Vive, lumière !

« – C’était ici ! Dit Jacquot au journaliste.

  • Donc ça s’est passé ici ?
  • Ouai…
  • C’est vous qui l’avez trouvé ?
  • Ouai…
  • Et… comment… qu’est-ce que vous avez ressentis ?
  • Bah… voyez… enfin… c’pas drôle. »

Le journaliste hocha légèrement la tête en signe d’acquiescement ou de sympathie.

Pourquoi je dois me coltiner ces reportages merde !

« -Enfin j’l’ai pas vu au début voyez.

  • Ah, comment ça ?
  • Bah, j’le cherchais partout l’Claude, j’ai cherché chez lui, dans l’étable à côté d’sa maison, dans la grange, j’ai passé au peigne fin ses deux champs, c’te vielle bâtisse j’y étais jamais aller.
  • Et… quand vous passiez du temps avec lui il ne vous en avez jamais parler ?
  • Oh si ! Y’m’disait que ça servait plus à rien depuis l’époque de son grand père d’ja c’te vielle bâtisse. Il voulait l’abattre d’ailleurs car ça prenait d’la place dans son champs.
  • D’accords. »

Le journaliste écrivait sur son calepin.

« -Comme s’qu’on vois à la télé !

  • Pardon ?
  • Z’ecrivez dans un calepin comme à la télé !
  • Ah oui, je suis de la vielle époque.
  • Z’etes jeune pourtant !
  • Oh oui, mais la technologie est bien utile, sauf quand elle vous lâche !
  • Ah ça moi j’ai pas c’probleme m’sieur, ah non ! L’ordinateur, internet machin chouette non non. Vous les jeunes vous avez grandis avec ça mais pas nous !
  • La technologie c’est pas mal, enfin quand ça fonctionne !
  • Ouai sûrement. Mais regardes moi, mon tracteur John Deere, il a une petite panne, paf je le répare en moins d’deux !
  • Moi, changer une roue c’est tout c’que je peux faire.
  • Chacun ses trucs !
  • Exactement. »

Le paysans regardait en l’air, en direction de la poutre, voyait-il un fantôme ?

« – Donc vous me disiez que vous ne l’aviez pas vu tout de suite ?

  • Nan, je connaissais pas la bâtisse, jamais entré d’dans.
  • Vous êtes entré, au rez-de-chaussée, personne ?
  • Bah ouai, personne, mais j’ai senti tout de suite que quelque chose n’allait pas, la poussière, quelqu’un était entré là dedans quoi.
  • Vous l’avez appelé ?
  • Ouai, j’ai fais ‘Claude’ mais rien, mais j’avais une impression bizarre vous voyez, j’devais monter à l’étage.
  • D’accord. Et une fois à l’étage ?
  • Bah y’a c’te porte juste après les escaliers là, par laquelle on vient de rentrer mais elle était fermée à clé.
  • Ah, et vous vous êtes dit qu’il devait être là dedans.
  • C’était le dernière endroit où j’pouvais vérifier.
  • Vous avez forcé la porte ?
  • Ouai, regardez, c’était un vieux loquet comme dans l’temps, pas très solide.
  • D’accord, vous avez peiné ?
  • Bah, j’me fais vieux mais agriculteur sa conserve. »

Un silence s’installa après le dernière parole de l’agriculteur.

« – Donc vous ouvrez, et là vous le voyez ?

  • Nan pas tout d’suite voyez y fait noir sans lumière. Donc moi bah je tâtonne sur le mur à gauche de la porte et coup de chance, si j’puis dire, un vieil interrupteur et ça s’allume.
  • Et là…
  • Ouai là… bah v’la mon Claude quoi.
  • Il était, pendu à cette poutre là ?
  • Ouai celle là juste derrière vous. »

L’agriculteur, les yeux humides et la voix légèrement sanglotante, ajouta :

« S’avez, ça m’étonne même pu… pas le premier ami qui se suicide… s’avez… agriculteur nous… bah on nourris les gens mais on a plus rien dans nos assiettes. »

Le journaliste referma son calepin.

J’écrirai mon article, il sera publié et rien ne changera.

Je dédie ce récit aux agriculteurs de l’Allier et de l’Auvergne, que j’ai eu la chance de côtoyer pendant plus de 10 ans.

« Les agriculteurs se suicident plus que le reste de la population. Selon les données les plus récentes de la sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été dénombrés en 2016 parmi les 1,6 million d’assurés du régime agricole âgés d’au moins 15 ans. » Source : -> https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/23/suicides-chez-les-agriculteurs-le-gouvernement-lance-une-mobilisation-collective_6103324_3224.html

Jaskiers

Il y a des choses inexplicables dans les forêts de l’Allier

[Avertissement : ce texte fait presque 4 000 mots, lisez-le à votre rythme. Je n’ai pas trouvé judicieux de le diviser en chapitre]

Fiction

Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! – Avertissement d’un vieille homme rencontré un soir dans le bar de mon village.

C’était un de ces été chaud, sec, étouffant que nous avions dans notre petit village de l’Allier. Un été où aucun de mes amis ne partaient en vacance. Les vacances, pour nous, étaient un temps pour tous nous réunir, jouer au foot, vagabonder dans le village, faire la fête.

Je me rappelle de cette curieuse semaine, plus qu’aucune autre, de cet été là.

Après une partie de football toujours âprement disputée, nous avions décidé de réunir notre argent pour aller à la supérette du village, à l’autre bout de celle-ci. Nous avions à faire 20 minutes de marches. En plein caniard. Rien ne pouvait arrêter nos matchs de foot, on était jeunes et le petit stade multisport, que le maire nous avez gracieusement offert, était notre point de rendez-vous.

Le seul problème, c’était de pouvoir manger et se rafraîchir. Les magasins du bourg, à quelque pas du stade, avaient, pour la plupart, fermés. Écrasés par la concurrence de la supérette d’une grande marque, à l’entrée du village. Il nous fallait traverser notre patelin pour pouvoir nous acheter de l’eau et quelques gâteaux pour étancher notre soif, terrible, et notre faim, ou disons, pour être honnête, notre gourmandise.

Ce jour-là était comme tous les autres. Nous marchions à travers le bourg et les rues. La chaleur nous écrasait mais nous étions ensemble, le trajet semble toujours moins long quand nous sommes accompagnés d’amis.

Après avoir atteint notre destination, mettant les maigres contenus de nos porte-monnaies en commun, nous achetâmes de l’eau et des gâteaux apéro de sous-marques, nous étions ressorti fauchés comme les blés. Le magasin avait le monopole des biens et en profitait pour imposer des prix exorbitants.

Le meilleur moment, pour nous, aller arriver. Manger et boire ! Manger et boire en société !

Il nous fallait décider où nous devrions aller pour déguster notre pique-nique. C’était toujours une décision sujette à débat. Manger sur le parking ? Non ça craint ! Retourner au stade ? L’eau serait déjà chaude à notre arrivée.

Et si nous allions dans ce champs, de l’autre côté de la rue ? Cette idée nous plut. Ce champs était juste de l’autre côté de la rue, il était immense.

Il devait bien faire 300 mètres carrés, il est difficile de juger de la dimension d’un champ à vu d’œil. Il n’y a rien, pas un repère, pour pouvoir estimer la dimension d’un champ.

Au nord, le champ était fermé naturellement par une forêt qui menait jusqu’à l’Allier (mais ça, nous ne le savions pas encore). Au sud-est, une petit mare, ou un point d’eau, entourée de roseaux et à moitié couvert part un vieil arbre desséché, noueux et qui semblait agoniser malgré l’eau à ses racines. Au sud, se trouvait une toute petite maison, disons une cabane qui ne dit pas son nom, pas plus grande qu’une chambre d’appartement où une cuisine, installé au bord du champ, un côté sur la chaussée, comme toute les maisons, et un côté donnant sur l’immense champ. Curieuse chose, que cette maison. Une porte donnant sur la rue, une autre sur le champ. Elle avait l’air d’une maison à une seule pièce et non pas d’une grange ou à tout autre bâtiment de paysans. Deux fenêtre seulement, là aussi, une donnant sur la rue, l’autre sur le champs. Les volets en bois étaient fermés, un panneau publicitaire indiquant le supermarché était accroché à l’une de ses façades.

Il nous fallait donc trouver un passage dans le vieux grillage qui clôturait le tout. Nous étions jeunes, un grillage n’allait pas nous empêcher d’entrer dans ce champs et de nous trouver une place à l’ombre près du point d’eau, sous l’arbre tordu et asséché qui semblait le gardien de cette petite mare.

Nous avions décidé de rentrer par le côté est, ou se trouvait le point d’eau. Nous décidâmes de tasser le grillage. Le but n’était pas de le défoncer, de causer du tort. Nous devions juste le plier assez pour pouvoir l’enjamber. Ce que nous fîmes. Évidemment, cela a endommagé le grillage, encore aujourd’hui, si un jour vous passer par là, vous verrez une partie de ce grillagée affaissée. Nous avons marqué notre passage, notre œuvre. Mais je vous déconseille de suivre nos pas, d’entrer dans ce champs. Car ce que nous y avons vus, vécus, ressentis, nous a laissé perplexe et tellement apeuré que nous n’osâmes plus en parler depuis. Même après plus d’une décennie. Chaque questions que nous nous posâmes après ces événements n’amenaient à aucunes réponses, pire, elles amenaient plus de questions.

Voici notre expérience, véridique, qui nous a marquée, et qui nous hante encore. Si vous vous y risquez, j’espère pour vous que ce que nous avons observé n’est plus.

Nous enjambâmes donc le grillage, ruisselant de sueurs. Le point d’eau était à une vingtaines de mètres, et ces derniers mètres semblaient interminables tant notre soif nous taraudait. Le champ n’était bien sûr pas un gazon de stade de football. Nous manquions nous briser les chevilles à chaque pas, nous fatiguant encore plus. Nous étions silencieux, excepté nos plaintes : « putain j’ai soif ».

Nous arrivâmes au point d’eau pour réaliser que la terre et l’herbe autour était humide. Une découverte surprenante, mais somme toute logique. La nature a ses règles. En pleine canicule, elle peut conserver une petite mare grâce aux ombres des roseaux et des feuilles d’un arbre. Croyez le ou non, mais j’avais l’impression de sentir un brise fraîche, comme lorsque vous êtes au bord d’un cours d’eau important ou sur une plage. Certes pas si puissantes qu’une brise marine, mais aujourd’hui encore quand j’ai l’opportunité de marcher sur une plage, ce vent frais de la mer me rappelle ce petit trou d’eau au milieu d’un champ de l’Allier. La nature est vivante.

