Un été (pluvieux) avec Rimbaud et Tesson

Il y a maintenant pas mal d’années que j’ai lu Une saison en enfer et Illumination. La jeunesse faisant, je n’avais pas encore encaissé proprement Rimbaud. Je me rappel l’école et mes lectures personnelles de Rimbaud. Lectures personnelles dû aux faits qu’Arthur Rimbaud était (et reste) une des plus grandes influences de Bob Dylan.

C’est en achetant le livre de Tesson que j’ai réalisé qu’il me fallait peut-être relire Rimbaud avant. Pour cette fois le lire avec un état d’esprit différent.

Relire Rimbaud n’est sûrement pas une panacée durant un été qui a été pluvieux.

Les cahiers de Douai

Quatrième de couverture :

« Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme […] »

À 16 ans, il rêve d’horizons lointains et de cieux infinis ; admire la nature et les jeunes filles dans la rue ; se révolte contre la guerre et s’émerveille devant la sensualité du monde. Son âme est vagabonde, son cœur, passionné ou indigné, son esprit, lyrique et toujours curieux. Lui, c’est le jeune Arthur Rimbaud, dont les premiers poèmes, déjà impressionnent, interpellent et rendent palpable l’exaltation de la jeunesse.

Les Cahiers de Douai est un ensemble de vingt-deux poèmes d’une étonnante intensité. S’y déploie une langue nouvelle qui s’émancipe de la poésie classique et, de fulgurances en ruptures, ouvre la voie à la modernité.

Rêvé pour l’hiver

A*** Elle

L’hiver nous irons dans un petit wagon rose

Avec des coussins bleus.

Nous serons bien. Un nid de baisers fou repose

Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,

Grimacer les ombres des soirs,

Ces monstruosités hargneuses, populace

De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu sentira la joue égratignée…

Un petit baiser, comme une folle araignée,

Te courra par le coup…

Et tu me diras : « Cherche ! » en inclinant la tête,

— Et nous prendrons du temps à trouver cette bête

— Qui voyage beaucoup…

En wagon, le 7 octobre [18]70

Poème d’Arthur Rimbaud du recueil Les Cahiers de Douai.

Une saison en enfer | Illuminations

Quatrième de couverture :

Le désordre somptueux d’une passion exotique, éclat d’un météore, selon Mallarmé ; un ange en exil aux yeux d’un bleu pâle inquiétant, pour Verlaine. Un « éveil génial », et c’est Le bateau ivre, une « puberté perverse et superbe », puis un jeune brièvement « ravagé par la littérature », le maître d’une « expression intense » aux sujets inouïs – tout cela dans un mince volume, dû au poète touché, puis déserté, par le génie, « aventure unique dans l’histoire de l’art ».

Petite précision utile pour un potentiel achat de votre part, ce recueil contient en fait un grand nombre de poème écrit par Rimbaud avant Une saison en enfer et Illuminations.

Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corp et pour l’âme, – le viatique,- on a la médecine et la philosophie, – les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient ! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !…

La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?

C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très-certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.

Extrait de Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud

Promontoire

L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick en large en face de cette Villa et de ses dépendances, qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie ! Des fanums qu’éclaire la rentrée des théories, d’immenses vues de la défense des côtes modernes ; des dunes illustrées de chaudes fleurs et de bacchanales ; de grands canaux de Carthage et des Embankments d’une Venise louche, de molles éruptions d’Etnas et des crevasses de fleurs et d’eau des glaciers, des lavoirs entourés de peupliers d’Allemagne ; des talus de parcs singuliers penchant des têtes d’arbres du Japon ; et les façades circulaires des « Royal » ou des « Grand » de Scarbro’ ou de Brooklyn ; et leurs railways flanquent, creusent, surplombent les dispositions dans cet Hôtel, choisies dans l’histoire des plus élégantes et des plus colossales constructions de l’Italie, de l’Amérique et de l’Asie, dont les fenêtres et les terrasses de présent pleines d’éclairages, de boissons et de brises riches, sont ouverts à l’esprit des voyageurs et des nobles – qui permettent, aux heures du jour, à toutes les tarentelles des côtes, – et même aux ritournelles des vallées illustres de l’art, de décorer merveilleusement les façades du Palais. Promontoire.

