci. On y meurt, et si on survit aujourd’hui, demain on meurt. On utilise des tracteurs pour creuser des fosses communes, pour y lâcher des cadavres que même la terre gelée de la Kolyma ne veut pas. Rejetant, conservant, le permafrost ne veut pas de l’horreur humaine. Les mélèzes centenaires n’oublient pas, sont les témoins silencieux du massacre de millions d’êtres n’innocents poussés aux dernières limites de la vie.

J’ai omis volontairement de trop parler de politique, de citer l’action des services soviétiques tél que la Guépéou, le NKVD, la Tchéka, les Troïkas, le NKGB, des services qui massacrent et qui se font massacrer à leur tour quand leur horrible travail est fait.

Chalamov compare les camps d’extermination nazis et les Goulags, similaire selon lui, et je suis d’accord. Selon Varlam, les chambres à gaz sont remplacées par le travail forcée à moins 60 dégrée (Celsius) sans protections adéquates.

De loin une des lectures les plus terribles que j’ai eu l’opportunité de faire.

« La détention en camp est une chose atroce qu’aucun homme ne devrait jamais connaître. L’expérience du camp est, à chaque instant, absolument négative. L’homme n’y fait que devenir plus mauvais. Il ne saurait en être autrement. Au camp, il se passe des choses dont un homme ne devrait jamais être témoin »

Varlam Chamalov

Varlam Chalamov peu avant sa mort. Il finira sa vie dans un hôpital psychiatrique.

Jaskiers

La vérité, c’est que je suis bigrement confus.

Depuis quelques jours, et depuis quelques lectures, je me sens perdu, pour dire vrai.

Et j’écris cet article car je vois actuellement beaucoup de blogueurs faire une pause, ou directement quitter la plateforme. La raison étant pour beaucoup une sorte de fatigue, une impression de grande confusion, d’être perdu, d’incompréhension aussi peut-être.

Doit-on blâmer la Covid pour cette morosité ambiante ? Ce serait injuste de ne pas mentionner le poids de la pandémie dans cet article. Entre confinement, déconfinement, re-confinement, confinement mais-pas-trop. Le pire reste les dégâts que cette crise nous déposent sur son chemin. Chômage, licenciement, crise économique, baisses des aides sociales. La peur de l’après, la crise économique et sociale qui s’annonce. Le futur est angoissant. Je lis des articles parlant du « Monde d’avant », c’est à dire pré-Covid. Plus rien ne sera jamais comme avant. Comme dans un film de science-fiction, sauf que des vraies gens sont morts, des vraies familles endeuillés. Déjà qu’avant les choses étaient loins d’êtres satisfaisantes…On sais déjà qui payera les pots cassés. Les plus pauvres.

Tous cela engendrent et il faut le dire, des maladies et névroses mentales. Tous le monde encaisse mais au prix de notre état de santé mentale. Quand l’état mentale est dégradé, le corps suit.

Dépressions, anxiétés, troubles obsessionnelles compulsifs, angoisses, phobies, burns-out, et j’en passe.

Malheureusement je trouve qu’en France, la santé mentale est un tabou. L’esprit se soigne comme le corps. L’esprit s’entretient comme le corps. N’ayons pas honte de demander de l’aide, ce genre de maladie non-traitées vous entraînent dans une spirale qui mène aux endroits les plus sombres de votre être. Plus bas vous vous laisserez tomber, plus longue et difficile sera la remontée.

Dans ce genre de cas, on se sent seul, seul à souffrir avec personne pour nous comprendre, c’est un côté de la maladie qui vous parle. Elle veut vous enfoncer. VOUS N’ÊTES PAS SEUL.

L’aide d’un ou de professionnels ne pourra vous être que bénéfique et vous n’avez rien à perdre. Rien à perdre, tout à gagner, un pas en avant, vers la guérison.

N’oubliez pas la culture. Physique. Vous avez juste à marcher 20 à 40 minutes pour réduire l’anxiété et vous aérer l’esprit.

Quitter ces foutus réseaux sociaux. Les réseaux sociaux pourrissent votre morale, les réseaux sociaux sont un mensonge. En plus d’amasser, sans scrupule aucun, vos données personnelles , elles les revendent à tirelarigot à qui payent le plus.

Lisez des livres, physique si possible, je n’ai rien contre les livres audios ni les livres électroniques, mais le fait de vous déconnecter un peu de la technologie est une libération.

Regardez des films avec vos proches, manger avec eux, faite ce que vous vouliez toujours faire mais n’avez jamais eu l’opportunité, le temps, le courage, dans les limites imposées par se foutu Covid.

Ne prenez pas au sérieux ce que je viens d’écrire si vous n’y tenez pas. J’ai pris une sacré tangente dans cet article, comme Hunter S. Thompson le faisait dans les siens. Sauf qu’il était sacrément bien payé, sacrément bon avec sa plume et sacrément drôle.

Après mes leçons de morale à prendre avec des pincettes, revenons à nos moutons. Tous le monde semble en avoir plein le dos et délaissent leurs blogs.

J’ai cette sensation aussi, j’ai pensé et je pense à faire une pause.

J’ai commencé se blog, pour je ne sais quelle raison. Parler de littérature, principalement américaine, de culture, de musique. Au fond de moi, je crois que je voulais surtout écrire, et progresser dans cet art.

Comme je lis beaucoup, trop peut-être (ça existe « trop lire » ? ), j’avais décidé de partager mes lectures et d’écrire dessus. Une sorte de contre rendu de lecture. Le problème c’est que de plus en plus, au cours de mes lectures, je me détachais du livre pour me dire « je vais parler de ça et ça, prendre cette partie ou celle la, voir même les deux comme extrait ». Lire, et plus précieusement écrire sur mes lectures, est devenu presque un devoir d’école, un job, quelque chose que j’ai peut-être pris trop au sérieux.

