Le livre noir par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman

Quatrième de couverture :

Le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahissent l’Union soviétique. « L’opération Barberousse » est, aux yeux d’Hitler, le début de la guerre d’anéantissement du « judéo-bolchevisme ».

Alors que son armée est obligée de reculer, Staline accepte la création d’un Comité antifasciste juif. Au cours d’une tournée aux États-Unis, une délégation de ce comité rencontre Albert Einstein qui suggère que soient désormais consignées dans un « livre noir » les atrocités commises par les Allemands sur la population juive d’URSS.

Réalisée sous la direction d’Ilya Ehrenbourg et de Vassili Grossman, cette relation « sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945 » est assez avancée en 1945 pour être envoyée au procureur soviétique du procès de Nuremberg, puis aux États-Unis où elle est publiée.

L’édition russe du « livre noir », elle, ne verra jamais le jour : d’abord censurée, elle sera définitivement interdite en 1947.

En 1952, les principaux dirigeants du Comité antifasciste Juif sont condamnés à mort et exécutés d’une balle dans la nuque.

Après l’écroulement de l’URSS et grâce à Irina Ehrenbourg, la première édition intégrale en russe du Livre noir a enfin pu être publiée en 1993 à Vilnius.

La présente édition se veut le plus fidèle possible à ce livre retrouvé, terrible page d’histoire directe et témoignage bouleversant.

Cher(e)s lecteurs et lectrices, habitué(e)s du blog, je pense que depuis tous le temps que vous me suivez, vous avez remarqué à quel point la Shoah tient une grande place dans mes lectures. Depuis tout petit, j’essaie de comprendre ce qu’il s’est passé après être tombé par hasard sur un livre de mon grand-père sur l’Holocauste.

Je ne sais pas ce que je recherche. Je me contente de lire, beaucoup, de récit sur cette tragédie et j’emmagasine l’horreur, comme si j’étais une éponge. J’ai l’impression que je le dois, pour les victimes et les survivants. Je ne fais que lire après tous, je n’ai pas vécu de tels horreurs mais quelque chose en moi me pousse à lire ces témoignages pour ne pas oublier. Dans ces temps troublés, je crois qu’il est important de se rappeler comment tout bascule, à une vitesse vertigineuse. Ces lectures permettraient à certaines personnes de relativiser la situation et à faire de notre monde un endroit plus humain.

Ce livre représente l’ouvrage le plus horrible sur le génocide des Juifs par les allemands durant la Seconde Guerre Mondiale sur le front de l’Est. Une véritable entreprise d’extermination des Juifs et des Russes. Aucunes pitiés de la part des bourreaux, allemands, lettons, ukrainiens, roumains ect…

Fort d’avoir lu le journal de guerre et les deux fresques magnifiques de Vassili Grossman sur la mythique bataille de Stalingrad ; Vie et destin et Pour une juste cause, je savais que l’homme, l’écrivain, l’humaniste (?) russe était un homme intègre, talentueux et courageux. Il est le principal collaborateur de ce livre.

Je ne connais que sommairement Ilya Ehrenbourg, journaliste, comme Grossman, bon écrivain, je me suis dis qu’il fallait sauter le pas et le lire, dans cet ouvrage. J’ai découvert le travail de Ehrenbourg. Une plume émouvante mais gorgée de propagande soviétique.

J’ai encore en tête ma lecture de la découverte de Treblinka par Vassili Grossman. Un récit que nous devrions lire à l’école tellement est puissant et émouvant ce texte de la découverte par un russe Juif d’un camp d’extermination nazie. J’ai aussi en tête cette immense fresque qu’il a écris sur la bataille de Stalingrad, , œuvre de toute une vie, Vassili se l’est vu retiré par le KGB. Anéanti par la disparition du travail le plus important de sa vie, il trouvera le papier carbone qu’il a utilisé pour écrire son roman, l’envoya en deux exemplaire au-delà du rideau de fer ou ses deux livres seront publié. Romancier qui a vite découvert les dangers du communisme durant la guerre, son talent est digne de celui des plus grands écrivains russes, courageux et poétique dans ses écrits, cela lui coûtera sa santé et des démêlés avec la terrible justice soviétique. Il échappera de peu à une punition sévère.

Comment vais-je bien pouvoir parler de se livre ?

Ce que je savais sur Ilya Ehrenbourg était éparse. Je savais qu’il était parti en Espagne, couvrir la guerre civile espagnole pour le compte d’un journal russe (par ailleurs, il y rencontrera Hemingway), qu’il était un grand ami de Grossman même si des tensions sont apparu à cause des doutes sur le communisme de ce dernier. Il était aussi bien connu de Staline. Il était le journaliste le plus lu d’URSS. En tous cas, pas besoin de vous dire à quel point il était dangereux d’être lu par Staline. Lui aussi passera à travers les mailles des purges antisemites de Staline. Ce ne sera malheureusement pas le cas de beaucoup de collaborateurs du Livre Noir.

Le publication du livre noir a été un combat, politique surtout. Dans l’URSS de Staline jusqu’a l’effondrement du mur de Berlin.

A cela, il faut ajouter plusieurs points de vues divergeant sur la construction et direction du livre. Ehrenbourg voulant des récits de survivants et de témoins uniquement, Grossman voulant apporter à ces témoignages des réflexions. Ce dernier aura gain de cause.

Bien qu’Ehrenbourg quittera le navire, son travail sur le projet ayant été considérable, il sera crédité aux côtés de Vassili.

Le travail des traducteurs est impressionnant. Ils ont réussis à retrouver les originaux, grâce à la fille d’Ehrenbourg, du Livre Noir, permettant au traducteurs de rajouter les passages censurés par les organes de censures soviétiques. Il est bien sûr à nous de faire attention à la propagande russe, pas vraiment subtile, disséminée dans les récits. Seul les récits écrits par Vassili Grossman semblent omettre cette dimension propagandiste, du moins l’apposer avec plus de tact, de distance et de discrétion. Il est d’ailleurs difficile d’oublier que la majorité des auteurs de ce livre ont été exécutés, ainsi que beaucoup de survivants des horreurs nazies, par les purges staliniennes. Parce que Juifs, parce que fait prisonnier par les allemands au lieu de se battre jusqu’à la mort, parce qu’avoir survécu à l’horreur nazie signifiait, pour Staline, un certain degré de collaboration avec l’ennemi.

La fin du livre contient les portraits de ces auteurs/collaborateurs qui ont aidé à la création de ce livre pour l’Histoire et la mémoire du peuple Juif exterminé en Europe de l’Est. La plupart, hommes et femmes, ont été exécuté par Staline. Hitler mort, Staline a continuer la persécution des Juifs d’Europe de l’Est. (Voir mon article sur l’ouvrage de Timothy Snyder : Terre de sang L’Europe : entre Hitler et Staline.)

Sur le livre maintenant.

J’ai appris que plusieurs centaines (milliers ?) de ghettos ont existé. Dans des villes et des villages et des hameaux perdus de l’Europe de l’Est.

Que les femmes et les enfants étaient souvent enterrés vivants, pour économiser les balles. Les bébés étaient attrapés par les pieds pour être fracassés sur le sol devant leurs mères.

Qu’il existait moult camps de concentrations. De petites tailles mais tout aussi cruels et meurtriers que les plus grands et les plus connus par le grand public.

Que les massacres perpétués à Oradour-sur-Glane et Tulles en France étaient commis quotidiennement sur le front de l’Est. D’ailleurs, je crois que les unités ayant commis ces exactions en France venaient du front russe.

