La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Le vin de la colère divine par Kenneth Cook

Quatrième de couverture :

Aller combattre le communisme pour sauver le monde : tel est le motif qui conduit un jeune homme de vingt ans à se retrouver au cœur de la jungle du Vietnam. Confronté à la mort, il ne peut se raccrocher qu’aux valeurs chrétiennes et occidentales auxquelles il croit. Mais survivre au crescendo des bombes et de napalm mène à accepter les pires atrocités. Et à oublier la « guerre juste », lorsque se répand, dans une vision d’apocalypse, le vin de la colère divine.

« Dans une narration à couper le souffle, l’écrivain australien Kenneth Cook fait acte de foi en la littérature, celle qui réveille les consciences. Le vin de la colère divine est un cataclysme. » – Télérama

Kenneth Cook, écrivain couronné de succès, journaliste et leader d’un parti politique opposé à la guerre du Vietnam, fut un personnage hors norme. Il est également l’auteur du Koala tueur, de La vengeance du wombat et L’ivresse du kangourou, tous parus aux Éditions Autrement.

Ceci est un roman, l’histoire n’est pas tirée du vécu de l’auteur. C’est un changement, pour moi, amateur de récits de guerres écrient par des anciens soldats. Mais ce petit roman s’avère être au final un bon changement dans ma routine de lecture.

Ce jeune homme narre son histoire accoudé à un bar. C’est comme si vous étiez son ami de beuverie pour un soir, vous rencontrer ce jeune bidasse de 20 ans, qui a l’air d’en faire 10 de plus, et il vous narre son expérience.

Fervent catholique, il s’engage volontairement dans l’armée américaine pour combattre le communisme. Parce que, selon lui, les communistes sont les ennemis de Dieu. Il semblait presque parti pour une croisade, bien qu’il ne le mentionne pas tout au long de son récit, tout comme il ne mentionne pas les Vietnamiens, les Nord-Vietnamiens, les Viet-congs. Non, tous le long du récit, il les appelle « communistes ».

Jeune, croyant et bon soldat, l’expérience de la guerre du Vietnam va le plonger dans une grande confusion. Sa foie est ébranlée. N’est-il pas marqué dans les 10 Commandements : « Tu ne tuera point ? »

De plus en plus confus devant l’horreur, devant la mort, les valeurs qu’il a appris enfant auprès d’un père aimant et d’une mère française se désagrège. Il cherche à comprendre tout en ne cherchant pas. Il s’exprime par contradictions, sophismes, répond à ses propres questions pour les remettre en doute tout de suite après.

Sa rencontre avec Karl, venu remplacer un camarade de guerre du narrateur (ce dernier n’a d’ailleurs pas de nom, il n’est du moins pas mentionné dans le récit), qui s’autoproclame militariste-pacifiste n’arrange pas sa remise en question perpétuelle de sa foi, de sa place sur Terre, des Hommes, de leur natures, de la politique et de la guerre.

Durant une permission dans une ville de L’Asie de l’Est, qu’il ne nomme pas, il rencontrera Santi, un Vietnamien, avec qui il se saoul. Le narrateur notera avec quelle bienveillance, quel respect il est traité par cet homme. Il pourrait être un ennemi, ce qu’il a fait dans se bar, se lier avec un vietnamien est déconseillé par l’armée, mais Santi est bon, loin des stéréotypes racistes véhiculés par l’armée. La confusion qui s’exerce dans sa tête devient obsédante. Que penser de cette guerre ? S’est-il trompé d’ennemi ? S’est-il fait manipuler pour aller combattre si loin de chez lui des hommes qui, bien qu’ayant des croyances différentes, restent des hommes comme lui ?

Entre questionnement, au bord de la folie, de la confusion la plus extrême, le jeune homme plongera en plein enfer, le napalm, les bombes, les balles, les cadavres, les agonisants. Il ne sait même plus si il pleur. Le peut-il encore ? Sait-il encore ce qu’est se sentiment ? Les sentiments ?

La fin de son récit termine en apothéose. Un enfer sur Terre, une vision d’apocalypse.

Son récit terminé, le jeune homme ne vous dit ni au revoir ni à la prochaine. C’est nous qui partons, car il semble avoir déversé toute sa confusion et ses réflexions sur vous, jusqu’à ces derniers paroles.

Une réflexion sur la jeunesse, l’éducation, la religion et la guerre. Une dure expérience, qui remet en doute certaines de vos valeurs, sans les changer, peut-être, mais vous pousse à vous remettre en question comme le narrateur le fait. Sur vos croyances, votre éducation, l’autorité exercée sur vous et sur le monde en général.

Voici quelques extraits qui, je pense, montre la confusion et la peur du narrateur, qui le suivent tout au long de l’ouvrage :

Mais chaque fois que je pense, il m’apparaît qu’en ce bas monde, un homme sain d’esprit n’a d’autre choix que de devenir fou.

