The needle and the damage done

Ce texte fait un peu plus de 3 000 mots. Je n’ai pas trouvé judicieux de le diviser en chapitre. Je vous conseille de le lire à votre rythme.

Inspiré par le livre intitulé « Flash où le grand voyage » de Charles Duchaussois et par la chanson intitulée « The Needle and The Damage Done » de Neil Young : https://youtube.com/watch?v=Hd3oqvnDKQk

Flic dans une banlieue aisée d’Amérique, c’était mon job. Depuis tout petit, je rêvais de devenir policier.

Le badge, le pistolet, évidemment, l’uniforme et les collègues.

J’ai grandi dans cette banlieue, Mots-Bleue, j’ai eu la chance de pouvoir y travailler, je connaissais tout le monde, ou presque, et tous les recoins, pour sûr.

Cela s’avère une bonne chose pour un flic de connaître les moindres recoins de sa zone d’action, et ça l’est ! Mais connaître toutes les personnes est une autre pair de manche. En faite, c’était même une erreur.

J’écris ce témoignage pour exorciser l’histoire que j’apprête à partager. Peut-être servira-t-elle de leçon à un futur flic, ou à n’importe qui en faite.

J’ai donc grandi dans Mots-Bleues, une banlieue paisible de la classe moyenne américaine. J’ai, comme tous les jeunes, vécus à peu près tout ce qu’un jeune homme peut vivre, ou plutôt faire l’expérience.

Mes années primaire, collège et lycée se sont faites dans cette banlieue. J’ai fait les premières fêtes, premières petites amies, premières cuites, premières (et dernière) expérience avec la drogue, premier job, enfin tout ce qu’un jeune peut découvrir. Je suis partie quelque temps à l’université, qui franchement ne m’as pas vraiment réussis. Comme beaucoup d’étudiant. C’est le moment où l’on réalise parfois que nous ne sommes pas forcément faits pour les grandes études.

Toujours est-il que j’ai décidé de rentrer à l’académie de police, vieux rêve d’enfance, j’ai passé les examens, haut la main si je puis me permettre. J’étais vraiment dans mon univers. Plus que punir, protéger et parfois guider les citoyens, c’était cela mon truc.

J’ai réussi mes examens, finissant premier de ma promotion. J’eus donc l’opportunité de choisir où je voulais être stationné. J’ai choisi tout naturellement le commissariat de ma bourgade d’enfance. Mes mentors m’ont dit à quel point mon potentiel serait gâché à faire le policier dans un quartier sans grands problèmes. New-York, Los Angeles, Chicago, c’était là-bas que mes talents seraient le plus utiles. Mais je répondis que c’était un petit tour d’essai, j’avais envie de protéger ma communauté, de faire mes premières armes dans mon fief.

J’ai commencé ma carrière officielle de sergent à Mots-Bleus.

J’y ai rencontré un vieux policier qui m’avait arrêté durant mon adolescence avec un joint à la main. Il rigola tellement fort quand il m’a vu arriver, tiré à quatre épingles. Il a tout de suite arrêté quand il a vu que j’étais plus gradé que lui. C’était sa dernière année en tant que flics, je le tenais en grand respect. À l’époque où il me chopa le joint à la main, il le confisqua et me fit jurer de ne plus recommencer. S’il m’avait amené au poste et déclaré mon méfait, cela aurait pu nuire à mon futur et à mes parents. Il me le fit bien comprendre en me gueulant dessus. Je n’avais plus recommencé et maintenant, peut-être un peu grâce à lui, j’étais officier de police.

Je lui demandais de me montrer un peu les locaux, propres, mais pauvrement équipés, au final, le crime ici n’était vraiment pas monnaie courante. Il me fit un topo sur les cas que je rencontrerai dans cette banlieue. Souvent des groupes de jeunes, fumant de la marijuana, parfois de la drogue plus dure, cocaïne, extasie, amphétamine, mais cela restait rare. Je lui demandais où ces jeunes se fournissaient.

Il s’avérait qu’à environ 30 km d’ici, dans la ville la plus proche, Seattle, la drogue tournait à plein régime, pas vraiment de gang, mais tout se passait dans « l’underground ». C’était difficile de suivre le circuit de la drogue car il n’était pas organisé dans notre petite banlieue par les gangs mais des particuliers qui, de temps en temps, faisaient tourner leur petit business puis arrêtaient dès qu’ils en avaient assez ou se sentaient menacés.

Les cambriolages, qui se déroulaient surtout l’été, les disputes familiales qui pouvaient vite tourner aux drames étaient les cas d’interventions les plus fréquents. Chaque foyer, ou presque, avait un calibre ou deux par personne. C’est l’Amérique après tout.

Et puis, parfois, des problèmes liés à la drogue, overdose principalement. La drogue tournait comme partout ici, même si tout cela restaient relativement discrets et ne concernaient qu’une partie de la population, les adolescents et jeunes adultes

Il fallait surtout jouer le diplomate plus que le cow-boy, éviter de faire trop de vague, la réputation de la petite banlieue tranquille était la priorité.

C’est ce qui me poussa à la faute.

Après quelques bonnes années de service agréables , un événement changea tout dans ma vie. J’en ai honte et cela reste dur à avaler. J’ai fauté.

Durant une de mes patrouilles, je repérais un jeune homme blond, grand et athlétique, fumant un joint juste derrière le lycée.

Je m’arrêtai à quelque mètres de lui, pour lui faire penser que je ne l’avais pas vu. Mais je descendis promptement, il se retourna, prêt à détaler.

« – Arrête-toi là gamin ! Pas la peine de courir, je ne vais pas te mettre les bracelets tranquille, je veux juste te parler. »

À demi rassuré, il resta sur place, me fixant du regard, le regard de notre vieux côté reptilien qui consiste à fixer une personne que nous considérons comme un danger.

« – T’inquiète promis, je veux juste te parler.

  • De quoi ?
  • Tu le sais très bien.
  • Non non.
  • Tu fumais quoi à l’instant ?
  • Une clope.
  • Évidemment, ils font les cigarettes saveur cannabis maintenant ? »

Il jeta son joint, l’écrasa du pied.

« – Tu sais, je pourrai t’emmener faire un tour au poste pour un dépistage, pas besoin d’effacer les preuves. »

Je le vis encore inquiet.

« – Tu t’appelles comment ?

  • Corey.
  • Et ton nom de famille ?
  • Torcezk.
  • Torcezk ! Mais je connais sûrement ton père. Il ne s’appellerait pas Will ton paternel ? »

Il ouvrit de grand yeux.

« – Bah si.

  • J’étais avec lui au lycée, au même lycée que le tient, celui-là. Lui dis-je en lui montrant le bâtiment derrière lui.
  • Ah ouais ?
  • Ouais ! Tu veux que j’te dise un secret ?
  • Allez-y…
  • J’ai fumé mon seul et unique joint avec ton vieux père ! »

Son visage s’illumina.

« – Hey oui gamin ! On n’était pas des saints non plus quand on était jeune. Je me rappelle, il t’a eu très jeune d’ailleurs. Il était pétrifié à l’idée d’être déjà père !

  • Mon père y fumait des joints ?
  • Moi j’en ai fumé qu’un seul de toute ma vie, c’était avec lui. Je sais qu’il a vite arrêté quand son vieux père l’a appris et quand il a appris qu’il allait devenir papa.
  • C’est fou.
  • La vie est un éternel recommencement, n’est-ce pas ?
  • P’tetre mais je n’aurai jamais pensé qu’un flic me parlerait d’un truc comme ça !
  • Ah ! On n’est pas là pour sanctionner et punir tout le temps. On est tranquille ici.
  • Ouai…
  • Dis gamin, tu fumes beaucoup ?
  • Non…
  • Dis-moi la vérité sérieusement.
  • Vous allez tout dire à mon père…
  • Non, ça reste entre toi et moi, tu fumes beaucoup ?
  • Ça m’arrive. Je vais être honnête, ça m’aide à me détendre.
  • Bah, c’est un peu le but non ?
  • Et puis… les cours, les examens, l’université, à la maison, il y a quelques soucis…
  • Je comprends. Sérieusement, on passe tous par là gamin. Je voudrais qu’on fasse un marché d’accord ?
  • Ouai… enfin ça dépend.
  • Je te pose le deal sur la table, tu acceptes ou pas.
  • Allez-y balancez.
  • Tu promets d’arrêter de fumer des joints et je ne dirai rien à ton paternel, à personne. Sinon… je vais devoir t’emmener au poste, remplir de la paperasse avec tes méfaits. Ce ne sera pas bon pour l’université et ça n’arrangerait rien à la maison. On a un deal ?
  • Ouai… ouai. J’suis désolé.
  • T’as pas à être désolé. Pas envers moi, mais envers toi. C’est à toi que tu fais du mal principalement.
  • Ouai j’sais…
  • Il y a encore un psy au lycée ?
  • Ouai… mais c’est la honte quoi.
  • Il y a aucune honte à demander de l’aide. Imagine, tu as une cheville foulée. Tu va voir le médecin et tu marches avec une béquille jusqu’à ce que tu ailles mieux. C’est pareil avec un psy, ce sera ta béquille jusqu’à ce que les choses s’arrangent d’accord ?
  • Ouai. Promis j’arrête la fumette, je ne promet rien pour la psy.
  • D’accord, on a un deal.
  • Ok…
  • Allez gamin, ne ruine pas ton futur. »

Je répartis, le sourire aux lèvres. Je pensais avoir fais le nécessaire pour éviter à ce gamin une vie de débauche et tout ce qui s’en suit.

