La loterie atomique – Chapitre 3

Les chaînes d’informations, avec leurs présentateurs vedettes, qui ressemblaient à des mannequins de publicité pour shampoing hors de prix, récitaient leur texte, les mêmes pour chacun à peu de mots prêts, fournis par le gouvernement, n’existaient que pour faire peur à la population, tout en les rassurants. Étrange dichotomie.

« – Tout va bien, on reçoit quelques bombes sur la gueule ? Et bien nous leur en envoyons le double ! L’ennemi cri famine ! L’adversaire demande pitié ! Ces salauds ont demandé des pourparlers de paix ! Ils faiblissent de minutes en minutes ! Leur air est irrespirable (peut-être faudrait-il leur dire que ‘l’air’ ne connaît pas les frontières, à moins que ce soit le même nuage toxique que Tchernobyl, lui, il avait le respect des frontières !) Nous sommes les meilleurs ! Nos soldats sont tous surentraînés et l’armée possède encore beaucoup d’armes secrètes qui pourraient mettre un terme définitif à ce conflit ! (Pourquoi ne l’utilisent-ils pas ? C’est sûrement secret ça aussi.) Nos dirigeants ont toujours un temps d’avance sur l’ennemi trop idiot ! Notre économie n’a jamais été si florissante ! L’ennemi n’a même plus de maison où aller se réfugier, ils mangent par terre, sucent des cailloux ! Sur le champ de bataille (il n’y en a pas, rappelez-vous), l’adversaire tremble et s’enfuit face à nos braves ! Le monde entier nous soutient, beaucoup nous admirent, nous demandent le secret de nos incroyables succès guerrier ! Voyez comme nous sommes grands, voyez comme ils sont petits ! Portez vos masques ! Réfugiez-vous dans un abris à chaque alerte ! »

Et de l’autre côté de la frontière de l’Est, la télévision émettait les mêmes propos sur le pays de l’ingénieur.

Thomas aurait aimé dire au gens que ce n’est que purs mensonges. d’ouvrir les yeux. Mais à quoi bon ? Dans la vie, souvent, il ne fait pas bon de dire la Vérité. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Surtout que si l’on s’exprime trop ouvertement, le gouvernement à ses sbires, l’unité de protection de la population, ou plutôt l’unité « fermes ta gueule ou bien creuses ta tombe » comme aimait à l’appeler l’ingénieur.

Pour lui, ‘plus le mensonge est gros, plus il passe facilement’ n’était pas un poncif efficace. Thomas dirait plutôt que le mensonge devait être répété, encore et encore jusqu’à ce que les voix qui s’élèvent pour le démentir se fatiguent et abandonnent. Et des mensonges, matraqués tous les soirs à des millions de personnes rivés derrière leurs écrans de télévision, il y en a tous les jours et de toute sorte.

Peut-être qu’au final, boire est exactement ce que son gouvernement voulait qu’il fasse. Tellement plus facile d’endurer quand l’esprit est saoulé. Tellement plus malléable est le cerveau quand il est imbibé de poison. Mais les leaders du pays de Thomas, les mêmes que ceux de Benjamin et Sabine, ne s’inquiétaient pas des pessimistes, des nerveux, des érudits, des intellectuels ou des personnes qui comprenaient le manège qui se tramait derrière ce soit disant conflit.

Ils avaient leur machine à laver le cerveau et les agents pour détruire le corps si besoin.

Pour ces personnes clairvoyantes, ou plutôt avec un esprit critique et une intelligence légèrement supérieure à la moyenne, et à cette époque, il n’était pas difficile de l’être, la vie était un mauvais spectacle mis en scène par des régisseurs richissimes et joué par des acteurs invisible pour un public névrosé et aliéné à souhait.

Peut-être était-ce dû à la frustration, à voir les gens sourire, rigoler, s’aimer, se disputer, se chamailler, faire la fête. C’est peut-être ça la vraie raison de l’alcoolisme de l’ingénieur Thomas. Effet secondaire de l’ignorance : affecte l’entourage. Comme l’alcoolisme.

L’ingénieur faisait partie de ces gens qui réfléchissaient trop. Une mauvaise chose, une maladie psychique qui ne dit pas son nom où ne montre pas sa gravité. Donc Thomas buvait pour éteindre son cerveau, pour l’empoisonner pour devenir lui aussi, le temps que l’alcool se dissolve dans son sang, un ignorant.

Et puis, il était plus facile de prendre un train saoul. En tenant compte de la situation cependant : une fois dans le train en marche, si une bombe nucléaire décidait que c’est sur votre wagon qu’il décide de finir sa sale besogne, il n’y avait pas de fuite possible. Même en dehors d’un train cela dit. Non, en fait, Thomas buvait car à tout moment sa vie pouvait s’arrêter à cause d’un mini engin apocalyptique.

Jaskiers

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La loterie nucléaire – Chapitre 2

Benjamin avait beau jouer le dur, faire mine de ne pas être inquiet, elle voyait dans ses traits l’inquiétude. Plus que les traits, l’attitude, les coups d’œil vifs vers le ciel d’un bleu azur vif, les crispations brèves des lèvres, les mains moites dévoilaient la tension nerveuse de son mari.

« – Benny, tout se passera bien, arrête de t’inquiéter.

  • Je peux pas m’en empêcher… désolé. Ça aurait été plus simple si j’avais pu t’accompagner.
  • Tu n’as jamais vu ma grand-mère et puis, ton boulot passe avant. C’est un peu rustre de la dire mais tu le sais, on ne peut pas se permettre un jour de congé tous les deux en même temps.
  • Oui, je sais. Mais c’est comme ça, tu serais sûrement pareil à ma place non ?
  • Oui, mais regarde, les risques sont minimes !
  • C’est toujours quand on s’y attend le moins que le malheur nous tombe sur la tronche.
  • J’ai marié un éternel pessimiste !
  • Et moi une éternelle optimiste !
  • Les opposés s’attirent… enfin je crois que c’est comme ça qu’on le dit.
  • Et un philosophe en plus !
  • Et une comique en plus ! »

Pendant ce temps-là, dans la même gare mais sur un autre quai, Thomas, ingénieur, célibataire et alcoolique invétéré attendait son train pour Bradpost. Une certaine mission de vérification des armements, ou quelque chose comme cela, il ne se rappelle plus vraiment ce que disait le courrier qu’il avait reçu du ministère de la guerre hier matin. Il avait ouvert l’enveloppe avec une gueule de bois terrible, qu’il atténua avec deux bons verres de whisky. Tout ce qu’il avait retenu, c’était qu’il était attendu à l’Ouest, dans une base arrière. Un militaire gradé l’attendrait sur le quai pour l’emmener au site en question.

Thomas n’était pas un militaire, juste un ingénieur civil dans l’aéronautique qui avait atteint doucement mais sûrement la cinquantaine. D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’il buvait tant. Il regrettait cette jeunesse et cette vie passée trop vite, pourrie par la guerre mais remplie d’histoires de cuite et de soirées délirante dans la capitales. La même chose lui était arrivée à quarante ans. La fameuse crise de la quarantaine, celle qui vous fait regarder en arrière plutôt qu’en avant. Qui vous montre les choses que vous avez manqué et que vous avez raté. Le futur ? Dans le cas de Thomas, il le voyait sombre. Cette guerre stupide, dont tout le monde semblait avoir oublié la raison pour laquelle elle avait commencé, continuait, elle semblait sans fin.

