La ligne rouge par James Jones

À chacun sa guerre

Quatrième de couverture :

Par l’auteur de ‘Tant qu’il y aura des hommes’

1942. Une compagnie d’infanterie débarque sur l’île de Guadalcanal, lieu stratégique de l’offensive japonaise visant à contrôler l’ensemble du Pacifique.

Des soldats et des officiers qui ne sont pas des « héros », mais juste des hommes aux prises avec la nécessité de survivre et de se battre.

Un effarant et prodigieux témoignage, dépourvu de toute sentimentalité, pas l’un des plus grands écrivains américains, auteur de « Comme un torrent », qui a lui-même combattu et a été blessé à Guadalcanal.

Sûrement l’un des meilleurs livres jamais écrits sur la guerre, « La ligne rouge » vient d’être adapté au cinéma par Terrence Malick. Un film pour lequel on parle déjà aussi de chef-d’œuvre.

Avant propos de Romain Gary.

L’histoire suit la section C-comme-Charlie de leur débarquement sur Guadalcanal jusqu’à la fin de la campagne de l’île.

Entre ces deux événements, vous connaîtrez les soldats de ce roman intimement, vous irez dans les recoins les plus sombres de leurs êtres traumatisés, vous accompagnerez ces militaires dans leurs première expérience de la guerre. Et plus spécifiquement celle du Pacifique.

La jungle, la chaleur, les rivalités entre officiers, la sexualité, l’homosexualité, l’homophobie, le racisme, la vie, la mort, le courage, la lâcheté, le sadisme, la peur, l’amitié, l’amour, la trahison, la soif, les blessures (physiques et mentales) mélangés au sang. Le sang de jeunes hommes loin de leur pays, sur une île au milieu du Pacifique.

Emmené à attaqué une énorme colline rocailleuse surnommée L’éléphant dansant, ils feront leurs premières expériences de la guerre. Dans tous ce qu’elle a d’injuste, d’inhumain et de cruelle.

La bataille de Guadalcanal, pour ceux qui sont encore debout pour combattre, ne se termine pas là.

La crevette géante bouillie, la limace de mer et le village de BoulaBoula les attends. Ces surnoms viennent des officiers de renseignements, les reliefs des collines ressemblant à ces animaux. Petit clin d’œil de l’auteur pour comparer l’Homme et l’animal ? Peut-être pas, car le roman est tiré du vécu de l’auteur, soldat durant la bataille de Guadalcanal. Je crois qu’il était coutume dans cette guerre de donner des surnoms à plusieurs objectifs, peut-être pour mieux se repérer et, en creusant un peu, prendre un peu de distance avec la réalité brutale qu’est devenu leur quotidien ?

Le roman s’appuie sur le vécu de l’auteur. Il change les noms des protagonistes et des lieux, lui permettant de raconter son histoire et d’écrire sans freins ! La force de la fiction pour raconter la réalité, une leçon d’Hemingway !

Chaque personnage a son histoire, son background, on s’identifie ou non, à certains de ces jeunes bidasses, dans la jungle, la boue, les débris des mortiers, les balles qui fusent et détruisent les corps, les exactions et les tortures dans les deux camps.

La ligne rouge n’est pas un repère géographique ni une limite physique, c’est une expression pour désigner le basculement du psyché des soldats, aller toujours plus loin, puiser dans ses limites jusqu’à franchir, pour certains, la folie. Que faire, ou ne pas faire, pour ne pas franchir cette limite ? Cette Ligne rouge ?

C’est un très bon récit de guerre, un des meilleurs que j’ai lu, même si j’ai peiné à me situer géographiquement dans le récit.

Je dirai que ce roman est dans la même veine que celui de Norman Mailer, Les nus et les morts. Peut-être encore plus vrai, car James Jones parle de sexualité, d’homosexualité, chose que je n’avais jamais lu dans un livre de guerre. Je n’ai jamais lu de livre parlant de relations homosexuelles entre soldats, ce qui fait de ce livre de guerre un livre vrai, unique, sans fioritures, sans censure, sans omission. Brut de décoffrage, réaliste.

L’obsession et la recherche de réponses aux questions qu’ont dû se poser tous les soldats est le sujet principal du livre, c’est à dire, pourquoi nous battons nous ? Pour qui ? Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi les guerres semblent ne jamais disparaître dans notre société ? La guerre est-elle une chose normale, qui est ancrée dans l’Homme ? Tuer, être tué, pourquoi l’Homme l’accepte-t’il, en grande majorité, quand il s’agit de défendre sa nation ? Et après la guerre, que deviendront-ils ? Sommes nous vraiment libre, au final, quand l’État nous oblige à tuer ? Quand la société nous encourage à tuer le plus d’êtres humains d’ennemis et nous porte en héros ? Autant de question que l’auteur adresse au lecteur, avec ses réponses à lui, parfois, tout en nous laissant réfléchir aux autres de nous même.

James Jones dévoile sa guerre, sous forme de roman, sans rien censurer. C’est là, je pense, que réside le succès du livre.

Voici, comme d’habitudes des extraits importants, de mon point de vu, ayant pour principals sujet la guerre vu par le soldat de terrain.

Tandis qu’ils se préparaient au débarquement, pas un d’entre eux ne doutait, théoriquement, qu’un certain pourcentage de l’effectif demeurerait à jamais dans l’île, que les morts seraient nombreux. Mais pas un ne pensait être de ceux-là.

Un des risques du métier militaire était que tous les vingt ans, c’était réglé comme du papier à musique, la partie de l’humanité à laquelle on appartenait, quelles que soient ses ambitions ou sa politique, se laissait entraîner dans une guerre à laquelle on devait bien participer.

Curieux, avec respect, en silence, en retenant son souffle. Ils ne pouvaient retenir leur curiosité ; le sang frais était si rouge, si vif, si réel, et ces trous béants dans des chairs palpitantes un bien étrange spectacle. Cela avait quelque chose de vaguement obscène. C’était une chose qu’ils n’auraient pas dû regarder, ils le sentaient, mais qui attirait leurs regards, malgré eux, qui donnait envie de s’approcher, pour voir de plus près.

Chacun pour soi, les hommes s’efforçaient d’imaginer leur propre mort, de sentir la balle les traverser, crever le poumon, et ils étaient les jouets de leur propre esprit.

De toute évidence, ils avaient tout bonnement peur ; tandis que lui, il était terrifié, il aurait donné tout ce qu’il possédait au monde – et même ce qu’il ne possédait pas s’il avait pu mettre la main dessus – pour ne pas être là en train de défendre sa patrie. Au Diable la patrie ! Que les autres la défendent !

Comparé au fait qu’il pouvait fort bien être mort le lendemain à la même heure, son courage ne rimait à rien. A côté de sa mort éventuelle le lendemain, rien ne rimait à rien. La vie n’avait pas d’objet. Tout était inutile.

[…] que des créatures qui parlaient un language, qui marchaient debout sur deux jambes, qui portaient des vêtements, qui construisaient des villes et qui prétendaient être des hommes pussent vraiment traiter leurs semblables avec une telle cruauté bestiale. Manifestement, le seul moyen de survivre dans cet univers de prétendue culture humaine élaboré par l’homme et dont l’homme était si fier, c’était de se montrer encore plus dur, encore plus mauvais, encore plus cruel que tous les autres.

Il avait tué un être humain, un homme. Il avait commis la chose la plus atroce qu’un homme pût commettre […] Et personne au monde, personne au monde, ne pouvait le lui reprocher. Personne ne pouvait rien lui faire. Il se tirait à blanc d’un assassinat.

Demain, quelqu’un d’autre serait à sa place. C’était une vision d’horreur ; tous autant qu’ils étaient répétant les mêmes gestes, tout aussi impuissants à y mettre fin, se prenant tous, avec fierté, avec ferveur, pour des hommes libres. La vision s’étendît aux centaines de nations, aux millions d’hommes qui accomplissaient les mêmes gestes sur des milliers de collines à travers le monde entier. Et ça ne s’arrêtait pas là. Ça continuait. C’était le concept – le concept ? Le fait, la réalité – de l’État moderne en pleine action.

Quelle était donc la puissance qui décidait que tel homme serait touché, tué, et non tel autre ?

« – Morts, sanglota-t-il. Tous mort, mon capitaine. Tous jusqu’au dernier. Je suis le seul. Tous les douze. Douze jeunes gens. Je veillais sur eux. Je leur ai appris tout ce que je savais. Je les ai aidés. Ça n’a servi à rien. Ça ne veut plus rien dire. Morts. »

C’était ça la guerre ? Il n’y avait pas de suprême épreuve de force, pas d’actions d’éclat, pas de combats héroïques sabre au clair, pas de cris de guerre de Vikings, pas de tir précis. Il n’y avait que des chiffres. Il était tué pour des chiffres.

Ils se prenaient pour des hommes. Ils croyaient tous qu’ils étaient des êtres réels. Ils le croyaient sincèrement. De quoi rigoler ! Ils se figuraient qu’ils prenaient des décisions, qu’ils menaient leurs vie à leur guise, et s’arrogeaint fièrement du titre d’hommes libres. La vérité, c’étaient qu’ils étaient là, et qu’ils allaient y rester, jusqu’à ce que l’État ou une quelconque autorité leur dise d’aller ailleurs, et ils riaient. Mais ils iraient librement, ils choisiraient d’y aller, car ils avaient leur libre arbitre, ils étaient des hommes libres. Mon cul, tiens.

[…] il y avait cette autre chose, qu’il ne pouvait pas nommer, cette chose sexuelle. Les autres l’éprouvaient-ils ? Se pouvait-il que toute la guerre, toute guerre, fut à la base un acte sexuel ? Une sorte de perversion sexuelle ? Ou un complexe de perversions sexuelles diverses ? Ce serait un sujet de thèse marrant, et que Dieu ait pitié des hommes.

C’était extraordinaire de penser que plus on tenait le coup dans cette histoire, moins on avait de pitié pour les autres qui se faisaient esquinter, du moment que soi-même on était sain et sauf. Il s’en fallait parfois de quelques mètres à peine. Mais la terreur se limitait de plus en plus à ces instants où sa propre peau était en danger.

Brusquement, il se dit qu’il les aimait tous, ses hommes, même ceux qui ne lui plaisaient guère. Qu’aucun homme ne devrait passer par une expérience pareille – non, même pas ceux qui aimaient ça ! Ce n’était pas naturel. A moins que ça ne soit que trop foutrement naturel ?