Nous trouvâmes une toute petite place sous l’arbre dont l’écorce était noire et sèche. Certains d’entre nous avaient plus de chance que d’autres question ombre. Nous ne patientâmes point pour boire toute notre eau, mais la faim ne nous taraudait pas, ou plus, car nous avions bu tellement d’eau en si peu de temps que boire nous avait désaltéré et rempli l’estomac, nous n’avions plus de place pour les quelques gâteaux apéritifs, qui d’ailleurs donne soif tellement ils étaient salés.

Bien que certains avaient vécus dans notre village depuis tout petits, aucun de nous n’avait jamais songé explorer cet endroit. Nous regardâmes la petite maison qui était en face de nous, et nous nous posâmes des questions sur sa présence. Comme je l’ai écrit plus haut, c’était une maison, pas une cabane, quelqu’un aurait pu habiter ici, bien qu’elle ne fut pas plus grande qu’une chambre d’appartement lambdas. Nous imaginâmes l’intérieur, qu’est ce qu’il pouvait bien y avoir là-dedans ? Jamais personne n’avait vu ses volets ouverts ou quelqu’un y mettre les pieds et pourtant, elle se situait sur le trottoir juste en face de la supérette du village. Nous pensâmes que le toit était peut-être habitable, encore une fois, c’était une maison miniature avec pignon ! Un petite mansarde, ou en tous cas une fenêtre de mansarde, était présente sur la face du toit donnant sur le champ. C’était la première fois que nous y faisions attention. Un petit luxe car les maisons habituelles du village n’avaient pas toutes, loin de là, des mansardes.

On s’imaginait qu’un jour, on achèterait cette maisonnette pour en faire notre repère, une sorte de club secret. On travaillerait dur pour construire une piscine, en gardant bien sur ce point d’eau magique que nous appelions « Oasis ». Des projets de jeunesses fous, comme tout projets de jeunesses. Mais à la différence des projets d’adultes, ils nous étaient autorisé de rêver.

Évidemment, étant une bande d’adolescents, des blagues scabreuses sortaient de nos bouches de temps à autres. L’un de nous voulez y faire une garçonnière, il pourrait y amener ses nombreuses maîtresses quand il serait marié. C’était parfois cru, mais on rigolait, nous n’avions que ça à faire après tout, rire. Pas d’impôts à payer, pas de patrons, pas de responsabilités.

Un flash de lumière provenant de la mansarde me surprit. Quand j’avertissais mes amis, j’eu le droit à des regards moqueurs « T’es sur que y’avait que de l’eau dans les bouteilles ?! ». Je répondis qu’on avait tous bu dans les mêmes bouteilles, je leur demandais de regarder la toute petite fenêtre du toit, et d’attendre.

Flash ! Un autre ! Tous furent surpris. J’avais l’habitude de sortir des trucs bizarres mais là, c’était vrai !

« – C’est un flash de photo ?!

  • Ça peut-être que ça !
  • C’est peut-être le reflet du soleil sur les voitures quand elles passent…
  • Ou bien, c’est un code en morse nous demandant de l’aide ! »

Quand j’eu dis cela, ils me regardèrent, tétanisés.

« – T’as toujours des idées bizarres !

  • C’est moi qu’est bizarre ? Quelqu’un joue avec une lampe torche plutôt puissante ou un flash dans une maisonnette abandonnée ! Tout les scénarios sont possibles ! »

Je vous avais dis que nous étions des adolescent à l’humour scabreuse non ? Vous ne serez pas surpris d’apprendre que l’un de mes amis baissa son pantalon pour offrir à la personne à l’intérieur de la maison une vision de son anus. Et j’avouerai que j’ai bien rigolé, on a tous bien rigolé.

Le flash se déclencha encore et encore, sans rythme spécifique. Ils étaient… erratiques.

«  – Tu connais le morse ?

  • Non pas du tout. »

Mon idée avait faite son chemin dans leurs têtes. J’avais dis cela sans vraiment être sérieux, mais il fallait avouer que quelqu’un essayait de communiquer avec nous.

Mon ami « sans culotte » remit son pantalon et décida de poser comme un mannequin, nous rigolâmes, décidâmes de le rejoindre en assénant des « T’aimes ça hein pervers ! » à la source des flash. Nous balançâmes évidemment quelques insultes et doigts d’honneurs.

Les flash ne s’arrêtaient pas.

« – Imaginez, ça se trouve c’est une planque de flic !

  • Hein ?
  • Bah ouai, à côté de la route, à la sortie du village, à l’endroit où il y a le plus de trafic ! »

J’avais encore lancé une de mes idées bizarres. On me regardait, stupéfaits

« – Ça se trouve ils sont en planques, ils attendent un deal de drogue et ils pensent que c’est nous les truands ! »

J’adorai voir sur leurs visages le doute s’installer. Je ne croyais pas un mot de ce que je disais, j’étais aussi confus qu’eux. Et puis ça pouvait tenir la route « j’ai vu dans 90 minutes enquête, le truc de reportage télé, les flics ils font ça. » J’enfonçais le clou. « Si ça se trouve c’est un appareil qui se déclenche automatiquement quand quelqu’un rentre dans le champ, un truc de sécurité. »

Là, je me faisais peur moi même. Pendant tout ce temps, le flash continuait à émettre sa lumière, par intermittence, irrégulière. Imaginez la puissance que cette chose devait produire ! Nous étions en plein été, aucun nuage, grand soleil, et ce flash de lumière était assez puissant pour laisser ces petites marques sur la rétine, ceux que nous avons quand nous regardons une lumière ou le soleil et clignons des yeux.

Le plus courageux d’entre nous, le Sans-Culotte, décida de s’approcher. Certains protestèrent, d’autres curieux de voir ce qu’il pouvait se produire l’encourageaient. Je faisais partie de ces derniers, trop curieux d’avoir le fin mot de l’histoire.

La maison était à une dizaine de mètres, notre ami s’y dirigeait doucement, comme si il était a l’affût, posant parfois le pied dans un trou, le faisant tituber comme un ivrogne. Nous rigolâmes pendant que les autres lui disaient de revenir. Il était trop loin pour faire demi-tour, c’est ce que je lui disais pour le motiver.

Enfin il arriva à la maison. Le flash venant de la fenêtre du toit, il était impossible pour lui de voir quoi que ce soit, mais il pouvait entendre. Et secrètement, espérai-je, peut-être que quelqu’un sortirait et nous expliquerait qu’elle était ce délire.

Nous regardâmes donc notre camarade qui avait posé son oreille contre le mur de la maison, nous guettions ses expressions, très curieux de voir ce qu’il pouvait bien entendre.

« – T’entends un truc ?

  • Y’a comme un bourdonnement !
  • C’est la zone 51 version auvergnate ! On a filmé ‘La soupe aux choux’ pas loin d’ici ça a dû les attirer.
  • Y’a vraiment juste un bourdonnement.
  • Pas de voix ?
  • Non je crois… pas.
  • Des trucs genre… des bruit de pas ?
  • Peut-être mais le bourdonnement est impressionnant, le mur vibre ! »

Conscient que Sans-Culotte était probablement en train de se foutre de nous, j’avançais dans sa direction, suivit d’un autre ami. Les camarades restaient derrières et nous suppliaient de faire attention, et nous avertirent qu’eux allaient commencer à repartir par là où nous étions arrivés.

À mi-chemin, je ne sais pourquoi, mais je m’arrêta, mon ami aussi. Et nous entendîmes ce cri qui, aujourd’hui encore, me fait frémir ; « Vous êtes trop jeunes, trop jeune pour crever ! »

Inutile de vous dire que nous prîmes nos jambes à nos cous. Nous courions comme des dératés vers le grillage affaissé. Oublié la fatigue, la chaleur, nos provisions. Pas très écolo, mais c’était la dernière chose à laquelle nous pensions, la première était de nous échapper du champ.

Sans-Culotte nous rejoignit au grillage où nous passions chacun notre tour, dans la panique, certains essayèrent d’enjamber ce grillage de leurs propres moyens mais les bouts de ferrailles en pointe à son sommet rendaient l’opération presque impossible. Un y réussis pourtant en s’écorchant les mains et en trouant ses vêtements. De mon côté, j’étais pétrifié, mon cerveau reptilien fixait mes yeux sur la maison. J’attendais mon tour pour passer en n’oubliant pas de lâcher quelques imprécations peu raffinées aux autres qui enjambaient tant bien que mal la partie du grillage que nous avions abîmées. Aucun mouvement dans la maisonnette, à part ce flash qui crépitait.

Je franchissais finalement le grillage en dernier. Nous nous regroupâmes, comme du bétail apeuré, les yeux fixés sur notre probable bourreau, ou plutôt son repère.

D’où nous étions, à l’est, nous n’avions plus de vue sur la fenêtre du toit d’où émanait le flash.

Nous pensions à la vengeance. Nous insultâmes copieusement l’habitant de cette curieuse maison. Tous, nous étions d’accord sur le fait que la voix était celle d’un homme, âgé. Sans-Culotte jurait avoir entendu un rire de femme après l’avertissement du vieillard. Il nous en fallait pas plus pour lâcher de créatives insultes grivoises aux mystérieux hôtes.

Après 10 minutes d’insultes diverses et variés, nous étions fatigués mais notre colère était loin d’être apaisée.

D’un commun accord, un projet germa dans nos petites têtes, un projet accepté à l’unanimité : revenir cette nuit avec des œufs, des crottes de chiens (qui étaient légions dans nos rues à cette époque) et quelques cailloux pour les balancer sur la maison. C’était notre tarif, le prix à payer pour nous avoir fichus la trouille et, surtout, pour nous avoir fais ravaler notre fierté.

Nous rentrâmes chacun chez nous, pas avant d’avoir prévu notre opération : rendez-vous à 23h30 devant chez Sans-Culotte avec chacun quelque chose de substantiel à jeter sur la maison. Nous arriverions devant cette dernière vers 23 h 50. La nuit serait tombée et nous tomberions rapidement sur la maison avec nos projectiles.

Nous passâmes notre soirée à nous envoyer des textos. Chacun demandant l’avis des autres sur le choix des projectiles, d’autres demandant de l’aide pour berner leurs parents qui ne voulaient pas que leurs adolescents sortent si tard. Après tout, nous n’étions que des gamins. Et il s’avéra que les adultes avaient eut raison d’essayer d’interdire à leurs ouailles une sortie champêtre tardive.

L’excitation fit traîner en longueur cette soirée, nous étions tellement pressés d’en découdre ! Mais il nous fallait attendre la nuit. Ce que nous fîmes.

Nous nous rejoignîmes comme prévu devant la maison de Sans-Culotte avec nos sac à dos d’écoles sur les épaules, emplis d’objets et de matière pas très ragoûtantes. Nous craignîmes la police qui rôdait parfois dans le village. Aussi, nous prîmes des routes moins fréquentées.

Plus nous nous approchions de la maison, plus l’angoisse de l’excitation montée. Elle se tourna en terreur à la vue de la scène qui se déroulait sous nos yeux.