La planète suffoquait, en temps de paix, elle était déjà très mal en point, mais, avec les retombées radioactives, il n’y avait maintenant plus de retour en arrière possible, aucune possibilité de minimiser les dégâts. Tout le monde suffoquait, la faune et la flore dépérissaient à un rythme terrifiant.

D’ailleurs, depuis quelques années, le gouvernement avait commencé à fournir gratuitement des masques à gaz à tous les citoyens. Aucune obligation de le porter, après tout, aux infos, on signalait que le pays de Thomas gagnait, c’est que les attaques ennemis étaient moins puissantes et moins destructives que celle de ses leaders. Mais Thomas avait beau avoir les idées embrouillées, il a compris là que c’était le début de la fin. Les masques à gaz pouvaient être fournis avec des petites bonbonnes d’oxygène. C’étaient aussi des masques à oxygen. Cela se passe de mot. Respirer l’air pur était devenu dangereux, mais tout le monde s’en fichaient. Si le gouvernement avait décrété que les masques et bonbonnes n’étaient pas obligatoires, c’était pour une raison, celle évoquée plus haut ; on gagnait.

Jaskiers

Une année à plus de 500 mots par jour. (Un bilan ?)

C’est fait, écrire plus de (ou au minimum) 500 mots par jour est un défi réussi.

Ce n’était pas facile, des jours avec, des jours sans. Des jours avec un besoin d’écrire, de l’inspiration… et d’autres où l’envie n’était pas là, l’inspiration aux abonnés absents, le moral dans les chaussettes, fatigué, pas envie. Mais je l’ai fait.

Je ne dirais pas que je suis fier, il n’y a rien d’incroyable là-dedans, mais je suis content. J’ai progressé.

J’ai beaucoup appris, mais surtout, j’ai découvert que j’avais encore énormément à apprendre. Des remises en question, des erreurs, un « travail » qui demande beaucoup d’intentions, peaufiner, relire, dépasser la peur de publier certains textes, écrire en anglais, faire des erreurs, les accepter, y remédier et essayer de ne pas les répéter. J’ai aussi réalisé à quel point l’écriture était un art (pour moi, écrire est un art, on peut en débattre mais je me considère comme un artiste avant tout) qui était exigeant.

Il y a eu des moments où je me suis demandé « et puis, à quoi bon, au final, pourquoi m’emmerder à écrire cinq cents mots par jour pendant toute une année ? » mais c’est dans ces moments de doutes intenses qu’il ne faut pas lâcher. Si j’avais abandonné, je n’aurais pas appris toutes ces choses.

Je remercie tous mes lecteurs, fidèles ou de passages. Merci pour vos conseils, vos critiques constructives, vos encouragements et ces mots qui me faisaient chaud au cœur dans les moments de doutes (c’est-à-dire à chaque nouveau texte publié).

Ma vie personnelle a été un peu bousculée, surtout en fin d’année. Ma santé physique se dégrade, ma santé psychique, au contraire, semble prendre un chemin plus rassurant. Même si elle reste fragile.

Voir mon corps changer, vieillir, subir, se dégrader, n’est pas une chose simple à accepter. Vieillir… dans un an et demi, j’aurai trente ans… Je n’arrive pas à réaliser, je n’assume pas. Bizarrement, j’avais l’impression que je ne serai jamais trentenaire, que je vivrais jeune toute ma vie. Bon, trente ans ce n’est pas très vieux, mais ce n’est pas rien non plus. Il va falloir accepter.

J’espère que mon corps ne me lâchera pas. J’ai peur pour lui, et je ne peux pas faire grand-chose pour l’aider. Je sens, au fond de moi, que quelque chose de mauvais se trame pour mon être physique.

Côté psychique, j’attends un potentiel diagnostique qui pourrait expliquer beaucoup de chose concernant mon passé, mon comportement, et peut-être trouver une aide dont j’ai désespérément besoin. Mais rien n’est sûr, je sais qu’une sorte de parcours du combattant m’attend de ce côté-là, et qu’il risque de n’apporter aucune réponse à mes maux. Mais il faut tenter.

Tout ça sombre n’est-ce pas ? Oui, mais j’ai l’écriture et les livres avec moi. Je ne veux pas tomber dans une sorte de délire mégalomane, mais je me dois d’être franc ; je ne crois pas que je serai encore en vie sans la littérature et l’écriture. Ça sonne un peu cliché, borderline pathos, mais c’est comme ça.

J’ai beaucoup de matériel, et je ne sais pas encore si je posterai tout. J’aviserai le moment venu, comme je le fais souvent.

Je clos ce dernier article pour remercier tout ceux qui m’ont lu, même ceux qui n’oublie pas de critiquer mon orthographe ! C’est une chose incroyable, une chance, quelque chose de magique que d’être lu. Je m’excuse pour les fautes d’orthographe, j’essaie de faire de mon mieux. J’ai été très blessé par un commentaire qui me disait que je ne respectais pas mes lecteurs à cause de mes coquilles. Je refuse cette prérogative. Je veux donner à mon lecteur une expérience, et je veux prendre du plaisir (et j’en prends) à écrire et à partager mes écrits. J’espère que vous ne vous êtes jamais senti « blessé » ou pensez que je vous manquez de respect à cause de mes fautes de Français. Je fais de mon mieux, ce n’est pas parfait, loin de là, je le sais, mais je ne peux faire autrement.

Fermons cette parenthèse. J’ai rencontré de merveilleuses personnes, j’ai une chance incroyable de vous avoir. Internet est une chance, un endroit qui ressemble souvent au Far West, mais jamais publier des écrits n’avait été aussi simple et rapide. Et heureusement, ici, j’ai la chance d’être suivis par des personnes que j’apprécie, admire et respecte.

À ceux qui me lisent sans laisser de commentaires, ni de « j’aime », c’est un honneur d’être lu, simplement, et je vous remercie aussi !

Je vous souhaite un bon réveillon de jour de l’an, une pensée à ceux qui seront seuls (comme moi !) et aux plus démunis. Cette année a encore été difficile pour beaucoup. La prochaine le sera tout autant, mais nous nous devons de rester debout. Toujours et encore.

Je ne sais pas encore si je vais m’imposer un défi ou un projet pour l’année qui arrive. Toujours est-il que je garde en tête que j’ai tellement à apprendre, et cela me donne de l’espoir.

Encore merci.

Votre Jaskiers.

Dante’s Dusty Road – Chapitre Final (+ Prologue)

Dans son rêve, il se retrouvait dans un bateau qui tanguait, l’eau faisant un bruit métallique quand elle percutait son embarcation, qui était pourtant en bois.

Il se réveilla en sursaut. Son rêve n’était pas dénué d’une certaine réalité, car il se réveilla et sentit sa voiture se balancer de gauche à droite avec un bruit de crissement.

Il se retourna pour voir le dos d’un bison côté passager arrière sur la droite.

L’auteur démarra la voiture immédiatement et klaxonna, le bison ne fut nullement effarouché. Pire, il semblait encore plus énervé et mit un grand coup de corne dans la vitre, qui se fissura légèrement, puis un autre coup violent vers la roue.

Il démarra en trombe, sentit un poids le retenant. Il n’osait accélérer trop de peur de blesser l’animal et de coincer ses cornes dans la carrosserie de la voiture.

Il klaxonna, cria même. La bête imposante le regarda, il fut terrifié le temps d’une seconde et accéléra, profitant de cette courte pause dans l’entreprise de sabotage du mastodonte.