[Il] ne pouvait s’empêcher de se demander si seulement l’un d’eux était réellement redevenu ce qu’il avait été auparavant. Il ne le pensait pas. Pas franchement, en tous cas. Peut-être, quand la guerre sera finie depuis longtemps, quand chacun aurait érigé selon ses besoins sa propre forteresse de mensonges, et enregistré assez de mensonges sur la propagande nationale leur distillerait […] Ils pourraient alors feindre, aux yeux les un des autres, d’être des hommes. En évitant d’avouer qu’ils avaient un jour distinguer au fond d’eux-mêmes quelque chose de bestial qui les avait terrifié. Mais si l’on allait par là, la plupart d’entre eux s’y appliquaient déjà.

Ils subissaient tous, naturellement, le plus grave choc émotionnel de leur jeune existence […] Tandis que le miséricordieux engourdissement se dissipait, la foi qu’ils avaient eue en leur invulnérabilité leur paraissait de plus en plus ridicule, et la peur de la mort revenait les hanter et les torturer.

Sur le contrefort abrupt, parsemé de pièces de fourniment abandonnées, y compris des fusils, il y avait une civière. Un jeune soldat à la figure encore enfantine y gisait, mort. Les yeux et la bouche étaient fermés, et un bras pendait en dehors du brancard. L’autre main, contre le cuisse, était complètement noyée jusqu’au poignent dans une incroyable mare de sang gélatineux déjà à demi coagulé qui remplissait presque entièrement le creux que faisait le poids du corps dans la toile de la civière. […] « Regarder ce que vous avez fait, vous des êtres humains, à ce gosse qui aurait pu être moi ! Parfaitement, moi, espèce… espèce d’hommes. »

[…] tous les soirs il y avait une séance de cinéma en plein air à laquelle ils assistaient tous, pour rêver avec nostalgie devant les images scintillantes de la vie brillante et libre de Manhattan, de Washington ou de Californie qu’ils étaient là pour défendre, et qu’ils n’avaient jamais connue sauf au cinéma.

Les hommes transforment leurs guerres, dans les années qui suivent les combats. C’était toujours la même histoire : « Je croirai à tes mensonges si tu crois aux miens. » L’Histoire avec un grand H.

Il commençait à en avoir foutrement marre d’expliquer à des petits trou-du-cul morveux que pour le monde, la guerre, la nation, la compagnie ils ne valaient pas tripette ; qu’ils n’étaient qu’une marchandise à dépenser ; qu’il pouvaient tous mourrir jour après jour et un par un, et qu’on s’en foutrait du moment qu’il arrivait des renforts pour les remplacer. Bon Dieu, il se prenait pour quoi ?

Ce qu’il y avait de pire, c’était le pourcentage de chance, le hasard. Le soldat le plus parfait, le mieux entraîné, ne pouvait y échapper, à cet élément de chance, ne pouvait se protéger contre le hasard.

Tout au long de la ligne, bien d’autres soldats éprouvaient aussi cette même impression de vide au creux de l’estomac, ce même picotement nerveux des couilles, et des conversations chuchotées toute la nuit, d’un trou à l’autre, tandis que les hommes fumaient prudemment, dans leurs mains repliées. Ils savaient maintenant qu’il en serait toujours ainsi à la veille d’une attaque.

Il était lui-même intimement persuadé d’être vraiment le seul, mais vraiment le seul, à comprendre de quoi il en retournait. La maison, la famille, la patrie, le drapeau, la liberté, la démocratie, l’honnêteté du Président. De la couille.

La guerre moderne ! On ne pouvait même pas faire semblant qu’elle était humaine !

Oui, eh bien l’humanité, cette bande d’animaux « honorables », elle pouvait aller se faire mettre ! L’humanité, il lui pissait à la raie. C’était tous ce qu’elle méritait, l’humanité !

Des hommes normaux, dans une situation normale, des soldats normaux, tous, qui avaient accepté une mission normale, et la mort les frappa normalement – sauf que personne ne meurt normalement.

Rien que des gars normaux. Une mission relativement normale. Et maintenant, plus que des morts.

—-

J’ai aussi aimé le language cru. L’auteur ne passe pas par quatre chemins, c’est comme ça qu’un militaire parle et pense après tant d’épreuves. Plus le temps pour les beaux mots. La beauté de leur fragile innocence, envolée par la mort omniprésente, leur vocabulaire suit, ainsi que leur attitude, leur valeurs et leur manière de penser, assassinés par la guerre à un si jeune âge.

Je précise que je n’ai pas vu le film. J’ai trouvé sur internet le synopsis du film qui a l’air différent du livre. Dans tous les cas, je ne pourrai pas faire de comparaison entre les deux œuvres. Peut-être l’avez vous vu ? Dans se cas, n’hésitez pas à partager vos impressions sur le film.

Jaskiers

Génocidé de Révérien Rurangwa

Quatrième de couverture :

Le témoignage insoutenable et nécessaire d’un homme qui, le 20 avril 1994, a vu sa vie basculer dans l’horreur en assistant au massacre de quarante-trois personnes de sa famille par des gens qu’il croyait ses amis.

Révérien Rurangwa raconte l’atrocité du génocide des Tutsi au Rwanda mais surtout la douleur insurmontable de se souvenir et de survivre malgré la mort des siens, la haine, et le sentiment d’une injustice que rien ne pourra réparer.

« Dans un récit émouvant, ce « génocidé » revient sobrement et sans fausse pudeur sur son expérience traumatisante. » – Le Point

Révérien Rurangwa vit aujourd’hui en Suisse où il tente de se reconstruire en perpétuant le souvenir des victimes et en se battant pour que justice soit faite.

Après avoir lu le témoignage d’un casque bleu français, Guillaume Ancel, intervenu dans le cadre de l’opération Turquoise lors du génocide Tutsi au Rwanda, je trouvais important de lire le témoignage d’un survivant.

Ce que j’attendais donc de ce livre, c’était le récit d’un rwandais, d’un survivant, pour savoir ce qu’il c’était passé, avoir un « ressenti » de ce génocide du point de vue d’une victime.

J’ai ouvert le livre, dès le prologue, je savais que ce témoignage serai vrai, sans fard, cru. Rurangwa écrira les horreurs qu’il a vu et vécus sans nous épargner. Les détails sont présents, on n’est jamais prêt à lire ce genre de récit, mais on est encore moins prêt de se rappeler que les êtres humains sont encore capables du pire. Que l’Homme dans sa volonté d’anéantir ne tari pas d’effort.

Il m’est impossible de partager avec vous les details sordides du livre, je ne crois pas que leurs présences ici soient justifiés. Il n’empêche que l’auteur a dû replonger dans cet enfer pour raconter, pour que quelqu’un, vous et moi, le lisions, pour savoir et ne pas oublier. Pour la justice aussi.

Dès le déclenchement du carnage, l’auteur et sa famille se cache sur une colline appelée Mugina avec comme dernier refuge une église, déserté par ses ecclésiastiques européens qui prirent la fuite sans essayer de raisonner la horde meurtrière hutu, cette dernière étant pourtant réceptive et influençable du point de vue religieux.

Les hordes de hutu assoiffés de sang et déterminées à violer (plus de la moitié des femmes violées pendant le génocide et qui ont survécues seraient atteintes du sida), torturer, tuer, et massacrer méthodiquement leurs anciens voisins, collègues et ami(e)s, galvanisés dans leurs horribles projets par les horreurs propagée par Radio Mille Collines, assaillent les 43 membres de la famille de Révérien ainsi que ce derniers. Il sera le seul survivant. Le récit est un cauchemar.

Laissez moi vous donner un extrait, représentatif de la lecture du livre :

Ce qui pèse, c’est le sang d’un Tutsi. Chaque raid hutu fait des victimes dans nos rangs et laisse dans l’herbe des dizaines de corps abattus. C’est si facile de tailler dans une foule aux mains nues ! Mais voir des femmes éventrées, des amis fracassés à coups de gourdins cloutés, des voisins tailladés se vider de leurs sangs en gémissants […]

C’est ce qui vous attends pour cette lecture, je ne posterai pas les passages plus détaillés des massacres et de l’assassinats de la famille de l’auteur.

Rurangwa écrit aussi sur son peuple, l’arrivée des allemands catholiques puis des belges, qui pour contrôler les rwandais ont décidé de diviser pour mieux régner. « Toi tu es un Tutsi et toi un hutu ». Puis deux puissances colonialistes s’en mêlent. Les Hutu, supportés par les français, et les Tutsi, par les anglais. Ce passage du livre est fait pour éduquer le lecteur, comprendre l’origine du mal, pourquoi tout a basculer si rapidement (et facilement) dans l’horreur.

Après le récit effroyable du massacre dont Révérand a été témoin ET victime, il y a le retour à la vie, lui qui a cherché à mourrir pour que son supplice s’achève.

Des enfants, des femmes et des hommes massacrés par des enfants, des femmes et des hommes, avec une violence, une haine et une terreur telle que j’ose la comparaison avec celle subie par les Juifs dans les pogromes, les camps de concentration et d’exterminations. Guillaume Ancel dit vrai quant il parle compare dans son ouvrage, Rwanda, la fin du silence, les hutu et leurs alliés comme des nazis. Rurangwa ira d’ailleurs visiter Auswichtz avec d’autres rescapés de différents genocides, il ne pourra s’empêcher de faire la comparaison avec son enfer à lui, à la place des Blocks et des chambres à gaz, des collines verdoyantes, entachées de cadavres et de sangs.

Mais être un survivant du génocide Tutsi, c’est de souffrir physiquement et mentalement mais aussi, risquer la mort, encore, car les hutus sont rentrés au Rwanda sans aucuns problèmes, ou presque, et un rescapé Tutsi voulant retourner au pays peut amener avec lui l’envie, l’espoir et surtout le besoin de justice. Et cela, les hutu ne le veulent pas, poussé et réconforté dans leur position par la politique de réconciliation bancale de Paul Kagame. Même en Belgique, l’auteur sera passé a tabac par des hutu venus étudier en Belgique.

Extrait : Comme le dira mon amie Esther Mujawayo : « Un rescapé qui ose demander des comptes est un rescapé de trop . »

Extrait : Un génocide est une machine infernale, une horreur qui ne veut pas cesser, une destruction qui se poursuit dans la tête des victimes lorsque leurs bourreaux ont interrompu leurs tueries et sont retournés chez eux boire une bière.