Poème en prose issue de Illuminations d’Arthur Rimbaud.

À ce stade de l’article, ayant relu ces deux ouvrages, ma « compréhension » ( oui entre parenthèse, interprétation serait peut-être le mot plus adéquate ) n’est pas la même que je m’étais faite il y a pas mal d’années.

J’ai beaucoup plus compris le besoin de liberté, de mouvement (coucou les « Assis »), de rébellion sans réel cause vraiment (à mon avis), la violence, la moquerie, l’humour, pas de folie (pour moi encore) mais une sorte de trance poétique pleine de force, juste l’envie et l’ambition d’écrire.

Ce côté où le poète se veut plus proche des désenchantés, des laissés pour compte, des affranchis, des « voyous ».

C’est aussi un amour de la nature, sans tomber dans le pathos romantique nian-nian qui colle à la peau de la poésie (quelque coups aux parnassiens ?). Un anti-cléricalisme plutôt violent pour l’époque donc, courageux. D’ailleurs certains poèmes sont violents, pas au point d’être gore ou sanglants, mais j’ai senti une rage, contenu grâce à son talent.

Dieux, déesses, nymphes, fées, anges. C’est la mythologie gréco-romaine autant que Nordique qu’il place dans des tableaux tantôt apocalyptique tantôt romantique, disons même, sensuel.

Le sexe. Sujet que j’ai trouvé souvent présent. Normal pour un jeune homme qui découvre la vie, Rimbaud a eu une vie mouvementée, choisie d’ailleurs. Et la sexualité souvent présente, dévoile aux lecteurs que oui, le sexe a fais parti de sa vie et avait une place importante. Rien de choquant aujourd’hui (je l’espère du moins) mais pour l’époque, peut-être était-ce un semblant de rébellion contre les dogmes religieux et politiques. Courageux là encore.

Aussi, Rimbaud, c’est la modernité, revendiquée ! Mélanger de l’anglais et du français, c’est risqué, osé, original. Les voyages, l’Orient et ses secrets.

Faisons une petite parenthèse américaine :

Je remarque que Bob Dylan a beaucoup copié la légende qui entoure Rimbaud. Bob Dylan avoue avoir menti aux médias, leur disant qu’il avait fuit son patelin perdu pour New-York en sautant dans un train de marchandise bien qu’en en faite, son père l’ai emmené. L’Original Vagabond n’est pas Robert Zimmerman chère Joan Baez, mais ce meteor enflammé qu’était Arthur Rimbaud.

Pour continuer un peu dans la culture américaine, la Beat Generation, Kerouac, Ginsberg, Burroughs se sont énormément inspirés (sans vraiment l’admettre) de Rimbaud et de son écriture du mouvement. Écriture du mouvement qui est la base de la Beat Generation. Après tout, Kerouac avait des origines françaises, bretonne plus précisément.

Un peu moins d’un siècle après la mort de Rimbaud, la Beat Generation émerge, inspiré du jeune français, puis les hippies. Une influence puissante qui a traversé les âges et l’Atlantique.

Une partie du mythe Rimbaud semble venir des très très nombreuses interprétations venant de tout bord. Des personnes qui cherchent impérativement à savoir ce que voulait dire tel ou tel vers, tel mot, tel nom. Certaines de ces interprétations n’ont aucun sens. L’impression que tout le monde a la réponse à ce que Rimbaud écrivait. Le pire, reste ceux qui imposent leurs vues. C’est un imbroglio incroyable, une toile de théories aussi folles et colorées que peut l’être un poème de Rimbaud. Au final, c’est de l’art, c’est subjectif. Restons-en à notre propre ressenti. Cherchez plus loin ne mènera nul part. Les mots de Rimbaud ne sont pas Le code de Vinci, les seuls secrets qui s’y cachent sont sûrement les nôtres. Magie de Rimbaud ?

Je pense que la poésie, c’est comme la peinture, chacun à ses interprétations, ses sensations, ses ressentis. C’est personnel, ça vient de vous, de quelque chose d’intime. Pas besoin, je pense, de replacer ses poèmes sur sa biographie. Un contexte aide peut-être, mais, de mon point de vue, l’essence même de la poésie est de toucher et de créer quelque chose en nous, pas de se demander dans quelles conditions et états ont été écris les vers, ce qu’ils signifient.

