Mauthausen Crimes Impunis par le Docteur Paul Le Caer

Quand le livre des morts

Quatrième de couverture :

Yves, élève de terminale, est arrêté en cours d’anglais dans son collège par la Gestapo de Caen.

Ce résistant de 19 ans est placé dans une cellule d’une prison. Il est gardé « au secret » pendant trois semaines. Chaque jour, il subit un brutal interrogatoire.

Le 16 avril 1943, il est transféré au camp de Mauthausen, en Autriche.

Septs mois plus tard, il est réduit à l’état de squelette, suite aux coups et aux 11 heures de travail de nuit, avec une pelle cassée.

Un dimanche soir de décembre, épuisé, il se présente de lui-même à l’infirmerie. Un médecin polonais, francophile et francophone l’accepte au vu de son état.

Trente-six heures plus tard, il sort de son coma.

Le Professeur polonais lui apprend l’anatomie, la pathologie concentrationnaire, l’art de l’osculation mais aussi l’écoute et la compréhension des multiples langues de ses malades. Adroits, c’est pendant 14 heures par jour, qu’il réalise ses travaux pratique.

Son professeur est appelé dans un camp plus important. Yves reste seul, avec toute la responsabilité médicale de ses 400 compagnons et pendant l’hiver, de la santé de la troupe SS.

Dans cette usine secrète des paramétrages des réacteurs dès fusées V2 et de productions et du comburant à base d’oxygène liquide mélangé à de l’alcool méthylique, deux explosions se produisent, les ingénieurs civiles prennent peur de cette usine du diable.

Le 3 mai 1945, le camp est évacué, Yves part à pied vers un autre camp déjà surchargé. Ayant emporté sur lui, les cahiers des morts et divers documents, il ne peut entrer dans un autre camp, il décide de s’évader.

Avec lui, cinq compagnons – qui ne sont pas informés de son trésor – grimpent dans la montagne. Ces documents seront sa raison de vivre à la recherche des assassins connus de lui seul, par leurs noms.

Les cahiers des morts sont déposés aux Archives Nationales, ainsi que d’autres documents.

Cet ouvrage et ma dernière lecture sur le camp de concentration de Mauthausen. Après avoir lu le livre Le photographe de Mauthausen, puis la bande-dessinée éponyme et le film Netflix, avec le même titre encore une fois (j’ai écrit un article pour chaque œuvre sur le blog si vous voulez approfondir le sujet), je me suis plongé maintenant dans l’expérience du docteur Le Caer à Mauthausen. Après celui de photographe.

Yves et Le Breton sont le nom de code de l’auteur, Paul Le Caer. Paul décide de raconter son histoire à la troisième personne du singulier. Plusieurs auteurs choisissent ce mode de narration leurs permettant de mettre une certaine distance entre eux et leurs expériences traumatisantes.

La première partie du livre est dédié à son enfance, ses passions, ses amis, ses écoles et son entrée dans la Résistance. Viendra malheureusement l’arrestation, les passages à tabac, les transfers.

Puis le transport en wagon à bestiaux vers Mauthausen, ou l’enfer l’attend.

De la carrière Wienergraben, il sera transféré dans un camp annexe, camp de Schlier près de Redl-Zipf pour creuser des galeries souterraines dans le but de construire des éléments des fusées V2 tout en étant à l’abris des bombardements alliés.

Vue d’une partie du camp de Schlier.

Son été physique se détériore gravement. L’infirmerie, anti-chambre de la mort, et sa seule option, mais la chance lui sourira.

Un médecin polonais francophone et francophile lui vient en aide, le guérit et lui apprend les rudiments du métier tout comme les langues parlées dans le camp.

Du travail, il y en a. Dans se camp dédié à la construction, secrète, de fusée V2, les détenus sont voué à la mort par l’épuisement au travail, la malnutrition, les violences des SS et des Kapos.

Gif du décollage d’un missile V2.

Yves, aussi surnommé Le Breton, a ainsi une place plus « privilégiée » que celle des autres détenus.

Il soigne tout autant les déportés que les détenus. Mais soigner, ce n’est pas tous ce qu’il fait.

Dans se livre, Yves, ou Docteur Le Caer nous dévoile les crimes commit par les SS avec un précision extrême. Il possède les noms de ces derniers, les noms de leurs victimes, leurs dates, il est contacté par les familles d’anciens déportés et des déportés eux même !

Fusée V2 sur sa rampe de lancement.

Un des crimes sordides et celui d’un détenu français, tombé dans une coulée de ciment dans l’immense abris de construction souterraine de fusée V2. Le français appel à l’aide, mais le SS en charge laisse le ciment le recouvrir entièrement. Son cadavre est encore dans un des murs de l’usine.

Intérieur d’un tunnel à Schlier.

Le Breton décrit de nombreux crimes comme celui-ci, mais ce qui différencie cette ouvrage concentrationnaire des autres? C’est que Le Breton a toute la documentation, ou presque, pour permettre d’incriminer les SS ayant échappé à la justice.

Intérieur d’un tunnel où travaillaient les déportés à Schlier.

Ainsi, grâce à son travail, un SS s’étant tranquillement installé après la guerre aux U.S. se voit extrader vers l’Allemagne et l’Autriche pour répondre de ses crimes.

Intérieur d’une usine de missile V2 sous-terrain à Dora – Mittlebau/Nordhausen.

Il relate aussi les nombreux sabotages et incidents se déroulant dans les souterrains.

Tunnel à Schlier.

Puis arrive la défaite allemande sur les deux fronts, le camp est évacué. Certains détenus restent pour brûler le camp.

Reste du camp de Schlier- Redl-Zipf, aujourd’hui.