Au final, une sorte d’anxiété s’est créée. À chaque fois que j’ouvre un livre, l’article du blog occupe une place trop importante dans ma petite tête d’idiot. Avant le blog, lire était mon évasion, mon truc à moi. Ça l’est toujours, mais le poids de l’article à poster pèse trop sur la lecture. Ajouter à ça la peur de spoiler le lecteur ou d’être irrespectueux envers l’auteur en dévoilant trop de son travail et vous avez mon blocage.

Il est temps de voir les choses en face. Je dois soit trouver ou un équilibre avec mes «comptes rendus» de lecture, sois dédié ce blog à l’écriture personnelle et créative, dans le but de progresser.

Plus j’écris cet article, plus je réalise que j’exposais mes lectures ici comme si j’étais en cours, à faire des textes de Corpus (prononcé « Corps Pouce » comme me le disait cette déglinguée de prof de seconde qui mettait des tongs même l’hiver, ses doigts de pieds étaient dégelasses, ses dents de devant s’entrent chevauchés la faisant zozoter et nous faisait passer le bac blanc oral devant toute la classe en seconde et avait, comme tout professeur qui se respecte une haleine tabac/café bien fétide. Une tangente encore désolé) et à en attendre quelque chose des gens qui me lieront. Je ne veux pas être une sorte de journaliste ou Reviewer littéraire. De toute façon, je suis loin d’être qualifié pour en devenir un.

Pourtant j’aime partager mes lectures ou du moins ce que je lis et partager avec vous mes avis et quelques informations ou citations intéressantes. Mais cela a prit beaucoup trop de place dans mon loisir et ma vie personnelle. Et j’ai l’impression que ces articles sont devenus redondants. Je lis énormément d’œuvre américaine, la plupart sur des conflits armée. C’est répétitif.

J’ai aussi fais je pense, l’erreur de poster un article par jour, ce qui me pressait à lire et à me prendre la tête pour savoir quoi poster et finir la lecture d’un livre avant ma propre deadline. Je précise que je n’ai jamais bâclé une lecture, je voulais être le plus précis possible dans mes articles.

Cela me faisais passer aussi un peu trop de temps sur mon écran. Et ça, c’est extrêmement mauvais. Pour ma santé mentale du moins. Et elle est fragile. Je n’ai pas honte de le dire. C’est un combat de tous les jours. Écrire est LA thérapie qui m’aide. Même si j’écris mal, ou du moins pas aussi bien que je le voudrai. Il me faut écrire mes propres textes pour progresser d’ou la nécessité d’un changement.

J’ai aussi découvert dans mes abonné(e)s des gens qui ne parlent pas français doivent passer mes articles par un traducteur. Je pourrai écrire quelques articles ou textes en anglais. Même si il mon anglais reste très bancal et qu’il me manque pas mal de vocabulaire pour étoffer ces potentiels articles.

Je pense qu’une pause, ou un gros ralentissement dans les articles sera au programme pour le blog. J’ai besoin de lire pour moi. Et d’écrire pour moi. Renouer avec l’essence même de la littérature. Littérature qui m’a sauvé. Le blog servira peut-être à partager mes écrits, et de m’améliorer dans ce domaine. L’attention démesurée que j’ai donné à mon blog m’a freiné. Ça ne m’empêchera pas de venir lire vos articles et de découvrir d’autres blogueurs.

Le fait d’utiliser exclusivement mon IPhone pour écrire et tenir le blog et pénalisant. L’achat prochain d’un ordinateur portable m’aidera peut-être dans la tenu du blog et j’espère, améliorer mes écrits. Mais on en est pas encore là.

En tous cas, je vous remercie de m’avoir lu, ce n’est pas la fin du blog. Je veux juste me concentrer sur l’écriture. Il se peut que je parle d’un livre, d’une lecture ou autre, parce que l’envie de partager sera primordiale pour moi.

Avant de finir l’article, je vous propose quelques personnes rencontrées durant ces quelques mois de blogging, et c’est sûrement une des choses les plus positives que je retiens de ces mois :

Pandora : car je suis son premier fanboy. Du moins je le revendique.

Lili : qui est la gentillesse incarnée et écrit sur son histoire, sur une période difficile de ça vie.

Firenz : Sa poésie, ses photos et son amour des animaux, surtout des chats. Un bisous à Miss Providence et toujours une petite pensé pour Biscotte.

Midian Poet : que j’aime surnommer Poet, amoureux de poésie et passionné comme moi de lettres américaines.

Paquerite : parce que Paquerite est un peu la GodMother du WordPress game et que je l’admire.

Filipa : parce qu’elle parle plus de langue que vous, qu’elle a une plume magnifique et que je pense qu’elle est Paquerite sont lié d’une manière ou d’une autre. Et je l’adore !

J’en profite aussi pour les remercier de leurs disponibilités, leurs gentillesses et leurs aide précieuse.

Le blog va changer de direction… ou pas. Honnêtement je n’en sais rien. Si vous n’avez rien compris à ce que je viens d’écrire, rassurez vous, moi non plus. C’était surtout pour prévenir ceux qui me lisent régulièrement. Si vous avez lu jusque-là, voici en cadeau un peu de Cobain.

Je suis preneur de votre expérience en matière de blog, de passage à vide ou de remise en question.

À bientôt ! Ou peut-être pas. Probablement que si en faite. Et si c’était juste un passage à vide ?

Jaskiers