Je n’arriverai pas à écrire sur Margaux Hemingway

J’avais « promis » d’écrire sur Margaux, j’avais écris que « c’était un exercice personnel à faire » il y a de ça 1 ans environ. Mais je n’en ai pas la force et d’une certaine manière, je me trouve même un peu gêné d’écrire sur sa vie et ses drames.

Sous quel angle aurai-je pu m’attaquer à cet article ? J’ai beau retourner la question dans tous les sens, je n’arrive pas à trouver de réponse.

Peut être car je ne connais pas assez la vie de Margaux Hemingway, petite fille d’Ernest, qui s’est suicidé à 42 ans, un 1er Juillet 1996, un jour avant « l’anniversaire » de la mort de son illustre grand-père, Ernest Hemingway, qui s’était, lui aussi, suicidé.

Je n’arrive pas à mettre des mots dessus. Ce que je peux faire, c’est dire qu’elle a été la première mannequin à signer un contrat à 1 millions de dollars, que sa carrière de top-modèle commença au lycée, qu’elle a été marié (et divorcée) deux fois, que son deuxième et dernier mariage était avec un français et ne dura que quelques mois . Qu’elle semblait heureuse mais qu’elle ne l’était pas réellement. Et c’est tout.

Je vais vous donner des liens d’articles que j’ai pu glaner sur le web, dont un que j’ai trouvé bien écrit.

Mais avant, pourquoi cet article ?

Parce que je trouve l’histoire de Margaux importante et déchirante. En effet, elle avait tout, enfin le croyait-on, et a décidé de mettre fin à sa vie. Comme son grand-père, à la veille de l’anniversaire de sa mort. L’addiction, le cœur brisé, les divorces, le show-business, le deuil et la perte du sens de la vie, c’était ce qui semblait peser de toutes leurs forces sur les épaules de cette femme. Je trouve important de partager son histoire avec vous, mais je ne peux en écrire plus. Par manque d’information et aussi moralement. Je trouve difficile de parler d’elle, pour une raison qui m’est encore étrangère.

Est-ce parce qu’Hemingway est important dans ma vie, que ses écrits mon accompagnés dans les plus durs moments ? J’ai peut-être un problème mais j’ai l’impression qu’Ernest fait un peu parti de ma famille et qu’écrire sur Margaux serait un peu comme les trahir.

Les articles :

• La « malédiction » Hemingway. Je n’aime pas tellement ce terme mais il est tristement proche de la réalité : https://www.slate.fr/story/147129/la-malediction-hemingway?amp

• Article de Vanity Fair, quand Margaux visitait les endroits où son grand-père avait vécu à Cuba, les photos sont très belles : https://www.vanityfair.fr/culture/people/diaporama/quand-margaux-hemingway-marchait-dans-les-pas-de-son-grand-pere-ernest-a-cuba/59868/amp

L’article que je préfère le plus entre les autres car il semble brut et aussi vrai, dans la limite du possible. Malheureusement en anglais, désolé pour les non-anglophone mais un passage sur Google traduction ou autre fera peut-être l’affaire : https://www.psychologytoday.com/intl/articles/199612/what-killed-margaux-hemingway

Je laisse ici le numéro de téléphone de S.O.S. Suicide car je pense que c’est important. : 09.72.39.40.50.

Jaskiers

Un an que mon Roméo est à la maison !

Roméo il y a 1 an !

Cela fais déjà un an que j’ai ce petit être adorable à la maison !

Je me rappel la première fois que je l’ai vu, il est directement venu se blottir dans mes bras, ce petit être minuscule et adorable.

Notre toute première rencontre !

Ça a été un challenge pour toute la famille, élever un chiot, ou n’importe quel animal, c’est du travail, des responsabilités (le veto par exemple), de la patience de l’attention.

Bébé Roméo !

Maintenant, ce petit chiot et maintenant un chien !

« Draw me like one of your french girls ! »

Je profite de cet article pour dire certaines choses énervantes que l’on entend quand on a un chihuahua, et ces choses énervantes… bah vous les avez peut-être déjà dis ! Voici un petit florilège :

– Ah ! Tu as un chihuahua ? Tatatata La Chihuahua ! Tatatalala ! Chihuahua ! Oooooh Chihuahua !

D’une, tous le monde fait cette remarque, niveau originalité c’est ras des pâquerettes. De deux, vous avez l’air vraiment con à chanter.

– Oh tu as un chihuahua ! Comme Paris Hilton !

Oui et ? Britney Spears, Madonna, Demi Moore, Marylin Monroe, Mickey Rourke et une quantité d’autres célébrités ont eu des Chihuahuas ! Et ces chiens ont (ou avaient…) sûrement un compte en banque plus gros que le nôtre ne le sera jamais !

– Ah t’as un Chihuahua ?! Ils sont méchants et agressifs ces chiens !

Non. Bon, pour être honnête le miens n’aime pas beaucoup les gens ni les autres chiens mais jamais il n’attaquera, jamais il ne vous mordra. Il préfère japper quand vous vous approchez trop près de lui et il grogne si vous n’avez pas compris le message et recule. Jamais il n’attaque. Il se défendra quand il n’a pas moyen de s’échapper mais arriver à ce point, les signaux qu’il vous a envoyé sont largement suffisants pour savoir qu’il ne veut pas de vos caresses.

Nous en avons parlons à un vétérinaire qui nous as dis que c’était sa mentalité, sa personnalité.

Un bébé d’amour ! Un vrai !

Il est très protecteur envers nous, sa famille, très possessif même, il est collant et déteste être seul.

Quand je lis ou j’écris, soit il m’apporte un jouet parce qu’il veut jouer (il est tous le temps prêt pour un Tug of War !) soit il se colle à moi et pique un roupillon. Ce que j’adore c’est qu’il a un grand cou et il le pose sur votre bras ou sur vos cuisse et il s’endort. Il rêve beaucoup, il pousse des petits jappements et ses pattes courent dans le vide !

En plein roupillon !

J’ai pas mal de livre dans l’appartement et jamais il ne marche dessus ou ne les mords. Il est extrêmement intelligent, j’ai eu plusieurs autres races de chiens dans ma vie mais lui à l’air de comprendre tellement de choses. Intelligent aussi pour faire des bêtises, comme cacher des chaussettes dans son panier, émietter des mouchoirs en papier (préalablement volé ! ). Et on ne le vois jamais faire ! Par contre, nous constatons les dégâts ! Un chihuahua cleptomane !

Bébé Roméo

Quand nous jouons, c’est un sacré bagarreur ! Il est agile, rapide, utilise ses pattes pour prendre le dessus. Il défonce tout ses jouets, rien ne résiste à ses petits crocs ! Le Chihuahua a l’air fragile mais il est fort et résistant ! Une vraie teigne !

« Arrête de lire, c’est l’heure de jouer ! »

Autre preuve de son intelligence ; chacun de ses jouets a un nom et il les reconnaît ! Bon parfois il se trompe mais la plupart du temps, si vous lui demandez de ramener Juliette (son doudou préféré évidemment !) vous le verrez plonger dans son panier et ramener Juliette, deux fois plus large que lui et la poser près de vous !

Bébé Roméo en plein sommeil. Il a grandit tellement vite !

Il nous fait la fête quand on rentre, jappement et bisous. Il adore faire des bisous, c’est son truc, après tout, il ne s’appelle pas Roméo pour rien ! D’ailleurs, il adore regarder par la fenêtre, il se redresse derrière les rideaux, comme un humain, et parfois jappe sur les gens qui passent, une vraie commère ! Mais je pense qu’il guète l’arrivé de sa Juliette…

Aussi, quand il se repose et qu’un bruit succinct le réveil ou que quelqu’un ou quelque chose fait trop de bruit il soupire… comme un humain !

Ce petit article pour mon Roméo, partenaire de lecture et d’écriture. Souvent, Roméo est à mes côtés quand je rédige un article ou quand je lis, mon adorable partenaire littéraire ! Même si il lâche parfois de mauvais pets et qu’il lui arrive de faire un tout petit pipi quand il est trop content. Et de réclamer à manger ! Il adore les petites friandises mais avec parcimonie car oui, il n’est pas bien grand mais son appétit est énorme !

On a l’impression d’avoir un bébé humain à la maison, son caractère et ses manies nous en donnent l’impression. C’est troublant !

Merci mon Doudou, où mon Poupou comme dirait mamie, d’être là, adorable, fidèle et de nous apporter tellement de joie et des moments de franches rigolades ! Je t’aime fort !

Roméo fait le beau ! Pour un peu de nourriture, il peut vous faire tout un spectacle. Du coton arraché d’un doudou juste en dessous de lui… (et pour les plus observateurs, vous pouvez voir que je lis actuellement « Ulysse » de James Joyce. Pas une lecture des plus simples !)

P.S. : Je crois que Roméo ambitionne la place de Président de la République, vous saurez pour qui voter l’année prochaine ! Et avec lui, on va pas avoir le temps d’être déçus ! Bisous et friandises pour tous le monde ! Beaucoup de jeux et de farniente !

Jaskiers

Une matinée de réflexion

Ce jeudi s’annonce comme un jeudi banal pour moi. Je sors de la douche et regarde la table de salle à manger. Des papiers y sont posés… Ah oui ! Il faut que j’aille m’inscrire sur les listes électorales. J’ai jusqu’au mois de décembre mais mieux vaut le faire tout de suite. Pour une fois que je m’y prends à l’avance !

C’est les petits trucs comme ça, après un déménagement qui sont chiants. Ces petites démarches qui ne demandent pas grands choses mais qui font chiés parce qu’on n’y a pas forcément pensé avant. En tous cas pour moi.

Les cheveux encore mouillés, j’enfile mon bombers noir et mes fidèles Timberland. Je fourre mon téléphone dans la poche, mon portefeuille dans l’autre, mes clopes dans la poche intérieures. Pourquoi mettre mes cigarettes dans la poche intérieur, il faudrait plutôt mettre mon portefeuille non ?

Sur ce coup là non, il me faut mon portefeuille à porté de mains, j’y ai plié tant bien que mal les papiers nécessaires pour mon inscription sur les listes.

Oui, l’année prochaine je voterai, comme à la dernière élection, pour éviter que l’extrême droite ne passe.

L’élection qui s’amène entraîne avec elle un candidat d’extrême-droite, une copie de Trump dans l’idéologie nationaliste, physiquement plutôt gargamelle.

C’est très bas d’attaquer les gens sur leurs physiques Jaskiers.

C’est mal. Oui je sais je m’excuse… Mais il a quand même une sacré gueule de… Bref.

Maintenant il faut sortir, croiser d’autres êtres humains.

Une voisine entre deux âges nettoie ses vitres et en profite pour me regarder passer. Je me demande parfois si mes bottes me vont bien ou si j’ai l’air d’un clown avec. Non je ne pense pas, ma petite soeur n’aurait pas manqué de me le dire (comprendre : se foutre de ma gueule, mais ce serait de bonne guerre !).

A deux pas de l’entrée de la mairie, je réalise que j’ai oublié mon masque. Classique Jaskiers. Je suis vacciné mais je ne peux pas rentrer sans. Presque deux ans que l’on vit avec le virus et je n’ai toujours pas les « gestes barrières réflexes » ! En faite si, je les avaient mais après m’être fais vacciner, j’ai relâché mes habitudes.

Demi-tour, remonter à l’appartement, prendre le premier masque qui traîne et je redescends pour la mairie.

Une dame dans sa soixantaine m’accueille gentiment. J’ai tous les papiers… Ah non, j’ai oubliés ma carte d’identité. Classique Jaskiers. Normalement, elle est dans mon portefeuille…

Je demande à la dame si je peux revenir en vitesse la chercher. Pas de soucis. Demi-tour, encore, pour l’appartement, je trouves ma carte d’identité bien en évidence sur la table là où étaient exactement les papiers d’inscriptions. Je m’insulte de connard parce qu’il le faut bien. Retour à la mairie.

« Monsieur Jaskier, votre carte d’identité est périmée, depuis trois ans, il faut penser à la changer. Je ne sais même pas si elle vous permettra l’inscription pour les listes.

J’ai mon permis ?

Allons-y peut-être que ça sera utile. »

Elle me donne un papier à remplir, j’ai amené mon stylo Bic quatre-couleurs. Geste barrière niveau expert, je me jette un peu de fleurs. Je commence à remplir mon papier quand l’encre bleu semble au bout de sa vie. Et merde.

La dame qui me regardait fixement remplir mon papier comme une vielle prof fouille dans son tiroir, me sort un stylo bleu. J’en ai marre que ces petits trucs m’arrivent. Mais c’est classique Jaskiers. (Je parle de moi à la troisième personne comme Delon.)

Bien, je finis de remplir mes papiers. Tout est bon. Je rentres a l’appartement.

Mais aujourd’hui j’ai envie de sortir un peu. Seul. Au cimetière. [Petite dédicace à Pandora].

Je ressort tout de suite, si je commence à trop réfléchir je vais rester à l’appartement.

Ça caille.

La Normandie c’est beau, et sa caille. Mais j’aime le froid. Le froid, sa conserve m-a-ton dis un jour. Prendre une grande bouffée d’air frais, la sentir m’envahir les poumons qui sont pleins de merde à cause du tabac. Je tousse dans la rue, les gens vont penser que j’ai la Covid. Et que j’ai l’air d’un clown avec mes chaussures.

Qu’à cela ne tienne. Je passe devant un bar, personne en terrasse, quelque papys à l’intérieur, sans masque, buvant leur vin blanc. Pas évident de boire avec un masque… Un jeune homme et une femme assis face à face à une table. Je pense qu’ils sont peut-être en plein rencard. Ou peut-être pas, les rencards ça existe plus ? D’ailleurs est que ça a vraiment existé en France ? C’est très américain d’ailleurs, « going on a date ». Maintenant on a Tinder et autres dérivations. Si j’étais une femme, je pense que j’irai à un rencard avec un petit quelque chose pour me protéger, mieux même, une amie devrait me surveiller, de loin. On aurait des signes discrets qu’on utiliserait pour avertir l’autre si il y avait un danger ou au contraire si tout allait bien.

Je continue ma petite marche, je passe devant la boulangerie de la Basilique, j’y sens le pain chaud. J’évite de regarder dedans de peur de craquer pour un petit encas, il faut dire que j’ai pris du poids ces derniers temps, c’est nouveau pour moi. Je fixes mon regard sur l’objectif. Un banc !

(Le mégot de cigarette n’est pas de moi. Ne jetez pas vos foutus mégots par terre sérieusement.)

Une fois mon gros cul (les antidépresseurs font grossir. Ce n’est pas une légende. Si vous allez dans un hôpital psychiatrique, vous verrez que certains patients sont bouffis, pas gros, juste bouffis et leurs visage, gonflés. Pas tous bien sûr mais pour moi, qui ai toujours été mince et sportif, j’ai vu mes muscles abdominaux fondre. J’ai une légère bedaine et un double menton quand je m’assois. Et je vieillis aussi. Quand j’irai mieux j’irai à la salle de sport. Quand j’irai mieux…) posé devant la basilique, je vois deux bonnes sœurs. Elles me fascinent ! J’ai toujours eu envie de leur poser des questions, sur la religion, la vie, la philosophie, Dieu, la vie mais je ne le ferai jamais, à quoi bon au final.

Donc ces deux bonnes sœurs atteignent leurs voitures. Une voiture électrique s’il vous plaît ! Et pas une petite, une sacré berline d’une marque françaises. Je ne pourrai pas vous dire la marque, je ne suis pas du tout voiture, ni bricolage. J’en ai rien à foutre des deux. Tant qu’une voiture roule, c’est tous ce que je lui demande, et j’aime pas conduire depuis que je suis sous traitement.. Quant au bricolage… je ne m’y suis jamais mis. Moi, fils d’un cheminot, petit et arrière petit fils de menuisier, je ne sais pas me servir de mes deux mains. C’est bizarre les gènes.

Si un jour je trouve une femme qui aime conduire, bingo. Rien à foutre des règles sexistes, une femme peut bien conduire son homme non ?

Et si jamais, en plus, elle bricole. Alléluia. Enfin on se mariera pas ni n’aurions d’enfants.

On en était où la ? Ah oui les bonnes sœurs. Elles débranchent tant bien que mal leur voiture de la borne de rechargement. L’une d’elle dit à l’autre : T’inquiète je gère.

Woah ! Elle est à deux doigts de dire « Wesh », si ça s’y trouve elle a un compte tiktok où elle lache des « DAB » sur une musique d’un rappeur américain en chaleur. On peut être bonne sœur et être moderne !

Non c’est trop Jaskiers.

J’allume une clope. Je me dis qu’il me faut écrire un article. Je le sens.

Il faudra que je prenne des photos. Le blog a changé, maintenant j’écris pour moi. Ce premier article sera un test. Je n’écrirai pas que ce genre d’article.

Je contemple la Basilique, elle n’a pas changé, n’a pas bougé de place ni changé de couleur depuis la dernière fois que je l’ai vu.

J’entend le vrombissement typique d’un hélicoptère. C’est l’hélicoptère médicale du CHU de Rouen, Dragon 76. Il passe au loin, derrière la Basilique puis je ne le revois plus. Il passe souvent.