J’étais jeune, naïf, je pensais que tous les jeunes pensaient comme moi quand j’avais leur âge.

Durant mes rondes, je ne croisais plus le jeune homme, j’espérais qu’il avait compris la leçon.

J’avais plus ou moins réussis à créer des relations avec les habitants, les anciens et les nouveaux. Renouer des liens avec les premiers était simple, j’étais un gars du pays, partit pour revenir policier. J’avais le droit à quelques railleries de bonne guerre. Pour les nouveaux, l’exercice était un peu plus difficile. Il me fallait me montrer ferme, mais aussi amical, j’étais là pour les aider et pas nécessairement pour punir.

J’appris un jour de la bouche d’une ancienne petite amie, maintenant marié avec un enfant, que Will Torczek avait des soucis avec son fils Corey. Le père ayant divorcé de la mère, Corey ne supportait pas sa belle-mère et passait son temps dehors à « faire des choses pas très très légales ».

Je fus peiné d’entendre cela et je me sentais coupable. Peut-être aurai-je dû avertir au moins son père, ou peut-être que cela aurait empiré les choses, mais j’avais manqué à mon devoir, protéger les citoyens que j’avais sous ma responsabilité.

Un jour, je décidais de m’arrêter devant la maison de Will. Il avait bien réussi sa vie, sa maison était belle, un grand jardin, une petite fontaine, quelques belles statues, une maison à étage avec un balcon.

Tandis que j’hésitais encore sur la marche à suivre, Je vis Will sortir en trombe par la porte d’entrer et se précipiter vers moi. Je descendis immédiatement de ma voiture.

« – Qu’est-ce qu’il a fait ?

  • Will… enfin Monsieur Torczeck, qu’est-ce qui se passe ?
  • Vous avez trouvé mon gamin ?
  • Corey ?
  • Oui !
  • Non… désolé. Il…
  • Ça fait deux jours qu’il n’est pas rentré !
  • Deux jours ?! Vous pensiez nous avertir quand ?
  • Je pensais que c’était encore une de ses fugues !
  • Il fugue souvent ?
  • Pas mal ces temps-ci oui.
  • Et combien de temps dure ses fugues ?
  • Pas plus d’une journée…
  • Montez avec moi, il faut faire un signalement au poste, il est encore mineur, c’est grave.
  • Nan nan, j’veux pas qu’on… vous voyez, que ça s’ébruite. Si les flics si mettent, je vais avoir l’air de quoi moi ?
  • Et si votre gamin est retrouvé mort de froid au bord de la route, vous aurez l’air de quoi ?
  • Hey ! Ce n’est pas un flic qui va m’apprendre à m’occuper de mon gamin. J’ai pas besoin de vous, j’vais le retrouver tout seul !
  • J’entends… mais… tu te rappelles de moi Will ?
  • De quoi… putain oui votre tronche me dit quelque chose.
  • Arthur C. Lark.
  • Oui… mais attends ! Mais oui ! Arthur la biture !
  • Oui, c’est moi Will l’anguille !
  • Putain de merde !
  • Ça tu l’as dit !
  • T’es devenu un poulet toi !
  • La vie est pleine de surprise non ?
  • Ça tu peux le dire…
  • Je vois que pour toi les affaires marchent bien ?
  • J’ai repris l’entreprise de paysagiste de mon père, tu sais, les petits banlieusards fortunés aiment à avoir leur gazon bien tondu !
  • Ça, on dirait bien.
  • Putain, désolé de t’avoir parlé comme ça.
  • Tu sais… j’ai vu Corey il y a deux mois de ça environ.
  • Putain il a fait une connerie ?
  • Je l’ai coincé en train de fumer un joint…
  • Oh le petit enfoiré !
  • J’lui ai fait la leçon, je voulais surtout pas l’amener au poste et tu vois… son avenir, la réputation comme tu as dit tout à l’heure…
  • Merci, merci. Oh merde…
  • Il se passe des trucs à la maison ?
  • On dit quoi dans le patelin sur moi ?
  • On dit… enfin Corey me l’a dit aussi, que depuis ton divorce, les relations avec ton fils et ta nouvelle compagne ne sont pas très bonnes.
  • Ça oui… il supportait pas de vivre avec sa conne de mère, il a décidé de vivre avec moi. J’ai rencontré Jennifer, bonne fille, secrétaire de direction, mais le courant passe pas entre elle et le gamin.
  • T’as remarqué un changement dans son comportement… genre…
  • Il a l’air déconnecté tu vois ? Il revenait les yeux rouges depuis quelques mois, je savais qu’il fumait, mais tous les jeunes fument tu vois, et là il commençait à plus manger, pas autant qu’avant. Tu vois on a un beau soleil et tout et il avait toujours ses pulls à manches longues… il a maigrit. Y’a un truc qui va plus avec lui depuis quelque temps.
  • Écoute Will, c’est le flic et aussi l’ancien ami qui te parle, je te conseille de venir au poste et de faire un signalement de disparition. Il est mineur encore non ?
  • 18 ans dans pas longtemps…
  • Oui, donc il est mineur, les patrouilles auront sont signalements et on le retrouvera bien.
  • Mais ça va s’ébruiter ?
  • Sûrement, mais s’il est vraiment en danger, mieux vaux que le plus de personnes possibles sachent non ?
  • Ouai… vas-y je te suis. Vieux Will va ! »

Will Torczeck m’a suivis jusqu’au poste, nous avons fait une déclaration de disparition. Son signalement à, comme je l’avais prédit à Will, était donné à tout les autres postes de polices du comté. Et même de l’état quand sa disparition dépassa les quatre mois.

Chaque jour, Will passait au poste pour nous demander si nous avions du nouveau et téléphonait le soir au cas où nous aurions eu des pistes dans la journée. Durant ces mois de torture, Will dépérissait à vue d’œil, il pleurait parfois quand il venait à mon bureau.

Aucune information, rien ne nous était parvenue concernant ne serait-ce qu’une suspicion ou un signalement erroné. Le gamin avait disparu sans que personne l’aie aperçu.

Je décidais un jour d’aller faire un tour à Seattle. J’avais besoin de jeter un coup d’œil à la situation là-bas, sur la criminalité et les réseaux de drogues.

En arrivant au poste de Seattle, un collègue policier m’interpella :

« – C’est vous l’officier qui vous occupez de la disparition d’un gamin de Mots-Bleus ?

  • Oui, je suis en charge de l’affaire.
  • Je crois avoir vu votre gamin dans un squat de camé.
  • Vous croyez ou vous en êtes sur ?
  • Ça je ne peux pas en être sûr, mais le gamin que j’ai vu ressemblait un peu à son signalement.
  • D’accord donnez-moi l’adresse. Je vous remercie.
  • Je ne suis pas sûr que vous aurez vraiment envie de me remercier…
  • C’est-à-dire ?
  • Bah… le gamin, si s’est lui… c’est vraiment plus qu’une brindille. Il n’a plus rien sur les os.
  • Merde… écoutez… merci quand même.
  • J’ai voulu envoyer un message pour vous signaler ma suspicion…
  • Pourquoi ne l’avez-vous pas fais ?
  • Rien de sûr et puis c’est pas facile de vous joindre, vous n’êtes pas aux normes niveau technologie…
  • Ouai… enfin tout de même, un coup de téléphone c’est rien. C’est plutôt une histoire de rivalité, de subvention à la noix qui gâche notre coopération. C’était il y a longtemps ?
  • Je dirais… deux bonnes semaines oui.
  • Deux semaines !
  • Oui. J’espère pour vous que ce n’est pas lui, car il était dans un état lamentable.
  • Et vous n’aidez pas ces gens ?
  • À quoi bon ? Vous les amenez en détox, la plupart se barrent avant la fin, ou il n’y a aucune institution ni associations ayant les moyens de les aider.
  • Donc, vous les laissez crever comme des chiens.
  • On fais ce qu’on peut sergent.
  • Oui, je me doute. Toujours une question de moyens et d’argent. La prochaine fois, prêtez mains-forte aux collègues des petits comtés. Au revoir. »

L’agent m’avait noté l’adresse sur un bout de papier, j’entrais les coordonnées sur mon gps.

Je m’arrêtai quelques rues avant, pour ne pas attirer de suspicions. La drogue rend paranoïaque, je ne voulais pas faire fuir Corey ou des gens qui le connaissaient. J’avais aussi troqué ma tenue d’officier pour des habits civils tout en gardant mon calibre et ma radio bien planquée dans un sac à bandoulière. Juste au cas où.

J’approchais de la rue en question. Le Skid-Row de Seattle. Des toiles de tentes de sans-abris, des cadis, des déchets partout, des hommes et femmes, certains dans un état catatoniques, ne bougeant pas, comme figés, fixant devant eux le néant.