Que la torture et l’humiliation étaient une partie importante du génocide. Tuer n’était pas suffisant, il fallait humilier.

Que les bandes de partisans soviétiques n’étaient pas une légende et que beaucoup de Juifs les ont rejoin et ont combattu les nazis armes à la mains, beaucoup préférant donner chèrement leurs peaux, femmes, enfants et hommes confondus.

J’ai, comme toujours pour ce genre de livre, hésité à partager des extraits de l’ouvrage avec vous. Comme vous en avez sûrement conscience, le livre contient des horreurs perpétrées par l’être humain sur d’autres êtres humains, des humiliations, des meurtres et des tortures que personnes n’auraient imaginé. Une preuve, comme si l’on en avait encore besoin, que l’Homme est le pire des animaux.

Dire que ces exactions font parties du passé n’est malheureusement pas vrai. Les camps de concentrations pour les Ouïgours en Chine en est la preuve. Et si ce n’était que ça…

Tous les jours, des innocents sont opprimé sans que personne ne bouge le petit doigts.

J’ai décidé de partager avec vous une poignée d’extraits extrêmement choquants. Ne les lisez pas si vous ne le sentez pas.

Extraits :

ATTENTION LES EXTRAITS SONT CHOQUANTS

Dans la note du 8 septembre 1944 intitulé « Le projet du Livre noir mentionné par Ehrenbourg et destinée aux ‘instances compétentes’ [Staline], il était dit : ‘Ce livre sera constitué de récits de Juifs rescapés, de témoins des atrocités, d’instructions des autorités allemandes, de journaux intimes et de témoignages de bourreaux, de notes et de journaux de personnes ayant échappé aux massacres. Ce ne sont pas là des actes, des procès verbaux, mais des récits vivants qui doivent faire apparaître la profondeur de la tragédie.

Il est extrêmement important de montrer la solidarité de la population soviétique. (…) Il est indispensable de montrer que les Juifs mouraient courageusement, de s’arrêter sur les actes de résistance. – Ilya Ehrenbourg

Les jours d’orgies, les SS ne tiraient pas. Ils transperçaient la tête des prisonniers avec des pics ou bien la fracassaient à coups de marteau, ils les étranglaient et les crucifiaient en leur enfonçant des clous dans la chair.

On faisait entrer les Juifs dans une immense salle qui pouvaient contenir jusqu’à mille personnes. Les allemands faisaient passer dans les murs des fils électriques qui n’étaient pas isolés. Les mêmes fils passaient dans le sol. Lorsque la salle était plein de gens nus, les allemands branchaient le courant. C’était une gigantesque chaise électrique dont n’imaginait pas qu’elle pu être inventé, même par l’esprit le plus malade.

Il avait construit une cage en verre sur un mirador. On y mettait un Juif qui mourrait à petit feu à la vue de tous.

La nuit, les allemands attaquaient les maisons Juives et en tuaient les habitants. Ces meurtres étaient perpétrés de façon particulièrement cruelle : on crevait les yeux des victimes, on leur arrachait la langue, les oreilles, on leur défonçait le crâne.

Les petits enfants, dès qu’on les avait fait descendre des camions, les policiers les enlevaient à leurs parents et leur brisaient l’échine contre leur genou. Les nourrissons, ils les lançaient en l’air et leur tiraient dessus, ou bien ils les attrapaient sur la pointe de leur baïonnettes, et les jetaient ensuite dans les fosses.

Deux Juifs avaient été découverts dans leurs caches. Les allemands en jetèrent un à terre et lui recouvrirent le dos de morceaux de verre, puis ils ordonnèrent au second de lui marcher dessus.

Les petits enfants, épuisés et faibles, se mirent à pleurer : leurs petits bras se fatiguaient et retombaient tout de suite. Pour la peine, on les leur coupait avec des poignards, ou bien on leur rompait la colonne vertébrale, ou bien encore, élevant l’enfant au-dessus de sa tête, le fasciste le jetait de toutes ses forces sur la chaussée pavée : après un tel choc, la cervelle de l’enfant jaillissait de son crâne éclaté.

Les allemands assassinèrent les Juifs des bourgades de façon horrible, en les jetant vivants dans les flammes. Dans la brigade de Charkovchtchina, on coupait la langue, on crevait les yeux, on arrachait les cheveux des gens, avant de les tuer.

Cher père ! Je te dis adieu avant la mort. Nous avons très envie de vivre, mais inutile d’espérer, on ne nous le permet pas ! J’ai tellement peur de cette mort, parce qu’on jette les petits enfants vivants dans les fosses. Adieu pour toujours. Je t’embrasse fort, fort.

Les enfants se mirent à crier. « Tante, où est-ce qu’on nous emmène ? » Bélénovna leur expliqua calmement : « À la campagne. On va aller travailler. »

On a trouvé dans une fosse près de Morozovsk les cadavres d’Eléna Bélénova et des six enfants Juifs.

Note de bas de page : le docteur Fainberg, sa femme et sa fille t’entêtent de se suicider en s’ouvrant les veines et en prenant de la morphine, mais les allemands les envoyèrent à l’hôpital, les soignèrent, après quoi ils furent fusillés.

Je me suis procuré un morceau de fil électrique, et un jour, à l’aube, je me suis pendu. Mais mon râle d’agonie a été entendu et on m’a décroché. Pour me punir, on m’a battu, on m’a brisé trois côtes. Je n’avais pas le droit de disposer de la vie, ce droit appartenait aux allemands.

J’ai fais mon exercice de mémoire en lisant se livre. Un exercice très difficile, découvrant ce qui est de plus exécrable, d’incroyablement sadique et mortel chez l’être humain.

Pourquoi ai-je lu se livre, ce genre de questions reviennent souvent dans mes articles sur la Shoah et la littérature de guerre/concentrationnaire. Je laisse ces mots de Vassili Grossman, présents dans l’introduction de ce livre, parler pour moi et finir cet article.

Puisse la mémoire des hommes conserver jusqu’à la fin des siècles le souvenir des souffrances et des morts atroces de ces millions d’enfants, de femmes et de vieillards assassinés. Puisse la mémoire sacrée des suppliciés être le gardien formidable du bien, puisse la cendre de ceux qui furent brûlés interpeller le cœurs des vivants pour enjoindre les hommes et les peuples à la fraternité. – Vassili Grossman

Jaskiers

Le magicien d’Auschwitz de J.R. Dos Santos

Quatrième de couverture :

« Une vision totalement nouvelle de l’Holocauste où J.R. dos Santos donne la parole à ceux qui l’ont perdue à Auschwitz. » – Rabin Schlomo Pereira

Prague, 1939. Les allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi. Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Leningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui a dépasser leur propre histoire.

Avec son exigence constante de vérité, J.R. Dos Santos aborde ici l’un des sujets les plus douloureux de l’histoire contemporaine. C’est grâce aux très précieux, et encore méconnus, manuscrits retrouvés enterrés près des fours crématoires, qu’il arrive à nous amener au plus près de l’histoire et au cœur de l’enfer.

J.R. DOS SANTOS

Journaliste, reporter de guerre, présentateur du 20 H au Portugal, J.R. dos Santos s’est imposé comme l’un des plus grands auteurs de thrillers scientifiques en Europe et aux États-Unis. Ses romans historiques rencontrent le même succès.

Fiction inspirée de faits réels, sur l’horreur de la Shoah, je trouvais qu’écrire sur ce sujet difficile une histoire, un roman, était un exercice plutôt risqué.

