Dante’s Dusty Road – Chapitre Final (+ Prologue)

Dans son rêve, il se retrouvait dans un bateau qui tanguait, l’eau faisant un bruit métallique quand elle percutait son embarcation, qui était pourtant en bois.

Il se réveilla en sursaut. Son rêve n’était pas dénué d’une certaine réalité, car il se réveilla et sentit sa voiture se balancer de gauche à droite avec un bruit de crissement.

Il se retourna pour voir le dos d’un bison côté passager arrière sur la droite.

L’auteur démarra la voiture immédiatement et klaxonna, le bison ne fut nullement effarouché. Pire, il semblait encore plus énervé et mit un grand coup de corne dans la vitre, qui se fissura légèrement, puis un autre coup violent vers la roue.

Il démarra en trombe, sentit un poids le retenant. Il n’osait accélérer trop de peur de blesser l’animal et de coincer ses cornes dans la carrosserie de la voiture.

Il klaxonna, cria même. La bête imposante le regarda, il fut terrifié le temps d’une seconde et accéléra, profitant de cette courte pause dans l’entreprise de sabotage du mastodonte.

Transpirant sur le volant, il espérait que la bête n’ait pas percé sa roue ni fait trop de dégâts.

La voiture roulait normalement, mais mieux valait s’arrêter sur le bas côté pour évaluer les dégâts. Il trouva un petit espace en terre sur le bas-côté de la route pour s’arrêter.

La carrosserie était percée au niveau de la portière, la poignée avait été arraché, la jante était rayée et ressortait légèrement de son emplacement. Un vif coup de pied l’a remis en place. Il se pencha pour regarder au niveau des amortisseurs et du disque de frein. Rien ne semblait endommagé, mais le bas de caisse avait pris un mauvais coup. Un trou assez large, où la main entière pouvait passer, se situait entre la portière et le bas de caisse. L’écrivain, encore tout tremblant de la décharge d’adrénaline, savait qu’il allait falloir faire réparer ces dégâts avant qu’ils n’empirent.

Et dire qu’il y aura le chemin du retour. Et Forgan n’aura pas de mécano.

Il espérait ne pas avoir blessé le bison, mais il se souviendrait longtemps du regard de feu, et presque haineux, de la masse de muscle que l’animal lui avait lancé. Il s’en servira pour écrire, peut-être donnera-t-il son regard à une créature infernale dans son prochain ouvrage.

Il reprit la route, il avait dormi toute la nuit. Malgré tout, il se sentait encore épuisé et un léger mal de crâne s’imposait au niveau des yeux.

Et il n’y aura pas de pharmacie à Forgan, il n’y aura rien à Forgan, à par moi. Seul… c’est ce que je voulais non ?

Il ne pouvait s’enlever Springsteen de la tête. Que faire s’il le trouvait garer devant son ranch, ou carrément dedans avec son énorme camion ? Et s’il n’était pas tout seul, mais avec son ami fumeur au langage fleuri ? Et si les flics étaient là eux-aussi ?

Il réfléchissait trop.

Rand alluma la radio, se demandant quel genre de station il pouvait capter dans cette région perdue.

La voix nasillarde d’un jeune Bob Dylan chantait que les temps étaient en train de changer. Du folk, la musique des paysans, la musique du terroir américain. Pourquoi les gens de l’Oklahoma n’étaient-ils pas aussi poétique que les rimes de Bob Dylan ? Enfin, il ne mettait pas tous les citoyens du Middle-West dans le même panier, ce serait injuste et le rabaisserait au même niveau que cette poignée de ploucs qu’il avait rencontré jusque-là.

Le panneau Forgan afficha 20 miles. Autant dire qu’ils lui donnèrent l’impression d’en avoir fait 200 quand, enfin, il arriva.

Forgan, c’était petit, plat, et strictement rien autour à par de l’herbe grillée par le soleil, une curieuse odeur de brûlé et quelques bisons.

Il entra son adresse exacte sur son téléphone qui marquait qu’aucun réseau n’était disponible. Internet ne fonctionnait toujours pas. Il allait devoir se présenter à ses nouveaux voisins plus tôt qu’il ne l’avait prévu pour demander sa route. Pas une seule âme dans la petite ville, ni dans la petite rue principale bordée de petits bâtiments plats, ni dans ses quelques rues perpendiculaires à la principale. Il savait que son ranch n’était pas à Forgan même. Un tout petit peu plus à l’ouest, lui avait-on dit à New-York.

Il s’arrêta dans une ces petite rues perpendiculaires et sortit de la voiture. Il voulait sentir l’air de son nouvel environnement car l’odeur de brûlé qu’il sentait l’inquiétait. Était-ce sa voiture ? Dehors, l’odeur assaillait ses narines. Il fit le tour de la voiture, pas de fumé, l’odeur semblait remplir entièrement l’air de la petite bourgade.

Cette ville serait peut-être le premier témoin de son nouveau roman. Mais difficile d’être témoin de quelque chose quand il n’y a personne.

Après avoir marché seul dans la rue principale, il remarqua qu’il n’y avait aucun commerce, en tout cas aucun d’ouvert en cette matinée. Comment allait-il se nourrir ? Son ranch n’avait aucun animal et il n’était pas fermier pour un sou. Uber-Eat ne devait sûrement pas livrer par ici. L’angoisse l’envahissait.

Pourquoi cette folie ? Il avait eu ce sentiment, cette envie d’aller s’éloigner au milieu du pays. Il avait demandé à sa maison d’édition des adresses, regardé sur internet, et un agent immobilier de la Grosse Pomme lui avait trouvé ce ranch. Il était tellement confiant dans ce projet qu’il l’avait acheté et dépensé de l’argent pour la rénover sans même jamais le voir en vrai, ni même se renseigner sur les alentours.

Il était coincé, pas de nourriture, pas d’internet, pas de station essence. Rien.

Pourquoi personne ne l’avait prévenu ? C’était comme si cet endroit l’avait aimanté, une force inconsciente, ou plutôt très consciente, l’avait entraîné ici, au milieu de nulle part.

C’était peut-être ça être artiste et vivre de, et pour, son art. Obéir à ses envies jusqu’à la folie. Rien de romantique, l’auteur ténébreux et torturé, c’était bien dans le principe, mais en vrai, c’était une lutte de tous les instants.

Quand la survie était devenue optionnelle, l’argent palliant à ce problème, il pouvait dire amen à tous les caprices de son art. Il pouvait ? Non, il le devait.

Il devait être ici, seul, abandonné au milieu de nulle part, dans la poussière et la chaleur, démuni, sans même une bouteille d’eau. Il n’avait plus la force de faire demi-tour, ni de continuer. Il voulait juste disparaître. Il l’a fait, en quelque sorte. Sa disparition ajouterait à sa notoriété une note de mystère qui collerait parfaitement à son image.