Je marchais aussi rapidement que possible jusqu’aux squats de drogué que l’on m’avait indiqué. Un bâtiment délabré, j’y entrais comme ci je connaissais les lieux, meilleurs moyens de passer sans avoir l’air suspect.

L’intérieur du bâtiment était à l’image de l’extérieur. En un mot, délabré. Aucun papier-peint, des trous dans les murs et dans le sol, toutes les vitres éclatées, certaines bouchées par des vieux journaux, on pouvait, juste en levant la tête, voir ce qui se passait à l’étage supérieur. Des déchets partout, canettes de bières, mégots de cigarettes, seringues, cuillères, briquets, réchauds, des tables démontées, des chaises en morceau, des bouts de vitres éparpillés sur le sol. De la moisissure sur tous les murs. Des tuyaux arrachés, des magazines, de vieux draps et matelas de camping éviscérés.

Dois-je vraiment d’écrire l’odeur ? Je ne pense pas, aucun mots pour décrire une odeur pareille.

Je visitais les étages, jetant un coup d’œil à chaque junkie allongé en faisant attention de ne pas tomber dans un trou et finir à l’étage inférieur. J’étais extrêmement tendu. Certains drogués m’interpellaient pour me demander de l’argent ou de la drogue, un me proposa même de la marijuana. Une femme se jeta sur moi et proposa de m’offrir son corps pour 5 dollars. Je n’avais qu’une hâte, sortir, mais arrivé à l’avant-dernier étage, je vis un corps, allongé, les cheveux blonds m’attirèrent, je savais que c’était Corey.

Quand je m’approchai, il était inerte. La vision de ce gamin est de celle que je n’oublierai jamais.

On aurait dit le Christ. Le Christ, les cheveux longs, blonds, gras et sales, une barbe fournie. Il était torse nu. Ses côtes étaient saillantes, ainsi que ses pommettes. On pouvait voir chaque os de son corps. Mais il avait le visage du Christ.

J’essayais de le réveiller. Il ouvrit ses yeux bleus pâle et fit un petit sourire. Avec le recul aujourd’hui, je comprends cette chose qu’il avait dans le regard à ce moment-là, il savait qu’il allait mourir à cet instant.

J’ai faits des formations pour reconnaître et aider les personnes addicts à la drogue dure. les gestes de premiers secours, qui étaient là presque inutiles, me vinrent en tête mais je décidai d’appeler d’abord une ambulance à la radio. Il avait tenu jusqu’ici pour que son père sache ce qu’il lui était arrivé. Il avait atteint le point de non-retour, il avait décidé que c’était la fin. C’était peine perdue mais je pensais qu’il avait encore une chance. Tant qu’il y a de la vie…

Je le redressais, le regarda dans les yeux, je sentis ses épaules et ses bras bouger. Je répondais à ma radio qui me demandait mon identification et de plus amples informations sur la situation quand le jeune martyr bougea. Je pensais qu’il allait m’enlacer, mais je vis qu’il avait une seringue plantée dans son pieds. Les gros addicts n’ont souvent plus de veine au bras, ils se piquent là où ils peuvent trouver la moindre nervure.

Je n’eus pas le temps de réagir, je n’ai pas compris tout de suite ce qu’il faisait à son pied tellement le sol était crasseux et jonché de débris, je réalisai au dernier moment qu’il avait poussé le piston d’une seringue. Il souriait. Je le pris dans mes bras, et je le sentis partir à jamais.

Tout c’est déroulé dans un calme, un silence absolu.

Après l’enterrement de Corey, je déposais ma démission des forces de Police. J’ai décidé de reprendre mes études pour devenir psychologue.

Jamais je ne me pardonnerai d’avoir laissé Corey aller à sa mort. Will et moi avons gardé contact, nous sommes redevenus des amis comme durant notre adolescence. Mais pas de reproches entre nous deux, nous avons tous les deux fauté envers le jeune Corey. Moi en tant que flic et lui en tant que père. J’ai ma part de responsabilité, comme tous ceux qui l’ont connus. Mais la mienne, de responsabilité, était peut-être la plus importante. Protéger et servir… je n’ai fait aucun des deux.

J’ai gardé mon arme de service, souvent, des idées noires m’assaillent. Je mérite peut-être de rejoindre Corey.

Jaskiers

Vive, lumière !

« – C’était ici ! Dit Jacquot au journaliste.

  • Donc ça s’est passé ici ?
  • Ouai…
  • C’est vous qui l’avez trouvé ?
  • Ouai…
  • Et… comment… qu’est-ce que vous avez ressentis ?
  • Bah… voyez… enfin… c’pas drôle. »

Le journaliste hocha légèrement la tête en signe d’acquiescement ou de sympathie.

Pourquoi je dois me coltiner ces reportages merde !

« -Enfin j’l’ai pas vu au début voyez.

  • Ah, comment ça ?
  • Bah, j’le cherchais partout l’Claude, j’ai cherché chez lui, dans l’étable à côté d’sa maison, dans la grange, j’ai passé au peigne fin ses deux champs, c’te vielle bâtisse j’y étais jamais aller.
  • Et… quand vous passiez du temps avec lui il ne vous en avez jamais parler ?
  • Oh si ! Y’m’disait que ça servait plus à rien depuis l’époque de son grand père d’ja c’te vielle bâtisse. Il voulait l’abattre d’ailleurs car ça prenait d’la place dans son champs.
  • D’accords. »

Le journaliste écrivait sur son calepin.

« -Comme s’qu’on vois à la télé !

  • Pardon ?
  • Z’ecrivez dans un calepin comme à la télé !
  • Ah oui, je suis de la vielle époque.
  • Z’etes jeune pourtant !
  • Oh oui, mais la technologie est bien utile, sauf quand elle vous lâche !
  • Ah ça moi j’ai pas c’probleme m’sieur, ah non ! L’ordinateur, internet machin chouette non non. Vous les jeunes vous avez grandis avec ça mais pas nous !
  • La technologie c’est pas mal, enfin quand ça fonctionne !
  • Ouai sûrement. Mais regardes moi, mon tracteur John Deere, il a une petite panne, paf je le répare en moins d’deux !
  • Moi, changer une roue c’est tout c’que je peux faire.
  • Chacun ses trucs !
  • Exactement. »

Le paysans regardait en l’air, en direction de la poutre, voyait-il un fantôme ?

« – Donc vous me disiez que vous ne l’aviez pas vu tout de suite ?

  • Nan, je connaissais pas la bâtisse, jamais entré d’dans.
  • Vous êtes entré, au rez-de-chaussée, personne ?
  • Bah ouai, personne, mais j’ai senti tout de suite que quelque chose n’allait pas, la poussière, quelqu’un était entré là dedans quoi.
  • Vous l’avez appelé ?
  • Ouai, j’ai fais ‘Claude’ mais rien, mais j’avais une impression bizarre vous voyez, j’devais monter à l’étage.
  • D’accord. Et une fois à l’étage ?
  • Bah y’a c’te porte juste après les escaliers là, par laquelle on vient de rentrer mais elle était fermée à clé.
  • Ah, et vous vous êtes dit qu’il devait être là dedans.
  • C’était le dernière endroit où j’pouvais vérifier.
  • Vous avez forcé la porte ?
  • Ouai, regardez, c’était un vieux loquet comme dans l’temps, pas très solide.
  • D’accord, vous avez peiné ?
  • Bah, j’me fais vieux mais agriculteur sa conserve. »

Un silence s’installa après le dernière parole de l’agriculteur.

« – Donc vous ouvrez, et là vous le voyez ?

  • Nan pas tout d’suite voyez y fait noir sans lumière. Donc moi bah je tâtonne sur le mur à gauche de la porte et coup de chance, si j’puis dire, un vieil interrupteur et ça s’allume.
  • Et là…
  • Ouai là… bah v’la mon Claude quoi.
  • Il était, pendu à cette poutre là ?
  • Ouai celle là juste derrière vous. »

L’agriculteur, les yeux humides et la voix légèrement sanglotante, ajouta :

« S’avez, ça m’étonne même pu… pas le premier ami qui se suicide… s’avez… agriculteur nous… bah on nourris les gens mais on a plus rien dans nos assiettes. »

Le journaliste referma son calepin.

J’écrirai mon article, il sera publié et rien ne changera.

Je dédie ce récit aux agriculteurs de l’Allier et de l’Auvergne, que j’ai eu la chance de côtoyer pendant plus de 10 ans.

« Les agriculteurs se suicident plus que le reste de la population. Selon les données les plus récentes de la sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été dénombrés en 2016 parmi les 1,6 million d’assurés du régime agricole âgés d’au moins 15 ans. » Source : -> https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/23/suicides-chez-les-agriculteurs-le-gouvernement-lance-une-mobilisation-collective_6103324_3224.html

Jaskiers

Pensées d’un carnet

Sur mes pages vierges son crayon glisse. Parfois les courbes sont belles, souples, amples. Parfois les lettres sont serrées, les unes contre les autres, aplaties. Elles peuvent parfois être striées, abruptes.

