Chez Ithaque (texte inspiré par James Joyce.)

Accoudés au bars, les trois joyeux lurons étaient déjà bougrement pintés bien que l’horloge a cou-cou n’indiquait que 22h.

« – Hey O’culer ton tour de payer ta tournée plait-il hein !

  • La blonde va gueuler.
    Dommage qu’elle n’aiment pas se mettre une pété de temps en temps
    , dit O’cullaigh.
  • C’moi qui lui met la fessé à ta donze ! Dit Dedlumrgh.
  • Hey Bloom, on refais un tour. C’moi qui passe à la caisse.
  • Prendrez quoi m’ssieurs ?
  • Guinnes, répondit Dedlumrgh
  • Patriote le Catho ! Remarqua Kolvalsk. J’prends un baby !
  • Moi pareil. Répondit O’Cullaigh. »

O’cullaigh piocha tant bien que mal dans sa poche, approcha les shillings à quelques centimètres de ses yeux, ses deux yeux verts louchants.

« – Hey p’tain les gars j’suis riche !

  • Tu vois double surtout !
  • Tu veux j’t’aide à compter ?
  • Ah surtout pas toi Dedlumrgh !
  • Bah demerde toi alors !
  • Hey Bloom, tiens. Il tendit ses pièces et les fit tomber sur la table. Avec ça y’a sûrement assez vas-y donne.
  • Vas y Bloom on commence a rouiller t’es vraiment pas fais pour servir, donne moi l’pub tu va voir c’mment je vais l’gerer ton café ! Proposa Kolvalsk.
  • Autant le donner aux Anglais !
  • Ah ! Breton de l’Ouest de mes couilles j’savais bien que t’était un des leur ! Cria Kolvalsk.
  • Moi j’dis, hoquetât O’Cullaigh, qu’un bon Albion, c’est un Albion mort !
  • Putain ouai mon con ! »

Bloom déposa les verres, ramassa les pièces éparpillées sur le comptoir, fit un rapide compte puis déposa les shillings et pièces en trop.

« – Fortune les gars ! C’est le barman qui me paie pour boire ! »

Tous trois rigolaient quand Antoine entra.

« – Manquait plus que le petit français ! Cria le dockers Kolvalsk

  • Un français ! Sacre Bleu ! Hey prépare la prochaine tournée Bloom c’est La Marianne qui paît !
  • Toi tu perd rien pour attendre sale radin !
  • Voyez vous ça messieurs, hurla Kolvalsk debout, les bras écartés ! Le français qui dit au Catho qu’il est radin !
  • Si c’est pas du foutage de gueule ça mon con !
  • Toujours à s’plaindre ces maudits français ! Aller ‘monsieur Cock’ corico ! vient donc boire un godet ! »

Le français s’avança, serra les fortes mains calleuses du dockers Kolvalsk, les mains douces du botaniste O’Cullaigh et celle bien manucurées du comptable Dedlumrgh.

« – C’est quoi s’t’histoire de catho ? Demanda Antoine.

  • J’en sais rien c’est Kolvalsk qui sort sa d’nul part !
  • C’est qu’mon père s’est un converti, l’était Juifs avant !
  • Ah bah d’accord.
  • C’tais pour rester ici !
  • C’est pas plutôt un protestant ?
  • Ah nous les français on sait protester nous ! Dreyfus oui laisser-le tranquille !
  • C’est triste quand même moi j’dis, hoqueta O’Cullaigh, la religion la vraie, c’est la boisson ! Plus d’bois t’vois bah plus t’es heureux !
  • On s’en fou du type au Calvaire on préfère le Calva ! Éructa le dockers.
  • Moi j’dis, la religion c’est pour éviter de dormir avec la femme du voisin c’tout. Et pour nous casser les couilles avec la boisson ! Dit le français.
  • Bien dit Antoine ! Mais Sacre bleu ça m’empêche pas de baiser la tienne de femme ! Dis le comptable.
  • J’en ai pas donc comme ça t’es bien avancé.
  • Ta mère alors.
  • Pas les mères ça c’est pas Irlandais ! Hurla Kolvalsk, les yeux révulsés ouvrant grand la bouche à chaque syllabe. On accueille bien les étrangers NOUS !
  • L’a pas inventé l’eau chaude le français ! Dit O’cullaigh.
  • C’est qui d’ailleurs qu’la inventé, demanda Dedlumrgh.
  • C’est Prométhée ! Répondit Antoine.
  • Ephaïstos ! Beugla Kolvalsk.
  • Mais non ! C’est…

À cet instant résonna un bruit régulier, les quatre poivreaux se retournèrent pour jeter leurs yeux sur la porte d’entrée du pub.

Y rentra Félix, l’aveugle, qui devait changer de canne plusieurs fois par an à force de la frapper avec force sur sols et obstacles pour tâter son chemin.

« – Hey salut bigleu !

  • Hey j’suis peut-être aveugle mais pas con ! Bloom, y’a une lettre pour moi ?
  • C’est pas la poste ici Félix. Non t’a rien.
  • Bah j’reviendrai demain p’tetre y’aura.
  • Nan je te dis ici c’est un pub ! Pas de lettre, jamais, nada !
  • Attend c’est qui croit que c’est la poste ici ? Demanda O’Cullaigh.
  • Vient tous les jours. Répondit Bloom
  • Fel’ ! T’es con en plus d’être aveugle.
  • Le con de ta mère, répliqua Félix.
  • L’est aveugle depuis qu’il a vu le minou de la reine Victoria, dit Dedlumrgh. Acide sa minette !
  • Broute minou ! Cria Kolvalsk.
  • Dis t’utilise t’a canne pour aut’ chose que marcher pour la casser si souvent ! Pour ça que tu t’assois jamais ! Hurla Dedlumrgh, rouge comme une pivoine. L’était bonne celle-là hein mes cons !
  • Aussi bonne que ta femme à la cuisine, rétorqua l’aveugle.
  • Broute minou t’va brouter le gazon dans pas long !
  • T’es comptable et t’sais meme pas compter !
  • Heureusement que t’a pas à voir ta tronche dans un miroir t’ferai des cauchemars !
  • Enculé !
  • Ordure !
  • Escroc !
  • Poivreau !
  • Pignouf ! »

Dedlumrgh s’avança brusquement, portant difficilement une chaise sur l’épaule, les yeux injecté de sang.

« –Arretez vos connerie, commanda Bloom. Pose cette chaise – tu casse tu paie – et tu va me faire avoir des emmerdes ! Et Félix y’a pas de lettre taille ta route maintenant ! »

Kolvalsk, de loin le plus costaud des alcoolos ramenait le comptable, éructant d’un rire gras.
« – Faut être sacrément siphonné pour vouloir frapper un aveugle » dit le français à O’Cullaigh.
Ce dernier était affalé la tête posée dans ses bras. Le français dit triomphant :

« –C’est une première Bloom ! Un français qui couche un irlandais à la beuverie ! T’as jamais vu ça dans ton pub j’paris !

  • Il a commencé avant toi faut dire ! Et j’en vois pas beaucoup des froggies par ici.
  • Ta ta ta pas d’excuses ! Sert m’en don’ une peinte t’va voir c’que le français il taquine du gosier !
  • Les français hein ? Monsieur Antoine ! Brailla le comptablequisavaitpascompter, bon à rien à part baiser !
  • Mais tu sais ce qu’ils te disent les François ?
  • M’en fou, bon a rien ! On vous donnes tout pour casser de l’anglois et vous arrivez à perdre ! Et Dreyfus hein ?! Z’etes que des mauvais italiens !
  • Mais qu’est-ce que j’ai à voir dans tous ça moi merde j’suis marchant !
  • Va bouffer tes cuisses de grenouilles !
  • Trop occuper à manger celles de ta donzelle ! »

Puis, c’est à ce moment on ne peut plus poétique que le garde civile se pointa.

« – Messieurs !

  • Oui c’est ceux là oui j’les reconnais !
  • Mais vous êtes aveugle cher monsieur !
  • J’suis p’tetre aveugle mais pô’ sourd !
  • Silence ! Tonna la voix de stentor du garde.
  • Désolé monsieur, ils sont agités se soir. Dit Bloom
  • Comme tous les soirs dans votre gargotes on en ramasse toujours quelque pingres !
  • C’pas nous m’sieur, c’est l’aveugle qu’a commencé, plaida O’Cullaigh.
  • Ouai c’est lui, il pense que c’est un guichet de poste ici ! Comment vous pouvez le croire après ça ?! Dit le français.
  • Dans tous les cas, messieurs, vous nous offrez un magnifique tintamarre. Je crois que vous avez le droit à une loge en cellule !
  • Ah bah j’suis franc-maçon j’suis habitué ! »Répondit Dedlumrgh.

A ces mots, le colossegardecivilepascommode prit les trois pintés, les poussa dehors. Nuit noires, froidetresfroid.

« –Fais chier demain j’dois aller voir la pièce de Beats là ! Dit François.


Bah attends, demain, demain c’est loin ! Répondit Kolvalsk.


Hey il peut dire des choses intelligentes parfois lui ! Dit Dedlumrgh, se laissant trainé par le garde.

Je proteste en Protestant ! Cria Antoine.

Par Saint-Barthélémy ! » Cria O’cullaigh

Les trois mousquetaires de la Guiness furent jetés dans la berline. Cette dernière démarrât àfonddetrainlesgrelôts, les chevaux frigorifiés ne se faisaient pas prier pour galoper et la berline de faire des bonds stratosphériques à chaque mauvais tronçon de route, c’est à dire tout les 10 secondeshorlogeenmain. Cou-cou. Oiseau de malheur, plus tu l’entend, moins longtemps que tu as à vivre.

Des Icares ennivrés sarcophagés, carambolages encagés, ces têtes bosselées n’apprendront donc jamais. Ils s’envolent ces artistes de l’ivrogne Bacchus. Peut-être un Pan au tournant. Et ce manger un pin.

Il était exquis d’entendre les passagers gémirent et pour certains, vomirent, pour Félix qui annonça à Bloomlefacteurquestpasvraimentfacteur qu’il reviendrai bah… demain !

« – On va en entendre parler dans tous L’village demain à la première heure… C’est foutrement petit Dublin. Hey James, grattepapier, j’paie ma tournée, tous va bien j’espère ? Pas taché ton beau papier ? Dit Bloom.

Tutto è perfetto ! » Répondit Joyce.


Cette nouvelle est inspirée de mes lectures de Ulysse et Dubliners de James Joyce. Je me suis inspiré de son style, j’ai pioché ces mots et son style parfois atypique principalement dans son Ulysse.

Jaskiers

Écrire est un combat

Grand-père maternel, enfant de la DDAS, travailleur infatigable, amateur d’équitation, dont le rêve aurait-été de devenir Jockey, a aussi été un boxeur et un entraîneur émérite.

Les aléas de la vie ont fait que je ne l’ai pratiquement pas connus. Le peu de temps que nous avons eux l’occasions de passer ensemble se déroulaient devant la télé, avec son cigarillo au bec en regardant l’équitation.

Papy entraîneur de boxe (circa 1997)

Cet homme a survécu à un cancer, les médecins ne lui donnait pas plus de 10% de chance de s’en sortir. Mais un boxeur reste combatif même au-delà du ring.
Il gagna ce premier round contre la maladie.
Malheureusement, elle revint, plus forte que jamais et profitant du vieil âge de mon grand père, il perdit le round, et le combat.

Je n’ai jamais connu mon grand père paternel, mort deux mois après ma naissance. Fan de football, grand lecteur de livres sur la guerre, chef d’entreprise et excellent artisan menuisier. J’ai dû hériter de lui pour la passion de la lecture d’œuvres de guerres. Les gènes voyez-vous…

Je n’ai pratiquement pas connu mon grand père maternel, le boxeur, à part ces quelques petits moments passés ensembles, quelques années avant sa mort.

J’aurai tellement voulu les connaître. Il me semble qu’il est important, autant pour un jeune homme que pour une jeune femme de connaître leur grand père. J’ai peut-être cette fausse image du vieil homme à la barbe blanche fournie, plein de sagesses et d’amour. Des choses à partager, un homme qui vous suivra partout, dans tous vos projets. Ceci n’est que pure spéculation de ma part.

Je n’ai jamais pu leur dire « Je t’aime », ni à l’un ni à l’autre.

Je ne les connaît que par les autres.

Papy Boxeur a eu un fils, qui devint un très jeune champion de boxe au niveau national. Mon oncle.

Mon oncle, encore de ce monde, n’a plus l’air d’être intéressé par ses gloires passées. Les ponts ont été coupé. C’est la vie. C’est la famille. C’est comme ça… Les regrets, c’est sur les innocents qu’ils s’acharnent le plus, je ne suis pas blanc comme neige mais je n’ai jamais voulu pareille situation.

Venons en au gros sujet de l’article : J’ai eu cette passion pour le sport dans ma jeunesse, je l’ai encore mais je voulais dire par là que je n’en pratique plus.