En effet, comment écrire sur l’horreur quand nous n’en n’avons pas été témoin ni victime ?

Que penserait d’ailleurs les victimes, les survivants et leurs familles qu’un auteur écrive sur l’indicible, un roman de fiction ?

Le roman est basé sur deux histoires d’amour.

Me voilà moi aussi dans une position délicate, je n’ai aucune idée de comment écrire sur ce livre. Étant un roman, j’ai peur de trop en dévoiler et de gâcher votre lecture.

Je ne connaissais pas J.R. Dos Santos, bien qu’il semble être une personnalité connue au Portugal.

Cet ouvrage commence d’une manière assez atypique. Il semble que l’auteur ai voulu nous expliquer les principes ésotériques qui influençaient et même potentiellement guidaient Hitler et surtout son bras droit Himmler.

Évoquant des figures du monde du paranormal et ésotérique, comme un certain Alister Crowley, dévoilant des rites, des ouvrages portant sur la magie, la « vraie » qui, selon l’auteur, pour les leaders du IIIe Reich étaient une puissance à contrôler pour dominer le monde. Surprenant. Et semble-t-il bien documenté, en tous cas, l’auteur semble avoir plongé dans les croyances ésotériques nazies et en a ressorti des informations (révélations ?) importantes implantés avec brio dans le roman.

Suivre la descente aux enfer de Herbert Levin et sa famille, Juifs allemands réfugiés en Tchécoslovaquie près de Prague, voir de quelle manière l’Allemagne nazie a pris en grippe ce pays et manipulé la communauté internationale, « politique » qui la mènera jusqu’à la guerre mondiale et les horreurs de la Shoah. Là encore, l’histoire est bien menée par l’écrivain.

Il était intéressant de suivre Francisco Latino, légionnaire portugais dans la légion étrangère espagnole, devenue la légion des volontaires espagnoles, pour combattre sur le front russe. Une histoire qui suit parallèlement celle de Levin, chaque chapitre traitant de l’histoire de l’un puis de l’autre.

Le fonctionnement du camp et sa « politique » est extrêmement bien expliquée. Ceux qui ne connaissent pas le sujet pourront y apprendre avec précision et clarté comment Birkenau et Auschwitz détruisaient les êtres humains. Leurs mécaniques de soumissions et de destructions et la vie dans les camps est exposée de manière claire et efficace.

Le problème avec ce livre, c’est la fin. Car finissant sur un cliffhanger, nous avons droit à une publicité pour le tome 2 de l’ouvrage. Autant dire que je pensais que cet ouvrage était un roman complet, un début, une fin, terminé. Malheureusement, il faudra attendre le prochain ouvrage, et je ne suis pas sur de me le procurer car je n’apprécie ce genre de business, plusieurs tome sans que le lecteur n’en soit averti. Pour moi, cela détruit l’expérience de lecture. C’est dommage. Peut-être suis-je trop têtu mais je n’ai pas aimé la manière d’annoncer que ce n’est pas la fin, que le tome 2 arrive bientôt. J’aurai préféré le savoir avant d’acheter. En faite, c’est de ma faute.

D’un point de vue personnel, il était intéressant de découvrir la culture Tchèque. D’une manière plutôt triste malheureusement. Le roman bien qu’extrêmement émouvant et dur apporte cette lumière culturelle qui amène un semblant de baume apaisant. Le baume de la culture, amenant la compréhension de l’autre, l’amour et le respect qui pourrait éviter de telles horreurs. Comprendre l’autre. Tellement simple, comprendre son prochain. Partager et ouvrir sa culture aux autres. Plus d’ignorance menant à l’ignominie. Ce serait tellement simple.

J’ai choisi de ne pas partager d’extrait avec vous tant l’ouvrage est atypique et même surprenant. Il serait risqué de partager un morceau de texte qui pourrait gâcher une potentielle lecture de votre part.

Je le conseil en prenant en compte qu’il existe 2 tomes (et peut-être plus ?).

Jaskiers

Onoda. Seul en guerre dans la jungle. 1944 – 1974. par Bernard Cendron & Gérard Chenu

Quatrième de couverture :

« Les subordonnés doivent considérer les ordres de leurs supérieurs comme directement émis par l’empereur. Toute désobéissance prend le caractère d’un sacrilège. »

Rester trente ans dans la jungle en croyant que la guerre continue : le sous-lieutenant Onoda n’a jamais capitulé. Envoyé aux Philippines en 1944, dans l’île de Lubang, pour organiser la guérilla, cet officier japonais refuse d’admettre que l’empire aurait perdu la guerre et mène une résistance inlassable contre un ennemi fantôme jusqu’en 1974. À cette date seulement, après avoir perdu ses trois compagnons d’armes et vécu dans une solitude absolue, Onoda consent à renouer avec le fil de l’histoire et à sortir de la jungle…

Bernard Cendron, diplômé des langues orientales, vit et travail au Japon depuis plusieurs années.

Gérard Chenu, journaliste, était spécialisé dans le domaine de l’armée et de l’espionnage.

Onoda, 30 années seul dans la jungle, à se battre contre personne mais persuadé que son empereur n’a jamais signé l’armistice, est une histoire vraie qui a attisé ma curiosité.

Malgré l’annonce de la reddition faites par ses camarades, les appels de ses anciens compagnons d’arme, de tract lancés par avions, par des annonces diffusées par haut-parleur, par des journaux, Onoda trouve toujours une excuse, une faille dans ces preuves de paix. Les américains sont très intelligents, ils savent manipuler, Onoda en est du moins persuadé et sa mission est de tenir jusqu’à l’arrivé d’une garnison de l’armée impériale sur l’île de Lubang aux Philippines. Qui ne viendra jamais.

Onoda seul en guerre ? Le titre du livre est légèrement trompeur, son camarade simple soldat du rang, Kozuka, l’accompagne pendant plus de deux décennies. Ils étaient 4 à ne pas croire à la fin de la guerre, Onoda était leur supérieur. Je ne n’écrirais pas ici ce qui leurs est arrivés pour ne pas vous gâcher une potentielle lecture.

Pour survivre, ils se nourriront de fruits et du vol de bétails appartenant aux paysans de l’île. Onoda et Kozuka iront même voler chez l’habitant, des échauffourées, des combats même auront lieux entre les deux soldats et les paysans, terrorisés et énervés par ces japonais bornés et malins. Onoda recevra le surnom de « Démon de la jungle » par les paysans et les habitants de l’île souvent désemparés par les agissements, les provocations et même les sabotages que les deux Nippons commettent.

Le livre retrace son enfance et sa formation très spéciale (et secrète) de militaire. C’est cette formation qui le poussera à douter de toutes les preuves de paix que les autorités des Philippines et du Japon lui apporteront. Il lui faut un ordre directe de reddition de son chef Taniguchi, sinon il ne renoncera pas et prendra toute tentative de communication comme de la propagande américaine.

L’ouvrage est relativement court, et je ne peux trop en parler sous risque de vous dévoiler l’histoire des trois décennies dans la jungle d’Onoda.

J’ai, bien sur, choisi quelques extraits, dont un révélant l’immense conviction d’Onoda que la guerre n’est pas finie et que les américains essaient de le piéger.

Extraits :

Le relief de Lubang ne ressemble pas à celui des autres îles du Pacifique. Il est accidenté : plusieurs montagnes y atteignent six cents à sept cents mètres et sont coupées de gorges où coulent des torrents, dévastateurs pendant la saison des pluies et presque à sec le reste de l’année.