Nous ne pensions pas vraiment tuer. Nous ne pensions pas beaucoup, en réalité ; enfin, c’est ce qui m’apparaît maintenant. Il était impossible de penser. Qu’est-ce que veut dire « penser » de toute façon ?

En y repensant aujourd’hui, je dois reconnaître que j’étais le roi des cons. Ma seule consolation, c’est que nous étions tous les rois des cons.

Si ça se trouve, le monde foisonne de gens qui réalisent que leurs actions sont insensées mais qui craignent de passez pour des fous s’ils se comportaient raisonnablement. J’espère qu’il en est ainsi, mais je n’en suis pas si sûr.

Je m’étais attendu à quoi en partant à la guerre ? À ce que toutes les balles finissent dans les parties les plus charnues de la jambe et à ce que les ennemis soient les seules victimes ?

En général, l’idée qu’on enterre les gens, ou même qu’on les incinère, me dérange. Le principe même que les gens meurent me dérange. Je préférerai que ça n’existe pas.

La raison en était sans doute évidente. Mais je soupçonnais que le vraie raison n’était pas la raison évidente. Rien de ce qui est évident ne semble être vrai.

[…] Sans parler de cette bonne vielle maxime qui raconte plus ou moins qu’il faut prendre les armes pour faire taire les armes. Ils sont tous fous.

– Qui est fou ?

– Tout le monde. […]

Si tous les hommes qui en ont tué d’autres, depuis qu’il y a des hommes, étaient alignés les uns à côté des autres, combien de fois feraient-ils le tour de la Terre ? Et tous les morts ? Lesquels représentent le plus grand nombre, ceux qui ont tué ou ceux qui ont été tués ?

[…] il s’y inscrivait si il y avait une logique. S’il n’y en avait pas, eh bien, il n’y en avait pas. Mais il devait bien y en avoir une, car s’il n’y en avait pas, comment concevoir l’idée qu’il y en ait une ? Est-ce possible ?

[…] – Justement. Je trouve difficile d’imaginer un contexte permettant de justifier moralement une guerre moderne : on doit tuer trop de gens qui n’ont rien à voir avec la guerre.

L’armée vous aide à créer des illusions. Elle offre quelque chose de rassurant et convenable, avec le son du clairon, des tambours, et le rythme des soldats qui marchent au pas, sans compter qu’on vous tient occupé la plupart du temps, limitant tout loisir d’entretenir des pensées subversives. C’est sans doute la grande découverte qu’ont dû faire les généraux : le premier homme qui s’est dit « Je dois absolument occuper les lascars pour qu’ils n’aient pas le temps de penser. » a sans doute ouvert la voie à toutes les armées du monde.

[…] Mais ce qui m’inquiète – enfin, ça ne m’inquiète pas vraiment, pas trop en tous cas – bref ces actes que nous devons commettre… Les combats sont si atroces que je me demande s’ils sont justifiables.

Tous les bruits [dans la jungle] étaient ceux de chasseurs et de proies : les bruits de la violence. Aucun d’eux n’arrivait à la cheville de la violence que nous avion perpétrée […] L’idée de violence est d’ailleurs enracinée dans la nature […]

Il y a peut-être une logique à tout. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas – mais elle m’échappe. En fait, il y a forcément une logique ; la pure futilité, apparemment aveugle, de tous ça exige qu’il y ait une logique.

Je crois que j’essayais d’organiser mes pensées de manière ordonnée et civilisée, comme j’avais appris à le faire, ce qui est en triste contradiction avec les faits. En réalité, mon esprit paniqué tournait en rond. Réaction typique de l’esprit…

Un soldat doit se sacrifier pour la victoire. Savoir qui le tue n’est qu’une question théorique. Ça ne fait pas grande différence après coups, et si l’on accepte que la victoire représente le but ultime et que la mort est un mal nécessaire, ça ne fait pas une grande différence avant non plus. À moins d’avoir l’infortune d’être partis les soldats qui vont se faire tuer. Ça avait de l’importance à mes yeux.

Affirmation, infirmation, dans la même phrase. La confusion est le maître mot de se roman, de l’esprit devenu torturé et fragmenté par la guerre et ses visions d’horreurs. Sa lucidité, son intelligence ont été ses pires ennemis. Il est dur d’imaginer le futur du narrateur tant sa vie est maintenant entachée, et sa foi, pilier de son psyché, ébranlé, ébréché, craquelé, d’une manière violente à cause de manipulations, de mensonges et de l’expérience de soldat. À nous lecteurs de nous faire notre propre histoire sur ce que serait devenu ce « jeune homme » après avoir entendu son histoire. Et de se poser la question de tout ces autres jeunes hommes qui ont vécut un enfer similaire. Et qui sont sûrement accoudés aux bars, un verre à la main, attendant un badaud pour lui conter une énième fois son histoire. Peut-être pensent-ils avoir encore 20 ans d’ailleurs. Car il semble que personne ne sort grandi de la guerre, elle semble plutôt vous traumatiser au point que plus rien ne puisse vous faire avancer. Rester coincé mentalement au moment ou l’horreur du conflit vous touche. Une frontière mentale. Vous n’avancerez plus.