Pardonner ? Pour Révérien, le mot n’a pas, plus, de sens. Sa famille d’accueil en Suisse essaie par le biais de la Bible et de l’histoire de Caïn de trouver un échappatoire, une aide, pour guider l’auteur vers un sacro-saint pardon. En effet dans le livre de la Genèse, Caïn tue son frère Abel par jalousie. C’est le premier meurtre de la Bible (et selon les croyances, le premier de l’humanité). Fratricide. Comme les meurtres durant le génocide du Rwanda ? Il est certain qu’un hutu est tué un Tutsi de sa famille, la jalousie d’un Caïn peut être comparé à la haine, et à une certaine jalousie, d’un hutu, poussé et endoctriné a tué par la propagande qui lui susurre à l’oreille que son « frère » Tutsi est la cause de ses malheurs. Les tensions entre les deux peuples sont beaucoup plus complexes et profonds que cette histoire mais on peux remarquer une « similarité », en dehors de l’aspect religieux et avec un certains degré, un certain recul, avec une certaine distance, entre l’histoire du premier meurtre de la Bible et le calvaire Tutsi du Rwanda. Un génocide fratricide. Histoire que la famille d’accueil conte à Révérien dans l’espoir qu’elle puisse le faire avancer dans sa quête du pardon, que ce dernier n’acceptera d’effleurer que quand la justice sera rendu.

Extrait : Ah, le pardon… Le mot qui tue ! Je vois rouge dès que je l’entends. Il a été biffé de ma vie à coups de machette et je l’ai vomi de mon vocabulaire.

L’écrivain n’écrit pas beaucoup sur l’influence des pays étrangers notamment Occidentaux dans le massacre, mais il ne les oublies pas pour autant et leur dédie quelques lignes, puissantes.

Jusque dans les hôpitaux de campagnes de la Croix-Rouge, les convalescents, soignés ou du moins pansés, étaient exécutés par les hutu sous les yeux des docteurs et infirmiers sans moyens de défense. Les « patients » étaient allongés dehors, fautes de places et de moyens, les hutu purent « finirent le travail » comme le leur demandait Radio Mille Collines, outil de propagande des hutu extrêmement efficace dans un pays où la radio était la principale source d’information pour les acteurs du massacre.

Extrait : Abandonné par les miens – ils n’y peuvent rien -, par ceux qui auraient dû me défendre et me protéger, par les instances internationales, par la justice de mon pays…

Extrait : Cet abattage de neuf Tutsi sur dix – soit un Rwandais sur sept – s’est déroulé dans un silence assourdissant, au moment même où le musée de l’Holocauste était inauguré à Washington et où les chefs des grandes puissances occidentales célébraient le cinquantième anniversaire du Débarquement allié en Normandie en s’adjurant unanimement : « Plus jamais ça ! »

Extrait : Nous [les survivants] gênons les Occidentaux qui préfèreraient enterrer une bonne fois pour toutes ce génocide qui les couvre de honte, et le dissimuler derrière des « massacres interethniques » ou des « guerres tribales » – quand ils ne nient pas, purement et simplement, leur implication. Tout génocide s’accompagne de sa négation.

Les médias couvrant l’exode des hutu (le FPR, armée Tutsi ayant libéré le pays, les hutu s’enfuirent) poussèrent le public à penser que les hutu étaient les victimes et les Tutsi les génocidaires. Quelques caméras, quelques journalistes, placés à un certains endroits et à un certains moments influencèrent la communauté internationale à supporter les vrais génocidaires et à incriminer les victimes.

Extrait : L’arbre de l’exode hutu cacha la forêt du génocide tutsi. Et nous, les survivants, que toutes les grandes puissances avaient laissés tomber, nous avons vu ces mêmes nations se pencher sur nos tueurs pour les cajoler, les nourrir, les soigner, les assurer de la compassion internationale. Et nous aurions hurlé si nous n’avions pas été sidérés par l’horreur de ce que nous venions de vivre : « Mais ce sont des assassins ! Pourquoi aidez-vous nos assassins alors que vous n’avez rien fait pour nous ! »

L’ouvrage se finit avec l’auteur, demandant des comptes à Dieu. Un moment personnel qu’il partage avec nous, exprimant une tristesse, une détresse inouïe. Un fantôme vivant, demandant des comptes à un Dieu muet.

L’annexe du livre contient un rapport psychologique sur Révérien Rurangwa, apportant une preuve scientifique de l’horreur vécue par l’auteur.

Le livre est éprouvant à lire, ce n’est rien comparé à l’horreur qu’a vécu l’auteur et son combat pour continuer à vivre malgré les cicatrices, physiques et mentales qui le hantent jours et nuits.

Il a écrit se livre, taché de son sang et de celui des 43 membres de sa famille, il est le seul survivant. Écrit pour la mémoire. Pour ne pas oublier. Pour la première fois dans ma vie de « lecteur », j’ai eu cette terrifiante sensation de lire les mots d’un fantôme… vivant.

Il est de notre devoir à nous, français, de le lire. Il vous faut passer par se témoignage, par se cri de justice cerné de terreur, pour demander justice aux criminels ayant apporté assistance aux génocidaires : l’armée française, et surtout les politiciens à la manœuvres, faisant partie des coupables.

Voici ce que le président français a dis à propos de cette horreur à l’époque même où se déroulé le massacre : « Dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important. » François Mitterand, été 1994.

Cette année, le président Emmanuel Macron a présenté ses excuses au peuple Rwandais. C’est un (petit) début, place maintenant à la justice, à mettre en avant cette dernière les cadres politiques impliqués, débloquer toute les archives, aux coupables français de dire la vérité. Je pense que la justice aura besoin de la collaboration d’ex-membres du gouvernement et de l’entourage de François Mitterand, des personnalités des plus hautes strates de la république française de l’époque, dont les agissements sont plus que suspects et demandent des éclaircissements. Des réponses sur qui a tiré sur l’avion du président hutu Habyarimana, qui a déclenché un bain de sang. Ces « acteurs français » profondément impliqués parleront, à force de demander des comptes et des réponses, car plus que le politiciens, c’est l’homme qui, responsable, se regarde tous les matins devant le miroir et entends sa conscience le juger, comme Révérien Rurangwa se regarde dans le miroir pour voir son visage marqué éternellement par la haine qui s’est déchaînée grâce à l’aide de ces hommes politiques français. J’ai appris que tôt ou tard, dans la vie, tout fini par se savoir, et les jeunes générations, la mienne et les plus jeunes encore demanderont des comptes. Grâce au travail de mémoire d’un Rurangwa, grâce à la recherche frénétique de vérité d’un Exupery, grâce au témoignage d’un Ancel, la vérité se force un chemin.

Nous apprenons à l’école ce qu’était la Résistance française mais aussi la Collaboration, peut-être apprendrons un jour à nos enfants l’influence négative française dans le génocide d’un millions d’innocents grâce à ces nombreux combats que mènent survivants, témoins, victimes,« observateurs » et coupables.

Ces secrets enfouis en Bosnie dans les ruines de Sarajevo, sous le chaud soleil d’Algérie, dans les collines du Rwanda, ces secrets sortiront un jour. Tout fini par se savoir, je le répète, j’en suis sûr. Le temps fera son travail de mémoire lui aussi. Impitoyable est le temps et la justice qui l’accompagne.

Maintenant que la vérité semble vouloir se montrer, en tant que français, je pense qu’il faut allumer les projecteurs, et mettre les acteurs criminels en pleine lumière.

Si les militaires français et politiques ne veulent pas parler, à nous de leurs faire entendre que la justice doit-être rendu aux victimes et survivants du génocide Tutsi au Rwanda.

Ne passer pas à côté de se livre, ne chercher pas d’excuses, vous vous devez de le lire. Il le faut. C’est un fait compréhensible de ne pas vouloir lire d’horreurs, c’est aussi un fait que Révérien a vécu et vit un calvaire tout ça à cause de démons qu’aucunes mythologies ni religions n’ont contés dans leurs histoires. Si lire un livre comme celui-ci est difficile pour vous, que penser de l’auteur qui a vu et subit les pires choses que l’être humain peut faire à son voisin et ami(e), qui a non seulement vécut, survécut et survit encore mais qui a décidé d’écrire, de replonger dans l’indicible, la cruelle réalité de ce qu’il a vécu ? Injustice que de laisser le témoignage de cet homme de côté.

Sur le confort de votre canapé, lit, ou fauteuil, vous lirez se livre, ne serait-ce que pour savoir que la France a apporté assistance au massacre d’un millions d’innocents, que les criminels, eux aussi probablement confortablement installés vont devoir un jour se lever et rendre des comptes. Car ses crimes ont été assistés par les politiques français, en notre nom, nous refusons qu’ils passent leurs restants de leurs jours sans payer et les forcer à dévoiler la vérité pour, du moins nous l’espérons, donner un semblant de repos à ce millions d’âmes perdues et aux survivants, fantômes parmi les vivants. Ne sommes-nous pas le pays des Droits de l’Homme ? Ne devons nous pas agir ? Nous regarder en face ? Ne pas nous contenter de bons mots mais d’actions ? C’est au peuple français de décider si il veut la vérité. Et trop peu d’entre nous semble vouloir essayer de chercher cette justice. Certains même la nie.

Commandez le livre sur internet, dans votre librairie ou votre bibliothèque, française, français, vous n’avez aucune excuse. Lisez le, éduquez vous pour qu’aucun autre de ces crimes ne puissent se dérouler ainsi impunément encore une fois. Car le savoir est une arme, amenons donc les coupables à parler, ils ne pourront plus se cacher, car vous le savez, et la justice, la vraie, est le point de départ pour qu’un Révérien Rurangwa puisse un jour ne serait-ce que considérer la possibilité de pardonner.

Peuple français, communauté internationale, il est temps de demander aux coupables de parler. Sinon l’Histoire s’en chargera, et les prochaines générations demanderont des comptes.

Comme le dit le proverbe : Qui ne dit mots consent, Révérien Rurangwa le cite dans son livre, c’est à nous d’aider, de lire, d’écouter les survivants pour briser le silence.

L’auteur, Révérien Rurangwa.

Voici une liste d’association portant aide et assistance aux survivants et à leurs famille : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Liste_d%27associations_rwandaises

Jaskiers

Exercices de survie de Jorge Semprun

En couverture, peinture de Peter Knapp : La lutte avec l’Ange.

Quatrième de couverture :

« J’étais dans la pénombre lambrissez, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n’était pas l’heure ; je veux dire, l’heure d’y être en foule, l’heure d’y être attendu ou d’y attendre quelqu’un. D’ailleurs, je n’attendais personne. J’y étais entre pour évoquer à l’aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j’étais devenu.