J’ai énormément joué au football, ça fait partie de notre ADN dans la famille. (Allez l’OM en passant !) Mon frère aurait pu devenir joueur de football professionnel, le centre de recrutement de l’OGC Nice l’avait repéré. Mes parents ont refusé de le laisser partir si jeune. Je crois qu’il regrettait leur décision mais il ne l’a jamais dis à mes parents. Il me l’a dis à moi.

C’était un très bon joueur, je regrette personnellement de ne pas l’avoir regardé jouer encore un peu plus.

Papa était un amoureux du foot, mais comme moi, il était nul. Les gènes, c’est bizarres.
Il aimait aussi le sport automobile. Moi ? Je m’en fiche un peu… Beaucoup même. Mais cela reste un sport exigeant, que je respect.

Maman était (je précise qu’elle est encore de ce monde, et j’espère pour très très longtemps encore) rapide sur la piste de course, elle aimait courir, elle aime à me dire qu’elle était la meilleure, je ne l’a remettrait pas en doute car, quand j’étais encore actif, sportivement parlant, j’étais souvent le plus rapide et aussi le plus endurant. Les gènes c’est bizarre…

Mais ce que maman m’a apporté un jour était surprenant. L’amour du sport de combat : la boxe, et le catch (sport de combat le catch ?).

Un jour, elle m’a fais découvrir les films de Rocky, j’étais fasciné, on criait devant l’écran, pourtant ma mère avait vu ces films des dizaines de fois et moi, bien que je réalisais que ce n’était qu’un film, les combats m’emportaient, je découvrais quelque chose de nouveau et merde, j’adorais !

Puis mon frère m’a fais découvrir l’excellent et puissant film Million Dollars Baby de Clint Eastwood avec Hilary Swank en tête d’affiche. Le cinéma et la boxe, c’est beau.

Nous partageons avec ma mère cette même passion. Une nouvelle génération est arrivée les films portant sur le fils d’Apollo Creed, joué par le sublime Michael B. Jordan, nous attendent encore.

Voyez vous, quand j’étais enfant, ma mère était du genre à me réveiller tôt le samedi matin (ou était-ce les dimanches ?) pour regarder le catch.

Je n’ai jamais fais de boxe, je n’en ferai peut-être jamais. Ma condition physique est lamentable, j’ai déjà un gros nez et je suis déjà assez laid comme ça pour ternir mon portrait encore plus. Et la boxe, c’est une hygiène de vie exigeante, presque une religion. Des excuses toujours mais on en trouve plein pour ne pas monter sur un ring.

La discipline, la rigueur, le respect, l’apprentissage, le contrôle de soi et comme écrit plus haut, une hygiène de vie stricte. La boxe a aussi ses dieux, ses légendes et ses mythes. C’est une religion, une mythologie même. Un peu (beaucoup) comme l’écriture non ?

Revenons à nos moutons.

J’étais plutôt bon bagarreur à l’époque. Je faisais du judo à l’école, au collège surtout. Je n’étais pas très grand mais j’étais musclé. Je faisais du sport tous le temps, j’étais plutôt baraqué pour mon âge, tablettes de chocolat (qui ont fondu depuis 3 ans mais qui m’ont valu quelques compliments d’amoureuses) des épaules larges, qui, elles, me sont restées encore aujourd’hui. On m’a parfois demandé si je faisais de la musculation, je ne fais plus de sport mais la musculation, pour moi, c’était pompes, abdos et squats. Pas de salles de gyms à l’ancienne. Comme les Spartiates, à la dure !

Retournons un peu au judo, disons que j’étais le premier de la classe, oui je me lance des fleurs ! J’affrontais plus grand et plus gros que moi, et je gagnais. Le professeur, surpris, demandait aux élèves que je battais comment c’était possible, j’étais vraiment petit. Un camarade (je me rappel encore son nom, la mémoire aussi est bizarre) de dire : « Mais Jaskiers, il a du muscle ! » J’en étais fier !

Un prof de sport qui était aussi un judoka respecté et un entraîneur m’a un jour proposé de rejoindre son club. J’ai refusé.

Le judo est un sport quasi ancestral, on rend hommage à son créateur, on y apprends le respect, des valeurs, le courage, l’apprentissage et plus encore. Mais au fond de moi, je voulais du contact physique plus brutal, des poings ! Frapper, me défendre. Je voulais avoir mal (si si !) et faire mal ! Je voulais apprendre le noble art. Mais devinez quoi ?

Je n’ai jamais eu le foutu courage de passer les portes d’une salle de boxe.

Jamais je n’apprendrai à « danser » (petite référence à Billy Elliot ! ). À flotter comme un papillon et piquer comme une abeille. Comme un certain Mohamed Ali. Un athlète qui combattait la tête haute, qui a refusé d’aller se battre au Vietnam, quitte a perdre sa ceinture de champion du monde. Un athlète avec un charisme immense, un artiste du ring. Un artiste du verbe tranchant. Un artiste tout court, qui a montré au monde la valeur de ce sport. Un athlète comme nous n’en faisons plus. L’univers de la boxe a changé. Pour le pire ou le meilleur ? C’est à vous de décidez. Mais il semble que nous n’avons plus de champions comme avant. Des athlètes qui font lever des foules, que tous le monde connaît. Admirent ou détestent. Qui déchaînent les passions.

Grâce à Internet, je peux revoir des anciens combat : Thrilla in Manilla, Le Combat du siècle Joe Frazier contre Mohamed Ali, deux boxeurs qui se détestaient jusqu’à l’os – The Rumble in the Jungle Georges Foreman contre Ali, un combat autant politique que pugilistique – Evan Holyfield, Foreman, Sonny Liston, l’époque du bulldozer Mike Tyson, les combats de Marcel Cerdan (le grand amour d’Edith Piaf). Regarder ces combats me mets toujours dans une sorte de transe. Je n’aime pas la violence, vraiment, mais sur un ring, c’est différent non ? Il y a des règles, un arbitre dont le principal job est de ne pas laisser deux énergumènes s’entretuer, faisant appel à nos plus bas instincts, on veut de la castagne. Le monde est violent, mais vous pouvez choisir de regarder de la boxe, de la violence. Dans ce chaos, la violence du ring catalyse peut-être notre propre violence, et nous la rejetons à chaque coups échangés car les deux combattants sont là pour ça, se battre. Gladiateurs des temps modernes ? Totalement !

Et bien sûr, j’ai découvert que la littérature avait en réserve quelques pépites sur le Noble Art. Bien sûr, ils sont en ma possession. Enfin sûrement pas tous.

L’écriture aussi est un combat. Si vous ne me croyez pas, lisez Hemingway. Ou essayez d’écrire vous-même.

Voyons un peu :

Hurricane, la chanson mythique de Bob Dylan sur Robin Carter, un champion de boxe accusé et emprisonné à tord pour meurtres pendant 20 ans ! Jetez-y une petite oreille si vous avez envie – https://youtube.com/watch?v=bpZvg_FjL3Q

Un combat de boxe dans L’Énéide de Virgile, une œuvre écrite entre -29 et -19 avant J.C. Mieux ? L’Aède Homère place une scène de pugilat (qu’Achille organise en mémoire de son ami (amant ?) Patrocle) en plein milieux de la bataille de Troie. On situe avec plus ou moins de précision l’apparition de l’Iliade vers le VIIe siècle avant J.C. . Même Ovide dans ses Métamorphoses ( 8 après J.C.) nous gratifie d’une scène du noble art, et nous découvrons que les gants de boxe existaient déjà ! La littérature et la boxe, presque aussi vieux l’une que l’autre ?

Ceci dit : maintenant, je veux monter sur le ring de l’écriture. J’en ai l’ambition, pour l’instant. Une plume à la place des gants. Une page à la place du ring. Moi-même comme adversaire et jugera qui le voudra. Mais avant, il y a tant de travail, de pratique. Il faut ce qu’il faut n’est-ce pas ?

J’ai déjà jeté trop de fois l’éponge, cette fois-ci je n’oublierai pas ce qui m’aura fais monter sur le ring.

Quel passage pompeux ! On verra à quelle vitesse je finirai dans les cordes !

Mais trêve de bavardage, voyons un peu ce que j’ai réussis à réunir comme ouvrage sur le Noble Art (il n’y a pas les nouvelles d’Hemingway, que j’ai déjà lu mais qui ne sont, malheureusement, plus en ma possession, pour l’instant du moins, mais je vous les conseille vivement) :

  • F.X. TooleCoup pour coup – La brûlure des cordes.
  • Norman MailerLe combat du siècle
  • Jérôme GuezBalancé dans les cordes
  • Alexis PhilonenkoHistoire de la boxe
  • W. C. HeinzCe que cela coûte
  • George Plimpton Shadow Box
  • Jim TullyLe boxeur
  • Jacques HenricBoxe
  • Jack LondonSur le ring
  • Joyce Carol OatesDe la boxe
  • Thom JonesLe pugiliste au repos
  • Loïc Wacquant Corps et âmes
  • Léonard GardnerFat City
  • Daniel RondeauBoxing-club
  • Michel CheminLa loi du ring
  • Élie Robert-NicoudScènes de boxe
  • Joël WilliamsDu sang dans les plumes (pas vraiment un livre sur la boxe mais écrit par un boxeur)
  • Jack LondonUn steak – Pour 100 dollars de plus
  • Aya CissokoBoxe (édition limitée à 3 000 exemplaires, photographies inédites, nouvelles de Aya Cissoko et un DVD sur l’histoire de Robin Carter AKA Hurricane)
  • Jean-Philippe Lustyk – Le grand live de la boxe

N’hésitez pas à me recommander un ouvrage dans les commentaires !

Moi esquivant les remarques sur mon orthographe !

La boxe ne ment jamais, monter sur un ring est un moyen très fiable de savoir ce que l’on vaut : soit l’on terrasse, soit l’on est terrassé, mais on ne peut pas se mentir, ni à soi-même ni aux autres’ – La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

Jaskiers

P.S. : si vous avez encore la chance d’avoir vos grands parents à vos côtés, faite leur un bisous et dite leur bonjour de ma part s’il vous plaît.

Et si vous êtes grands parents, un bisous et je vous aime !

Mon enfance dans le Bronx, enfin presque.

Jaskiers ?! Tu viens du Bronx ?!

Oui ! Enfin… presque ?

Avez vous entendu parler du groupe de musique dont les musiciens tapent sur des énormes bidons à coup d’énormes baguettes (pas de pain hein) et qui s’appel : Les Tambours du Bronx ?

Les Tambours du Bronx (crédit photo : Wikipedia)

Qu’importe votre réponse, si vous connaissez ou pas, recherchez sur YouTube et vous trouverez.

Mais quel rapport avec moi ? (Parce que vous êtes sur mon blog et que je suis peut-être mégalo, tout doit se rapporter à moi ici !)

Les Tambours du Bronx et ma petite personne avons en commun d’être nés au même endroit. Un commune de la Nièvre, accolée à Nevers.

Une partie de cette commune est appelée le Bronx, pourquoi ? Laissons répondre Wikipedia : « Leur nom vient d’un quartier de la commune surnommé « Le Bronx » à cause de son quadrillage de rues et de ses alignements de maisons identiques, de couleur sombre. »

Le Bronx à New-York (source photo : lonelyplanet.fr)

Autant vous dire que ce groupe de musique était notre fierté à tous.

Cette partie de la ville était juste en face de mon appartement, quand j’étais gamin. Cette ville de la Nièvre, sans grande prétention mais somme toute belle, est avec moi, est attaché à mon être. J’y retourne avec plaisir et nostalgie, les plus belles années de ma vie me reviennent en mémoire.

Une amie d’enfance m’a dis un jour que son compagnon ne comprenait pas pourquoi les habitants de cette petite commune étaient si attachés à cette dernière.

Je n’ai pas d’explication, c’est presque dans ma chair, une sorte de havre, My Hometown, j’y ai arpenté tous les recoins, j’y ai appris à lire, à écrire (avec des fautes), à compter, à jouer au foot et au Basket. J’y ai eu mes premiers amours, mon premier vrai amour, des drames, des joies, des soucis et des succès, des ami(e)s, des meilleurs amis, des bagarres, des emmerdes, mes premières rencontre avec la Police, la première fois où j’ai vu quelqu’un dégainer une arme et rentrer dans la partie cave de mon appartement…

Tellement de chose qui font que cette ville fait partit de moi.

Elle est mon Ithaque, et je suis Ulysse… Non disons plutôt un mélange d’Ulysse dont j’expliquerai que son talent pour la ruse viendrait de l’anxiété et Telemaque, l’enfant devenant adulte, ou presque. On dirait aujourd’hui, en utilisant la Novlangue (AKA À – NOTRE – ÉPOQUE – ON – A – DES – MOTS – POUR – TOUS – NOS – MAUX – !) que je suis un adulescent.

Excusez mon écart, j’ai lu il y a quelques jours « Un été avec Homère » de Tesson, le passage où il nous parle du lecteur et de son identification avec un des héros Homériques. Autant jouer le jeu !

A noter aussi cette théorie de Tesson dans cet ouvrage : nous sommes hantés par le lieu qui nous a vue naître, par le lieu où nous avons le plus vécus, ou où nous vivons (ou avons vécus) le plus d’émotions. C’est une sorte de possession qui s’emparerait de l’écrivain, nous devons voir dans un récit l’influence du lieu sur son auteur. L’art de l’artiste est habité par son environnement.