Est-ce ce genre d’hélicoptère qui a transporté les 6 organes de mon frères ? Je crois vaguement me souvenir qu’ils avaient été transportés par hélicoptère. L’idée de faire un tour au cimetière me vient à l’esprit. Oui, c’est bizarre mais j’aime ce cimetière, il est unique, atypique, pour moi du moins. La moitié des cendres de mon frère y reposent dans le Jardin des souvenirs. José-Maria de Heredia y a sa tombe ainsi que le Père Hamel, tué par un terroriste dans son église à St-Etienne-du-Rouvray. J’irai les voir.

Je reste quelques minutes de plus sur le banc. Le vent frais me caresse le visage, ce n’est pas un froid qui vous pétrifie mais un froid doux. Ma respiration s’envole en petite volute.

Deux joggeuses dans la quarantaine peut-être passent et parlent, leurs voix est saccadées par l’effort. Je devrais me remettre au sport. Courir ou même marcher. Mes poumons sont grillés par la cigarette, je cracherai mes bronches après 1 minute d’efforts.

Dire que quand j’étais jeune, j’étais le premier dans les courses d’endurances. Je pouvais courir pendant 1h30 sans m’arrêter puis jouer au foot pendant les récréations. Pas une journée sans sport à cette époque. Le contraste avec aujourd’hui est attristant. Je court deux minutes et mes poumons me brûlent, mes genoux me font mal et craquent et le lendemain les courbatures m’attendront sagement pour se plaindre de mon manque de conditions physiques.

Enfin courir c’est pas pour aujourd’hui. J’ouvre mon téléphone. Je me dis que les passants qui me regardant doivent se dire : Ah ces jeunes, pas 2 minutes sans aller sur leurs téléphones.

J’envoie un snap à ma sœur pour garder nos « flammes ». (Ceux qui utilisent Snapchat savent de quoi je parle.)

J’ouvre l’application de l’Associated Press, un américain exécuté par injection létale, un autre va être exécuté bientôt. Je regarde leur visages, je n’ouvre pas les articles. Je referme l’application.

Pendant que je prends de pleine bouffée de cet air frais, que mes poumons meurtris par mes conneries se gonflent, un type en Amérique a été exécuté. Ses poumons ne se remplissent plus, plus jamais ils ne se rempliront. Je ne sais pas ce qu’il a fais. Peut-être était-ce un enfoiré de première.

La Basilique juste devant moi, je respire encore doucement cet air, je le sens s’engouffrer dans mon poumons et se confronter à mes bronches encrassées.

Lui, là-bas, il est mort dans une cabine, attaché. Ont lui a injecté des produits, il est mort devant des gens venu pour assister à sa mort. Quelles odeurs cette sorte de cabine doit avoir ? Moi, je respire, encore, je sens, encore.

À voir des gens assister à ta mort, certains mêmes sont payés pour, d’autres veulent juste te voir mourrir, il se passe quoi dans ta tête ? Des infirmiers et au moins un médecin doivent assister à l’exécution, je penses en tous cas.

Les médecins américains doivent-ils prêter le serment d’Hypocrate ? Je n’en sais rien.

Dans tous les cas, ils tuent un tueur, en espérant qu’il ne soit pas innocent. On tue un tueur donc… ça ne fait pas un tueur de moins sur terre.

Je sais qu’une exécution en Amérique coûte plus chère qu’un emprisonnement à perpétuité. J’aime l’Amérique même si je n’y suis jamais allé mais je peine à la comprendre. Encore plus ces dernières années. Quelques choses s’est brisés là-bas et bien souvent, ce qui se produit aux États-Unis se répercute d’une manière ou d’une autre dans l’hexagone. Sauf qu’en France, on a moins la class ! On est très terroir quand même ! Appelons ça la french touch.

Et que penser de l’autre qui attends d’être exécuté ?

Je respire encore, je fermes les yeux deux secondes, pas longtemps, on ne sais jamais à notre époque.

Beware of your surroundings comme on dit en Amérique.

J’ai une légère idée de ce qui se passe dans sa tête au type qui attend de crever en public. Lire les ouvrages de Caryl Chessman m’aura au moins appris cela.

C’est pas marrant pour lui évidemment. Je ne sais pas quand il va y passer. Il doit penser à la douleur, à la sensation de la mort. Il va se sentir passer de vie à trépas. Respire t-il l’air vicié de sa cellule du couloir de la mort comme moi je respire l’air frais normand ? Est-ce qu’il regrette ce qu’il a fais ? Est-ce qu’il a pensé à la peine de mort quand il a commis son crime ? Si oui, ça ne l’a pas arrêté… On récolte ce que l’on sème. Tu donne la mort, on te la donne aussi. La loi tu Talion.

Il doit penser à quelqu’un qu’il aime. Regretter de ne pas avoir passé plus de moments avec cette personne. Peut-être qu’il pleure la nuit. Silencieusement pour ne pas réveiller les autres détenus. A-t-il choisis son dernier repas ? A-t-il le droit de se fumer une dernière clope avant d’y passer ? Pense-t-il que sa vie aurait pu être différente ? Blâme t-il quelqu’un pour sa faute ? Est-il innocent ?

Et moi je regarde la Basilique. Un type est mort cette nuit, un autre va bientôt mourrir.

Et Dieu dans tous ça ? Croit-il en Lui le type prostré dans l’antichambre de la mort ? Va-t-on en enfer quand on a commis le crime de Caïn même si on est exécuté ? Est-ce qu’être exécuté pour avoir commis le pire des péchés remet les compteur à zéro durant le Jugement Dernier ?

Et moi dans tous ça ? Et vous ? Nous ?

Je reste à fixer le lieux de culte pendant 5 minutes je penses. Perdu dans mes pensées. Les passant doivent se demander ce que je fais, à fixer la Basilique sans rien faire d’autre, sans même bouger.

Assez attendu, je pars direction la Basilique, je passe à côté pour descendre au cimetière.

Tient, une plaque explicative portant sur l’histoire du cimetière ! Il y en a une devant la mairie, devant la Basilique, la salle des fêtes et d’autres part. Ces panneaux/plaques sont récents.

J’y lis qu’un champion de course de voiture y est mort. Philippe Étancelin. Je Google son nom, Wikipedia. Ah oui c’était il y a vraiment longtemps !

D’autres personnalités, qui ne m’intéresse pas, complètent la liste.

Sur la dernière ligne des célèbres morts enterrés là est écrit : « Notre illustre poète José-Maria de Heredia » je m’arrête la. « Notre » ? Vraiment ? Notre ? Un poète ? Notre ? Je veux dire… Un être humain peut-il appartenir à toute une ville ? Un artiste ? Un être humain n’appartient déjà pas à un autre être humain (dixit Breakfast At Tiffany). Je n’aime pas cette formulation, « notre ». C’est peut-être con. Je m’insurge sûrement pour rien. Peut-être est-ce parce que je suis de cette génération qui est offensée par tout et n’importe quoi.

Bref je rentres dans le cimetière, d’autres personnes, toutes âgées, y déambulent. Pourquoi suis-je s’y vieux ? Dans ma tête comme dans mes actes ? Quand j’étais gamin, j’avais été voir « La môme » au cinéma avec mon père. Ce dernier aimait à dire à tout le monde que j’étais le seul enfant dans le cinéma. C’est vrai il n’avait pas tord. Les autres spectateurs étaient pour l’écrasante majorité des personnes d’âge mûres ou âgées.

Et me voilà ! Une décennie (plus quelques années) après a déambuler dans un truc de vieux. Je sais que je ne suis pas le seul à faire ça (re-salut Pandora, maintenant je comprends pourquoi tu aimes flâner dans les cimetières).

Direction l’immense statue du Christ sur sa croix. Le Calvaire. C’est peut-être le mot adéquat quand on attend d’être exécuter. Un calvaire.

Je regarde la statue. Elle est impressionnante. Ce cimetière est… beau, plutôt grand, sur plusieurs « étages ».

Au pied de la statue, le Jardin des souvenirs. Des petits tas de cendres et des gerbes de fleurs.

Les cendres de mon frangin ne sont plus là depuis longtemps.

L’anniversaire de sa mort arrive et je suis en colère contre lui. Je réalise que je suis dans une nouvelle étape de mon deuil. 15 ans après sa mort : la colère.

Crever à 18 ans c’est nul, toi qui excellait dans tous. Dans le meilleur comme dans le pire car dans le pire, tu a trouvé la mort. Félicitation ! Tes diplômes, tes conquêtes féminines, tes « ami(e)s » qui pleuraient comme des madeleines à ton enterrement, qui me disaient « on sera toujours là pour toi », tu sais que la plupart d’entre eux sont misérables maintenant ? Certains t’on rejoint, certains sont en prison, certains sont des drogués, d’autres vivent dans la misère. D’autres ont « réussis » leurs vies, enfin sûrement car je n’ai plus aucune nouvelles de ceux-là. Aucun n’a jamais été là pour moi. Avec des ami(e)s comme ça mon frère, pas besoin d’ennemi.

Tu était un esprit brillant et combatif, moi, toujours en proie à mes démons intérieurs dont certains sont dû à ta mort. Tu était le jour, je suis la nuit, j’écris, je lis et je prépare l’aube d’une vie sans toi.

Je ne suis pas dans une belle situation non plus je l’admet. Je me bats pourtant. Je suis là, tu es mort à 18 ans, j’en ai 27. Je suis ton grand frère maintenant ! Je suis toujours un petit con comme tu peux le voir. Un jour peut-être je réussirai à te laisser partir. Pour l’instant tu me fais chier. Te rends tu compte de la peine que tu as causé ? Ce n’est pas de ta faute ? Mais avec toi, même si ce « n’était pas de ma faute » il fallait que j’agisse en étant responsable. À ton tour maintenant, d’être « responsable ». Tu ne peux répondre, au final, je vaux aussi bien que toi. Si je continue à penser que tu étais « mieux » que moi je n’avancerai pas. Nous serons à égalité maintenant. Tu n’a pas ton mot à dire. Pas mieux, pas pire que toi. Sauf que moi, j’ai survécu plus longtemps. C’est moi maintenant le grand frère. À toi de porter un peu de ma peine, de porter ma croix, à mes côtés car je l’ai décidé. Le cadet doit respecter l’aîné non ? Maintenant respecte moi et obéi moi. Laisse moi vivre sans ton fantôme à mes côtés ! Non reste à mes côtés, j’ai besoin de toi pour affronter le monde. Reste. Je t’aimerai toujours.

‘Non, mère. Laisse-moi être et laisse moi vivre’ à pensé Stephen Dedalus en voyant sa mère passe de vie à trépas.

Les fleurs sentent cette hideuse odeur de crématorium. Je pensais que c’était dû aux corps brûlés cette odeur mais non. L’expérience m’a appris que c’était ces fleurs.

Pourquoi les gens mettent-ils ces plantes qui sentent tellement mauvaises ? Ou peut-être est-ce le papier avec lesquelles elles sont vendues ? Sûrement cela.

Je me retourne pour voir une vue dégagée de Rouen Ouest et de ses alentours.

De grande cheminée au loin crachent leurs fumée. Crématorium. Non Une usine.

Poumpoumpoum. Tiens Dragon 76 est de retour ?! Non, cette fois c’est l’hélicoptère de la gendarmerie qui fais des allers-retours au dessus d’une zone industrielle traversée par un chemin de fer. Je regarde ce numéro d’insecte mécanique que je n’ai pas l’habitude de voir. Il tourne et tourne, en rond… L’argent du contribuable est bien dépensé ! Il y a des habitations par là, des HLM. Et moi de penser à 1984. Enfin, pour nous surveiller, maintenant, la police peut utiliser des drones ! Et j’ai lu qu’Elon Musk avait, peut-être, un projet consistant à projeter des publicités dans le ciel ! Imaginer regarder le ciel bleu mais devoir regarder un spot publicitaire avant… Ce n’est pas la technologie le problème, c’est l’humain.

Je regarde la Seine qui passe en contrebas. Elle a l’air tranquille. J’ai même le droit de voir quelque mouettes. Je me demande ce qu’elles font si loin dans les terres. J’ai envie de leur dire : vous savez, y’a vraiment des endroits plus beaux, vous avez des ailes, profitez-en. Et éviter de nous chier dessus ou sur les voitures.

Les oiseaux sont très intelligents, si ils sont là, c’est sûrement pour une raison.

J’ai perdu de vue l’hélicoptère des gendarmes. Disparu comme il est arrivé.

Si ça se trouve, au pied d’une statue du Christ. Ils m’ont peut-être vu prendre en photo le panorama et pensés que j’étais un truand.

Un panneau indique les différentes banlieues que l’on peut voir depuis ce panorama. J’ai l’impression que Rouen se trouvent dans une sorte de cuve, entourée de grande collines de forêts.

Le panneau indique que je regarde plein ouest. L’ouest, l’Amérique ! Si ça se trouve, je fais face à New-York.

Dernièrement, je suis fasciné par New-York. J’ai commandé des livres de Colum McCann, de Paul Auster, de Truman Capote (j’ai carrément pris tout ses ouvrages), de Hubert Shelby Jr, de Dennis Cooper, de Patti Smith, un ouvrage de Beigbeder (Window on the World un livre que m’a conseillé Pandora), J.D. Salinger, Tom Wolfe, James Baldwin et d’autres ouvrages se déroulant dans la Grande Pomme. Je ne me comprend pas, j’oscille entre l’envie de découvrir la nature sauvage de l’Alaska ou la jungle urbaine de New-York. Je n’irai peut-être jamais dans la ville qui ne dort jamais, mais je lirai New-York.

Les livres sont ma vie. C’est triste à dire. Ma pile à lire est immense. Je dirai quelque chose comme 300 livres. Certains me diront qu’à 27 printemps, il serait plutôt temps de trouver une copine plutôt que de rester seul avec mes bouquins.

L’immense majorité des livres sont d’occasions, ça reste que ça coûte cher ! Mais quand on aimes, on ne comptes pas, quitte à manger des pâtes tous les jours.

Pour l’instant, il n’y aura personne dans ma vie sentimentale. Ma liberté et ma tranquillité passent avant tout. Et les livres aussi. La demoiselle attendra que je sorte de mes pénates après avoir lu plus de 300 ouvrages.

Les gens pensent que je souffre de la solitude quand en faite, je l’apprécie tellement. J’en ai besoin. Est-ce que je m’ennuie ? Jamais ! Quand on aimes les livres, on as la chance de ne jamais souffrir de l’ennuie.

Du bruit derrière mon dos, je me retourne doucement, une dame de 70 ans environ marche sur la petite étendue d’herbes où sont dispersées cendres et gerbes de fleures. Tranquille la mamie qui marche sur les cendres. L’être humain est bizarre. Je me tais, on respect les aînés.

Il est temps d’aller voir « notre » illustre poète.

Je connais le chemin, j’avais visité ce cimetière il y a de ça un an.

Ça descend sévère. La pente est abrupte. Des deux côtés, des tombes pour la grande majorité délaissées, certaines semble même ouvertes. Que font les familles ? Les concessions ne doivent pas être gratuites ça s’est sûr, mais venir passer de temps en temps un coup de chiffon ou de balayette sur la tombe d’un proche, c’est pas la mort…

Une belle vue sur la Seine m’encourage à ne pas me casser la gueule.

Il me faut tourner à droite, prendre un tout d’escalier abrupte et étroit. Je les monte en faisant attention. Si je me casse quelque chose, je n’ai pas de couverture maladie. L’administration, ça a l’air d’être un bon job, prendre son temps, c’est ça leurs méthodes semble-t-il. Et la collection de papiers qu’ils perdent. Désolé si vous travaillez dans cette branche, évidement aucun travail n’est évident . Mais il faut bien se plaindre de quelque chose quand on est français.

La tombe du poète est entourée d’une sorte de grille « légèrement » rouillée. Des escargots, tous blancs, immobiles, semblent dormir autour de sa sépulture. La nature et le poète. Je prends une photo, je vais la mettre dans mon article. J’ai vu plusieurs blogs parler du poète, ils ont mis la photo de sa tombe. Son Wikipedia contient une photo de sa tombe. Même la pancarte explicative à l’entrée en a une.

Je lis ce qu’il est écrit sur sa tombe, je peine à déchiffrer. Le lieu de repos du natif de Cuba n’a pas l’air d’être entretenue. C’est triste.

Un homme de lettre, pardon, « notre » homme de lettre, un poète, qui repose avec je crois deux autres membres de sa famille semble ne pas être important pour la mairie. J’aimerai y (re)faire un tour pour le leur dire. Mais ne serait-ce pas un peu hypocrite de ma part ? Je n’ai jamais lu un seul de ses poèmes depuis mon arrivé. Il faudra que je penses à faire des recherches pour un recueil.

Les dalles sur lesquels je me tiens sont en mauvaises états, l’une est complètement décrochée des autres. Les poètes sont-ils condamnés à la misère et à la déconsidération même durant la mort ? Au moins, les escargots aux blanches coquilles lui rendent hommage. Je n’en ai pas vu d’autre sur les tombes aux alentours. Ou peut-être ne voulais-je pas les voir. Voulant garder une sorte de magie, une preuve que les Hommes de lettres sont d’immenses artistes.