Nous nous arrêtâmes net. Des gens étaient réunis autour de la mare. La lune était pleine, heureusement car sans elle, nous serions tombés au beau milieu d’une cérémonie qui n’avait rien d’une fête de village.

Les personnes étaient déguisée, tous affublés d’une sorte de robe noir et encapuchonnés.

« – C’est genre le Ku Kux Klan version française ! Dis-je.

  • C’est une putain de secte ! »

Nous entendions parler et rire. Un d’eux alluma un flambeau, nous vîmes leurs ombres immenses danser sur l’herbe. Les capuches étaient rabattus sur leurs visages ne laissant que la bouche de visible. Puis, nous vîmes une lueur arrivée de la forêt au nord. Nous comprîmes qu’un autre contingent de capuchonnés arrivait. Les deux groupes se firent des signes et s’hélèrent à grand cris, certains imitaient le cri du loup, d’autre sortaient des sortes de borborigmes tonitruants, graves et tout cela raisonnaient dans l’immensité du champ. Certains se mirent à danser, leurs ombres se mélangeaient avec leurs corps, aucun rythme, aucune chorégraphie, ils dansaient comme des pantins désarticulés.

Nous étions à court de mot. Les « putains » et « c’est quoi se bordel » avaient tous fusé de nos bouches.

Le groupe venant de la forêt se fonda dans la masse déjà présente de « païens ». Le silence revint d’un coup, ils ne bougeaient plus.

« – Donc du coup, on leur balance ce qu’on a à ces types au lieu de la maison ?

  • Je pensais même plus à ça !
  • On va peut-être éviter ?
  • Ouai, j’ai pas envie de finir en sacrifice humain à je ne sais quel démon !
  • On les emmerdes, donnez moi des œufs vous aller voir.
  • Mec je suis pas sûr que ce soit vraiment un truc à faire.
  • Tu veux rester là à les observer toute la nuit ?
  • C’est étrange mais oui, je me demande ce qu’ils foutent là, accoutré comme des glands.
  • Si ça se trouve c’est l’amical des chasseurs du village !
  • Ouai imagine si ils sortent les fusils !
  • Bah on court.
  • Fais chier, tu veux vraiment faire ça ? »

À ces mots, Sans-Culotte posa et ouvrit son sac et en sortit un carton de boîte d’œuf, il l’ouvrit, prit un œuf, lui posa un délicat baisé et l’envoya en direction des sectaires.

Nous étions sur le qui-vive, nous voulions voir leurs réactions avant de partir tout de go. Mais nous vîmes dans la lueur de la pleine lune l’œuf s’écraser bien loin du groupe de joyeux lurons déguisés. Et il ne fit aucun bruit. C’était comme si rien n’avait été envoyé.

« – Putain mais t’es vraiment une chèvre !

  • Mec t’es une vraie charrette ! »

Sans-Culotte reprit un œuf et se rapprocha du grillage du champ. Nous ne dîmes rien, trop content que quelqu’un d’autre que nous s’attarde si près d’eux. Nous le vîmes balancer son œuf. La forme sombre de l’œuf alla finir sa course vers l’un d’eux. À cet instant, nous étions aussi tendu que la corde d’un arc. Nos joyeux sectaires tournèrent leurs regards vers l’œuf tombé aux pieds de l’un d’eux et ils tournèrent leurs têtes, de concert, vers nous. L’un éteignît la torche et nous entendîmes : « Vous encore ! Vous, vous êtes trop jeune pour crever ! »

Nous allions partir en courant quand nous entendîmes Sans-Culotte, décidément le plus téméraire d’entre-nous leur répondre : « Et ta mémé ? Elle sait que tu fais des méchouis en plein été avec tes copains déguisés en pèquenots ? »

La flamme de leur brasero étant éteinte, nous ne vîmes que des formes sombres se précipiter dans la direction de Sans-Culotte et la notre. Sans culotte se mit à cavaler et nous aussi. Nos sac nous fouettaient le dos, nous allâmes dans des directions différentes, nous forçant à nous arrêter pour vite nous concerter et attendre Sans-Culotte. Tous pour un et un pour tous, ou presque.

Nous vîmes arriver le téméraire qui s’époumoner à nous dire : « Mais courrez putain ils sont derrière ! »

Nous crûmes à une blague, comment était-ce possible que ces gens puissent nous suivre ? Nous étions jeunes, sportifs et eux étaient sûrement vieux et portaient tous une robe. Mais nous recommençâmes à courir quand nous vîmes surgir de l’obscurité deux de ces personnes. Je me rappelle encore cette vision terrible de ces deux silhouettes encapuchonnées sortir des ombres, comme si les ténèbres avaient éjecté deux de ses entités à notre poursuite.

Nous courûmes.

Enfin, quand je m’arrêtais pour reprendre mon souffle, je réalisais à mon grand désarroi que j’étais seul ! Dans notre panique, nous nous étions séparés. Restait à savoir lesquels d’entre nous nos deux poursuivant avaient choisit de pister. Heureusement, nous avions nos téléphones portables (comment faisaient nos aînées sans ce gadget ?!) et je téléphonais à Sans-Culotte, il décrocha : « – Mec je sais pas où t’es partis mais cours parce qu’ils t’ont suivie ! »

Je ne raccroché pas mais courus dans une ruelles puis dans une autres. Quand je repris le téléphone, Sans-Culotte m’informât de le rejoindre avec tous les autres au stade multisport. C’était, si vous vous en rappelez, à une sacrée trotte.

J’entendis des bruits de pas précipités et lourds et deux personnes courir comme des dératés dans ma direction. Je détalais rapidement, ils criaient derrière moi mais le bruit de mon souffle, de mes pieds martelant le sol et les frottements de mon sac à dos m’empêchaient d’entendre leurs paroles.

Je courais bien à pleine vitesse depuis 2 minutes quand je me hasarda à regarder derrière moi, les deux personnes étaient là, et je l’ai reconnus, c’était deux des mes amis. Quand ils me rejoignirent, ils me dirent que c’étaient eux qui me hurlaient, tantôt, de m’arrêter.

Content d’avoir à nouveau de la compagnie, nous partîmes en direction du terrain multisport où tous nous attendaient.

Après maints débats, maintes théories, fatigués, nous décidâmes de rentrer chez nous, en prenant des chemins de traverses que seuls les habitants de longue date du hameau pouvaient connaître. Ce qui ne nous empêcha pas de jeter des regards derrière nous toute les 10 secondes.

Depuis ce jour, nous n’avons pas plus de réponses à nos questions, jamais nous n’avons retenté l’expérience. Nous avons gardé cette histoire avec nous car si nous en parlions en publique, ces messieurs (et dames ?) en robes noires auraient sût qui les avaient dérangés durant leur mystérieux pique-nique de pleine lune.

Des années plus tard, toujours avec ce même groupe d’amis, nous étions au bar du village, qui avait une fois encore changé de propriétaire, 3 fois en moins de 7 ans. Nous faisions connaissance avec le nouveau tenancier (par là comprendre : essayer de tâter le terrain et voir si il était possible d’avoir des verres gratuits, il s’avérait que pour ce nouveau propriétaire, un verre d’eau du robinet était vendu 50 centimes, donc non, pas moyen d’avoir des verres à l’œil. Petit conseil si vous décidez un jour de reprendre un bar en campagne, offrez des verres, ne soyez pas radin, conseil d’ami !).

Nous engageâmes la conversation avec un vieux monsieur, il nous parlait des années « Yé-yé » et d’autres histoires qui, si vous avez un âge avancé, passionnent les jeunes générations. En tous cas, moi j’étais intéressé. Je ne peux vous dire comment la discutions sur les forêts de l’Allier arriva sur le tapis, il faut dire que j’étais saoul, comme tous ceux qui étaient au bistrot mais toujours est-il que ce monsieur au cheveux grisonnant, petit, avec un pull en laine sale et plein de copeaux de bois nous donna un avertissement : « Il y a des choses dans les forêts gamins, je parle pas d’extraterrestre hein, quoique… mais des Hommes. Si un jour vous croisez des types louches ou qui vous donne l’impression que quelque chose cloche avec eux, ne vous mêlez pas à eux. Ils font… Il y a des choses inexplicables qui se déroulent aux milieux de nos forêts gamin, ne t’y mêles jamais ! »

J’oserais vous dire que dans son regards, cet avertissement n’était pas vraiment amical, un sourire malicieux, s’était affiché le temps d’une seconde sur son visage ridé et fatigué.

Je me permets de transmettre son message.

Jaskiers

L’homme vide

C’est une vie ou il ne se passe rien. Rien d’interessant. Ou peut-être est-ce ce rien qui la rend unique. Unique ? Non, d’autres personnes vivent leurs vies dans le rien.

C’est au réveil que la différence avec une vie pleine de faits se faisait sentir.

Le réveil sonne et émet sa musique wagnérienne. Étonnant quand rien l’attends.

Toujours le même déjeuner, un bout de pain de mie avec du chocolat à tartiner. Il regarde fixement devant lui, les yeux grands ouverts comme traumatisé. Il pense, essaie de se remémorer ses rêves. Important que de s’en rappeler, c’est dans ses rêves qu’une femme l’aime, qu’il voyage, qu’il s’amuse. Enlever lui ses rêves et vous lui enlever ce qui le lie à l’homme automate moderne. Parfois il les écrivait ses rêves mais ce matin, comme souvent, des bribes disparates et sans queues ni têtes étaient tout ce qui lui restait de son voyage onirique. La frustration, il avait parfois ces rêves où il se sentait tellement bien, ou mal, mais ces rêves étaient impossibles à retranscrire sur le papier tant les détails et les bizarreries en faisaient un charabia trop compliqué à écrire. C’était les sensations qu’ils lui donnaient qu’il appréciait le plus.

Les cauchemars, eux, venaient le hanter toute la journée. Toujours le même genre de cauchemar, celui qui prend vos peurs à pleines mains et instille l’angoisse, la terreur et l’anxiété. Ces cauchemars qui vous trottent dans la tête toute la journée. Pour lui, des sentiments dithyrambiques le liaient à eux. Il ressentait. Pour des journées remplies de vides, de solitude, c’était eux qui lui donnaient l’indicible opportunité de se sentir vivant et humain.

Ses yeux se refermèrent quand il eut fini son déjeuner. Il n’avait pas faim le matin, c’était pour son corps, une entité qu’il avait pris pour acquis jusqu’ici, qu’il mangeait un petit déjeuner. La faim l’assaillirait avec une force encore plus terrible à midi si il n’avait pas manger ne serait-ce qu’une miette au levé.

Ces petits détails de la vie, infimes et futiles pour le commun des vivants étaient, pour lui, une source de réflexion et de tracas. Son esprit se resserrait sur ces détails pour donner un sens à une existence morne.