Chaque fois, son écriture est différente. Il appose toujours son encre à la même heure, tous les jours. Racontant les mêmes choses, les journées se répètent, donc souvent les mêmes mots, les mêmes phrases reviennent en boucles.

Ses rêves sont les seuls choses qui apportent nouveautés. Ils se répètent aussi, mais souvent avec des nuances. Ils sont souvent terribles, anxiogènes. Parfois beaux, doux, amoureux et poétiques. J’aime surtout quand ses rêves son curieux, sans queues ni têtes. Il y a matière à rire parfois.

Ses habitudes changent peu, sa vie se répète, toujours, ou presque, la même rengaine, le même refrain. Quand sa routine change, son écriture change, son humeur aussi.

Que c’est triste d’être son journal personnel.

J’aurai préféré être le carnet d’un génie, ou d’un écrivain, ou d’un fou, d’un illuminé, d’un taré. Au moins, j’aurai eu la chance de voir s’étaler sur mes pages des choses vraiment exaltantes, des récits sortant des carcans, jamais une entrée similaire à l’autre. Quelque chose qui me divertirai ! Mais c’est la vie des carnets de notes, on ne choisit pas son propriétaire, comme l’humain ne choisit pas sa famille. C’est en faite eux, les humains, qui nous choisissent. Pourquoi donc ai-je été choisis par cette triste créature ?

Mon format moyen, mon design sobre, l’élastique pour le refermer, une fine lamelle de tissus comme marque-page jamais utilisée. Je n’ai pas de défaut à bien me regarder. Je ne me vante pas, c’est simple un carnet de note, et j’ai été fabriqué pour ça, et plutôt bien.

Ces 5 minutes où l’encre du stylo déverse les pensées du propriétaire qui m’a été déchu sont les seuls moments de la journée où je travail.
Je reproche bien des choses au propriétaire, mais toujours est-il que je travail tous les jours. C’est un bon point. Mais quel ennui de voir les tribulations de l’être humain moderne. On pourrait croire à une évolution constante de sa vie mais non. C’est rare, mais quand ça arrive, c’est chaotique. L’encre se déverse sur mes pages. Jamais il n’a de mots durs envers les autres, il arrive parfois d’y voir quelques plaintes envers autrui mais j’ai surtout le droit de voir sur mon papier une apathie et une haine qu’il dirige envers lui-même. Parfois, je ne vous le dis qu’à vous, il espère, beaucoup, car il a peur d’agir. J’utilise donc la magie de l’écriture pour l’aider dans le monde. Je réalise ses vœux comme je le peux. C’est dur à croire, sûrement, mais nous autres, outils d’écritures, et surtout nous, les supports de ces outils, nous avons le pouvoir de changer les choses, de réaliser des vœux ou des espoirs pour notre propriétaire. C’est quelque chose de magique vous pensez ? Non ! C’est normal, les choses dans le monde se produisent et nous changeons le cours des événements grâce à aux pouvoirs de l’encre et de l’écriture.

Mon propriétaire s’en ai aperçus, il plaide ses demandes avec parcimonie. Je ne peux tout changer mais je fais de mon mieux.

Je fais mon travail. Le travail d’aider mon partenaire, même si il m’ennuie la plupart du temps.

C’est rare pour nous les carnets de notes, de pouvoir nous exprimer.

N’hésitez pas à nous utiliser, ne nous laissez pas à l’écart. Nous sommes fais pour vous servir, pas pour être laissé au fond d’un tiroir ou à prendre la poussière sur une étagère ou un bureau. Et écrivez vrai pour que nous puissions vous aider.

Jaskiers

Les maux violets

C’est dans le domaine onirique que l’anxiété se déploie dans sa plus forte forme. Cauchemars qui se répètent de nuit en nuit, d’une régularité effrayante, la plupart du temps indescriptibles car au réveil, il ne me reste que des images floues et incohérentes mais surtout, il me reste ces sensations d’angoisses terribles.

J’imagine, quand je suis éveillé, une vapeur de couleur violette très sombre qui est tapit dans mon estomac et dans les moments d’angoisses terribles, cette vapeur se propage dans mes bras, mes jambes et le reste de mon corps. Elle stagne dans mon ventre la plupart du temps, se nourrissant de tout les petits tracas du quotidien, de la douleur physique et des angoisses. Un feu grégeois qui attend les moments opportuns pour enflammer mon esprit et mon corps dans les temps où j’ai le plus besoin d’être serein. Donc serein, je ne l’ai jamais été. « Il ne sert à rien de s’inquiéter » est la phrase que je reçois souvent en guise de conseil. Si seulement c’était si simple !

J’ai essayé, il y a longtemps, de méditer. J’ai lu pas mal de blogueurs ici en parler, de la méditation.

J’essayais de m’installer confortablement, de faire attention à ma respiration. Tout ce que je ressentais, c’était cette vapeur qui languissait tranquillement dans mon ventre. Elle me montait à la tête et mes pensées se mettaient à vagabonder dans mes souvenirs les plus terribles.

Elle m’empoisonne, cette « vapeur » et je dois vivre avec.

Je réalise que je ne peux être totalement détendu. Impossible. Physiquement et mentalement. Rien ne m’apaise à part mon traitement.

Mon corps ne peut pas se détendre, mes muscles et mes nerfs sont constamment en feux, empoisonnés par cette entité colorée mais invisible au yeux et ressenti d’autrui. Je suis toujours crispé. Un kinésithérapeute m’a un jour dit qu’il n’avait jamais vue de personne si nerveuse, si tendue à un si jeune âge.

Mon corps, et je présume, mon psyché, sont toujours sur le qui-vive. Essayer de me relaxer est impossible car mon corps est habitué à cette tension permanente et me relaxer semble un danger pour mon entité physique et, peut-être aussi, psychique. La normalité, ma normalité, c’est la tension permanente.

Je ne peux rester à ne rien faire, il faut que je sois toujours occupé à quelque chose. Lire, écrire, aller sur internet, regarder un film ou une série, jouer à un jeu-vidéo. Je ne peux rester sans rien faire car la vapeur se répand dans mes membres et mes pensées s’affolent et m’angoissent.

Je ne peux rester seul avec moi même qu’avec l’écriture. Mon esprit fonctionne, mon corps bouge pour écrire. C’est une introspection, la seule que je puisse pratiquer ayant un impact positif sur ma vie.

C’est pour cela aussi que mes récits de fictions s’avèrent violents. Je m’adonne à l’exorcisation de mes peurs, angoisses, souvenirs, inspirations du moment.

Je pense parfois que derrière ma dépression aiguë, mon anxiété, mes névroses, se cache une maladie non-diagnostiquée. J’ai ma petite idée sur ce dont je crois pouvoir souffrir mais, pour l’instant, après avoir parlé avec des professionnels, rien n’est sûr. J’espère avoir raison et poser une bonne fois pour toute un nom sur mon mal-être perpétuel.

Est-ce que je vis par procuration avec mes lectures ? Oui. En grande partie même. Et je pense que chaque lecteur, chaque personnes qui prennent le temps de lire un livre vivent par procuration, le temps de leur lecture.

Est-ce un mal ? Je préfère ça plutôt que d’autres méthodes plus violente, tel la drogue ou l’alcool ou tout autre addiction.

Lire, une addiction ? En tous cas un besoin. Je ne m’imagine pas passer une journée sans lire une page d’un livre. Depuis 10 ans, tous les jours, j’ai quelque chose à lire. Je ne dois pas lire, ce n’est pas une obligation, c’est plutôt un plaisir, quelque chose que je m’accorde à moi-même.

Pendant la lecture, le feu grégeois s’évapore, lâche mon corps et ne préoccupe plus mon esprit. Pendant l’écriture aussi parfois mais je l’utilise aussi pour m’aider à créer. Faire d’une tare un atout, ou du moins essayer.

Le futur est incertain, pour moi. Mon corps vieillit, les choses ne sont plus aussi simples qu’avant, elles deviennent parfois même plus difficiles. Parfois, une simple broutille devient une terrible épreuve pour ma petite personne. J’ai réalisé que je n’était pas le seul. Nous sommes tous de grands acteurs et actrices pour cacher nos névroses. Nous avons tellement peur d’être vulnérable, ou de se montrer vulnérable au yeux des autres. Nous sommes humains, je crois, et personne n’est invulnérable, tout le monde a ses faiblesses. Mais l’avis et le regard des autres nous obligent à tout cacher. Et si on a de la chance, parfois, cela arrive, on peut trouver quelqu’un avec qui vous pouvez baisser la garde. SI on a de la chance. Et si nous-même pouvons accepter et comprendre les peurs et les faiblesses d’autrui.

Maintenant, je vis, tant bien que mal. Et tant qu’il y a de la vie… vous connaissez la suite.