Il s’allongea au milieu de la route et ferma les yeux. La solitude extrême. Une petite ville abandonnée remplaçait un New-York bondé de monde.

Son projet d’écriture, c’était peut-être de mourir ici.

Dante se releva rapidement. Déterminé, subitement, à ne pas mourir ici, mais plutôt en société, à la vue de tout le monde. Fini l’envie de solitude. Et il n’avait jamais été question de venir passer l’arme à gauche ici.

Debout sur ses jambes flageolantes, il vit devant lui un énorme feu, une belle bâtisse en bois allait être rongée par les flammes dans quelques instant, une énorme grange, rouge, comme celle qu’il voulait allait subir le même sort.

Parfois, on arrive à son but sans s’en rendre compte. Il suffit de s’arrêter pour contempler le chemin parcouru, pour savoir où nous en sommes et continuer ou pas, notre route.

Et Dante était arrivé.

Le feu. L’incendie. Tout ce qu’il voyait, c’était les flammes qui mangeaient une grande maison et commençaient à dévorer les plus petites installations. C’était son ranch qui partait en fumé.

« – Hey bien, ma vie a fini par devenir un mauvais roman. On récolte ce que l’on sème. Et je n’ai rien semé dans ce ranch. »

Prologue

Dante, assit à sa table habituelle dans son bar préféré de Hell’s Kitchen, The Topito, attendait anxieusement son agent littéraire.

Son nouveau roman fini, qui lui prit six mois à écrire, avait été envoyé à sa maison d’édition qui attendait fiévreusement le travail de leur nouvelle star. Quelques semaines plus tard, son agent l’avait appelé. Ils devaient se rencontrer pour parler d’argent, de droits d’auteur et, sûrement, même si son agent ne le lui avait pas dit, de quelques réajustements à faire dans son nouveau livre.

Rand avait écrit une histoire qui se déroulait dans un désert aride, où des créatures et entités sortaient du sable pour traquer un pauvre homme perdu dans l’immensité dorée.

Il était fébrile, ce deuxième roman devait prouver une bonne fois pour toute qu’il était un écrivain sur qui compter dans les prochaines années. Les critiques l’attendaient au tournant et ne le rateraient pas.

Quand son agent arriva, il vit son grand sourire.

Bonnes nouvelles, s’ils sourient ainsi, bonnes nouvelles.

En effet, son agent lui exposa que la maison d’édition était enchantée par ce roman, quoique surprise.

« – Tu vois Dante, j’l’ai lu moi aussi, il est plus triste qu’effrayant.

– Ah… bon, à peu de chose près, c’est la même chose.

– Pas vraiment. Surtout pour la maison d’édition qui te voyait devenir une poule aux œufs d’or grâce à ton talent de conteur d’histoire terrifiante.

– Hey bien… ça surprendra mon public. Après tout, c’est une bonne chose de ne pas se cantonner à un seul genre

– Oui… Oui évidemment. Mais… bon, je pense que ça va passer, le livre sera bon et les critiques surpris.

– Tant mieux.

– Par contre, je trouve que tu n’es pas trop dans ton assiette depuis quelques mois. C’est cette histoire avec cette Harley de cette station-service perdue en plein Oklahoma ? Faut pas te sentir coupable. Tu n’y es pour rien. C’est horrible mais les féminicides sont de plus en plus courant…

– Ce n’était même plus son mari. Elle a fait de la prison pour s’être défendue contre lui. Je suis persuadé qu’elle n’a pas osé se défendre quand il s’est ramené avec un calibre devant elle… Il ne va même pas faire de tôle, il est considéré comme fou. Qu’elle société de merde ! Et tu ne serais pas dans ton assiette toi non plus si, ajouté à ça, ton ranch à plusieurs millions de dollars, non assuré, brûlait sous tes yeux.

– C’est du passé Dante, passe à autre chose ! Ton livre va bien se vendre, tu vas te renflouer un peu, voir beaucoup. On va faire raquer Hollywood pour les droits cinématographiques !

– Si tu le dis, tant mieux…

– Ce n’est pas le moment de te laisser abattre ! De la concurrence arrive Dante ! La rançon du succès, tu inspires les gens et ils se mettent à écrire.

– Super. Répondit l’écrivain d’un ton blasé.

– Je suis sérieux ! La maison d’édition a reçu un de ces manuscrits mon vieux ! Tu devrais le lire !

– J’ai pas le temps, ni même l’envie de lire.

– Ah ! Arrête de morfondre un peu !

– C’est tout ce que tu avais à me dire ?

– Non ! Je te dis, on a reçu un manuscrit d’un type qui sort de je ne sais où, incroyable. Le type s’appelle Springsteen !

– Springsteen ?!

– Pas Bruce hein, mais un certain Peter Springsteen.

– Oh putain de merde…

– Quoi ? De… ? Attends, son titre c’est le seul truc un peu bancal de son manuscrit : ‘Du feu pour mon ranch’. »

Dante eut l’impression que son cerveau penchait sur la droite, ses yeux et son regard déviaient eux aussi, comme un plan dans un film, comme un navire qui chavire brusquement. Ses oreilles bourdonnèrent et l’envie de vomir le fit se précipiter vers la sortie.

« – Dante ?! Ça va ? Hey !… Ah merde, c’est le titre du livre de Springsteen qui te chamboule ?… J’aurai dû y penser avant, désolé… Je vais envoyer un message à la maison d’édition, ce titre craint vraiment trop… »

Essayant de prendre appuis sur une borne incendie sur le trottoir et de reprendre ses esprits, une voix familière interpella l’écrivain :

« – Si c’est pas gratte-papier ! Gratte-papier dans la ville des grattes-ciel ! Ça fera un bon titre pour mon prochain bouquin. Et désolé pour ton ranch l’ami, sans rancune entre écrivain maintenant, hein ? J’ai énervé quelques personnes en te dévoilant mon petit trafic et j’ai dû prendre les devants tu vois, brûler ton ranch, c’est comme le Joker quand il dit ‘c’est pas une question d’argent, c’est plus pour envoyer un message’ ou un truc du genre. Mais bon, tu m’en veux pas hein ? On est pareil tous les deux, au final ! Springsteen et Dante, ça ferait de beaux noms pour les personnages d’un roman noir ! »

FIN

Jaskiers

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Dante’s Dusty Roads – Chapitre 22

Une station essence se proposa à lui. Mettre son essence lui-même, demander au tenancier un coca, ou ce qui pouvait remplacer la caféine, un ou deux sandwichs et repartir. Il avait fait ses besoins sur le bord de la route, profitant d’y être seul sur cette dernière. Il fallait, avant tout, être efficient, faire vite pour arriver au ranch.

Il s’arrêta à la pompe, regretta de ne pas avoir fumé une cigarette avant, descendit et emboîta la pompe dans son véhicule. Personne ne sortait du magasin. Avec un bref coup d’œil, il pensait même qu’elle était fermée, rien ne filtrait de l’intérieur.