J’avais tout juste le désir d’éprouver mon existence, de la mettre à l’épreuve. »

Nous sommes en 2005, Jorge Semprun se confronte à son passé et relate, comme il ne l’a encore jusque-là jamais fait, son expérience de la torture. Il nous offre un témoignage sans pathos, récit à la fois poignant et détaché, d’où se dégage une perception philosophique prégnante. Un nouvel éclairage saisissant de ce que fut ce singulier penseur.

Jorge Semprun, mon écrivain espagnol préféré, ou devrais-je l’appeler Le grand espagnol comme l’écrit Régis Debray dans son introduction.

Un homme qui parlait trois langues, l’espagnol bien sur, le français et l’allemand. Savoir qu’il a écrit ses livres en français, avec une prose que peu de personne, dont la langue maternelle est la langue de Molière, n’ont jamais eux, moi y compris. Un maestro des mots, une personnalité forte et courageuse, oublié trop souvent.

Jorge Semprun évoque, son action dans la résistance française, il avait 20 ans, il était espagnol. Trahis par un membre de la résistance française, il sera capturé par la Gestapo, torturé et emprisonné à Buchenwald.

Les livres de Semprun sont toujours une surprise, il attaque avec dextérité des sujets extrêmement difficiles avec une prose acrobatique, philosophique et poétique. Des témoignages parfois sous couvert de roman, d’un récit inventé il ne le cache pas au lecteur d’ailleurs. Je sais pertinemment, grâce à Hemingway, entre autre, qu’écrire sur l’horreur via la fiction permet de donner au lecteur un récit plus vrai et réel qu’un témoignage directe et sans fard. Semprun, lui, saupoudre ses récits de sa magie, et de son immense talent, la maîtrise des mots qui semblent danser et lui obéir au moindre geste de sa plume belle et secrètement acérée comme une dague, qu’il utilise avec parcimonie et subtilité. Sans pathos jamais, avec humour parfois.

Les livres de Semprun sont teintés de philosophie, de réflexions profondes et de poésie. Dans l’horreur même, il amène son lecteur à voir la petite fleur qui pousse au milieu d’une jungle de béton. Ce ne sont pas des récits dont vous sortez indemne, je ne parlerai pas de violence, mais plutôt d’une réflexion plus profonde, visé plein pot sur l’être humain, avec d’un côté la vérité, dure, froide et cruelle et de l’autre une lueur d’espoir.

Une partie de son récit est consacré à ses dix années de clandestinité au sein du Parti Communiste espagnol après la Seconde Guerre Mondiale durant la dictature de Franco. Courage, confiance et abnégation. Voir même provocation, du moins dans cet ouvrage.

Le livre est très court, mais vaut la peine d’être lu. Pour ne jamais oublier. Exercices de mémoires, écrits des tripes d’un survivant pour nous.

Voici quelques extraits ayant pour thème l’Homme face à la torture, entre autre :

Écrivain pourtant ? Était-ce tellement évident à l’heure lointaine que j’évoquais ? Je me trouvais plutôt, à l’époque, devant l’impossibilité radicale, l’indécence même de l’écriture.

Je savais bien que j’avais des chances toutes les chances d’être torturé, en cas d’arrestation par la Gestapo, que ce fût l’allemande ou la française. Dans nos conversations, d’ailleurs, nous craignions davantage la française que l’allemande.

[…] les méthodes habituelles de la Gestapo : matraquage, pendaison par une corde attachée aux menottes, privation de sommeil, baignoire, arrachement des ongles, électricité, in crescendo.

[…] la torture est imprévisible, imprédictible, dans ses effets, ses ravages, ses conséquences sur l’identité corporelle.

Je ne vois réellement qu’une personne, une seule […] avec qui il ne serait pas impossible, ni indécent, d’évoquer cette expérience : Stéphane Hessel.

[…] il serait absurde, même néfaste pour une juste conception de l’humanisme possible de l’homme, de considérer la résistance à la torture comme un critère moral absolu. Un homme n’est pas véritablement humain seulement parce qu’il a résisté à la torture, ce serait là une règle extraordinairement réductrice.

[…] c’est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j’ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps.

Mon expérience personnelle m’apprend que ce n’est pas la victime mais le bourreau – si celui-ci en réchappe, s’il y survit dans une existence ultérieure, même anonyme et apparemment paisible – qui ne sera plus jamais chez soi dans le monde, quoi qu’il en dise lui-même, quelque soit son faire semblant.

Le livre parle aussi de la libération de Buchenwald, de la manière dont deux américains ont retrouvés les survivants. C’est un passage marquant, écrit comme seul pouvait le faire Jorge Semprun.

Le livre est très court, comme je l’ai déjà noté, si vous avez lu ces œuvres, ce petit livre vous apportera encore un petit plus sur la vision de l’être humain, de la guerre, de la vie par Semprun. En n’oubliant pas la philosophie très personnelle du Monsieur. Oscillant entre lumière et ténèbres.

Une réflexion philosophique sur l’impensable et l’indicible, après l’enfer, et un combat continu, plume en mains. Écrire est un combat, survivre une chance, témoigner un sacerdoce. Cruel mais important. Semprun, ou avancer et se battre en écrivant.

Jaskiers

Miracle dans les Andes de Nando Parrado

Quatrième de couverture :

C’est un vendredi 13, en 1972, que le Fairchild F-227 qui transportait une équipe de rugbymen uruguayens s’est écrasé dans les Andes.

Cet accident allait donner naissance à une légende.

Soixante-douze jours durant, les survivants de ce crash vécurent sur un glacier à 3 500 mètres d’altitude, au milieu des cadavres et des débris de la carlingue.

Seuls au monde, ils luttèrent contre le froid et le désespoir – n’ayant bientôt d’autre choix que de manger la chair de leurs compagnons morts.

De cet episode – dont le journaliste Piers Paul Read tira un ouvrage qui émut le monde entier -, il nous manquait, à ce jour, le récit d’un survivant.

Et c’est ce récit que Nando Parrado, après s’y être refusé pendant plus de trente ans, vient d’écrire.

Une extraordinaire leçon de courage.

Je me rappel, j’étais très jeune quand j’avais entendu parler de cette histoire. Je l’avais entendu à la télévision. Et comme tout enfant ayant des questions, j’avais demandé à ma mère de m’en dire plus. C’était la première fois que j’entendais parler de cannibalisme. J’étais choqué d’apprendre que des gens pouvaient se manger entre eux.

Des décennies plus tard, peut-être deux, j’ai acheté se livre. La boucle allait se boucler… d’une manière brutale.

Ils étaient jeunes, très jeunes. Fier d’être rugbymans. La vie devant eux, Nando avait sa mère et sa sœur dans cet avion. La plupart d’entre-eux n’avaient jamais vu la neige, ne l’avaient jamais touchées. Ils étaient uruguayen, un pays plutôt plat, gorgé de soleil. Rien ne les avaient préparé à affronter cette terrible expérience.

La lecture est incroyable, incroyablement prenante, incroyablement triste, incroyablement épuisante. Je ne m’attendais pas à tant d’horreurs, de luttes, d’espoirs, de malheurs, de déterminations, de foi, d’amours.

Arrivé au milieu du livre, une petite section photographie nous ai présenté. Prise par l’auteur grâce à un appareil photo miraculeusement retrouvée dans la queue de l’avion, à des heures de marches de leur épaves. J’ai eu les larmes aux yeux. J’ai mis des visages sur des noms, des souffrances, des morts. La lecture a commencé à me hanter. Au point d’en cauchemarder la nuit. Jamais je n’aurai penser que cet ouvrage aurai pu me bousculer autant.

Leçons de courage, de sacrifice, de survie, d’abnégation, d’amitié, de loyauté.

J’ai l’habitude de couper des petits lamelles de post-it pour marquer les passages qui me marquent, que je trouve important de partager, mais le petit ouvrage est rempli de ces lamelles. Recopier tous les passages de se livres rendrai une potentiel lecture de votre part gâchée. Je me contenterai que d’un seul passage.

Comme noté plus haut, bien trop d’extrait de se livre m’ont marqué. Chaque lamelle de Post-It est un de ces passages.

Cette histoire de survie, d’hommes, de jeunes hommes, accrochés à la vie est émouvante, dure, cruelle. Mais vrai.

Nous pensons être les maîtres du monde, en haut de la chaîne alimentaire, mais des endroits sur cette planète, que nous détruisons d’ailleurs, peuvent nous détruire en quelque heures. Quelques minutes.

Nous ne sommes pas grand chose, juste une partie, infime, de cette immense univers. Dieu, ou la vie, ou qu’importe prend et donne, sans faveurs, c’est comme ça. Terreur de savoir que rien n’est totalement sous notre contrôle. Que la mort est notre finalité et qu’elle peut s’abattre sur nous à tous moments. Nul n’est immortel.

À part l’amour de vivre, l’Amour avec un grand « A », l’amour d’un proche qui les attends, d’une femme, d’une famille, juste l’amour, rien d’autre n’aurait pu aider ses hommes à survivre. Rien.

Cette lecture est une expérience, que vous devriez faire. Absolument.

C’est une remise en question, métaphysique, presque impossible à décrire, que de lire ces lignes. Les lignes d’un survivant, amené au-delà des limites humaines, presque une autre dimension, une trance ? Non, quelque chose d’autre. Qui se passe dans notre tête, ou dans notre âme. Nous sommes capables de choses qui dépassent l’entendement. Utilisons cette capacité pour le bien de tous.

Roy Harley, dans les bras de sa mère après le sauvetage. Roy était le plus jeune survivant du crash. Il était aussi à quelques heures de la mort.
Mémorial dressé sur les lieux du crash. Les débris de l’avion ont été utilisés pour sa création.
Les survivants apercevants l’helicopter venu les secourirs.
Débris de l’avion retrouvé des décennies après le crash.
Nando Parrado, l’auteur, après avoir trouvé les secours.

Extrait :

[…] La croûte était collante et grumeleuse : ce n’était rien d’autre que mon propre sang en train de sécher. « Nando ? répéta Roberto. Souviens-toi, nous étions dans l’avion… pour aller au Chili… ». J’acquiesçai en fermant les yeux. J’étais désormais sorti des brumes ; ma confusion ne pouvait plus me cacher la vérité ; et pendant que Roberto me nettoyait le visage, je commençais à me souvenir.