Posté devant la fenêtre de sa petite salle à manger, il regardait ces gens pressés, pressés d’aller travailler, pressés de donner de leurs temps si précieux, pressés de faire violence à leurs corps, à leurs psychés, pour remplir les poches de leurs patrons. Toujours, ces mines tendues éveillaient sa curiosité, cette violence du mouvement forcé, les stigmates du forçat, les soucis de la vie, tous ceci étaient visible dans leurs yeux. Pas sur les visages, car l’Homme enfile son masque de mensonge tout les matins, cachant les cicatrices du vécue, mais dans les yeux. En regardant bien dans les yeux, il pouvait voir, subrepticement, la détresse, la peur, la fatigue, le stress.

Ce n’était pas, là, les marques de la vie moderne, non. Tous le monde a son histoire, et tous le monde peut lire l’histoire de l’autre en regardant attentivement ses yeux.

C’était déjà l’heure pour lui de ne rien faire jusqu’au coucher. Il s’assit et ne fit rien. A part peut-être manger, boire et faire ses besoins. C’était peut-être ça être humain. Faire ces petites choses à rythme régulier et dans des mœurs normales. Être humain, c’est peut-être combattre l’ennui toute sa vie. Car qui s’ennuie toute sa vie préféra les mystères que la mort lui réserve plutôt que la vie. L’épreuve des vivants : qui fera de sa vie quelque chose qui ne l’ennui pas jusqu’à sa mort.

Jaskiers

L’enfer rôde sur la mer

Le cri est strident, « Le diable se dirigent vers nous ! Ohé ! Le diable en a après nous ! »

Les hommes du Wigram se réveillent sans se faire prier, c’est le branle-bas de combat. On se bouscules pour aller à son poste, les canonniers et boutes-feu se postent derrière leurs canons, prêts à lâcher une bordée au premier ordre.

Antoine, le bosco, posté sur la dunette, sort sa longue vue, la dirigeant sur 360 degrés.

« – Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Antoine tu peux me dire ce que c’est !

  • C’est une boule de feu ! On dirait un… un soleil ! Un petit soleil ! »

Tous les hommes se relèvent de leurs postes pour chercher de leurs propres yeux les paroles terribles d’Antoine.

À l’horizon, venue de l’ouest, une forme rougeâtre est visible, avec un peu de concentration, certains matelots jurent que cette chose approche.

La forme semble être triple dans la longue vue du bosco, il peut voir cette chose de feu, son reflet sur la mer et ce phénomène curieux qui reflète cette énigme juste au dessus de la ligne d’horizon, comme trois cavaliers de l’Apocalypse parfaitement alignés à la verticale.

« – Antoine, qu’est-ce que tu vois exactement !

  • C’est une chose en flamme mon commandant.
  • Ça vient vers nous ?
  • Ça vient pas de doute.
  • À quelle vitesse ?
  • Je dirais… , Antoine prend son loch, éclair le cadran en l’approchant d’un brasero. Je dirais 35 noeuds mon commandant !
  • Trente-cin… Bon dieu. Faisons lui face à notre bâbord, je veux les canons prêts a lâcher une bordée sur ce… machin. »

Le Wagram fait un quart de tour sur la droite, le contre-amiral Kerjulien approuve de la tête en regardant le timonier.

« – À bâbord, je veux 5 canons d’anges à deux têtes, 5 autres de boulets pleins. Prêts à canonner à mon signal !

  • Oui commandant ! »

Les boutes-feu préparent leurs baguettes, prêts à en enflammer la mèche d’étoupe. Dans la nuit, aucune lune, aucune étoile, les braseros et torches du Wagram vacillent, laissant voir des ombres sur les faces crispés des matelots. Elles dessinent de curieux visages sur celui balafré du contre-amiral, créant l’illusion de lui ajouter, le temps d’une seconde, d’autre cicatrices avant de disparaître. Ses rides semblent se multiplier avec le jeu de lumière erratique, lui donnant des airs de vieillards. Ses pupilles sont rouges, tel un possédé, tel ceux qui entrent en transe dans les lointaines terres hindoues durant ces étranges cérémonies dédiées à Shiva.

« – Commandant, je pense… je pense qu’il dévie de sa trajectoire et met le cap dans notre direction !

  • Je le sais ! On… ne regardez pas trop cette… chose en feu, rien de tel pour vous éblouir.
  • Mon commandant, c’est quoi ce truc ? »

Le commandant allume sa pipe à l’aide d’un petit tisonnier qu’il avait préalablement chauffé à un brasero.

« – Ça… c’est une putain de légende, une légende vraie !

  • Que voulez-vous dire mon commandant ?
  • Ce que je veux dire ? C’est que si nous ne le coulons pas, nous seront morts.
  • Évidement…
  • Évidement quoi sous-fifre ?!
  • Pardon mon commandant.
  • Ce truc là messieurs, c’est le diable en personne ! C’est un navire en flamme, qui terminera sa mission infernale soit coulé, soit en nous coulant.
  • Chef, peut-être qu’on pourrait essayer de le perdre !
  • Inepties ! Conneries ! Ce machin vient pour nous envoyer en enfer, j’ai… il… on a trop péché ! Trente-cinq noeuds ! T’as pas entendu Antoine ! Notre Wigram dépasse difficilement les 10 noeuds !
  • Et si on manœuv…
  • Tu pense pouvoir l’esquiver ? Ah ! Ce machin va vouloir se repaitre de nous, c’est intelligent, cela nous est destiné ! Allez me chercher Spark ! Il n’est pas là, doit être en train de prier sa mère au carré.
  • Oui chef.
  • Et dite lui que si il ne ramène pas son cul ici, je lui fourre mon tisonnier dans l’œil !
  • Oui chef !
  • Du nerf ! »

Le commandant s’approche du charnier et s’asperge le visage d’eau, maintenant, les flammes du navire lui donnent un teint translucide. Les yeux braqués sur le navire en flamme qui approche à grande vitesse.

« – Putain, on dirait… sa carcasse… mais y’a encore les voiles mais c’est… tout en feu !

  • Antoine, arrête de le regarder, tu vois le diable merde ! Arrêtez de le regardez ! Soyez prêt, foutrement prêt à canonner cette terreur ! On aura pas de deuxième chance !
  • Commandant…
  • Spark petit enculé !
  • Désolé mon com… »

Cosmao Kerujulien prend la tête de Spark entre ses mains pour la placer en vue du navire enflammé.

« – C’est de ta faute ça enfant de putain !

  • Commandant… je suis désolé !
  • Tu sais ce que je vais être obliger de faire hein ?
  • Pitié non ! Non ! Laissez moi une chance, une… »

Le commandant lui tranche la gorge, Le corps de Spark, refusant la mort, fait des soubresauts. Le contre-amiral tourne et retourne sa dague dans le cou de Spark, on entends les tendons et les nerfs se défaire et le bruit de scie que fait la lame sur les os du cou de l’infortuné. Le commandant s’acharne, pose le corps du mort à terre et le décapite.

En brandissant la tête, il se déplace jusqu’aux gaillard avant, se tourne face au vaisseau brûlant qui n’est plus qu’à une moitié de mille et hurle :

« – Voici ! Voici Chtuhulu ! Regarde, j’ai accompli ta vengeance ! Chtuhulu, voici mon offrande, épargne moi, mes hommes et mon navire ! Prend-le ! Par pitié ! »

Ces derniers mots sont dits dans les sanglots. Tous les matelots le regardent, son uniforme est tacheté de substance noir, dégoulinante. Son corps a l’air d’une ombre, brandissant en l’air la tête de Spark comme Persée avait dû brandir celle de Méduse devant Phinée et ses sbires.

Les canonniers placent leurs canons dans leurs sabords respectifs, les boutes-feu enflamment leurs baguettes.

« – Chtuhulu je ne mérite pas ta colère. C’est lui, dont je tiens la tête, qui t’as offensé ! Lui a brisé son serment, pas moi ! »

Antoine ne peut s’empêcher de regarder le navire en feu, il croit même voir un visage, une terrible vision, un crâne à la mâchoire immense sortir puis, le fracas des canons firent vibrer l’air.

Les boulets percutent le vaisseau du diable, éclatant sur sa proue, des esquilles mêlées aux étincèles emplissent l’air, les anges à deux têtes fendent les voiles enflammées mais le vaisseaux fantômes ne ralentit pas.

Une seconde de silence, comme si l’oxygène du monde entier avait disparue, les matelots se regardent, à l’ombre des flammes ils ont l’air de spectres.

Le diable de vaisseau émet un son rauque, à faire exploser les tympans, des matelots en paniquent s’apprêtent à sauter à l’eau dans l’embarcation de sauvetage, le contre-amiral, reste debout, il a baissé les bras et la tête. Il est le premier percuté par le navire.

Soudain, tout le vaisseau prends feu, le bois craque et semble même hurler, le métal se tords, les feux de l’Enfer s’effondrent sur les marins.

L’instinct de tous les matelots est de sauter à l’eau, dans un dernier réflexe de conservation, ils sautent par dessus bords mais la mer n’est plus que flammes. Tel un feu grégeois, les marins sautent à leurs pertes, se consument, brûlés dans l’eau.

Tout se désagrège, l’oxygène n’existe plus pour les hommes encore conscients. Ils préfèrent mourir immédiatement plutôt que d’être les témoins de cette horreur. Préférant une mort rapide que de finir mangé par les flammes un mousse se tranche la gorge, l’autre s’enfonce son poignard dans le ventre, un autre encore plonge, la mer n’est plus un espoir, il brûle. On ne sait comment mais il reste à la surface et pousse des cris d’agonie avant que les flammes se repaissent de son visage.

Les mats s’affaissent, se donnant au feu pour mieux le nourrir, tout n’est que vision d’enfer, des silhouettes titubent et s’affaissent à genoux, des torches humaines sautent dans les lames de feux, des gerbes enflamment chaque parcelles de navire et de corps humains. L’air est emplie de petit débris qui se consument, comme des fées éphémères dont la vie est écourtée net par le présent à l’humanité de Prométhée.

Puis une énorme explosion finit de compléter le tableau d’apocalypse, le feu ayant atteint les réserves de poudres. L’atmosphère aux alentours hurle, comme si elle aussi pouvait sentir la souffrance.

Et le calme reprend ses droits. La mer s’est éteinte, des débris encore fumant flottent et sifflent au contact de l’eau, les squelettes des deux navires embrasés restent encastrés l’un dans l’autre comme des amants maudits.

Une immense lame engloutit les deux carcasses. Une épaisse fumée s’échappe de la mer puis s’évapore.

La vie reprend ses droits. Les flots sont calmes. Rien ne les perturbent, l’équilibre est revenu.

Crédit image : Pinterest

Récit inspiré par « Chtuhulu » d’H.P. Lovecraft et par « Moby-Dick » d’Herman Melville.