Tant mieux, je m’arrêterai à la première supérette du coin, je n’aurai qu’à passer devant un ou une caissière qui ne voudrait qu’une seule chose : que ma sale dégaine de Yankee aux yeux cernés déguerpisse. Ne pas faire de vague et tout ira bien.

Il faillit salir ses chaussures en retirant la pompe, il avait retenu la leçon de la dernière fois. Pas d’essence sur ses habits.

Il remonta dans sa voiture et partit en vadrouille à la recherche d’un Wallmart, d’un Target ou n’importe quel magasin pour faire ses emplettes et repartir aussitôt. La fatigue était là, mais s’il ne pouvait plus garder ses paupières ouvertes, il s’arrêterait au bord de la route pour un somme rapide. Dangereux oui, mais mieux valait risquer le danger d’un somme en solitaire sur le bord d’une route que de provoquer une rixe dans l’hôtel très bon marché de la ville.

Rien ne semblait vivant dans ce patelin, à par les bisons flânant dans les immenses champs qui entouraient la petite ville. Il semblait être rentré dans un décor de far-west moderne.

Il chercha une connexion à Internet avec son téléphone avec l’espoir de trouver une supérette pour se ravitailler avant la dernière ligne droite. Après Buffalo, direction Forgan s’en regarder en arrière. Son cerveau et son corps réclamait non seulement du repos, mais aussi, de l’écriture. Le besoin de catharsis, de poser des mots sur ce qu’il avait vécu jusqu’ici. s’imposait pour sa santé psychique. Et aussi, pour commencer son nouveau roman.

Il trouva un magasin, appelé Venture, de plain-pied, sans l’aide d’internet qu’il ne recevait toujours pas. Le magasin avait l’air d’un vieux et ancien motel. Le parking était vide.

Quand il rentra dans ce magasin, il découvrit que c’était en faite un restaurant plus qu’autre chose. L’écrivain espérait qu’il aurait la possibilité de prendre un plat à emporter, on était en Amérique après tout, aucun doute, pour de l’argent, l’Amérique vous offre tout ce que vous voulez.

Il attendit au comptoir, qui était vide, la seule présence des menus imprimés indiquait que le restaurant n’était pas abandonné. Il en prit un.

De la viande. Que de la viande. De la viande à la viande à la sauce viande avec un dessert à la viande. C’était le pays des bisons, le business principal de la ville. Après tout, la ville s’appelait Buffalo.

Une femme de quarante ans, la teinture blonde en fin de vie, des cernes et des rides marquées sur le visage et d’une maigreur inquiétante se présenta lui.

« -Vous désirez ?

– Je cherche quelque chose à emporter.

– D’accord, vous avez vu le menu ?

– Oui, mais je n’ai pas encore trouvé ce qu’il y a à emporter.

– La section sandwich se trouve à la fin. »

Rand fit défiler les pages du menu et découvrit les sandwichs, tout à la viande.

« -Vous avez besoin de conseil ? »

Il lâcha un petit rire. Il avait le choix entre sandwich à la viande de bison avec salade, tomate et moutarde, ou sandwich au bison avec de la mayonnaise.

« – Je vais prendre le sandwich complet.

– Salade, tomate et moutarde ?

– C’est ça.

– Et comme rafraîchissement ?

– Vous avez du café ?

– Oui mais malheureusement pas à emporter.

– Je vais vous prendre du coca.

– Nous n’avons que du Pepsi, cela vous va ?

– Oui merci. »

Elle se retourna pour partir dans la cuisine. Il vît par la porte entrouverte l’état lamentable des cuisines. Poussières, graisses, détritus, sangs, il ne manquait que la présence d’un rat pour combler le tableau.

Il va falloir faire fît de ces horreurs, se dit Rand à lui-même et à son estomac.

Dante pouvait entendre les bruits de couteau, celui d’un micro-onde et les voix de la serveuse et de la cuisinière.

Et si ce sang… non c’était trop, même s’il avait eu le droit à des hurluberlus, la probabilité d’ajouter à ses rencontres déstabilisantes, une meurtrière qui cuisinerait les morceaux de ses victimes humaines pour les vendre à ses clients était quasi-nul.

Quasi-nul ne veut pas dire nul, et plus rien ne me surprendrai. Je commence à perdre la tête. T’es parano Dante, arrête de penser à des conneries, si ça se trouve, c’est une déformation professionnelle, le risque quand t’es auteur de romans d’épouvantes.

La serveuse sortit de la cuisine, le gratifia d’un sourire et d’un « Ça arrive monsieur, merci de votre patience. »

Au moins était-elle polie pour une potentielle Serial-Killer cannibale… Allez Dante, arrête tes bêtises.

Il attendit encore cinq minutes. Le restaurant était désert, les menus et les couverts étaient recouverts d’une fine couche de poussière. L’air était lourd, pas extrêmement chaud, mais respirer commençait à être difficile.

Ou bien je suis en train de faire une crise d’angoisse ou bien le DustBowl a encore de l’influence sur le pays.

Les crises d’angoisses avaient été ses compagnons d’enfance et d’adolescence, jusqu’à ce que ses parents ait assez d’argent pour l’amener voir une thérapeute. Thérapeute et thérapie qui s’avérèrent être extrêmement efficaces et, à force d’exercices, réussirent à diminuer très fortement ses crises, jusqu’à ce qu’elles ne deviennent plus que des mauvais souvenirs. Il se rappelait qu’il ne fallait surtout pas oublier de bien respirer, mais l’air semblait empli de poussière. Il lui fallait aussi observer l’environnement autour de lui, mais il était tellement terne et misérable qu’il commença à paniquer.

Enfin, elle arriva, son sandwich placé dans un papier, son pepsi bien frais à la main. Il paya son dû, la carte bleue tremblante dans sa main. Il sentait les regards plein de jugement que devait poser sur lui la serveuse. Il transpirait à pleine gouttes. Tom pria intérieurement que sa carte passe, ce qu’elle fit. Il ramassa son dîner, et partit.

« – Bon appétit monsieur.
– Merci à vous aussi. »

À vous aussi ? Sérieusement ? Dante Thomas Rand ce que tu peux être idiot parfois.

En rentrant dans sa voiture, il s’imaginât la serveuse rigolant. C’était comme dire à quelqu’un « bonjour » et qu’il vous répondait « bonsoir ». Non seulement cela le faisait se sentir idiot, mais il se sentait humilié par la personne qui avait eu plus de présence d’esprit en lui indiquant que c’était le soir.

Les interactions humaines sont compliquées. Ou plutôt, je les rends compliquées.

Il sortit le sandwich de son papier, regarda la viande grossièrement apposée, respira un grand coup pour enlever la pensée qu’il mangeait peut-être de la viande humaine.

Non, c’est du bison…

Il regarda autour de lui. Tout près de lui, il y avait un champ immense avec un bison solitaire qui le regardait.