La vérité, c’est que devant cette tombe, je me sens apaisé. Devant le Jardin des souvenirs : de la colère, devant « notre » José-Maria de Heredia : je me sens mieux. Peut-être est-ce le soleil qui commence à sortir des nuages et à me réchauffer un peu. Des rayons percent les nuages. C’est beau. J’aime les nuages quand ils se mélangent au soleil. J’ai toujours cette idée juvénile que les dieux grecques crèches là-haut. Encore plus ses jours-ci car je relis Homère la base du story-telling, le premier poète, le père de la littérature, du roman, j’ose l’affirmer. Je suis en plein dans l’Iliade, et ça bataille sec autour des nefs des Argiens. Les Dieux se querellent, font l’amour et se mêlent à la bataille.

Je me retourne pour contempler la vue qu’à le fantôme du poète. Elle est belle. Puis j’aperçois une curieuse chose perchée dans un arbre qui entoure le cimetière, on dirait un ballon de foot. Je prends une photo :

Je sais très bien que ce n’est pas un ballon, mais c’est curieux. Cette chose est quand même massive, perchée tout en haut de l’arbre. Encore une œuvre de ces génies d’oiseaux ? Si vous savez ce que c’est, je suis preneur.

Et tous ces découvertes se déroulent quand je suis aux côtés de la tombe d’un poète cubain. Cuba, si je me décale un peu sur ma gauche, je fais peut-être face à Cuba. Hemingway. Il me faut lire le grand ouvrage que j’avais trouvé par hasard et relire ses principales œuvres en anglais. Il me faut aussi trouver et lire José-Maria.

Lire lire lire. J’en oublie de vivre. Et honnêtement je m’en fous. Le virus nous empêches de voyager normalement. C’est l’excuse que je me donne car au lieu de prévoir un voyage je dépense toutes mes économies dans les livres. Bien qu’au fond de moi, je sais très bien que je ne peux pas faire de long voyage.

L’Homme est une contradiction, j’en suis sûr.

Je décide de descendre direction la tombe du prêtre assassiné. Vue sur la Seine, une péniche commerciale (c’est correct ça ? Enfin vous voyer ce que je veux dire, voici une photo) navigue doucement.

J’arrive presque en bas du cimetière. Sur la gauche, une longue série de tombe, sur trois rangs (je crois, je ne suis plus si sûr maintenant que je corrige l’article) longe le flanc jusqu’à un mur haut, gris et plutôt moche. Un écriteau indique quelque chose comme tombes communales. Les allées sont étroites, les tombes n’ont pas l’air très bien entretenue mais belle vue sur la Seine. Je ne m’y aventurerais pas, honnêtement, cette partie du cimetière est… glauque. Pardon mais bon.

Je continue tout en bas du cimetière pour visiter la tombe du Père Hamel. Il y a 1 an, j’avais beaucoup peiné à la trouvée. Elle est fleuri, tellement que l’on ne voit presque plus son nom. Je me retourne, je constate que la tombe du prêtre fait face à la cathédrale de Rouen. C’est beau. Ça a du sens. Les êtres humains aiment que les choses ai du sens. Enfin la majorité. Je pense.

Avant de quitter l’homme de foi, de remonter, je décide d’aller sur la gauche ou un portail ouvert donne sur un petit monument aux morts dédié aux soldats belges morts pendant la première guerre mondiale.

Plus loin, une longue allée bordée de buissons qui ont l’air à l’agonie donne sur un grand monument dédié au Roi Soldat, Albert I. Je décide d’aller le voir. Je prend une photo, je regarde l’œuvre de l’artiste. Ce monument n’est pas répertorié sur la pancarte à l’entrée du cimetière. Pas cool pour nos cousins belges !

Je fais demis tour, un couple de personnes âgées se recueil devant la tombe du Père Hamel. Ils doivent se demander ce que je pouvais bien faire ici. Un truc pas très catholique sûrement. Ou peut-être qu’ils sont cool et n’ont pas du tous pensé à ça. Et je me demande bien comment ils ont pu arriver jusqu’en bas tellement la côte menant à la tombe est escarpée.

Je passe devant la tombe des « Petites Sœurs des Pauvres ». C’est une grande tombe blanche, sans nom, sans fleur, sans gravure rien à part un écriteau : Petite Sœurs des Pauvres.

Même dans la mort, elles sont resté… pauvres ? C’est triste. J’imagine la vie de ces femmes, une vie dédié aux autres, aux plus démunis et elles reposent ici, aussi, sans rien, aucun artifice. Ça force le respect, l’humilité. Jusqu’à la mort elles sont restés fidèles à leurs idéaux. Je me force a comparer certaines tombes qui ont des formes… atypique je dirais. Certaines sont même Too Much, tape à l’œil. Je remonte et vois une tombe avec une sculpture de femme. C’est une très belle sculpture, la femme est prostrée comme Le Penseur de Rodin sauf que son visage est marqué par la souffrance. Cette sculpture fait en faite partie d’une tombe. Je ne la prends pas en photo. Mais je me dis que quand même… certains ont de la vanité jusque dans la mort. C’est peut-être méchant de ma part, mais la sépulture des Petites Sœurs des Pauvres me parle plus que cette tombe.

Je me rends compte que je parles de tombe comme si je faisais une review de livres. Je suis vraiment un connard. Vous me pardonnerez n’est-ce pas ?

En continuant mon ascension vers la sortie, je décide de repasser par la tombe du poète. J’ai envie de ressentir cette sensation de douceur comme tout à l’heure. J’entends des gens parler, je n’y reste pas longtemps.

Je passe à côté du Calvaire, sans un regard pour le Jardin des souvenirs. Colère, tristesse. Il est temps de partir.

Je vois deux personnes dans la cinquantaine à la sortie, un homme, une femme. Ils finissent leurs conversation et se séparent dès que j’arrive, la femme lui dit de prendre soin de lui, lui de répondre « qu’au final c’est comme une simple grippe, je souffre pas tant que ça ».

Cool l’ami ! Donc tu as la Covid et tu vas au cimetière sans masque. Normalement je crois que tu dois rester chez toi en « quarantaine ». Qu’est-ce que tu fous au cimetière ? T’a peut-être peur que le virus t’emporte et t’as décidé de visiter ta prochaine demeure au cas où le virus te ôte la vie ? Un peu comme une visite d’appartement mortuaire peut-être. Ta dernière demeure. Peut-être que sur ta tombe tu mettra une sculpture de la Covid.

Je suis vraiment un connard.

Je suis vacciné, je peux attraper le virus mais avec des risques moindres d’hospitalisations, apparemment. Avec ma chance, le type m’aura passé un peu de sa Covid et je finirai à l’hôpital car j’ai des antécédents d’asthmatiques, asthme qui a disparu dans mon enfance. Au moins j’aurai visité le cimetière où ma mère déposera mes cendres. Mélangé à ceux d’inconnu(e)s et de mon frère, si il en reste.

Maintenant que j’y penses : Bobonnes a dessiné son expérience de vaccination.

Moi, je n’ai pas écris sur ma vaccination. (À l’heure où j’édite et vérifie ce texte, j’apprends que nous devrons recevoir une troisième dose pour garder notre pass-sanitaire… enfin je crois. C’est à ne plus rien y comprendre.)

Moi j’étais trop fainéant pour écrire ne serait-ce qu’une ligne sur mon expérience.

Je me suis fais piqué au Kindarena à Rouen. À ma première injection, c’était bondé ! Une file d’attente énorme. J’avais cette mauvaise impression, tout ces gens vont se faire vacciner, moi y compris. Je me suis peu renseigné sur le vaccin, j’ai peur, pas de la piqûre mais des effets secondaires. Une fois rentrée dans les locaux, des infirmières, infirmiers, très jeunes mon âge ou encore moins me donnent des papiers à remplir. Des médecins, des infirmières encore (que des femmes là) s’occupe de l’administratif. Je me fais vacciner par une dame de 60 ans. Elle me fais mon vaccin, aucune douleur. Elle me dit que je sens bon, sympa, elle me donne un chocobon et je m’installe pour patienter 15 minutes en cas d’effet secondaire. Le lendemain j’ai juste mal à l’épaule.

La deuxième dose. Personne dans la file d’attente, presque personne a l’intérieur. Les formalités administrations expédiées, un type dans la cinquantaine me vaccine.

Là ça fais un peu plus mal. J’ai l’impression de sentir le liquide chaud passé de la seringue à ma peau. J’ai eu le droit là encore à un chocobon. 15 minutes d’attentes. Une bonne fatigue pendant 2 jours et puis c’est tout.

Tada ! J’ai raconté vite fais comment je me suis fais vacciné.

Bobonnes l’a fais avec ses dessins et moi avec mes pauvres mots.

Je réalise qu’on peut raconter une histoire de différent moyens. L’art c’est magique putain. (Passez faire un petit coucou à Bobonnes, elle est cool.)

Par les mots, on peux raconter, écrire, en one-shot comme Pandora. On peux aussi lire les textes de Iotop, fort bien écrits, une maîtrise et un vocabulaire qui impressionnent.

Je ne peux écrire un texte décent sans le réviser un peu, au contraire de Pandora, et je n’ai pas la science des mots d’un Iotop. Peut-on parler de style ? Aucune idée, le plus important c’est que les textes/articles soient plaisant à lire quelque sois le sujet.

Bref.

Je bifurque sur la gauche et je vois le monument au morts. A ses pieds, des gerbes de fleures, c’était le 11 novembre il y a quelques jours. Je prends une photo et réalise que le monument dédié aux soldats belges de la première guerre mondiale plus bas n’a même pas une petite fleure à ses pieds. Très vite oubliés nos cousins belges et leurs sacrifices. C’est injuste et triste. Ou bien ces fleurs ont été enlevées mais pourquoi les gerbes des français sont-elles encore là ?

Le français est ingrat, il oublie vite et se plaint beaucoup. Je le sais, j’en suis un. Un gaulois pas réfractaire mais qui veut juste être seul, en paix. Un gaulois anachorète agnostique.

Je continue sur la gauche et je revois le couple de personne âgée, qui se recueillait sur la tombe du Père Hamel, sortir du cimetière et je réalise qu’il y a une autre entrée beaucoup plus accessible pour accéder à la partie la plus basse du cimetière. Jeune et con ! Les vieux ont l’avantage de la sagesse. Et l’expérience.

Je m’assied sur un banc près du magnifique monument de Jeanne d’Arc.

Malheureusement, impossible d’aller ce mettre à côté de sa statue. La vue y est imprenable sur une partie de Rouen. Le monument est magnifique. Pour une raison que j’ignore, l’accès y est fermée. Elle ne l’était pas avant la Covid dixit ma mère. Je ne comprends pas pourquoi son accès est fermée. C’est en plein air, il y a de l’espace. Si les gens sont civilisés, ils respecteraient la distanciation sociale. En faite ça me fais chier. Le monument est magnifique, c’est de l’art, de la culture. Culture qui a été malmenée voir sacrifié à cause de la Covid. On sacrifier la culture, on perd son identité. L’Homme a besoin d’histoire ! Que ce sois des livres, des chansons, des films, des séries télés, des sculptures, des tableaux, des dessins ect… Depuis la nuit des temps l’Homme a besoin de s’exprimer et d’entendre des histoires. Nos ancêtres dessinaient dans leurs grottes, l’art, c’est aussi prouver qu’on existe, que l’on a existé. Que nous sommes des humains. Sacrifier la culture, fermer les librairies, les cinémas, les musées, reviens, à mon avis, à fermer un magasin d’alimentation. L’Homme n’est plus nourris dans son âme. Et Dieu sait ce qu’il pourrait se passer quand l’Homme a besoin de rassasier sa soif de liberté, liberté d’apprendre, de s’éduquer, de s’émerveiller, de s’évader…

Je pense à ces petites librairies qui ont dû en chier pour rester debout. Je commande l’énorme majorité de mes livres par internet, j’achète des livres d’occasions qui proviennent d’associations ou de librairies indépendantes quand c’est possible. C’est à dire souvent.

Et là je m’imagine à New-York, je déambule dans une rue et je découvre une petite librairie. Je m’y engouffre, m’y vois y rester deux heures à feuilleter, sentir l’odeur, peut-être discuter avec la personne qui possède ce petit havre de culture et de paix. Je m’imagine que c’est une femme, 60 ans peut-être, elle a des lunettes, habillé à la cool, pas sophistiqué, du vécus, elle a peut-être croisée Blondie, Lou Reed, Bob Dylan et d’autres fortes personnalités qui ont marqué les U.S.A. dans sa jeunesse. Peut-être qu’elle a fréquenté des musiciens de Jazz aussi. Elle sourit en entendant mon accent français à couper à la tronçonneuse, me parle de son voyage en France et moi de lui parler du miens ici. Et on parle littérature américaine. On part loin, tous les deux sans bouger. Et puis je repars, un livre à la main, en espérant que la libraire ne soit pas la version féminine de Joe dans YOU. (Si vous ne le saviez pas, cette série, excellente au passage, est tirée de deux livres : Parfaite et Les corps cachés. L’auteure, Caroline Kepnes est même consultante sur la série ! Et non, je n’ai pas encore lu les livres, je fais tout à l’envers. La série avant les livres…)

Ah ! J’ai aussi plus de 30 livre de Stephen King ! J’ai presque tout ses livres. Je suis fou d’avoir tellement commandé.

Je me rappel qu’à l’appartement m’attendent des livres, notamment je me rappel aussi cette découverte : Virginie Despentes. King Kong théorie, bye bye blondie, baise-moi, les chiennes savantes, mordre à travers, Vernon Subutex. je suis impatient de lire cette écrivaine. Sa vie est… atypique . Comme la mienne. Qu’elle vie ne l’est pas d’ailleurs ? J’ai envie de lire son travail.

Find what you love and let it kill you.

Bang… Bang…Ding

La cloche de la Basilique me fait sursauter, déjà midi. Je m’allume une clope et je regarde Jeanne d’Arc. Il faut que j’aille visiter le musée dédié à elle à Rouen. Ma mère m’a dis que ça faisait peur, les mannequins bougent et truc comme ça. Elle m’a déjà emmener voir le lieux où elle a brûlé. Je ne sais pas trop quoi en dire. Je suis dubitatif. Jeanne d’Arc messieurs dames ! Je ne sais pas, ils auraient pu faire mieux.

Je me plains tous le temps en faite.

Ma clope consommée et le mégot rangé dans le paquet (sérieux, les mégots par terre, c’est degueulasse !), je vais faire un tour à côté de la salle des fêtes. Il y a une belle vue sur Rouen.

En chemin, des femmes mûres me suivent, elles ont des bâtons de marches dans chaque mains (marche nordique ?) et parlent du bienfait de la marche.

Je m’arrête pour vous prendre en photo cette horrible chose que les gens par ici appellent « le crapaud ». Voyez par vous même.

Qui a eu cette idée ? Qui a pensé que ce serait vraiment une bonne idée de poser ce truc là ? Petite infos complémentaires, des jeunes viennent souvent se garer à côté pour se défoncer à coup de protoxyde d’azote (je crois) contenu dans des ballons de baudruches. Une sorte de drogue qui est dans les parages depuis quelques années maintenant. Ces jeunes ne se cachent même pas.

J’arrive vers l’endroit qui donne une vue dégagée de Rouen ouest. Une photo puis je repart.

Je repasse à côté de la Basilique, je me demande si je vais y rentrer. Un panneau indique « vigilance », ce dernier mot écrit dans un triangle. Ce ne doit pas être pour la Covid, je pense que c’est un plan vigipirate, le pauvre Père Hamel

Quel monde triste, je ne rentre pas. Je passe à côté du presbytère, un arbre magnifique est planté dans sa cour. Je ne le prends pas en photo, je ne pense pas que cela sois judicieux mais il est beau. Tout tordu . Je lis vite fais une affiche accrochée sur une porte attenante au mur du bâtiment religieux.

Je lis « inscription pour le café » au lieu de « caté ».

Maintenant j’ai envie d’un café.

Bourré de sucre. Mais j’ai arrêté. Le café hein, pas le sucre. Je m’étonne d’être gros !

Arrive à quelque mètres de mon appartement, je tâte les poches, je ne trouve pas les clés !

Je fais une fouille minutieuse de mes poches, je commence à suer. Je vais devoir me retaper tout le chemin jusqu’à tout en bas du cimetière ?!

Je revérifie mes poches et les retrouvent, emmitouflées dans mon masque. Super Jaskier !

J’entre dans mon bâtiment, ouvre ma boîte aux lettres. J’ai reçus des livres.

Pour finir cet article (très long, désolé), une petite citation que j’ai retrouvé dans mes notes. Je ne sais plus où je l’ai trouvé mais elle était là, dans mon application. Autant la partager avec vous en guise de fin !

JD Salinger au New-York Times : « La publication est une terrible invasion de ma vie privée. J’aime écrire. J’adore écrire. Mais j’écris pour moi et mon propre plaisir. »

P.S. : depuis que j’ai écris cet article (le 18/11) l’homme qui devait être exécuté en Amérique ne le sera pas, le gouverneur de son État l’a gracié.