Et n’oublions pas non plus l’influence de l’endroit d’où l’on vient.

L’influence d’Ulysse de James Joyce, que je viens de terminer, tant a apporté une certaine crédibilité à la théorie de Tesson. James Joyce et Dublin. Et vice-versa ?

Pour finir, un article arrivera dans les prochaines semaines voir prochains mois, portant sur la littérature et New-York. Il me faut le temps, et surtout l’argent, pour réunir les ouvrages que j’ai prévus de me procurer.

D’ici là, si vous avez écris sur New-York, n’hésitez pas à partager vos article dans les commentaires. Même des anecdotes, des récits de voyage, pourquoi pas ?! Je me ferai un plaisir de les lire !

Patria est ubicumque est bene

Jaskiers

La fin est un nouveau commencement

Artwork : Pinterest

Nous y voilà !

Cela fait longtemps que je repoussais cet article. J’espère bien m’exprimer, me faire comprendre. L’article marquera la fin d’une époque sur le blog. Bon, j’utilise les grands mots « fin d’une époque » c’est un peu too-much !

La raison de cet article est simple : je n’écrirai plus de Review de livre. Ou presque…

Pourquoi ?

Je n’y prends plus plaisir. J’avais déjà écris un article sur la difficulté de gérer pour moi mes lectures, l’écriture des articles et ma vie personnelle en milieu d’année. Sauf que j’ai continué dans cette voie.

Il en va qu’une certaine anxiété m’est venue lors de mes lectures. L’article que je devais écrire sur le livre devait être le plus précis, intéressant et travaillé possible, du mieux de mes compétences. Cela me procurait une gêne durant la lecture, c’est devenu presque une obsession. Choisir les extraits adéquates pour l’écriture de l’article, la mise en page (même si elle n’est pas folle, je blogue via mon smartphone), les photographies, les recherches supplémentaires…

J’ai une pile de livres à lire tellement haute qu’elle peut toucher le plafond de mon appartement. J’ai envie de les lire, mais je regarde ces livres et je me dis : plus d’article. Ce ne pourra pas être possible. Trop fatiguant et comme rédigé plus haut, je ne peux plus prendre cette foutue angoisse. Si le plaisir n’y est plus, autant arrêter non ?

Mais j’aimes le partage, j’aimes les gens que je suis sur WordPress, ces personnes sont devenus des ami(e)s, des personnes à laquelle je tiens. Malheureusement, beaucoup d’entre-eux sont partis, ou ne passe plus souvent par ici. Il y a comme un sentiment de solitude qui s’est installé récemment. Parce que je crois que l’Homme est un paradoxe, je m’attaches vite aux gens mais ne les approches pas en premier, dans la vraie vie, j’aimes la solitude, mais ce blog m’a ouvert un peu au autres. Enfin, c’est difficile à expliquer. Mais merde, ce n’est plus comme avant par ici.

Je n’ai pas envie de quitter ce petit microcosme que je me suis créé. J’aimes passer du temps à lire les articles des autres. D’ailleurs je passes peut-être trop de temps ici…

Bien que je n’ai plus envie de poster sur mes lectures, du moins en détail, j’ai quand même envie d’écrire. Et à la base, j’avais créé ce blog dans le but de faire de l’écriture creative, d’écrire, de progresser. J’ai commencé à partager mes lectures et découvertes et ceci ont pris le dessus sur mon projet d’écriture. Certes j’ai pris beaucoup de plaisir à partager avec vous les ouvrages que j’avais lu et échanger avec vous sur divers sujets. J’ai appris tellement de vous !

Je l’avais déjà mentionné il y a longtemps, j’ai perdu de vue mon projet initial. Écrire pour moi. Donc passons au futur du blog.

J’ai des idées de nouvelles, du moins j’ai envie d’en écrire. De même pour la poésie. Des articles sur ma vie personnelle. Des très petites histoires…

Je pense que je posterai peut-être quelques unes de mes réflexions sur mes lectures, peut-être en parlerai-je au passage d’un article divers. Certaines lectures marquent et le besoin de partager est encore là.

Le changement décevra sûrement les habitués du blog (si il y en as !). J’en suis désolé. J’essaie de passer à quelque chose de nouveau. De plus personnel, de plus créatif. Quelque chose qui vienne de moi. J’aurai, bien sûr, besoin de vos avis sur mes créations. La critique est toujours bienvenue. Je vais sûrement me casser la gueule, avoir des ratés, mais il faut essayer, il n’y a pas d’autre moyen.

Le changement m’angoisse, mais j’ai maintenant besoin d’exposer mes écrits après avoir parler de ceux des autres tout en apprenant et en lisant encore et encore. Le but est de prendre du plaisir et de travailler sur des choses qui me passionnent et me fascinent. C’est un pari. Peut-être n’ai-je pas l’étoffe pour écrire mais essayer ne coûte rien… À part peut-être certains d’entres vous qui perdront de l’intérêt. Désolé. Mais il faut essayer. Merci d’être passé !

Il faut que j’améliore mon écriture, que je crée. Que je fasse fonctionner ma machine à écrire cérébrale. Je ne pense pas qu’écrire sur les œuvres d’autres artistes puissent (ou ai) amélioré mon écriture… Enfin si, quand même, au moins un peu. Maintenant, j’écrirai pour moi, sur moi, sur des personnages, sur d’autres personnes, des histoires et des mots venants de moi. Il me faut pratiquer, écrire et écrire. Et lire tout autant. Chose que je ne fais pas suffisamment. Et le temps prend son dû.

Je prendrai aussi mon temps, les articles seront sûrement espacés dans le temps…

Une fin est aussi un commencement. Je l’espère !

Rust Cohle (Matthew McConaughey) dans True Detective saison 1 (ma série préférée avec The OA). Traduction : La vie n’est même pas assez longue pour être bon à une seule chose.

Jaskiers

La panthère des neiges par Sylvain Tesson [Prix Renaudot 2019]

Quatrième de couverture :

– Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur le plateau du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.

– Qui est-ce ?

– La panthère des neiges. Une ombre magique !

– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.

– C’est ce qu’elle fait croire.

Sylvain Tesson a notamment publié aux Éditions Gallimard Dans les forêts de Sibérie (prix Médicis essais 2011), Une vie à coucher dehors (Goncourt de la nouvelle 2009) et Sur les chemins noirs.

Quel voyage que d’ouvrir ce livre et quel supplice que de devoir le refermer. Fini ! Plus une seule page, plus un seul paragraphe, plus une seule phrase, plus un seul mot à se mettre sous la dent.

C’est comme un retour de vacance, on est tristes, déprimés mais il nous reste les souvenirs, au moins, avant nous eut la chance de partir. Du moins, grâce aux livres, et pour moi, grâce à Sylvain Tesson.

Écrire un article sur un livre de Tesson n’est pas chose aisée quand on a un vocabulaire qui reste à désirer, un intellect plutôt brouillé.

Je parlerai d’une quête dont Sylvain Tesson n’était pas préparé mentalement. Ce n’est pas tant l’aventure, l’action qui a bousculé Tesson mais l’inactivité, la patience, l’observation et prendre le temps d’apprécier le spectacle de la nature sauvage.

Et bien sûr, cette panthère des neiges qui prends la forme d’une déesse, d’un spectre antique, d’une femme disparue, d’une statue païenne à l’allure hautaine, d’une créature de mythologie que l’Homme ne mériterait pas de regarder en face tant son esprit n’est pas préparé à être bousculé par l’immensité d’un regard, d’une attitude exposant un monde qui garde encore ses mystères. Nous, les Hommes, qui pensons tout connaître.

Saupoudré par des messages écologiques, de critiques sur l’être humain et son comportement, sur la société actuelle et bien sûr, quelque coups de plumes en direction des « meilleurs amis » de Tesson, les chasseurs.

Certains lecteurs ne pourraient pas apprécier ce genre de réflexion, ce n’est pas mon cas bien au contraire. Prêcher un converti !

Je me suis permis de partager quelques extraits que j’ai trouvé importants, j’aurai pu carrément réécrire le livre ici tant l’ouvrage a été plaisant à lire. J’ai choisis ces extraits en essayant de ne pas vous gâcher votre lecture.

Extraits :

Les fidèles [d’un temple bouddhiste] tournaient, attendant que passe cette vie. Parfois s’avancer dans la ronde un groupe de cavaliers du haut-plateau, avec des gueules de Kurt Cobain – surplis de fourrure, Ray-Ban et chapeau de cow-boys -, chevaliers du grand manège morbide.

Un renard s’offrît au soleil, découpé sur l’arête, loin de nous. Revenait-il de la chasse ? À peine mon œil le quitta qu’il s’évanouit. Je ne le revis jamais. Première leçon : les bêtes surgissent sans prémices puis s’évanouissent sans espoir qu’on les retrouve. Il faut bénir leur vision éphémère, la vénérer comme une offrande.

Je rêvais d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie.

La préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : « Nous sommes de la nature, nous ne varions pas, nous sommes d’ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigiez-vous ? »

Ainsi, les bêtes surveillent-elles le monde, comme les gargouilles contrôlent la ville, en haut des beffrois. Nous passons à leur pied, ignorants.

L’intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu’ils aient accompli d’études. Ce sont des voyants, ils percent les énigmes de l’agencement des choses là où les savants étudient une seule pièce de l’édifice.

Un vrai souverain se contente d’être. Il s’épargne d’agir et se dispense d’apparaître. Son existence fonde son autorité. Le président d’une démocratie, lui, doit se montrer sans cesse, animateur du rond-point.

Rencontrer un animal est une jouvence. L’œil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l’incommunicable.

Au « tout, tout de suite » de l’épilepsie moderne, s’opposait le « sans doute rien, jamais » de l’affût. Ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable !

En espérant que cet article vous ai plus, difficile comme je l’ai écris plus haut de parler d’un Tesson. Un jour j’avalerai un Beschrelle, pour faire justice à ce genre d’ouvrage.

Quel ironie de lire ce livre dans mon appartement, accompagné des sirènes de pompiers, de SAMU, de polices, de Klaxons et d’alarmes de voitures.

Le silence est un luxe et la patience : une qualité mise à mal par la technologie.

Jaskiers

Patricia Cornwell is back on the blog !

Madame Cornwell est de retour sur le blog !

Après avoir lu « Une peine d’exception » (et écris un article dessus) j’ai eu l’opportunité d’acheter pour une poignée d’euros deux autres ouvrages de cette auteure.

D’abord, Le Registre des Morts qui continue l’aventure de Kay Scarpetta et un autre, La Griffe du Sud qui suit l’aventure d’une autre héroïne créé par Patricia Cornwell ; Judy Hammer.

Si vous avez lu mon article précédant sur celui d’Une peine d’exception, ce n’est pas ma première expérience avec la légiste Scarpetta, ce le sera par contre avec Judy Hammer.

Allons-y !

Registre des morts

Quatrième de couverture :

À la morgue, tous les décès sont consignés au Registre des morts. Ce livre va bientôt revêtir une signification différente pour Kay Scarpetta. Lorsqu’elle s’installe à Charleston, en Caroline-du-Sud, pour y ouvrir, avec sa nièce Lucy et Pete Marino, un cabinet de médecine légale, elle pense commencer une nouvelle vie. Mais très vite, elle entre en conflit avec des politiciens locaux, et on cherche visiblement à saboter son projet. C’est alors que va se produire une série de morts violentes : un meurtre rituel, un enfant victime de sévices, une joueuse de tennis retrouvée mutilée à Rome, sans autre lien entre ces affaires qu’une certaine patiente d’un prestigieux hôpital psychiatrique de Nouvelle-Angleterre. D’autres noms vont s’ajouter au Registre des morts, peut-être même celui de Kay…

Patricia Cornwell

Il m’est difficile de parler d’un roman, d’un livre de fiction. (Je me répète beaucoup non ?) Il faut trouver de quoi parler, sans rien dévoiler de l’intrigue tout en vous gardant intéressé par l’article.

Il n’est pas très utile donc que je vous fasse un résumé si vous avez lu la quatrième de couverture plus haut.

Je parlerai donc de mon ressenti.

L’ouvrage est bien ficelé. Patricia Cornwell sait exactement de quoi elle parle est maitrise son sujet à la perfection, il faut dire que son ancien métier de légiste l’a sûrement bien accompagné. Sa plume est sure !

Elle maîtrise aussi parfaitement la narration, le suspens et sait aussi construire un scénario compliqué mêlant des personnages à la psychologie développée. Aucun doute avec elle, vous ne devinerez jamais comment l’histoire finira grâce à sa plume finement maniée. Je trouve parfois des similarités avec Stephen King, auteur qu’elle apprécie, du moins je crois l’avoir lu quelque part.

Maintenant ce qui me déroute un peu : les dialogues ne semblent pas naturels, les personnages s’expriment de manière un peu trop soutenue.