Jaskiers

Abercrombie Writing prompt 5 – Coup de stress

L’heure de cours de français était enfin finie, il nous restait encore une heure à tiré. Nous avions le droit à une petite pause.

Toute l’heure passée avait été dédiée à « L’assommoir » d’Emile Zola. Je n’avais pas lu entièrement le livre, que nous devions pourtant avoir lu pendant les vacances. Quelle panacée que cette lecture !

Je me rappelle l’avoir lu jusqu’à la moitié, un peu plus peut-être. Tous les soirs avant de me coucher, très tard, je lisais ce que je pouvais, et je n’aimais pas le livre. Bien que j’eus beaucoup apprécié « Germinal », « L’assommoir » était vraiment un… assommoir.

J’ai toujours eu un soucis avec les livres données à lire au lycée. Au collège et même en primaire, je me rappel avoir lu des ouvrages intéressants qui me marquent encore. Mais le lycée semblait vouloir vous dégoûter de la littérature. Et puis, je n’aimais pas ma prof. Je crois que c’est la seule prof de français que je n’ai pas aimé. Quelque chose ne passait pas avec elle. Je ne pouvais pas la voir en peinture, ses cours n’étaient pas forcément mauvais mais elle ne dégageait pas la passion qu’avaient eu mes autres professeurs. Elle avait sa façon à elle de faire son cours, ça plaisait ou ça ne plaisait pas. Moi, ça ne me plaisais pas.

Toujours est-il qu’en essayant de me lever de ma chaise pour sortir dans le couloir, la tirette (petit bout de métal pour ouvrir ou fermer la fermeture éclair) de mon jean s’est coincée entre les lattes de ma chaise.

Donc en me levant, la chaise était collée à mon fessier.

Autant dire que j’ai eu une sacré bouffée de chaleur. J’essayais d’enlever la tirette, mais impossible. Comment j’avais réussis à emmêler ce petit truc dans ma chaise ? Il fallait que je me presse un peu car les élèves sortaient de la classe, j’allais me retrouver seul, avec madame la prof de français.

Déjà, la honte et puis elle aurait l’occasion de parler avec moi. C’était le genre de professeur à étaler votre vie privée, très privée, devant la classe. Sans gênes aucunes !

Et puis mes copains qui m’attendaient à la sortie n’auraient pas manqué l’occasion de se payer ma tronche. Aucunes pitiés !

Je mis ma main sous la chaise, pressa la tirette, la remettant droite, qui libéra enfin mes fesses de la chaise.

Je croisait le regard curieux de la professeur. Non je n’étais pas resté pour vos beaux yeux.

Je sortis dans le couloir, c’était une petite pause de cinq voir dix minutes entre deux heures de cours.

Mes camarades remarquèrent que j’étais un peu bizarre. Je donnais l’excuse de la fatigue du cours sur ce foutu livre, que j’avais bien besoin d’une pause.

Les minutes passèrent rapidement. Nous rentrâmes dans la classe. Elle allait interroger un élève, au tableau, poser des questions, voir si il avait bien lu le livre et bien sûr, c’était noté.

Je détestais, j’exécrais, ce genre de chose. Comme vous sûrement, mais une peur panique m’envahissait à chaque fois que je devais faire ce genre de chose. J’ai toujours détesté l’oral à l’école. Et encore plus avec une prof qui n’allait pas hésiter à faire remarquer à toute la classe que j’avais l’air très stressé. Et surtout, à ce moment précis, je n’avais pas lu entièrement le livre, et j’étais tellement peu passionné par sa lecture que je n’y avais pas compris grand chose.

Après avoir annoncé ça, elle fit ce que tout professeur digne de ce nom fait ; balayer la classe du regard.

La règle dans ce genre de situation, ne pas croiser le regard de la prof. Le visage neutre. Tout le contraire de ce que j’ai fais.

J’entendis la sentence : Jaskiers, allez, au tableau !

Je ne réfléchis même pas. Je me lève et je sens la chaise se lever avec moi. Cette fichue tirette était encore accrochée à mon derrière !

Mon cœur manqua un battement, ou presque. Vous savez cette sensation que vous allez sacrément être humilié devant plus de 30 personnes ? Personnes que vous devez vous coltiner tout les jours en plus de ça.

Je me rassis rapidement, prétextant ranger un truc dans ma trousse. Mais comment vais-je enlever cette chaise accrochée à mon jean sans que personne ne le remarque.

Et puis, la providence intervint !

« – Madame, vous aviez dis la dernière fois que je pouvais faire l’interro oral pour le livre

– Ah mais oui Camille ! Comment on dit Jaskiers ? Sauvé par le gong ! »

Que Dieu et tout ses Saints soient loués ! Mon corps relâcha la tension extrême dans laquelle il était. Mon esprit se déconnecta du présent, occupé à enlever la tirette d’entre l’interstice entre les deux planches de la chaise. Ce qui fut fait en moins de deux, comme si j’étais habitué.

Je chéris ce moment, remercie encore après toutes ces années Camille, la seule personne qui semblait aimer se faire interroger devant toute une classe par une professeure sans tabous ni pitié.

Je n’ai toujours pas lu l’Assommoir.

Jaskiers

La dernière once d’humanité d’Achille (inspiré par « Le chant d’Achille » de Madeline Miller)

Achille traine le cadavre d’Hector par son casque. Le corps sans vie laisse un sillon sanglant derrière lui. La foule qui, à l’instant était emplie d’une violence terrible, s’est arrêtée de combattre. Silencieux, troyens comme grecs regardent Achille ramener Hector en direction du camp achéen. Personne ne bouge, personne ne respire.

« – Que les aèdes ouvrent grand leurs oreilles ! Vous poètes, tous des menteurs ! Chantez ma gloire si cela plait aux dieux, moi je n’en ai cure. Mais ne chantez pas la beauté de ce drame, ne chantez pas mon histoire, si vous le faites, dites la vérité !

Non, mon visage n’est pas beau à voir. Regardé ma barbe qui goutte de sang et de sueur !

Regarder mon casque, mon bouclier, il étincelle parce qu’il m’a été donné par Ephaïstos le Boiteux, par un de ces dieux, lâches, belliqueux et manipulateurs ! Ils m’ont donné des outils pour mener à bien mon projet, qui était aussi le leur, détruire, anéantir !

Oui je sais que vous m’entendez. Zeus Fils de Cronos, ma mère, la Néréide, sale chien, tu l’as trahis. Et tu as eu peur de moi ! Je le sais, je suis plus fort que toi, je devais être plus fort que toi mais tu as été un lâche ! Qu’une vie éternelle doit être épuisante ! J’attends que la mort me libère, et toi, je te le dis, jamais tu ne vivras en paix avec toi même. Une éternité de tourments ! Si je ne peux pas te battre dans ce monde, je ferai en sorte de hanter tes songes ! Je serai aussi terribles dans tes pensées que je ne le suis sur le champ de bataille, pire même !

Aèdes, ne chantez pas mon nom, je ne suis qu’un tueur. Je n’ai aucune pitié, aucune peine à ôter la vie ! Aucun remord ! Regarder mon visage ! »

Le Péléide enlève son casque, un éclair tombe sur Troie.

« -Voyez ! Ma jeunesse, dans ces rides sur mon front, la voyez-vous ? Et mes cernes, mes yeux verts cernés de rouge, est-ce cela que vous chanterez ? Et c’est bouts de cervelles dans ma barbe ? Et mes mains ? Regardez mes mains ! Calleuses, usées, elles ont massacrée ! Des fils, des frères, des maris, des oncles, des pères, des amants, des jeunes, des vieux, des princes et des rois ! Regardez !
Voilà ce que voulez les dieux ! »

Il prend le cadavre du fils aîné de Priam dans ses bras.

« – Et lui, tout pareil que moi. Etait-il comme je l’étais durant mon enfance ? Oh Chiron, comme j’aurai aimé rester près de toi avec mon Patrocle. Dans cette grotte, à apprendre de ta sagesse, à écouter tes histoires avec notre Patrocle ! Philtatos ! Comme nous étions innocents et beaux ! Il a fallu qu’un des divins olympiens éveillent en moi l’hubris. Cet hubris est la lie de notre âme, mortels !

Non aèdes, si notre destiné est guidée par les Parques, cette vie ici, n’a aucun sens ! Je ne suis pas un jouet ! J’aimerai oh Seigneur Porteur du tonnerre et de la foudre, que vous m’ameniez Apollon le Flamboyant, l’un des plus cruel, plus qu’Arés qui lui au moins revendique sa soif de sang humain ! Apollon l’Archer céleste, ce lâche, manipulateur, qu’il vienne, tout immortel qu’il est, je veux blesser son égo, qu’il me tue, mais pas avant qu’Aristos Achaion ne fracasse à jamais sa gloire !

Chantez aèdes, la cruauté des dieux, leurs folies car elle est la notre aussi !

Pâris le lâche devait mourrir des mains de Ménélas, mais ce bellâtre, l’élu d’Appolon le Miséricordieux (car maintenant il est le sauveur des lâches), s’est enfuit. Encore ! Par qui a-t-il été sauvé ? Vous le savez autant que moi. Et combien de morts inutiles depuis ?

Hector, tu ne m’avais rien fais. Rien ! Jusqu’à ce que ta maudite main m’êtes fin à la vie de ma moitié. Si j’ai évité la confrontation avec toi, c’était car tu ne m’avais fais aucun mal ! Parce qu’une prophétie clamait que je perdrai ma vie si j’ôtai la tienne. Maintenant voici chose faite ! Nous savons maintenant qui est le plus fort sur ce sol, dans ce monde. Le plus fort ici-bas. Mais dites moi, à quoi cela nous avance-t-il ? Peut-on ramener les morts à la vie ? Non ! Il n’y a que ces lâches en haut de la montagne sacrée pour s’autoriser cela ! »

Il relâche la dépouille d’Hector, lui perce les chevilles. Aucun sang, ou presque, ne s’échappe du cadavre, son cœur a arrêté de battre depuis quelques temps maintenant. Achille passe à travers les plaies nouvellement infligées au fils aîné de Priam, une corde épaisse. Il l’a noue sur l’attelage de son char et monte sur ce dernier. Il arrache les rênes des mains d’Automedon et d’un crie bref et rauque, Xhante et Balios se mirent au galop, leurs sabots semblent ne jamais toucher le sol d’Ilion tellement sont prompts les chevaux divins de son père Pélée.

Le cadavre d’Hector le dernier brave Troyen traîne derrière le char, sa tête percute les gravats, les pierres et les vestiges laissés par près de dix années de guerre. Le sang s’arrache doucement de sa peau, laissant des traînées disparates et noires dans le sillon de la course folle d’Achille. À la surprise de tous, il fait demi-tour et fonce tout droit vers la cité de Priam. Personne ne bouge, tétanisés par l’extrême cruauté du prince de Phtie.