Laisser sa poésie vous donner ce qu’il vous donne sans trop vous êtres influencé par l’interprétation souvent prétentieuse et/ou poussives des autres.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage Arthur Rimbaud

Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson

Quatrième de couverture :

« Esclaves, ne maudissons pas la vie. »

Lire Arthur Rimbaud vous condamne un jour à partir sur les chemins.

Chez le poète des Illuminations et d’Une saison en enfer, la vie s’organise dans le mouvement.

Il s’échappe hors de l’Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l’amour en Belgique, se promène à Londres, puis s’aventure à mort sur les pistes d’Afrique.

La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par des mots.

Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore.

Au temps où le monde est paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson s’est échappé une saison avec Arthur Rimbaud.

La littérature, meilleur antidote à l’ennui.

Un été avec Rimbaud est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2020 sur France Inter.

« J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. »

« Je suis maître en fantasmagories. »

« Je suis un inventeur bien plus méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »

« Je vais acheter un cheval, et m’en aller. »

« Mais, à présent, je suis condamné à errer. »

Tesson est moderne, tournant les poèmes de Rimbaud à notre époque actuelle.

Laissez moi vous parler un peu d’une chose différente inspirée du livre de Tesson : – Dans True Détective saison 1, le très névrosé détective Rust Cohle dine avec une potentiel futur petite amie, il lui parle de la synesthésie. Une théorie qui veut que chaque sensation ressenti par nos sens (touché, odorat…) sois « décuplée » et que ces sensations amènent des sortes de « visions ». Tesson émet l’hypothèse que le jeune Voyant « souffrait », peut-être, de cette mystérieuse condition. Encore une petite allusion à True Detective, si vous êtes encore là bien sûr :

Extrait : Malheur du soleil : il éclaire tous les hommes. Chacun se pense alors le récipiendaire privilégié de la lumière : « Le soleil s’adresse à moi ! La preuve : mon ombre tourne autour de moi seul ! »

Les amateurs de True Detective saison 1 comprendrons sûrement.

De Rimbaud, en passant par Tesson à True Detective. Suis-je fou ? Qui ne l’est pas, même un peu ? Si vous le pensez, lisez la suite, vous découvrirez que je suis aussi stupide. Mais « Je » est un autre, et je ne le contrôle pas… enfin pas tou le temps !

Maintenant encore un domaine surprenant que les réflexions Tesson et la prose de Rimbaud m’ont apporté, accrochez-vous pour les plus vieux (je déconne !) : Dans un jeu vidéo appelé Metal Gear Solid, un mystérieux virus (aïe…) attaque les personnes parlant une certaine langue. Cela mène à une réflexion importante sur le language. Selon Tesson (ou en faite est-ce une théorie acceptée depuis longtemps et prouvée) Rimbaud avait l’ambition de réinventer la langue, le Verbe. « Au commencement était le Verbe » ainsi commence la Bible non ? Pour Burroughs de la Beat Generation, le Verbe est un virus. Rien n’existe sans le verbe, le mot. Nous sommes de verbes et de mots (maux ?), nous existons non ? Si « je » est un autre comme l’a écris Rimbaud et que Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même » nous sommes donc loin de savoir qui nous sommes vraiment, un mot, un inconnu habite en notre esprit. Et qui vous dis que cet inconnu est seul ? Notre esprit, une poupée russe, une mise en abîme peut-être perpétuelle, un monde dans un monde dans un monde… Inception ? Je tire mon argument par des cheveux mais autant assumer et le poser là.

Et si on parlait de Kurt Cobain ? Vous êtes sur mon blog après tout, si je peux le placer, je le fais !

Lui qui disait que ses paroles n’avaient pas forcément de sens, est-ce que les vers de Rimbaud en avaient ?

Extrait : Les mots peuvent-ils se passer de contenter de produire leur musique propre ? Est-ce un crime de ne pas assigner au verbe le soin d’énoncer une pensée ? Une cacophonie est-elle un language ?

On ne peut parler de Tesson ni de Rimbaud sans parler du mouvement. J’ai toujours cette très importante citation de Martin Luther King qui m’accompagne : Volez ! Si vous ne pouvez pas voler, courrez ! Si vous ne pouvez pas courir, marchez ! Si vous ne pouvez pas marcher, rampez ! Il faut toujours être en mouvement !