Transpirant sur le volant, il espérait que la bête n’ait pas percé sa roue ni fait trop de dégâts.

La voiture roulait normalement, mais mieux valait s’arrêter sur le bas côté pour évaluer les dégâts. Il trouva un petit espace en terre sur le bas-côté de la route pour s’arrêter.

La carrosserie était percée au niveau de la portière, la poignée avait été arraché, la jante était rayée et ressortait légèrement de son emplacement. Un vif coup de pied l’a remis en place. Il se pencha pour regarder au niveau des amortisseurs et du disque de frein. Rien ne semblait endommagé, mais le bas de caisse avait pris un mauvais coup. Un trou assez large, où la main entière pouvait passer, se situait entre la portière et le bas de caisse. L’écrivain, encore tout tremblant de la décharge d’adrénaline, savait qu’il allait falloir faire réparer ces dégâts avant qu’ils n’empirent.

Et dire qu’il y aura le chemin du retour. Et Forgan n’aura pas de mécano.

Il espérait ne pas avoir blessé le bison, mais il se souviendrait longtemps du regard de feu, et presque haineux, de la masse de muscle que l’animal lui avait lancé. Il s’en servira pour écrire, peut-être donnera-t-il son regard à une créature infernale dans son prochain ouvrage.

Il reprit la route, il avait dormi toute la nuit. Malgré tout, il se sentait encore épuisé et un léger mal de crâne s’imposait au niveau des yeux.

Et il n’y aura pas de pharmacie à Forgan, il n’y aura rien à Forgan, à par moi. Seul… c’est ce que je voulais non ?

Il ne pouvait s’enlever Springsteen de la tête. Que faire s’il le trouvait garer devant son ranch, ou carrément dedans avec son énorme camion ? Et s’il n’était pas tout seul, mais avec son ami fumeur au langage fleuri ? Et si les flics étaient là eux-aussi ?

Il réfléchissait trop.

Rand alluma la radio, se demandant quel genre de station il pouvait capter dans cette région perdue.

La voix nasillarde d’un jeune Bob Dylan chantait que les temps étaient en train de changer. Du folk, la musique des paysans, la musique du terroir américain. Pourquoi les gens de l’Oklahoma n’étaient-ils pas aussi poétique que les rimes de Bob Dylan ? Enfin, il ne mettait pas tous les citoyens du Middle-West dans le même panier, ce serait injuste et le rabaisserait au même niveau que cette poignée de ploucs qu’il avait rencontré jusque-là.

Le panneau Forgan afficha 20 miles. Autant dire qu’ils lui donnèrent l’impression d’en avoir fait 200 quand, enfin, il arriva.

Forgan, c’était petit, plat, et strictement rien autour à par de l’herbe grillée par le soleil, une curieuse odeur de brûlé et quelques bisons.

Il entra son adresse exacte sur son téléphone qui marquait qu’aucun réseau n’était disponible. Internet ne fonctionnait toujours pas. Il allait devoir se présenter à ses nouveaux voisins plus tôt qu’il ne l’avait prévu pour demander sa route. Pas une seule âme dans la petite ville, ni dans la petite rue principale bordée de petits bâtiments plats, ni dans ses quelques rues perpendiculaires à la principale. Il savait que son ranch n’était pas à Forgan même. Un tout petit peu plus à l’ouest, lui avait-on dit à New-York.

Il s’arrêta dans une ces petite rues perpendiculaires et sortit de la voiture. Il voulait sentir l’air de son nouvel environnement car l’odeur de brûlé qu’il sentait l’inquiétait. Était-ce sa voiture ? Dehors, l’odeur assaillait ses narines. Il fit le tour de la voiture, pas de fumé, l’odeur semblait remplir entièrement l’air de la petite bourgade.

Cette ville serait peut-être le premier témoin de son nouveau roman. Mais difficile d’être témoin de quelque chose quand il n’y a personne.

Après avoir marché seul dans la rue principale, il remarqua qu’il n’y avait aucun commerce, en tout cas aucun d’ouvert en cette matinée. Comment allait-il se nourrir ? Son ranch n’avait aucun animal et il n’était pas fermier pour un sou. Uber-Eat ne devait sûrement pas livrer par ici. L’angoisse l’envahissait.

Pourquoi cette folie ? Il avait eu ce sentiment, cette envie d’aller s’éloigner au milieu du pays. Il avait demandé à sa maison d’édition des adresses, regardé sur internet, et un agent immobilier de la Grosse Pomme lui avait trouvé ce ranch. Il était tellement confiant dans ce projet qu’il l’avait acheté et dépensé de l’argent pour la rénover sans même jamais le voir en vrai, ni même se renseigner sur les alentours.

Il était coincé, pas de nourriture, pas d’internet, pas de station essence. Rien.

Pourquoi personne ne l’avait prévenu ? C’était comme si cet endroit l’avait aimanté, une force inconsciente, ou plutôt très consciente, l’avait entraîné ici, au milieu de nulle part.

C’était peut-être ça être artiste et vivre de, et pour, son art. Obéir à ses envies jusqu’à la folie. Rien de romantique, l’auteur ténébreux et torturé, c’était bien dans le principe, mais en vrai, c’était une lutte de tous les instants.

Quand la survie était devenue optionnelle, l’argent palliant à ce problème, il pouvait dire amen à tous les caprices de son art. Il pouvait ? Non, il le devait.

Il devait être ici, seul, abandonné au milieu de nulle part, dans la poussière et la chaleur, démuni, sans même une bouteille d’eau. Il n’avait plus la force de faire demi-tour, ni de continuer. Il voulait juste disparaître. Il l’a fait, en quelque sorte. Sa disparition ajouterait à sa notoriété une note de mystère qui collerait parfaitement à son image.

Il s’allongea au milieu de la route et ferma les yeux. La solitude extrême. Une petite ville abandonnée remplaçait un New-York bondé de monde.

Son projet d’écriture, c’était peut-être de mourir ici.

Dante se releva rapidement. Déterminé, subitement, à ne pas mourir ici, mais plutôt en société, à la vue de tout le monde. Fini l’envie de solitude. Et il n’avait jamais été question de venir passer l’arme à gauche ici.

Debout sur ses jambes flageolantes, il vit devant lui un énorme feu, une belle bâtisse en bois allait être rongée par les flammes dans quelques instant, une énorme grange, rouge, comme celle qu’il voulait allait subir le même sort.

Parfois, on arrive à son but sans s’en rendre compte. Il suffit de s’arrêter pour contempler le chemin parcouru, pour savoir où nous en sommes et continuer ou pas, notre route.

Et Dante était arrivé.

Le feu. L’incendie. Tout ce qu’il voyait, c’était les flammes qui mangeaient une grande maison et commençaient à dévorer les plus petites installations. C’était son ranch qui partait en fumé.

« – Hey bien, ma vie a fini par devenir un mauvais roman. On récolte ce que l’on sème. Et je n’ai rien semé dans ce ranch. »

Prologue

Dante, assit à sa table habituelle dans son bar préféré de Hell’s Kitchen, The Topito, attendait anxieusement son agent littéraire.

Son nouveau roman fini, qui lui prit six mois à écrire, avait été envoyé à sa maison d’édition qui attendait fiévreusement le travail de leur nouvelle star. Quelques semaines plus tard, son agent l’avait appelé. Ils devaient se rencontrer pour parler d’argent, de droits d’auteur et, sûrement, même si son agent ne le lui avait pas dit, de quelques réajustements à faire dans son nouveau livre.