Arrivé devant les immenses portes Scées protégeant la cité troyenne, il crie :

«- Priam, voici ton fils, Andromaque, ton mari ! Voyez ce qu’il va subir ! Si l’un de vos aèdes survit, car nous détruirons votre cité, qu’il chante quel a été le sort cruel du grand Hector défenseur de Troie que lui a infligé Achille le Tueur d’homme. »

À ces mots, Achille fait le tour de la cité, lâchant des cris inhumains et terrifiants. Des cris et des pleurs retentissent depuis les hauteurs des remparts de la ville fondée par Dardanos.

Après trois tour de la cité, il s’arrête à nouveau devant les imposantes portes et crie :

« – Voyez votre Hector, il en sera ainsi jusqu’à ce que son corps perde sa peau, et j’accrocherai ses os et son crâne sur mon char. Chantez le cruel Achille qui naquit paisiblement à Larissa, élevé à l’art de la musique, la médecine, le chasse et la guerre dans la grotte du sage Chiron, avec son Patrocle. Son sang, ses os, sa chair et son agonie, sont vengés par le terrible sort qu’il inflige au grand Hector ! Astyanax, regarde ton père, dans la défaite ! Tu es son sang, et je me ferai un plaisir de t’égorger sous les yeux de ta mère ! »

Il repart en direction du champ de bataille, toujours calme. Les membres sont las, les esprits confus et terrorisés par le comportement cruel et brutal du péléide.

Achille traverse cette foule qui ne manque pas de s’écarter promptement sur son passage.

Il passe le mur affaissé des achéen, se dirige vers sa tente, l’ouvre et crit à Briséis de sortir.

Elle lâche le corps sans vie de Patrocle qui reposait sous des couvertures, passe devant Achille en soutenant son regard. Il sent sa douleur, mais sent-elle la sienne ?

« – Chienne ! Dégages ! Dégages avant que je ne t’égorge. Ceci, la mort de mon Patrocle, c’est ta faute, et non la mienne !

– Regardes toi Achille, tu me blâme aujourd’hui car ton esprit est embrumé par la fureur, tu réalisera que c’est ton ego qui l’a mené à sa chute. »

Achille lève son menton et frappe la jeune captive troyenne du revers de sa main droite.

Elle redresse la tête, l’œil droit tuméfié. Puis sort.

« – Patrocle, regardes ce que je t’amène ! »

Achille sort de la tente, défait le noeud de son char et traîne Hector jusqu’à l’intérieur.

« – Regarde ! Ton… notre honneur est sauf ! Regarde, celui qui tue par derrière n’est plus rien. »

Il sentit une présence, puis une voix :

« – Regarde toi Achille !

– Chiron c’est toi ? Regarde ce qu’ils ont fais à mon Patrocle. Je me devais de sauver notre honneur !

– Honneur ? Quel honneur ? Regardes toi plutôt, tu parle à deux cadavres dans ta tente. Ta vengeance est misérable, indigne de mon enseignement. J’ai honte de toi, tu es fou. Je savais que tu partais pour ne plus jamais revenir, tu as choisis la gloire en échange d’une courte vie mais je pensais que tu mourrais dignement, mais ce que je vois en face de moi n’est plus humain, ce n’est plus qu’une enveloppe charnelle vidée de son âme. Tu es déjà mort à mes yeux Achille. Ton corps périra peut-être sur le champ de bataille, mais ton âme, ton humanité t’ont déjà quittées à jamais. Si Patrocle pouvait te parler, il te dirait qu’il aurait honte de toi Achille. Mais va, torture le vieux Priam. Finis ce que tu as commencé, mais le Tartare t’attends. Ta déesse de mère ne peut plus rien faire pour toi. Je serai toi, je me jetterai sur ma propre lame pour garder un peu d’honneur. Honte à toi !

– La ferme sale bête ! Tu n’es qu’un vieux ! Tu n’es plus rien toi ! Regardes mes richesses, regardes ma gloire, regardes comment tous les autres m’admirent ou me craignent ! Je suis Aristos Achaion !

– Les autres ? Tu t’enquiert des autres ? Et que penserait Patrocle ? Tu ne pense déjà plus à lui, il te manque car c’était la seule âme qui puisse t’apaiser, tu avait besoin de lui. Mais son regard à lui ? Qu’est-ce qu’il penserait si il te voyait ? Tu as scellé ta mort aujourd’hui, et ta légende est brutale, mais elle n’apporte rien d’autre. Les hommes te verront comme un chien enragé plutôt que comme un lion digne jusque dans la mort. C’était Patrocle le lion !

– La ferme ! »

Achille éructe et les yeux emplis de rages lance sa javeline sur la silouhette du centaure, qui s’évapore quand la lance le traverse. La brutalité du jet de la lance fait s’écrouler la tente.

Affolé, les larmes coulant sur ses joues, le valeureux Achille fouille et arrache les tissus à la recherche du corps enseveli de Patrocle.

« – Fils, regarde toi, tu n’est plus rien. Les aèdes ne chanteront pas tes exploits, il chanteront ta démise et ta folie. Achille, le terrible tueur de troyen pleurant et se débattant comme un enfant au milieu d’un tas de tissus. Même ton adolescent de fils a plus de dignité que toi ! Je te renie sache le ! »

Ainsi s’exprime Thétis avant de retourner dans la mer.

Achille se relève, balance son glaive dans la mer salé, espérant blesser sa déesse de mère. L’arme d’airain coule à pique dans les flots calmes.

Agenouillé, il prend le poignard qu’il avait donné à Patrocle pour partir sur le champ de bataille, le pointe sur sa gorge et d’un geste précis et rapide l’enfonce. Son immense ossature s’affale en avant tel un platane scié par les mains expertes d’un bûcheron. Le sang jaillit de sa gorge à chaque battement de son cœur. La mer, autour de son corps, rougie, des soubresauts agitent ses muscles, comme un poisson échoué sur un rivage, comme si au dernier moment, il essayait de se relever pour partir à la guerre. Puis il s’immobilise. Atropos l’Inflexible coupe le fil.

Jaskiers

California Rocket Fuel – Chapitre 4

Index : Chapitre 1Chapitre 2 Chapitre 3

Rappel : California Rocket Fuel est une FICTION

Me revoilà chers lecteurs et lectrices.

Là, on est en voiture, sur le chemin du retour. Déjà j’anticipe la petite engueulade pour savoir qui de nous deux va monter les courses. Ces petites choses de merde de la vie quotidienne m’énervent. Ma grand mère avait coutume de dire que la vie était comme une tartine de merde, on en mange un peu tous les jours. Joël Robuchon (qu’il repose en paix) l’a bien garnis ma tartine, parfois je pense que s’est plutôt Maïté qui me l’a tartiné. Avec autant de classe et de délicatesse que quand elle assommait des anguilles…

Mon traitement, le California Rocket Fuel, l’essence de fusée californienne, est une foutue blague de merde. Censé être un remède contre les insomnies sévères et tenaces ainsi que la dépression aiguë et ses névroses, n’est en faite en rien un truc qui vous fait décollez votre gros cul du canapé. C’est tous l’contraire en faite. Vous dormez d’un sommeil chimique, vous vous réveillez la nuit, le matin, c’est comme une petite gueule de bois. En faite toute la journée est une sorte de gueule de bois où vous avez faim, tout le temps, vous avez la bouche sèche, tout le temps, vous avez la tête lourde, tout le temps, vous êtes fatigué, tous le temps. Les psychiatres sont de sacrés comiques parfois. « Il faut que vous sortiez monsieur Telemaque ». Mais quand t’as l’impression que tu vas tourner de l’œil n’importe quand, t’as pas envie non. T’as pas envie de tomber dans la rue, de rameuter des gens, de finir dans l’ambulance du SAMU ou des pompiers et devoir tout leur expliquer. Non, j’suis mieux chez moi.

Un jour j’ai entendu dire, et là honnêtement je ne me rappel plus où et par qui j’avais entendu ça, que les psychiatres étaient aussi fous que leurs patients. Enfin y’a un truc bizarre avec les psy. D’entre nous tous, ce sont ceux qui devraient être les plus heureux car ils savent quoi faire quand il ne vont pas bien psychologiquement et s’autosoignent ou un truc dans le genre mais je suis sûr que ce n’est pas le cas. On fonctionne bizarrement nous les humains. J’pense que c’est le libre arbitre le problème. On réfléchit beaucoup trop. En faite on réfléchit plus que nécessaire et on se fout un bordel monstre dans le cerveau. Comment dit l’adage déjà, « les cordonniers sont les plus mal chaussés » ?

Toujours est-il que le trajet se fait sans parole. Musique en sourdine. On ne se parle pas, on anticipe l’engueulade. Moi j’ai pas envie de me défoncer le dos à monter les courses mais en même temps je ne veux pas tout laisser à la demoiselle. Mais j’ai payé moi. Ouai c’est ça que j’lui dirais. C’est batard mais je ne sais plus communiquer comme il faut. Ou c’est dans ma nature et on peux rien y changer. Et en ce moment, j’aime blesser verbalement.

Comment elle peut rester avec moi, ça s’est un mystère. Je pense qu’elle doit avoir un autre gentlemen et je ne serai même pas en colère de l’apprendre. J’aurai sûrement fais la même chose. Elle ne reste pas avec moi pour l’argent, ça s’est sur, pour ma beauté, encore moins car je grossis à vu d’œil, pour ma personnalité ? Ah la bonne blague ! Si je pouvais me dédoubler je me mettrai une raclée à moi-même ! Et pour ce qui est du sexe, z’avez sûrement pas couché avec un type sous traitement anti dépressif, parce que c’est une tragi-comédie qui fini souvent par une gêne, tellement gênante que dormir est la seule activité au lit. Sa craint n’est-ce pas ? Enfin je vous en avez déjà parlé au premier chapitre. Je me répète, le traitement donne des trous de mémoires. 30 piges et déjà des symptômes de vieux.

Elle mérite une médaille ma copine comme on dit par ici.

Et nous prenons le dernier virage pour arriver à l’appartement. Des regards de biais. Qui va dire quoi ?

Je me dévoue, je lui propose de partager.
Elle répond oui sans sourciller. Et une fois dans l’appart’, il va falloir tout déballer et ranger. Et j’ai pas envie. Je poserai les sacs et j’irai me vautrer sur le canapé, fidèle ami du dépressif. Et je foutrai ma tronche dans les coussins. Et si je me fais engueuler, et bien j’ai l’habitude. Je le mériterai dans un sens. Je me morfondrai mais ne m’excuserai pas. Jusqu’aux soir, l’heure de bouffer où une autre engueulade risque de s’imposer pour savoir qui fait à bouffer et quoi. Le mieux en début de mois et qu’on a de la thune, c’est qu’on se commande un uber-eat, on se fait livrer par des jeunes gens exploités et on graille comme des morfales.