Putain, il sait. Les animaux ne sont pas idiots. Si ça se trouve, je suis en train de manger son frère. Merde.

Il reposa le sandwich, il n’avait plus faim. Il ouvrit sa cannette de soda qu’il but d’un trait.

Le soleil commençait à abandonner le ciel. L’écrivain reparti, direction Forgan. Il n’y avait pas de panneaux indiquant la ville mais il suivait ceux de Knowles.

Comme le nom de jeune fille de Beyoncé.

Cette pensée le fit sourire. Sourire qui ne resta longtemps sur le visage car la fatigue commençait déjà à fermer ses paupières. De plus, il n’avait pas mangé.

Après quelque miles, une dizaine peut-être, il s’arrêta sur le bas côté de la route, une petite place labourée par les pneus des paysans du coin, qui devaient passer par là pour rentrer dans leurs champs, s’occuper de leurs bêtes, de leurs bisons chéris.

Il fuma une cigarette, la nuit était tombée, les lumières du tableau de bord étaient éteintes. Silence. Il écrasa son mégot dans un étui en ferraille qu’il avait trouvé dans sa boîte à gant, étui qui semblait sortir de nulle part. Il abaissa son siège, vérifia si les portes étaient fermées et ferma les yeux.

Le dernier repos du juste avant l’arrivée.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 19

Son estomac s’effondra dans ses talons.

Putain, on a même plus le droit de s’en griller une en voiture maintenant ? Si Hunter S. Thompson était encore de notre monde…

Il regarda anxieusement la voiture de police passer à côté de la sienne, se garer vers le magasin de la station-service. Deux policiers en sortirent. Il vit sa fan sortir des toilettes et pointer du doigt la voiture de Rand.

Nan. Mais non elle n’a pas fais ça quand même !

Les deux flics s’approchèrent et lui firent signe de baisser sa vitre.

« – Bonjour monsieur, ne vous inquiétez pas, nous avons juste une question à vous poser.

– Messieurs. Allez-y je vous en prie.

– Est-ce que cette dame, l’un des policiers pointa la femme de la station-service du doigt, a consommé de l’alcool, de la drogue ou vous a proposé de l’argent contre une relation sexuelle ?

– Non… non pas du tout.

– A-t-elle eu un comportement dangereux pour vous ou pour elle-même ? »

Tom se rappelait l’avoir vu sortir, une cigarette allumée au bec. Allumer une cigarette au milieu d’une station-service n’était sûrement pas une chose à rapporter aux cow-boys.

« – Non, non rien de tout ça.

– Vous a-t-elle menacé d’une quelconque manière ? Verbalement ? Physiquement ?

– Non monsieur, c’est une personne très amicale et intelligente, enfin le peu de temps que j’ai eu à converser avec elle.

– Vous êtes sûr ? N’ayez pas peur, elle ne peut pas vous faire de mal.

– Non messieurs, elle n’a pas du tout était agressive, ni menaçante.

– Vous êtes nouveau par ici ?

– Je suis juste de passage.

– D’accord… »

Le deuxième flic, qui jusque-là n’avait dit aucun mots, s’approcha de Dante et chuchota :

« – Elle est en probation.

– Ah bon ?

– Elle a fracassé le crâne de son mari avec une batte de baseball.

– Putain de…

– Il est encore vivant mais il n’est plus vraiment… Le flic fit une moue de la tête des plus expressives.

– Ah. Légitime défense peut-être ?

– Stephen ? Il aurait pas fait de mal à une mouche !

– Son mari ?

– Oui.

– Vous savez, parfois les apparences sont trompeuses. » Dit le premier flic qui lui avait parlé.

Rand jeta un œil à sa lectrice dans le rétroviseur, qui les regardait en se rongeant les ongles.

« – Oui, surtout avec les femmes vénales comme elles. Mais on les a dans le collimateur ces sales putains. » Répliqua le deuxième officier.

Dante Rand resta bouche bée à cause de ce que les agents venaient de lui dévoiler et par les paroles proférées par des défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

« – Vous feriez bien de partir car elle vous a vu nous parler.

– Mais elle n’a rien fait de mal messieurs, je vous promets.

– On vous croit ! On vous laisse repartir. Merci pour votre coopération.

– De rien… »

Il remonta sa vitre, ne repartant pas tout de suite, regardant les flics revenir vers la femme qui baissait les yeux et acquiesçait. Quand il vit les garants de la loi se diriger vers leur voiture, il démarra, mais ne se dirigea pas vers la sortie de la ville, il voulait aller parler à cette femme. Elle avait l’air innocente, ou en tout cas, pas la manipulatrice perverse que les messieurs à l’insigne lui avaient décris.

Mais peut-être que les meilleurs manipulateurs vous manipulent sans que vous ne vous en rendiez compte…

Il fit le tour d’un pâté de maison, en essayant de se repérer tant bien que mal, et arriva à l’entrée de la station-service. Pas de cowboys. L’écrivain profita de l’occasion et se gara juste à côté du magasin.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 18

La mauvaise réputation des toilettes de stations-services.

Petite bâtisse blanche, ou presque, de plein pied, la porte, d’un vert fatigué, était taguée et montrait des signes alarmant d’usures. Elle grinça à l’entrée de l’écrivain.
Un tout petit hall d’entrée avec des lavabos sur le mur faisant face à la porte. Une porte de chaque côté, à gauche les femmes, les hommes à droite.

Dante Rand rentra dans la section des hommes et constata qu’il n’y avait pas de toilettes, mais seulement des urinoirs. Rien pour pouvoir se déshabiller sans être vue. Les WC étaient déserts. Il ne perdit pas de temps, se déshabilla, changea son pantalon, enleva ses chaussures et ses chaussettes en réalisant qu’il avait oublié d’en racheter une autre paire. Il n’aimait pas vraiment déambuler sans chaussettes. Depuis tout petit il avait besoin de les avoir aux pieds. Il enfila sa nouvelle paire de chaussures à la couleur rouge presque aveuglante. Le genre Skechers qu’utilisent les personnes âgées pour rester cool et actif.

Il en profita pour uriner, quand le deuxième appel de la nature se rappela à lui. Il allait devoir essayer les toilettes des femmes pour la grosse commission.

Il passa le couloir et rentra dans les toilettes des femmes, qui possédait des cabines. Dante poussa un soupir de soulagement, s’engouffra dans l’une d’elle et fit ce que la nature lui demandait. Une fois la chasse d’eau tirée, il sortit de la cabine et se retrouva nez à nez avec sa fan tenancière de station-service.

« – Hey bien re-re-bonjour monsieur Rand !

– C’est très gênant je voulais juste des toilettes pour vous savez…

– Oui les toilettes des hommes n’ont que des urinoirs. Que voulez-vous, les hommes ici tiennent chèrement à leurs masculinités.

– Hey bien je ne sais pas comment leurs masculinités leur permet de couler un bronze dans ces urinoirs. Ça doit-être une sacré gymnastique. Limite de l’art pour viser dans le trou !