P.S. 1 : j’ai finis L’Iliade et L’Odyssée, je m’apprête à attaquer Un été avec Homère de Sylvain Tesson. Suite logique !

P.S. 2 : n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil aux blogueurs que j’ai mentionné dans l’article !

P.S. 3 : désolé pour les fautes de français… et pour le très long article. Merci d’avoir lu jusque-là !

Jaskiers

La panthère des neiges par Sylvain Tesson [Prix Renaudot 2019]

Quatrième de couverture :

– Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur le plateau du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.

– Qui est-ce ?

– La panthère des neiges. Une ombre magique !

– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.

– C’est ce qu’elle fait croire.

Sylvain Tesson a notamment publié aux Éditions Gallimard Dans les forêts de Sibérie (prix Médicis essais 2011), Une vie à coucher dehors (Goncourt de la nouvelle 2009) et Sur les chemins noirs.

Quel voyage que d’ouvrir ce livre et quel supplice que de devoir le refermer. Fini ! Plus une seule page, plus un seul paragraphe, plus une seule phrase, plus un seul mot à se mettre sous la dent.

C’est comme un retour de vacance, on est tristes, déprimés mais il nous reste les souvenirs, au moins, avant nous eut la chance de partir. Du moins, grâce aux livres, et pour moi, grâce à Sylvain Tesson.

Écrire un article sur un livre de Tesson n’est pas chose aisée quand on a un vocabulaire qui reste à désirer, un intellect plutôt brouillé.

Je parlerai d’une quête dont Sylvain Tesson n’était pas préparé mentalement. Ce n’est pas tant l’aventure, l’action qui a bousculé Tesson mais l’inactivité, la patience, l’observation et prendre le temps d’apprécier le spectacle de la nature sauvage.

Et bien sûr, cette panthère des neiges qui prends la forme d’une déesse, d’un spectre antique, d’une femme disparue, d’une statue païenne à l’allure hautaine, d’une créature de mythologie que l’Homme ne mériterait pas de regarder en face tant son esprit n’est pas préparé à être bousculé par l’immensité d’un regard, d’une attitude exposant un monde qui garde encore ses mystères. Nous, les Hommes, qui pensons tout connaître.

Saupoudré par des messages écologiques, de critiques sur l’être humain et son comportement, sur la société actuelle et bien sûr, quelque coups de plumes en direction des « meilleurs amis » de Tesson, les chasseurs.

Certains lecteurs ne pourraient pas apprécier ce genre de réflexion, ce n’est pas mon cas bien au contraire. Prêcher un converti !

Je me suis permis de partager quelques extraits que j’ai trouvé importants, j’aurai pu carrément réécrire le livre ici tant l’ouvrage a été plaisant à lire. J’ai choisis ces extraits en essayant de ne pas vous gâcher votre lecture.

Extraits :

Les fidèles [d’un temple bouddhiste] tournaient, attendant que passe cette vie. Parfois s’avancer dans la ronde un groupe de cavaliers du haut-plateau, avec des gueules de Kurt Cobain – surplis de fourrure, Ray-Ban et chapeau de cow-boys -, chevaliers du grand manège morbide.

Un renard s’offrît au soleil, découpé sur l’arête, loin de nous. Revenait-il de la chasse ? À peine mon œil le quitta qu’il s’évanouit. Je ne le revis jamais. Première leçon : les bêtes surgissent sans prémices puis s’évanouissent sans espoir qu’on les retrouve. Il faut bénir leur vision éphémère, la vénérer comme une offrande.

Je rêvais d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie.

La préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : « Nous sommes de la nature, nous ne varions pas, nous sommes d’ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigiez-vous ? »

Ainsi, les bêtes surveillent-elles le monde, comme les gargouilles contrôlent la ville, en haut des beffrois. Nous passons à leur pied, ignorants.

L’intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu’ils aient accompli d’études. Ce sont des voyants, ils percent les énigmes de l’agencement des choses là où les savants étudient une seule pièce de l’édifice.

Un vrai souverain se contente d’être. Il s’épargne d’agir et se dispense d’apparaître. Son existence fonde son autorité. Le président d’une démocratie, lui, doit se montrer sans cesse, animateur du rond-point.

Rencontrer un animal est une jouvence. L’œil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l’incommunicable.

Au « tout, tout de suite » de l’épilepsie moderne, s’opposait le « sans doute rien, jamais » de l’affût. Ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable !

En espérant que cet article vous ai plus, difficile comme je l’ai écris plus haut de parler d’un Tesson. Un jour j’avalerai un Beschrelle, pour faire justice à ce genre d’ouvrage.

Quel ironie de lire ce livre dans mon appartement, accompagné des sirènes de pompiers, de SAMU, de polices, de Klaxons et d’alarmes de voitures.

Le silence est un luxe et la patience : une qualité mise à mal par la technologie.

Jaskiers

Trois ouvrages sur Kurt Cobain

Je n’en ai pas fini avec Kurt Cobain ! Je suis tombé par hasard sur internet sur Cobain Unseen, j’ai tout de suite eu un coup de cœur et je me devais de le commander. Le livre semble intéressant, sortant des livres lambdas, différents.

Les deux autres, le livre et la BD sont des cadeaux d’une de mes proches. Je ne pense pas qu’elle lira ces lignes mais je l’a remercie.

Nirvana en BD… j’ai des doutes mais on ne sait jamais !

Un livre écrit par le manager de Kurt, sur Kurt ? Espérons que ce ne soit pas un ramassis de mensonges pour se faire de l’argent…

Enfin je suis comme ça, quand ça touche à Cobain, le travail doit être sérieux. Sans plus attendre, allons vite découvrir !

Cobain Unseen par Charles R. Cross

Cette photo de couverture était une des photos préférées de Kurt Cobain. Lui qui n’aimait pas se faire prendre en photo.

Quatrième de couverture :

A private tour of the Kurt Cobain Archives, featuring drawings, handwritten documents, photographs, and artifacts seen here for the first time

The first in-depth illustrated biography of the legendary creative force behind Nirvana, Cobain Unseen sheds light on the visual dimension of Kurt Cobain’s too-short life through previously unpublished photographs, documents, and other personal items. More than twenty interactive features make the book a treasure trove of extraordinary memorabilia, with facsimiles of handwritten song lyrics, journal pages, and artwork, and an audio CD that includes never-before-released spoken-word material.

With a compelling narrative by the noted Cobain biographer Charles Q. Cross, Cobain Unseen presents a raw and intimate portrait of the genius and madness of Kurt Cobain.

Charles S. Cross is the author of five books, including the New York Time bestseller Heavier Than Heaven : A Biography of Kurt Cobain, which the Los Angeles Times called « one of the most moving and revealing books ever written about a rock star. » In 2002, Heavier Than Heaven won the ASCAP Timothy White Award for outstanding biography. Cross’s writing has appeared in hundreds of publications, including Rolling Stone, Esquire, and Spin. He lives in Seattle.

D’emblée les fac-similés sont vraiment le plus de ce livre, un petit exemple :

Le fac-similé est encastré dans la page de droite dans cet exemple.
Remarquez qu’à 13 ans, Kurt Cobain avait déjà apposé sa trademark !
Carte de vœux offerte pour Thanksgiving à son beau père.

J’ai appris qu’une de ses tantes avaient sortie un album en 1985. Elle l’aidera à ses débuts de musicien et l’encouragera.

Qu’il a vu le corps pendu du frère de l’un de ses amis en rentrant de l’école. Depuis, son obsession pour le suicide et la mort ne l’ont pas quitté. Une théorie de l’auteur.

L’histoire selon laquelle il aurait dit à un de ses camarades de classe qu’un jour il deviendrait riche et célèbre, une rock star, et qu’il se suiciderait semble vraie. J’avais entendu cette histoire sans être sur de sa véracité.

Très talentueux en dessin, connu à Aberdeen pour ses talents d’artiste graphique, il avait gagné en notoriété pour avoir décoré le van des Melvins, un des groupe de punk-rock ayant aidé et influencé Kurt Cobain.

Vient la partie de l’échec scolaire, bien que très intelligent et très bon à l’école, ses notes, son assiduité et sa fréquentation chute, Kurt donne des signes de dépressions et d’hyperactivité, le divorce de ses parents en aurait été le déclencheur.

Ses nombreuses œuvres d’arts ont pour thème principal le corp humain. Collage, dessins, peinture… selon l’auteur, des problèmes d’estomacs seraient à l’origine de ce thème récurent.

Les débuts de Nirvana ont été très difficile, Kurt n’ayant pas de domicile fixe ni d’argent, c’est la débrouille. Kurt dédaigne travailler, il préfère donner de son temps à la musique plutôt que de le perdre à travailler. Il se repose financièrement sur sa première petite amie.

Depuis sa rencontre avec Buzz Osborne des Melvins, Kurt s’est ouvert à un univers musical punk plus important. Ses capacités à écrire des chansons se sont vues grandement améliorées.

Après un premier album, Bleach, Nirvana enchaîné les tournés dans des petits clubs, ils se font une réputation et gagne en notoriété. Ensuite, c’est la signature avec un grand label de musique, d’où sortira Nevermind. Smell Like Teen Spirit changera la donne du groupe et du monde musical entier.

L’ouvrage contient un magnifique fac-similé de la page où Kurt Cobain a écris les paroles de Smell like teens spirit. Le document semble tellement réaliste ! Ainsi que les premiers stickers Nirvana que Cobain a crée et collé dans tout Aberdeen à tel point que l’on en retrouverait encore dans la ville. Le livre a carrément recréé ces stickers !

Après le succès de Nevermind et sa rencontre avec Courtney Love, Kurt semblait être plus intéressé par l’art plastique et la peinture que la musique. Krist dira que c’est à ce moment là que Kurt se déconnecta de la réalité. Son addiction à la drogue empire. La célébrité lui pèse.

Le CD du livre consiste en deux pistes, une de 8 minutes ou Kurt lit un passage de son journal. Entre phrases scatologiques, poèmes, proses, paroles et rimes. Il rigole, répète plusieurs fois que c’est ridicule et s’amuse à utiliser plusieurs voix parfois grotesques.

La deuxième piste est une interview de l’auteur où il décrit l’émotion de fouiller dans les affaires (nombreuses) de Kurt, qui était un collectionneur compulsif (à mon avis), il sélectionne photos, dessins, peintures, cassettes… Il relate sa relation personnelle avec l’univers de Kurt, quand il était journaliste musical , jusqu’à l’écriture de ce livre et les diverses émotions qu’il a ressenti en voyant ces objets ayant appartenu à l’univers de Cobain, objets parfois créés et/ou modifiées par ce dernier.

Le fac-similé du fax qu’il a envoyé à William Burroughs a été un pur bonheur pour moi à découvrir. (Voir photos plus bas.)

Suit la descente aux enfers de Kurt, sa maladie à l’estomac, sa scoliose et les douleurs qui vont avec, sa dépérissions dû à sa dépression et sa dépendance à l’héroïne.

Il est dur de lire et de voir que Kurt ne savait plus où il voulait aller artistiquement parlant. Il pensait et projetait de dissoudre Nirvana, du moins virer Krist Novoselic et Dave Grohl pour repartir sur un nouveau genre de musique bien qu’il ne savait pas quel genre et si il le voulait vraiment.

Ajouter à ça de nombreux séjours en centres de désintoxication (séjours qu’il ne complétera jamais et dont il s’échappa lors de sa dernière hospitalisation).

Juste une page sur son suicide, ce qui, je trouve, est une bonne décision de l’auteur. Kurt et sa vie, son art repose bien plus que sur son suicide bien qu’il ai marqué sa génération et toutes les autres. Mais sa musique et son art, eux, sont immortels et le resteront. Son art est ce qu’il nous reste de lui.

J’ai écris un article sur Cobain qui aurait pu, à mon avis, devenir un écrivain. En fait, je suis un peu hanté par ce que Cobain serait devenu, quel art aurait-il choisis ? Je pense qu’il aurait continué la musique, peut-être dans un univers plus acoustique où se tourner vers la production.

Ce livre aurait du être celui qui est attaché au documentaire Montage of Heck, le livre original de ce documentaire est plus anecdotique, celui-ci aurait été un vrai plus avec le documentaire.

Ce livre est un MUST-HAVE pour tous les fans de Nirvana et/ou de Kurt Cobain. Réellement, grâce aux Fac-Similés, au CD de Kurt lisant son propre journal, on a l’impression de fouiller dans les affaires de Kurt Cobain !

J’ai découvert plus en détail la passion pour Cobain pour le dessin, la peinture et l’art en général. Extrêmement créatif et talentueux dans de nombreux domaines artistiques autre que la musique. Ses dessins de jeunesses sont impressionnants et je ne suis pas étonné de voir que sa fille, Frances Bean Cobain, est devenue une artiste graphique. L’héritage d’un père parti trop tôt. Apparement, il n’y a pas que l’argent qu’il a légué à sa fille, mais aussi son talent créatif.

Quand vous ouvrerez ce livre, souvenez vous des paroles de Cobain écrits sur un de ses journals : If you read, You judge.

J’ai adoré et je vous le conseil grandement. Le prix en vaut la peine, ayez confiance !

Extraits :

« I feel this society has somewhere lost its sense of what art is. Art is expression. In expression you need 100 percent full freedom, and our freedom to express our art is seriously being fucked with. »

⁃ An entry in one of Kurt Cobain’s journals

At seven, Kurt was given Ritalin to control his hyperactivity and attention deficit. In his adult life, Kurt frequently cited his early medication as one of the reasons he later became a drug addict. He wasn’t aware of the fact that some research study support his claim in suggesting that children who are heavily medicated are more likely to abuse drugs as adults. The hyperactivity didn’t particularly help Kurt, and his parents eventually took him off the medication, though he later said that he felt the damage had already been done.

As for Nirvana, Kurt was attracted to the Eastern mysticism it suggested, but mostly he picked it because it sounded sophisticated. Almost all of the other names he considered came from scatological references. Skid Row referenced « skid marks », fecal stains on underwear, rather than a desolate street. His first group had been called Fecal Matter. The fact that he managed to name the band Nirvana, and not Gut Bomb, as he had at one point insisted, was a minor miracle.

Kurt : « I can’t work among people. I may as well try and make a career out of this. All my life, my dream has been to be a big rock star — just may as well abuse it while you can. »

Kurt et sa relation avec William S. Burroughs :

Kurt had also extensively planned the video for « Heart-Shaped Box, » going as far as to draw stills in his journal. The year before, Kurt had recorded a spoken-word piece with William S. Burroughs, and now he decided that Burroughs would be the ideal actor for his new video. Kurt had long been a fan of Burroughs but hadn’t met him during the recording project — they’d simply exchanged tapes — so he saw the video as an opportunity. On August 2, 1993, Kurt send Burroughs a fax asking him if he’d appear in the video. « I really enjoyed the opportunity to do the record », Kurt wrote. « It’s a great honor to be pictured alongside you on the back cover. » Kurt wanted Burroughs to appear as a crucified man on a cross in the video.

In his fax, Kurt sought to assure Burroughs that it wasn’t the writer’s famous heroin addiction that Kurt sought an association with. « Let me assure you, this is not the case, » Kurt wrote. « As a fan and student of your work, I would cherish the opportunity to work directly with you. To the extent that you may want to avoid any direct use of your image (thus avoiding the aforementioned link for the press to devour), I would be happy to have my director look into make-up techniques that could conceal your identity. While I would be proud to have William Burroughs appear as himself in my video, I am more concerned with getting the opportunity to work with you than I am with letting the public know (should that be your wish). » What Burroughs might get out of appearing disguised in a video was never outlined.

Burroughs declined the offer, but when Nirvana went on the road to promote In Utero, and the tour took them near Lawrence, Kansas, where Burroughs lived, Kurt finally met the writer. They spend several hours talking, and Kurt gave Burroughs a biography of Leadbelly — Kurt once said that it was a quote from Burroughs that first made him interested in the folksinger. Burroughs later told a reporter that Kurt was « very shy, very polite, and obviously enjoyed the fact that I wasn’t awestruck at meeting him. » Burroughs said that, despite much speculation, no drugs were consumed during their visit and that they talked about art. Burroughs, like Cobain, considered himself an amateur artist, and he gave Kurt a copy of the original art from their spoken-word collaboration, complete with bullet holes in it.

The meeting was not the end of their relationship. A few weeks later, Burroughs sent Kurt an autographed copy of his book The Cat Inside. And in February 1994, Burroughs mailed a present for Kurt’s twenty-seventh birthday. It was a watercolor collage Burroughs had done around a photograph of Kurt peering from an outhouse window. Burroughs later observed, « There was something about him, fragile and engagingly lost. »

Page de gauche : En haut à gauche, The Cat Inside dédicacé par Burroughs pour Kurt. En haut à droite, Burroughs et Kurt dans le jardin de William. En bas, un fac-similé du fax de Kurt à Burroughs. Page de droite, création de Burroughs avec comme titre « The priest They Called Him », titre de leur collaboration. Burroughs a tiré dessus à balle réelles créant les trous.