Jaskiers

La vie est un roman de Guillaume Musso

Quatrième de couverture :

Pour lui, tout est écrit d’avance.

Pour elle, tout reste à écrire.

« Un jour d’avril, ma fille de trois ans, Carrie, a disparu alors que nous jouions toutes les deux à cache-cache dans mon appartement de Brooklyn. »

Ainsi début le récit de Flora Conway, romancière renommée à la discrétion légendaire. La disparition de Carrie n’a aucune explication. La porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, les caméras de ce vieil immeuble new-yorkais ne montrent pas d’intrusion. L’enquête de police n’a rien donné.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un écrivain au cœur broyé se terre dans une maison délabrée.

Lui seul détient la clé du mystère.

Et Flora va le débusquer.

Une lecture à nulle autre pareille. En trois actes et deux coups de théâtre, Guillaume Musso nous immerge dans une histoire étourdissante qui puise sa force dans le pouvoir des livres et la rage de vivre de ses personnages.

Mon premier Musso ! J’ai l’impression qu’en France, on se doit de proclamer que nous lisons Musso tant l’écrivain a du succès.

J’ai ouvert se livre par curiosité, j’ai beaucoup entendu parler de l’auteur. Nous n’avons rien à perdre à ouvrir un livre, nous avons tout à découvrir !

Et l’histoire m’a happé !

Le livre regorge de références littéraires, il est vrai, comme écrit sur la quatrième de couverture, que Guillaume Musso a voulu partager son amour des livres dans cette histoire digne du Mystère de la chambre jaune. D’ailleurs, ce dernier est mentionné dans le livre, ainsi que Carrie de Stephen King et de plein d’autres références agréables à rencontrer lors de la lecture. On s’attache encore plus à l’histoire grâce à ces mentions. Pour moi du moins.

C’est une plongée dans l’univers de deux écrivains, ces derniers vont se croiser d’une manière surprenante. Comme, peut-être, seul un ou une écrivain(e) peut nous pondre.

Musso tire à boulet rouge, (ou est-ce juste son personnage ?), là est toute la puissance de l’écriture, sur les médias, avides de sensations plus que d’informations dès les premières pages. Même si dernièrement, avec l’avènement des Fake News, certains médias se revendiquent sérieux, basés sur les faits, bien sur, nous pouvons en douter, et l’auteur n’est pas dupe. Avec Internet et la guerre des clics, tout à changé. On appâte le lecteur, ou devrais-je dire le consommateur, avec des méthodes racoleuses dignes des magasines peoples.

Extrait :

Et cet écho médiatique est le pire des juges. Il ne s’embarrasse d’aucune preuve, d’aucune réflexion, d’aucune nuance. Il ne cherche pas la vérité, mais le spectacle. Il va au plus court, à l’anecdotique, se nourrissant de la séduction facile des images, de la paresse et de la presse et de ses lecteurs abêtis par la servitude du clic. La disparition de ma fille, le drame qui me dévaste n’est pour eux qu’un divertissement, un spectacle, un objet de bons mots et de ricanements. Pour être honnête, ce traitement est loin d’être l’apanage de supports bas de gamme ou populaires. D’autres médias prétendument sérieux s’en donnent à cœur joie. Ils aiment autant que les autres se rouler dans la fange avec les porcs, mais ils ne l’assument pas tout à fait. Alors, toute honte bue, ils repeignent leurs voyeurismes avec les habits de l’ « investigation ». Le mot magique qui justifie leur fascination morbide et leur harcèlement.

Mais ce n’est pas du tous le sujet principal du livre, qui est l’écriture et le métier d’écrivain. J’ai aimé ces passages, ce roman est presque didactique. D’ailleurs il y a une mention de la méthode de travail de Stephen King, que j’apprécie beaucoup personnellement.

King ne travail pas nécessairement avec un plan, plutôt une idée. Il se fait guider par ses personnages plutôt que l’inverse. Méthode casse-gueule à souhait mais que j’adore. Quand j’écris de la fiction, j’aime me faire guider par les personnages, je ne sais pas où ils vont. Et comme je ne sais pas où ils vont, le lecteur non plus, impossible que ni moi, ni le lecteur, n’en sachions d’avantages au fil de notre lecture/écriture. La fin de l’histoire (et même l’histoire entière ?) avec la méthode de Stephen King est une surprise pour le lecteur ET pour l’écrivain.

Mais voici quelques extraits concernant l’écriture glanés dans le livre (pas de spoiler) :

[…] Parce que je suis romancière dans l’âme. Parce que c’est mon truc, peut-être mon seul talent, en tous cas, ce que je sais faire de mieux que les autres : capter chez les gens quelque chose qu’ils ignorent d’eux mêmes.