– Quel poète vous feriez !

– La poésie vous mange dans les mains dans les moments les plus atypiques !

– Je vois ça !

– Bon, je vais pas m’éterniser, je vous remercie encore.

– Pour ?

– Pour votre sympathie et votre compréhension, l’Oklahoma a été jusqu’ici une sacrée épreuve, un chemin de croix, une descente aux enfers, et il me reste encore de la route.

– Vous m’envoyez enchantée et aussi désolé pour votre mauvaise expérience du pays. Bonne route et faite attention à vous !

– Encore merci ! »

L’auteur sortit en trottinant. Il rougissait, légèrement gêné et honteux. Mais quand dame nature appelle, on avise.

Il grimpa dans sa voiture, arrêté au stop de la sortie de la station à essence, il s’alluma une cigarette.

Une voiture de police fit entendre ses sirènes juste devant lui.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 7

« -T’as une cigarette monsieur ?

  • Euh…
  • Mens pas, j’t’ai vu sortir de chez Marco.
  • Ouai, vous.. vous en voulez une ?
  • Bah si j’te demande à ton avis ! »

Rand sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une.

« -Tu pourrais m’en donner deux ou trois autres hein, yankee, on s’fait pas chier on dirait ! Radin.

  • Oh bah… Rand bafouillait en tendant deux autres cigarettes. On fait aller.
  • Ouai. Le barbu hirsute tapota avec le plat de la main sur le toit de la voiture. Une sacrée allemande !
  • Ouai…
  • Et comment ça va New-York ? Tiens, passe ton feu s’t’e plait.

New-York ? Mais comment il sait que… peut-être que cela se voit sur ma ganache… Ah non ! Mes plaques d’immatriculation…

  • Bah ça va… New-York quoi…
  • Dans quel quartier à New-York ?
  • Hell’s Kitchen.
  • Sans déconner !
  • Non… enfin oui… enfin.
  • J’ai vécu là-bas mec !
  • Ah !
  • Ouai mon gars. Il balança le briquet au visage de Tom.
  • Vous avez vécu longtemps là-bas ?
  • Cinq ans.
  • Ah… c’était y’a longtemps ?
  • Une bonne quinzaine d’année ouai. J’y vivais avec mon ex-femme.
  • Ah… vous avez quitté la Grosse Pomme après le divorce ?
  • Divorce ? AH ! Non elle est morte donc j’me suis barré.
  • Désolé, mes condoléances.
  • Désolé de quoi ? J’ai pris la thune et puis j’me suis barré ! »

Oui, et maintenant t’es là, à quémander des clopes à des inconnus dans la rue…

« -Bon, je crois que je vais repartir sur la route, moi. Enchanté d’avoir fait votre connaissance.

  • Où ?
  • Comment ?
  • Repartir pour où ?
  • Euh… Lawton.
  • Ah…
  • Je vous souhaite le meilleur.
  • Attendez une minute. Vous vous foutriez pas un peu de not’ gueule ?
  • Pardon ?
  • Z’avez dit à Peter que vous partiez pour Forgan dans vot’ ranch réaménagé ! »

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre Final

« – Je suis là cobaye ! Pas besoin de me chercher ! Papa vient à toi ! »

Il tira une nouvelle fois, j’avais anticipé le coup avec mes réflexes aiguisés à l’extrême. Les mouvements de son index appuyant sur la détente se firent au ralenti. Mais moi, je ne l’étais pas, au ralenti. J’esquivais la balle qui continua doucement son trajet rectiligne en direction du vieil homme. Tout redevint à vitesse normale d’un coup seul coup, me laissant le temps de faire un bond en avant. Je pris la main du doc’ qui tenait le revolver, la tourna à 360 degrés. Ses os craquèrent dans ma main. Je lui tendis le bras gauche avec ma main gauche et assenas un coup du plat de la main droite sur son coude qui émit un son de bouteille en plastique piétinée. Son bras était brisé.

Je le pris par les cheveux et le projetais dans la chambre. Le pauvre vieux qui avait assisté à tout cela avait été touché à l’abdomen par la balle du docteur que j’avais esquivé. En état de choc, il regardait sa blessure et sa main ensanglantée avec laquelle il essayait d’arrêter l’hémorragie.

Je donna une violente claque à ce vieillard, sa tête percuta le sol sur le sol carrelé. Je ne crois pas l’avoir tué, juste l’avoir assommé, il ne m’avait rien fait, mais qui sait ce qu’il aurait pu faire ? Le docteur l’avait tué après tout, je n’avais fais qu’abrégé son agonie.

J’allais maintenant régler mes comptes avec le docteur, dont le bras gauche au coude fracassé et la main droite broyée n’avaient pas l’air de le faire souffrir.

« – Wow ! Gamin ! J’avais pas prévu ça !

  • Ah non ? Est qu’aviez-vous prévu ?
  • C’était secret…
  • Hey bien ça ne le sera plus !
  • Écoute-moi ! Arrête ça. Tu as tué John, tu es un tueur ! Tu n’as pas assez de sagesse pour avoir une telle force…
  • Allons ! Vous me parlez de sagesse ? Était-ce sage de m’injecter cette… chose ?
  • Je ne savais pas que ça allait prendre une telle ampleur !
  • Qu’aviez-vous en tête exactement ? C’était quoi ces expériences ?
  • C’est militaire ! On… voulait créer… une… substance qui permettrait à un soldat tombé à la mer, marinier ou pilote, de ne pas se noyer…
  • Ça a marché !
  • Oui mais peut-être… trop !
  • Je n’ai pas vraiment à m’en plaindre…
  • Qu’est-ce que vous êtes… devenus exactement mon garçon ?
  • Je ne suis pas votre garçon, ni votre cobaye. Mais depuis l’expérience, mes sens sont comme décuplés, mes réflexes sont aiguisées, ma force physique est incroyable, ma condition physique en elle-même est impressionnante. Ma mémoire, mon intelligence sont passées à un niveau de capacités incroyablement performantes. Je suis passé d’étudiant fauché à sur-homme grâce à votre expérience docteur !
  • Je vois ça… j’ai mal géré la dose… mon projet… c’était de le tester sur vous et d’améliorer la drogue. Vous avez beaucoup souffert pendant l’expérience et cela, même si la vie du soldat est sauvée, n’est pas une bonne chose. Il faut qu’il soit sauvé et puisse reprendre le service le plus rapidement possible, sans séquelle.
  • Vous avez l’air tellement déçus docteur ! Mais vous aviez raison, vous avez créé une révolution. J’ai été le spectateur et l’acteur d’une révolution qui va bouleverser le monde entier ! Vous auriez pu devenir encore plus riche… quoique si nous devenions tous des super-humains, le monde s’écroulerait en quelques jours !
  • Mais je peux peut-être arrêter ça. Vous ne voulez pas rester dans cet état de… super-humain comme vous dites, toute votre vie ?
  • Je n’ai pas vraiment à m’en plaindre. J’ai cassé pas mal de chose sans le vouloir, je dois apprendre à contrôler ma force. Non, je ne veux pas changer.
  • Mais… vous réalisez que cela pourra durer jusqu’à votre mort ? Vous… ce n’est pas une vie ! C’est le mythe de Midas en quelque sorte !
  • Des mythes gréco-romains ! Belle analogie ! Je suis plutôt Hercule, je pense.
  • Je peux vous rendre normal à nouveau !
  • Si vous le pouviez, vous l’auriez fait tout de suite après l’expérience. La vérité, c’est que vous n’avez aucune idée de comment faire marche arrière.
  • Laissez-moi un peu de temps !
  • Mais je ne veux pas redevenir comme avant !
  • Vous êtes devenus un tueur !
  • Je me suis défendu !
  • Vous auriez pu facilement mettre ce pauvre John hors d’état de nuire sans le tuer !
  • Effectivement… mais je ne contrôle pas vraiment ma force comme je vous l’ai déjà répété.
  • Arrêtons cette folie, tous les deux !
  • Et que feriez-vous après ? Vous continuerez vos expériences et ferez souffrir d’autres cobayes et vous ferez de ce monde un champ de bataille !
  • Faites ce que vous avez à faire, dites-moi comment vous voulez que tout cela finisse ! Me tuer ne vous apportera rien. Vous savez que l’organisation vous traquera sans relâche
  • Je le sais, et je les attends. Je suis tellement pressé de m’occuper d’eux, c’est… euphorisant d’utiliser mes incroyables capacités ! Quand à vous, je vais régler notre différent une bonne fois pour toute ! »