Nirvana en BD par Sophie Blitman & Simon Léturgie

Quatrième de couverture :

À Aberdeen, petite ville pluvieuse de l’État de Washington, il ne se passe pas grand-chose.

C’est là que grandit le jeune Kurt Cobain. Vie de famille difficile, échec scolaire, isolation, Kurt soigne son mal-être en se tournant vers la musique. Adolescent, il rencontre le bassiste Krist Novoselic. De cette amitié naît le groupe Nirvana, complété quelques années plus tard par le batteur Dave Grohl. Grâce à un son rugissant, des textes sans fard et un mépris pour la société de consommation, la déferlante Nirvana renverse tout sur son passage, et les petites scènes de Seattle laissent vite place aux tournées mondiales.

Le succès sera aussi court qu’intense. Kurt, rongé par la célébrité, l’angoisse et les drogues, se donnera la mort en Avril 1994, mettant un terme à une œuvre fulgurante qui aura bouleversé les codes du rock.

Grâce à ce Docu-BD mêlant astucieusement bandes dessinées et documentaires, découvrez le destin du groupe le plus grunge de l’histoire, au gré des albums, des rebellions et des scandales, mais surtout et avant tout… de la musique !

Curieux de voir de la musique en BD mais aussi anxieux et inquiet de ce que pourrait donner une biographie de Nirvana en BD, j’ai attaqué le livre.

Tout de suite, j’ai vu que l’auteure étaient plutôt bien renseignée sur le groupe. Je retrouvais les informations que j’avais trouvé dans Cobain : Unseen. Déjà un bon point.

Le deuxième point, se sont les différents styles. Différents dessinateurs se sont réunis, chacun dessinant une partie de la vie du groupe.

Surtout, j’en ai appris plus sur Krist Novoselic et Dave Grohl. Je l’avoue, je ne connaissais pas grand-chose sur le passé des deux autres musiciens. Évidemment, je connaissais Dave pour son travail avec les Foo Fighters. N’oublions pas qu’ils faisaient partis de l’univers Nirvana, qu’ils étaient importants dans le succès du groupe.

Les dialogues sont parfois un peu too-much, mais ça reste crédible.

Les différentes époques et évènements du groupe sont dessinés par différents artistes. C’est atypique. Je pense que Kurt aimant l’art graphique aurait sûrement apprécié. Ces changements sont accompagnés de pages explicatives apportant plus de précision sur les pages que nous venont de lire, ces pages sont vraiment intéressantes et apportent encore un plus d’informations. Un exemple de différents styles et d’une page d’information :

Le livre suit fidèlement l’histoire de Nirvana avec un focus évident sur la vie de Kurt.

J’ai appris certaines informations, mais comme souvent avec Nirvana et Kurt Cobain, je me méfie des nouvelles informations sorties de je ne sais où.

La partie sur les événements tumultueux durant les MTV Vidéo Music Awards backstages avec Guns N’ Roses est succulente mais n’avait pas forcément sa place dans la BD. Ça reste toute fois un passage sympathique, anecdotique.

Le suicide de Kurt est cette fois traité de façon directe. Cela ne m’a pas tant dérangé que ça mais je pense souvent à ce que ses proches pensent de ce genre d’œuvre.

C’est un ouvrage que je conseil si vous préférez les BD à un livre et apprendre l’épopée de Nirvana via le média de l’art visuel. Art que Cobain adoré et dans lequel il excellait !

Un coup de chapeau à tous les différents dessinateurs qui ont collaboré à cette bande dessinée. Lors de la lecture de ce livre, vous ne serez pas cantonné à un seul style graphique mais à plusieurs. Il est extrêmement intéressant de voir de quelle manière les artistes voyaient Nirvana, en y apposant leurs propres styles.

Je n’ai pas pu résister une fois encore à partager le passage de la rencontre entre Cobain et William Burroughs :

Extrait :

Don et Wendy finissent par divorcer, le 9 juillet 1976. Pour Kurt, c’est un véritable cataclysme : « Je me souviens de ce que j’ai ressenti : soudain, je n’étais plus le même, c’est comme si je ne valais plus rien », confie-t-il au journaliste de Rolling Stone Michael Azerrad.

[Extrait du journal de Kurt] Mes paroles sont un gros bloc de contradictions. Elles sont partagées entre des opinions très sincères et des sentiments que j’éprouve et des dénégations sarcastiques et – j’espère – de drôles d’idéaux bohèmes éculés depuis des années. J’aime me montrer passionné et sincère, mais j’aime aussi me marrer et faire l’abruti. »

Kurt Cobain, Nirvana, 1967-1994 par Danny Goldberg

Quatrième de couverture :

25 ans après la mort de Kurt Cobain, un nouveau regard sur une icône hors norme.

Après un quart de siècle passé sous silence, Danny Goldberg, manager du groupe Nirvana de 1990 à 1994, prend enfin la plume pour nous raconter de l’intérieur les années les plus décisives de son leader, Kurt Cobain. Ce sont celles de la création de l’album mythique Nevermind, du soudain succès planétaire, du mariage avec Courtney Love, des addictions et du suicide à vingt-sept ans. Durant toute cette période, Goldberg resta aux côté de Kurt, ami et témoin privilégié d’une légende en devenir.

Les souvenirs de Goldberg, encore jamais partagés à ce jour, nous offrent un nouvel éclairage sur la période de vie la plus intense de Kurt Cobain et donnent voix aussi à tous ceux qui étaient là : amis, membres du groupe et famille. L’auteur dévoile les arcanes de son talent de génie, son processus de création à 360 degrés, son ambition malgré son apparente désinvolture, et l’héritage colossal pour les générations à venir. En dix ans, le morceau Smells Like Teen Spirit a été téléchargé près de 387 millions de fois.

« Éclairant et passionnant. Un superbe requiem sur la perte d’un être aimé qui a touché le monde entier avec se magie si singulière. » – Thurston Moore, chanteur de Sonic Youth

Avec une préface inédite de Laurence Romance.

Danny Goldberg dirige actuellement l’agence d’artiste Gold Village Entertainement qu’il a fondé, après avoir été le directeur de Mercury Records et Artemis Records. Tout au long de sa carrière, il a collaboré au Los Angeles Times, The Nation, Huffington Post, Dissent et Billboard. Il a également été le manager de Led Zeppelin et de Sonic Youth.

Avant d’ouvrir ce livre, je me suis demandé : Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant d’écrire sur Kurt Cobain ? A-t-il besoin d’argent, veut-il se faire de l’argent sur le dos de Cobain ? Que va-t-il vraiment raconter ? Qu’a-t-il à nous proposer ?

J’ai décidé de ne pas être vache et d’ouvrir le livre avec confiance et espoir.

J’ai vite regretté mon jugement hâtif sur l’homme. Le métier de manager qu’il détail est bien plus compliqué et nuancé que je ne le pensais.

Il explique le fonctionnement entre les labels indépendants et ceux plus puissants et comment Kurt et Nirvana ont choisi de faire le transition sans passer pour des « vendus » aux yeux de la communauté punk anti-conformiste. Il y a beaucoup plus de nuances que ça, le punk-rock est une culture qui s’avère compliquée à comprendre à la vue de tous ces groupes et des différents «clans » pour un néophyte. J’en fais parti même si je connais quelques-uns de ces groupes, grâce à Nirvana.

Avant de juger un auteur, j’y réfléchirai à deux fois maintenant. Car le récit de Danny Goldberg est émouvant, doux, respectueux je dirais même qu’il a fait preuve d’une grande délicatesse et ne ment pas à son lecteur. Du moins il ne semble pas. Après tout, il écrit de SON point de vue.

J’ai été ému par ce récit rédigé par quelqu’un qui l’a connu et soutenu jusqu’à la fin. Je retire mes lignes de début d’article, l’argent, l’homme en a, mais ses souvenirs semblent le plus important et je le remercie d’avoir partagé avec le monde entier sa courte aventure avec Cobain.

Tant de peine, toujours, mais aussi une sorte de lumière et d’espoir semblent toucher les personnes l’ayant connu. C’est grandiose.

J’y ai appris tellement de chose sur la créativité, la relation avec les médias et le leadership de Kurt, sa personnalité et sa face cachée, pas forcément négative mais décidément autodestructrice et parfois éprouvante pour ses proches.

Je ne savais pas que Kurt avait lui-même prit en main le montage des clips comme Smell like teen spirit, Heart shaped box et autres. Comme toujours, il aimait contrôler son art, de la pochette d’un disque jusqu’au clip vidéos. Un esprit créatif qui ne s’arrêtait jamais ! Un besoin de s’exprimer par l’art d’une manière presque obsessionnelle mais toujours avec talent.

Pour les « besoins » de cet article, je ne parlerais pas de la descente aux enfer de Kurt avec la drogue. C’est une partie du livre difficile et émouvante partagé par quelqu’un qui l’aimait et le soutenait à bras le corps.

Kurt était loyal et à fait signer une poignée de ses ami(e)s sur le label ou donnait un coup de pouce à leurs carrières.

Le livre contient aussi différents témoignage de proches que l’on n’avait pas forcément entendu jusque-là, tous ont été sensible à l’aura de Kurt.

C’est un livre émouvant et je le conseil vivement aux fans mais aussi à ceux qui se demande pourquoi Kurt Cobain avait et a encore autant d’influences sur notre culture et le monde de la musique.

Danny Goldberg et Kurt Cobain

Extrait de la préface de Laurence Romance : Kurt (furieux) finit par balancer à Danny (médusé) qu’il n’a aucune envie d’arrêter l’héroïne et que, d’ailleurs, l’écrivain junkie William Burroughs est son modèle absolu.

Autres extraits du livre :

[Kurt] était le serviteur d’une muse que lui seul pouvait voir et entendre mais dont il transmuait l’énergie grâce à un langage auquel des millions de personnes s’identifiaient.

[Butch] Vig declare : « C’était difficile pour moi de lire que l’album [Nevermind] était trop léché. Comparé à tout ce qui passait à la radio ? C’était un nouveau souffle brut ! Le disque est très simple. Parfois Kurt double la guitare ou Dave chante en harmonie, mais c’est tout. Il n’y a aucune astuce électronique. Je n’ai utilisé que seize des vingt-quatre pistes qu’on avait à disposition. Au contraire, c’est sous-produit. » Toutefois, il comprend que le groupe ait eu besoin de feindre le détachement dans certaines situations. « Comment conserver une crédibilité dans le post-punk quand vous avez vendu dix millions d’albums ? »

Pour beaucoup de fan de Nirvana, « Smells Like Teen Spirit » joua le même rôle que « Howl » d’Allen Ginsberg pour la Beat Generation ou que « Like a Rolling Stone » de Bob Dylan pour la mienne.

Il avait des tendances autodestructrice, mais elles n’atteignaient jamais sa musique.

Rosie [assistante] raconte : « J’avais un salon en longueur. Il y avait des tonnes de CD de chez Geffen [Label de musique]. Ils les ont empilés comme des dominos. Dave et Kurt ont chacun enfilé une de mes robes. Puis ils ont couru vers les CD et se sont jetés dedans. »

Avec cette percée dans les radios pop, Nirvana devint un groupe qui constituait à lui seul une catégorie. Il attirait les fans de punk, d’alternatif commercial, de métal, de rock mainstream, et de pop. C’était l’optique de Kurt depuis le début.

Pour moi, son chant rappelait celui de Jim Morrison.

[Kurt] ne cessait jamais de créer.

Le même label [Tim Kerr Records] enregistra un morceau de spoken-word de William Burroughs lisant une diatribe poétique intitulée « Ils l’appelaient ‘Le prêtre’ ». Kurt qui idolâtrait ce beatnik légendaire, était ravi d’enregistrer une ligne de guitare pour accompagner le texte. Le morceau sortit en single et Kurt fut d’autant plus ravi de croiser Burroughs dans le Kansas l’année suivante, lors d’une tournée de Nirvana.

Krist [Novoselic] explique : Kurt n’aimait pas être embarrassé. Il détestait ça. »

Le personnage que s’était créé Kurt mélangeait humour, musique, colère punk et valeurs progressistes. Il ne reniait pas le crétin qui sommeillait en lui mais détester le conservatisme culturel. Doté d’un nouveau sens des responsabilités généré par sa célébrité, il décida de se prononcer ouvertement sur certaines questions politiques, en particulier celles qui touchaient au féminisme et aux droits des homosexuels.

Kurt : « Je n’aime pas les sales types, les machos, les gens violents. »

Il [Kurt] évoqua « Territorial Pissing », en partie inspiré de la façon dont on traitait les Indiens d’Amérique […] « Il y a des références à tous ces gens qui vivaient dans les réserves d’Amérique du Nord ; des gens démolis par les attaques américaines. »

De façon plus mémorable, Kurt s’adressa directement à son public : « Aujourd’hui, j’ai une demande à formuler à nos fans. Si certains d’entre vous haïssent les homosexuels, ceux qui ont une couleur de peau, ou les femmes, s’il vous plaît, rendez-nous service : fichez-nous la paix ! Ne venez pas à nos concerts et n’achetez pas nos disques. »

Kurt : « Chaque titre [de In Utero] parle de trucs qui m’énervent, d’un conflit entre le bien et le mal. Il y a des gens qui s’en prennent aux autres sans raisons et j’ai envie de leur botter le cul. Mais tous ce que je peux faire à la place, c’est hurler dans un micro. »

Kurt : « […] tout ce qui m’intéresse c’est la musique. Le reste, ça me plaît pas. La célébrité, c’est pas si cool que ça. »

[Kurt à propos de son addiction à l’héroïne quelques jours avant sa mort :] Il répliquait que William Burroughs avait vécu pendant des dizaines d’années comme un junkie et qu’il ne voyait aucune raison de ne pas l’imiter.

Il est de notre devoir moral de faire tout notre possible pour prévenir et lutter contre le suicide, mais je ne cesse de croire que Kurt souffrait d’une maladie que personne ne savait comment soigner et qu’il en est mort à l’âge de 27 ans. C’est la seule façon de le formuler qui me paraisse juste, mais la vérité c’est que personne ne détient la réponse.

Après la lecture de ces trois ouvrages, mon opinion sur Kurt n’a pas changé, mon admiration et mon respect s’en sont même renforcés.

Je n’ai pas voulu mentionner l’énorme problèmes qu’à causé la journaliste Lynn Hirschberg avec son article pour Vanity Fair sur Courtney Love et sa grossesse. Même si cette triste histoire de mauvais journalisme racoleur sur la grossesse de sa femme a hanté Kurt jusqu’à la fin de sa vie. Je ne me sens pas de raconter l’histoire ici tant elle est irrespectueuse, fausse et a fais du mal à de tout jeunes parents et leur nouveau né.

Je suis heureux mais aussi émotionnellement un peu fatigué et confus car Cobain et sa mort ne passe pas chez moi. Un deuil des plus bizarre car il est mort quelque mois avant ma naissance. Durant la lecture de ces ouvrages j’ai constaté que certaines générations post-Nirvana, la mienne et même les plus jeunes ressentent ce même genre de sensations : d’avoir perdu quelqu’un de proche bien que l’on ne l’ai même pas connus de son vivant. Je pense que c’est là que se trouve la magie de l’artiste qu’était Kurt. Arriver avec son art à nous faire sentir proche de lui, à ses côtés comme un membre de notre famille sans jamais pouvoir le rencontrer. Une présence sans enveloppe charnelle. Il est passé, à semé ses œuvres et sa créativité puis est reparti.

Les mots me manquent pour terminer cet article.

Merci à Kurt, Dave, Krist et tous les gens qui ont soutenu Kurt comme ils le pouvaient et partager avec nous son souvenir, son héritage artistique et son humanité.

Jaskiers

Les fous du Président par Carl Bernstein & Bob Woodward (prix Pulitzer 1973)

Le seul livre de première main sur l’Affaire par ceux qui l’ont révélée : les deux journalistes du Washington Post

Quatrième de couverture :

Carl Bernstein et Bob Woodward (photo Ken Feil – The Washington Post)

L’enquête politico-policière la plus dévastatrice du siècle, voilà ce que fut la révélation progressive du scandale de Watergate à l’opinion américaine et mondiale. Deux jeunes journalistes, chargés des affaires locales et des faits divers, se trouvent de permanence à la rédaction du Washington Post la nuit où se produit le coup de main d’inconnus sur le QG du Parti démocrate. Ils collectent aussitôt quelques renseignements, pensant qu’il s’agit d’un cambriolage un peu spectaculaire. Et de fil en aiguille, Rouletabille et flanqué de Sherlock Holmes détruisent la première puissance politique au monde.

Voici leur stupéfiante histoire, racontée par eux-mêmes. Voici l’un des exploits les plus admirables du journalismes de tous les temps. À partir des premiers soupçons, Woodward et Bernstein ont creusé peu à peu les galeries souterraines qui les conduisirent à la vérité, malgré les pièges, les mensonges, les fausses pistes, les pressions politiques. Ils nous font vivre avec eux, minute par minute, cette aventure angoissante et excitante et ils nous amènent jusqu’à l’instant où, grâce à leur courage et à leur rigueur intellectuelle, ils furent en mesure de réunir toutes les pièces du gigantesque puzzle que la Maison Blanche avait voulu enterrer.