[…] « Si tu me fais confiance, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour ton livre. » Comme j’avais l’impression que mon livre, c’était moi, j’entendis : « Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour TOI. »

La douleur, c’est le meilleur carburant de l’écriture.

C’était ce qu’on attendait d’un écrivain prétendument sérieux : qu’il défende l’idéal d’une écriture esthétique, intellectuelle, n’ayant d’autre but que la forme […] La vérité, c’est que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’avais même toujours pensé l’inverse : que la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire du réel ou de panser les plaies infligées par la violence alentour.

Il faut une énergie hors du commun pour écrire. Une force physique et mentale.

Écrire n’a jamais été pour moi un loisir. C’est un engagement total. « Un manière spéciale de vivre », disait Flaubert ; « Une drogue », renchérissait Lobo Antunes : « On commence pour le plaisir, on finit par organiser sa vie autour de son vice. »

J’aimais cette idée de me lancer sans connaître le fin mot de l’intrigue. C’était la « méthode Stephen King », qui pensait que les histoires préexistaient à elles-mêmes. Qu’elles étaient comme des fossiles dans le sol que le romancier devait déterrer au fil de l’écriture sans savoir s’il s’agissait d’un squelette de dinosaure ou de raton laveur.

[…] j’étais plongé dans une sorte d’univers parallèle habité par des êtres imaginaires dont les problèmes m’accaparaient nuit et jour. […] je ne connaissais toujours pas mode d’emploi pour écrire un livre. Pour la bonne et simple raison que celui-ci n’existait pas. […] Chaque fois, c’était se retrouver pieds nus devant l’Himalaya. Chaque fois, il m’en coûtent davantage d’extraire à nouveau quelque chose de moi pour le restituer à travers la fiction.

[…] une interview de Stephen King dans laquelle il disait en substance que mettre en scène ses démons à travers la fiction était une vieille technique thérapeutique, un exorcisme qui lui permettait de vomir sur le papier sa rage, sa haine et sa frustration. « En plus, je suis payé pour ça, remarquait le King. Il y a des types dans des cellules capitonnées partout dans le monde qui n’ont pas cette chance. »

[…] la méthode Lobo Antunes : « L’homme souffre et l’écrivain de demande comment utiliser cette souffrance dans son travail. »

Revenons au roman. Qu’en dire ? Je ne me pardonnerai pas de trop vous en dire.

C’est une belle expérience. Enfin « belle » n’est pas exactement le mot adéquat, disons surprenante. L’histoire, la narration et la composition sont original, j’aime ces romans écrits de manière atypique (d’ailleurs, Stephen King aime aussi ce genre de narration). Et si comme moi, vous êtes obsédé par Shutter Island et autre roman à caractère psychologique et avec de gros rebondissements, le livre est fait pour vous ! De plus, si vous aimez la littérature en général, les nombreuses mentions d’écrivains et d’œuvres de tout bords vous scotcherons à se livre, comme ça à été le cas pour moi. Le livre contient énormément de réflexions, de leçons sur la créativité. Il est aussi intéressant de plonger dans le monde de l’édition, dans ce cas, d’une manière assez effrayante.

Un roman sur les écrivains, pour leurs lecteurs, pour comprendre ou toucher du doigt la folie qu’est la créativité.

Musso m’a-t-il réconcilié avec la littérature française ? Peut-être, mais c’est personnel et ça, vous vous en foutez sûrement et à juste raison !

En attendant de m’attaquer à un bon gros pavé pondu par notre seul et unique Sylvain Tesson, j’espère que cet article vous a plus, du moins qu’il vous ai donné envie de le lire, et à mes lecteurs étrangers de s’essayer au roman français « moderne ».

Jaskiers

J’ai trouvé une perle

TA DA !

Vous vous rappelez quand je vous ai dis que j’avais sûrement tout lu sur Hemingway, hey bien non !

Avec Hemingway, je suis comme un(e) ex qui ne veut pas admettre que la relation est terminée. Je suis en chasse, tous les jours, pour voir si je n’ai pas un peu d’Hemingway à me mettre sous les yeux ! Et j’ai trouvé se livre, d’occasion, pas excessivement cher. Je l’ai reçus aujourd’hui bien que je l’attendais, selon les informations de livraison, courant fin mai. Mon étonnement était énorme. Encore plus quand j’ai vu se mastodonte de livre. Je l’ai juste feuilleté, et j’ai été, pendant un bref instant dans se monde difficile, le plus heureux des Hommes.

Des photographies et des lettres d’enfances d’Ernest.
Page prise au hasard dans le livre, juste pour montrer un peu se qu’il a dans le ventre.

J’ai lu, je crois, 3 biographies d’Hemingway. Je ne pense pas apprendre pleins de nouvelles choses sur le bonhomme, je pense par contre apprendre des petits bouts de vies et découvrir des photographies que je n’ai jamais vu.

Le livre est est présenté par une certaine Mariel Hemingway ! Une des petites filles d’Ernest ! (Voyez la photo plus bas pour plus d’infos.)