Rand avait écrit une histoire qui se déroulait dans un désert aride, où des créatures et entités sortaient du sable pour traquer un pauvre homme perdu dans l’immensité dorée.

Il était fébrile, ce deuxième roman devait prouver une bonne fois pour toute qu’il était un écrivain sur qui compter dans les prochaines années. Les critiques l’attendaient au tournant et ne le rateraient pas.

Quand son agent arriva, il vit son grand sourire.

Bonnes nouvelles, s’ils sourient ainsi, bonnes nouvelles.

En effet, son agent lui exposa que la maison d’édition était enchantée par ce roman, quoique surprise.

« – Tu vois Dante, j’l’ai lu moi aussi, il est plus triste qu’effrayant.

– Ah… bon, à peu de chose près, c’est la même chose.

– Pas vraiment. Surtout pour la maison d’édition qui te voyait devenir une poule aux œufs d’or grâce à ton talent de conteur d’histoire terrifiante.

– Hey bien… ça surprendra mon public. Après tout, c’est une bonne chose de ne pas se cantonner à un seul genre

– Oui… Oui évidemment. Mais… bon, je pense que ça va passer, le livre sera bon et les critiques surpris.

– Tant mieux.

– Par contre, je trouve que tu n’es pas trop dans ton assiette depuis quelques mois. C’est cette histoire avec cette Harley de cette station-service perdue en plein Oklahoma ? Faut pas te sentir coupable. Tu n’y es pour rien. C’est horrible mais les féminicides sont de plus en plus courant…

– Ce n’était même plus son mari. Elle a fait de la prison pour s’être défendue contre lui. Je suis persuadé qu’elle n’a pas osé se défendre quand il s’est ramené avec un calibre devant elle… Il ne va même pas faire de tôle, il est considéré comme fou. Qu’elle société de merde ! Et tu ne serais pas dans ton assiette toi non plus si, ajouté à ça, ton ranch à plusieurs millions de dollars, non assuré, brûlait sous tes yeux.

– C’est du passé Dante, passe à autre chose ! Ton livre va bien se vendre, tu vas te renflouer un peu, voir beaucoup. On va faire raquer Hollywood pour les droits cinématographiques !

– Si tu le dis, tant mieux…

– Ce n’est pas le moment de te laisser abattre ! De la concurrence arrive Dante ! La rançon du succès, tu inspires les gens et ils se mettent à écrire.

– Super. Répondit l’écrivain d’un ton blasé.

– Je suis sérieux ! La maison d’édition a reçu un de ces manuscrits mon vieux ! Tu devrais le lire !

– J’ai pas le temps, ni même l’envie de lire.

– Ah ! Arrête de morfondre un peu !

– C’est tout ce que tu avais à me dire ?

– Non ! Je te dis, on a reçu un manuscrit d’un type qui sort de je ne sais où, incroyable. Le type s’appelle Springsteen !

– Springsteen ?!

– Pas Bruce hein, mais un certain Peter Springsteen.

– Oh putain de merde…

– Quoi ? De… ? Attends, son titre c’est le seul truc un peu bancal de son manuscrit : ‘Du feu pour mon ranch’. »

Dante eut l’impression que son cerveau penchait sur la droite, ses yeux et son regard déviaient eux aussi, comme un plan dans un film, comme un navire qui chavire brusquement. Ses oreilles bourdonnèrent et l’envie de vomir le fit se précipiter vers la sortie.

« – Dante ?! Ça va ? Hey !… Ah merde, c’est le titre du livre de Springsteen qui te chamboule ?… J’aurai dû y penser avant, désolé… Je vais envoyer un message à la maison d’édition, ce titre craint vraiment trop… »

Essayant de prendre appuis sur une borne incendie sur le trottoir et de reprendre ses esprits, une voix familière interpella l’écrivain :

« – Si c’est pas gratte-papier ! Gratte-papier dans la ville des grattes-ciel ! Ça fera un bon titre pour mon prochain bouquin. Et désolé pour ton ranch l’ami, sans rancune entre écrivain maintenant, hein ? J’ai énervé quelques personnes en te dévoilant mon petit trafic et j’ai dû prendre les devants tu vois, brûler ton ranch, c’est comme le Joker quand il dit ‘c’est pas une question d’argent, c’est plus pour envoyer un message’ ou un truc du genre. Mais bon, tu m’en veux pas hein ? On est pareil tous les deux, au final ! Springsteen et Dante, ça ferait de beaux noms pour les personnages d’un roman noir ! »

FIN

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 22

Une station essence se proposa à lui. Mettre son essence lui-même, demander au tenancier un coca, ou ce qui pouvait remplacer la caféine, un ou deux sandwichs et repartir. Il avait fait ses besoins sur le bord de la route, profitant d’y être seul sur cette dernière. Il fallait, avant tout, être efficient, faire vite pour arriver au ranch.

Il s’arrêta à la pompe, regretta de ne pas avoir fumé une cigarette avant, descendit et emboîta la pompe dans son véhicule. Personne ne sortait du magasin. Avec un bref coup d’œil, il pensait même qu’elle était fermée, rien ne filtrait de l’intérieur.

Tant mieux, je m’arrêterai à la première supérette du coin, je n’aurai qu’à passer devant un ou une caissière qui ne voudrait qu’une seule chose : que ma sale dégaine de Yankee aux yeux cernés déguerpisse. Ne pas faire de vague et tout ira bien.

Il faillit salir ses chaussures en retirant la pompe, il avait retenu la leçon de la dernière fois. Pas d’essence sur ses habits.

Il remonta dans sa voiture et partit en vadrouille à la recherche d’un Wallmart, d’un Target ou n’importe quel magasin pour faire ses emplettes et repartir aussitôt. La fatigue était là, mais s’il ne pouvait plus garder ses paupières ouvertes, il s’arrêterait au bord de la route pour un somme rapide. Dangereux oui, mais mieux valait risquer le danger d’un somme en solitaire sur le bord d’une route que de provoquer une rixe dans l’hôtel très bon marché de la ville.

Rien ne semblait vivant dans ce patelin, à par les bisons flânant dans les immenses champs qui entouraient la petite ville. Il semblait être rentré dans un décor de far-west moderne.

Il chercha une connexion à Internet avec son téléphone avec l’espoir de trouver une supérette pour se ravitailler avant la dernière ligne droite. Après Buffalo, direction Forgan s’en regarder en arrière. Son cerveau et son corps réclamait non seulement du repos, mais aussi, de l’écriture. Le besoin de catharsis, de poser des mots sur ce qu’il avait vécu jusqu’ici. s’imposait pour sa santé psychique. Et aussi, pour commencer son nouveau roman.

Il trouva un magasin, appelé Venture, de plain-pied, sans l’aide d’internet qu’il ne recevait toujours pas. Le magasin avait l’air d’un vieux et ancien motel. Le parking était vide.

Quand il rentra dans ce magasin, il découvrit que c’était en faite un restaurant plus qu’autre chose. L’écrivain espérait qu’il aurait la possibilité de prendre un plat à emporter, on était en Amérique après tout, aucun doute, pour de l’argent, l’Amérique vous offre tout ce que vous voulez.

Il attendit au comptoir, qui était vide, la seule présence des menus imprimés indiquait que le restaurant n’était pas abandonné. Il en prit un.

De la viande. Que de la viande. De la viande à la viande à la sauce viande avec un dessert à la viande. C’était le pays des bisons, le business principal de la ville. Après tout, la ville s’appelait Buffalo.