Et cet extrait du livre maintenant : Un homme qui s’arrête risque la pire des choses : le face-à-face avec lui même ! Marcher, c’est se tourner le dos.

Il est impressionnant de voir à de quelle manière Tesson a remis en question l’œuvre de Rimbaud, qui m’amène à trouver la présence d’un gamin poète dans la nouvelle culture populaire de notre temps dont ma génération et celle plus jeunes qui arrivent baignent.

En conclusion, le livre est plus une biographie succincte sur Rimbaud, Tesson y expose sa vision à lui du poète et essaie de « vulgariser » un l’œuvre de Rimbaud, de la démystifier un tantinet car même un Tesson ne peut résoudre l’énigme Rimbaud. Mais que de réflexions et d’inspiration que Tesson écrivant sur Rimbaud. Ajouter à cela l’actualité (la Covid-19) et Sylvain Tesson étale son immense talent à coup de plume aussi lumineuse et puissante que peut l’être un vers de Rimbaud.

Le livre est excellent. Vraiment.

Extraits :

Les lieux sculptent les hommes […]

Tout va vite, le génie est une traînée de poudre.

Les vers de Rimbaud sont rares mais ont électrocuté le Verbe. Pour les lettres, ils marquent un moment entre « le monde d’avant » et « le monde d’après », comme on dit aujourd’hui dans le grand hospice occidental. Rimbaud est le virus du Verbe.

La présence de Rimbaud est dans ses poèmes. Si on veut le rencontrer, il vaut mieux ouvrir Une saison en enfer que prendre un billet d’avion à destination d’Aden.

Le génie monstrueux de Rimbaud est une monstruosité de précocité.

Pourquoi un garçon [Rimbaud] de seize ans qui n’a jamais navigué décrit-il mieux la mer qu’un Tabarly des quarantièmes rugissants ?

La vie de Rimbaud est l’histoire d’un manquement. Il y avait une voix, elle a raté son oreille, comprendre les lecteurs.

Arthur n’est pas une machine Enigma, messieurs les casseurs de code !

Les poètes ne sont pas des militants, ni les rayonnages des librairies des trottoirs de racolage.

Rimbaud est un barbare. Son but : détruire l’ordre classique et, sur les ruines du temple, bâtir du nouveau. « Je tiens le système », écrit-il.

L’homme, c’est le Verbe. Changer la langue, c’est le repenser. Les derniers a s’être souvenus de ce secret sont les laborantins de la Silicon Valley. En créant leur infra-language binaire et globalo-mercantile, ils préparent, conditionnent et domestiquent le nouvel homme connecté, c’est-à-dire corvéable.

Le monde demeurera inerte si le poète ne le féconde pas de son regard.

Et si les choses n’existaient qu’en vertu du fait d’avoir été nommées ? Le Verbe ne se contente pas de désigner le monde. Il en est le créateur.

Le mouvement procure l’idée et pourvoit aux images.

C’est donc la fin d’une semaine (pour moi) dans l’univers rimbauldien. J’ai voyagé dans des univers accessibles à personne grâce aux poèmes du jeune Voyant. J’ai appris des choses que je ne pensais pas emmagasiner. C’était une aventure au-delà de moi-même, mais si « Je » est vraiment un autre, j’ai d’autres aventures qui m’attendent à chaque fois que je lirai un poème d’Arthur Rimbaud.

P.S. : cet article a été écrit durant l’été, j’espère ne pas vous avoir porter à confusion en ne mentionnant ce fait qu’à la fin.

Jaskiers

La panthère des neiges par Sylvain Tesson [Prix Renaudot 2019]

Quatrième de couverture :

– Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur le plateau du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.

– Qui est-ce ?

– La panthère des neiges. Une ombre magique !

– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.

– C’est ce qu’elle fait croire.

Sylvain Tesson a notamment publié aux Éditions Gallimard Dans les forêts de Sibérie (prix Médicis essais 2011), Une vie à coucher dehors (Goncourt de la nouvelle 2009) et Sur les chemins noirs.

Quel voyage que d’ouvrir ce livre et quel supplice que de devoir le refermer. Fini ! Plus une seule page, plus un seul paragraphe, plus une seule phrase, plus un seul mot à se mettre sous la dent.