D’ailleurs, j’avais prévu de parler d’une autre petite-fille d’Hemingway, Margaux Hemingway, elle aussi actrice, elle était aussi mannequin. « Était » car elle n’est plus de se monde. Le problème est : comment vais-je bien pouvoir parler de cette femme ? Je procrastine sur cet article. Et sur un autre, concernant la Malédictions des Hemingway. Terme que je déteste et sujet au combien délicat car il traite des suicides dans la famille Hemingway. Je n’ai aucune idée de quand ou si j’écrirai ces articles. Je voudrai être juste, prudent et respectueux envers les personnes sur lesquelles je veux écrire. C’est un « exercice » que je dois faire, c’est personnel.

Margaux Hemingway, petite fille d’Ernest Hemingway, actrice et mannequin. (Photo : Wikipedia)

Vous êtes ici, si vous êtes nouveau/nouvelle sur le blog, dans le domaine d’un aficionados d’Hemingway.

L’article n’est d’ailleurs pas terminé.

J’ai revendiqué avoir presque tout lu d’Hemingway et sur Hemingway. Cet article prouve que c’est faux. Et comme je suis loin de vouloir passer à autre chose, j’ai décidé de (re)lire ses livres en anglais. Je ne suis pas fou, ça se tient !

Le style Hemingway, est d’abord un style anglais. Bien que le monsieur parlait français, italien, espagnol et même un peu d’allemand, Hemingway écrivait en anglais.

J’attends donc une autre cargaison d’Hemingway, cette fois dans la langue de Shakespeare. J’ai déjà trouvé un ouvrage sur ses poésies, certaines inédites. Le voici :

La folie Hemingway ne semble pas me quitter d’aussi tôt. Et j’en suis heureux.

Je pense avoir tout dis… en faite non ! Bientôt arrivera un article sur Hemingway et son meilleur ennemi, Faulkner. Celui la est déjà écrit, mais en cour de révision.

Hemingway Much ?

Jaskiers

J’ai trouvé mon livre préféré dans la rue.

Je n’avais pas envie de sortir aujourd’hui. Mais mon Roméo, mon Chihuahua, avait envie. Et il faisait beau et doux, avec le vent mythique de la Normandie. Le masque sur le nez, je ne pourrais pas vous décrire se que j’ai pu sentir.

Je n’avais pas vraiment le moral, en attente d’une mauvaise nouvelle, une très mauvaise nouvelle qui traîne à venir. Le coup de fil ou le message que personne n’aimerait recevoir. Par chance je ne le recevrai peut-être pas, j’angoisse pour rien. Peut-être.

Il y a des moments durs dans la vie, si si je vous promets ! D’ailleurs vous n’aviez pas remarqué ? Mais celui-là est d’un genre nouveau et cruel pour moi. (Faisons pleurer dans les chaumières !)

Et puis il y a dans ces jours des heureux hasards.

Comme trouver son livre préféré dans la rue. En mauvais état certes mais là ! À mes pieds.

Je l’ai ramassé, c’est un livre de poche, qui ne rentrait dans aucune des miennes mais je l’ai gardé à la main pendant cette petite balade. J’ai pensé à sortir lire dehors. Un jour peut-être. « Peut-être » pourrait-être le deuxième titre de cet article.

J’ai ramené le livre à l’appartement. Je le garde. Je ne pouvais pas le laisser là.

Désolé à celui ou celle qui l’a perdu, mais je ne pouvais pas le laisser dans la rue comme ça. Il est au chaud maintenant, à l’abris du vent cruel de la Normandie, de la pluie et même du soleil.

Et merci de m’avoir redonner un peu de baume au cœur !

Jaskiers

Les nus et les morts – Norman Mailer

Quatrième de couverture :

« Le plus grand roman sur la Seconde Guerre Mondiale… et peut-être sur toutes les guerres. »

San Francisco Chronicle

Provocateur, iconoclaste, talentueux, Norman Mailer a été l’un des enfants terribles de la littérature américaine tout comme l’observateur subversif d’un pays dont il n’a cessé de condamner les dérives.

Lorsqu’il publie Les nus et les morts en 1948, il n’a que vingt-cinq ans mais a déjà vécu l’expérience de la guerre. Traduit en 25 langues, ce récit fulgurant de réalisme et de révolte, qui met en scène des hommes envoyés en mission derrière les îles japonaises pour conquérir une petite île du Pacifique Sud, connaît un retentissement immédiat. Couronné par le prix Pulitzer, il marque l’entrée en littérature mais aussi dans la légende l’un des plus grands romanciers américains.