Ici [dans les Andes], rien n’était favorable à la vie humaine, rien ne reconnaissait même son existence. Le froid me tourmentait. L’air était trop rare pour satisfaire aux besoin de nos corps. Le soleil violant nous aveuglait, […] il était impossible de s’aventurer ne serait-ce qu’à quelques mètres de l’avion sans [s’enfoncer dans la neige]. […] il n’y avait pas un seul organisme pour nous servir de nourriture. […] toutes formes de vie est ici une anomalie, et les montagnes ne tolèreront cette anomalie que pendant un certain temps.

« L’amour affronte la mort ; lui seul, non pas la vertu, est plus fort qu’elle. »

La montagne magique (1924) Thomas Mann

Jaskiers

Le dernier ermite de Michael Finkel

Quatrième de couverture :

En 1986, Christopher Knight, un jeune homme intelligent et timide, décide de quitter la société des hommes pour vivre dans une solitude totale au cœur de la forêt du Maine. Pendant près de trente ans, il ne parlera à personne, fuira tout contact, apprenant à survivre au froid et à la faim grâce à son courage et à son ingéniosité. Pendant toutes ces années aussi, il réussira à s’introduire dans des cottages pour trouver des vêtements, des livres, des piles, de la nourriture… qui lui permettront de traverser sous sa tente les terribles hivers de cette région américaine, jusqu’à son arrestation en 2014.

Michael Finkel a été le seul journaliste auquel Christopher Knight a accepté d’accorder de nombreux entretiens. Un ouvrage qui n’est pas seulement un récit de survie mais qui pose des questions fondamentales sur la solitude et les contrastes de notre société.

J’avais acheté ce livre durant le deuxième confinement, à la fin de l’année dernière. Je m’étais dis qu’il serait intéressant de voir comment un homme avait pu être isolé de tout et de tous durant 27 ans. Et il s’avère que même après cette lecture, finie durant ces temps de déconfinement, se livre m’a beaucoup apporté.

Étant un solitaire, je me suis reconnus dans certains traits de caractères de l’homme, Christopher Knight, l’Ermite. Devenu une légende de son vivant.

Les gens racontaient des histoires sur un homme des bois mystérieux qui volait de la nourriture dans les petits chalets des vacanciers du camp de Pine Tree, au bord du North Pond à l’ouest d’Albion, dans l’état du Maine.

En 27 ans, Christopher Knight, l’ermite du Maine, au nord-est des États-Unis n’a prononcé qu’un seul mot : « Bonjour », à un randonneur passant près de la forêt où il vivait.

Il vivait de petit larcins, de cambriolages, effectués dans les petites cabines des vacanciers. Il volait de la nourriture et des habits, des piles et des batteries de voitures, quelquefois des deodorants et de vieilles consoles de jeux vidéos. Il ne cassait jamais rien, ne volait jamais d’objets précieux. Il n’était jamais armé. Les propriétaires de ces cabines ne l’ont jamais attrapés. Quelques images sur des caméras de surveillances mais rien de plus. Il aura fallu le garde du camps de vacanciers et quelques ami(e)s à lui pour réussir à l’attraper. Pendant 27 ans, il a réussis à échapper à ces hommes et femmes. Malgré les battues, les vacanciers, les randonneurs, personne ne savait qui il était. Ni où il vivait. Son campement n’était pas extrêmement loin des chalets. Même plutôt proche. Mais Knight connaissait par cœur son environnement, il pouvait le faire lors de nuit sans Lune, sans faire un seul bruit. Les types de sols, les branches, il connaissait son environnement comme si il l’avait créé. La nature a créé son environnement, il s’est juste adapté.

L’Homme a une capacité d’adaptation à son environnement incroyable. Chris l’a utilisé avec intelligence pendant plus de deux décennies.

Son camps était extrêmement difficile d’accès aussi bien qu’il était caché. Il y survivra durant les terribles hivers qui s’abattent sur le Maine chaque année.

Le camp de Christopher Knight.

Lire, méditer, construire, voler. Ça vie se résumait à ces quatre mots. Surtout, ne jamais rencontrer d’être humain. Il ne les comprends pas. Il n’est pas méchant, ni violent. Mais les interactions avec autrui étaient trop compliquées pour lui. Certains psychiatres soupçonnent que Chris souffrirai du syndrome autistique, plus précisément d’Asperger. Mais cela ne reste que des suppositions.

Une fois arrêté, en prison, c’est un enfer qu’il affronte, intérieurement, dans son âme. Le bruit, les prisonniers, les gardes, les murs. Il est perdu, inconsolable. Michael Finkel, l’auteur, qui lui rendra plusieurs fois visite, ne croisera que très peu son regard.

Michael est froid, distant, parfois arrogant. Il a une vision bien à lui de la vie. Chaque interaction avec un autre être humain est un supplice.

Après son procès, sa vie changera, il sait qu’il ne pourra jamais retourner dans SES bois. Dans son univers, à lui. Dans son silence. Il se voulait être l’ermite « ultime », il l’a été, de son point de vue, pendant toutes ces années.

Apprendra à vivre avec les autres, travailler, parler à des psychothérapeutes. Autant de défi, pour celui qui n’a prononcer qu’un seul et unique mot pendant 27 ans.

Christopher Knight durant son procès.

J’ai moi même de l’affection pour le silence, c’est rare de nos jours, le silence. C’est un luxe, une rareté. Le bruit est une pollution qui agit grandement sur la santé mentale, pouvant entraîner des problèmes de santés physiques. Pour moi, et pour Christopher Knight aussi, le silence va de pair avec la solitude. Se retrouver face à soi-même peut être terrifiant, mais je pense qu’il faut s’affronter parfois.

J’ai découvert que personnellement, la solitude est presque addictive. Personne pour vous juger, personne pour critiquer ou déranger. Malheureusement, se déconnecter de la société est dangereux, surtout en France où les relations humaines priment. Le contact humain est important en France. Bien sur, il n’y a pas que dans l’hexagone. Mais la France a sa culture, et elle aime le contact.

Certaines personnes devraient comprendre qu’avoir envie d’être seul est aussi normal qu’avoir envie d’être avec le monde. Même, les solitaires sont solitaires et n’ont pas à être jugés comme égoïstes ou égocentriques, comme nous ne jugeons pas négativement les personnes ultra-sociable, être solitaire ne devrait pas être une tare. Nous sommes qui nous sommes, même la science nous le dit. Vivez votre vie comme vous l’entendez, mais ne jugez pas les personnes qui pensent et vivent différemment de vous comme mauvais.

Pas d’enfant, pas de mari/femme, pas de maison ni de voiture à rembourser. Certains veulent vivres comme ils l’entendent, rien ne force à suivre les mêmes routes. Nous sommes libres et certains prennent cette liberté et la bichonne et l’utilise, la polisse comme bon leur semble.

Ne vous engagez à rien avant d’avoir bien réfléchis, si comme moi, ou Chris, votre liberté est le bien le plus précieux que vous avez.

Laissez nous être. Laissez vous vivre.

Le silence est d’or et la parole et d’argent. Comme nous disons en France. Lequel de ces deux métaux est le plus précieux ?

Voici pour vous de nombreux extraits, à méditer, à débattre ou juste à lire.

Extraits :

Après un quart de siècle d’enquêtes décousues, assorties de battues, de survols et de relevés d’empreintes, menées par qu’âtre force de maintien de l’ordre distinctes […] personne n’avait jamais pu découvrir l’identité de l’ermite.

Christopher Knight, pourrait-on avancer, est de toute l’histoire de l’humanité l’être le plus solitaire qu’il nous ait été donné de connaître.

« […] Que le silence intimide, cela me rend perplexe. Pour moi, le silence est normal, confortable. » Plus tard il ajoutait : « J’admets ressentir un peu de mépris envers ceux qui sont incapables de se taire. »

La mousse recouvrant les rochers, mon pied a ripé et le poids de mon sac à dos, bourré de matériel […], m’a fait perdre l’équilibre d’un coup. J’ai roulé-boulé la tête la première, me suis cogné le front contre une roche […] L’une de mes chaussures de marches, pas adaptées à ces bois, s’était déchiquetée. Knight arpentait ces lieux sans arrêt. En silence. Sans se blesser. De nuit. Comment était-ce possible ?

[…] Un marteau arrache-clou presque avalé par un tronc était devenu impossible à retirer, et Terry Hughes [le Shérif] m’a confié que c’était ce marteau, plus que tout le reste, qui lui avait fait comprendre combien de temps l’ermite avait vécu là.

Le désir d’être seuls, ont découvert les biologistes, est en partie génétique et quantifiable, dans une certaine mesure. Si vous présentez de bas niveau d’ocytocine, neuropeptide sécrété par l’hypophyse – parfois qualifiée de principale composante chimique de la sociabilité – et de fortes concentrations d’une hormone, la vasopressine, susceptible de réduire votre besoin d’affection, vous aurez tendance à moins exiger de relations personnelles.

Sa famille n’avait apparement jamais contacté la police au sujet de la disparition de Chris.

Une force qui le dépassait l’avait attiré loin du monde avec toute le persistance de la gravité. Il aura été l’un des solitaires les plus endurants qui soient, et parmi les plus fervents. Christopher Knight était un véritable ermite.

Il souhaitait vivre une solitude inconditionnelle, un exilé dans une île de sa propre création, former la tribu d’un homme seul, sans aucun contact extérieur.

Les saletés qui comptent, les mauvaises bactéries, le virus malfaisant, tout cela se transmet généralement par la toux, les éternuements, les poignées de mains et les baissés. Notre santé et parfois le prix à payer de notre sociabilité. Il s’était placé en quarantaine loin de l’espèce humaine et s’évitait nos dangers biologiques. Il restait d’une santé phénoménale.

La lecture était sa principale forme de divertissement. […] À l’intérieur d’un livre, la vie lui semblait toujours accueillante. Elle ne lui imposait aucune exigence, alors que le monde des relations humaines étaient si complexes.

Les physiologistes pensent que, dans des environnements naturellement silencieux, notre organisme se détend, parce que c’est le cadre dans lequel nous avons longtemps évolué. Nos sens ont mûri dans les prairies et les bois, et restent calibrés sur cette base.

Il a pu se considérer comme l’un des rares individus sains d’esprits qui restent. Il était déconcerté de ce que passer les meilleurs années de sa vie dans le box d’un bureau, de passer des heures, tous les jours, devant un ordinateur, contre de l’argent, soit jugé acceptable, mais que se détendre dans une tente au fond des bois soit la marque d’un être dérangé.

Il renonçait à tout artifice ; il devenait à la fois personne et tout le monde. […] Il existait, simplement, pour l’essentiel, dans un maintenant perpétuel.

Il obéissait à un appel très étrange et demeurait fidèle à lui-même, plus que nous ne l’oserons jamais.