La race humaine est une sale race. On bouffe pendant que les autres triment et meurent de faim pour nous amener notre manger.

On descend de la voiture. Ça caille. Je jette un œil sur le voisin voyeur mais il est pas là, peut-être a-t-il découvert le porno gratuit sur internet. Et les autres mégères derrières leurs rideaux, on ne peut que supposer qu’elles sont là. Mais je sens des yeux qui me m’observent de partout.

Je demande à la dame de se dépêcher, elle fait se qu’elle peut. Je le sais mais c’est plus fort que moi. Vite, mon petit confort d’occidental privilégié !

J’ouvre l’énorme porte de notre immeuble.

Je vais regarder le courrier, je dis. Comme si c’était un incroyable acte de bravoure. C’en est un pour moi. Limite une preuve d’amour. On donne à l’être aimé ce que l’on peut. C’est-à-dire par grand chose personnellement.

Bien sûr, un tas de pubs que je ne regarderai pas, mademoiselle non plus. Je lui dis qu’il faut vraiment qu’on pense à mettre un stop pub ou un truc comme ça. Ça nous donnera un air « écolo » respectable devant les voisins.

Elle acquiesce et on grimpe l’étage. Devant la porte j’ai un sentiment, pas de sécurité, mais que je retourne où je suis censé être. A l’intérieur chez moi à ne rien foutre, à me morfondre et à comater. C’est ma vie, c’est comme ça. Une fatalité ? À vous de voir, mais honnêtement, votre opinion je m’en fous. Enfin peut-être que non. Je m’en fous un peu. Mais j’vous aime bien quand même hein ?

On se retrouve au prochain chapitre, le dernier, vous avez lu jusqu’ici, vous n’allez pas rater la fin quand même si ? Finissez ce que vous avez commencé ! Et faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Jaskiers

California Rocket Fuel – Chapitre 2

Rappel : California Rocket Fuel est une FICTION

Index : Chapitre 1

Chapitre 2

Te revoilà cher(e)s lecteur ou lectrice ou n’importe. Ici, tu peux être illuminati et profiter de mes divagations, moi Télémaque, viens, viens on est bien. Viens, mets toi à l’aise, enlève ton sous-tif’ si tu veux. Nan j’deconne, c’est une ligne de Scary Movie 1, j’adore les Scary Movie, j’adore les frères Wayans, j’adore l’humour subtile. J’adooooore, regarder danser les gens…

Donc on est parti pour le Super U avec ma dame et c’est silencieux, on oublie d’mettre la musique maintenant, on est vieux, la trentaine à tout casser. Ça évite les engueulades aussi, chacun a ses goûts et on déteste les goûts de l’autre.

Je regarde les gens déambuler dans la rue et j’me demande où il vont, à quoi ils pensent, si ce matin ils ont fait l’amour mais vu leurs gueules non. Si y’avait pas les masques ce serait plus simple.

J’suis mentaliste vois-tu, Simon Baker, Red John, tu vois l’truc, tu connais. J’aime m’imaginer la vie des gens. Comme j’aime m’imaginer m’approcher d’une personne lentement et lui susurrer : je suis de la police. Et c’est tous. Juste voir leurs réactions tu vois. Comme imagines tu rentres dans un ascenseur et une fois dedans tu restes en face du mur, tu ne te retourne pas pour faire face aux portes automatiques comme tous le monde fait. Juste tu rentre et tu fixe le mur pendant que l’ascenseur monte (ou descend). Apparemment ça mets les gens très mal a l’aise, j’le sais car j’ai regardé MindHunter sur Netflix.

« Ils nous faut quoi pour les courses ?

Je sais pas. »

Je laisse tout à faire à ma copine parce que je ne suis plus bon à rien et que je ne veux pas faire d’effort. Elle répond pas, la pauvre. A sa place je me quitterai et fissa. Mais elle reste. Elle serait moche je comprendrai, mais elle est belle. Elle reste avec moi car sinon elle serait toute seule mais elle est belle et elle reste. Je crois qu’elle m’aime vraiment et que c’est son seul défaut. Tu vois, Dieu a crée l’Homme à son image et l’Homme, lui, a crée l’a connerie et la dépendance affective. Y’a des choses qui s’expliquent et d’autres pas. Comme quand une femme t’aime vraiment. Toi tu comprends pas.

« Bah il me reste un peu de galette ?

Non et puis c’est passé la période y’en aura plus. »

J’aime la galette, oui comme dans la chanson. J’en boufferai matin, midi, soir et la nuit. La vraie galette, à la frangipane ! Si tu prends de la galette à la pomme, je suis désolé mais tu devrais consulter cher(e) lecteur et lectrice. C’est pas normal. Parfois j’enlève la patte de ma part et je sens la frangipane t’vois ? Je renifle l’odeur du nectar des Dieux t’vois ? L’Ambroisie j’crois qu’on appel ça, bah c’est ça.

« C’est à ton tour de payer » qu’elle me dis. J’aime pas payer. C’est comme ça. Elle, elle paie et ne se plaint pas, mais quand c’est à moi, je questionne tout ce qu’elle fourre dans le cadis. J’ai peur d’être endetté, ça va tellement vite. Le pire avec les cartes bleus c’est que tu vois pas l’argent sortir et moi, ça me donne l’impression d’être dans un jeu vidéo, je vois mon argent que sur un écran. Et je m’angoisse car c’est pas un jeu et y’a pas de code de triche pour remédier à un découvert.

Le parking est plein, on est en milieu de semaine il est à peine 11h et bien sûr, on attends qu’une mamie sorte pour lui prendre sa place de parking. Le temps, elle le prends la vieille mais j’aimerai lui dire que le temps qu’elle passe sur ce parking et débité de son temps de vie qui commence sûrement à arriver au bout. T’imagine, mourir sur le parking de Super U ?

« Mesdames, messieurs, nous recueillons aujourd’hui pour honorer la mémoire de Thérèse, morte sur le parking de Super U.

Ah putain Super U avec leurs foutus parking !

Ta gueule Jackie merde !

Bah t’façon elle est morte ça doit pas la déranger. »

Donc on prends la place, il y a le débat du chariot. Tout dépend de ce qu’on va prendre et vu que mon cocktail médicamenteux me donne faim H24 on peux être sûr que y’aura au moins quelques gâteaux. Et j’ai toujours la chance de prendre le cadis avec la roue de travers tu vois c’que je veux dire ?

Donc on prends pas de chariot en faite car il n’y en a plus.

On rentre dans le magasin et comme vous sûrement, j’ai cette foutue sensation quand je passe les portiques de sécurités, même en entrant. Ces trucs ont déjà sonné sur un type qui rentrait juste j’en suis sûr. T’imagine l’angoisse ?

Le pire c’est ceux des caisses, t’a rien fais d’mal mais tu passe ces portiques avec parfois un p’tit pas chaloupé parce qu’on sait jamais. Là si ça sonne c’est la sueur ! Tous le monde te regarde, et la caissière te gratifie automatiquement d’un : « Monsieur ? » et là bah tu fais quoi ? Immédiatement tu penses à baisser ton froc devant elle, te déshabiller façon Magic Mike sauf que, cher lecteur, t’es sûrement pas Channing Tatum.

Mais on vient juste d’entrer dans le Super U là. On se retrouve à l’intérieur ?! Allons-y !

Jaskiers

California Rocket Fuel – Chapitre 1

CALIFORNIA ROCKET FUEL EST UNE FICTION

California Rocket Fuel : un traitement psychiatrique mélangeant Venlafaxine et Mirtazapine pour traiter les dépressions aiguës, névroses sévères, insomnies coriaces entre autres.

Chapitre 1

M’éclater la gueule contre le bureau.

Oui ! Tu vois, prendre de l’élan même, me cambrer en arrière le plus possible et BAM ! Rapide, efficace, surprenant ! Le front qui percute le bureau en bois massif de la psychiatre, sentir l’onde de choc résonner dans ma boîte crânienne et surtout, voir leurs réactions !

J’imagine l’infirmière, elle pousse un crie et la psychiatre qui se recule et me regarde ébahit !

« Oh là y’a un cas là ! »

Hey ouai l’amie, t’as un gros cas là ! Tu va en avoir pour ton argent. Et puis je recommence à prendre de l’élan avec l’envie cette fois d’ajouter mon gros pif dans le coup. BAAM !

C’est ce que je m’imagine planté là, devant elles. J’aimerai le faire juste pour voir leurs réactions. Leurs visages pétrifiés, terrorisées.

Foutu métier que d’être psychiatre. Est-ce que c’est impossible d’être fou quand t’es psy ? Tu t’autodiagnostique ? Ta vie est réglé au millimètre près, à la pensée près ? T’es parfait ? Et si tu te suicide c’est un peu la loose non ? Limite faute professionnelle !

Et si je me levais doucement, et que je commençais à faire d’amples mouvements avec les bras et mon bassin et que j’entonnais un « hmmmmmm » même, je pourrais dire quelque chose comme : « Vous sentez vous aussi cette tension ?! Oh oui chuuut j’invoque ! » Et je gueule d’un seul coup d’un seul « WE WANT THE WORLD AND WE WANT IT… NOW » et je me dandine comme Jim Morrison. Et je finis par un « All right all right ! »

Une performance psychédélique pour la psychiatre acariâtre, dame maigre, cheveux blanc qui ressemble à la tante avec qui votre mère se prends la tête. Elle a toujours les yeux sur l’écran, peut-être qu’elle se tape un solitaire.

L’infirmière est trentenaire. On l’a sens terrorisé par cette femme, acquiesçant à tous ce qu’elle dit, la psy’. Elle aide aussi la docteur avec son ordinateur.

« Non madame, il faut cliquer juste là.

Là ?

Non là.

Là ?

Oui. »

Sacré duo !

La pauvre. Travailler avec une femme comme ça, la panacée !

Et j’attends les médicaments. Ce sera duoxetine et norset.

« Et si vous avez peur du traitement, vous n’avez qu’a vous renseigner. »

Bien sûr, au lieu d’expliquer au patient, autant qu’il ou elle cherche sur internet. Internet ça fait tous maintenant. Vous voulez savoir pourquoi vous avez la diarrhée aujourd’hui, et bah doctissimo vous dira que c’est sûrement un cancer du cerveau. Panique pas, internet a des remèdes miracles ! Tu peux même grossir ton penis à l’aide d’une pilule magique ! En plus, elle guérira ton cancer mais aussi ta dépression et en prime, si tu l’a mélange à des herbes aromatisées elles te feront maigrir et tu aura une réduction d’impôts ! Et pendant que tu y es lecteur, accepte l’offre du prince saoudiens super riche qui t’a contacté par mail et qui a besoin de toi pour fuir en France. C’est pas une arnaque tu verra !