Une femme de quarante ans, la teinture blonde en fin de vie, des cernes et des rides marquées sur le visage et d’une maigreur inquiétante se présenta lui.

« -Vous désirez ?

– Je cherche quelque chose à emporter.

– D’accord, vous avez vu le menu ?

– Oui, mais je n’ai pas encore trouvé ce qu’il y a à emporter.

– La section sandwich se trouve à la fin. »

Rand fit défiler les pages du menu et découvrit les sandwichs, tout à la viande.

« -Vous avez besoin de conseil ? »

Il lâcha un petit rire. Il avait le choix entre sandwich à la viande de bison avec salade, tomate et moutarde, ou sandwich au bison avec de la mayonnaise.

« – Je vais prendre le sandwich complet.

– Salade, tomate et moutarde ?

– C’est ça.

– Et comme rafraîchissement ?

– Vous avez du café ?

– Oui mais malheureusement pas à emporter.

– Je vais vous prendre du coca.

– Nous n’avons que du Pepsi, cela vous va ?

– Oui merci. »

Elle se retourna pour partir dans la cuisine. Il vît par la porte entrouverte l’état lamentable des cuisines. Poussières, graisses, détritus, sangs, il ne manquait que la présence d’un rat pour combler le tableau.

Il va falloir faire fît de ces horreurs, se dit Rand à lui-même et à son estomac.

Dante pouvait entendre les bruits de couteau, celui d’un micro-onde et les voix de la serveuse et de la cuisinière.

Et si ce sang… non c’était trop, même s’il avait eu le droit à des hurluberlus, la probabilité d’ajouter à ses rencontres déstabilisantes, une meurtrière qui cuisinerait les morceaux de ses victimes humaines pour les vendre à ses clients était quasi-nul.

Quasi-nul ne veut pas dire nul, et plus rien ne me surprendrai. Je commence à perdre la tête. T’es parano Dante, arrête de penser à des conneries, si ça se trouve, c’est une déformation professionnelle, le risque quand t’es auteur de romans d’épouvantes.

La serveuse sortit de la cuisine, le gratifia d’un sourire et d’un « Ça arrive monsieur, merci de votre patience. »

Au moins était-elle polie pour une potentielle Serial-Killer cannibale… Allez Dante, arrête tes bêtises.

Il attendit encore cinq minutes. Le restaurant était désert, les menus et les couverts étaient recouverts d’une fine couche de poussière. L’air était lourd, pas extrêmement chaud, mais respirer commençait à être difficile.

Ou bien je suis en train de faire une crise d’angoisse ou bien le DustBowl a encore de l’influence sur le pays.

Les crises d’angoisses avaient été ses compagnons d’enfance et d’adolescence, jusqu’à ce que ses parents ait assez d’argent pour l’amener voir une thérapeute. Thérapeute et thérapie qui s’avérèrent être extrêmement efficaces et, à force d’exercices, réussirent à diminuer très fortement ses crises, jusqu’à ce qu’elles ne deviennent plus que des mauvais souvenirs. Il se rappelait qu’il ne fallait surtout pas oublier de bien respirer, mais l’air semblait empli de poussière. Il lui fallait aussi observer l’environnement autour de lui, mais il était tellement terne et misérable qu’il commença à paniquer.

Enfin, elle arriva, son sandwich placé dans un papier, son pepsi bien frais à la main. Il paya son dû, la carte bleue tremblante dans sa main. Il sentait les regards plein de jugement que devait poser sur lui la serveuse. Il transpirait à pleine gouttes. Tom pria intérieurement que sa carte passe, ce qu’elle fit. Il ramassa son dîner, et partit.

« – Bon appétit monsieur.
– Merci à vous aussi. »

À vous aussi ? Sérieusement ? Dante Thomas Rand ce que tu peux être idiot parfois.

En rentrant dans sa voiture, il s’imaginât la serveuse rigolant. C’était comme dire à quelqu’un « bonjour » et qu’il vous répondait « bonsoir ». Non seulement cela le faisait se sentir idiot, mais il se sentait humilié par la personne qui avait eu plus de présence d’esprit en lui indiquant que c’était le soir.

Les interactions humaines sont compliquées. Ou plutôt, je les rends compliquées.

Il sortit le sandwich de son papier, regarda la viande grossièrement apposée, respira un grand coup pour enlever la pensée qu’il mangeait peut-être de la viande humaine.

Non, c’est du bison…

Il regarda autour de lui. Tout près de lui, il y avait un champ immense avec un bison solitaire qui le regardait.

Putain, il sait. Les animaux ne sont pas idiots. Si ça se trouve, je suis en train de manger son frère. Merde.

Il reposa le sandwich, il n’avait plus faim. Il ouvrit sa cannette de soda qu’il but d’un trait.

Le soleil commençait à abandonner le ciel. L’écrivain reparti, direction Forgan. Il n’y avait pas de panneaux indiquant la ville mais il suivait ceux de Knowles.

Comme le nom de jeune fille de Beyoncé.

Cette pensée le fit sourire. Sourire qui ne resta longtemps sur le visage car la fatigue commençait déjà à fermer ses paupières. De plus, il n’avait pas mangé.

Après quelque miles, une dizaine peut-être, il s’arrêta sur le bas côté de la route, une petite place labourée par les pneus des paysans du coin, qui devaient passer par là pour rentrer dans leurs champs, s’occuper de leurs bêtes, de leurs bisons chéris.

Il fuma une cigarette, la nuit était tombée, les lumières du tableau de bord étaient éteintes. Silence. Il écrasa son mégot dans un étui en ferraille qu’il avait trouvé dans sa boîte à gant, étui qui semblait sortir de nulle part. Il abaissa son siège, vérifia si les portes étaient fermées et ferma les yeux.

Le dernier repos du juste avant l’arrivée.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 21

La route était encore déserte. Il ne croisait que quelque voiture, de temps en temps. Dante avait le pied lourd sur l’accélérateur, quitte à se faire arrêter encore une fois, il paierait son amende sur le champ et repartirait de plus belle.

Buffalo. Ce nom en jette sec !

Il était curieux de voir à quoi pouvait ressembler cette ville. Curieux, mais aussi apeuré et fatigué. Qu’allait lui réserver Buffalo ?

Un petit brin d’espérance était présent en lui. Buffalo, c’était peut-être une ville assez peuplée, et statistiquement, il pourrait tomber sur de bonnes personnes. Il devait cependant revoir sa définition de « bonne » personnes. En était-il une lui même ?

Aider cette femme, il ne l’avait fait que parce qu’il détestait l’injustice. Et parce que c’était la seule personne, jusqu’ici, avec qui il avait eu une discutions normale.

La fatigue était encore là, il arrêta sa réflexion philosophique pour débattre avec son corps sur la marche à suivre.

Fallait-il risquer prendre une chambre d’hôtel, de haut standing, tant qu’à faire, ou faire le plein de caféine et repartir à l’assaut de la route comme un Hunter S. Thompson sous acide ?

Les panneaux indiqués que Buffalo se rapprochait, il avait roulé comme un hors-la-loi, à fond. Il avait même réessayé de mettre Springsteen, mais sa voix geularde lui donnait envie de s’arrêter devant le premier bouseux pour lui lâcher toute sa rage.

Mais la rage, c’était l’apanage de ces gens, il ne voulait pas devenir comme eux. Cette seule pensée qu’il aurait pu faire ça le fit frémir, la mentalité arriérée de ces enfoirés commençait doucement à déteindre sur lui. On est le fruit de l’endroit où l’on a grandi.