« Brutal, angoissant, incroyablement puissant. »

Newsweek

« Un livre éclatant de vie, vibrant de vrais personnages, de scènes mémorables. Bien plus qu’un formidable récit sur la Seconde Guerre Mondiale, une œuvre à part entière. »

The Philadephia Inquirer

« Sept cents pages de bruit et de fureur raconté avec un stylo en guise de lance-flammes. »

Éric Neuhoff, Le Figaro

Depuis Les nus et les morts, Norman Mailer (1923-2007) n’a cessé d’occuper le devant de la scène internationale. Ravageur, survolté, vigilant, il fut, avec Un rêve américain, Les armées de la nuit ou Le chant du bourreau, l’écrivain à la « démesure » de l’Amérique de la seconde moitié du XXe siècle.

J’avais tellement entendu parler de Norman Mailer et il semble que je sois tomber sur une de ses meilleurs œuvres.

À 25 ans, publier un ouvrage de 600 pages avec comme sujet son expérience de la guerre et en sortir le prix Pulitzer… l’écrivain doit-être d’un autre monde.

Le premier paragraphe, la première ligne donne le ton et est peut-être une des meilleurs entames romanesque que j’ai lu.

Rien qu’en lisant ces lignes, vous savez le drame qui s’annonce. Surtout qu’au long du roman, vous êtes au côté de ces hommes, qui parlent crûment, comme des charretiers.

Le roman traite plus de la psychologie des soldats que des combats. Mailer démonte avec se roman l’incroyable « fraternité », la relation de frères d’armes qu’Hollywood et même d’autres livres nous ont colporté.

Entre jalousies, manipulations, traîtrises, et disputes, l’image des soldats frères d’armes prends une balle en pleine tête.

La narration utilisée par Norman est atypique, comme noté précédemment, les soldats s’insultent, se révolte, s’énervent, se rebiffent. Le roman est entrecoupé de petits récits, des flash-back, tantôt avec un style journalistique ou l’auteur semble interviewer les proches des soldats sur leurs enfances, d’autres où ils rentrent directement dans l’intimité et l’ancienne vie des soldats. C’est cru. La vraie violence du roman est la cruauté et la haine, pas nécessairement contre les japonais, mais envers eux même, leurs proches, leurs femmes. Fait encore rare dans se genre de roman, l’antisémitisme dans les rangs de l’armée américaine. Le sujet est traité du point de vue d’un soldat juif et pratiquant et d’un soldat juif mais dont la religion n’as aucun poids dans sa vie. Il est intéressant de voir l’antisémitisme dans les rangs américains durant la guerre du Pacifique, tandis qu’en Europe, des américains se battent contre l’Allemagne Nazie et découvrent les horreurs de l’Holocaust.

Encore plus intéressant et rare, l’auteur parle énormément de sexualité, omniprésente jusqu’à la fin. Les hommes parlent de femmes, la peur d’être trompé par la femme restée au pays, l’envie charnelle qui les hantes, les souvenirs d’amours passés et avec espérance, ceux à venir.

Vous aurez vos préférés, ceux envers qui vous vous identifierez, et ceux que vous détesterez. Et certains d’entre eux mourront.

Jaskiers

La vérité, c’est que je suis bigrement confus.

Depuis quelques jours, et depuis quelques lectures, je me sens perdu, pour dire vrai.

Et j’écris cet article car je vois actuellement beaucoup de blogueurs faire une pause, ou directement quitter la plateforme. La raison étant pour beaucoup une sorte de fatigue, une impression de grande confusion, d’être perdu, d’incompréhension aussi peut-être.

Doit-on blâmer la Covid pour cette morosité ambiante ? Ce serait injuste de ne pas mentionner le poids de la pandémie dans cet article. Entre confinement, déconfinement, re-confinement, confinement mais-pas-trop. Le pire reste les dégâts que cette crise nous déposent sur son chemin. Chômage, licenciement, crise économique, baisses des aides sociales. La peur de l’après, la crise économique et sociale qui s’annonce. Le futur est angoissant. Je lis des articles parlant du « Monde d’avant », c’est à dire pré-Covid. Plus rien ne sera jamais comme avant. Comme dans un film de science-fiction, sauf que des vraies gens sont morts, des vraies familles endeuillés. Déjà qu’avant les choses étaient loins d’êtres satisfaisantes…On sais déjà qui payera les pots cassés. Les plus pauvres.

Tous cela engendrent et il faut le dire, des maladies et névroses mentales. Tous le monde encaisse mais au prix de notre état de santé mentale. Quand l’état mentale est dégradé, le corps suit.

Dépressions, anxiétés, troubles obsessionnelles compulsifs, angoisses, phobies, burns-out, et j’en passe.

Malheureusement je trouve qu’en France, la santé mentale est un tabou. L’esprit se soigne comme le corps. L’esprit s’entretient comme le corps. N’ayons pas honte de demander de l’aide, ce genre de maladie non-traitées vous entraînent dans une spirale qui mène aux endroits les plus sombres de votre être. Plus bas vous vous laisserez tomber, plus longue et difficile sera la remontée.

Dans ce genre de cas, on se sent seul, seul à souffrir avec personne pour nous comprendre, c’est un côté de la maladie qui vous parle. Elle veut vous enfoncer. VOUS N’ÊTES PAS SEUL.