Jaskiers

Humain avant tout | Brother In Arms

https://youtube.com/watch?v=9ykZc5E6UEE

These mist covered mountains
Are a home now for me
But my home is the lowlands
And always will be
Someday you’ll return to
Your valleys and your farms
And you’ll no longer burn to be
Brothers in arms

Through these fields of destruction
Baptisms of fire
I’ve witnessed your suffering
As the battle raged high
And though they did hurt me so bad
In the fear and alarm
You did not desert me
My brothers in arms

There’s so many different worlds
So many different suns
And we have just one world
But we live in different ones

Now the sun’s gone to hell and
The moon’s riding high
Let me bid you farewell
Every man has to die
But it’s written in the starlight
And every line in your palm
We’re fools to make war
On our brothers in arms

Source:lesoir.be

Jaskiers

Toujours les mêmes qui trinquent | Fortunate Son

https://youtube.com/watch?v=40JmEj0_aVM

Some folks are born made to wave the flag
They’re red, white and blue
And when the band plays « Hail to the Chief »
They point the cannon at you, Lord

It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no senator’s son, son
It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no fortunate one

Some folks are born silver spoon in hand
Lord, don’t they help themselves, yeah
But when the taxman comes to the door
The house look a like a rummage sale

It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no millionaire’s son, no, no
It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no fortunate one

Yeah, some folks inherit star-spangled eyes
They send you down to war
And when you ask ’em, « How much should we give? »
They only answer, « More, more, more »

It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no military son, son
It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no fortunate one, one

It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no fortunate one
It ain’t me, it ain’t me
I ain’t no fortunate one

Source:euronews

Jaskiers

Protestations | Bulls on Parade

https://youtube.com/watch?v=0W6WZK3AfKE

Come wit it now!
Come wit it now!

The microphone explodes, shattering the molds
Either drop tha hits like de la O or get tha fuck off tha commode
Wit tha sure shot, sure ta make tha bodies drop
Drop an don’t copy yo, don’t call this a co-op
Terror rains drenchin’, quenchin’ tha thirst of tha power dons
That five sided fist-a-gon
Tha rotten sore on tha face of mother earth gets bigger
Tha triggers cold empty ya purse

Rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells

Weapons not food, not homes, not shoes
Not need, just feed the war cannibal animal
I walk tha corner to tha rubble that used to be a library
Line up to tha mind cemetery now
What we don’t know keeps tha contracts alive an movin’
They don’t gotta burn tha books they just remove ’em
While arms warehouses fill as quick as tha cells
Rally round tha family, pockets full of shells

Rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells
They rally round tha family! With a pocket full of shells

Bulls on parade

Come wit it now!
Come wit it now!
Bulls on parade!
Bulls on parade!
Bulls on parade!
Bulls on parade!
Bulls on parade!

Source:Reuters

Jaskiers

Espoirs ? | Blowin’ In The Wind

Gif source : Pinterest

https://youtube.com/watch?v=MMFj8uDubsE

How many roads must a man walk down
Before you call him a man?
How many seas must a white dove sail
Before she sleeps in the sand?
Yes, and how many times must the cannonballs fly
Before they’re forever banned?

The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer is blowin’ in the wind

Yes, and how many years must a mountain exist
Before it is washed to the sea?
And how many years can some people exist
Before they’re allowed to be free?
Yes, and how many times can a man turn his head
And pretend that he just doesn’t see?

The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer is blowin’ in the wind

Yes, and how many times must a man look up
Before he can see the sky?
And how many ears must one man have
Before he can hear people cry?
Yes, and how many deaths will it take ’til he knows
That too many people have died?

The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer is blowin’ in the wind

Source : lemonde.fr

Jaskiers

Écrire est un combat

Grand-père maternel, enfant de la DDAS, travailleur infatigable, amateur d’équitation, dont le rêve aurait-été de devenir Jockey, a aussi été un boxeur et un entraîneur émérite.

Les aléas de la vie ont fait que je ne l’ai pratiquement pas connus. Le peu de temps que nous avons eux l’occasions de passer ensemble se déroulaient devant la télé, avec son cigarillo au bec en regardant l’équitation.

Papy entraîneur de boxe (circa 1997)

Cet homme a survécu à un cancer, les médecins ne lui donnait pas plus de 10% de chance de s’en sortir. Mais un boxeur reste combatif même au-delà du ring.
Il gagna ce premier round contre la maladie.
Malheureusement, elle revint, plus forte que jamais et profitant du vieil âge de mon grand père, il perdit le round, et le combat.

Je n’ai jamais connu mon grand père paternel, mort deux mois après ma naissance. Fan de football, grand lecteur de livres sur la guerre, chef d’entreprise et excellent artisan menuisier. J’ai dû hériter de lui pour la passion de la lecture d’œuvres de guerres. Les gènes voyez-vous…

Je n’ai pratiquement pas connu mon grand père maternel, le boxeur, à part ces quelques petits moments passés ensembles, quelques années avant sa mort.

J’aurai tellement voulu les connaître. Il me semble qu’il est important, autant pour un jeune homme que pour une jeune femme de connaître leur grand père. J’ai peut-être cette fausse image du vieil homme à la barbe blanche fournie, plein de sagesses et d’amour. Des choses à partager, un homme qui vous suivra partout, dans tous vos projets. Ceci n’est que pure spéculation de ma part.

Je n’ai jamais pu leur dire « Je t’aime », ni à l’un ni à l’autre.

Je ne les connaît que par les autres.

Papy Boxeur a eu un fils, qui devint un très jeune champion de boxe au niveau national. Mon oncle.

Mon oncle, encore de ce monde, n’a plus l’air d’être intéressé par ses gloires passées. Les ponts ont été coupé. C’est la vie. C’est la famille. C’est comme ça… Les regrets, c’est sur les innocents qu’ils s’acharnent le plus, je ne suis pas blanc comme neige mais je n’ai jamais voulu pareille situation.

Venons en au gros sujet de l’article : J’ai eu cette passion pour le sport dans ma jeunesse, je l’ai encore mais je voulais dire par là que je n’en pratique plus.

J’ai énormément joué au football, ça fait partie de notre ADN dans la famille. (Allez l’OM en passant !) Mon frère aurait pu devenir joueur de football professionnel, le centre de recrutement de l’OGC Nice l’avait repéré. Mes parents ont refusé de le laisser partir si jeune. Je crois qu’il regrettait leur décision mais il ne l’a jamais dis à mes parents. Il me l’a dis à moi.

C’était un très bon joueur, je regrette personnellement de ne pas l’avoir regardé jouer encore un peu plus.

Papa était un amoureux du foot, mais comme moi, il était nul. Les gènes, c’est bizarres.
Il aimait aussi le sport automobile. Moi ? Je m’en fiche un peu… Beaucoup même. Mais cela reste un sport exigeant, que je respect.

Maman était (je précise qu’elle est encore de ce monde, et j’espère pour très très longtemps encore) rapide sur la piste de course, elle aimait courir, elle aime à me dire qu’elle était la meilleure, je ne l’a remettrait pas en doute car, quand j’étais encore actif, sportivement parlant, j’étais souvent le plus rapide et aussi le plus endurant. Les gènes c’est bizarre…

Mais ce que maman m’a apporté un jour était surprenant. L’amour du sport de combat : la boxe, et le catch (sport de combat le catch ?).

Un jour, elle m’a fais découvrir les films de Rocky, j’étais fasciné, on criait devant l’écran, pourtant ma mère avait vu ces films des dizaines de fois et moi, bien que je réalisais que ce n’était qu’un film, les combats m’emportaient, je découvrais quelque chose de nouveau et merde, j’adorais !

Puis mon frère m’a fais découvrir l’excellent et puissant film Million Dollars Baby de Clint Eastwood avec Hilary Swank en tête d’affiche. Le cinéma et la boxe, c’est beau.

Nous partageons avec ma mère cette même passion. Une nouvelle génération est arrivée les films portant sur le fils d’Apollo Creed, joué par le sublime Michael B. Jordan, nous attendent encore.

Voyez vous, quand j’étais enfant, ma mère était du genre à me réveiller tôt le samedi matin (ou était-ce les dimanches ?) pour regarder le catch.

Je n’ai jamais fais de boxe, je n’en ferai peut-être jamais. Ma condition physique est lamentable, j’ai déjà un gros nez et je suis déjà assez laid comme ça pour ternir mon portrait encore plus. Et la boxe, c’est une hygiène de vie exigeante, presque une religion. Des excuses toujours mais on en trouve plein pour ne pas monter sur un ring.

La discipline, la rigueur, le respect, l’apprentissage, le contrôle de soi et comme écrit plus haut, une hygiène de vie stricte. La boxe a aussi ses dieux, ses légendes et ses mythes. C’est une religion, une mythologie même. Un peu (beaucoup) comme l’écriture non ?

Revenons à nos moutons.

J’étais plutôt bon bagarreur à l’époque. Je faisais du judo à l’école, au collège surtout. Je n’étais pas très grand mais j’étais musclé. Je faisais du sport tous le temps, j’étais plutôt baraqué pour mon âge, tablettes de chocolat (qui ont fondu depuis 3 ans mais qui m’ont valu quelques compliments d’amoureuses) des épaules larges, qui, elles, me sont restées encore aujourd’hui. On m’a parfois demandé si je faisais de la musculation, je ne fais plus de sport mais la musculation, pour moi, c’était pompes, abdos et squats. Pas de salles de gyms à l’ancienne. Comme les Spartiates, à la dure !