On est comme marqué au fer rouge par l’environnement qui nous a vu grandir, après, il ne tient qu’à notre bon vouloir de s’ouvrir aux autres, à d’autres croyances, sans pour autant les accepter ou les comprendre totalement, mais pour, au moins, rester conscient que le monde ne s’arrêtait pas aux frontières de nos états, de nos villes, de nos banlieues, de nos rues.

L’écrivain aima cette réflexion qui venait juste de germer en lui. Ne voulant pas s’arrêter pour l’écrire dans son carnet de note, il espérait garder cette pensée en mémoire pour l’étaler dans son prochain roman.

Il vit le panneau de Buffalo, comme il s’en doutait, les habitants avaient affichés l’animal comme le symbole de leur ville. Une ville plate, sans building, sans fioriture, sans âme, ou plutôt si, l’âme banale des petites villes du Middle West américain, comme Alva, poussiéreuse et rustre qui semblait ne s’être jamais vraiment relevées du désastre du DustBowl.

Les gens étaient peut-être aigris pour cette raison, le sable s’était engouffré dans leurs âmes et leurs chaires. Des décennies de pauvreté, de souffrance, de travail pour presque rien. L’argent semblait s’être envolé avec les tempêtes de sables pour se retrouver dans les poches de millionnaires et milliardaires de la côte Ouest et Est.

Pas étonnant, me ramener ici avec une berline allemande neuve et un sourire Colgate n’allait pas m’attirer des sympathies.

À New-York si, mais ici, le temps et l’environnement était différent, l’histoire et son lot de souffrance aussi. Mais ça n’excusait pas tout. Loin de là.

Il fallait rester ouvert d’esprit et compréhensif avec l’Oklahoma. Et dès que ça commençait à tourner au vinaigre, se taire et partir.

Toujours est-il que Buffalo ne semblait pas avoir d’hôtel, et s’il en trouvait un, ce ne serait pas un Hilton. Il allait devoir côtoyer les citoyens de Buffalo et il n’en avait pas franchement envie.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 20

Quand il entra, la jeune femme, elle devait avoir tout juste la trentaine, pleurait et sursauta quand elle le vit s’approcher d’elle.

« Vous allez bien ? » Question stupide se dit Rand en lui-même.

« – Pourquoi vous êtes revenus ? Vous allez vous attirer des ennuis. »

– Je ne suis plus à un soucis près vous savez.

– Vous devriez partir. S’ils repassent vous allez avoir droit à une visite au poste.

– Je ne fais rien d’illégal ! J’ai oublié de vous acheter des chaussettes !

– Ah…

– C’est du harcèlement ce qu’ils vous font subit !

– Ils… font leur boulot.

– C’est pas plutôt à un agent de probation, ou quelque chose dans le genre, de vous surveiller ? Enfin… vous aider plutôt.

– Si.

– Vous en avez un ?

– Oui, et eux en plus.

– Sacrés cerbères que vous avez…

– Oui…

– Vous… vous avez un avocat ?

– Oui…

– Commis d’office ?

– Oui…

– Et vous êtes encore en contact avec lui.

– Oh non, pas vraiment.

– Vous lui avez parlé de ce que vous subissez ?

– Non, et puis au final, je le mérite.

– Comment ça ?

– Ils ont sûrement dû vous le dire…

– Défoncer la boîte crânienne de votre mari ? Oui ils me l’ont dit…

– J’ai honte.

– Je suis sûr que vous n’avez pas prise la tête de votre mari pour une balle de baseball sans raison. C’était un de ces enfoirés hein ? »

Elle marqua une longue pose, mais ses sanglots repartirent de plus belle. Dante ne savait pas quoi faire et surtout, ne savait pas pourquoi, au final, il était revenu. Peut-être que la misogynie belliqueuses des deux cow-boys lui avait donnée l’envie de prouver à cette femme que tous les hommes n’étaient pas des porcs.

« – C’était compliqué Monsieur Rand.

– Je n’en doute pas une seconde.

– J’ai eu ce que je méritais.

– Est-ce que je peux vous demandez pourquoi vous avez fait ça ? Légitime défense ?

– Oui… d’une certaine manière.

– Laissez-moi vous faire un chèque, je peux contacter un bon avocat pour vous défendre.

– Non non ! Laissez-moi je vous en prie ! Je suis habituée !

– Mais vous n’allez pas continuer à vivre avec les flics aux trousses encore toute votre vie. Ils attendent le moindre faux pas de votre part !

– Je paie ma dette envers la société.

– Connerie oui ! Ils vous font culpabiliser ! Vous avez fait une erreur, ou peut-être pas, si c’était de la légitime défense. Et même, ce n’est pas le boulot des flics de harceler les gens, même ceux en probation.

– Je sais…

– Vous en avez parlée à votre agent de probation n’est-ce pas ?

– Il me dira quoi ? Que je me rebelle ? Et il trouvera un moyen de me remettre derrière les barreaux, car je suis une déséquilibrée, instable ?

– J’ai été témoin de leurs abus de pouvoir !

– Je suis juste fatiguée.

– Je suppose que vous ne pouvez pas sortir de la ville…

– Vous supposez bien.

– Fais chier ! »

Dante sortit son téléphone, son bloc-note et son stylo. Nota son numéro de téléphone et le numéro du cabinet d’avocat qui s’occupe de ses affaires légales à Manhattan, New-York.

« – Tenez, mon numéro et celui de l’étude d’avocat qui s’occupe de mes affaires. Je les appellerai quand je sortirai et je leur parlerai de votre cas. Aussi acceptez ça. »

Il sortit son chéquier, fit un chèque de 5 000 dollars et lui tendit.

Elle faillit s’évanouir à la vue du chiffre sur le chèque.

« – Je ne peux vraiment pas accepter… ils ont les yeux sur mon compte en banque.

– Il y a mon nom sur ce chèque, j’ai le droit de faire un chèque à qui je veux ! Encaissez-le. Gardez-en pour l’avocat. Je vous aiderai financièrement et je vous obtiendrai un bon avocat pour être à vos côtés, je ne peux pas faire grand-chose d’autre.

– Vous plaisantez ? C’est déjà beaucoup. Beaucoup trop. »

Il lui posa une main sur l’épaule puis la regarda droit dans les yeux.

« – Ayez confiance en moi. Les poulets vous lâcheront la grappe quand ils seront qu’un avocat de Manhattan vous défend maintenant. Et sûrement que cet avocat arrivera à vous tirer de cette sale affaire.

– Je ne sais pas comment vous remercier…

– En ne baissant pas les bras. Promis ? »

Elle fit oui de la tête. Rand se dirigea vers la sortie, fit un sourire à sa fan avant de se rendre compte qu’il ne lui avait jamais demandé son prénom.

« -Une dernière chose, comment vous appelez-vous ?

– Harley. Merci encore.

– Courage Harley. Et pour les chaussettes, je ferai sans ! »

Il regarda aux alentours, ne vit aucune voiture de flics. Il se dépêcha de rentrer dans sa voiture, démarra. Il mit son potable en connection Bluetooth avec sa voiture et contacta l’étude d’avocat de Manhattan.

« – Cabinet LeMaher, Sabine a l’appareil.

– Bonjour Sabine, c’est Dante Rand.

– Bonjour Dante ! Comment allez-vous ?