Durant la marche, Paul s’enfuit avec d’autres français et un belge. Il rencontrera une unité de l’armée américaine, grâce à leurs aide, il aidera à évacuer un groupe de femme détenu dans un camp annexe de Ravensbruck, à arrêter un SS caché en autre.

Entrée d’un tunnel amenant aux sous-terrains des usines de missile V2 aujourd’hui.

Puis s’est le retour. Difficile. Difficile de se réhabituer à un monde civilisé, impossible pour lui de dormir dans un lit confortable.

Ayant pris le maximum qu’il pouvait, il met en fin d’ouvrage des dessins faits par un prisonnier de l’infirmerie avant sa mort. Émouvant.

Je n’ai jamais lu un ouvrage pareil. Paul Le Caer n’a jamais rien lâché, même après sa libération, il traquera autant qu’il le peut les anciens bourreaux. Il sera couronné de succès plusieurs fois. Sans jamais rien attendre en retour que la justice.

Après être devenu dentiste, le Dr Le Caer s’engage dans un devoir de mémoire grâce à l’amical des déportés de Mauthausen, témoigne dans les écoles, voyage en Autriche avec ses anciens compagnons d’infortunes et continu de d’amasser des preuves. Les autrichiens doivent aussi connaître la vérité.

Entre voyage scolaire et rencontre avec d’anciens détenus, Le Caer ne tarit par d’effort pour ne pas que les prochaines générations oublient.

La fin du livre contient les fac-similés du Livre des morts, carnets où sont marqué les décès, les causes, la date, la nationalité… Ces noms sont marquant, et vous mets en face d’une réalité qui a existé et qui continue à exister, sous d’autres formes.

Paul Le Caer, alias Le Breton, alias Yves. Deux mois après sa libération.

Petite note de fin : L’ouvrage contient une photographie prise par Boix. Je vois cela comme un bel hommage au Photographe de Mauthausen.

Voici commencé se termine ma lecture des 3 ouvrages sur Mauthausen avec un film pour compléter le tout. Ces lectures sont épuisantes moralement. Pourquoi je continue à lire se genre de livre ? Pour ne pas oublier, essayer d’informer et surtout réagir quand se genre d’horreur se reproduisent. Je vous remercie si vous avez suivi lu les articles sur ce sujet difficile. J’ai parfois peiné à trouver les mots, me suis creusé la tête pour savoir que mettre, quoi omettre, quoi raconter, quoi dévoiler. J’espère avoir réussis tant bien que mal à vous aidez à apprendre un peu plus sur le camp. Dans le cas contraire, j’en suis désolé.

Jaskiers

Ernest Hemingway : sur la guerre.

Hemingway a tout juste 18 ans sur le front italien pendant le Première guerre mondiale. Engagé en tant qu’ambulancier dans la croix rouge, il sera blessé sur le front du Piave. Il sera le PREMIER BLESSÉ AMÉRICAIN de la Première Guerre Mondiale ! Touché aux jambes par un obus et par une balle de mitrailleuse, il reviendra en Amérique « troué comme une passoire », décoré de la prestigieuse Croce de Guerra. Cette expérience lui inspirera « L’adieu aux armes », un des plus beau roman de guerre et d’amour. Car en Italie, hospitalisé à Milan, il rencontrera son premier grand amour, Agnès Von Kuroswki, infirmière de la Croix-Rouge.

On écrivait jadis qu’il est doux est bienséant de mourrir pour son pays. Mais dans la guerre moderne, votre mort n’a rien de doux et de bienséant. Vous mourrez comme un chien sans raison valable. Atteint à la tête vous mourrez rapidement et proprement, doucement et avec bienséance même, hormis l’aveuglant éclair blanc qui ne finit jamais, à moins peut-être que l’os frontal ou votre nerf optique ne soient rompus, ou votre mâchoire emportée, ou votre nez et vos pommettes arrachés, de sorte que vous pouvez encore penser mais que vous n’avez plus de figure pour parler. Mais si vous n’êtes pas atteint à la tête, vous serez atteint à la poitrine, et vous étoufferez, ou dans le bas-ventre, et vous sentirez tout glisser et se défaire quand vous ouvrirez, se répandre quand vous cherchez à vous lever ; ce n’est pas très douloureux, dit-on, mais cela fait toujours hurler ; c’est l’idée, je suppose ; ou vous aurez l’éclair, le bruit assourdissant d’un puissant explosif sur une route difficile et vous constaterez que vos jambes sont coupées au-dessus du genoux, ou peut-être juste au-dessous du genoux, ou peut-être qu’un seul pied sera parti et vous apercevrez l’os blanc qui pointe à travers la bande molletière, ou vous les regarderez enlever une botte avec votre pied en bouillie dedans, ou vous sentirez un bras battre mollement et ce qu’on ressent quand un os râpe, ou vous brûlerez, étoufferez et vomirez, ou vous serez déchiqueté de mille manières, sans douceur ni bienséance ; mais rien de cela ne signifie quoi que ce soit. Aucun catalogue d’horreur n’a jamais tenu les hommes à l’écart de la guerre. Avant la guerre, vous pensez que ce n’est pas vous qui mourrez. Mais tu mourras, mon frère, si tu y reste assez longtemps.

La seule manière de combattre le meurtre qu’est la guerre est de montrer les combinaisons malpropres qui les créent et les criminels et les salauds qui l’espèrent et la manière idiote dont ils la conduisent quand ils l’obtiennent, de sorte qu’un honnête homme s’en défiera comme il le ferait d’une affaire véreuse et refusera de s’y laisser asservir.

Ernest Hemingway

Extrait de : Réflexions sur la prochaine guerre : une lettre sérieuse sur l’actualité

Esquire : septembre 1935

Tiré de l’ouvrage : En ligne de Ernest Hemingway

Jaskiers