Mêler à cela, les termes scientifiques précis de la médecine légale, il faudrait avoir un bac +10 pour comprendre certains passages où l’auteure nous étales des procédures scientifiques précis, du coup, j’ai continuer ma lecture sans trop m’en accommoder. Ces termes ne dérange pas vraiment la lecture, les dialogues par contre son un peu plus gênants, pas de là à stopper la lecture mais ce genre de dialogue : soit trop soutenue soit familier jusqu’au pathos peu déranger.

Comme avec le premier roman que j’ai lu d’elle, la fin fini avec LA révélation mais laisse place au prochain tome, c’est à dire que la fin vous laisse un peu… sur la faim ! (Wow ont vous l’avez jamais faite celle-là hein ?…)

Je pense que pour vraiment apprécier pleinement les romans dont Kay Scarpetta est l’héroïne, il faut avoir lu les autres tomes.

La Griffe du Sud

Quatrième de couverture :

Judy Hammer, l’héroïne de La Ville des frelons, est nommé à Richmond (Virginie). Sa mission : réorganiser la police, lutter coûte que coûte contre une criminalité qui a fait de l’ancienne capitale sudiste une jungle urbaine. Auprès d’elle, ses adjoints, Virginia West et Andy Brazil.

Il leur faudra se battre sur tous les fronts : réformer une police corrompue et récalcitrante, braver des mentalités racistes et bornées, et venir à bout d’une délinquance souvent formée souvent de très jeunes criminels, soumis à la loi de fer des gangs. Comme celle que fait régner Smoke, véritable psychopathe qui sème la terreur et tue de sang-froid.

Noirceur et humour forment un mélange détonnant, où l’efficacité n’empêche pas la lucidité. Dans cette nouvelle série, Patricia Cornwell brosse le tableau sans concession d’une société à la dérive.

Comme à l’accoutumé, votre serviteur n’a pas lu La Ville des frelons, donc je ne peux pas parler de la continuité de ce roman avec celui là.

Le roman est basé sur la ville de Richmond au Sud des États-Unis dans les années 90, où les mentalités sont encore ancrées, malheureusement, dans la vielle rivalité entre sudiste et nordiste, confédères et unionistes. Autrement dit, le racisme est encore présent. Même aujourd’hui d’ailleurs.

Ce polar se veut different de la série des Kay Scarpetta. Plus d’action, une réflexion sur le racisme, la pauvreté, le milieu criminel et policier et même des réflexions politiques.

Comme dans les ouvrages précédents, le scénario est mené de mains de maître, peut-être un petit peu moins pointu que les autres mais cela ne nuit pas vraiment à la lecture car j’ai trouvé plus d’action dans cet ouvrage.

J’ai trouvé les dialogues plus réalistes cette fois, même si certains passages et échanges me gênent encore un peu. Ils peuvent s’avérer plutôt clichés, trop faciles. Malheureusement, l’auteure utilise aussi, bien que rarement, un language informatique pointu. Cornwell a l’air de connaître à la perfection l’informatique. Le codage ne semble avoir aucun secret pour elle, mais pour moi, qui suis complètement étranger et sans beaucoup de connaissances dans ce domaine, je n’ai pas cherché à comprendre plus loin lors de ces (petits) passages. Heureusement, ces passages n’empêchent pas la bonne compréhension de l’histoire.

J’ai aimé, vraiment. Il semble que cette série soit plus accessible que la série sur Kay Scarpetta. Un avis personnel bien sûr.

Je conseil vivement les ouvrages de Patricia Cornwell si vous aimez les polars axés principalement sur les techniques scientifiques (le personnage de Kay Scarpetta est une médecin légiste), basé sur l’informatique et avec un scénario bien travaillé.

Pour la série Judy Hammer, il semble, pour le seul ouvrage que j’ai lu d’elle, être axée sur la police de terrain, la politique interne au sein du système policier, avec une réflexion importante sur la politique et la société américaine qui est aujourd’hui encore (La Griffe du Sud date de 1998) d’actualité.

Le seul bémol, pour moi, reste qu’il faut avoir lu tous les autres livres de la série pour bien être immergé dans l’histoire.

Patricia Cornwell est une de mes découvertes cette année, j’en suis heureux, une leçon d’écriture que cette auteure nous livre sur la construction d’un scénario et sa crédibilité, une maitrise du suspens et une connaissance parfaite de ses sujets.

Jaskiers

Une peine d’exception par Patricia Cornwell

Quatrième de couverture :

Étrange cérémonial que de préparer l’autopsie d’un homme qui n’est pas encore mort…

C’est pourtant à quoi s’occupe le médecin-légiste Kay Scarpetta, en ce soir de décembre, en attendant le corps de Ronnie Joe Waddell, qui ne sera officiellement déclaré mort sur la chaise électrique qu’à 23 h 05.

Cette même nuit, le corps d’un adolescent de treize ans est découvert, mutilé, contre une benne à ordures. Et l’on relève sur les lieux du crime l’empreinte digitale d’un homme qui ne peut pas être coupable – cette même empreinte qui a fait condamner Waddell…

L’auteur de Postmortem, lauréate du célèbre prix Edgar Poe, nous offre ici une intrigue et un suspens à couper le souffle.

Un polar. Cela faisait longtemps que je n’en avais pas lu.

Dans les derniers temps, j’étais plongé dans les récits d’histoires vraies, cela m’a fais bizarre de replonger dans « l’imaginaire », dans la création pure.

Il m’a été un peu difficile de faire avec le sentiment que ce que je lis est une fiction, tellement je me suis gavé (et me gaverai encore!) de récits vrais, d’histoire vécues.

Toujours est-il que cette lecture était intéressante. La quatrième de couverture était attirante, j’aime ces livres à mystère, comme peuvent (ou pouvait) le faire Stephen King, Arthur Conan Doyle et consœurs.

Suivre Scarpetta, une légiste dans un mystère entourant un tueur en série, un exécutions sur la chaise électrique, des manipulations informatiques, des drames familiaux et un flic au bout du rouleau, c’est ce qui nous attends dans ce roman policier.

Le scénario est bon. Peut-être un peu trop car l’auteure semble s’être un tout petit peu perdue ou en manque de quelque chose vers la fin du roman. L’ouvrage déroule presque dès le début des notions d’informatiques qui pourraient perdre l’intention du lecteur, notamment pour ceux qui ne s’intéressent pas à l’informatique. Ça a été le cas pour moi, je ne suis pas un professionnel du codage, même si j’ai pu comprendre, en gros et difficilement, l’utilisation de cette partie informatique et son incorporation dans le récit.

Malgré cela, l’auteure avait une très bonne idée de scénario qui je pense aurait pu être poussée bien plus loin. Plus développée, plus creusée.

Il n’en reste pas moins un beau, violent et dur récit, sur la famille, les amis et le combat d’une femme pour la vérité.

Les différentes ramifications de l’histoire, les nombreux protagonistes, les événements, tout cela est parfaitement rythmé mais je pense que l’auteure aurait pu encore plus en tirer, elle aurait pu bien plus étirer l’histoire et son intrigue mais j’aime les histoires longues, peut-être est-ce une question de goûts. Peut-être ai-je tout faux car je n’ai pas lu assez de roman policier/thriller, peut-être que ce sentiment vient uniquement de moi et que l’histoire et ses subtilités me sont passé à côté. C’est d’ailleurs fort possible.

Les dialogues sonnent parfois un peu faux, par là je veux dire que les protagonistes ne parleraient pas de cette façon dans la vraie vie. Leurs échanges ne semblent pas totalement naturels. Question de goût là aussi.

Je ne dirais pas que le fin est décevante, le livre terminé sur une sorte de cliffhanger, on se doute que l’auteur avait sûrement en tête un deuxième tome. C’est ce que je n’aime pas vraiment quand je finis un livre. Pour savoir la vraie fin, il faut acheter le tome 2. Et après recherche pour ce livre, votre serviteur à découvert qu’il existait d’autres aventures, beaucoup d’autres, du docteur Kay Scarpetta… Donc je reste confus par la fin ou bien ai-je mal compris le message que voulait faire passer l’auteure. Sûrement, je n’en ai compris qu’une petite partie. Peut-être ai-je carrément mal compris certaine partie de l’histoire me poussant à dire que certains évènements restent sans réponses ou que, là encore, ils n’ont pas été développés à fond. Je suis sûrement et complètement passé à côté du style d’écriture de l’artiste. Un jour peut-être achèterais-je les autres ouvrages mettant en scène docteur Scarpetta. Peut-être même le devrais-je ? Une deuxième chance s’impose !

J’ai donc des réserves sur ce roman mais ces réserves sont uniquement personnelles. Je ne voudrai pas gâcher le plaisir d’un potentiel lecteur avec mon manque certain d’intellect.

Les passages psychologiques, tenant sur le psyché de/des tueurs sont intéressants surtout Cornwell fait intervenir un agent profiler du FBI. La fameuse unité de recherche comportementale, comme dans Le Silence des Agneaux, la série Esprits Criminels ou Minds Hunter (que je vous conseil expressément si vous aimez les sciences comportementales visant les criminels). L’auteur aurait pu developer ces passages, mais cela est dû à mon goût personnel pour ce genre de sujet et peut-être, encore une fois, là n’était peut-être pas le message ou le but du roman.

Nous avons même le droit à des cours d’informatiques qui peuvent s’avérer compliqués et embrouiller le lecteur (ce qui m’ai arrivé). Ça et même un peu d’ésotérisme, ce dernier sujet étant utilisé avec parcimonie. Accrochez vous donc pour les parties techniques informatiques.

Toujours est-il que j’ai apprécié une bonne partie du roman bien que j’ai été déçus par certaines choses. Peut-être le lirez vous, ou l’avez déjà lu et que votre opinion est complètement différente de la mienne, que vous êtes fan du Docteur Scarpetta, donc pourquoi pas partagez vos ressentis et conseils ?

Voici quelques extraits :

Je ne peux pas aller au gogues, me moucher ni fumer sans que les gardiens notent mes moindres gestes. Il n’y a pas d’horloges. Je ne sais jamais quel temps il fait. J’ouvre les yeux et je vois un mur nu qui court à l’infini. Qu’est-ce qu’un homme est censé éprouver quand il est à la veille de faire le grand saut ?

Comme une chanson triste, triste à mourir. Je ne connais pas les paroles. Je ne me souviens pas. Ils disent que ça s’est passé en septembre, quand le ciel était couleur d’œuf de merle, que les feuilles des arbres s’embrasaient et tombaient sur le sol. Ils disent qu’une bête féroce a terrorisé la ville. Après présent, il y a un bruit en moins.

Me tuer ne tuer à pas la bête. L’obscurité est sa complice, la chair et le sang son régal. Quand tu crois pouvoir cesser d’être aux aguets, alors, mon frère, c’est là qu’il faut te remettre à ouvrir l’œil.

Un péché entraîne l’autre.

Je me sent si abattue, engourdie. Je détestais les exécutions. Je détestais attendre qu’un homme meure, puis enfoncer mon bistouri dans une chair aussi chaude que la mienne. J’étais médecin et juriste. On l’avait enseigné ce qui donnait la vie et ce qui la supprimait, on m’avait appris la distinction entre le bien et le mal. Ensuite c’est l’expérience qui avait été mon maître, et elle avait foulé aux pieds cette innocente partie de moi-même encore idéaliste et analytique. Que quelqu’un qui réfléchit soit obligé de reconnaître que de nombreux clichés ont une réalité est décourageant. Il n’y a pas de justice sur cette terre.

Merde. Chaque fois qu’on se débarrasse d’un fumier, y’en a un autre pour prendre sa place.

– Quand je rentre à la maison, il n’aime pas que je lui raconte ma journée. Il le dit que c’est un travail horrible, que ce n’est pas bon pour moi. Il a raison. Je n’arrive pas toujours à décompresser. J’en ai assez de voir défiler des cadavres décomposés, des femmes violés, des gens mutilés ou tués par balle. J’en ai assez des bébés morts et des accidents de la route. Je ne veux plus de violence. (Elle le regarda, la lèvre tremblante.) je ne veux plus de mort.

[…] Il y a des tas de gens qui attendent depuis des années de vous voir saigner.

– je n’ai aucune intention de me laisser faire, dis-je en repoussant mon assiette.

– Doc, fit-il en soufflant un nuage de fumée, vous perdrez déjà votre sang. Et quand vous commencez à saigner au milieu d’une bande de requins, vous avez intérêt à sortir de l’eau en vitesse.

– Voyez-vous, j’ai senti très vite qu’il y avait quelque chose de malsain dans l’affaire Waddell. Lui et moi n’avons jamais réussi à établir une relation, ce qui est déjà très inhabituel. En général, un avocat et son client deviennent vite proches. En tant qu’avocat, je suis le seul à vouloir vous sauvez la vie dans un système qui veut votre mort, le seul à travailler pour vous dans un système qui travail contre vous. Or Robbie s’était montré si distant envers son premier avocat que celui-ci avait jugé l’affaire sans espoir et avait renoncé. Quand j’ai repris le dossier, Robbie s’est montré tout aussi distant. C’en était démoralisant. Chaque fois qu’une certaine confiance commençait à s’instaurer, un nouveau mur s’élevait soudain entre lui et moi. Il se réfugiait dans le silence et se mettait, littéralement, à transpirer.