Les contradictions émaillent les déclarations d’Onoda. Il en est conscient mais, pour simplifier, il a pris l’habitude de rejeter purement et simplement tout élément qui ne s’intègre pas dans son système.

Au cours de l’année 1959, les recherches reprennent. Les haut-parleurs poursuivent les deux hommes jusque dans la forêt, des tracts jonchent la jungle. Cette agitation a du bon : les deux japonais qui suivent leurs poursuivants à la trace, recueillent après leur passage des boîtes de conserve, des piles électriques, des mégots de cigarette, etc. : ils renouvellent ainsi facilement leur stock sans avoir à dévaliser les paysans de Lubang.

De mai à octobre, on continue de les chercher. Un jour, poussé par la curiosité, Onoda suit la ligne des crêtes pour voir où se trouve « l’ennemi ». Une voix qu’il connaît bien, à peine déformée par le haut-parleur, lui parvient brusquement :

« Hiroo [Onoda], sors de la jungle. C’est ton frère Toshio qui te parle ! Le frère de Kozuka, Fujiki San, est également ici. Nous repartons demain. Alors, je t’en prie, montre toi. »

La voix a les mêmes intonations distinguées et gracieuses que celle de son frère. « Ce doit être une bande magnétique », pense Onoda qui ne voit pas celui qui parle. Il arrive en rampant à cent cinquante mètres de la crête et voit alors deux hommes ; l’un qui lui tourne le dos, à un micro à la main, l’autre, un soldat, porte le gros haut-parleur. Le premier ressemble bien, dans cette position, à son frère. « Ou bien il est leur prisonnier, ou bien on l’a menacé de s’attaquer à sa femme s’il ne venait pas ici de lui-même. Des vrais salauds, ces Yankees ! »

Ému, il écoute maintenant Toshio chanter une chanson de lycéen qu’il aimait beaucoup. Mais il surmonte vite son émotion, car il ne doute pas que ce spectacle ne soit qu’une mise en scène destinée à affaiblir ses capacité de résistance. […] Onoda entend encore :

« Sayonara, Onoda ! Sayonara Kozuka ! »

Puis les deux hommes s’éloignent

Cette apparition de sa famille – si tant est que l’homme qu’il a entrevu est bien son frère – trouble quelque peu le scepticisme chronique du sous-lieutenant Onoda qui, tout songeur, rejoins Kozuka. Le surlendemain, ils découvrent une pile de journaux et de revues laissée par les membres de l’expédition à leur intention. […] Devant cette abondance de journaux, leur première pensée est que le Japon est toujours vivant.

Cette réaction est parfaitement logique de leur part, dans la mesure où il ont entendu autour d’eux des civiles jurer qu’ils se suicideraient au poison si le Japon était défait, ou encore qu’ils attaqueraient l’ennemi avec des bambous taillés en pointe… « Si le Japon avait été vaincu, il n’y aurait pas de journaux ! Nous tenons la preuve que la guerre continue. »

De retour au Japon, après avoir compris que la Japon avait capitulé et après maintes péripéties pour enfin lui prouver que la guerre est finie depuis des décennies, il sera accueilli comme une star de cinéma.

Onoda de retour au Japon

Une info surprenante, plusieurs milliers de soldats japonais seraient restés à leurs postes, refusant de croire à la reddition. L’énorme majorité d’entre eux n’ont jamais été retrouvés.

Pour terminer, un film sur son aventure sortira bientôt (ou est déjà sorti) au cinéma. Je vous promet que le timing est une coïncidence. À voir… peut-être. Mais quelle histoire !

Jaskiers

Japan’s Infamous Unit 731 par Hal Gold

Firsthand Accounts of Japan’s Wartime Human Experimentation Program

Quatrième de couverture :

Some of the cruelest deeds of Japan’s war in Asia did not occurs on the battlefield, but in quiet antiseptic medical ward in obscure parts of China. Far from the front lines and prying eyes, Japanese doctors and their assistants subjected human guinea pigs to gruesome medical experiments in the name of science.

Author Hal Gold draws upon a wealth of sources to construct a portrait of the Imperial Japanese Army’s most notorious medical unit, giving an overview of its history and detailing its most shocking activities. The book presents the words of former unit members themselves, taken from remarks they made at a traveling Unit 731 exhibition held in Japan in 1994-95. They recount vivid firsthand memories of what it was like to take part in horrific experiments on men, women and children, their motivations and reasons why they chose to speak about their actions all these years later.

A new foreword by historian Yuma Totani examines the actions of Unit 731, the post war response by the Allies an the lasting importance of this book. Japan Infamous Unit 731 represent an essential addition to the growing body of literature on the still unfolding story of some of the most infamous war crimes in military history. By showing how the ethics of normal men and women can be warped in the fire of war, this important book offers a window on a time of human madness and the hope that history will not be repeated.

HAL GOLD was a writer, journalist and historian who was a resident of Kyoto for over 30 years. He authored many books, essays and articles on Japanese history and culture including Japan in a Sake Cup, Neutral War, Japanese army medical officer and several articles on turn-of-the-century Kyoto development.

YUMA TOTANI is professor of modern Japanese history at the University of Hawaii at Manoa. She authored The Tokyo War Crimes Trial : The Pursuit of Justice in the Wake of World War II, co-authored, Justice in Asia and the Pacific, 19451952 : Allied War Crimes Prosecutions and has written numerous articles.

Comment écrire sur ces horreurs et surtout, quoi partager avec vous, ceci est le dilemme (encore) pour cet article.

L’unité 371 a été créée par le jeune et ambitieux Ishii avec l’aval de l’empereur Hirohito. Le but étant de préparer, de créer et d’améliorer des armes offensives et défensives chimiques en les testants sur des êtres humains vivants.

L’unité était installée dans l’état fantoche de Mandchourie, créée par les japonais lors de la guerre sino-japonaise, à l’est de la Chine. À Pingfang plus exactement. L’endroit était tenu secret défense. Construit comme un château, avec deux cheminées pour incinérer les corps.

Médecins, infirmiers, étudiants et jeune soldats y ont « exercés ».

Vivisections avec et/ou sans anesthésies, expériences sur le froid, sur les maladies vénériennes, le typhus, le choléra, la peste ect…

Les victimes étaient appelé des maruta, des « planches ». Elles étaient chinoises, coréennes, russe, anglaises, françaises et américaines. Les victimes occidentales restaient rares. Des femmes, des hommes et des enfants (incluant les nourrissons) en étaient les victimes et cobayes.

Le livre est partagé en deux, une section historique, une section témoignages d’anciens soldats (car les médecins, infirmiers ect… étaient soldats). Les deux sections étant séparées par une toute petite partie photos, contenant juste les photographies des ruines de l’établissement et des reconstitutions des expérimentations. Cette section est plus anecdotique qu’autre chose, vous pouvez trouver sur internet plus de photographies.

Les témoignages des bourreaux sont important, car à la fin de la guerre, les soldats étaient priés de se taire. Et nous connaissons l’obéissance et la discipline des soldats japonais envers leur empereur. Surtout que beaucoup recevaient de l’argent pour leur silence. Heureusement, une poignée a décidé de témoigner pour ne pas oublier. Aucune victime n’a survécu, nous n’avons que les aveux des bourreaux pour savoir ce qu’il se passait dans cette unité. Les anciens bourreaux témoignent, expriment leurs regrets et demandent pardon.

Aucuns des ces criminels n’a été jugés, les japonais ayant utilisés judicieusement la guerre froide pour se couvrir. En échangeant des informations avec les américains, en les menaçants de révéler les résultats des expériences à l’URSS. La plupart de ces « expériences » n’ont pas apportées de découverte majeure, loin de là. Les japonais ont bluffés leurs juges.