Je ramassai son pistolet, j’appuyais le canon sur la tempe du docteur :

« – Un savant fou se suicide après avoir tué son homme de main et un vieux… je ne sais pas vraiment qui il était mais c’est vous qui l’avez condamné. Meurtres suicide, c’est ce qui ressortira de ce carnage, tout simplement !

  • Pit… »

Le coup de feu était partie, sa cervelle dégoulinait sur le mur blanc immaculé.

Je ne pris même pas le temps de regarder les derniers soubresauts de son corps. Je sortis de la salle, découvris après quelques minutes de recherches la salle de surveillance, effaça les enregistrements et brûla les disques durs.

Je sortis du bâtiment, j’allais continuer ma vie comme avant ou presque, car maintenant, j’avais des capacités surhumaines… et confiance en moi. Terriblement confiance en moi.

(A suivre ?)

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 9

Je décidais d’y aller en courant, comme je l’avais fait pour revenir. J’arrivai en avance, ne sonna pas à l’interphone, ne me dérangea pas à fixer du regard la caméra pour m’identifier. J’eus juste à pousser la poignée de la porte et cette dernière s’ouvrît devant moi, les pênes se brisèrent et le bruit de leur chute sur le sol carrelé raisonna dans l’immense hall d’entrée.

« – Hey docteur ! Votre cobaye est arrivé ! Et il est impatient, impatient de parler des résultats de votre expérience. »

Mes mots aussi raisonnèrent, je savais qu’il me voyait et m’entendait car tout semblait sécurisés dans ce bâtiment. Je repérais une caméra de surveillance, fit un geste amical de la main et pointa ma montre en signe d’impatience.

« – Bonjour cobaye ! »

La voix du docteur se fit entendre par des hauts parleurs. Je m’attendais à de la peur mais pas à de la lâcheté pour un homme de science.

« – Montrer vous doc’ ! Croyez-moi, vous aurez envie de voir ce que je suis devenu grâce à vous ! 

  • Est-ce… une bonne chose ?
  • Ce que je suis devenus ?
  • Oui !
  • Et bien venez vous faire votre propre avis !
  • Vous me paraissez bien agité cobaye ! La destruction de la porte d’entrée blindée sera retenu sur votre rémunération !
  • Oh ! Il n’y a rien dans le contrat que j’ai signé stipulant ce genre de chose docteur ! Mais ce n’est qu’une porte, vous devriez voir ce dont je suis capable grâce à vous !
  • Oh mais quel empressement ! Quel changement effectivement !
  • N’est-ce pas ? Venez voir de plus près !
  • Oh mon garçon ! Pas besoin d’être si pressé ! Dans une expérience il faut observer, avoir de la patience !
  • D’accord, mais… »

John, son homme de main, sortit d’une des portes latérales de gauche et se précipita sur moi. J’avais attendu ce moment depuis plusieurs jours.

Il sortit une matraque télescopique et m’attaqua avec. Je dressai mon avant-bras gauche pour me protéger, la matraque percuta mon bras et elle éclata en plusieurs morceaux. Je ne laissai pas le temps à John de comprendre et lui envoyai un direct du droit en plein nez. Je sentis le cartilage de son nez craquer, je lui envoya un coup de poing avec mon poing gauche dans le ventre. John s’affaissa par terre, à genoux. Je mis un terme à ses souffrances en frappant sa tête d’un coup de pied. Sa nuque fit un bruit de branches séchées sur lesquelles on aurait sauté.

John, allongé sur le dos, la tête dans une position étrange émît un râle rauque, du sang sortait de sa bouche et de ses oreilles. Il agonisait.

« – Docteur ! J’ai besoin d’un autre cobaye ! Le vôtre n’était pas très solide ! »

Le docteur ne répondit pas. Une alarme se mit à gémir.

D’instinct, je me précipitais vers une des portes latérales de gauche, celles où je n’étais jamais allé, celles par où était sorti John. Je pensais que c’était de ce côté que les scientifiques créchaient. Les portes de droites étant sûrement réservées à leurs expériences.

Je me retrouvais dans un couloir similaire à celui où j’avais été torturé. Je pensais qu’ici serait un bon endroit pour une bagarre si plusieurs sbires du docteur se rameutaient, étant dans un couloir plutôt étroit, ils ne pouvaient m’attaquer à plusieurs à la fois.

J’ouvris quelques portes, au petit bonheur la chance. Toutes les portes semblaient mener à des chambres. Des chambres avec lit, table de travail scientifique avec éprouvettes, écrans de surveillance et tutti quanti. J’étais bel et bien dans le quartier où les docteurs et scientifiques observaient et travaillaient sur leurs projets.

Je tombais sur un pauvre hère en caleçon, le crâne chauve avec de fine lunettes.

« – Bonjour monsieur, je suis de la sécurité. Pouvez-vous m’indiquer où se trouve le docteur ?

  • Lequel ?
  • Le docteur qui fait des expériences avec la baignoire.
  • Ah… »

Je sentis que ce monsieur avait compris que je n’étais pas de la sécurité. Il se jeta sur moi. Je l’attrapai par les épaules et le souleva de terre.