L’aide d’un ou de professionnels ne pourra vous être que bénéfique et vous n’avez rien à perdre. Rien à perdre, tout à gagner, un pas en avant, vers la guérison.

N’oubliez pas la culture. Physique. Vous avez juste à marcher 20 à 40 minutes pour réduire l’anxiété et vous aérer l’esprit.

Quitter ces foutus réseaux sociaux. Les réseaux sociaux pourrissent votre morale, les réseaux sociaux sont un mensonge. En plus d’amasser, sans scrupule aucun, vos données personnelles , elles les revendent à tirelarigot à qui payent le plus.

Lisez des livres, physique si possible, je n’ai rien contre les livres audios ni les livres électroniques, mais le fait de vous déconnecter un peu de la technologie est une libération.

Regardez des films avec vos proches, manger avec eux, faite ce que vous vouliez toujours faire mais n’avez jamais eu l’opportunité, le temps, le courage, dans les limites imposées par se foutu Covid.

Ne prenez pas au sérieux ce que je viens d’écrire si vous n’y tenez pas. J’ai pris une sacré tangente dans cet article, comme Hunter S. Thompson le faisait dans les siens. Sauf qu’il était sacrément bien payé, sacrément bon avec sa plume et sacrément drôle.

Après mes leçons de morale à prendre avec des pincettes, revenons à nos moutons. Tous le monde semble en avoir plein le dos et délaissent leurs blogs.

J’ai cette sensation aussi, j’ai pensé et je pense à faire une pause.

J’ai commencé se blog, pour je ne sais quelle raison. Parler de littérature, principalement américaine, de culture, de musique. Au fond de moi, je crois que je voulais surtout écrire, et progresser dans cet art.

Comme je lis beaucoup, trop peut-être (ça existe « trop lire » ? ), j’avais décidé de partager mes lectures et d’écrire dessus. Une sorte de contre rendu de lecture. Le problème c’est que de plus en plus, au cours de mes lectures, je me détachais du livre pour me dire « je vais parler de ça et ça, prendre cette partie ou celle la, voir même les deux comme extrait ». Lire, et plus précieusement écrire sur mes lectures, est devenu presque un devoir d’école, un job, quelque chose que j’ai peut-être pris trop au sérieux.

Au final, une sorte d’anxiété s’est créée. À chaque fois que j’ouvre un livre, l’article du blog occupe une place trop importante dans ma petite tête d’idiot. Avant le blog, lire était mon évasion, mon truc à moi. Ça l’est toujours, mais le poids de l’article à poster pèse trop sur la lecture. Ajouter à ça la peur de spoiler le lecteur ou d’être irrespectueux envers l’auteur en dévoilant trop de son travail et vous avez mon blocage.

Il est temps de voir les choses en face. Je dois soit trouver ou un équilibre avec mes «comptes rendus» de lecture, sois dédié ce blog à l’écriture personnelle et créative, dans le but de progresser.

Plus j’écris cet article, plus je réalise que j’exposais mes lectures ici comme si j’étais en cours, à faire des textes de Corpus (prononcé « Corps Pouce » comme me le disait cette déglinguée de prof de seconde qui mettait des tongs même l’hiver, ses doigts de pieds étaient dégelasses, ses dents de devant s’entrent chevauchés la faisant zozoter et nous faisait passer le bac blanc oral devant toute la classe en seconde et avait, comme tout professeur qui se respecte une haleine tabac/café bien fétide. Une tangente encore désolé) et à en attendre quelque chose des gens qui me lieront. Je ne veux pas être une sorte de journaliste ou Reviewer littéraire. De toute façon, je suis loin d’être qualifié pour en devenir un.

Pourtant j’aime partager mes lectures ou du moins ce que je lis et partager avec vous mes avis et quelques informations ou citations intéressantes. Mais cela a prit beaucoup trop de place dans mon loisir et ma vie personnelle. Et j’ai l’impression que ces articles sont devenus redondants. Je lis énormément d’œuvre américaine, la plupart sur des conflits armée. C’est répétitif.

J’ai aussi fais je pense, l’erreur de poster un article par jour, ce qui me pressait à lire et à me prendre la tête pour savoir quoi poster et finir la lecture d’un livre avant ma propre deadline. Je précise que je n’ai jamais bâclé une lecture, je voulais être le plus précis possible dans mes articles.

Cela me faisais passer aussi un peu trop de temps sur mon écran. Et ça, c’est extrêmement mauvais. Pour ma santé mentale du moins. Et elle est fragile. Je n’ai pas honte de le dire. C’est un combat de tous les jours. Écrire est LA thérapie qui m’aide. Même si j’écris mal, ou du moins pas aussi bien que je le voudrai. Il me faut écrire mes propres textes pour progresser d’ou la nécessité d’un changement.