Femmes enceintes éventrées, femmes de conforts, victimes gazées, forcées a des relations sexuelles pour étudier la propagation des maladies vénériennes.

Congeler des membres du corps pour tester la résistance des os avec un marteau, victimes vidées de leurs sangs, attachées à des planches pour observer l’efficacité des obus contenant des agents pathogènes, élevages de rats et de puces pour étudier et propager des virus. Ces expériences servaient à créer des armes bactériologiques, par bombe, ou par empoisonnement des rivières, principalement.

Aucuns « tests » sur d’innocents villages civiles chinois n’ont donnés de résultats concrets. Un témoin/bourreau raconte en fin d’ouvrage que la plupart des professionnels y travaillant le faisaient pour s’amuser.

Le sujet des « femmes de conforts », autrement dit des femmes forcées à la prostitution, est légèrement traité dans le livre. Leurs sort étaient évidemment terribles. Ce sujet aurait mérité d’être plus développé tant le sort de ces femmes durant la Seconde Guerre Mondiale est encore peu connut.

Est mentionné aussi l’entraînement de jeunes soldats japonais, apprenant le maniement de la baïonnette sur des civils vivants.

Est-ce que je conseil se livre ? Il n’est pas mal écrit, ce n’est pas la question, le sujet est difficile. Si vous voulez en apprendre plus sur ce crime de guerre japonais, oui, mais les informations que vous pouvez trouver sur internet sont amplement suffisantes. Je pense à la lecture du Wikipedia de l’Unité 731 notamment.

Je n’ai pas jugé important de partager des extraits de ces horreurs. Je ne me sens pas la force de les écrire ni de les relire.

Voici quelques photographies glanées sur internet pour compenser le manque d’extrait.

L’énorme complexe de l’unité 731.
Général Ishii, responsable et créateur de l’unité 731.
Une victime, appelée maruta (planche), emportée par des soldats japonais en combinaison.
Reconstitution d’une des nombreuses expériences commises dans l’Unité 731. Celle-ci consistait à enfermer un(e) prisonnier(e) dans une sale réfrigérée et de lui verser de l’eau sur les membres jusqu’à ce qu’ils gèlent, puis des les frapper jusqu’à ce que le membre se cassent. Expérience censée étudier l’effet des gelures et du froid extrême sur le corps humain.

Je regrette de ne pas avoir eu la force de partager avec vous les extraits du livre mais relire l’horreur et l’inhumanité de ces expériences m’est difficile. Comme noté plus haut, vous trouverez assez d’informations sur ce crime de guerre sur internet. Le plus important, je pense, est de ne pas oublier ce crime de guerre peu connu et, surtout, ses victimes oubliées.

Jaskier

Le pianiste par Wladyslaw Szpilman

L’extraordinaire destin d’un musicien juif dans le ghetto de Varsovie (1939-1945)

Quatrième de couverture :

Septembre 1939 : Varsovie est écrasées sous les bombes allemandes. Avant d’être réduite au silence, la radio nationale réalise sa dernière émission. Les accords du ‘Nocturne en ut dièse mineur’ de Chopin s’élèvent. L’interprète s’appelle Wladyslaw Szpilman. Il est juif. Pour lui, c’est une longue nuit qui commence…

Quand, gelé et affamé, errant de cachette en cachette, il est à un pouce de la mort, apparaît le plus improbable des sauveteurs : un officier allemand, un Juste nommé Wilm Hosenfeld. Hanté par l’atrocité des crimes de son peuple, il protègera et sauvera le pianiste.

Après avoir été directeur de la radio nationale polonaise, Wladyslaw Szpilman a eu une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il est mort à Varsovie en juillet 2000. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que l’on redécouvre enfin ce texte étrangement distancié, à la fois sobre et émouvant.

« Wladyslaw Szpilman restitue à chaud et sans fard, comme pour les exorciser, ses souvenirs hallucinés de rescapé. » – Libérations

« Un témoignage bouleversant venu du froid et de l’horreur. » – Annie Coppermann – Les Echos

Est-il utile de parler du pianiste, du livre plus précisément, quand vous avez sûrement tous visionnés le film éponyme de Roman Polanski avec Adrien Brody dans le rôle principal, rôle qui d’ailleurs lui vaudra l’Oscar du meilleur acteur ?

Je ne sais comment écrire cet article. Dois-je comparer le livre au film ? Parler uniquement du contenu de l’ouvrage littéraire, bien que nous savons, probablement, tous ce qu’a vécu Wladyslaw Spizlman grâce au film ?

Le dilemme est là. J’essaierai tant bien que mal de gérer les deux composants pour cet article en me concentrant plus sur le livre.

Il est important de noter que des extraits du journal intime de l’officier allemand, Wilm Hosenfeld, qui a sauvé la vie du pianiste, est présenté en fin d’ouvrage. Ajout extrêmement important et intéressant sur le sauveur du Pianiste.

L’ouvrage de Szpilman a été écrit en 1945, à la toute fin de la guerre, l’auteur ayant décidé de consigner son témoignage immédiatement, donnant ainsi au texte la force qu’apporte l’immédiateté d’écrire ce qu’il a vécu sans les potentiels pièges, failles, inventions et atermoiements de la mémoire.

Ce que je retiens du début du récit de Szpilman, c’est l’enfer se déchaînant sur Varsovie, et l’espoir, vite anéanti, de l’intervention de la France et de la Grande Bretagne, laissant les polonais sans défenses, à la merci des bourreaux nazis.

Le carnage dans Varsovie bombardée sans pitié. Des cadavres dans les rues et sous les décombres. L’odeur de la mort et la vision cauchemardesque d’une ville détruite et en flamme.

Le système nazi qui s’impose, les privations, les humiliations, la manipulation. Le début dès l’occupation des mesures de répressions contre les Juifs. L’appréhension de la communauté Juive ainsi que leurs fausses espérances entretenues par les nazis pour mieux réaliser leur horrible projet.

Puis le ghetto. Son horreur connu de tous. Ces tortures physiques et morales incessantes, ces femmes, enfants et vieillards affamés, mourants de faim et de maladies sur les trottoirs. Les rafles et les exécutions sommaires. Survivre en volant, en risquant sa vie à chaque minute. La mort qui plane jour et nuit, des âmes sans repos et tourmentées attendant la prochaine rafle.

Puis la déportation, à laquelle Szpilman évitera grâce à un inconnu qui le sortira in-extrémis de la file de déporté se dirigeant vers les trains de la mort.

Viendra l’errance, l’aide apporté par des résistants, une trahison, la mort qui rôde à chaque seconde, là aussi. L’auteur est dans l’angoisse perpétuelle, à la merci de ses sauveurs. Chaque pas, même dans son refuge, peut lui être fatale. Aucun bruit. Il doit être fantôme. Aucun son ne doit être émis pour le musicien. Silence total.

Après moult péripéties pour Szpilman, la guerre reprendra ses droits. L’armée Rouge est lancée dans une offensive que les allemands ne peuvent stopper. Le ghetto de Varsovie se soulève pour être exterminer quelques semaines plus tard malgré un résistance héroïque. Puis, c’est toute la ville qui se soulève. Lâché par l’armée Rouge, le soulèvement échoue même si les combattants, femmes, hommes et mème enfants se sont battus courageusement et vaillamment.

Dans l’enfer de Varsovie en ruine, Szpilman survit comme il le peut. Traqué par les allemands, les ukrainiens et les lituaniens qui, malgré la défaite, continuent à traquer les Juifs.