Retournons un peu au judo, disons que j’étais le premier de la classe, oui je me lance des fleurs ! J’affrontais plus grand et plus gros que moi, et je gagnais. Le professeur, surpris, demandait aux élèves que je battais comment c’était possible, j’étais vraiment petit. Un camarade (je me rappel encore son nom, la mémoire aussi est bizarre) de dire : « Mais Jaskiers, il a du muscle ! » J’en étais fier !

Un prof de sport qui était aussi un judoka respecté et un entraîneur m’a un jour proposé de rejoindre son club. J’ai refusé.

Le judo est un sport quasi ancestral, on rend hommage à son créateur, on y apprends le respect, des valeurs, le courage, l’apprentissage et plus encore. Mais au fond de moi, je voulais du contact physique plus brutal, des poings ! Frapper, me défendre. Je voulais avoir mal (si si !) et faire mal ! Je voulais apprendre le noble art. Mais devinez quoi ?

Je n’ai jamais eu le foutu courage de passer les portes d’une salle de boxe.

Jamais je n’apprendrai à « danser » (petite référence à Billy Elliot ! ). À flotter comme un papillon et piquer comme une abeille. Comme un certain Mohamed Ali. Un athlète qui combattait la tête haute, qui a refusé d’aller se battre au Vietnam, quitte a perdre sa ceinture de champion du monde. Un athlète avec un charisme immense, un artiste du ring. Un artiste du verbe tranchant. Un artiste tout court, qui a montré au monde la valeur de ce sport. Un athlète comme nous n’en faisons plus. L’univers de la boxe a changé. Pour le pire ou le meilleur ? C’est à vous de décidez. Mais il semble que nous n’avons plus de champions comme avant. Des athlètes qui font lever des foules, que tous le monde connaît. Admirent ou détestent. Qui déchaînent les passions.

Grâce à Internet, je peux revoir des anciens combat : Thrilla in Manilla, Le Combat du siècle Joe Frazier contre Mohamed Ali, deux boxeurs qui se détestaient jusqu’à l’os – The Rumble in the Jungle Georges Foreman contre Ali, un combat autant politique que pugilistique – Evan Holyfield, Foreman, Sonny Liston, l’époque du bulldozer Mike Tyson, les combats de Marcel Cerdan (le grand amour d’Edith Piaf). Regarder ces combats me mets toujours dans une sorte de transe. Je n’aime pas la violence, vraiment, mais sur un ring, c’est différent non ? Il y a des règles, un arbitre dont le principal job est de ne pas laisser deux énergumènes s’entretuer, faisant appel à nos plus bas instincts, on veut de la castagne. Le monde est violent, mais vous pouvez choisir de regarder de la boxe, de la violence. Dans ce chaos, la violence du ring catalyse peut-être notre propre violence, et nous la rejetons à chaque coups échangés car les deux combattants sont là pour ça, se battre. Gladiateurs des temps modernes ? Totalement !

Et bien sûr, j’ai découvert que la littérature avait en réserve quelques pépites sur le Noble Art. Bien sûr, ils sont en ma possession. Enfin sûrement pas tous.

L’écriture aussi est un combat. Si vous ne me croyez pas, lisez Hemingway. Ou essayez d’écrire vous-même.

Voyons un peu :

Hurricane, la chanson mythique de Bob Dylan sur Robin Carter, un champion de boxe accusé et emprisonné à tord pour meurtres pendant 20 ans ! Jetez-y une petite oreille si vous avez envie – https://youtube.com/watch?v=bpZvg_FjL3Q

Un combat de boxe dans L’Énéide de Virgile, une œuvre écrite entre -29 et -19 avant J.C. Mieux ? L’Aède Homère place une scène de pugilat (qu’Achille organise en mémoire de son ami (amant ?) Patrocle) en plein milieux de la bataille de Troie. On situe avec plus ou moins de précision l’apparition de l’Iliade vers le VIIe siècle avant J.C. . Même Ovide dans ses Métamorphoses ( 8 après J.C.) nous gratifie d’une scène du noble art, et nous découvrons que les gants de boxe existaient déjà ! La littérature et la boxe, presque aussi vieux l’une que l’autre ?

Ceci dit : maintenant, je veux monter sur le ring de l’écriture. J’en ai l’ambition, pour l’instant. Une plume à la place des gants. Une page à la place du ring. Moi-même comme adversaire et jugera qui le voudra. Mais avant, il y a tant de travail, de pratique. Il faut ce qu’il faut n’est-ce pas ?

J’ai déjà jeté trop de fois l’éponge, cette fois-ci je n’oublierai pas ce qui m’aura fais monter sur le ring.

Quel passage pompeux ! On verra à quelle vitesse je finirai dans les cordes !

Mais trêve de bavardage, voyons un peu ce que j’ai réussis à réunir comme ouvrage sur le Noble Art (il n’y a pas les nouvelles d’Hemingway, que j’ai déjà lu mais qui ne sont, malheureusement, plus en ma possession, pour l’instant du moins, mais je vous les conseille vivement) :

  • F.X. TooleCoup pour coup – La brûlure des cordes.
  • Norman MailerLe combat du siècle
  • Jérôme GuezBalancé dans les cordes
  • Alexis PhilonenkoHistoire de la boxe
  • W. C. HeinzCe que cela coûte
  • George Plimpton Shadow Box
  • Jim TullyLe boxeur
  • Jacques HenricBoxe
  • Jack LondonSur le ring
  • Joyce Carol OatesDe la boxe
  • Thom JonesLe pugiliste au repos
  • Loïc Wacquant Corps et âmes
  • Léonard GardnerFat City
  • Daniel RondeauBoxing-club
  • Michel CheminLa loi du ring
  • Élie Robert-NicoudScènes de boxe
  • Joël WilliamsDu sang dans les plumes (pas vraiment un livre sur la boxe mais écrit par un boxeur)
  • Jack LondonUn steak – Pour 100 dollars de plus
  • Aya CissokoBoxe (édition limitée à 3 000 exemplaires, photographies inédites, nouvelles de Aya Cissoko et un DVD sur l’histoire de Robin Carter AKA Hurricane)
  • Jean-Philippe Lustyk – Le grand live de la boxe

N’hésitez pas à me recommander un ouvrage dans les commentaires !

Moi esquivant les remarques sur mon orthographe !

La boxe ne ment jamais, monter sur un ring est un moyen très fiable de savoir ce que l’on vaut : soit l’on terrasse, soit l’on est terrassé, mais on ne peut pas se mentir, ni à soi-même ni aux autres’ – La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

Jaskiers

P.S. : si vous avez encore la chance d’avoir vos grands parents à vos côtés, faite leur un bisous et dite leur bonjour de ma part s’il vous plaît.

Et si vous êtes grands parents, un bisous et je vous aime !

Le jour où j’ai faillis finir en hôpital psychiatrique

art work : pinterest

C’était la fin 2019. J’avais eu la (très) mauvaise idée d’arrêter mon traitement contre la dépression.

Hey quoi ! J’allais mieux ! Je n’allais pas rester éternellement sous traitement, surtout qu’étant ambulancier, conduire sous médicaments est dangereux, et aucun patron n’aurait voulu prendre de risque, ça va de soi !

J’avais déjà dû arrêter mon traitement en fin 2018, cette fois, indépendamment de ma volonté. Vivant en plein désert médical et avec les médecins en vacances, j’avais dû faire sans. Bien sûr ça a failli mal se terminer, après deux semaines je me sentais replonger avec mes démons. J’avais vite repris en début d’année rendez vous chez le médecin, il m’avait re-prescris mon médicament habituel. Les démons ont pris leurs temps pour se calmer, ils avaient par contre laissé des dégâts. Prêt à bondir au moindre nouveau faux-pas. Et si la chance de s’engouffrer une nouvelle fois se présentait, ils n’allaient pas se faire prier. Mais cela, je ne le savais pas…

Ce bref moment sans médicaments a fais revenir l’anxiété en flèche, impossible de contrôler mes tremblements, les pensées néfastes, noires comme de l’ébène m’attaquaient dès le réveil.

Bien que le traitement avait été repris, il a fallu du temps pour que le médicament fasse sont effet. Comme tout traitement antidépresseurs.

Puis, tout est redevenu à la normal. Ou presque.

Le contraste entre la souffrance et l’apaisement a fais que je me sentais guéri. Au final, me suis-je dis, si cette fois j’arrêtais mon traitement par moi même, car je me sentais prêt à affronter la vraie vie sans artifice aucun, peut-être réussirai-je a vivre sans, à être libre, guéri et reprendre ma vie en mains.

Quelle erreur !

Les deux semaines après mon arrêt volontaire ce sont déroulées normalement. J’y étais enfin arrivé ! J’étais encouragé par certains proches à abandonner, je pensais qu’ils m’aideraient si les choses tournaient mal…

Bien sûr, l’inévitable est arrivé. Et c’était pire, bien pire que la dernière fois. Le faits de me l’être imposé, pensant réussir sans, pensant avoir la force de vivre sans béquilles médicamenteuses, l’intime conviction que je pouvais être libéré de ces médicaments n’ont pas suffis, loin de là, à rester sain d’esprit.