Carl Bernstein est né à Washing. Études inachevées en l’Université de Maryland. Comme sa carrière de journaliste à 16 ans au Washington Star, comme copy boy (porteur des dépêches aux divers collaborateurs concernés). Devient reporter à plein temps à 19 ans. Entre au Washington Post en 1996, dans le service des affaires locales de la ville de Washington.

Bob Woodward travaillait au service des Informations générales et faits divers du District de Columbia (zone et faubourgs de la capitale) du Washington Post lorsque eut lieu l’effraction des bureaux du Parti démocrate dans l’immeuble dit Watergate, le 17 juin 1972. Né à Chicago, il obtient ses diplômes universitaires à Yale en 1965. Passé cinq ans ensuite dans la marine, au service des transmissions. Fait ses débuts dans un petit journal local : La sentinelle du Comté de Montgomery, puis entre au Post en 1971.

Carl Bernstein et Bob Woodward (« Woodstein » comme on les appelle souvent aux États-Unis depuis qu’ils signent toujours leurs articles ensemble) ont obtenu en 1973 le Prix Pulitzer (catégorie du « reportage investigatif ») pour la série d’enquêtes qu’ils ont publiées dans le Washington Post en juin 1972 et juin 1973 sur l’affaire Watergate et ses ramifications.

Le titre du livre « Les fous du président » fait allusion à une comptine anglophone, « All the King’s men ». Les fous du roi est traditionnellement la traduction du titre de cette comptine. Des fous ? En tous cas, le scandale du Watergate et ce qui s’en ai suivi en est une, histoire de fou.

Bernstein et Woodward, aux parcours complètement différents s’allient pour enquêter sur ce qui deviendra le scandal qui mènera le tout puissant président Nixon a démissionner.

Mais imaginez vous l’époque, l’ambiance, l’esthétique. Car oui, ce livre n’est pas un roman, mais comme souvent, la réalité dépasse la fiction !

Vous êtes un ou une jeune reporter. Cigarette au bec, chemise, cravate, pantalon trop large, chaussure bateau (ou robe et talons pour les femmes si elles le veulent). Vous rentrez dans l’open space d’un grand journal. Vous êtes jeune et avez secrètement de l’ambition. La fumée de votre cigarette se mêle à celle de vos collègues. Les machines à écrire crépitent sans arrêt, les téléphones sonnent toutes les cinq minutes, ont crie, la deadline approche, ça débat dans des meetings improvisés autour des bureaux des collègues. Des bureaux avec des piles de dossier telles que l’on ne voit plus la personne derrière. Vous vous asseyez. Écrasez votre clope. Buvez un café et BOUM, l’histoire, l’événement, le fait que vous attendez, que vous rêviez s’amène à vous, il se présente. Il est dur à attraper, encore plus à le comprendre mais c’est votre boulot, informer et expliquer. Vos compétences, votre instinct, votre flair vous le dit. Cette affaire est plus importante qu’elle n’y parait et vous devez partir en chasse !

Bref, désolé, je suis parti dans mon délire. Passons au livre voulez-vous ?

J’ai trouvé le livre passionnant. Je ne pourrai pas vous raconter en détail le Watergate tellement l’affaire est compliquée et contient de ramifications et de protagonistes. Mais j’ai été plongé dans l’ambiance des reporters des années 70.

L’enquête menée par Woodstein les emmènent dans un dédale de mensonges, de manipulations, de secrets, de violences, d’injustices à travers les deux cotes Est-Ouest des États-Unis avec comme Minotaure le Président des États-Unis. Est-il possible qu’il ai espionné et essayé de saboter l’autre camp, les Démocrates, pour sa réélection en utilisant des méthodes dignes de la mafia ?

Comment vont-ils démêler cette affaire quand le FBI couvre le Président ?

Qui va vouloir (pouvoir?) parler à découvert ?

Comment éviter les pièges tendus par les hommes du Président ?

Comment se protéger contre d’éventuelles représailles ?

L’histoire est folle. Compliquée mais tellement incroyable que l’on reste scotché au livre.

Suivre ces deux jeunes gens qui n’ont presque pas 30 ans dans cette enquête rocambolesque, à portée mondiale, est une expérience peu commune. Avec des « personnages » mystérieux tel que deep throat, l’informateur qui en sait tellement mais qui impose un anonymat total à Woodward. Ils se rencontrent dans des parkings sombres, la nuit pour parler et essayer de tirer au clair l’affaire qui fera tomber le président.

Nous savons maintenant qui était deep throat mais je vous laisse faire vos recherche sur cette personne vous même, un peu de mystère, faite votre petite enquête vous même (attention à ne pas tomber sur des choses un peu tendancieux si vous voyez ce que je veux dire…).

Le livre n’est pas dénué d’humour. Certaines scènes sont cocasses, il faut parfois lire un peu entre les lignes pour comprendre que ces jeunes gens ont découvert une histoire plus grande qu’ils ne pensaient et qu’avant tout ils restent humains. Il font des erreurs. Ils ont une vie. Ils sont jeunes, l’expérience leur manque mais ils ont le soutient indéfectible de leur patron.

Je sais qu’un film avec Robert Redford et Dustin Hoffman existe, appelé Les hommes du Président, mais je ne l’ai pas vu. Si vous l’avez vu, pourquoi ne pas partager votre avis sur ce film ?

En tous cas, c’est une lecture que je conseil. La narration est intéressante, presque atypique sachant que le livre a été écrit par deux personnes. C’est un page-turner ! Et tout est vrai !

Le livre reste aussi une leçon, un avertissement, de ce que les puissants de notre monde peuvent faire dans notre dos. Il est aussi un totem pour la liberté de la presse et la défense des journalistes, d’investigations en tous cas. Sans une presse libre, pas de démocratie. Sans une presse libre, les puissants de ce monde se joueraient de nous encore plus qu’ils ne le font actuellement.

Un livre percutant, passionnant et parfois effrayant ! N’hésitez pas à le lire si l’envie vous en prend !

Voici une compilation d’extraits montrant à quel point l’enquête était difficile et dangereuse :

[…] le 22 juin, au cours d’une conférence de presse, le président Nixon fait son premier commentaire officiel sur l’effraction du Watergate : « La Maison-Blanch, dit-il, n’est pas impliquée en aucune manière dans cet incident-là. »

Bernstein et Woodward m’éditent sur l’expression « cet incident-là ». Il y a déjà trop de coïncidence dans cette affaire que la définition ne saurait englober.

Les gens de la Maison-Blanche et du C.R.P. [Comité de Réélection du Président Nixon] emploient toute leur énergie à lancer les journalistes sur de fausses pistes. Une fuite indique que l’effraction du Watergate est le fait de Cubains anticastristes qui voulaient faire croire que les Démocrates recevaient des fonds de Cuba.

L’affaire Watergate piétine, elle a peut-être fait long feu. Les deux journalistes n’y comprennent rien.

[…] les relations de travail entre Bernstein et Woodward reposent essentiellement sur l’émulation. […] Depuis, tous les articles sur Watergate portent la double signature. Leurs collègues les confondent d’en un seul personnage qu’ils appellent en riant Woodstein.

Ceux qui voisine avec lui dans la salle de rédaction sont bien forcés de constater que Woodstein ne donne pas toujours l’image d’un rouage parfaitement huilé de la machine journalistique. Les deux moitiés se querellent, souvent ouvertement. Il leur arrive de peine un quart d’heure sur une seule phrase. […] il n’est pas rare de voir l’un quitter majestueusement le bureau de l’autre.

[…] Woodward, qui écrit plus vite, se charge du brouillon que Bernstein récrit ensuite. Bernstein n’a souvent que le temps de récrire la première partie, et la suite, dans le style de Woodward […]

Ils finissent par essayer de se lier d’amitié. […] Ils restent souvent dans la salle de rédaction fort avant dans la nuit, faisant des vérifications, compulsant des coupures, discutant du prochain pas à faire, échangeant leurs hypothèses.

Dean : « Je peux vous dire catégoriquement [qu’] il n’y a personne à la Maison-Blanche, pas un seul membre de cette administration, actuellement en place, qui ait été impliqué dans cet incident [Watergate] vraiment bizarre. »

Une source : « Ça ne sortira jamais, toute la vérité. Vous ne saurez jamais la vérité. Ça n’est pas les reporters qui la découvriront, ils faudraient qu’ils s’adressent seulement aux gens honnêtes. Ils savent que vous sortez le soir parler aux gens. Quelqu’un du service de presse [de la Maison-Blanche] est venu dans mon bureau aujourd’hui et a dit : « J’aimerais drôlement savoir qui, au comité [C.R.P.], est en cheville avec Carl Bernstein et Bob Woodward. »

Woodward à un contact, au gouvernement, qui a accès à des informations en provenance aussi bien du C.R.P. que de la Maison-Blanche. Woodward est le seul à connaître son identité. Il ne peut le joindre qu’en cas grave. […] surnommé en plaisantant « Deep Throat » — Gorge Profonde, titre d’un film pornographique qui fait alors fureur. Le sobriquet lui est resté.

Mitchell : Vous les gars, vous ne savez pas ce qui vous attend. Dès que vous aurez fini de payer Ed Williams [avocat du Washington Post] et consorts, c’est nous qui allons monter une histoire du vous tous.

On a dit à Bernstein qu’un ancien agent du FBI avait participé à l’opération Watergate et qu’il avait prévenu les enquêteurs que la quartier général démocrate était sous surveillance électronique depuis déjà trois semaines lorsque les cambrioleurs ont été arrêtés.

Après avoir travaillé quatre mois ensemble, Woodward et Bernstein ont développé une sorte d’affinité intellectuelle.

Leurs collègues au journal les taquinent parfois, prétendent qu’ils veulent la peau du Président. Et que se passerait-il s’ils se trouvaient soudain dans cette situation : non pas en position d’avoir la peau du Président, mais d’obtenir la preuve flagrante qu’il est impliqué dans cette affaire ?

Au cours de ces conversations, Deep Throat lui a raconté que la politique s’est infiltré dans les moindres recoins de l’appareil gouvernemental, que la Maison-Blanche de Nixon a pris la haute main, et une main de fer, sur tous les services.

« Vérifiez chaque indice, conseil Deep Throat. Cela recouvre tout le pays, ce qui est important. Vous pourriez écrire des articles jusqu’à Noël et même au-delà… Il n’y a pas un seul de ces jeux (son terme pour opération secrète) qui ait été lancé sur une initiative personnelle. C’est important. Ils sont tous liés. »

Deep Throat lui lance alors un avertissement : « Ils veulent se débarrasser du Post. Ils veulent aller en justice pour découvrir vos sources. »

Pose de micros, filatures, faux tuyaux à la presse, fausses lettres, meetings politiques décommandés, enquêtes sur la vie privée des candidats adversaires, mise en place d’espions, vol de documents, provocateurs dans les manifestations politiques.

Jusqu’où seraient-ils allés si les cambrioleurs de Watergate n’avaient pas eu l’incroyable bêtise de bloquer de pêne des portes, donnant sur la cage d’escalier avec les bandes adhésives, ce qui avait incité le gardien à appeler la police ?

Un juriste : « Le FBI se comporte de façon étrange… quelqu’un, au sommet, s’intéresse à tout ceci » Mais il ne veut pas dire à quelle altitude se situe ce sommet.

Le ministère de la Justice s’est gardée d’enquêter sur le véritable complot qui a produit Watergate ; à concentrer ses efforts sur l’incident limité de l’effraction commise au quartier général démocrate — sur l’I.O.C. (Interception de Communications Orales), comme l’appellent les Fédés — et a ignoré la vaste conspiration ourdie par les hommes du Président pour saboter le processus électoral.

Bradlee : « J’ai parlé jusqu’ici à mots couverts, leur dit-il. Cette affaire, c’est un jeu serré, le plus serré qu’on ait jamais vu dans cette capitale. Il va falloir que nous fassions très attention, tous, au bureau et à l’extérieur. Je ne veux rien savoir de votre vie privée […] Faites attention à qui vous parler, et qui vous voyez; soyez prudents au téléphone; commencez à mettre de côté tous vos reçus en vue de vos déclarations d’impôts, et prenez un avoué pour s’occuper de tout ce qui touche à vos futurs impôts; faites attention à ce que personne n’apporte de la drogue chez vous; soyez mesuré dans tout ce que vous dites sur le Président et l’administration. »

[…] les téléphones de plusieurs reporters et directeurs du Post sont sur table d’écoute.

Le procès dure encore deux semaines. Woodward et Bernstein continuent d’y assister, à trier les preuves matérielles et documents présentés à la Cour. Woodward copie les numéros de téléphone inscrits dans les carnets d’adresses des prévenus, qui font partie des pièces à conviction, et se met un soir à appeler quelques numéros. « Le FBI ? » lui demande un de ses interlocuteurs. « Ils ne sont jamais, jamais entres en contact avec moi. Je ne leur ai jamais parlé. »

Woodward raccroche brutalement le téléphone. C’est ça, l’enquête la plus importante, la plus vaste menée en Amérique depuis l’assassinat du président Kennedy : le FBI n’a même pas appelé les numéros inscrits dans les carnets d’adresse des prévenus ?

Bernstein et Woodward font une longue analyse de l’ensemble du procès sous le titre : « Qui a engagé les Espions, Pourquoi : Toujours un Secret. » Ils soulignent que ce qui a marqué ce procès de seize jours ce sont les questions qui n’ont pas été données, les témoins qui ont pas été cités et les trous de mémoire de ceux qui étaient présents.

[Edward] Kennedy lui-même a confié à Bernstein, au cours d’une interview […] qu’à moins qu’une commission parlementaire exerce rapidement son droit de réquisition pour obtenir les dossiers et documents que les enquêteurs fédéraux semblent négliger, sa chance de mener une bien une enquête approfondie risque de disparaître des incinérateurs et machines à l fêter les dossiers. […] « je connais l’entourage de Nixon, a-t-il ajouté, et c’est assez. Ce sont des crapules. »

[…] le vaisseau Kennedy est étanche et ne fuit pas.

Jusqu’à ce que la cour suprême déclare la chose illégale, le 19 juin 1972 — deux jours après l’effraction de Watergate — le ministère de la Justice a utilisé des systèmes d’écoute téléphoniques pour contrôler les faits et gestes de tous ceux qui étaient soupçonnés d’activités « subversives » contre les institutions et cela sans l’autorisation des tribunaux. Les « radicaux [la Gauche/Démocrate] » et les défenseurs des libertés civiles proclament depuis longtemps que les autorités brandissent de mot de « subversion » pour s’attaquer en fait à ceux qui manifestent trop ouvertement leur hostilité à la politique du gouvernement Nixon. Les deux garçons décident d’essayer de découvrir si certains de leurs collègues font partie de ces « éléments subversifs » que le ministère s’est arrogé le droit d’écouter.

[…] Woodward rend visite à un fonctionnaire bien placé du C.R.P. L’homme semble désenchanté, dégoûté de la Maison-Blanche et des tactiques qui ont été utilisées pour aider à la réélection du Président. « S’il y a une manière honnête de faire les choses et une manière malhonnête, tout cela pour arriver au même résultat. Nous avons sûrement choisi la seconde, confie-t-il. »

Deep Throat : « Notre Président est parti en campagne contre les fuites qui concernent Watergate. Il a dit aux gens compétents : « Faites tout ce qui est en votre pouvoir » pour mettre fin à la chose. Quand il dit cela, il veut du sérieux. Des enquêtes intérieures, et il veut aussi utiliser les tribunaux. Ils ont discuté pour savoir s’il valait mieux d’abord attaquer en droit commun ou en droit civil. Nixon a déclaré dans une réunion qu’ils géraient aussi bien d’utiliser l’argent qui leur reste de la campagne, 5 millions de dollars à peu près, pour rabattre un œuf le caquet du Post. D’où vos citations à comparaître et les autres.

« En 1969, le premiers à faire l’objet de ces écoutes agressives ont été les reporters et les membres de l’administration suspects de déloyauté, explique Deep Throat; puis, à l’époque des manifestations pacifistes, ils ont porté leur effort sur l’opposition radicale. A l’approche des élections, il était tout naturel qu’ils s’attaquent aux Démocrates. Les arrestations de Watergate les ont pris au dépourvu, parce que l’effraction risquait de mettre toute l’opération à nu. »

Mais le message, haut et clair, confirme que ceux qui ont dans le passé servi Richard Nixon comme un seul homme, et érigé, à la Maison-Blanche, cette muraille rigide de discipline et de contrôle de soi, sont aujourd’hui ouvertement à couteaux tirés.

Deep Throat : « Voilà la situation, dit-il enfin. Il faut que je vous quitte à la seconde. Vous me comprenez. Soyez, eh bien, je dirai, soyez très prudent. »

Que se passe-t-il demande Bernstein. À la porte d’entrée de l’immeuble de Woodward. D’un doigt sur les lèvres, il lui fait signe de se taire.