« – Monsieur, je suis là pour votre sécurité, le docteur a besoin d’aide, et d’ailleurs vous aussi. Je dois vous amener à la salle de sécurité. »

J’essayais de reprendre mon mensonge histoire de ne pas perdre trop de temps. Et plus les mensonges sont gros, plus les gens ont tendance à les croire. Mais il me regardait, terrorisé.

« – Monsieur ! Nous n’avons pas le temps d’attendre, dites-moi où est le doc’!

  • Su… sûrement dans sa chambre !
  • Quelle chambre ?
  • Au bout de ce couloir.
  • Porte de droite ou de gauche.
  • Gau… gauche ! »

Je reçus comme un coup de poing dans les reins accompagné d’un bruit sourd. Je lâchais le pauvre homme et me retourna pour voir le docteur, un pistolet dans les mains.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 8

Je pris un couteau de cuisine et m’ouvris la paume de ma main gauche. Aucune douleur, seulement une pression, mon corps n’acceptait plus la douleur mais envoyait quand même à mon cerveau un signal avec ce ressenti de pression.

Je regardais ma paume ouverte, le sang couler et une croûte se former, là, sous mes yeux ! Le processus de cicatrisation se déroulait à une vitesse incroyable, toujours sans douleur, c’était fascinant de voir mon corps se soigner. En moins de deux petites minutes, l’entaille avait disparu de ma main, même pas de cicatrice, plus rien.

J’étais vraiment devenu une sorte de super-héros, je me demandais si je pouvais voler, oui c’est une pensée qui vous vient à l’esprit quand vous comprenez que vous êtes désormais doté de super-pouvoirs et que vous êtes gavé de films Marvel et DC.

Je ne tentais pas le diable à sauter par la fenêtre de mon immeuble. J’aurais pu le faire, m’éclater par terre et me relever comme si de rien n’était. Mais je ne voulais pas montrer publiquement ce dont j’étais désormais capable.

Je ne voulais pas finir cobaye dans un laboratoire secret du gouvernement.

Cobaye… à cette réflexion une idée germa dans ma tête. Et si j’allai rendre visite au docteur et à son petit ami John ? Et si, je n’étais pas le seul à être devenus super-humain ?

J’écartais cette dernière réflexion de ma tête, je devais être le seul car sinon, j’aurais entendu parler aux infos d’un fou furieux invinsible qui saccageait tout sur son passage. Je me pensais plus sage, un autre que moi se serait fait remarquer. Moi, j’allais la jouer fine.

J’allais demander quelques explications au docteur et lui passer l’envie d’expérimenter. J’allai l’avertir que, maintenant que j’étais devenu ce surhomme, je ne me laisserai plus prendre pour d’autres expériences. Et que son projet, quel qu’il a pu être, qu’importe son but précis, s’arrêtait là, avec moi.

Je décidais d’attendre jusqu’à la semaine prochaine, jusqu’à mon jour de « travail », avant d’entreprendre quoique ce soit. Je mentirais si je disais que je n’avais pas envie d’aller tout de suite aller trouver mon cher tortionnaire et son cher acolyte pour lui faire constater les résultats de ses expérimentations. Mais j’attendis une semaine, au cas où mon état redeviendrait comme avant.

Mais la semaine se passa sans changement dans mon état, je mangeais car j’en avais l’habitude, mais la faim ne me tiraillée jamais, ni la soif. Je dormais, je me forçais à dormir en prenant des somnifères qu’une amie m’avait dépannés. Je n’avais aucune envie de dormir et pas besoin non plus. Le problème était que je n’avais jamais de pauses. J’étais tout le temps conscient, toujours à réfléchir, à penser. C’était effrayant d’être toujours éveillé. Les somnifères ne me firent pratiquement rien du tout. Mon sommeil, si j’ose l’appeler comme tel, n’était qu’en faite de longs moments de méditations.

Les cours étaient devenus simples, je retenais au mot près, chaque chose émises par mes professeurs. Je venais les mains vides en cours, mes amis hallucinaient de ce changement. J’étais un élève moyen toute ma vie, mais là, mes partiels étaient un jeu d’enfant.

Mais le plus étonnant pour moi, c’était ma forme physique. Comme je l’ai mentionné plus haut, je n’étais jamais fatigué, et j’avais une force impressionnante. Je n’ai jamais vraiment fait de sport en dehors de l’école, je n’avais aucun intérêt pour l’activité physique. Mais tous les jours, je constatais une progression dans ma force brute. Je cassais les poignées des portes de mon appartement à simplement appuyer dessus pour les ouvrir. Les poignées me restaient dans les mains. Les verres éclataient sous la pression de mes doigts, j’enfonçais les touches de mon ordinateur et elles finissaient encastrées dans le clavier, qui devint d’ailleurs inutilisables. Les petites choses du quotidien me demandaient de faire attention à ma force.

Ma journée de travail arriva et j’étais pressé de montrer au professeur ce que j’étais devenu. Une sorte de super-homme.

Après avoir passé une nuit à méditer, je me levais pour enfin régler mes comptes avec mon bourreau.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 5

L’homme de main, car il n’avait pas du tout l’air ni la finesse de mouvement que peuvent avoir les infirmiers, souleva la planche du côté de ma tête et la fit traîner, le bois raclant le sol. Nous passâmes par le couloir pour aller dans une pièce juste en face de celle où nous étions.

Il continua à me traîner dans cette salle, qui ressemblait aux autres, même si je ne voyais pas derrière moi, et en aucun cas à une piscine, puis il me souleva légèrement. J’entendais des mécanismes s’enclencher et faire vibrer la planche. John, grommelant dans sa barbe des choses incompréhensibles puis me fit face avec un sourire narquois sur le visage :

« – Toi tu vas faire la baignade ! »

J’essayais de parler mais je n’y arrivais toujours pas, j’étais à la merci de John et du docteur.

Ce dernier arriva peu de temps après avec des gants en latex, une paire pour lui et une qu’il envoya à son assistant. Il tenait un bloc note, un stylo et un vieux chronomètre dans ses mains, puis, il se posta à côté de moi.

« – John à mon signal ! Et écoute bien ! Quand je dis ‘stop’ tu le relèves, tant que je ne dis rien tu le laisse compris ?

  • Ouai patron quand tu dis stop j’le relève sinon j’le laisse.
  • Bien ! Commençons, jeune homme, cobaye, vous allez être témoins mais surtout acteur d’une révolution ! »

J’ouvris la bouche pour protester mais rien, là encore, n’en sorti. Je pensais avoir traversé le pire, mais une nouvelle torture commença.

John me basculât en arrière et je me retrouvais la tête sous l’eau. Juste la tête, mon corps bien harnaché à la planche, cette dernière était fixée sur un système de bascule, tout simplement prévu pour m’immerger la tête, et seulement elle, à l’envers, dans l’eau.

Je retînt ma respiration mais l’eau me rentrait dans le nez, faisait son chemin loin dans mes sinus. Mes yeux me brûlèrent et je commençais rapidement à avoir envie de respirer. J’essayai de crier sous l’eau mais l’eau dans mon nez s’infiltra dans ma gorge.