Ces deux premières semaines sans antidépresseurs ont été positive, comme je l’ai écris plus haut, tout avait l’air de ressembler à un bon et nouveau départ.

Et puis est arrivé ce qui devait arriver. La re-descente aux Enfers de mon esprit.

Passez Cerbère, le Styx, illico dans l’antre de l’horreur de mon esprit, là où se nichent mes Érinyes, mes démons.

Je me rappel avoir craqué, en larme, criant dans mon bureau qui ressemblait maintenant à un capharnaüm. Mes yeux brûlaient de fatigues, mon corps tremblait à chaque instant, même la nuit je me réveillais parfois en criant, en sueur. Mes nerfs, mon système nerveux, je sais que ce n’est pas possible, mais j’avais l’impression que mon réseaux nerveux était en feu. Mon esprit se battait, tous les jours. Comme un Sisyphe, chaque matin il fallait recommencer à affronter la terreur.

Je ne mangeait presque plus, la faim avait disparu. Mon cerveau a demandé à mon corps de lâcher, mais mon corps est solide, mon système nerveux était fracassé mais mon entité physique elle ne lâche pas facilement.

Mais j’ai tremblé. Tellement.

Je passais des heures à regarder le sol, le sol car il n’y avait pas ou peu d’information à apporter à mon cerveau, ceci est dur à expliquer : le sol, c’est juste un sol. Mon cerveau devait-être en surchauffe et a décidé de ne regarder que des endroits vierges ou presque de toutes informations, informations qui passeraient par mes yeux et finiraient traitées par mon cerveau épuisé. Ne pas regarder. Sinon :

Quatre symboles sur cette partie du mur, selon le pattern il devrait y en avoir 40 au moins, chiffres pairs c’est mal, le 3 c’est mieux, le père mort, le fils mort et le sain esprit qu’à besoin d’un psy. Je vais devenir aveugle si je ne compte pas entièrement tout les symboles, il est quelle heure 13 heure ? 13 ça porte malheur attendre 14 h c’est mieux, 14h03 même car 03, la sainte trinité, et mon père c’est ma faute si ça s’trouve c’est parce que j’ai mal compté, ramasser la poussière à la main car j’peux compter mais pas penser au bonheur sinon je l’aurai pas donc j’vais pas le jeter et faut que regarde cette vidéo YouTube si je le fais pas ma mère attrapera un cancer et ça sera d’ma faute et j’dois souffrir pour mon frère ça aurait dû être moi pas lui et ne pas parler surtout à la minute 08 juste pour être sûr puis ect…

La folie était déjà là mais je ne me l’avouais pas. C’est les autres qui sont fous, pas moi !

Je luttais comme je le pouvais, c’est-à-dire presque plus. A par lire, et encore, je ne pouvais pas (plus) faire grands choses.

La date anniversaire de la mort de mon père arrivait. Trop, c’était trop. Je ne pouvais encaisser la décharge de pensées, d’émotions, de démons, de tristesses et de réflexions qui arriveraient avec cette date.

La veille de l’anniversaire, j’ai décidé que j’allais me faire du mal, pour demander de l’aide ou mieux, pour mourrir. Je voulais mourrir doucement, comme avoir un cancer et ne pas décider de se soigner. Sachant que ça aurait été mes derniers moments sur Terre, je me serais libéré de mes carcans et supprimé en même temps mes démons pour vivre libre quelque instant en sachant que la mort viendrait me libérer.

Debout à côté de mon lit, dans le noir, je me suis mis des coups de poings dans mes côtes flottantes, espérant briser une côte qui, elle, endommagerait un organe interne, un foie, un rein, la vésicule biliaire, le pancréas, l’estomac ou même des organes, pourquoi pas aussi une artère, une veine n’importe quoi, je ne connais pas grand chose à l’anatomie du corps humain… il fallait que je m’inflige quelque chose de grave, d’irréversible. Je ne sais pourquoi j’ai choisi cette « méthode ».

Les coups que je m’infligeait faisait un bruit sourd, et moi de taper de plus en plus fort. Je ne ressentais aucune douleur, pourtant je frappais au niveau où la cage thoracique semblait la plus vulnérable.

C’est là qu’un coup, finalement, m’enflamma le côté droit du corps, la respiration presque coupée, une douleur, franche, s’était insinuée au milieu de mon ventre.

Je m’étalais sur mon lit, respirant, souriant. Enfin la douleur ! Physique et non psychique, cette dernière, personne ne l’a prend au sérieux ! La douleur physique, elle, est normale.

Peut-être que j’aurais la chance de ne pas me réveiller demain matin.

La fatigue prit l’ascendant sur la douleur. Je m’endormis… pour me réveiller. Vivant.

J’avais mal aux côtes droites mais c’est tout. J’avais échoué et je n’avais aucunement la force, mentale, de recommencer.

Seul la lecture m’apaisait mais ce n’était pas assez, je ne pouvais même plus écrire. Trop de tremblements et aucunes pensées saines ni cohérentes.

Des jours à affronter une dépression aiguë, des névroses extrêmes, une anxiété débilitante, jusqu’à ce que je demande de l’aide.

Mon médecin traitant est venu à domicile. Me voyant dans l’état lamentable où j’étais, nous parlâmes d’une potentiel hospitalisation. J’étais d’accord. Allons-y, pourquoi pas, finissons-en. Tout un côté de ma famille voulait que je sois hospitalisé, pour eux c’était la chose à faire.

Le médecin appela un ami à lui, psychiatre, qui accepta de me recevoir en urgence pour évaluer mon état et voir si une hospitalisation s’avèrerait nécessaire. La consultation était primordiale, l’hospitalisation n’était pas forcément sur la table.

Le médecin parti, il me prescrivit 3 piqûres de Valium et mon antidépresseurs habituel. J’ai eu le droit à la leçon de morale, méritée, du docteur, ne jamais arrêter son traitement sans en parler à son médecin.

Je pleurs. D’une part je pleurs car j’ai peur de ce qui va arriver, de l’autre je suis heureux car je vais peut-être moins souffrir. Et puis je me demande si on peut lire à l’hôpital psychiatrique.

Mes proches appellent un taxi et une infirmière au cas où je reviendrai de l’hôpital, les piqûres ne se font pas toutes seules.

Il est 19 h quand je quitte mon domicile pour grimper dans le taxi. Le même qui a emmener mon père à sa chimiothérapie, le même chauffeur.

En route, nous parlons. Cela faisait des jours que je n’avais pas eu de conversation avec quelqu’un. Je tremble de tout mes membres mais de parler avec le chauffeur m’aide à me détendre. Nous passâmes à travers le village, je n’étais pas sorti depuis tellement longtemps que j’avais presque l’impression de le redécouvrir. J’espérais en moi-même que personne ne me voit dans le véhicule. Dans un village, les informations, les rumeurs et ragots circulent à grande vitesse. Le fou du village, c’était moi…

Le trajet prit un quart d’heure. Nous arrivâmes.

Je fut accueilli par une infirmière à l’accueil d’urgence. En faite, je croyais que c’était l’accueil, je me retrouve en faite en plein milieu de l’hôpital, dans son cœur même car les patients y mangeaient.

L’infirmière referma derrière moi.

« On a un fugueur » me dit-elle.

Autant vous dire que je n’aime pas, je déteste, j’exècre être enfermé contre mon gré, comme beaucoup de personnes vous me direz, c’est normal mais j’en ai une peur panique. Par exemple, je ne ferme pas la porte des toilettes à clé, je suis resté coincé dans des toilettes à l’école primaire, je ne ferme pas non plus la porte à clé quand je prends ma douche au cas où je tombe et me blesse ou qu’un incendie ou un truc dans le genre se déclare. Je ne prends jamais d’ascenseurs de peur de rester coincé, cela m’est arrivé quand j’étais petit. Je ferme quand même la porte de chez moi à clé, être cambriolé (ou pire) ne fais pas parti de mes projets.

Je suis maintenant enfermé, je vois des patients déambulants, traînants les pieds, le regard dans le brouillard. Leurs regards n’étaient pas vides, non, ils pensaient, rêvassaient peut-être. Une femme dans la quarantaine me dévisagea de la tête au pieds, nos regards se croisèrent, elle devait sûrement penser : « Hey bien, encore un jeune qui va nous rejoindre, là-bas dehors, ça ne s’arrange pas

Elle continua sa marche, doucement, elle semblait être autre part. Perdue dans la recherche de quelque chose qu’elle ne trouvera sûrement pas ou plus.

Un jeune homme, je dirais dans les 25-27 ans arriva, des boots noires aux pieds, la coupe de cheveux à la mode, rase très court sur les côtés et une mini queue de cheval sur la tête. Il regarde les autres patients manger. Il semble être à l’aise ici.

L’odeur de soupe, cette odeur épaisse, qui aurait presque une consistance à elle seule me monte au nez, mélangée avec l’odeur de javel qu’à tout les hôpitaux me donne une seule envie : fuir.

Pour ne pas arranger la situation, certains patients se mettent à crier, une infirmière accourt, d’une table à l’autre, demandant à ses patients de se calmer où la prochaine fois, ils mangeront seuls.