Bernstein se demande si Woodward a perdu la tête, ou s’il le fait marcher. Ils longent le corridor jusqu’à l’appartement de Woodward. Une fois à l’intérieur, Woodward met un disque en marche. Un concerto pour piano de Rachmaninov. Bernstein se dit que Woodward a un goût épouvantable, en musique classique. Woodward tire ensuite les rideaux devant les grandes fenêtres qui donnent sur les quarters est de la ville. Puis, assis devant la table de la salle à manger, il tape une note à la machine et la passe à Bernstein.

La vie de tout le monde est menacée.

« Tout l’appareil de renseignements des U.S.A. a collaboré aux activités secrètes qui sont incroyables. Deep Throat à refuser d’en donner les détails parce que c’est contre la loi

S’ils ont étouffé l’affaire ce n’est pas vraiment à cause de Watergate mais surtout pour protéger leurs activités secrètes. »

C’est l’indication la plus clair qu’ils aient jamais recueillie que le Président savait que l’on étouffait l’affaire, et y participait lui-même de son plein gré.

« C’était le Washington Post, je vous dis. Je lui ai formellement ordonné de détruire le Washington Post, réplique Corson [homme du Président] sur un ton parfaitement uni. Je voulais détruire le Washington Post. »

[…] le Président s’est incliné devant l’opinion publique et devant l’ordre lancé par un tribunal, et a remis sept des bandes [audios] incriminées aux enquêteurs. Les deux autres n’ont jamais existé, disent les avocats.

Le message de Deep Throat est simple est bref : une ou deux des bandes magnétiques ont été partiellement et volontairement gommées.

Bernstein commence à appeler ses contacts à la Maison-Blanche. Quatre d’entre eux lui disent avoir appris que les bandes étaient de qualité médiocre, qu’il y a des « trous » dans certaines conversations, mais qu’ils ne savent pas si ces accidents ont été délibérément provoqués.

Bernstein et Woodward regardant le président Nixon annonçant sa démission
Le complexe hôtelier du Watergate où s’est déroulé le cambriolage

Il est terrifiant de voir le pouvoir de l’argent, en politique et partout en faite. Tous ce qu’ont fais Woodward et Bernstein était « simple », suivre la piste de l’argent. Simple ne serait pas le mot approprié, plutôt, je dirais que le début de leur enquête a été facilité par la trace qu’a laissé l’argent, les échanges, les pots-de-vin et autres méthodes consistant à payer gracieusement des personnes pour faire le « sale » boulot.

Malheureusement pour ces personnes, ‘Woodstein’ veillait au grain et n’a pas abandonné. Il faut avoir un certain courage pour oser accuser l’homme le plus puissant du monde de crime.

Le journalisme d’investigations est passionnant, autant que dangereux. Avoir une presse libre est une chose rare.

Je dédie cet article à tous les journalistes risquants leurs vies pour informer, et à ceux qui l’ont perdu.

Jaskiers

Mythologie : les fières Amazones ont bel et bien existé – National Geographic

Extraits de National Geographic :

« Les Grecs considéraient les Amazones comme étant les « égales des hommes », aussi courageuses et qualifiées au combat que leurs homologues masculins. Dans l’art et la littérature de la Grèce antique, les Amazones étaient présentées comme de belles et vaillantes guerrières, toujours armées et dangereuses. »

« Les découvertes archéologiques récentes de sépultures datant du 5e siècle avant notre ère suggèrent que les Amazones de la mythologie grecque auraient été inspirées d’un authentique peuple de cavaliers nomades vivant en Eurasie. D’après les mythes grecs, les Amazones menaient une vie trépidante : elles passaient le plus clair de leur temps en plein air sur les terrains de chasse ou les champs de bataille et jouissaient d’une entière liberté sexuelle. »

« Au 5e siècle avant notre ère, Hérodote et d’autres écrivains évoquaient ces femmes de Scythie qui se battaient à cheval aux côtés des hommes, tout comme les Amazones de la mythologie. Les historiens de l’Empire romain et de la Grèce antique affirmaient que Cyrus de Perse, Alexandre le Grand et le général Pompée de Rome avaient tous fait la rencontre en Orient de femmes ressemblant à des Amazones. »

« L’étude archéologique des sépultures scythes révèle un niveau d’égalité des sexes qui aurait fait pâlir les Grecs. »

« […] quel que soit leur sexe, les nomades menaient une vie difficile dans un environnement hostile. Les tribus se déplaçaient constamment pour trouver de nouveaux pâturages pouvant accueillir leurs chevaux, chasser, piller ou se battre contre des tribus adverses. Chaque membre, homme ou femme, adulte ou enfant, contribuait à défendre le groupe et garantir sa pérennité. Il était non seulement logique mais également indispensable de former les jeunes filles autant que les jeunes garçons à monter à cheval, tirer à l’arc, chasser et combattre. Leur mode de vie encourageait l’égalité. Chez les nomades, cette égalité entre hommes et femmes était principalement rendue possible par l’association entre chevaux et tir à l’arc. Montée sur un cheval rapide, une femme armée d’un arc est aussi meurtrière qu’un homme. »

« Le mode de vie égalitaire des Scythes était en tout point différent de celui des Grecs, sédentaire et axé sur l’agriculture. L’idée que les femmes puissent être mises sur un pied d’égalité avec les hommes faisait naître une certaine ambivalence, un sentiment mêlant crainte et admiration qui allait inspirer une myriade d’histoires palpitantes au sujet de femmes barbares aussi vaillantes et douées que les hommes sur les champs de bataille. À travers leurs mythes sur les intrépides Amazones, il semblerait que les Grecs se soient aménagé un espace pour explorer le concept de parité entre les sexes, un rêve inaccessible au sein de leur propre société paternaliste où les hommes dominaient et contrôlaient les femmes. »

« Dans les années 1940, les premières exhumations de kourganes, les tertres funéraires scythes, ont révélé des squelettes enterrés avec des lances, des flèches, des haches et des chevaux. Dans un premier temps présumés de sexe masculin, ce n’est que plusieurs dizaines d’années plus tard avec l’avènement des tests ADN que les chercheurs ont pu déterminer que les ossements n’appartenaient pas tous à des hommes. Bon nombre d’entre eux étaient des femmes. »

« À ce jour, environ un tiers des femmes scythes exhumées ont été découvertes avec des armes. Leurs os portaient les traces de blessures infligées au combat : côtes tailladées, crânes fracturés et bras cassés. En 2017, des archéologues ont mis au jour un squelette de femme en Arménie avec une pointe de flèche plantée dans le fémur et d’autres séquelles caractéristiques des champs de bataille. »

« Fin 2019, les fouilles menées par des archéologues dans la province russe de Voronej ont abouti à la découverte d’une sépulture contenant les dépouilles de quatre femmes. La plus jeune était une adolescente et la plus âgée une quarantenaire. Cette dernière était enterrée avec des armes et une coiffe élaborée. Une autre femme, âgée d’une vingtaine d’années, était enterrée en position de cavalier. »

« Tout comme l’archéologie a montré que les Amazones ne relevaient pas de la pure fantaisie, elle a également permis de rejeter certaines fausses idées à leur sujet. D’après l’une d’entre elles, transmise depuis plus de 2 500 ans, les Amazones auraient eu pour « tradition » de se couper un sein afin de mieux armer leur arc.

Cette allégation apparaît pour la première fois en 490 avant notre ère avec la tentative de l’historien grec Hellanicos de traduire dans sa langue le terme étranger Amazone. « Amazone » n’était pas un terme grec mais « mazone » ressemblait phonétiquement au mot « sein » et le préfixe « a » signifiait « sans ». Pour Hellanicos, ce terme signifiait donc que les Amazones sectionnaient leur sein dans le but d’armer leur arc. Son hypothèse fut rejetée par ses contemporains et jamais un artiste de l’antiquité ne l’intégra à ses travaux : toutes les Amazones représentées dans l’art grec et romain l’étaient avec leurs deux seins intacts. En outre, les archères n’étaient en aucun cas gênées par leur poitrine. »

« Selon une autre croyance à la peau dure diffusée par les Grecs de l’antiquité, les Amazones étaient une tribu de femmes dominatrices qui méprisaient les hommes, les asservissaient, les mutilaient, les tuaient et allaient même jusqu’à renier les bébés garçons. Cette idée provient probablement du fait que les Grecs eux-mêmes opprimaient leurs femmes. En suivant leur propre logique, si les femmes étaient fortes et indépendantes, les hommes étaient forcément des lâches soumis à leur autorité. Néanmoins, certaines sources n’hésitaient pas à faire les louanges des Amazones : Homère utilisait par exemple un terme pour qualifier les Amazones que l’on pourrait traduire par « les égales des hommes » et bon nombre de poètes grecs les décrivaient comme étant « éprises des hommes. »

« L’archéologie apporte également son lot de preuves réfutant l’absence de responsabilité maternelle chez les Amazones avec la découverte des sépultures d’archères montées nomades dont l’existence aurait inspiré les Amazones de la mythologie grecque il y a 2 500 ans. À côté des squelettes de guerrières enterrées avec leurs armes, les archéologues ont également mis au jour des nourrissons et des enfants. Les combattantes étaient également des mères, cela ne fait aucun doute. »

« Les récits d’aventures et témoignages historiques au sujet de combattantes rappelant les Amazones apparaissent en Égypte, en Perse, au Caucase, en Asie Centrale, en Inde et même en Chine. »

« Dans ses Histoires, Hérodote explique comment un groupe d’Amazones ayant fait naufrage s’éprennent d’amour pour les Scythes venus à leur rencontre. Ces derniers proposent aux Amazones de devenir leurs femmes et de regagner avec eux la terre de leurs ancêtres, ce à quoi elles répondent :

« Nous ne pourrions pas, répondirent les Amazones, demeurer avec les femmes de votre pays. Leurs coutumes ne ressemblent en rien aux nôtres : nous tirons de l’arc, nous lançons le javelot, nous montons à cheval […]. Vos femmes ne font rien de ce que nous venons de dire […]. Nous ne pourrions par conséquent jamais nous accorder ensemble. Mais si vous voulez nous avoir pour femmes, et montrer de la justice, allez trouver vos pères, demandez-leur la partie de leurs biens qui vous appartient ; revenez après l’avoir reçue, et nous vivrons en notre particulier. »

« La présentation des Amazones faite par Hérodote révèle une vision équilibrée de ces femmes indépendantes. »

« À l’époque de Platon, le 4e siècle. En comparant les authentiques guerrières Scythes aux Amazones de la mythologie, Platon introduit l’idée qu’une éducation militaire idéale se doit de reposer sur la notion d’égalité :

Si j’en suis cru, la loi prescrira aux femmes les mêmes exercices qu’aux hommes ; et je ne crains pas que la course à cheval et la gymnastique ne conviennent qu’aux hommes et point du tout aux femmes. Je suis persuadé du contraire sur d’anciens récits […]. »

« Platon précise […] que les jeunes filles soient « soient formées de l’exacte même manière que les jeunes garçons » à l’athlétisme, l’équitation et le maniement des armes, les femmes grecques pourraient, en cas d’urgence, « se saisir des arcs et des flèches comme le feraient les Amazones et appuyer les hommes » dans leur combat contre l’ennemi. »

« Le philosophe déclare savoir « à n’en pas douter qu’aujourd’hui même il y a aux environs du Pont [nom donné à une région englobant la Scythie, ndlr] un nombre prodigieux de femmes appelées Sauromates [nom donné aux peuples nomades des steppes, ndlr] qui s’exercent ni plus ni moins que les hommes, non seulement à monter à cheval, mais à tirer de l’arc et à manier toute sorte d’armes. » Avant de poursuivre, « il n’y a rien de plus insensé que l’usage reçu dans notre Grèce, en vertu duquel les femmes et les hommes ne s’appliquent pas tous et de toutes leurs forces et de concert aux mêmes exercices. »

« Comme l’affirme Platon, ce type de coopération mutuelle et de formation paritaire est inhérent à la réussite d’une société. Pour le philosophe, il est tout bonnement « insensé » qu’un État puisse songer à faire autrement, car sans la participation des femmes, « un État n’est que la moitié de ce qu’il serait, si tous avaient mêmes travaux et contribuaient également aux charges publiques. » Platon établit un parallèle entre, d’un côté, cette approche inclusive et égalitaire et, de l’autre, la célèbre capacité des archers scythes à décocher leurs flèches « indifféremment des deux mains ». Une telle ambidextrie est cruciale dans les combats à l’arc ou au javelot et pour Platon, chaque garçon et chaque fille devraient prétendre en grandissant à utiliser leurs deux mains avec la même dextérité.

Les femmes scythes, déclarait Platon, ont démontré qu’il était possible et bénéfique pour un État de décider qu’en « éducation et tout autre domaine, les femmes devaient pouvoir être sur un pied d’égalité avec les hommes et suivre le même mode de vie qu’eux. »

« L’égalité entre hommes et femmes était un concept déconcertant pour les Grecs de l’antiquité, mais ils aimaient l’explorer à travers les mythes, l’art, le théâtre et la philosophie. Ainsi, Athènes a vu naître des idéaux démocratiques prônant l’égalité et bon nombre de dramaturges mettaient en scène des femmes fortes et indépendantes dans leurs pièces. Les innombrables mythes au sujet des Amazones ont offert aux hommes et femmes de l’époque une échappatoire pour imaginer l’égalité entre les sexes. »

« Le noyau commun à la plupart des légendes au sujet des Amazones semble être l’éternelle recherche d’une relation harmonieuse et équilibrée entre l’homme et la femme ; une lutte universelle et intemporelle. Leurs récits laissent toujours apparaître la possibilité d’une égalité des sexes, mais ce qui était possible hier l’est encore aujourd’hui. »

Adrienne Mayor pour National Geographic

L’article entier : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2020/06/mythologie-les-fieres-amazones-ont-bel-et-bien-existe

Source photographies : Pinterest

Jaskiers

Kurt Cobain écrivain ?

Interviewer : Tu mentionne la lecture. Appartiens-tu à cette nouvelle génération de groupes hardcore intellos qui s’inspirent de bouquin ?

Kurt Cobain : Je lisais beaucoup plus que maintenant. Certains livres m’ont marqué, mais je me base sur mes propres expériences, sur des histoires qui me sont arrivés ou que j’invente. Je me considère plutôt comme un écrivain – à ma manière et à mon échelle – au service de la musique.

-Interview par Renaud Montfourny fin 1991-

Source : Les Inrockuptibles : special Neverminds – Juin 2021 –

William Burroughs et Kurt Cobain

Est-si Kurt Cobain avait arrêté le rock pour l’écriture ?

D’un point de vue purement personnel, j’aurai pu le voir devenir un écrivain.

Il tenait un journal depuis très jeune, écrivait les paroles de ses chansons, idolâtrait le monument de la Beat Generation William Burroughs et était un avide lecteur.

Son journal intime, du moins une petite partie publiée, montre un certain talent et surtout beaucoup de chose à exprimer. Krist Novoselic dit dans le documentaire dédié à Kurt, Montage of Heck, que Cobain avait un incessant besoin de s’exprimer par l’art. L’écriture aurait pu être un excellent moyen pour Kurt de s’exprimer et de marquer encore plus de son empreinte sa génération sans s’exposer à la vie frénétique et usante de rockstar.

Dans sa lettre de suicide, il mentionne que performer sur scène ne lui procurait plus la sensation qu’il aimait tant. La musique, du moins performer sur scène, semblait avoir quitter son horizon artistique et ne plus contenter son besoin de s’exprimer.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec Jim Morrison. Morrison est mort à Paris, mais que faisait-il dans la ville lumière , allait-il continuer la musique ?

Dans une de ses dernières interview, Jim mentionnait que faire du rock à 27 ans, c’était déjà trop vieux. Il semblait vouloir passer à autre chose. Il était un grand poète, son projet était, selon certains et aux vues des preuves réunies, qu’il voulait devenir écrivain.

Dans la ville lumière, ce n’était pas gagné. D’autant que les Doors n’était pas encore vraiment connus à cette époque en Europe. Ce n’était point la même époque qu’aujourd’hui où grâce à Internet, l’information circule à une vitesse ahurissante. Sa notoriété était à construire.

Accompagné de sa grande amie et cinéaste française Agnès Varda, l’objectif du frontman de The Doors était d’écrire, des poèmes et des romans. Entamer (ou continuer ?) un projet artistique qui semblait lui convenir parfaitement.

Jim Morrison et Agnès Varda

Malheureusement, nous savons comment la jeune vie de Jim a terminé.

Je trouve, comme écrit plus haut, des similitudes entre ces deux monstres de la musique américaine. Leurs vies, leurs démons, leurs arts, leurs personnalités semblent converger.

J’ai trouvé ce petit bout d’interview très intéressant dans Les Inrockuptibles spécial Nevermind. J’ai eu envie de le partagez et d’en parler un peu.

Kurt et son journal

Le lien est fait, deux poètes, deux amoureux de littérature (la chambre de Jim Morrison à Los Angeles était remplie de livres à tel point qu’on ne pouvait y circuler convenablement.)

Je suis persuadé que Kurt et Jim auraient pu produire des livres intéressants. Donnant aux lecteurs une dose de génie créatif, chacun à leurs manières. Apporter une nouveauté dans le monde littéraire américain voir mondial. Ils auraient apporté leur propre style et marquer de leur talent le monde littéraire américain. Du moins l’auraient-ils secoué !