-Quand la violence virus touche de près, vous êtes forcément éclaboussé. Sali.

– Je suis plus qu’éclaboussée. J’ai l’impression que je suis en train de me noyer.

– Le principe fondamentale ? Le corps ne ment pas

Si je le conseil ? Bien sur, le roman est loin d’être mauvais est contient quelques passages qui vous scotche au livre, un petit page-turner sympathique mais de ma part, pas plus, car il manquait quelque chose… Encore une fois, je suis peut-être passé à côté de l’histoire. Ne surtout pas se borner à ma lecture mais à la vôtre !

Jaskiers

Caryl Chessman, un écrivain dans le couloir de la mort | Innocent ?

Caryl Chessman était dans le couloir de la mort quand il écrivit Cell 2454 qui eu un important succès, succès qui l’aida à plaider sa cause. À clamer son innocence. Et a se battre contre la Justice américaine pendant plus d’une décennie.

Car Caryl était accusé d’être le tueur en série appelé Le bandit à la lanterne rouge, The Red Light Bandit, surnommé ainsi car le tueur agressait ses victimes dans des lieux isolés et sombres, utilisant une lumière rouge sur sa voiture, imitant celles de la police, pour les appréhender.

Chessman capturé, condamné pour une série d’agressions sexuels qu’il niera jusqu’à sa mort. Condamné à la peine capitale, la chaise électrique, il écrira pour se défendre. Il se proclame innocent et écrit sur la difficulté de se battre contre la justice américaine.

Il mourut dans une chambre à gaz, après bien des reports et une lutte acharnée contre la justice.

Dix minutes après son exécution, le téléphone sonne. C’était pour annoncer que Caryl Chessman bénéficiait d’un nouveau report.

On blâmera cette erreur sur une greffière s’étant trompé d’un chiffre dans le numéro d’identification administratif de la prison de Saint-Quentin lors de l’appel. Bien sur, cela déclenchera les théories du complot.

Peut-être était-ce un mensonge délibéré ou à moitié faux, peut-être l’état de Californie voulait en finir avec cette rocambolesque histoire et mettre Caryl et l’histoire du The Red Light Bandit derrière lui. Chessman devenus influent et dont la cause a fais le tour du monde était devenu gênant pour la Californie et dangereux pour le système pénal américain en place à l’époque.

Voici trois de ses 3 ouvrages majeurs:

Cellule 2455 – Autobiographie romancée et essais sur son combat contre la justice américaine et pamphlet contre la peine de mort.

À travers les barreaux – Autobiographie qui reprend directement la suite du précédent ouvrage.

Face à la justice – pamphlet contre l’injuste système carcéral américain et dernière autobiographie.

Un autre ouvrage de lui existe : This kid was a killer. Après avoir lu des avis sur internet, j’ai décidé de ne pas prendre se livre. Il s’agit d’un roman écrits dans le couloir de la mort.

Ces 3 ouvrages sont les principaux et les plus intéressants de Caryl Chessman.

Cellule 2455 Couloir de la Mort

Pas de quatrième de couverture

Passons donc tout de suite à mon ressenti.

La narration, la manière d’agencer son livre est déroutante, surprenante et il faut l’avouer, efficace.

Il commence le récit de sa jeunesse, la première partie du livre, en écrivant une nouvelle. Dans se récit, il se nomme Witt.

Tout commencé pour le mieux pour le jeune Witt, avant qu’une maladie et les aléas de la vie ne déstabilise son jeune psyché.

Voles, agressions, cambriolages. Direction le centre de redressement. École de la criminalité.

Je vais partager avec vous la dernière page de la nouvelle. Ce n’est pas vraiment un spoiler, juste qu’il affirme que cette nouvelle était bien autobiographique.

Extrait :

L’exécution de l’homme de la cellule 2455 ne prouvera rien, excepté qu’il sera mort. Que prouvera cette mort ?

Le problème du crime et des criminels ne disparaîtra pas avec lui. La société peut le détruire, lui et ses semblables, mais le crime existera toujours, il y aura encore et toujours des criminels.

La vengeance de la société est une inutilité humiliante.

L’auteur de ce livre le sait.

Car c’est lui l’homme de la cellule 2455.

Ceci est son histoire, racontée par lui-même, cependant qu’il attend encore que le bourreau frappe à sa porte.

Puis suit une petite partie sur une réflexion de Chessman sur la délinquance juvénile et le système de justice américaine de l’époque.

Extrait :

Un jour prochain, je marcherai vers la chambre d’exécution. Si cela arrive, ne seriez-vous pas tenté de penser : « Par la grâce de Dieu, cet homme, c’est moi »?

Ne vous trompez pas. Je ne nie pas les fautes que j’ai commises. Je ne blâme que moi-même et j’accepte la pleine responsabilité de mes actes. Je sais que ce qui m’arrive ne vous arrivera probablement jamais. Lorsque je serai mort, vous aurez encore le droit de dire : « Il l’a voulu, on l’a assez souvent averti, mais il n’a pas voulu écouter. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. »

Ainsi soit-il. Je suis prêt à me trouver face à face avec la mort et à accepter ce jugement commode.

Mais je veux essayer d’abord de vous ouvrir les yeux et de vous prouver que les histoires qui entourent le problème du crime, comme d’un brouillard mortel, sont mensongères et dangereuses.

Le livre, après cet « intermède » prends une tournure totalement autobiographique, utilisant son vrai nom, il narre son histoire, ses crimes, des braquages et des courses poursuites folles avec la police. Le récit est palpitant. Je lis le livre d’un criminel, et ce dernier est un très bon écrivain. Je ne peux m’arrêter de tourner les pages. C’est un polar, ou presque car les événements qu’il narre sont vrais. Parfois, il coupe son récit pour revenir sur le système carcéral, on y apprend que dans notre esprit cartésien, il y a une raison à tout. On vole car on a besoin d’argent. Sauf que Caryl Chessman avoue, même si il a une raison, que les explications qu’il avance pour ses crimes ne convainc personne. L’homme veut garder une part de mystère, semble-t-il.

Il est de toute façon très intéressant de lire les aventures d’un truand, écrit avec talent par ce dernier. Car l’auteur aime écrire. C’en est presque gênant d’avouer que l’on apprécie le récit d’un criminel, ses mots, sa prose.

Extrait:

Oui, je désire écrire, et je le désire désespérément. Mais je refuse d’écrire des bêtises, ou de me courber devant une hypocrisie bigote et stupide. Un écrivain doit avoir la foi. Il doit croire en autre chose qu’en cette réalité dure, terrible et finale qui s’appelle la jungle. Il droit croire en sa propre force, pour pouvoir survivre dans cette jungle. Il doit se sentir libre.

Extrait éclatant et palpitant digne d’un roman :

Les copains et moi avions un besoin urgent d’argent. En une nuit, nous cambriolâmes sept ou huit maison, l’une après l’autre. Pour la plupart des magasins de liqueurs, des postes d’essences. Tout marchait comme sur des roulettes, jusqu’au jour où la police nous prit en flagrant délit. Des balles sifflèrent. Tuffy, refusant obstinément de quitter les lieux avant d’avoir le fric, ne revient vers la voiture que quinze secondes après mon coup de klaxon avertisseur. Les policiers eurent tout le loisir de se mettre en position de tir. Ils voulaient nous montrer qu’ils étaient les plus forts. Pourtant, nous nous en tirâmes à ce moment-là sans trop de casse. Une balle solitaire vint frapper le toit de la voiture.

– je crois que j’arriverai à les semer, dis-je. Sinon, casse la fenêtre arrière et on renverra ces salopards d’où ils viennent.

Je pris tous les virages à la corde et j’étais sur le point de prendre une avance sérieuse lorsque soudain, sur le pavé gras, un de nos pneus avant creva. La Ford fit une embardée. J’entendis un déclic et le volant se mit à vibrer dans mes mains.

Caryl ne souhaite pas retourner dans le droit chemin. Il appel la société la « jungle », les soucis d’argents semblent être son excuse pour commettre des crimes. Mais il avoue aimer les commettre. Il se dit presque obligé d’avoir dû faire ces crimes. Il blâme la société, incapable de remettre les jeunes délinquants dans le droit chemin.

Extrait :

L’avenir ne peut pas être bâti sur la violence, sur la haine et sur la férocité humaine. Avant de construire un avenir, l’homme doit avoir la certitude que la lutte engagée a un but, qu’elle conduit vers une paix certaine, vers une paix qui a un sens et dans laquelle l’homme peut vivre une existence utile et constructive, sans menaces et sans haines et sans discordes. Mais une paix pareille n’existe que dans l’imagination. En réalité, c’est la jungle qui existe. Et quelle jungle !

Plusieurs séjours en prison, une idée folle lui vient lors de l’un de ses séjours. Tuer de ses propres mains Adolf Hitler pour rentrer dans l’histoire. Il s’évade (une énièmes fois) pour essayer de mener à bien son projet impossible.

Bien sur ce projet ne réussira pas du tous. Et l’emmènera en enfer.

Il est retrouvé et arrêté après de nombreux crimes. Les policiers trouvent des objets ressemblant à ceux utilisé par « le tueur à la lanterne ». Il clame avoir été violenté par la police pour le pousser à avouer les crimes du Serial Killer.

Extrait :

Cette prétendue confession n’avait été faite qu’oralement. Je maintiens encore aujourd’hui qu’elle m’a été extorquée de force. Je maintiens qu’on m’a battu férocement et qu’on m’a traité comme il n’est pas permis de traiter un être humain. J’invite toutes les polices du monde à me soumettre à un sérum de vérité. Si ce test montre que j’ai menti en ce qui concerne les mauvais traitements, j’abandonne volontairement toutes les possibilités qui me reste pour sauver ma vie, je retire toutes mes plaintes et je cesse toute activité légale. Les policiers qui sont venus témoigner à mon procès ont nié bien entendue avoir obtenue mes aveux par des moyens illégaux, mais, moi, je jure que je dis la vérité. Je répète que je suis persuadé que le président du tribunal ignorait que ces aveux avaient été obtenus en violation de la Constitution. Mais je maintiens ma plainte. Depuis mon arrestation, je n’ai cessé de réclamer l’épreuve du sérum de vérité en ce qui concerne mon innocence ou ma culpabilité des crimes dont on m’accuse, mais on le l’a toujours refusée. Si jamais on me fait subir cette épreuve, j’exige qu’on le pose deux questions : si oui ou non j’ai été maltraité lors de mon arrestations, et si oui ou non je suis le « bandit à la lanterne rouge ». Si le test révèle que j’ai menti sans scrupules et que j’ai par conséquent commis les crimes pour lesquels j’attends la mort, alors j’abandonne la lutte…

Suit un procès médiatique, il se défend seul. Après de mauvaises décisions, il est jugé coupable de plusieurs crimes, est condamner à mort dans une chambre à gaz.

Il ne s’avoue pas vaincu et se bat contre un système judiciaire qui semble vouloir lui mettre des bâtons dans les roues.

Utilisant plus de 12 années de prison et ses expériences personnelles et ceux d’autres criminels, il pose la question de la place du jeune délinquant en difficulté et de la punition approprié. Humilier ? Respecter ? Ferme ? Compréhensif ? Sanctionner ? Pour lui le problème du crime vient de la société. Elle punie, mal, sans voir plus loin. La prison est la punition. Mais qu’apprend le délinquant en prison ? Pourquoi mettre un délinquant avec des criminels endurcis et penser qu’il en sortira assagi ?

Son récit est « vieux », plus de 60 ans, mais la question de la prison et de la réinsertion des prisonniers reste d’actualité. Autant en France qu’en Amérique.

Son récit inclut aussi ce que nous pensons au fur et à mesure de la lecture, Chessman était intelligent, il avait un talent certain pour l’écriture par exemple. Ses résultats scolaires étaient très bon avant qu’il ne rentre dans une vie de crime. Nous pourrions penser qu’il avait des regrets à ce propos mais pas vraiment. Un directeur de prison le lui dira, Chessman fataliste ou trop égoïste et fier de ses méfaits utilisa son intelligence pour commettre des crimes. Diagnostiqué psychopathe, il utilisera ce terme comme explication de ses actes criminels, de son passé plutôt que de réfléchir sur ce qu’aurait pu être sa vie. « Avec des Si on refait le monde » comme on le dit en France.

Extrait :

Le même argument revenait toujours comme un leitmotiv : je devais être coupable. Pourquoi ? Parce qu’en ces temps modernes, les tribunaux fonctionnent de telle manière qu’il est impossible, n’est-ce pas ? de condamner à mort un innocent. Il y avait donc un élément d’audace et d’immoralité scandaleuses dans mes protestations d’innocence. J’étais sûrement coupable, puisque j’avais été condamné. J’aurai dû pleurer de remords et passer mon temps à demander pardon, afin que nul n’en ignore.

L’innocence n’est pas un avantage si le fait de la clamer est considéré comme une impertinence.