En espérant que ces lignes vous aiderons à comprendre le besoin de certains d’être seuls, d’avoir besoin de silence et d’introspection. De vivre leurs vies comme bon leurs sembles.

Jaskiers

La guerre et après… par Pauline Maucort

Quatrième de couverture :

En Afghanistan, un tireur d’élite abat un homme. Trois mois plus tard, en France, son visage revient le hanter. Il commence à lui parler.

Un officier psychologue rapatrie contre son gré un soldat dont les mains tremblent si fort qu’elles n’arrivent plus à tenir un fusil.

Un caporal infirmier soigne la blessure par balle d’un Afghan sur lequel il pense avoir tiré la veille.

Un sergent maître chien démissionne et se forme au massage aux pierres chaudes et aux bols tibétains pour répandre la paix dans le monde.

Pendant ce temps, un caporal-chef enfile ses gants blancs. Il va rendre visite aux familles et leurs annoncer que leurs maris et fils sont décédés.

Dans La guerre et après… neuf militaires français racontent leurs missions en Afghanistan, au Mali et en Centrafrique. Ce qu’ils ont fait, ils n’ont jamais osé le dire à personne. S’ils acceptent de témoigner ici, c’est pour rendre hommage à leurs camarades morts au combat. Donner du sens à ce qu’ils ont enduré et partager les questions qu’ils se posent sur l’existence.

Ce livre raconte ce que font les militaires français en notre nom, nous, dont le quotidien n’est plus fait de guerre. De l’aventure, des tragédies, des histoires d’amour, de camaraderies, des trahisons, du sexe et des larmes. La guerre révèle les recoins les plus inavouables de l’âme humaine.

Pauline Maucort est journaliste (France Culture, RFI). Depuis 2008, elle s’intéresse aux traces que laisse la guerre sur ceux qui la font. Elle est l’auteure de documentaires, reportages et fictions radiophoniques diffusés dans Sur les Docks, Les Pieds sur Terre, Une vie une œuvre, et La Vie Moderne (France Culture).

Ce livre m’a été conseillé par Guillaume Ancel, quand je lui ai demandé se que pouvait ressentir un soldat après avoir été sur un théâtre de guerre. Comment revenir à la vie civile, comment vivre avec l’horreur, comment vivre avec le fait d’avoir tiré sur d’autres êtres humains et de se faire tirer dessus ? Comment retrouvent-ils une vie normale ? Le peuvent-ils ? Comment les civiles se comportent avec eux, quelles sont les questions les plus dures qu’ils aient à affronter de la part de leurs concitoyens qui n’ont pas vécus de conflit ? Peut-on reprendre ne serait-ce qu’un semblant de vie normale ?

En Amérique, on parle beaucoup des vétérans, souvent en proie au syndrome de stress post-traumatique. Souvent laisser sur le côté, beaucoup de vétérans américains finissent alcooliques, drogués, sans domicile fixe. Catégorisés comme des Bad boys, leurs réputations de soldats les précèdent dans leurs retour à la vie civile.

En France, je n’ai JAMAIS entendu parler des vétérans. Que ce soit dans les médias ou autre, leurs sorts ne semblent pas inquiéter, ou préoccuper, la population. Le tabou de la santé mentale en France est toujours présent, mais c’est silence total à propos des soldats revenant traumatisés. Jamais les médias ne semblent leurs donner la parole. L’introduction de Pauline Maucort apporte une très intéressante information : l’armée recrute. Pourquoi laisser la parole aux vétérans quand on peux projeter à la télé et sur internet des publicités à l’esthétique hollywoodienne ?

Si vous lisez le blog de Guillaume Ancel, ou l’un de ses ouvrages, vous savez que l’armée conseille aux vétérans de « fermez leurs gueules ». Et à quel point il est difficile de parler des expériences vécues sur les théâtres de guerre aux civiles. Soit ces derniers ne veulent pas écouter, soit ils cherchent à savoir les détails morbides, des questions déplacées. Cet ouvrage confirme ses dires.

J’avais comme projet d’écrire plusieurs nouvelles sur se thème, avec différents théâtres de guerre et différentes expériences, portant sur le trauma d’après-guerre. L’exercice s’annonce pour l’instant beaucoup trop difficile pour moi. Même si j’ai entrepris l’écriture d’une nouvelle, en anglais, ayant pour sujet la guerre dans le Pacifique. Il me faut en savoir plus, et surtout, quant on écris, de savoir la vérité, et de le poser sur papier. De ne pas d’auto-censurer, ne pas se trahir sois-mème, ni le lecteur. Jamais. Un projet qui ne vera peut-être pas le jour.

C’est avec ces questions et ces projets que j’ai ouvert le livre de Pauline Maucort.

J’ai décidé d’écrire cette article avec quelques extraits glanés dans l’ouvrage (avec l’autorisation de l’auteure). Je vous retrouve après ces extraits, qui répondent à mes questions posées en début d’article :

Extraits (ces témoignages proviennent de différentes personnes. De différents soldats. J’ai omis volontairement d’indiquer qui témoignait pour vous laissez découvrir par vous-même) :

[…] les Français nous ignorent complètement. Les politiques nous envoient en mission à droite, à gauche, on obéi consciencieusement, dans l’indifférence générale. C’est peut-être ça le plus douloureux, ce sentiment d’aller au carton pour défendre des gens qui n’en ont rien à foutre de ta gueule.

On tirait dans la direction d’où venaient les coups de feu. Je crois que je n’aurai pas aimé devoir tirer sur quelqu’un. Je veux dire, voir la personne sur qui je tirais. Viser quelqu’un, le voir et tirer, c’est chaud quand même.

Au début c’était toutes les nuits, avec le temps les cauchemars se sont espacés. Deux fois par semaine, puis des trêves pendant plusieurs mois. Ils reviennent quand je traverse des moments de mélancolie.

Je dors, jusqu’à ce que mon sommeil se change en sang.

Le psy m’a dit que c’était important de l’écrire, c’est une façon d’en parler. Il faut parler de la guerre. Des événements comme ça, c’est pas anodins pour le psychisme, dans notre société, ça crée des décalages. Alors en mettant des mots, je construit des ponts entre notre cerveau et le monde.

Si tu savais… La guerre, c’est pas ce que tu crois. C’est avant tout l’attente. L’ennui à t’en donner la nausée.

Quand tu reviens, t’es comme un con : la vie des autres a continué, mais la tienne, où est-elle ? Tu réalise que t’es que dalle. […] Les parents et toi, vous me demandez de raconter ce que j’ai vécu, mais je n’ai pas envie. […] Le risque, si je commence l’histoire, c’est que j’arrive au moment où il faudra raconter ces trucs que personne ne veut entendre. […] Je préfère me taire, dans ma bulle, c’est plus simple. Parfois je me demande si je vais bien. C’est quoi allez bien ? Je ne ressens plus rien.

Je viens d’expérimenter la règle : ne jamais partager avec des proches ces moments si intense du combat, pourtant essentiels pour nous. Il doivent rester entre nous. Pour le bien de tous.

[…] Première fois de ma vie qu’un gars me tire dessus volontairement. C’est seulement en écrivant ces mots que la peur arrive et me submerge.

Je suis changé. Où est-ce la vie qui a changé pendant mon absence ? Je ne me reconnais pas, je ne suis pas patient. La violence est en moi, elle a besoin de sortir. […] La vie quotidienne en couple me rend dingue.

Les médecins étaient formels, j’étais diagnostiqué syndrome de stress post-traumatique. Mais le conseiller [de l’assurance] n’en démordait pas, je n’avais pas de blessure physique, je devais m’estimer heureux, j’avais des camarades qui revenait amputés, handicapés à vie. À quelle indemnisation pouvais-je prétendre ?

Quand c’est pas avec mes filles, c’est au boulot qu’ils me harcèlent, les flashs. […] Si il n’y avait pas mes filles, ça ne me dérangerait pas de m’ôter la vie. Ce serait tellement simple. Léger, efficace, rapide. J’y pense quand elles ne m’appellent pas. Quand je me demande je suis quoi sur cette terre, je sers à quoi ?

[…] on est les premiers exposés aux tirs des insurgés, on en crève, pour des salaires de misère, pendant que les grands patrons, payés cinq ou dix fois plus, restent planqués. C’est nous qui faisons les frais de leurs décisions à la con. Ou plutôt de leur indécision.

J’ai ôté la vie à un père de famille. Je ne peux en parler à personne. Ça tourne en boucle. Ça me ronge le sommeil.

Quand je suis rentré, quelque chose s’est brisé en moi. J’étais heureux de revoir ma compagne et mes enfants, mais j’avais changé, et je craignais que cela ne se voie. En France, je subis le système. La vie me pèse. Je me retrouve seul.

[…] une porte qui claque, je sursaute et je me plaque au sol, la tête dans les épaules, c’est automatique. Une bouffée de chaleur m’envahît.

Avant notre départ [pour la France], le général P., commandant des forces spéciales, nous avait rassemblés pour donner des consignes : interdiction formelle de parler à quiconque, encore moins à un journaliste. On devait fermer nos gueules, ce qui se passait là-bas devait rester là-bas.

La colère que je ne pouvais pas envoyer contre mes supérieurs, c’est mon fils aîné qui se l’est prise en pleine face. Il est devenu mon punching-ball.

Ce que j’ai découvert, c’est que la sacro-sainte légende des Frères d’armes n’est bien qu’une légende. Je l’avais déjà remarqué dans le livre de Norman Mailer : Les nus et les morts, je l’avais d’ailleurs écris dans mon article.

Bien sur, on se protège entre soldats, entre amis, mais se cercle est réduit à votre unité.

J’ai aussi appris à quel point l’armée française était pauvre. Elle n’a pas les moyens de « rivaliser » avec l’armée américaine, bien sur, les US ont un budget défense colossal comparé aux français. L’armée française. c’est la débrouille. On vole, on chaparde, on a pas les moyens…

Appris aussi la violence dont sont capable les officiers, déchaînants leurs frustrations à coups de claques et de poings sur les soldats du rang.

Le sexisme, la misogynie dans les rangs de l’armée française est omniprésente. Il est bien plus difficile d’être une femme soldat qu’un homme. Leurs parcours dans l’armée est miné par les soldats masculins, les officiers, les commandants, les « hauts gradés ». Une femme soldat dans l’armée française est en guerre, avec l’ennemi ET avec sa propre armée. Le témoignage d’une de ces femmes, présenté dans le livre, est extrêmement choquant et troublant. Honteux aussi il faut le dire. Une chose que j’ai appris, bien que je me doutais que le microcosme de l’armée n’acceptait qu’avec beaucoup de réticences les femmes. À lire pour comprendre à quelle point les femmes doivent se battre pour s’imposer dans l’univers militaire.