J’ai aussi découvert dans mes abonné(e)s des gens qui ne parlent pas français doivent passer mes articles par un traducteur. Je pourrai écrire quelques articles ou textes en anglais. Même si il mon anglais reste très bancal et qu’il me manque pas mal de vocabulaire pour étoffer ces potentiels articles.

Je pense qu’une pause, ou un gros ralentissement dans les articles sera au programme pour le blog. J’ai besoin de lire pour moi. Et d’écrire pour moi. Renouer avec l’essence même de la littérature. Littérature qui m’a sauvé. Le blog servira peut-être à partager mes écrits, et de m’améliorer dans ce domaine. L’attention démesurée que j’ai donné à mon blog m’a freiné. Ça ne m’empêchera pas de venir lire vos articles et de découvrir d’autres blogueurs.

Le fait d’utiliser exclusivement mon IPhone pour écrire et tenir le blog et pénalisant. L’achat prochain d’un ordinateur portable m’aidera peut-être dans la tenu du blog et j’espère, améliorer mes écrits. Mais on en est pas encore là.

En tous cas, je vous remercie de m’avoir lu, ce n’est pas la fin du blog. Je veux juste me concentrer sur l’écriture. Il se peut que je parle d’un livre, d’une lecture ou autre, parce que l’envie de partager sera primordiale pour moi.

Avant de finir l’article, je vous propose quelques personnes rencontrées durant ces quelques mois de blogging, et c’est sûrement une des choses les plus positives que je retiens de ces mois :

Pandora : car je suis son premier fanboy. Du moins je le revendique.

Lili : qui est la gentillesse incarnée et écrit sur son histoire, sur une période difficile de ça vie.

Firenz : Sa poésie, ses photos et son amour des animaux, surtout des chats. Un bisous à Miss Providence et toujours une petite pensé pour Biscotte.

Midian Poet : que j’aime surnommer Poet, amoureux de poésie et passionné comme moi de lettres américaines.

Paquerite : parce que Paquerite est un peu la GodMother du WordPress game et que je l’admire.

Filipa : parce qu’elle parle plus de langue que vous, qu’elle a une plume magnifique et que je pense qu’elle est Paquerite sont lié d’une manière ou d’une autre. Et je l’adore !

J’en profite aussi pour les remercier de leurs disponibilités, leurs gentillesses et leurs aide précieuse.

Le blog va changer de direction… ou pas. Honnêtement je n’en sais rien. Si vous n’avez rien compris à ce que je viens d’écrire, rassurez vous, moi non plus. C’était surtout pour prévenir ceux qui me lisent régulièrement. Si vous avez lu jusque-là, voici en cadeau un peu de Cobain.

Je suis preneur de votre expérience en matière de blog, de passage à vide ou de remise en question.

À bientôt ! Ou peut-être pas. Probablement que si en faite. Et si c’était juste un passage à vide ?

Jaskiers

C’est dimanche, une dose de Ray Bradbury sous-cutané.

Quand les gens touchent mes livres… Ils sont vivants.
Y’en a un peu marre du Covid quand même Ray.
Ne prenez pas cette citation au premier degré je veux pas avoir de problème.

Après cette bonne dose de Bradbury, j’espère que vous passerez un bon dimanche.

Le seul effet secondaire de cette dose est une probable envie de consommer du livre. Enfin de les lire pas de les manger ni de les brûler.

Et n’oubliez pas :

Jaskiers

C’est dimanche, c’est Faulkner.

Quelques citations glanées sur Internet du célèbre auteur de l’ouvrage « Le bruit et la fureur ».

J’oserai ajouter qu’on peux aussi vivre d’espoir… L’espoir est peut-être une illusion en soit…
L’art rend-elle les Hommes immortels ?
Attention de ne pas être happé par ces ombres.

Bon dimanche à vous ! Et bonne semaine !

Jaskiers

Des écrits inédits de Jim Morrison, journaux intimes, poésies et paroles de chansons vont être publiés le 8 juin !

« The Collected Works of Jim Morrison: Poetry, Journals, Transcripts and Lyrics »

« The Collected Works of Jim Morrison: Poetry, Journals, Transcripts and Lyrics » est décrit par HarperCollins comme l’ouvrage que Jim Morrison « avait prévu de publier » de son vivant. Il s’étend sur près de 600 pages et rassemble la plupart de ses travaux précédemment publiés […]

[…]des documents inédits tels que des paroles de chansons jamais enregistrées et des extraits de 28 carnets de pensées récemment découverts. L’un d’entre eux, que Jim Morrison aurait écrit à Paris, peu avant sa mort[…]

Source : La Dépêche

Quelle surprise ! J’espère que le public découvrira à quel point Morrison était un vrai poète et un grand écrivain en devenir !

Je suis impatient de pouvoir mettre ma main dessus !

En attendant, on va écouter un peu des Doors pour calmer notre impatience !

[erratum : j’ai écris que le livre sortai le 8 mars alors qu’il sort le 8 juin. Merci Pandora pour m’avoir averti !]

Jaskiers