Lors de ma lecture, apprenant que l’auteur était intelligent et souffrait de psychopathie, j’ai pris mes distances sur sa défense. Il sait séduire, manipuler. Il sait aussi très bien utiliser sa plume. De là à penser qu’il est le Bandit à la lanterne rouge, j’ai des doutes mais je pense qu’il savait qui était le bandit. Il n’a jamais voulu le dire à la police pour protéger sa famille, il ne « balance » jamais. Cela lui a sûrement coûté la vie. Ça et se battre seul contre le système judiciaire américain.

Ses arguments contre la peine de mort et son combat contre elle sont importants à lire. Je suis d’accord, la peine de mort n’arrange rien. Il est intéressant de lire un de ces hommes condamnés à mort en parler.

À travers les barreaux

Quatrième de couverture :

« Vous mourez seul, mais on vous regarde mourir.

« Une mort rituelle, laide et dépourvue de signification.

« Ils vous font entrer dans la chambre aux huit murs verts et vous garrotent sur l’une de ses chaises métalliques à dossier droit.

« Puis ils s’en vont, en scellant la porte derrière eux. Déclenché, le gaz mortel monte en spirale avides de trouver vos poumons.

« Vous aspirez les exhalations incolores et fatales. L’univers se désintègre sans bruit. C’est seulement pendant un instant affreux que vous planez en liberté : un vague noire, épaisse et sans appel a tôt fait de vous engouffrer.

« Ensuite… Quoi ?

« Un ciel improbable ?

« Ou simplement l’oubli ?

« Bientôt tu le sauras. Après de longues, de brutales années de bataille pour survivre, tes jours tirent à leur fin. »

Caryl Chessman

Cellule 2455

La cour suprême ordonne la révision du procès de Caryl Chessman

Washington, 11 juin (U.P.).

« La Cour suprême des États-Unis a ordonné hier lundi la révision du procès de Caryl Chessman, le condamné à mort de San Francisco, dont le roman, « Cellule 2455, couloir de la mort », a été un best-seller dans le monde entier. La Cour suprême a reconnu que le compte rendu de son procès contenait des faits volontairement déformés. »

Chessman avait été condamné en 1948 pour dix-sept cas d’enlèvements, de vols et crimes sadiques. Il avait fait l’objet d’une double condamnation à mort à laquelle s’ajoutaient quinze ans de reclusion.

Caryl Chessman a été exécuté le 2 mai 1960

À travers les barreaux est la suite directe de Cellule 2455 (ou Cell 2455). Si la première partie de l’article vous a donné envie de lire l’histoire de Caryl Chessman, ne continuez pas la lecture de cet article.

Caryl reprend son récit, il est à l’aube de rentrer dans la chambre à gaz quand son livre est publié est déclenche un phénomène d’intérêt international. Il se voit obtenir un sursit de quelques mois.

Des écrivains, des religieux et des personnes de tous bords se mettent à le soutenir. Certains médias, surtout papier, se mêlent à l’histoire.

Il y a bien évidement ceux qui veulent l’exécution de Chessman et s’acharnent, des journaliste et hommes politiques principalement.

Le livre est écrit sur le mince fil de vie sur lequel Chessman marche. Grâce à son livre, son histoire, la criminalité et le couloir de la mort sont passé aux premiers rangs des sujets de préoccupation de la population américaine et même mondiale.

Jamais vous ne lirez de tel livre que ceux de Chessman. Car il écrit pour sauver sa peau ! Sa plume a réussi à lui donner une plus ample marge de manœuvre. Certaines personnes, bien sur, diront qu’il a manipulé là son monde pour sortir de l’impasse dans lequel il s’était retrouvé.

Le livre suit le décompte des jours jusqu’à sa prochaine exécutions, titres, articles et lettres à l’appuie. Jusqu’au sacro-saint report d’exécution.

Dans sa lutte, il n’est plus seul. Il a maintenant une femme, Frances et les deux enfants de cette dernière. Grâce à l’argent du premier livre, il a deux avocats et l’attention des journalistes. Mais plus que tout, l’écriture et son potentiel rôle de père de famille sont ce qui le fait tenir.

En fait, c’est Claude Gueux, sauf que le condamner EST l’écrivain et que l’écrivain n’a tué personne et demande un nouveau procès équitable.

Caryl émet comme hypothèse d’avenir qu’en cas de liberation, il continuerai à écrire et se porterai comme « cobaye » pour étudier comment un enfant ayant grandi dans un foyer « normal » puisse devenir un criminel.

Il ajoute, comme dans son premier ouvrage, que l’écriture et son nouveau statu d’écrivain lui on permit de se délivrer et de continuer à combattre. Écrire était cathartique. Dire qu’il a écris tous ses ouvrages dans une cellule d’un couloir de la mort déclenche en nous, et en lui, un sentiment dithyrambique. Le couloir de la mort l’a-t-il aidé à réaliser qui il était vraiment, qui il aurait pu être et la dimension de ses crimes (excluant meurtres et viols dont il se proclame innocent) ? Le problème, c’est que dans l’écrasante majorité des cas, le couloir de la mort mène… à la mort. Le criminel condamné à la peine capitale n’a aucun moyen de prouver à la société qu’il a changé, qu’il s’est repenti. Il n’est là que pour mourrir. Quand bien même l’État libérerait un détenu ou lui infligerait une peine moins dure, qu’est ce qui prouverait que le criminel repenti n’est pas manipulé son monde pour sortir et recommencer ses méfaits ?

Dans son récit, il n’oublie pas ces autres criminels avec qui il vit et ceux qu’il voit passer devant sa cellule pour aller mourrir dans la chambre à gaz.

Il se lance ensuite dans une analyse du système judiciaire américain de l’époque et de ses failles. De l’injustice flagrante qu’un criminel riche puisse se défendre beaucoup plus efficacement qu’un criminel pauvre. Il analyse avec les connaissances du système judiciaire glanées après des années de crimes et de déboires avec la justice les failles du système. Bien que le récit soit daté, il n’en reste pas moins intéressant de voir que certaines tares concernant la justice et son fonctionnement restent cruellement d’actualité. Et quand la politique et les médias s’en mêle, la justice, la sentence peut s’en trouver influencée. Pour le pire ou pour le meilleur, cela dépend de quel côté nous nous trouvons.

Le condamner Chessman dresse le portrait des différents « types » de criminels présent dans le couloir de la mort. Donnant des exemples de nombreux détenus qu’il a eu l’occasion de croiser.

Il s’attaque ensuite amplement à décrire comment l’écriture l’a amener à continuer le combat ainsi que la lecture d’ouvrages de Droit. Il expose ainsi ses propres théories, très interessante au demeurant, sur comment un procureur et un tribunal conçoivent un procès. Il est épineux, pour moi, sans aucune connaissance du Droit de trop écrire sur ce passage dans cet article.

Toujours est-il que même durant la rédaction de se livre, Caryl est encore dans le couloir de la mort et se bat. Il écrit et travail pendant des dizaines d’heures chaque jour, tout en prenant le temps d’aider, de conseiller et parfois de sauver, des détenus condamner à mort à la suite d’un procès ou d’une défense bâclée.

Il est dommage que Caryl Chessman ai été exécuté. Bien qu’il ai commis des crimes, je pense que ses réflexions et son intellect aurait pu être grandement utile. J’aurai aimé avoir son opinion sur le « phénomène » des tueurs en série car à l’époque où il écrit, ces tueurs ne sont pas « légion », du moins Caryl ne les mentionnes pas. Logique car le terme sera crée des décennies plus tard par un agent spécial de FBI.

Quel aurait été son opinion sur la fascination qu’exercent ces tueurs sur une partie de la population ? Qu’aurait-il dis au sujet des médias et de leurs couvertures sensationnalistes à l’extrême ? Comment aurait-il analysé, lui, le pourquoi et le comment de l’existence de tels criminels ?

Certaines réponses à ces questions sont ébauchées mais l’époque n’était pas encore à la psychanalyse criminelle et aux « profilers ». Il reste néanmoins étonnant de lucidité, propre aux grands écrivains. Suivant cette logique de l’époque, l’homosexualité était malheureusement considéré comme un crime, une maladie psychiatrique quand ce n’était pas une possession démoniaque. Caryl expose, de manière un peu bancale, que Oscar Wilde et Gide étaient homosexuels et n’avaient jamais causés de tords à quiconque mais ont payé de leurs libertés leur orientation sexuelle. Ces deux artistes à part, sa réflexion et un peu maigre, elle sent encore une certaine homophobie , homophobie qui a l’époque, comme noté précédemment, était la « norme ». Le manque d’éducation, la religion et les tabous de l’époque (ect…) étaient la cause de cette homophobie. Il est courageux de la part de Caryl de parler d’homosexualité dans son livre, considéré par énormément de personne comme une personne à abattre, il prend le risque de défendre la cause homosexuelle, de manière maladroite certes, bien que les gens l’attendent au tournant et que ces derniers sont ostensiblement homophobes et racistes.

Le livre se termine sur un hypothétique « Quand vous lirez se livre je serai peut-être déjà mort. »

Extrait :

Mon message aux jeunes en difficulté, le voici : le crime est une sale affaire. Sors-en ! Il n’y a aucun prestige à tirer de la prison, aucun prestige à ce qu’on vous casse la tête, aucun à finir dans le Couloir de la Mort. Bien sûr, je sais ce qu’il en est des provocations, des sermons, des coups de gueule et des passages à tabac dans les arrières-salles des commissariats. Mais il ne faut pas être une bille. Il ne faut pas gaspiller sa vie. Ça ne vaut pas le coup.

Que je vive ou que je meure, j’espérais fervemment que le récit de mes épreuves et de mes expériences, joint à ce j’ai appris des unes comme des autres, contribuerait en fin de compte à convaincre la Société que la chambre d’exécution et la justice vengeresse ne répondait à rien.

Le passé, le présent et l’avenir convergèrent vers le milieu de février. Ce fut d’abord au parloir avec Frances qui me confia, presque timidement, qu’elle était tombée amoureuse de moi. David et Cheryl me faisaient dire qu’il fallait que je rentre à la maison pour être leur papa. Ainsi, il existait pour moi un avenir, un beau rêve que tenait en échec le présent et qu’obscurcissait le passé. Ici, la mort était plus réelle, plus certaine que la vie. La chambre à gaz continuait à réclamer ceux qui lui appartenaient.

– Sauf pour nous et quelques amis, ma mort n’a pas vraiment d’importance. Mais je prie pour que le livre que je laisse derrière moi contribue à empêcher d’autres parents de se retrouver devant une tragédie pareille à celle que les miens ont vécue.

En fait, je lisais et écoutais avec une fascination détachée tout ce qui se publiait au sujet de cet énigmatique condamné qui avait nom Caryl Chessman. Je me demandais : « Est-ce vraiment à moi que cela arrive ? » Mes relation avec le temps et les événements semblaient s’entourer d’une sorte d’irréalité, d’un inadmissible surréalisme. Et, pourtant, la chambre à gaz n’en manquait pas, elle, de réalité.

De lui [le juge Charles W. Fricke] les journaux citaient le propos suivant :

« Si un homme qui méritait la mort à laquelle il a été condamné par le jury a droit à une mesure de clémence uniquement parce qu’il était capable d’écrire et de faire publier un livre, autant flanquer tout le code criminel à la poubelle ! »

Sûrement, c’avait été folie que de rêver que Cellule 2455, Couloir de la mort, pouvait être écrit ici, contre la montre, en dépit de la pression, de la tension, des obstacles ; qu’il pourrait trouver un éditeur, que son message atteindrait le monde entier. Pourtant, le rêve c’était métamorphosé en fait.

Une fois de plus, je défis mon lit, pliai les draps, les couvertures et rendus à la cellule son aspect anonyme. Une fois de plus, je pris l’écoute pour entendre un speaker qui déjà me voyait virtuellement dans la chambre à gaz. Dans de pareils moments, on a le choix entre l’épouvante et la folie.

Quoi que j’aie pu être et quoi que j’ai pu faire, je n’avais pas commis les crimes de la lumière [ou lanterne] rouge. Ce n’est pas moi, je le jure, ce Bandit à la lumière rouge.

Face à la justice

Onze ans de sursis

Pas de quatrième de couverture

Nous somme donc à la dernière œuvre de Caryl Chessman.

Après avoir raconté sa vie et sa descente aux enfers jusqu’au couloir et ébauché une nouvelle compréhension pour la société de la criminalité juvénile dans le premier ouvrage.

Après avoir écrit son deuxième livre sur son combat au jour le jour contre la chambre à gaz et une justice implacable, affirmé sa théorie sur la criminalité et découvert que l’écriture était son futur, si futur il y avait et après avoir rendu son cas célèbre à travers le monde entier tout en proclamant ne pas être le Tueur à la lanterne rouge, Chessman écrit ici son dernier livre.

Grosse déception, pas de l’auteur, mais du vendeur. Arrivé à la page 83, j’ai remarqué que plusieurs pages avaient été arrachés ! Je suis donc passé de la page 82 à 89. Une leçon que j’ai apprise donc : quand vous achetez des livres d’occasions, faites attention !