Toujours est-il que je sors. Je croise des cou-cous comme moi. Des types de toutes les couleurs des femmes, des hommes, des cyborgs !

« Quand est-ce que vous êtes disponible Telemaque ? »

J’adore cette question. Je ne travail pas, en faite si, ma vie c’est de rester en vie. Un peu comme tous le monde, ou presque, peut-être comme les Kardashian mais moi j’suis en mode hardcore, sans sex-tape ni les millions. Pas moi qu’est décidé vraiment d’être déglingué du cerveau. Bon j’lui ai pas répondu ça bien sûr car je suis conscient. Enfin je crois.

« N’importe, comme ça vous arrange.

Mardi 12 à 15h ? »

Non j’ai pas envie mais je réponds

« Oui oui merci. »

Je dis merci tous le temps comme ça.

« Et pour voir l’infirmière, jeudi 7 a 10 h ?

Oui oui, merci. Au revoir. »

Et j’me tire. J’en ai pleins le cul de ces rendez-vous. Je viens pour faire le plein du cocktail de médocs qu’on appelle « California Rocket Fuel ». Je sais car je me suis renseigné sur internet. La vielle psychiatre est en faite une ricaine qui va pécho du jeunot en Floride pendant le spring-break. J’savais bien qu’y’ avais un truc avec elle. Au détour elle va a une conférence de psychiatre, un truc, j’en suis sûr, qui doit ressembler à un rite de la Bohemian Grove Society. Puis elle répare pour Vegas et se fracasse la tête comme Hunter S. Thompson, et se fait bourlinguer par des escorts boys qui profiterons de son coma pour lui faire les poches mais, pas surprise, elle avait tout prévu avant. Il reparte la queue entre les jambes, avec sûrement quelques toiles d’araignée dessus. Et une MST et la coronavirus variant VegasCon. Ça se soigne par inhalation de poudre de coca.

Je sors.

Et ça klaxonne. Là, dans la voiture de marque japonaise blanche, c’est ma blonde, qui est brune. Nan chèr(e)s lecteurs et lectrices, c’est pas une bière qui conduit. C’est les Canadiens nos cousins qui surnomment leurs demoiselles comme cela. Et pour eux des « gosses » ce n’est pas des marmots mais des testicules. Enfin j’crois. Ils sont taquins les cousins canadien tabernacle !

Quand elle klaxonne ça veut dire qu’il faut que je me grouille le cul. La pauvre.

J’ouvre la portière et c’est des discussions bateaux :

« Ça s’est bien passé ?

Oui

T’a donné quoi comme médicaments ?

Ça.

C’est quand le prochaine rendez-vous ?

J’m’en rappel plus mais ils m’ont donné un carton, c’est marqué dessus tient garde le s’il te plaît car moi je vais le perdre. C’était pas trop long ?

Non. »

Mais là, je sais qu’elle veut dire oui. Mais elle garde ça pour elle. C’est pas parce qu’elle est gentille, enfin elle l’est mais c’est pour me ressortir en cas d’engueulade :

« Et c’est qui qui t’emmène aux psy et qui t’attend une plombe hein ? »

Mais c’est de bonne guerre tu vois, moi je lui ai dis que c’était une pute par exemple. Juste pour la blesser. C’est le but d’une dispute, blesser l’autre le plus possible et après t’as gagné. J’ai aussi dis qu’elle pourrait aller faire le tapin quand même histoire de ramener plus d’argent à la maison qui est en faite un appartement minable où le gamin du haut passe ses journées à courir. D’ailleurs dans des pensées inavouables tu rêve de balancer le gamin par la fenêtre et de te taper sa mère, avec consentement bien sûr tu vois, t’es érotomane, fou et t’a déjà défenestré un gamin donc va pas trop loin dans le délire.

C’est la dame qui conduit. J’aimerai lui dire qu’elle est belle et gentille et tous mais je ne peux plus. Ni la toucher. Y’a un truc qui a merdé dans mon cerveau. La pauvre. Et en plus de ça je n’ai même plus envie de coucher avec elle, elle est belle tu vois, mais le traitement fait que tu pourrais avoir Rihanna, Beyoncé, Miss Univers et Patrick Sébastien nus devant toi que tu ressentirais même pas le désir qui fait monter ton penis en toile de tente. Et même si d’avenir tu l’as, hey bien bonjour l’orgasme ! Tiens, au moins tu tiendras pour celui de ta dame, pour une fois, mais le tiens AhAh tu peux aller te faire foutre (haha).

On sort du parking et on va sûrement faire des courses. Attends t’vas voir le prochain épisode sera peut-être folklorique. À tal’heure !

Jaskiers

Dans les geôles de Sibérie par Yoann Barbereau

Quatrième de couverture :

« Cueilli impréparé, j’étais de ces taulards qui font leur entrée dans le monde sans aucun effet personnel. »

Irkoutsk, Sibérie orientale. Yoann Barbereau dirige une Alliance Française depuis plusieurs années. Près du lac Baikal, il cultive passion littéraire et amour de la Russie. Mais un matin de février, sa vie devient un roman, peut-être un film noir. Il est arrêté sous les yeux de sa fille, torturé puis jeté en prison. Dans l’ombre, des hommes ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom inventé par le KGB : kompromat. Il risque quinze années de camp pour un crime qu’il n’a pas commis. L’heure de l’évasion a sonné…

Un fait étonnant que ce livre écrit par un français, emprisonné en Sibérie, et surtout qui se déroule au début de XXIeme siècle.

Le récit d’une vie qui bascule dans l’enfer sans raison. Yann Barbereau se fait arrêter devant sa fille et sa femme de manière brutale. Pourquoi ? La question le hante. Extrait :

Que diable allais-je foutre dans cette galère ? On m’emmènerait en forêt pour un petit exercice d’intimidation ? Pour m’exécuter ? Mais pour quelle raison ? Au nom de quelle religion obsolète ? Au nom de quels intérêts supérieurs ? Ou alors il s’agirait d’un enlèvement… Ils vont réclamer une rançon ? Improbable. Quelle énorme connerie aurais-je faite ? Qui aurais-je pu offenser récemment ?… Personne… Un politique ? Mais non. Peut-être… Je ne vois pas.

Grand amoureux de la Russie, représentant culturel de la France à Irktousk en Sibérie, il se nourri du froid, de la littérature, des gens et d’amour. Extrait :

Le monde était simple. Devant moi, il y avait l’humanité chaude et minuscule, celle qui fend le cœur. J’étais venu en Sibérie pour ça. Je le croyais.

Trahis par le pays, le gouvernement plutôt, qu’il aimait, il va devoir apprendre à vivre comme un zek argot de russe qui signifie prisonnier. Plus qu’un mot en faite, une condition. Extrait :

« Mais pour ce qui te concerne, silence ! Tu fermes ta gueule. C’est capital. Tu es un zek [prisonnier] ici, c’est-à-dire moins qu’une merde. Nous sommes à la merci de salopards qui peuvent nous frapper, nous torturer, nous mettre plus bas que terre. Ils nous écoutent, ils nous regardent.»

Et vivre, non, survivre en tant que Zek dans une prison de Sibérie en attendant son jugement et son envoie très probable en camps de travail.

Mais que s’est-il passé pour que Yoann finisse dans cette terrible situation. Le FSB, anciennement connu sous le nom de KGB, lui a réservé une petit « surprise », elle s’appelle le Kompromat. Qu’est-ce que ce mot veut dire ? Une contraction russe de Compromis et Dossier. Yoann a été piégé. Pourquoi ? Par qui ? Qui a-t-il offensé ? Quel crime a-t-il commis ? Qui voulait le voir souffrir et mourrir ? Je vous laisse le découvrir dans le livre mais je vous rapporte deux extraits de l’ouvrage décrivant ce qu’est dans le fond et la forme se piège russe du XXIe siècle :

Un homme ayant du savoir-vivre privilégiera le kompromat. C’est une expression du jeu social au début du deuxième millénaire. On travail à la ruine d’une réputation et, dans le même mouvement, on déclenche une procédure judiciaire. Avec les appuis nécessaires, on commandite, on piège, on manipule. L’homme fort peut se débarrasser d’une entreprise concurrente, d’un rival, d’un adversaire politique, il rackette, s’empare du bien d’autrui, aplatit les réfractaires ou se venge ni plus ni moins.

Le kompromat est une mécanique grossière et subtile. La manipulation a beau être criante, un fond de vilénie s’accroche à votre peau. Le prestidigitateur fabrique et lance sa poudre par poignées, il sait pouvoir compter sur quelques faux sages et vrais imbeciles qui répéteront toujours d’un air entendu : « Pas de fumée sans feu. »

Quelqu’un manœuvrait dans l’ombre, et ne faisait pas dans la dentelle. On m’en voulait, et ont le faisait bien voir. Il ne s’agissait pas seulement de m’empêcher de travailler, pas même de m’écarter de la ville ou du pays. On voulait m’enterrer, que j’étouffe sous des tonnes de boue et que j’aille crever en silence dans un camp.

Heureusement, Yoann est plein de ressource, son amour et sa connaissance de la littérature russe, Soljenitsyne, Varlam Chalamov et leurs récits de l’horreur des goulags en tête lui permettront de garder la tête hors de l’eau. Extrait :

Dans un texte sur le monde du crime :

« L’attention des gardiens est toujours moins grande que celle du détenu, nous le savons par Stendhal, qui dit dans La Chartreuse de Parme : ‘Le geôlier pense moins à ses clés que le prisonnier à s’enfuir.’ »

Barbereau s’évade par la lecture et l’écriture. Comme beaucoup, il ne sera jamais seul en présence d’un livre, d’un papier et d’un crayon. Extrait :

La solitude est un bienfait dès lors que l’on dispose de livres, de papier et d’un crayon.

S’évader, l’auteur ne se contentera pas de la lecture et de l’écriture pour cela. Armé de courage, de connaissances et d’alliés russes et de soutiens français (ces derniers donnant une aide plutôt timorée pour la libération d’un compatriote), Yoann réussira, affrontant bien des obstacles et utilisant de subterfuges digne de roman et de film d’espionnage à s’enfuir.

Yoann Barbereau a une plume magnifique. Un amoureux de la littérature russe et française. Le livre n’est pas dénué d’humour, d’amour et de sexe. La vérité a tenu la plume de Yoann, ainsi qu’elle a révélé un talent d’écrivain mélangeant le verbe français avec la culture russe.

Mélange de références d’écrivains et de poètes de l’hexagone et russe, nous avons l’impression, surprenante et désagréable que les récits de Chalamov, Guinsbourg ou autre Soljenitsyne sont encore d’actualités en Russie.

Pays et peuple et culture magnifique, malheureusement plombé par des forces gouvernementales violentes, racistes, homophobique et ploutocratique. L’impression que la Russie est un tableau de maître que les politiques et surtout les oligarques barbouillent sans scrupules.

Jaskiers