J’ai regardé ma dose de documentaire sur l’armée française, la Légion Étrangère ect… et j’ai découvert à quel point ces documentaires étaient édulcorés. Nous apprenons plus à lire se livre qu’à regarder ces documentaires qui ne montre que très peu de la réalité des légionnaires, sur le terrain, en France et après.

Le livre aborde aussi un sujet que je n’avais, pour le coup, jamais pensé : le sexe. Sujet tabou, dans le civil oui, mais dans l’armée ? Jamais se sujet ne m’avait traversé l’esprit. Et c’est un sujet qui s’avère important. Tant pour les hommes, que pour les femmes engagés.

Même si j’ai échangé avec Pauline Maucort, je vais donner mon avis, franc et sincère, comme je l’ai fais avec l’ouvrage de Guillaume Ancel, je ne mentirai pas.

Le livre est excellent. J’ai beaucoup lu de témoignage, de journal de guerre, de toute les époques. Depuis longtemps j’étais à la recherche d’un livre sur le retour des vétérans, la vie après la guerre. Le livre tombe pile dans ce que je recherchais, c’est à dire que deviennent nos militaires, qui sont encore présents sur de nombreux théâtres de guerre à l’heure où j’écris ces lignes, quand ils rentrent chez eux, dans le silence, après des mois de tensions intenses, physiques, psychiques et émotionnelles ? Le corps et « l’esprit » sont des éponges, notre inconscient enregistre des milliers de données à la seconde, rien qu’en lisant ces lignes. Imaginez donc se qu’il enregistre lors de situations de dangers extrêmes. Tous les soldats dans le livre font face à de terribles cauchemars, l’inconscient se déchaîne, le corps a trop enduré, lui aussi a une mémoire. Et ces hommes et femmes sont seuls. Terriblement seuls dans leurs malheurs.

C’est un livre important. Il faut le lire, pour savoir. Savoir que des hommes et femmes souffrent dans le silence. Ils méritent notre respect, notre considération et compassion. Se livre devrait être lu dans les collèges ou les lycées. Bien sur, cela ne se fera sûrement pas, nous devons nous éduquer nous mêmes. N’oubliez pas, l’armée recrute. Mais si ces femmes et ces hommes se battent pour notre liberté, nous nous devons de les accueillirent et de les aider. Qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls. Car c’est aussi en notre nom qu’ils se sont battus. Qu’on l’ai voulu ou pas. Et leurs combats continuent, personnel celui-là, de retour à la maison.

Jaskiers

Rwanda, la fin du silence par Guillaume Ancel

Quatrième de couverture :

Au lourd secret qui entoure le véritable rôle de la France et de son armée lors du génocide des Tutsi au Rwanda, Guillaume Ancel oppose la vérité de ses carnets de terrain, témoignage des missions auxquelles il a participé durant l’opération Turquoise. La fin du silence est aussi le récit du combat mené par cet ancien officier pour faire savoir ce qui s’est réellement passé durant cet été 1994 et « rendre hommage, dignement, aux centaines de milliers de victimes rwandaises que nous n’avons pas su empêcher. »

Officier de la Force d’action rapide, détaché au sein d’une unité de la Légion étrangère, le capitaine Ancel mène avec ses hommes des opérations d’extractions de personnes menacées. Sous couvert d’une opération humanitaire destinée à mettre fin aux massacres, cet officier comprend vite que la France soutient le gouvernement génocidaire rwandais dont elle a formé l’armée. Il décrit les errements de l’armée française, ballottée au gré de décisions politiques dont les motivations sont toujours tenues secrètes, les archives officielles restent inaccessible. Ce témoignage dévoile également certains épisodes méconnus de cette opération « humanitaire » durant laquelle l’armée française a tué. Parfois pour se défendre, parfois pour des raisons moins avouables.

Je préfère vous informez avant que que vous commenciez à lire cet article. Je communique avec l’auteur, Guillaume Ancel, via son blog et par mail. Nous avons beaucoup échangé. J’ai lu Vent glacial sur Sarajevo il y a presque un an, et après une recherche internet plutôt sommaire, j’ai trouvé le blog d’Ancel.

Et je dois aussi avouer que j’ai commencé à bloguer à cause de lui.

J’admets avoir eu peur d’entamer cet ouvrage, et surtout d’écrire cet article. J’ai déjà lu 2 – 3 ouvrages concernant le génocide Tutsi au Rwanda, j’ai eu un aperçus de cette horreur par le biais de ces livres, tous écrits soit par un journaliste ou un historien, des personnes qui étaient certes très bien renseignées, mais pas sur le terrain comme Guillaume.

J’ai été surpris par l’ouvrage d’Ancel.

Il faut dire que Guillaume n’est pas journaliste ni historien, mais un ancien soldat, casque bleu, qui a été sur le terrain. Ce point de vue est unique et important, car si vous lisez le blog d’Ancel, se dernier dévoile que les soldats français sont priés de Fermez leurs gueules, d’où le peu d’ouvrage écrit, ou de témoignage, d’ancien soldat du rang français. À l’inverse, les gros bonnets de l’armée, eux, ne se gêne pas pour écrire leurs « mémoires » et autres ouvrages. Édulcorant, se justifiant, se trouvant des excuses, ces mémoires de hauts gradés sont peu intéressants. Les récits de ceux qui décident dans leurs bureaux, loins de la réalité du terrain et de l’horreur n’apportent rien. Du moins de mon point de vue.

J’ai toujours préféré la lecture des récits des soldats sur le terrain, aux contact du danger et loin des commodités, au contraire des généraux. Cette proximité de l’auteur avec le théâtre d’opération permet aussi une meilleure compréhension des raisons d’un conflit. Les livres de Guillaume en sont un exemple probant.

Ce qu’il me fallait pour bien comprendre le génocide au Rwanda et l’influence de l’armée française se trouvait bien dans se livre. Le récit d’un témoin oculaire, d’un soldat français.

Écrit comme un « journal » personnel, nous suivons Guillaume dans l’opération Turquoise. À ses côtés, nous comprenons mieux la situation, les belligérants et la politique menée par la France. Il est extrêmement intéressant de voir le basculement de Turquoise, à la base une mission « offensive », chargé d’aider le FAR (les forces gouvernementales ET génocidaire du Rwanda, bien qu’à l’époque de l’intervention de Guillaume, le FAR, les Hutu, n’étaient PAS reconnus comme les génocidaires, Ancel ne le découvrira que plus tard) pour devenir, brusquement, une mission « humanitaire ». Mission humanitaire étant ici un terme trompeur, étant devenu une assistance au génocidaire. Appelée Mission Humanitaire pour camoufler « l’aide » des français envers les assassins, pour aveugler les observateurs extérieurs et le public. Un excellent usage de la sémantique.

Mais que peut bien faire Guillaume Ancel, opérateur TACP, c’est à dire qu’il guide du sol les avions de combats, leurs indiquants les cibles à détruire, sur le terrain, dans une mission humanitaire ? Vous plongerez avec lui dans la confusion. Et dans l’action.

Guillaume fera face à des situations qui le mettent dans la plus grande des confusions, il commence à réaliser de quel côté la France penche dans le conflit.

Amené à visiter un « havre de paix », en plein génocide, un petit village accueil Guillaume. Le « maire » se félicite d’avoir « éliminé » tous les Tutsi, et pire, il est heureux de montrer à Guillaume sa cache d’arme au cas où un Tutsi repasserai. Problème, le village se situe dans la Zone Humanitaire Sûre. Toutes les armes y sont confisquées. Ahurissement quand leader de se petit village indique qu’un officier français l’a autorisé à garder ses armes.

Ce n’est qu’une situation, assez significative, déjà, de l’influence française au Rwanda. Le massacre qui s’est déroulé à Bisero est le symbole de cette intervention française, massacre stoppé par quelques soldats français d’une manière peu conventionnelle, mais malgré tout tardive. Le récit de cette horreur est présent dans le livre.

Guillaume, d’opérateur TACP donc, devient un « simple » officier, s’occupant de l’extraction de civile, de personnalité étrangère pour la plupart européen et/ou ayant des contacts avec avec l’Europe.

Ces extractions ne sont pas des promenades de santé, le danger, l’angoisse et l’horreur sont omniprésents. La manière dont Guillaume écrit me fait penser à un film d’action. Exactement comme il l’a fais pour son intervention à Sarajevo, et même mieux. Le même ressentiment m’a assailli lors de cette lecture que lors de la lecture de Vent glacial sur Sarajevo, la frustration, l’incompréhension et la confusion de l’action des français dans ces conflits. Lien que j’ai aussi découvert, celui de la négociation avec l’ennemi. Dans les deux livres, les négociations, toujours tendues pouvant se finir dans un bain de sang, sont présentes et nombreuses. La tension des opérations d’exfiltrations est incroyable, avec ses lots de rebondissements.

Ancel aurait pu ajouter négociateur à son CV. On découvre une autre facette du travail de militaire, la négociation. Je ne sais pas si il a appris cet art à St-Cyr, sûrement que oui, car comme noté précédemment, ces négociations peuvent tourner au drame juste à cause d’un regard ou d’un mauvais mouvement. Ce sont des moments d’extrêmes tensions. Je ne savais pas qu’un soldat devait faire avec sur le terrain. Les casques bleues semblent être négociateurs autant que soldats.

Guillaume parle avec émotion du racket que les forces Zaïroises (maintenant la République Démocratique du Congo) useront sur les pauvres rescapés épuisés et démunis du génocide fuyant les massacres à la frontière. Les militaires français ne pouvaient pas les aider. L’impuissance, la frustration, confusion, mensonge, secret. il semble que ce soit le lot des soldats français durant ces interventions.

Ce n’est pas un exercice facile de parler de la qualité de la plume d’un auteur quand se dernier écrit sur des événements terribles. Il doit être tout autant difficile d’écrire sur ces moments horribles. Choisir les bons mots, le ton adéquate. Guillaume, lui, a réussis. Tout en n’oubliant pas d’exprimer son propre ressenti, durant et même des années après cette mission.

L’humour y est présent, de façon subtile, car oui, Guillaume use d’ironie et partage des moments cocasses, le lieutenant-colonel a de la répartie. Jamais au dépend des victimes du génocide et du terrible drame, je tiens à le préciser.