J’ai pu déduire tant bien que mal que Caryl et ses avocats Georges Davis et Rosalie Asher avaient réussis à faire passer un Habeas Corpus devant le juge Goodman. Mais avant, celui-ci avait essayé de transférer Chessman à Alcatraz en lui promettant de meilleures conditions de détention, qui aurait permis à l’accuser de travailler sur son cas avec ses deux avocats plus facilement et discrètement. C’était un piège, et Caryl Chessman et ses deux avocats s’en sortirent in extremis.

La confrontation devant le juge, la stratégie de Chessman et de ses défenseurs, les échanges et les débats, compliqués pour un non-initié comme moi a été dur à suivre. Ces ouvrages seraient importants à lire à tous ceux qui étudient le droit. Toujours est-il que j’ai compris que le juge Goodman n’était pas, loin de là, impartial. Le combat de Chessman était celui de David contre Goliath.

L’écriture en prison devient dangereux car l’administration pénitentiaire de Saint-Quentin rend illégal tout manuscrit. Caryl écrira donc son roman avec une ingéniosité sans pareil, camouflant son roman dans ses papiers de justice. Rien n’est simple dans le couloir de la Mort.

Son habeas corpus est rejeté par le président du tribunal de Californie Gooodman. Sa requête devant la Cour Suprême des États-Unis aussi. Mais ce n’est pas encore la fin pour Chessman, l’écrivain bagniard. Il a encore une pièce maîtresse à jouer.

Malheureusement, son manuscrit est trouvé et confisqué. Il se retrouve en isolement. Le directeur de la prison ne l’ayant pas à la bonne, Caryl ayant conféré à la prison de San Quentin une mauvaise réputation, il attendait le moment opportun pour le faire taire une bonne fois pour toute, son récit est terminé, il ne peux plus écrire. Il avait réussis néanmoins à faire passer son roman Le fils de la haine et cet ouvrage hors de la prison. Le livre se termine par une lettre de son éditeur, s’adressant autant à nous qu’à lui, en décrivant la situation inextricable dans laquelle Caryl Chessman se trouve.

Caryl sera exécuter le 3 mai 1960 après 12 ans de luttes dans le couloir de la mort.

Extraits :

Un autre nom défrayait la chronique : celui d’un jeune Californien qui, du fond du couloir d’une cellule de condamné à mort, écrivait des livres et luttait contre le Gouvernement qui voulait trancher ses jours. « Mieux vaut un coup nul qu’un coup dur » avait-il dit à l’annonce que, contre toute attente, il était arrivé à garder la vie, sans pour autant être parvenu à faire annuler deux condamnation à mort…

J’avais probablement été un salue en toutes sortes de genres et un bagarreur imbécile dans tous les genres possibles, seulement il se trouvait que je n’étais pas le bandit à la Lumière Rouge. Je n’étais pas un satyre qui traînait et rôdait dans les sentiers amoureux ; j’étais un bandit qui, les derniers temps, menait la vie dure à un syndicat de bookmakers protégés par la police en matraquant ses encaisseurs et en razziant ses repaires. Et il y avait une rude différence entre un satyre et un bandit, ainsi qu’aller le constater les braves gens qui m’avaient tamponné de bout en bout à mon procès et jusqu’à la condamnation incluse.

Comme j’ai dans le crâne que, en puissance, j’ai l’étoffe d’un écrivain, il se peut que je démontre à la société que je suis capable de faire œuvre de créateur et que que, tout compte fait, je peux servir la communauté. Cela si le bourreau ne se met pas en travers avant, s’entend.

Au bout de sept ans, trois moi et quelques jours de bataille, et en somme, de lutte pour la vie, j’avais remporté ma victoire de la dernière chance à la Cour Suprême. La Cour de district des États-Unis avait reçus des instructions qui lui enjoignaient d’étudier entre autres les accusations que je formulais concernant la préparation frauduleuse d’un compte rendu de sténographe dont on s’était servi pour confirmer mes deux condamnations à mort et mes quinze condamnations à la prison.

Il insistait vigoureusement sur les tracasseries dont nous étions l’objet. On ne nous avait donné qu’un délai restreint pour nous préparer. Pourtant, chaque fois que Rosalie ou lui venaient à la prison, ils étaient inutilement retardés. Des bonshommes qui n’avaient rien à faire là venaient compter mes papiers. Ils les dénombraient à mon entrée dans la cage [parloir] et les recomptaient ma sortie. Un gardien restait assis en permanence à trois mètres de moi. Chaque fois que nous nous mettions au travail, nous étions interrompus. […] on se trouvait en présence d’un harcèlement aussi méthodique qu’ininterrompu.

– Nous en arrivons, Monsieur le Président [du tribunal], à un stade que je [Georges Davies, avocat de Caryl] n’ai jamais connu en quelque vingt-quatre ans d’exercices de ma profession. J’ai eu d’innombrables conférences dans les prisons tant en Amérique que dans les pays étrangers et nulle part je ne me suis heurté à un harcèlement et à des tracasseries goutte à goutte de ce genre.

– Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Dis-je. Le très honorable Louis Goodman nous déclare et clame à tous les échos qu’il nous propose une affaire merveilleuse et assure qu’il s’en est entretenu avec le directeur d’Alcatraz. Là-dessus le directeur viens vous raconter qu’il n’a jamais entendu parler du juge. Tout ce qu’il sait de l’affaire, c’est ce qu’il en a lu dans les journaux et il nous met en garde pour que nous ne venions pas. Si tout ce que je souhaite est d’être mis au secret, j’y arriverai aussi bien ici.

– Sans qu’il y ait de notre faute, nous n’avons pas pu vraiment mettre nos dossier au point comme nous l’aurions dû. Depuis que la Cour suprême a ordonné ces débats, on n’a pas cessé de rencontrer des pierres d’achoppement et des pièges à andouilles, et en plus, on a l’impression qu’on butte sur un juge qui est prévenue contre nous. Il continue refuser des témoins qui nous sont indispensables. Sans leurs dépositions, sans des débats complets et équitables, nous perdons notre temps.

L’enjeu, c’était une vie humaine. La mienne.

« Âgé de trente-quatre ans, l’écrivain du Couloir de la Mort se présenta armé d’un monceau de documents et une liste de quelque trente témoins dès l’ouverture des débats, notait David Pearlman de la Chronicle de San Francisco. L’Etat s’efforce depuis 1948 d’envoyer Chessman à la chambre à gaz… Écrivain brillant, celui-ci a pu apprendre tout seul le droit dans sa cellule de condamné à mort, esquiver six rendez-vous avec le bourreau et faire à neuf reprises appel à la Cour suprême des États-Unis…

À présent, Chessman conteste la validité de la toute première décision de justice qui confirma la condamnation à mort par la Cour. »

La presse mettait l’accent sur les « mesures de sécurité sans précédent » qu’on avait prises « parce qu’on ne sait jamais ».

Je n’avais pas oublié que, à plusieurs reprises depuis quelque temps, le contenu de certaines communications confidentielles qui m’étaient destinées avait été révélé à la presse ou au Parquet par le directeur [de la prison] et qu’on s’en était servi pour me faire du tort, parfois en les isolant de leur contexte. Cela s’était même produit une fois avant que la lettre ne me fût remise. Je n’allais pas laisser cela recommencer.

Le Couloir de la Mort fut l’objet d’une nouvelle fouille générale et un des gardiens fit tomber presque « accidentellement » ma machine à écrire de l’escabeau. Je la rattrapai à temps et le gratifiai d’un sourire.

Ainsi allaient les choses. Quotidiennement, d’une petite façon ou d’une autre, on me « remettait à ma place ». Les forçats appellent ce traitement plein d’égards « satonner » son bonhomme. J’étalais la tempête, souriant extérieurement et bouillant au-dedans.

La médaille à son revers : le prix sur j’ai payé pour ces neuf années passées à ce travail de Sisyphe a été prohibitif. Tous mes rêves d’un avenir honorable sont mangés aux vers et rien n’est plus terrible que de regarder mourir l’espérance, pour la voir renaître et mourrir encore, étranglé et sans pitié.

Les fumées qui m’environnent sont bien plus mortelles, bien plus anéantissantes que celles qui m’attendent dans la chambre à gaz, là en bas.

En fin de compte, de même que les deux premiers ouvrages de la trilogie, celui-ci est en fait une histoire écrite à l’intention des gens qui accordent quelques importances au fait que pour un de leurs semblables la descente aux enfers, la perte de son âme et la déchéance de toute humanité n’aient pas été, à l’origine, le résultat d’un choix par lui librement consenti.

Jusqu’à dix heures, je lisais, causais, étudiais et, pendant une demie-heure au moins, j’arpentais la cellule en réfléchissant au travail de la nuit et en revivant la période passée que j’allais évoquer. À partir de dix heure, je couchais les phrases sur le papier. Je me contraignais à rédiger au moins l’équivalent de trois pages du manuscrit final, ce qui, entre le projet jet et le texte définitif représentait de dix à quinze pages d’écritures d’écriture courante. C’était une besogne à l’arraché. Il n’était pas question d’attendre « l’inspiration » ou l’état d’âme approprié. Quand je fléchissais, j’empoignais un memento homo que je conservais spécialement pour cela : une image en couleur de la chambre à gaz d’en bas. Je la regardais, j’aurais un bon coup, rigolais et, mon démon aidant, je me remettais au travail.

Comme depuis des années je ne m’étais servis que d’une machine et que je n’avais plus guère écrit à la main que ma signature, au bout de deux semaines de séances nocturnes à gratter du papier, je n’arrivais plus à tenir mon stylo à bille. Je tâtai d’une douzaine de position, mais ma main droite s’obstinait à trembler et à se crisper, mes doigts devenaient des ergots arthritiques et je souffrais de façon intense. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas lâcher, quitte à faire une pause de temps pour m’imposer des flexions à mes phalanges et à me masser la main. À la longue, les douleurs disparurent. À ceux qui prétendent que le crampe des écrivains est un phénomène purement psychologique, je ne puis que rétorquer qu’ils font erreur.

Peu après que j’eus commencé mon bouquin, de nouveaux ordres tendirent à rendre plus compliquées les tentatives de suicide. La littérature clandestine, bien qu’elle ne fût pas visée, souffrit aussi de ces mesures. Je ne pouvais pas lever le nez sans constater qu’un gardien de service recensait son monde et, à en juger par le nombre de ses tournées, l’homme de ronde avait tout l’air de s’entraîner pour le marathon.

À la fin septembre, le directeur, Teets, vint un matin visiter le Couloir de la Mort. Il arriva à ma cellule au moment même où les deux spécialistes de la fouille en sortaient après une minutieuse inspection. On ne m’avait pas encore renfermé. Le garde armé, sur la passerelle, nous surveillait attentivement.

– Eh bien Caryl ! me dit le directeur, avec un sourire avenant, ont-ils trouvé de la contrebande ? des manuscrits ?

Mon regard suivant le sien, se porta dans la cellule 2455. Là, sur la table, sur le devant de la cellule, se trouvait le manuscrit inachevé. Un pas et le directeur aurait pu le prendre… s’il l’avait reconnu pour ce qu’il était. En déménageant mon « fratras » pour ses investigations, l’équipe de fouille l’avait mis là avec diverses copies et dossiers.

– Non, répondis-je en lui retournant son sourire.

Ils n’ont trouvé ni manuscrit, ni contrebande. Mais ce n’était pas faute de chercher.

Ils ne s’en étaient, certes, pas privés. J’avais de longues minutes sur des charbons ardents, avec un air d’indifférence totale. L’un des gardiens avait ouvert la boîte plate qui contenait mon manuscrit et en avait examiné les feuilles. Heureusement, il ne les avait pas regardées dans le bon sens. Il fallait les considérer d’une façon particulière, sans cela toute détections étaient impossible et le camouflage endormait d’autant plus les soupçons que l’ensemble se trouvait bien en évidence et comme offert à l’inspection.

Convaincu qu’une génération ultérieure m’écoutera, voici ce que j’ai fait :

Avec l’aide de quelques amis, j’ai mis au point un volumineux « colis » d’une nature toute particulière et qui se trouve garé en un endroit où on ne peut le découvrir, le saisir, le supprimer ou le détruire sans mon consentement. On y trouve, outre des preuves qui démontrent indiscutablement que je ne suis pas le Bandit à la Lumière Rouge, un document qui désigne nommément les Bandits (car ils sont plusieurs) à la Lumière Rouge. En fait, ils sont deux, bien qu’un seul présente une certaine importance. Ainsi, la vérité éclatera de façon si patente que l’opinion publique sera stupéfaite qu’on ai pu le condamner et que cette erreur judiciaire, sinistrement voulue, ternira plus gravement encore le blason, taché de boue et de sang, de la Californie.

J’ai lu un jour qu’un homme fait ce qu’il a la conviction de faire, ou qu’alors ce n’est pas un homme.

[À son avocate Rosalie Asher] – C’est le nom, l’identité et une partie de l’histoire du Bandit à la Lumière Rouge. Du principal et aussi d’un pantin qui s’est trouvé avoir affaire avec lui, ainsi qu’à moi, d’ailleurs, dans une autre combinaison.