Ces cris m’ont rappelé mes visites à mon arrière-grand-mère paternelle à la maison de retraite. Elle était centenaire et non, ce n’était pas elle qui criait, elle avait toute sa tête, elle était un phénomène qu’elle disait. Deux guerres mondiales, 4 enfants à élever pendant que son mari était dans le maquis. Les nazis ont cogné à sa porte, soupçonnée d’avoir donné refuge à un réfractaire au STO (elle avait bien donné refuge à un réfractaire, un collègue de mon arrière-grand-père).Jamais elle n’a perdu la tête elle, à croire que les générations d’antan était faites d’un autre bois. On soignait la dépression à coup de Pinard à cette époque, mais elle, elle n’a jamais touché une goutte d’alcool et encore moins fumée. Elle est partie à 1 mois de ses 106 ans.

Retournons à ma petite visite en psychiatrie.

Après les cris, une infirmière demande qui a éteint la télé, un patient répond que c’était lui, personne ne l’a regardé cette émission ! L’infirmière de rétorquer : Avez vous au moins demandé si personne ne l’a regardé ? Et lui de répondre non, et de se prendre une petite semonce. La télé est rallumée.

C’est à se moment que j’entends « La chambre du nouveau patient est prête. » Une infirmière, jeune, 22 ans grand maximum, brune, yeux gris, plutôt petite, teint bronzé et sacrément belle demande où peut bien être ce nouveau patient.

Parle-t-elle de moi ?

À tout hasard je répond : Je suis là !

Elle me fait un signe de tête me disant qu’elle a compris et demande à ses collègues « le numéro de chambre du nouveau patient c’est laquelle déjà car il est là ».

Là, c’est un électrochoc, l’hospitalisation était probable mais pas certaine, je devais voir un psychiatre avant.

Je m’adressa à une infirmière, dans la cinquantaine, sûrement la chef de service, je lui dis qu’une hospitalisation n’était pas sûr, que je devais et voulais voir un psychiatre d’abord.

Elle me regarda d’une moue étonnée, on l’avait appelé pour une hospitalisation. De toute façons, le médecin de garde allait arriver, je n’avais qu’à l’attendre. (Après tout, on appelle pas « patient » les patients pour rien…)

Retour donc au petit sas d’entrée. Mon chauffeur m’attend… et moi aussi d’attendre ce docteur qui tient peut-être en main mon futur. Mais ma décision est déjà prise, je ne resterai pas ici.

Tout les voyants de mon mental fracassé virèrent aux rouge ! Enfermé dans un endroit qui ne respire pas du tout la sérénité ni la guérison, c’est l’instinct de fuite qui à prévalu chez moi. Je ne peux pas partir en essayant d’enfoncer la porte, il va falloir m’affirmer devant le docteur, rester sur mes positions tout en prenant des décisions pour ma guérison.

Je reste 10 minutes à me motiver, sans bouger, en regardant le sol. Je ne céderai pas, je veux rentrer chez moi avec ma médication, me stabiliser et passer à la suite de ma guérison. Je le sais, je le sens, ici ce n’est pas pour moi.

Le docteur rentre, je trouve qu’il titube et je pense sentir un léger relent d’alcool, odorat entraîné par un père alcoolique, j’ai l’odorat et la vue extrêmement bien calibrés pour repérer l’effet de l’alcool chez quelqu’un, surtout quand il essaie de le cacher. Directe je m’imagine le psychiatre à bout, un boulot difficile et peut-être qu’il est en plein divorce, un truc comme ça.

Je lui souris de toute mes dents, lui adresse un bonsoir, lui tend la main. Réflexe. (C’était avant la Covid hein…)

Lui, passe tout de go, sans même me répondre et se dirige je ne sais où.

J’attends encore, le balais des infirmières (toutes des femmes) est ma seule distraction. Dès que je vois un patient je baisse les yeux, je suis comme eux tout compte fait. Je relève brusquement mon regard à chaque fois qu’une infirmière passe. Je le comprend maintenant que je l’écris, j’avais devant moi le reflet de ma maladie : les patients. Peut-être que mes proches avaient cette même vision.

Mon attente s’arrêtent brusquement quand une grande infirmière de 40 ans, les cheveux courts et dont la teinture blonde commençait à déteindre me demande de la suivre.

Putain mais où je vais là ?

Et bien en faite pas loin, quelques mètres. J’entre dans un bureau, le docteur est assis devant son ordi, l’infirmière s’assoit au bord de la table, stylo bic et énorme bloc note posés sur la table.

Je n’attends pas que l’on me propose de m’assoir, comme le veut la politesse. Je passe entre les deux chaises qui me sont proposés et manque de m’étaler.

Je tremble.

À ce point, je ne me rappel pas exactement de la conversation. Je me rappel du fort accent du psy, de l’infirmière qui écrit et me demande des renseignements sur ma situation.

Au docteur de dire : « Monsieur Jaskiers, dans l’état où vous êtes, là, j’ai peur de vous renvoyer chez vous ! Vous avez l’air vraiment très mal, vous n’arrêtez pas de trembler !

– Non je ne veux pas rester là, j’ai peur, je pense pas que cela soit bon pour moi.

– Restez avec nous 1 ou 2 jours aux moins, en observation. Dit l’infirmière.

– Non, désolé mais je ne peux pas. Je vais rentrer chez moi, le docteur m’a donné des piqûres de Valium puis je prendrai rendez-vous avec l’un de vos médecins pour voir pour un traitement.

– Vous êtes libre monsieur, mais je vous dis qu’en temps que professionnel, vous serez bien ici.

– Oui j’comprends bien mais je ne peux pas être ici.

L’infirmière : – Vous avez peur ?

– Un peu. Je veux rentrer chez moi, prendre mon médicament et dormir. Je verrai un psychiatre mais je ne veux pas être ici.

– On nous a parlé d’hospitalisation pourtant.

– Appelez mon médecin traitant et il vous dira qu’il était question d’abord d’une consultation puis, peut-être, d’une hospitalisation.

– C’est n’importe quoi.

Le psychiatre d’appeler mon médecin traitant, qui lui confirme mes dires. Ce n’étais bien sûr pas le psychiatre que mon médecin traitant avait eu au téléphone quand il était chez moi. C’est dire la confusion qui a régné durant tout l’entretient et avant…

Et un ping-pong d’arguments et de contre-arguments se déroule entre nous trois. Mais je n’ai pas cédé.

L’entretien finit, l’infirmière me déverrouille la porte de sortie. Je crois n’être jamais sorti aussi vite d’un établissement de ma vie.

Je saute dans le taxi, direction la maison.

Le lendemain matin, j’ai le droit à un piqure de Valium dans la fesse droite (désolé pour les détails). Les couleurs sont devenues… intenses, l’anxiété quittait mon corps, la faim revenait. Sacré drogue. J’ai eu ce traitement pendant 3 jours, puis je n’ai eu que les antidépresseurs pendant 1 mois, 1 mois d’anxiété abrutissante avant de voir un psychiatre.

Un super psychiatre, un excellent. Il m’a tellement aidé.

Maintenant, j’ai déménagé, je ne le vois plus mais je suis content de moi car j’ai demandé de l’aide et je mesure la grande chance que j’ai eu d’avoir rencontré un très bon psychiatre.

Aujourd’hui, la vie suit son cours dans une nouvelle ville, loin de mon village, tant mieux. Les soins continuent, le traitement est fort mais il faut ce qu’il faut. Et le plus important, j’ai ma famille, ma mère et ma sœur à mes côtés. Il y a des jours avec et des jours sans. La lutte sera encore longue et difficile, je le sais.

Et durant tout ce temps, les livres, silencieux compagnons remplis d’histoires m’ont tenu compagnie, même dans les moments où le sombre gouffre dans lequel je m’étais fourré raisonnait de mes plaintes, pleurs et cris pathétiques, ils m’apportaient la lumière, le réconfort, couvants en moi la voix de l’espérance. M’ouvrants la voie d’un futur possible.

C’est ainsi que je me suis passionné pour Hemingway et ses œuvres.

Pour terminer, juste un petit message personnel https://youtube.com/watch?v=26Nuj6dhte8

Si vous souffrez actuellement, demandez de l’aide est la meilleure chose que vous pouvez faire. C’est un énorme pas en avant, vers la voie de la guérison. Vous n’avez pas nécessairement à dire « oui » à tous ce que l’on vous propose, écoutez-vous aussi. Mais gardez en tête que le combat contre la maladie psychique ne peut pas être gagné seul. Se battre seul contre la maladie c’est comme vouloir courir sous l’eau, c’est ne pas avancer malgré tout les efforts que vous y mettez et s’épuiser.

Voici un numéro d’aide en cas d’urgence, pour vous ou un proche en difficulté : S.O.S suicide : 09 72 39 40 50

La guérison prend du temps, tout ce qui est important dans la vie en prends.

Ne désespérez pas, et n’oubliez pas que si l’aide apportée ne vous convient pas, ou que quelque chose vous dérange, vous avez le droit de dire non. Mais vous vous devez d’écouter vos proches et les professionnels de santé pour avancer.

Si je l’ai fais, vous pouvez le faire aussi.

Jaskiers