De cachettes en cachettes, de taudis en taudis, de décombres en décombres. le froid qui ronge. La faim qui épuise. Le désespoir qui mine. Mais malgré tout une envie et une force insoupçonnée de survivre à l’horreur. Le pianiste, durant tout le livre, est obsédé par ses mains, il ne veut pas les abîmer, espérant survivre à la guerre et continuer à jouer du piano. L’espoir et l’instinct de survie, la peur de l’artiste de perdre les moyens de continuer son art malgré la désolations et la mort qui rôde.

Puis l’aide invraisemblable d’un officier allemand, Wilm Hosenfeld, qui lui trouvera un abris, une cachette, de la nourriture et de quoi se tenir relativement chaud quand tout semble perdu. Wilm Hosenfeld est horrifié par le régime nazi et ses crimes sur des innocents sans défenses. Hosenfeld décidera de sauver le plus de ces innocents possible.

Et viens la libération, en passant encore à deux doigts de la mort, presque tué par les russes. Szpilman retrouve la liberté… sans les siens, morts dans un camp d’extermination.

Si je devais comparer avec le film, je dirai que certains passages du livre ont été supprimés et que le film en a ajouté (inventé ?) d’autres. Je crois que le film n’en reste pas moins fidèle au livre, à un niveau décent.

Il est intéressant de lire le journal du soldat allemand Wilm Hosenfeld en fin d’ouvrage. Un allemand qui dès le début refuse le nazisme. Fervent catholique, il aidera plusieurs Juifs durant son service à Varsovie et dans l’Est.

Szpilman demandera plusieurs fois sa libération du camp soviétique dont son sauveur est prisonnier, mais le régime stalinien refusera. Hosenfeld y mourra.

Szpilman, lui, continuera sa vie, en travaillant comme pianiste, compositeur. Il deviendra un immense artiste dont le travail est aimé et respecté dans la Pologne et l’Europe de l’Est d’après-guerre.

Il ne parlera jamais de ce qu’il a vécu à ses proches. Seul se livre, écrit à la toute fin de la guerre, fera forme de témoignage.

Puissant témoignage de la survie d’un homme contre le monde entier. Le climat et surtout, la folie des Hommes. Nous dévoilant au passage, ce que l’Homme a de pire ET de meilleur en lui. On découvre ainsi avec quel facilité l’Homme se mets à faire le pire, et le courage, l’effort, le risque, nécessaire pour faire le bien.

À gauche, Wilm Hosenfeld. À droite Wladyslaw Szpilman.

Jaskiers

La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

Random access photos

Rouen – Avril 2021
Rouen mi-mai 2021
L’Amérique, la littérature et le polar.
Never enough
Moutons, cotons. Mère nature plus grande artiste.
Roméo prends la pose. Il essaie du moins.
La Normandie, toujours marquée par la culture militaire du dernier conflit mondial.
Buchy – fin mai 2021
Buchy
Buchy
Buchy
Buchy
Buchy
Ernest Noury – Naturaliste (1877-1968)
Ernest Noury – Naturaliste (1877-1968)
Buchy
Buchy
Buchy
Madame Bovary quelqu’un ? -Buchy-
Buchy
Buchy
Buchy
Buchy
Merci aux cousins canadiens ! – Buchy-
Buchy
« – Excusez moi humain, un peu d’intimité, est-ce trop demander ? » -Buchy-
Vous le voyez ? Il roucoulait juste au dessus de ma tête. Cachotier ! – Buchy-
Buchy
Buchy
Buchy

Quelques photographies qui trainaient dans mon téléphone. Je n’est pas la prétention d’être un grand photographe, j’avais juste envie de partager quelques unes de mes photos prises lors de mes balades.

Je découvre la Normandie, petit à petit. Pleine de beautés, d’histoires, de mystères et de talents.

J’espère du moins que ces quelques clichés vous plairont.

Jaskiers

Paris : Les lieux de la résistance de Anne Thoraval

Quatrième de couverture :

La vie quotidienne de l’armée des ombres dans la capitale.

Dès l’été 1940, refusant l’armistice, quelques poignées de Parisiens se cherchent, désireux de « faire quelque chose ». Un premier groupe se forme, au musée de l’Homme ; d’autres suivront.

Résister à Paris de 1940 à 1944, c’est recopier un tract, imprimer une feuille qu’on hésite à qualifier de journal, tracer à la va-vite un graffiti sur un mur, glaner des renseignements dans l’espoir de les retransmettre à Londres… plus tard cacher des prisonniers évadés, des réfractaires au STO, trouver des faux papiers… L’action quotidienne est humble et obstinée plus que spectaculaire, même si elle expose à de grands dangers. C’est cet ordinaire qui transparaît dans l’évocation des lieux de la résistance parisienne : où dormir, où tenir une réunion, où imprimer un journal, où trouver des camarades… Une géographie se dessine d’un Paris clandestin, dérisoire par le nombre, immense par sa foie inébranlable dans la victoire.

J’ai eu se livre en cadeau. Je n’aurai pas choisi se livre, parce que je ne connais pas du tout la géographie de Paris. J’aurai pu lire se livre avec Google map ouvert à mes côtés mais les lieux ont changées. Certains bâtiments ont été démolis.

Je me suis plus focalisé sur les individus et leurs actions. Il y a tellement de chose à raconter, de personnes à citer, de lieux, d’actions clandestines que je me suis perdu dans se livre, perdu dans Paris. Je n’ai pas su par quel bout prendre cette œuvre. Nous passons d’un article (car le texte, dans son ensemble, ressemble à des regroupements d’articles), d’une action se passant en 1940 pour passer à un tout autre article, sur un autre groupe de Résistant se passant en 1943. J’ai lu l’ouvrage jusqu’au bout malgré tous. Hey c’était un cadeau !

J’ai quand même trouvé, en comparaison avec la quatrième de couverture, que beaucoup de parisiens se sont mobilisés. Des femmes autant que des hommes, parfois très jeunes. Les photographies illustrant le livre sont parfois un peu « légères », il y en a de très intéressantes, comme celle d’un gestapiste guettant sa cible à la sortie d’une bouche de métro, où les lieux où se sont déroulé des événements importants. Le livre contient beaucoup de photographies des résistants en états d’arrestations.

La collaboration de la police et de la gendarmerie française avec les forces allemande est omniprésente dans l’ouvrage. Une honte de lire de telles choses. Bien qu’il faut noter qu’il y avait des résistants dans les forces de l’ordre française.

La Résistance était aussi (et surtout ?) le fait de petites gens dont les actes anonymes, les petits coups de mains, faisaient une grande différence.

Il est intéressant de voir où a été imprimer Le silence de la mer de Vercors.

Un reproche que je ferais au livre, il n’y a aucune carte de Paris ! Je ne connais pas Paris, à part les grands monuments et bâtiments mais c’est tout. Une carte complète et légendée aurait beaucoup aidé ma lecture.

Je vous le conseil uniquement si vous connaissez Paris comme votre poche et/ou que la Résistance vous passionne. Car on vous balance les noms, les lieux, comme si vous étiez déjà un fin connaisseur de l’histoire, de la géographie de la ville et de la Résistance. Malheureusement je ne le suis pas. Le travail d’historienne fournie par l’auteure est impressionnant. Le travail de documentation est monumental.

Ne pas oublier les actes de sacrifices et de résilience de gens lambdas qui se sont battus et exposés à leurs risques et périls, je crois que c’est le but de cet ouvrage. Et c’est réussi sur se point.