– Bien. Dites, puis-je parler à David s’il vous plaît.

– Un instant, je vérifie s’il est disponible. »

La musique d’attente se déclencha. Peu de temps car une voix rauque retentit.

« – Allô monsieur Rand !

– Bonjour monsieur LeMaher !

– Appelez-moi David ! Comment ça vas en Oklahoma ?

– Bien, dite, je suis tombé sur une jeune femme harcelée par des bouseux de flics. Je lui ai donné votre numéro et de l’argent pour vos honoraires. J’espérai que vous pourriez l’aider…

– Quel samaritain ! Vous êtes amoureux ?

– Non David, je ne plaisante pas, elle a besoin d’aide. Elle est sous probation, mais les flics surveillent le moindre de ses faits et gestes.

– C’est à un agent de probation de s’occuper de ça ! Et encore !

– Elle a un agent qui ne semble pas s’occuper d’elle, et pire, qui cherche à la faire retourner derrière les barreaux.

– Elle a fait de la prison pour quoi ?

– Elle s’est défendu à coup de batte de baseball contre son mari, qui n’avait pas l’air d’être un saint si vous voyez ce que je veux dire…

– Elle l’a tué ?

– Non, mais il est handicapé à vie. Écoutez j’en sais pas plus.

– Rand, moi j’m’occupe des affaires, du business, je fais pas dans la personne… dans les mœurs. C’est très bancale votre demande.

– Vous avez sûrement un collègue qui pourrait s’en occuper.

– Oui sûrement…

– Et je suis sûr que vous pouvez gérer cela. Vous avez le feu en vous, je suis sûr que vous avez envie de casser du flic et de secouer le système judiciaire de ces bouseux.

– Dit comme cela, c’est sûr que ça m’intéresse !

– Je paierai les honoraires, ok ?

– On verra pour l’argent plus tard. Vous avez son numéro ?

– Elle vous appellera. Ou si jamais elle n’ose pas, peut-être m’appellera-t-elle. Si vous n’avez pas de nouvelles d’ici deux jours, appelez-moi.

– C’est quoi son nom à votre dame ?

– Harley.

– Ok, c’est noté.

– Merci bien David !

– Hey ! Moi je suis toujours partant pour casser du bouseux.

– Je peux te dire que niveau racisme, misogynie et tout ce qui va avec, tu vas être servis. J’ai même rencontré un dealer d’arme qui croyait que j’étais du FBI !

– À la bonne heure ! Tu as besoin de moi pour quelque chose d’autre pendant qu’on y est ?

– Non, merci. Je compte sur toi.

– Pas de soucis. »

Il était déjà sorti de Alva, il ne s’en était même pas rendu compte.

À cinq miles, il réalisa qu’il avait complètement oublié d’acheter ses outils de dépannage. En aucun cas il ne retournerait à Alva. Autant ne pas tenter le diable. Il n’avait qu’à prier que tout se passe bien à Buffalo.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 19

Son estomac s’effondra dans ses talons.

Putain, on a même plus le droit de s’en griller une en voiture maintenant ? Si Hunter S. Thompson était encore de notre monde…

Il regarda anxieusement la voiture de police passer à côté de la sienne, se garer vers le magasin de la station-service. Deux policiers en sortirent. Il vit sa fan sortir des toilettes et pointer du doigt la voiture de Rand.

Nan. Mais non elle n’a pas fais ça quand même !

Les deux flics s’approchèrent et lui firent signe de baisser sa vitre.

« – Bonjour monsieur, ne vous inquiétez pas, nous avons juste une question à vous poser.

– Messieurs. Allez-y je vous en prie.

– Est-ce que cette dame, l’un des policiers pointa la femme de la station-service du doigt, a consommé de l’alcool, de la drogue ou vous a proposé de l’argent contre une relation sexuelle ?

– Non… non pas du tout.

– A-t-elle eu un comportement dangereux pour vous ou pour elle-même ? »

Tom se rappelait l’avoir vu sortir, une cigarette allumée au bec. Allumer une cigarette au milieu d’une station-service n’était sûrement pas une chose à rapporter aux cow-boys.

« – Non, non rien de tout ça.

– Vous a-t-elle menacé d’une quelconque manière ? Verbalement ? Physiquement ?

– Non monsieur, c’est une personne très amicale et intelligente, enfin le peu de temps que j’ai eu à converser avec elle.

– Vous êtes sûr ? N’ayez pas peur, elle ne peut pas vous faire de mal.

– Non messieurs, elle n’a pas du tout était agressive, ni menaçante.

– Vous êtes nouveau par ici ?

– Je suis juste de passage.

– D’accord… »

Le deuxième flic, qui jusque-là n’avait dit aucun mots, s’approcha de Dante et chuchota :

« – Elle est en probation.

– Ah bon ?

– Elle a fracassé le crâne de son mari avec une batte de baseball.

– Putain de…

– Il est encore vivant mais il n’est plus vraiment… Le flic fit une moue de la tête des plus expressives.

– Ah. Légitime défense peut-être ?

– Stephen ? Il aurait pas fait de mal à une mouche !

– Son mari ?

– Oui.

– Vous savez, parfois les apparences sont trompeuses. » Dit le premier flic qui lui avait parlé.

Rand jeta un œil à sa lectrice dans le rétroviseur, qui les regardait en se rongeant les ongles.

« – Oui, surtout avec les femmes vénales comme elles. Mais on les a dans le collimateur ces sales putains. » Répliqua le deuxième officier.

Dante Rand resta bouche bée à cause de ce que les agents venaient de lui dévoiler et par les paroles proférées par des défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

« – Vous feriez bien de partir car elle vous a vu nous parler.

– Mais elle n’a rien fait de mal messieurs, je vous promets.

– On vous croit ! On vous laisse repartir. Merci pour votre coopération.

– De rien… »

Il remonta sa vitre, ne repartant pas tout de suite, regardant les flics revenir vers la femme qui baissait les yeux et acquiesçait. Quand il vit les garants de la loi se diriger vers leur voiture, il démarra, mais ne se dirigea pas vers la sortie de la ville, il voulait aller parler à cette femme. Elle avait l’air innocente, ou en tout cas, pas la manipulatrice perverse que les messieurs à l’insigne lui avaient décris.

Mais peut-être que les meilleurs manipulateurs vous manipulent sans que vous ne vous en rendiez compte…

Il fit le tour d’un pâté de maison, en essayant de se repérer tant bien que mal, et arriva à l’entrée de la station-service. Pas de cowboys. L’écrivain profita de l’occasion et se gara juste à côté du magasin.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 18

La mauvaise réputation des toilettes de stations-services.

Petite bâtisse blanche, ou presque, de plein pied, la porte, d’un vert fatigué, était taguée et montrait des signes alarmant d’usures. Elle grinça à l’entrée de l’écrivain.
Un tout petit hall d’entrée avec des lavabos sur le mur faisant face à la porte. Une porte de chaque côté, à gauche les femmes, les hommes à droite.

Dante Rand rentra dans la section des hommes et constata qu’il n’y avait pas de toilettes, mais seulement des urinoirs. Rien pour pouvoir se déshabiller sans être vue. Les WC étaient déserts. Il ne perdit pas de temps, se déshabilla, changea son pantalon, enleva ses chaussures et ses chaussettes en réalisant qu’il avait oublié d’en racheter une autre paire. Il n’aimait pas vraiment déambuler sans chaussettes. Depuis tout petit il avait besoin de les avoir aux pieds. Il enfila sa nouvelle paire de chaussures à la couleur rouge presque aveuglante. Le genre Skechers qu’utilisent les personnes âgées pour rester cool et actif.