Photo-montage trouvé sur Pinterest.

N’oublions pas qu’un certain Bob Dylan a remporté le prix Nobel de littérature !

Dylan, musicien et poète s’est avéré être un excellent écrivain, voir son autobiographie Chronique Volume I.

On ne peut que supposé les talents d’écrivain potentiel d’un Cobain. Je n’en doute pas personnellement.

Malheureusement, il n’y aura aucune réponse à cette question. Ou comme le chante Bob Dylan :

Jaskiers

Random access photography #2

Another brick in the… door ?

Voici quelques clichés prit durant mes pérégrinations et mon quotidien. Pour changer un peu des livres !

Basilique
Le Calvaire
Roméo, mon fidèle partenaire de lecture, et moi, nous apprêtant à lire une nouvelle inédite d’Ernest Hemingway – La poursuite comme bonheur dans le dernier numéro d’America. Pour la petite histoire, ou la grande, cette nouvelle a été retrouvé par le petit fils d’Hemingway, Sean, l’année dernière !
J’ai profité des soldes ! Je rêvais, vraiment, d’une paire de Timberland, et j’en suis devenu foutrement amoureux ! À moi l’aventure ! (En arrière plan, la boîte du dessus contient tous les livres que je n’ai pas encore lu…)
Jeanne d’Arc et le Soleil qui se prépare à céder sa place à la Lune
Jeanne d’Arc #2
Jeanne d’Arc #3
Quelqu’un sait quel est le nom de cet arbre ?
La basilique avec l’ombre de Jeanne d’Arc projetée.
Une partie de Rouen s’apprête à se coucher.
Roméo en pleine course !
Roméo au milieu de ses fleurs favorites, les Pâquerettes. Il les aiment tellement qu’il les mangent !
Roméo adore les bouchons. Clown ou cochon ?
New-York ? Non Barentin !
Mesdames/Messieurs, permettez moi de vous présenter le Pussy Van. Ce n’est pas le Pussy Wagon de Kill Bill ! Honnêtement, je ne sais pas à quoi il sert. J’ai bien une petite idée mais je la garde pour moi. Sacré Normandie !
Le calme avant…
La tempête !
C’est un débarquement ! On est en Normandie donc ne soyez pas surpris !
Pourquoi les canards aiment montrer leur arrière-train ? Encore une question pour vous !
Et bon appétit bien sûr !
Petit canard tout mignon deviendra fort !
Roméo a couru après quelques canards plus gros que lui ! Et il faisait chaud comme nous pouvons le remarquer !
Couleurs d’été
Je sais qu’il y a des experts en fleurs par ici, une poignée de photos pour vous. Si vous avez le temps, partagez avec nous leurs noms !
La Lune était déjà de sortie !
Des amis d’Edgar Allan Poe nous surveillent. Ils guettent le port du masque et bientôt ils nous demanderont notre pass sanitaire !
Palais des expositions ?
La cathédrale de Rouen. Super original Jaskier ! Ce n’est pas comme si 20 personnes par minutes la photographient aussi !
Bon dimanche à vous les ami(e)s ! Roméo s’endort pendant la lecture, sauf quand je lui lis Croc-Blanc ou L’appel de la forêt de Jack London.

Jaskiers

L’épopée de Christopher McCandless en trois ouvrages

Si il y a une histoire qui a accroché ma curiosité, c’est bien celle là.

Un jeune homme issu d’un milieu aisé décide de tout quitter pour vivre son aventure. Avec comme inspiration Jack London , Guerre et Paix de Tolstoï et les œuvres de Thoreau, la vie devant lui, l’aventure comme présent. La mort pour dernier compagnon de solitude.

Into the Wild par Jon Krakauer

Quatrième de couverture :

Toujours plus loin. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. Après deux années d’errances sur les routes du Sud et de l’Ouest américain, il rencontre son destin (à vingt-quatre ans) au cœur des forêts de l’Alaska. Un parcours telle une étoile filante dans la nuit froide du Grand Nord.

« C’est un voyage à travers une Amérique très petite et très grande, à travers des paysages aussi beaux que les avait rêvés un jeune homme qui prit juste le temps de les atteindre. C’est un voyage absurde et exaltant, qui commence par un geste de folle liberté et s’achève par une mort de haute solitude. Bref, c’est une histoire. Et elle a le mérite et la tristesse d’être vraie. »

Daniele Heymann – Marianne

Qui était Christopher McCandless, AKA Alex Supertramp ?

Pourquoi est-il parti à la conquête de l’Ouest Américain ?

Pourquoi a t’il quitté Atlanta, sa famille, ses amis, pour l’aventure ?

Pourquoi partir, sans le savoir, à sa mort, lui, le très bon élève et travailleur qu’il était ?

La famille et ses secrets l’ont-ils poussé à partir ?

La solitude, c’est se que Chris semblait chercher en premier. Bien qu’il faisait comprendre à ses rencontre de voyage qu’il ne voulait pas de leur amitié, il attirait les gens comme un aimant. Intelligent, éloquent, amical (!) et travailleur, ce sont les termes par lesquelles ceux qui l’ont croisés le décrivent.

Les récits de Jack London dans la tête, la philosophie d’un Thoreau dans l’esprit, il partit pour l’Ouest.

Rencontres, escapades, risques, amitiés et surtout Liberté et Nature.

L’auteur nous présente Christopher grâce à ses proches, aux gens qu’il a rencontré, qui l’ont aidés et aimés. En saupoudrant son récit de ses propres expériences d’alpinismes et d’aventuriers ayant trouvé la mort sur le chemin de leurs espoirs et de leurs rêve, Krakauer essaie de comprendre la mentalité de McCandless, sa motivation, sa philosophie, son but, ses réflexions, sa mentalité. La mort du jeune Christopher semble le hanter, sans qu’il le dise. Pourquoi est-il mort ? Comment ?

Nous suivons avec lui son enquête et ses réflexions sur l’aventure tragique de Alex Supetramp. Jon Krakauer fera un énorme travail de recherche sur les causes de la mort de Chris. Je ne divulguerai pas le fruit de son travail acharné ici. Krakauer a voulu donner au lecteur la possibilité de savoir qui était Chris, pourquoi il était parti, pourquoi l’Alaska, sans jamais l’influencer. Exercice remarquable. À nous de nous faire notre propre avis sur le jeune homme qui finira son aventure dans un bus utilisé comme refuge par les randonneurs, chasseurs, alpinistes et autres aventuriers.

Encore une fois, après avoir été marqué par le récit des miraculés des Andes, j’ai appris que la nature n’avait aucune pitié pour l’Homme. Non prépare, non équipé, non instruit correctement, l’humain ne semble pas pouvoir survivre, seul, en pleine nature.

Cette réflexion est de moi, nous construisons des grattes-ciel, allons dans l’espace, opérons à cœur ouvert. Tous cela, nous le faisons avec succès car nous avons besoin des autres, d’un environnement contrôlé, connus. Sauf que nous sommes loin de tout savoir et de tout comprendre de la nature, de ses lois dures et cruelles.

Quand nous viens le temps d’être seul, face à nous, la tâche semble plus ardu, l’Homme est un animal sociable. Nous avons survécu ensemble.

Mais que se passerait-il si vous, cher(e) lecteur, était plongé à l’instant même au milieu d’une chaîne de montagne, au sommet d’un glacier, sur un radeau au milieu de la mer, au beau milieu d’une dense forêt ?

Pour mon compte, la solitude ne me trouble pas tant que ça, le problème serai la survie. Je n’ai pas les connaissances, ni les techniques et les capacités de survivre dans la nature. J’ai été élevé comme tout occidentaux, je sais remplir un chèque, passer un coup de téléphone, conduire, prendre le bus… Par contre, je n’ai pas appris survivre. Nous n’avons pas appris à survivre dans la nature à l’école car nous sommes censés rentrer dans le moule de la société, être des gens productifs, dans la normale, faire de l’argent de ne pas faire de vague. Sauf que certains ne rentrent pas dans se moule, ou feintent d’y avoir été modelé. Comme je l’ai déjà dis dans de précédents articles, nous sommes qui nous sommes, et n’avons pas à nous excuser de ne pas faire comme Monsieur tout-le-monde.

Je me pose donc la question, sommes-nous perdu face à la nature, quant est-il de notre instinct de survie ?

Sédentarité est devenu synonyme de normalité, nous vivons plus longtemps comme cela, dans de meilleurs conditions, avec plus de sécurité, entouré de nos proches. L’instinct de survie est encagé et poussé en arrière plan de notre cerveau car tout, ou presque, est sous notre contrôle.

Le livre nous rapporte les critiques dont a été la cible Chris après sa mort. Chacun son avis.

Le problème est que nous jugeons trop sévèrement ceux qui préfèrent la solitude, ceux qui préfèrent affronter l’incertitude du lendemain, ceux qui partent pour l’aventure. Nous avons chacun notre chemin, est-il déjà tracé d’avance ? Qui le sait ? Vivons comme nous l’entendons, du moment que personne n’en souffre. Jugeons moins, cherchons à comprendre plus.

Christopher McCandless, posant devant le bus où il mourra de faim.
Christopher posant devant sa caméra pour sa toute dernière photo. Il tient en main sa note d’adieu : J’ai eu une vie heureuse, merci Seigneur. Au revoir et que Dieu vous bénisse tous !
Lettre retrouvée par des randonneurs sur le bus où ils trouveront le corps sans vie de Chris une dizaine de jours après sa mort : Attention possible visiteurs S.O.S J’ai besoin de votre aide. Je suis blessé, près de mourrir, trop faible pour partir d’ici. Je suis tous seul. Ce n’est pas une blague. Au nom de Dieu, s’il vous plaît, restez et sauvez moi. Je suis dehors en train de cueillir des baies pas très loin et je devrai revenir se soir, Merci. Chris McCandless. Août ?

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Into the wild. L’histoire de mon frère par Carine McCandless

Quatrième de couverture :

Au mois d’avril 1992, Christopher McCandless décide de s’enfuir pour voyager à travers l’Amérique. Pendant deux ans, il va errer avant de s’installer au cœur de l’Alaska. Il ne survivra pas à cette retraite sauvage et mourra seul dans un bus désaffecté. Son aventure, relatée par Jon Krakauer dans Into the Wild, deviendra un best-seller mondial et sera adapté au cinéma par Sean Penn. Plus de vingt ans après la mort de Chris, Carine, sa sœur et sa plus proche confidente, revient sur leur jeunesse dans une famille instable, à l’ombre d’un père manipulateur. Convaincue que seule la vérité permet de dépasser la douleur, elle a choisi de dévoiler ce qui a poussé son frère à se retirer du monde.

« Carine McCandless publie un témoignage bouleversant. » – Anne Seften – Grazia

Préface de Jon Krakauer.

À la lecture de l’introduction, j’ai été surpris. Le livre ne racontera pas que de belles choses, loin de là. Dès l’introduction, nous apprenons que nous allons lire un livre dur, un livre sur la maltraitance et sur la violence au sein d’une famille dont les secrets sont nombreux. Des parents alcoolisés et drogués. Une enfance face à la bêtise du monde adulte, que Carine affrontera avec son grand frère, Christopher.

C’est aussi le combat d’une jeune femme, conseillée par un psychologue de partir le plus vite possible du domicile familial. Un combat pour son indépendance, contre la violence conjugale, contre les malheurs et les défis que lui impose la vie. Jamais elle ne baisse les bras, se battant dans un monde de l’entreprise sexiste, trouvant la force et l’énergie de pardonner pour être trahis presque à chaque fois, surtout, pour révéler la vérité sur le passé douloureux que son frère et elle ont affrontés contre des parents manipulateurs, envieux.

Ce livre est une libération pour Carine, faire éclaté la vérité, sur son enfance et celle de son frère et rechercher le pouvoir de pardonner et de vivre malgré tout.

C’est aussi la rencontre avec le monde du cinéma, avec Sean Penn. Ce sera pour la suite de l’article.

Carine McCandless sur la piste Stampede, menant au fameux bus, emprunté par son frère Christopher lors de son ultime voyage. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless sur la même chaise où son frère a pris son auto-portrait lors de son aventure. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless posant devant le bus où son frère vivra et mourra de faim. Elle a créé avec des cailloux le mot « Truth », vérité, en français. Source : CarineMcCandless.com

Extrait :

Si notre mère avait eu davantage confiance en ses capacités, elle aurait pu accomplir n’importe quoi – y compris se rebeller. Malgré tous ses diplômes et son expérience, notre père n’en serait jamais arrivé là sans elle. J’ai appris très tôt à identifier un salaud narcissique et autoritaire, et je me suis juré de ne pas tolérer se genre de comportement quand je serais en âge de donner mon avis.

Into the Wild par Sean Penn

Synopsis

D’après une histoire vraie

Christopher McCandless a 22 ans, de brillant diplôme et une vie qui semble déjà toute tracée. Le jeune homme a pourtant bien d’autres routes dans le sang. Animé par une soif d’absolu et de liberté sans limite, il plaque tout du jour au lendemain pour partir à l’aventure.

Des champs de blé du Dakota aux flots déchaînés du Colorado, en passant par les déserts de Californie, Christopher croise des hommes et des femmes qui façonnent sa vision de la vie.

Au bout du voyage, le choc avec la Nature brute : l’Alaska.

Le film est un bon condensé des deux ouvrages, esthétiquement plus basé sur le livre de Krakauer, mais la voix de Carine, sa sœur nous accompagne au long de son aventure en nous informant, parallèlement à l’aventure de son frère, ses sentiments et ceux de ses parents.

Le film est magnifique, les décors à couper le souffle. Emile Hirsch est impressionnant, sa transformation physique, surtout à la fin, est déroutante tellement la ressemblance est forte. La bande son créé par Eddie Vedder (le frontman de Pearl Jam) ajoute se côté poétique, avec des mélodies typées folk et country.

Le film suit avec scrupules le travail d’enquêteur qu’a fais le journaliste et écrivain Jon Krakauer. Lisez le livre avant, et celui de sa sœur, tout aussi important.

Carine McCandless avec Emile Hirsch, l’acteur qui joue son frère dans le film. Source : CarineMcCandless.com
Jon Krakauer, l’auteur de Into the Wild, Carine McCandless et Sean Penn, réalisateur et scénariste du film. Source : CarineMcCandless.com
Carine McCandless avec Eddie Vedder, du groupe Pearl Jam, qui signe la bande originale du film. Source : CarineMcCandless.com

Je ressors de cet aventure avec Christopher, non pas changé, du moins pas complètement, mais avec une philosophie différente, sur la vie, son sens. La quête de vérité, entamée de manière différente par Christopher et Carine m’a amener à me conforter dans ma position. La vérité quoiqu’il en coûte. Sinon se taire. Qui ne dit mot consent, selon votre philosophie, je dirai qui ne dit mots garde ce qu’il veut garder.

Quel besoin les gens ont d’attendre de nous de nous justifier sur nos choix de vie ? Les chemins sont différents comme les envies. Chaque chemin représente une envie. Cette envie s’explique ou ne s’explique pas. Nous sommes libres. Si ce n’est physiquement, soyons le mentalement.

Que nous restera t-il à la fin, regrets ou comblé ? Chacun ses choix, et que vos vies reflètent vos envies. L’ambition c’est beau comme mot. Qu’il évolue en action est encore plus beau.

Les risques peuvent être énorme, mais chaque jour nous en prenons. Vous mettez votre vie en danger (et celle des autres aussi) rien qu’en conduisant, en traversant la route. Il faut relativiser certes, mais à trop réfléchir on avance pas. Dans votre voiture vous ne pensez pas à l’accident, la pensée est dans un coin de votre tête, mais vous avancez.

Peut-être la vie est-elle pareille. Ne pas trop réfléchir. Ou trouver le juste milieu. Et tant qu’à faire, on est jamais trop vieux pour réaliser un rêve, et se battre pour la vérité, la notre, et l’amour, à partager car au final, l’amour et la base de tout, peut-être le plus puissant atout que l’être humain peut avoir, avec le libre arbitre.

Le lien de fraternité entre Carine et son frère Alexandre et celui de mon propre vécu c’est fait en moi, j’ai compris facilement où voulait en venir Carine. Connaissant son frère mieux que quiconque, elle a décidé de parler en son nom. Son deuil est passé par l’écriture et le cinéma. A t’elle réussis à le faire ? Je ne le sais pas, cela ne nous regarde peut-être pas. En tous cas, le lien fraternel n’a pas été rompu, car Carine semble avoir fais revivre son frère, le monde entier connaît son histoire, il est immortel grâce à elle et à nous.

Une expérience que vous devriez faire. Les fesses sur votre canapé, lisez et regardez. On ne sais pas se que ces œuvres pourraient vous apportez, mais je peux vous dire qu’il chamboulera ne serait-ce qu’un peu votre vie, votre philosophie et votre manière de penser.

On peut braver les lois humaines, mais non résister aux lois de la nature.

Vingt mille lieues sous les mers (1870), Jules Verne

Jaskiers