Ce n’est donc pas vraiment une review du livre en profondeur, je voulais juste avertir un potentiel lecteur/lectrice. Pour appréciez pleinement, il vous faut connaître Paris comme si vous l’aviez construite.

Jaskiers

Robert Capa – La collection

Quatrième de couverture :

Photographe majeur du XXe siècle et cofondateur de l’agence Magnum Photos, Robert Capa (1913-1953) avait l’âme d’un journaliste fervent et engagé et l’œil d’un artiste. Riche de plus de 70 000 négatifs, son œuvre fournit un témoignage sans équivalent sur vingt-deux années cruciales (1932-1954) où se déroulèrent certains des événements les plus sombres et les plus marquants du siècle dernier. Cet ouvrage présente la sélection iconographique la plus complète jamais publiée sur Robert Capa : 937 photographies choisies par son frère Cornell Capa (lui-même photographe réputé au magazine Life) et par son biographe, Richard Whelan, qui ont repris une à une ses planches-contacts afin de constituer cette somme. Présentées par ordre chronologique, les photographies sont accompagnées de commentaires et de légendes. C’est donc à une revue détaillée des temps forts d’une carrière que le lecteur est ici convié, une carrière qui conduisit Robert Capa de l’Espagne déchirée par la guerre au débarquement des alliés à Omaha Beach, mais aussi après de Picasso et de nombreux autres artistes et comédiens et jusqu’en Indochine, où il trouva la mort quelques instants seulement après avoir pris ses ultimes images.

« Les 937 clichés choisis […] parmi les quelque 70 000 négatifs sont autant de chefs-d’œuvre. » (Libération)

« Les clichés de ce superbe album témoignent d’un des plus grands photoreporters de notre époque. » (L’Express)

« Cet énorme recueil, une somme indispensable pour tout amoureux de la photo, agit comme une mémoire qui refuse le silence. » (Le Point)

Votre serviteur a dépensé une coquette somme pour se livre de collection. Je l’ai reçus, et j’ai découvert que les légendes et les textes à l’intérieur du livre étaient en allemand. Et votre serviteur a beau avoir fait des années d’allemand, il n’est jamais arrivé à assimiler ne serait-ce que le minimum pour pouvoir se présenter décemment dans la langue de Goethe… J’ai donc béni l’existence des sites de traductions et me suis armé de patience.

Je pensais que le livre contenait les photos de la fameuse Valise Mexicaine, il s’avère que non, le livre ayant été publié avant la découverte de la valise contenant de magnifiques photographies prisent par Capa, sa femme Gerda Taro et leurs ami Chaim. Le livre de la Valise Mexicaine est dispo sur Amazon. (Et sera peut-être un jour dans mes mains !)

L’ouvrage commence avec les photos d’un meeting de Trotsky, Capa semble s’être focalisé sur ses mains, ses gestes.

Ensuite, nous avons le droit aux grèves d’ouvriers à Paris, des photographies des élections.

Vient ensuite un sujet important dans la carrière de Capa, celui de la guerre civile espagnole. Capa ne prends pas de photos de cadavres. Il aime prendre des photos de groupe, des soldats, pour la plupart très jeunes, hommes et femmes, derrière leurs barricades ou derrières leurs fusils. Je pense que Capa prenait ces photos de groupes pour montrer la solidarités, l’unité (qu’ils n’y avaient pas forcément) dans les forces républicaines. Ils jouent avec la lumière, les contrastes et le flou, cette dernière méthode donne une impression d’action, comme si vous étiez sur le terrain.

Pas de cadavre donc, mais des photos de ruines, de maisons et de bâtiments éventrés, gardant encore les traces des anciens occupants. Portraits, meuble, objets divers.

Des photographies de réfugiés, souvent des femmes et des enfants, les femmes ayant le visages émaciées, comme si Capa voulait nous montrer les sacrifices des mères. Certaines images sont prise en portait, en gros plan, ou l’ont vois la détresse et la fatigue. L’anxiété et la peur. Il y rencontrera aussi un certain Ernest Hemingway.

Valence, Espagne, décembre 1937. Ernest Hemingway rencontre l’écrivain russe Ilya Ehrenburg. Hemingway et Capa seront de grand amis. (Photo incluse dans l’ouvrage). Crédit : Magnum Photo/Robert Capa.

Passage à Paris pour aller en Belgique, Capa photographie les meetings des différents syndicats de travailleurs, photographie les politiques en plein discours. Les gestes, les regards, les points levés des hommes politiques montrent à quel point la situation était tendue à cette époque.

Un petit retour en Espagne pour photographier la situation de la guerre civile à Bilbao, puis, petite visite à New-York pour voir sa mère et son frère.

Puis encore un voyage en Espagne.

C’est le terrible front de Teruel, la bataille est féroce entre les Républicains et les rebels. Capa photographie des corps sans vie sans rentrer dans le gore, le voyeurisme.

Enfin la Chine, pour couvrir la guerre Sino-Japonaise. Il ira jusqu’au front de Sutschou. Soldats blessés, civiles fuyant la guerre, enfants souriants malgré le malheur.

Un passage à Barcelone, les Républicains sont acculés. Sur les clichés, les soldats sont pris en contre-jour, tel des ombres. Les civiles regardent le ciel, la crainte d’un bombardement aérien dans les yeux.

Puis, s’est sur le front d’Aragon qu’il se déplace.

Les civiles, en grande majorité des femmes, des personnes âgées et des enfants, sur les routes. Les visages sont fatigués et anxieux. Leurs destinations : la frontière française.

En image : les hideux camps d’interments français où seront parqué les réfugiés, celui d’Argeles-sur-mer par exemple.

La Belgique encore, puis le Luxembourg, où il suit une procession religieuse.

Redescend dans le pays Basque, puis suit le Tour de France de 1939 pour le magasine Match

Nouveau-Mexique en 1940 pour prendre en photo des cowboys pour LIFE puis New-York pour photographier Dorothy Maynor, Paul Robeson, Gertrude Lawrence, Jinx Falkenburg et une soirée de Jazz alcoolisée dans un train. Noir et blanc, dansant ensemble, chantant ensemble, buvant ensemble. La photographie est importante dans une Amérique encore très profondément raciste.

Direction le Mexique pour des élections. Des élections tendues. Des morts, des procession funéraires.

Retour en Amérique, dans l’Indiana pour photographier pour LIFE les jeunes fêtards dans les bars.

Puis Sun Valley dans l’Idaho pour photographier un Hemingway à la chasse avec Martha Gellhorn. Et trois magnifiques photographies d’Ernest en train d’écrire, son crayon de papier et ses brouillons, pleins de rature, concentré, avec un pansement sur le majeur de sa main droite. (Hemingway sans une blessure, ce n’est pas Hemingway !)

Martha Gellhorn et Ernest Hemingway. Credit : Magnum Photo/Capa (présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre en noir et blanc)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ernest Hemingway. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)
Ma photo préféré d’Hemingway par Robert Capa. Magnum Photo/Capa (photo présente dans le livre)

Vient ensuite Londres, les civils sous les bombes allemandes. Pas de voyeurisme, pas de gore, des ruines, des habitants avec les masques à gaz, réfugiés sous terre, ou dans les rues, avec le sourire.

En 1943, il photographie les soldats américains en Grande-Bretagne, sympathisant avec les habitants pour le magazine Collier’s et Weekly Illustrated.