Dures lectures que ces trois ouvrages de Caryl Chessman. Écrits dans un endroit où les hommes sont destiné à la mort.

Certains passages où il décrit sa cellule et comment il travail me fait penser à Écriture Memoire d’un métier de Stephen Kings où Stephen démontre l’exercice presque télépathique qu’est l’écriture en décrivant lui aussi l’endroit où il travail. D’ailleurs un passage sur une sourie dans le deuxième ouvrage de Caryl m’a fais penser à La ligne verte du King

Pour ce qui est de la peine de mort, moi, né français, cette peine capitale est moyenâgeuse. Je me rappel un cour de primaire ou une professeure nous en avez parlé et nous avions tous été choqués. Déjà, à notre jeune âge, nous ne comprenions pas pourquoi on pouvait tuer un criminel. Cela ne réglé rien. C’était inhumain. Que tuer un tueur ne change rien.

Passé ces quelques jours à lire Caryl a été une experience violente. Je ne savais que peu sur les couloirs de la mort, de la vie des détenus à l’intérieur. Après cette lecture, cette carence en information est comblée bien que les ouvrages soient datés.

De mes lectures, je pense que Caryl Chessman n’était pas le Bandit à la Lumière Rouge. Bien que diagnostiqué psychopathe, ayant un casier judiciaire long comme le bras, braquages à mains armées, voles de voitures, cambriolages, courses poursuites et échanges de coups de feux avec la police, il n’a jamais tué personne. Bien qu’il ne sache pas entièrement pourquoi il se comportait comme cela, ses crimes avaient pour but principal l’argent. Et non le meurtre et encore moins le viol et l’assassinat de femmes.

Caryl Chessman était innocent des crimes dont il a été jugé coupable et exécuté pour. Cela reste mon avis.

Il s’est battu comme un diable, dans sa minuscule cellule pour rester en vie. Il a trouvé son salut dans l’écriture, son talent l’a amené à ce que le monde entier le connaisse. Bien loin de n’avoir que des soutiens, ses détracteurs étaient nombreux.

Il se sera battu jusqu’au bout contre un système qui ne voulait pas discuter son sort. Le monde contre lui et sa seule plume pour se défendre.

Il aurait été intéressant de savoir son point de vue sur la situation actuelle de la Justice aux États-Unis, surtout sur la police qui semble jouer de la gâchette plus facilement qu’avant ou plutôt en entendons-nous parler plus car les réseaux sociaux et les chaînes d’informations sont omniprésents à notre époque…

Bizarrement, dans les derniers extraits que j’ai partagé avec vous, ce fameux colis n’a jamais du être découvert car encore aujourd’hui, le Bandit à la Lumière Rouge n’a jamais été identifié.

Je me suis renseigné sur Wikipedia ( https://en.wikipedia.org/wiki/Caryl_Chessman?wprov=sfti1 ) à propos de son exécution.

Il fit des signes aux journalistes présents pour avertir que l’exécution était douloureuse.

Sa dernière demande d’Habeas Corpus. comme écrit au début l’article, aurait pu (dû ?) encore délayer son exécution. La Californie avait peut-être envie d’en finir avec se prisonnier qui lui tenait tête depuis plus d’une décennie.

Des livres qui ont leurs places dans la bibliothèque d’un étudiant en Droit ou pour tous juriste. Et à ceux qui pensent encore que la peine de mort sert à quelque chose. Non. La mort n’arrange rien. Tout le monde perd dans la mort. Le bourreau comme la victime ainsi que la société.

Jaskiers

Le magicien d’Auschwitz de J.R. Dos Santos

Quatrième de couverture :

« Une vision totalement nouvelle de l’Holocauste où J.R. dos Santos donne la parole à ceux qui l’ont perdue à Auschwitz. » – Rabin Schlomo Pereira

Prague, 1939. Les allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi. Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Leningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui a dépasser leur propre histoire.

Avec son exigence constante de vérité, J.R. Dos Santos aborde ici l’un des sujets les plus douloureux de l’histoire contemporaine. C’est grâce aux très précieux, et encore méconnus, manuscrits retrouvés enterrés près des fours crématoires, qu’il arrive à nous amener au plus près de l’histoire et au cœur de l’enfer.

J.R. DOS SANTOS

Journaliste, reporter de guerre, présentateur du 20 H au Portugal, J.R. dos Santos s’est imposé comme l’un des plus grands auteurs de thrillers scientifiques en Europe et aux États-Unis. Ses romans historiques rencontrent le même succès.

Fiction inspirée de faits réels, sur l’horreur de la Shoah, je trouvais qu’écrire sur ce sujet difficile une histoire, un roman, était un exercice plutôt risqué.

En effet, comment écrire sur l’horreur quand nous n’en n’avons pas été témoin ni victime ?

Que penserait d’ailleurs les victimes, les survivants et leurs familles qu’un auteur écrive sur l’indicible, un roman de fiction ?

Le roman est basé sur deux histoires d’amour.

Me voilà moi aussi dans une position délicate, je n’ai aucune idée de comment écrire sur ce livre. Étant un roman, j’ai peur de trop en dévoiler et de gâcher votre lecture.

Je ne connaissais pas J.R. Dos Santos, bien qu’il semble être une personnalité connue au Portugal.

Cet ouvrage commence d’une manière assez atypique. Il semble que l’auteur ai voulu nous expliquer les principes ésotériques qui influençaient et même potentiellement guidaient Hitler et surtout son bras droit Himmler.

Évoquant des figures du monde du paranormal et ésotérique, comme un certain Alister Crowley, dévoilant des rites, des ouvrages portant sur la magie, la « vraie » qui, selon l’auteur, pour les leaders du IIIe Reich étaient une puissance à contrôler pour dominer le monde. Surprenant. Et semble-t-il bien documenté, en tous cas, l’auteur semble avoir plongé dans les croyances ésotériques nazies et en a ressorti des informations (révélations ?) importantes implantés avec brio dans le roman.

Suivre la descente aux enfer de Herbert Levin et sa famille, Juifs allemands réfugiés en Tchécoslovaquie près de Prague, voir de quelle manière l’Allemagne nazie a pris en grippe ce pays et manipulé la communauté internationale, « politique » qui la mènera jusqu’à la guerre mondiale et les horreurs de la Shoah. Là encore, l’histoire est bien menée par l’écrivain.

Il était intéressant de suivre Francisco Latino, légionnaire portugais dans la légion étrangère espagnole, devenue la légion des volontaires espagnoles, pour combattre sur le front russe. Une histoire qui suit parallèlement celle de Levin, chaque chapitre traitant de l’histoire de l’un puis de l’autre.

Le fonctionnement du camp et sa « politique » est extrêmement bien expliquée. Ceux qui ne connaissent pas le sujet pourront y apprendre avec précision et clarté comment Birkenau et Auschwitz détruisaient les êtres humains. Leurs mécaniques de soumissions et de destructions et la vie dans les camps est exposée de manière claire et efficace.

Le problème avec ce livre, c’est la fin. Car finissant sur un cliffhanger, nous avons droit à une publicité pour le tome 2 de l’ouvrage. Autant dire que je pensais que cet ouvrage était un roman complet, un début, une fin, terminé. Malheureusement, il faudra attendre le prochain ouvrage, et je ne suis pas sur de me le procurer car je n’apprécie ce genre de business, plusieurs tome sans que le lecteur n’en soit averti. Pour moi, cela détruit l’expérience de lecture. C’est dommage. Peut-être suis-je trop têtu mais je n’ai pas aimé la manière d’annoncer que ce n’est pas la fin, que le tome 2 arrive bientôt. J’aurai préféré le savoir avant d’acheter. En faite, c’est de ma faute.

D’un point de vue personnel, il était intéressant de découvrir la culture Tchèque. D’une manière plutôt triste malheureusement. Le roman bien qu’extrêmement émouvant et dur apporte cette lumière culturelle qui amène un semblant de baume apaisant. Le baume de la culture, amenant la compréhension de l’autre, l’amour et le respect qui pourrait éviter de telles horreurs. Comprendre l’autre. Tellement simple, comprendre son prochain. Partager et ouvrir sa culture aux autres. Plus d’ignorance menant à l’ignominie. Ce serait tellement simple.

J’ai choisi de ne pas partager d’extrait avec vous tant l’ouvrage est atypique et même surprenant. Il serait risqué de partager un morceau de texte qui pourrait gâcher une potentielle lecture de votre part.

Je le conseil en prenant en compte qu’il existe 2 tomes (et peut-être plus ?).

Jaskiers

Le serment de Kolvillàg par Elie Wiesel

Quatrième de couverture :

Un jeune homme veut se tuer ; il a vingt ans ; il est Juif. Le vieillard qu’il rencontre l’après-midi de ce qu’il croit devoir être son dernier jour, est juif ; il a quatre fois vingt ans ; il est le seul survivant de Kolvillàg.

Cette petite ville d’Europe centrale ne figure sur aucune carte, dans aucun manuel d’histoire. Elle n’existe plus que dans la mémoire du vieillard ; et dans un livre dont il est dépositaire. Lié par un serment, il assure ne pouvoir en parler. Pourtant il en parlera : « Si je te racontais Kolvillàg ?… Il y a là une leçon dont tu pourrais tirer profit. Kolvillàg : la haine contagieuse, le mal libéré. Les conséquences graves d’un épisode banal et insensé… Brisant les chaînes, l’Ange exterminateur a fait de tout les hommes ses victimes… »

C’est l’histoire d’un pogrom. Histoire absurde à l’origine ; angoissante dans la progression de l’inévitable ; hallucinante par l’Apocalypse finale qui n’épargne pas plus les massacreurs que les massacrés. C’est aussi la peinture d’une communauté juive, avec ses figures pittoresques ou émouvante dominées par celle du hassid Moshe, « le fou ».

C’est enfin l’illustration entre toutes pathétique d’un thème obsédant Elie Wiesel : la fidélité aux morts devenant raison de vivre : « Ayant reçu cette histoire, tu n’as plus le droit de mourrir », dit le vieillard au jeune homme.

C’est impossible, ou presque, de mettre des mots sur ce roman. J’essaye de tourner cette expérience de lecture en article mais je doute que cela soit possible tellement l’expérience était puissante.

Nous connaissons, sûrement, tous le livre La Nuit d’Elie Wiesel. Ouvrage qui avec celui de Primo Levi, Si c’est un homme, ont marqués la littérature concentrationnaire de manière indélébile.

Bien que Le serment de Kolvillàg ne soit pas sur l’univers concentrationnaire, du moins pas entièrement, il traite avec une force, une plume et une philosophie incroyable l’antisémitisme. Le martyre du peuple Juif, spécialement durant le XXe siècle. Il est, de mon point de vue, aussi important que les deux premier ouvrages cités dans ce paragraphe. Une plongée dans l’épouvante d’un pogrom dans un petit village de l’Est européen.

Le livre m’a touché, directement. Parlant de suicide dès la première page (Wiesel voulait-il exorciser le suicide de son ami Primo Levi avec se livre ?), avec une rencontre entre un jeune homme suicidaire et un vieillard, près à lui dévoiler son plus grand secret pour lui sauver la vie.

Le récit est rempli de passage sur la culture Juive, sur les traditions, la vie, des hommes et des femmes qui ont tous une personnalités marquantes et une histoire personnelle. On plonge dans le doute, l’enfer que vie cette communauté innocente tout en étant plongé dans l’immensité et la magnifique culture juive. L’horreur inconsciente opposée à l’immense histoire du peuple Juif.

Ce pogrome se déroule avant la Seconde Guerre Mondiale, avant la Shoah. Un terrifiant rappel du martyr que vivait le peuple Juif avant l’Holocauste.

Bien sur, j’avais sélectionné des passages à partager avec vous. Mais je ne pourrai pas faire justice au livre avec juste des passages. Il faut le lire en entier pour le comprendre. Un extrait ne serait pas assez.

Un livre qui étonnamment ne semble pas avoir marqué beaucoup d’esprits, dans le monde littéraire du moins. Pourtant je pense que sa lecture est importante, aussi importante que la lecture de La Nuit. Pour quelle raison ce livre est-il passé inaperçu ? Pourquoi personne n’en a parlé ? Ou bien est-ce moi qui manque de culture ce qui n’est pas impossible, loin de là.

Dans ces temps difficiles ou l’antisémitismes revient au premier plan, une œuvre comme celle-ci serait la bienvenue. La remettre sur les étagères des librairies et bibliothèques. Une force en émane. Celle de l’horreur, de l’horrible stupidité que l’être humain est capable de commettre et mettre en œuvre sans pitié aucune. Mais aussi de l’espoir, de la jeunesse, du combat contre l’oublie et pour la vie et pour la conservation d’une culture juive martyrisée mais millénaire. Ce livre est une preuve et une épreuve. Avec comme point d’orgue : témoigner peut sauver.

Lisez le et parlez en à votre entourage. Car cet ouvrage est important, beau, triste, même poétique, en lisant entre les lignes, pleins d’espoirs et de leçons pour les générations futurs.

Jaskiers