C’est comme un retour de vacance, on est tristes, déprimés mais il nous reste les souvenirs, au moins, avant nous eut la chance de partir. Du moins, grâce aux livres, et pour moi, grâce à Sylvain Tesson.

Écrire un article sur un livre de Tesson n’est pas chose aisée quand on a un vocabulaire qui reste à désirer, un intellect plutôt brouillé.

Je parlerai d’une quête dont Sylvain Tesson n’était pas préparé mentalement. Ce n’est pas tant l’aventure, l’action qui a bousculé Tesson mais l’inactivité, la patience, l’observation et prendre le temps d’apprécier le spectacle de la nature sauvage.

Et bien sûr, cette panthère des neiges qui prends la forme d’une déesse, d’un spectre antique, d’une femme disparue, d’une statue païenne à l’allure hautaine, d’une créature de mythologie que l’Homme ne mériterait pas de regarder en face tant son esprit n’est pas préparé à être bousculé par l’immensité d’un regard, d’une attitude exposant un monde qui garde encore ses mystères. Nous, les Hommes, qui pensons tout connaître.

Saupoudré par des messages écologiques, de critiques sur l’être humain et son comportement, sur la société actuelle et bien sûr, quelque coups de plumes en direction des « meilleurs amis » de Tesson, les chasseurs.

Certains lecteurs ne pourraient pas apprécier ce genre de réflexion, ce n’est pas mon cas bien au contraire. Prêcher un converti !

Je me suis permis de partager quelques extraits que j’ai trouvé importants, j’aurai pu carrément réécrire le livre ici tant l’ouvrage a été plaisant à lire. J’ai choisis ces extraits en essayant de ne pas vous gâcher votre lecture.

Extraits :

Les fidèles [d’un temple bouddhiste] tournaient, attendant que passe cette vie. Parfois s’avancer dans la ronde un groupe de cavaliers du haut-plateau, avec des gueules de Kurt Cobain – surplis de fourrure, Ray-Ban et chapeau de cow-boys -, chevaliers du grand manège morbide.

Un renard s’offrît au soleil, découpé sur l’arête, loin de nous. Revenait-il de la chasse ? À peine mon œil le quitta qu’il s’évanouit. Je ne le revis jamais. Première leçon : les bêtes surgissent sans prémices puis s’évanouissent sans espoir qu’on les retrouve. Il faut bénir leur vision éphémère, la vénérer comme une offrande.

Je rêvais d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie.

La préhistoire pleurait et chacune de ses larmes était un yack. Leurs ombres disaient : « Nous sommes de la nature, nous ne varions pas, nous sommes d’ici et de toujours. Vous êtes de la culture, plastiques et instables, vous innovez sans cesse, où vous dirigiez-vous ? »

Ainsi, les bêtes surveillent-elles le monde, comme les gargouilles contrôlent la ville, en haut des beffrois. Nous passons à leur pied, ignorants.

L’intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu’ils aient accompli d’études. Ce sont des voyants, ils percent les énigmes de l’agencement des choses là où les savants étudient une seule pièce de l’édifice.

Un vrai souverain se contente d’être. Il s’épargne d’agir et se dispense d’apparaître. Son existence fonde son autorité. Le président d’une démocratie, lui, doit se montrer sans cesse, animateur du rond-point.

Rencontrer un animal est une jouvence. L’œil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l’incommunicable.

Au « tout, tout de suite » de l’épilepsie moderne, s’opposait le « sans doute rien, jamais » de l’affût. Ce luxe de passer une journée entière à attendre l’improbable !

En espérant que cet article vous ai plus, difficile comme je l’ai écris plus haut de parler d’un Tesson. Un jour j’avalerai un Beschrelle, pour faire justice à ce genre d’ouvrage.

Quel ironie de lire ce livre dans mon appartement, accompagné des sirènes de pompiers, de SAMU, de polices, de Klaxons et d’alarmes de voitures.

Le silence est un luxe et la patience : une qualité mise à mal par la technologie.

Jaskiers

Mes saisons en enfer | Cinq voyages cauchemardesques de Martha Gellhorn

Photographie de couverture par Robert Capa prise en 1940.