Retour en Idaho, pour prendre en photo Hemingway avec son fils, Gregory, à la chasse. Avec en prime un cliché de Gary Cooper, l’acteur qui jouera le rôle de Robert Jordan dans le film tiré du roman d’Hemingway : Pour qui sonne le glas.

Capa part pour Collier’s comme photographe de guerre avec l’armée U.S. en Afrique du Nord pour suivre l’avancée de l’offensive de Patton en Tunisie.

Il photographie De Gaule et Giraud, les grands rivaux, à Alger, il immortalise ainsi la présence de la France Libre dans la guerre contre l’Axe.

Puis l’armée américaine libère la Sicile, Capa capture des moments de liesses, les siciliens accueillant leurs libérateurs.

Robert suit l’armée jusqu’en Italie. Les photos de soldats, fatigués mais sur le qui-vive, la poussière, les grandes plaines, la chaleur, les blessés civiles et militaires. Les hôpitaux militaires et les soldats convalescents.

À la bataille pour le Mont Cassino, il immortalisera les soldats de la division Marocaine commandée par le général Juin.

Vient ensuite le débarquement de Normandie. Les plus fameuses de ses photos de la seconde guerre mondiale, dont celle en couverture de se livre, feront le tour du Monde. Il n’oubliera pas de visiter son vieil ami Hemingway sur son lit d’hôpital après un stupide accident de jeep. Sa tête serait passée à travers le pare-brise.

Hemingway hospitalisé à Londres après son accident en Jeep. Photo : Robert Capa. Magnum Photo. Mai 1944. (Présente dans le livre)
Hemingway hospitalisé. Robert Capa/Magnum Photo. Mai 1944. (Présente dans le livre)

Les captures du débarquement sont intenses ! Le flou, les soldats allongés, la pagaille. Malheureusement, la plupart de ses négatifs auraient été détruit à cause d’un problème de développement. J’ai lu une autre version de cette histoire. Voici un article de Télérama sur cette autre version : https://www.telerama.fr/scenes/robert-capa-a-t-il-panique-durant-le-d-day,129730.php

Panique ou pas, j’aurai paniqué pour sur cette plage. Le respect a Capa lui ai dû.

Les troupes ayant un pied ferme sur les plages de Normandie, Capa photographie des morts, des soldats allemands creusant des tombes pour la sépulture des soldats. L’arrivée des tanks, et autres engins de guerre.

S’en suit bien évidement des photographies de la terrible bataille de Normandie, dans les bocages, les champs. Il prendra une magnifique photo du Mont Saint-Michel durant son périple. Il était accompagné d’Ernest durant cette épopée !

Ils prends en photo les groupes de soldats allemands fait prisonniers. Il n’oubliera pas d’immortaliser une infamie française, la tonte des femmes accusées de collaboration verticale avec l’ennemi. Ces photographies sont édifiantes, une honte de voir ses femmes humiliés et raillées en publique, certaines avec leurs enfants dans leurs bras.

Capa suit la division blindée Leclerc et la libération de Paris. Soldats français, américains et résistants combattent côte à côte.

À la Libération de Paris, De Gaulle et la liesse d’une ville libérée.

Paris libérée, il rendra visite à Pablo Picasso dans son atelier.

Après la libération de Toulouse, il photographiera un meeting de Républicains espagnol. L’espoir renaît pour ces espagnols, malheureusement l’Histoire ne leurs prêtera jamais ne serait-ce qu’un peu de chance.

Puis de retour sur le front, il suit la bataille du terrible front de Bastogne en Belgique.

Après la terrible contre-attaque de la dernière chance des allemands repoussée, il suit les parachutistes américains sautant au dessus de Bei Wesel, en Allemagne. Puis Leipzig et enfin Berlin. Il photographie les soldats américains à Nuremberg, c’est la fin de la guerre contre les Nazis.

Dans Berlin libéré, il photographie des juifs dans une Synagogue. Le symbole est fort. Il capture aussi les habitants désœuvrés par la terrible bataille de Berlin. Des soldats américains et russe fraternisant. Là aussi, le symbole est fort, sachant que la guerre froide est juste sur point de débuter. Il n’oublie pas les enfants orphelins des SS, ces enfants étaient un plan d’Hitler, pour peuple le futur « Reich Millénaire » de soldat ethniquement « pure ».

Après la guerre, direction Hollywood, s’est Ingrid Bergman, célèbre actrice qu’il prend pour sujet. Elle tourne un film avec un certain Alfred Hitchcock.

Capa à la bougeotte, et une autre figure littéraire célèbre aussi… Non pas Hemingway mais Steinbeck avec qui il sillonnera la Russie !

John Steinbeck et Robert Capa durant leurs voyage en Russie, voyage surnommé « Le circuit de la Vodka ». Moscou Août/Septembre 1947. Photo Robert Capa/Magnum Photo. (Photographie présente dans le livre)

Il signe de magnifiques photographies de fermière ukrainiennes russes, des processions religieuses en Géorgie, un mariage en République Tchèque (Tchécoslovaquie).

L’épopée en Union-Soviétique terminée. Il se rend dans la toute nouvelle Israel. Il photographie les familles venant d’Europe par bateau et la guerre entre Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak et l’Egypte.

Il voyage ensuite en France, plus précisément sur la fameuse French Riviera où il photographie Picasso, Françoise Gilot, sa compagne, et leurs fils Claude Picasso.

Puis, un retour en République Tchèque (Tchécoslovaquie) où il documente la reconstruction du pays.

À Varsovie, il immortalise les ruines du ghetto. Image poignante. Là où tout un peuple innocent a souffert, il ne reste que des gravats. Le ghetto ayant été détruit à coup de bulldozer.

Voyage en Amérique. Il photographie le président Truman et Dwight Einsenhower devant la tombe de Patton.

Il retourne en Israël pour photographier la vie des Juifs Orthodoxes. Il photographie des Kibboutz, des jeunes enfants juifs dans leurs nouvel environnement.

De retour en France, il photographie Picasso, son fils, sa compagne et rends visite à Henri Matisse. Petit voyage en Autriche, s’est la fête. Puis la France, là aussi, s’est la fête, le 14 juillet.

En Allemagne, c’est un portrait d’une génération confuse, assommé traumatisée et perdue qu’il capture.

Petit passage en Norvège, puis Paris encore où la fête et les amoureux reprennent leurs droits.

À Londres, il photographie encore son vieil ami Steinbeck, un certain Faulkner et Truman Capote.

William Faulkner par Capa. Magnum Photo. (Photo présente dans le livre)

Direction le Japon. Qui se remet petit à petit de la guerre et des deux bombes nucléaires reçues sur son sol.

Puis l’Indochine. Le Laos et le Vietnam avec l’armée française, c’est la guerre, la France se retire après le désastre de Ðiện Biên Phủ. Capa prendra sa dernière photo, celle de soldat français avançant en terrain miné.

P.S. : j’ai décidé de faire la chronologie du livre et pas forcément la chronologie de la vie de Capa. J’ai suivi l’ordre des photographies mais pas les événements de sa vie avec précision. Les photos que j’ai choisis de poster son celle d’auteurs américains, pour une raison purement personnel. On parle de Capa, donc de photo, mais je n’avais pas envie de poster trop de photographie, en espérant que vous les découvrirez un jour par vous même.

P.S.2. : ne faite pas comme votre serviteur, faite attention à la langue du livre quand vous acheter !

N’oublions pas Gerda Taro. Morte très jeune en faisant son métier.
Petite photo bonus de votre serviteur : Hemingway et Capa (à droite) accoudés à un bar. Crédit photo : Lloyd Arnold.

Jaskiers