Il en profita pour uriner, quand le deuxième appel de la nature se rappela à lui. Il allait devoir essayer les toilettes des femmes pour la grosse commission.

Il passa le couloir et rentra dans les toilettes des femmes, qui possédait des cabines. Dante poussa un soupir de soulagement, s’engouffra dans l’une d’elle et fit ce que la nature lui demandait. Une fois la chasse d’eau tirée, il sortit de la cabine et se retrouva nez à nez avec sa fan tenancière de station-service.

« – Hey bien re-re-bonjour monsieur Rand !

– C’est très gênant je voulais juste des toilettes pour vous savez…

– Oui les toilettes des hommes n’ont que des urinoirs. Que voulez-vous, les hommes ici tiennent chèrement à leurs masculinités.

– Hey bien je ne sais pas comment leurs masculinités leur permet de couler un bronze dans ces urinoirs. Ça doit-être une sacré gymnastique. Limite de l’art pour viser dans le trou !

– Quel poète vous feriez !

– La poésie vous mange dans les mains dans les moments les plus atypiques !

– Je vois ça !

– Bon, je vais pas m’éterniser, je vous remercie encore.

– Pour ?

– Pour votre sympathie et votre compréhension, l’Oklahoma a été jusqu’ici une sacrée épreuve, un chemin de croix, une descente aux enfers, et il me reste encore de la route.

– Vous m’envoyez enchantée et aussi désolé pour votre mauvaise expérience du pays. Bonne route et faite attention à vous !

– Encore merci ! »

L’auteur sortit en trottinant. Il rougissait, légèrement gêné et honteux. Mais quand dame nature appelle, on avise.

Il grimpa dans sa voiture, arrêté au stop de la sortie de la station à essence, il s’alluma une cigarette.

Une voiture de police fit entendre ses sirènes juste devant lui.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 17

« – Re-bonjour monsieur ! Tout va bien ?

– Bonjour. En fait, je me suis déversé un peu d’essence sur les chaussures et le pantalon, et je me demandai si vous vendiez une paire des vêtements.

– Oui, bien sûr…Dites, je peux vous poser une question ?

– Oui…

– Vous êtes l’écrivain là ? Elle pointa du doigt un magazine littéraire, ou son visage était placardé dans un petit encart avec comme titre : « Découvrez le nouveau maître de l’épouvante ! »

– Oui, c’est bien moi.

– Ah ! C’est sympa de savoir qu’un écrivain est dans les parages !

– Pas pour longtemps, je repars immédiatement.

– Pour aller où ?

– Je… je vais rendre visite à un vieux professeur, pour le remercier de m’avoir encouragé à continuer à écrire.

– Oh c’est beau ça, même dans le succès, vous n’oubliez pas d’où vous venez. Vous êtes natif de l’Oklahoma ?

– Non, du tout. Je suis juste resté en contact avec lui. Après tout ce succès, il faut essayer de rester terre-à-terre, et rien de tel qu’un petit retour aux sources.

– Comme Anval.

– Pardon ?

– Anval Thorgenson ? Votre meurtrier sociopathe !

– Ah ! Oui pardon. C’est toujours bizarre quand les gens me parlent de mes personnages comme des vrais gens.

– J’aurai tellement de questions à vous poser ! Mais vous n’êtes pas là pour ça. À vue d’œil, je pense que vous faite du 42 en pointure de chaussure ?

– Vous avez bon œil !

– L’expérience.

– La meilleure des qualités !

– Comme Omar.

– Par… Ah, Omar le flic au bout du rouleau, oui.

– J’adore ce personnage. À quelques jours de la retraite et il doit se coltiner un tueur en série !

– Oui, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce personnage complexe.

– De qui vous êtes vous inspiré ?

– De mon grand-père, principalement.

– Toujours une source solide nos grands-parents.

– C’est vrai !

– Il s’est reconnu ?

– Il n’est plus de ce monde.

– Mes condoléances, je suis désolé.

– C’est pas grave, vous ne pouviez pas savoir.

– Et pour Anval, de qui vous êtes vous inspiré ?

– Simple, imaginez un supporter de Trump, ajouter à cela l’amour des armes à feu, du sexisme, pas mal de xénophobie, mélanger le tout avec l’idéologie suprémaciste blanche et la mythologie nordique, et voilà !

– Fascinant ! Vous avez eu beaucoup de mauvaises critiques de la part de groupuscules d’extrême droite. Vous avez pas peur ?

– Non j’ai reçu des menaces de morts, mais on m’avait dit qu’il fallait s’y attendre. Et emmerder des racistes, c’est un plaisir. Être mal vu par l’extrême-droite, c’est un compliment.

– Les menaces ! La rançon du succès !

– Il faut croire.

– Un nouveau livre en route ?

– En route… oui, on pourrait dire ça.

– Ah ! Un petit avant-goût ?

– Il commence juste, je laisse mes personnages et leurs actions me guider ,donc je n’en sais quasiment pas plus que vous.

– La méthode Stephen King !

– Exactement !

– On sent l’influence de son univers sur le vôtre.

– Ça, je l’assume.

– Et ça marche !

– Merci beaucoup ! »

Elle sortit un exemplaire poche de « Personne n’est en danger ».

« -Est-ce que vous pourriez me signer mon exemplaire.

– Oui bien sûr ! Je vous mets un petit mot ?

– Avec plaisir ! »

Il signa son livre, y apposa un petit mot gentil, puis lui tendit le livre. Pour une fois depuis son entrée dans l’Olkahoma, il pouvait avoir une discussion normale avec un autre humain, en plus, sur un sujet qui le passionnait. Il avait presque envie de rester, mais la crainte que la situation ne se retourne contre lui, d’une manière ou d’une autre, le rappela à l’ordre.

« -Désolé, est-ce que vous avez un jean ?

– Oh oui, désolé, je vous l’apporte.

– N’oubliais pas la paire de chaussures s’il vous plaît. »

Elle revint avec un jean bleu foncé, plutôt élégant étant donné qu’il venait d’un magasin de station essence, et des chaussures couleurs rouge sang. Dante réprima une moue de dégoût à la vue des ces dernières.

« – Il vous plaît le jean ? Je crois que c’est la bonne taille. Pour les chaussures, je sais, elles ont l’air un peu funkie, mais c’est les seules potables que j’ai. Pour le jean, j’ai pris une taille L, retroussez-le, si jamais il est trop grand.

– D’accord, parfait, merci beaucoup.

– Vous voulez vous changer ici ?

– Si possible.

– Les toilettes sont à droite à la sortie, dans la petite bâtisse grise avec une porte verte.

– Je vous remercie ! Combien je vous dois ?

– Oh rien ! Offert par la maison !

– Non, je ne peux pas accepter.

– Mais j’insiste ! C’est bien la première fois que je vois un écrivain ici, autant prendre soin de lui !

– C’est très gentil mais ça me gêne. »

Rand sortit 100 dollars qu’il posa sur le comptoir.

« – Vraiment Monsieur Rand, pas besoin de ça, c’est un cadeau !

– Considérez cela comme un pourboire ! »

L’auteur sortit en vitesse et courut en direction des toilettes. Angoissant à l’avance de ce qui se pourrait se passer dans cet endroit, toujours étrange et glauque, que peuvent être les toilettes d’une station-service en bord de route.

Jaskiers