Quatrième de couverture :

Déployant une joyeuse fureur et une élégante ironie, l’illustre correspondante de guerre américaine Martha Gellhorn raconte ses cinq pires épopées autour du monde. On se réjouit de la suivre dans ses tribulations, tout en se félicitant – souvent – de ne pas être de l’aventure.

« Le bréviaire du reportage en milieu hostile. »

Sylvain Tesson, Lire

« Une magnifique héroïne garantie sans testostérone. »

Marguerite Baux, Elle

L’introduction nous présente une biographie courte de Martha, aucune biographie française n’as été publiée pour l’instant. Ce que j’ai appris, c’est qu’à ses débuts, Gellhorn faisait beaucoup de fautes d’orthographes, comme Hemingway et F.Scott Fitzgerald (ce dernier, selon Hemingway, été à la limite de l’alphabétisme, il n’a jamais su écrire Hemingway correctement) !

Hemingway est présent dans la première histoire de se livre sous le nom de : CR. Que veux dire CR ? Compagnon réticent ! Cette première histoire se passe en Chine durant la guerre Sino-Japonaise. Martha avoue avoir poussée Hemingway à la suivre dans cette aventure. Chose qu’elle regrettera, les chocs culturels, politiques, climatiques seront trop pour elle. Ce dont Ernest, qui lui s’habitue plus facilement, utilisera pour se moquer d’elle à chaque fois qu’elle se plaint « C’est toi qui a voulu venir ! ».

Il n’y a pas que du mauvais écrit sur Hemingway, Martha relate aussi des péripéties et des frasques typiques d’Hemingway, qui pourraient vous arracher un petit sourire ou deux !

Durant un voyage en Amérique Centrale, Martha découvrira l’horreur des bagnes français en Guyane. Horreur qui semble n’être connue de plus personne en France. Une honte pour le pays des Droits de l’Homme. Enfin, si il n’y avait que ça que la France devait avoir honte…

Le livre ne traite que peu de la guerre. Je pensais qu’elle parlerai de ses voyages sur le front, sur des théâtres de guerres. Mais ses récits sont en faite des voyages cauchemardesques comme vous et moi aurions pu faire il y a de ça des décennies ou même encore aujourd’hui même si les Tour-opérateurs et autres agences de voyages vous évite, je pense, de galérer comme Martha l’as fait en Afrique.

La partie sur l’Afrique est la plus conséquente du livre, mais aussi la plus dérangeante car Martha semble se prendre pour une anthropologue, comparant les Africains aux Européens de manière assez dures et je dirai même irrespectueuse. Je n’ai pas aimé cette grosse partie du livre et je trouve que cette mentalité de jugé par la couleur de peau allant jusqu’à la nationalité m’as gêné. Peut-être est-ce moi qui ai tord au final mais je ne vois plus la dame de la même manière.

C’était une autre époque, bien sur, mais cela excuse-t-il tous ces propos, osons le dire, raciste ?

Il n’en reste pas moins que Gellhorn était une grande journaliste et écrivaine, philanthrope oui, mais se texte sur l’Afrique reste dérangeant et je n’ai pas apprécié la lecture de ce voyage… En faite, à mon grand désarroi, je n’ai pas vraiment aimé le livre globalement.

Pour faire court, c’est le livre d’une américaine qui décide de voyager et écrit ses plaintes concernant les aléas et soucis de son périple. Pendant 500 pages, ne lire que des plaintes devient un peu énervant et frustrant. Je ne m’attendais pas à cela en achetant se livre.

Cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de respect et d’admiration pour Martha Gellhorn, sa vie et son œuvre. Je pense juste que ce livre n’était pas pour moi, je ne pense pas avoir compris ce terrible passage sur l’Afrique et j’espère me tromper en ayant parler de racisme. Il faut que je l’avoue, ce livre a terni l’image que j’avais de Martha Gellhorn.-

Jaskiers

Sylvain Tesson et 120 personnes du monde des Arts appellent à soutenir l’Arménie et l’Artsakh dans Le Figaro Magazine

J’espère que vous pouvez lire la page du magazine avec ma photographie. Merci de m’avertir en commentaire si ce n’est pas le cas.

En espérant que les choses changent… Comme d’habitude.

En attendant : #jesoutienslarmenie – #jesoutienslartsakh

Jaskiers