Vous souvenez vous quand vous étiez petit et que vous jouiez à retenir votre respiration aussi longtemps possible ? C’était cela, sauf que j’avais la tête plongée dans l’eau et que je ne pouvais pas me remettre à respirer normalement. Pour faire court, je me noyais.

Mais là était toute la spécificité de cette expérience. J’avais besoin de respirer, de sentir l’air emplir mes poumons mêmes s’ils étaient en flamme, j’avais ce besoin irrépressible d’oxygène, mais je ne mourrai pas.

Mon corps avait l’impression qu’il se noyait, mais fonctionnait toujours.

J’étouffais, je ne respirais plus depuis une minute ou deux, mais j’étais conscient. Mon corps entier réclamait de l’oxygène, ma mâchoire était grande ouverte, j’avalais de l’eau, mon instinct de survie faisait réagir mon corps ; respirer de l’air, à tout prix. J’espérais m’évanouir, la douleur de mon corps, qui traduisait l’agonie de toutes mes cellules, se déchaînait. Ma mâchoire se disloqua, je sentis une brûlure vive sur le côté droit de mon visage. Mais yeux se révulsaient, je ne voyais rien d’autre que de l’eau et le bord opposé de la baignoire.

Je bougeais mes pieds autant que je le pouvais, c’est-à-dire très peu. J’ouvrais et refermer mes mains, pensant ainsi envoyer des signaux de détresses au docteur.

L’incendie dans mes poumons se propageait partout dans mon corps. Mes muscles semblaient se consumer, pire, c’était comme s’ils essayaient de sortirent de mon corps.

Puis je relâchais la tension dans mes membres, épuisés, du mieux que je le pouvais. J’étais toujours conscient bien que cela faisait quatre ou cinq minutes maintenant que j’étais dans l’eau , et je n’ai jamais été un bon nageur et encore moins un champion d’apnée.

Malgré la douleur qui explosait dans chaque portion de mon corps, l’impression que mon cœur et mon cerveau allaient éclater, j’essayais de me relaxer, d’encaisser. Je ne bougeais plus.

Cela dura peut-être une minute de plus, je ne peux donner que des estimations très vagues car dans un moment pareil, les minutes sont des heures.

Puis d’un coup brusque, la planche basculât dans sa position initiale, j’avalais, aspirais tout l’air que je pouvais en crachant toute l’eau avalée ou logée dans mes bronches. Mais mes poumons se rappelaient à moi et je sentis encore une fois l’incendie qui semblait les ravager.

J’éclatai en sanglot, mes larmes étaient invisibles sur mon visage mouillé. Je ne pouvais fermer ma mâchoire, qui était déboîtée, je criais et aspirais de l’air autant que je le pouvais , mes muscles étaient courbaturés comme jamais, respirer était difficile et l’oxygène semblait nourrir le feu dans mes poumons.

J’essayais encore et encore de parler, c’était impossible.

Le docteur s’approcha de moi avec un grand sourire de satisfaction.

« – Allez, c’est terminé pour aujourd’hui, je prends vos constantes et on vous laisse vous reposer. Bon travail cobaye, et toi aussi John ! »

Il mit le brassard de tensiomètre autour de mon biceps gauche et quand il l’enserra, la douleur m’irradia cette fois avec une telle force que je m’évanouis.

Jaskiers

Une opportunité rêvée – Chapitre 3

De grande taille, les yeux bleus perçants, les cheveux poivre et sel, une barbe finement taillée de même couleur, la peau hâlée, des pattes d’oies sur les yeux et un sourire rassurant, voici qui était mon référent, comme il me demanda de l’appeler. Ce fut la première chose qu’il me dit :

« – Eugène Zweik je présume ! Je suis votre référent ! Appelez-moi comme cela d’ailleurs. Oh, et bienvenue ! Suivez-moi, ne perdons pas de temps avec les présentations et les politesses, car le temps joue contre la science et la médecine, le temps joue contre tout ! »

Je ne lui répondis pas. Son ton, amical mais aussi déterminé ne me laissa pas le temps de lui dire quoi que ce soit et je le suivais par une des portes de droite.

Une fois franchis cette porte, nous nous retrouvâmes dans un long couloir, toujours aussi blanc avec ces mêmes portes sur les murs, placé pareillement, à droites et à gauches, symétriquement et espacées avec la même régularité que celles du hall. Je n’eus pas le temps de voir jusqu’où pouvait bien aller ce couloir, à première vue il était immense car je n’en vis pas la fin.

Mon référent en ouvrit une, sur la droite encore, m’emmena par le bras jusqu’à une table d’osculation. Il me demanda, ou plutôt m’ordonna, de retirer ma veste puis me mit un brassard sur le biceps gauche, glissa son stéthoscope sous le brassard et prit ma tension. Puis il mesura ma taille en me plaquant sur un des murs d’une main ferme. Enfin, il me demanda de monter sur la balance pour noter mon poids.

Il rejoignit ensuite son bureau et m’invita à m’assoir en face de lui.

« – Bien parfait. Une dernière chose, signez ce papier et nous pourrons commencer immédiatement. »

Je jetais un coup d’œil à ce papier quand il m’interpella :

« – Si vous lisez tout, on n’aura pas fini avant demain ! En gros, c’est un papier qui vous engage au silence, interdit de parler de ce qui se passera ici, et aussi une déclaration comme quoi vous connaissez les risques et que, quoiqu’il arrive, vous ne pourrez pas vous retourner contre nous devant les tribunaux, nous dédouanant de toutes responsabilités en cas de problème de santé futur.

  • C’est… pas très rassurant tout ça pour être honnête.
  • Écouté, je comprends, mais ayez confiance, vous n’êtes pas le premier à servir de « cobaye », je déteste ce mot soit dit en passant, pour notre programme spécial. Personne n’a eu à se plaindre de nous, d’ailleurs vous ne nous connaissiez même pas avant notre prise de contact non ?
  • Non en effet mais si vos cobayes sont forcés au silence…
  • Y en a toujours pour se plaindre, ils s’en fichent d’avoir signé tel ou tel papier. Si on faisait quelque chose de dangereux, vous pouvez être sûr que vous en auriez entendu parler.
  • Oui…
  • Et d’ailleurs, nous ne l’avons pas mentionné dans nos mails mais si vous signez ces closes, votre paix passera à 2 000 €.
  • Ah !
  • Oui ! Ah j’adore vos têtes quand j’annonce cette info !
  • Effectivement…
  • Bon vous signez ou vous rentrez chez vous ? »

Je pris le stylo qu’il me tendait et, un peu anxieux, tremblant légèrement, j’apposai ma signature sur les différents documents.

« – Bien ! Bon cobaye ça ! Allez venez, on va commencer, suivez-moi ! »

Jaskiers