Guillaume Ancel finira par rentrer en France, et c’est une partie des plus intéressante du livre. Le retour dans la société, la famille, après avoir vu l’horreur d’un génocide fratricide. Et les questionnements incessants sur le rôle de la France au Rwanda qu’il ne cesse de ressasser. Qu’à t’il vraiment fait au Rwanda ?

J’ai très apprécié le lien subtile que Guillaume a créé entre son ouvrage sur Sarajevo et le Rwanda. Deux opérations françaises où l’hexagone a pris des positions plus que douteuses en faveur des criminels. Ce qui fait de la France une complice ? Pour Guillaume définitivement. Pour le lecteur, les faits sont sous ses yeux, à lui de creuser et de faire sa propre opinion.

Il est intéressant aussi de faire le lien avec la guerre d’Algérie, que Guillaume fait d’ailleurs allusion dans son livre. Le silence des vétérans sur cette guerre est une preuve de plus que les soldats sont priés de se taire. Même à Saint-Cyr, les instructeurs ne parlent pas de se conflit. Pourquoi ?

L’opération Turquoise s’est déroulée en 1994, année de ma naissance. J’aurai pu apprendre à l’école à propos de ces conflits, mais ils n’ont jamais été mentionné dans aucun de mes cours d’histoires. Si ils l’étaient, je sais pertinemment qu’ils auraient été édulcorés, minimisant ou glorifiant l’intervention d’une France, gardienne des valeurs du pays des droits de l’Homme. Droits dont elle se proclame la garante, en tous cas c’est comme cela que je le ressentais. Comment pouvait-il en être autrement, quand les militaires sont priés de « fermez leurs gueules » ? Le mythe d’une France exempte de tout reproches s’effondre pour moi. La remise en question est nécessaire, brutale mais nécessaire.

Est-ce la fin du silence sur l’aide apportée au génocidaire par la France au Rwanda ?

C’est un début, le président Macron ayant commencé, doucement et presque discrètement, à ouvrir cette boîte de Pandore bien française. [À l’heure où j’écris cet article, le président est allé au Rwanda, pas pour s’excuser, semble-t-il, mais pour apaiser les tensions et admettre qu’il y a peut-être eux des fautes commises.] La « Francafrique » recèle bien des secrets que les vieux de la vielle semblent vouloir garder… à tous prix ? Saurons nous un jour, une bonne fois pour toute qui a tiré sur l’avion du président Habyarimana, attentat qui marquera le début d’un génocide faisant 1 millions de victimes en une poignée de jours ? En tous cas, des français, surtout des jeunes, veulent des réponses. Autant pour eux que pour les victimes. Le massacre des Tutsi a flirté avec le million de mort, dans se tout petit pays au milieux de l’Afrique des Grands Lacs. Hommes, femmes, enfants, aucun Tutsi n’étaient épargnés. Une folie meurtrière fratricide, entre voisin. Le Rwanda a besoin de réponse pour continuer à panser ses plaies, et nous savons où les réponses se cachent après la lecture de se livre. Comme me l’a dit Guillaume, « l’Histoire est un puzzle. » Je lui demanderai qui à la tache de le rassembler ? En espérant que le président Macron continu ses efforts pour révéler les secrets bien enfouis d’une intervention qui aujourd’hui ne fais presque plus de doute, la France a aider des génocidaires.

Pour en savoir plus sur le combat (car il s’agit d’un combat, avec menace physique et autres joyeusetés) de Guillaume Ancel et ses ami(e)s, dont Stéphane Audoin-Rouzeau qui signe une excellente préface dans se livre, laissez moi vous donnez le lien menant sur les articles du Rwanda que l’ancien lieutenant-colonel tient, avec ténacité et brio sur son blog : https://nepassubir.home.blog/category/democratie-politique-et-defense/rwanda-genocide-des-tutsi/

Voici deux extraits extrêmement importants que je partage, avec l’autorisation de l’auteur (pour une fois) :

Extrait 1 :

[…]Je suis sidéré.

– Attendez, on les désarmes et ensuite on va leur livrer des armes, dans des camps de réfugiés, alors que ce sont des unités en déroute, sans doute liées aux milices et, pire encore, au ravage de ce pays ?

Garoh me répond avec son calme imperturbable,

– Oui, parce que les FAR sont à deux doigts d’imploser et d’alimenter effectivement les bandes de pillards. En donnant ces armes à leurs chefs, nous espérons affermir leur autorité. De plus, nous ne sommes que quelques centaines de combattants sur le terrain et nous ne pouvons pas nous permettre le risque qu’ils se retournent contre nous, alors que le FPR nous menace déjà.

Lemoine, son adjoint, ajoute pour l’aider,

– Ancel, nous payons aussi leur solde, en liquide, pour éviter qu’ils ne deviennent incontrôlables, ce que nous sommes souvent obligés de faire dans ces situations.

Je trouve le raisonnement court-termiste et indéfendable : comment avaler qu’en livrant des armes à ces militaires, nous améliorons notre propre sécurité ? Je leur rappelle que nous n’avons plus vraiment de doute sur l’implication des FAR dans les Massacres de grande ampleur qu’aucun d’entre nous ne nomme encore génocide. […]

Extrait 2 :

Pour résumer, nous avons reçus l’ordre de livrer des armes à des génocidaires dans des camps de réfugiés pendant une opération humanitaire et alors que nous étions sous embargo de l’ONU.

Nous avons ainsi transformé ces camps de réfugiés en bases militaires qui allaient ensanglanter l’est du Zaïre pour des décennies. Je ne l’avais pas compris à l’époque parce que je n’osais même pas l’imaginer.

Petite note : le Zaïre est actuellement connu sous le nom de République Démocratique du Congo.

Quelques photos issues du blog de Guillaume, avec l’autorisation de se dernier.

Camp de rescapés Nyarushishi, 1994. Crédit : Guillaume Ancel.
Guillaume Ancel, au centre, opération d’extraction de la famille Correa, juillet 1994. Crédit : Guillaume Ancel.

Je précise que malgré mes contacts avec Guillaume, je vous direz la vérité. Si le livre ne m’avait pas plu, je vous l’aurai dit. Je fais beaucoup d’erreurs (d’orthographes, de grammaires, de conjugaisons je sais…) mais je ne mentirai pas si l’ouvrage m’avait déplu, je le dirais. Mentir dans mes écrits est une chose que je trouve injuste, envers moi-même déjà, et envers le lecteur ensuite. Même si l’auteur de cet (excellent) ouvrage est un ancien lieutenant-colonel de l’armée de terre qui pourrait facilement venir m’influencer en venant frapper à la porte de mon petit appartement avec quelque vieux amis à lui. Dommage pour lui, mon chihuahua, petit mais teigneux ne négocie pas, lui.

Pour finir, j’ai trouvé que Rwanda : la fin du silence aussi bon et intéressant que Vent glacial sur Sarajevo, même, je dirai que Guillaume s’est amélioré dans son écriture et dans le partage de son expérience. Se dévoilant plus, mais toujours aussi clair et « ludique », le conflit, autant de Bosnie que le génocide Tutsi au Rwanda me sont devenus bien plus clairs, plus compréhensibles grâce aux livres de Ancel. Lui qui ne se voyait pas être écrivain. Lui qui semble hanté par sa mission au Rwanda, au point de ne pas lâcher les hauts responsables français, des décennies après, du massacre d’innocents, hommes, femmes et enfants, que la France aurait pu sauver, semble avoir trouver un nouveau combat, car l’écriture est un combat. Et un soldat reste un soldat, du moins mentalement. Ou peut-être pas, c’est à lui de nous le dire, mais son esprit combatif ne semble pas s’être atténué après sa sortie de l’armée. Guillaume ne lâchera pas avant que justice pour les victimes du génocide du Rwanda ne soie rendue. Du moins, c’est mon avis.

Sur ces dernier mots, Guillaume Ancel a sorti sont dernier ouvrage : Un casque bleu chez les Khmers rouges : Journal d’un soldat de la paix, Cambodge 1992.

Impatient de voir dans quelles situations Guillaume va nous mener cette fois. Car c’est à ses côté que nous nous sentons quand on le lis. Impatient de comprendre encore un pan de l’histoire française que je ne connaissais absolument pas.

Je vous laisse, on cogne de manière assez martiale à ma porte et mon Chihuahua se fait nerveux…

Jaskiers

Récit de la Kolyma de Varlam Chalamov

Quatrième de couverture :

Les Récits de la Kolyma, réunis pour la première fois en français, retracent l’expérience de Varlam Chamalov dans les camps du Goulag où se sont écoulées dix-sept années de sa vie.

Fragments qui doivent se lire comme les chapitres d’une œuvre unique, un tableau de la Kolyma, ces récits dessinent une construction complexe, qui s’élabore à travers six recueils. Chaque texte s’ouvre sur une scène du camp. Il n’y a jamais de préambule, jamais d’explication. Le lecteur pénètre de plain-pied dans cet univers. Les premiers recueils, écrits peu après la libération, porte en eux toute la charge du vécu. À mesure que le narrateur s’éloigne de l’expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité ou l’impossibilité de raconter le camp. Certains thèmes sont alors repris et transformés. La circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grand préoccupation de Chamalov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de « crevard », composée de vingt vocables à peine ?

Les récits s’agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance.

On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C’est un texte agissant. A l’inverse, la matière du camp, les objets, la nature, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s’inscrit en eux. Le camp aura servi à l’écrivain de laboratoire pour capter la langue des choses.

Les camps, dit Chamalov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s’y passe, ni même le savoir. Il s’agit en fait d’une connaissance essentielle, une connaissance de l’être, de l’état ultime de l’homme, mais acquise à un prix trop élevé.

C’est aussi un savoir que l’art, désormais, ne saurait éluder.

Varlam Chalamov lors de sa première arrestation en 1929.

Avec une telle quatrième de couverture, dur d’écrire sur cette l’œuvre. Mais je vais essayer.

J’ai eu envie d’acheter cet ouvrage après voir lu « L’archipel du Goulag » de Alexandre Soljenitsyne, autre auteur étant passé par le Goulag, par le système de répression et de « nettoyage » ethnique et idéologique de l’état Soviétique. Le passage qui m’a le plus marqué dans l’œuvre de Soljenitsyne, et celui ou il déclare que l’homme cesse d’être un être humain quand une figure d’autorité use de violence physique. C’est encore d’actualité.

D’ailleurs, ces deux auteurs, Chalamov et Alexandre Soljenitsyne, ont communiqué par lettre. Je crois même qu’un recueil de leurs échanges est disponible. Malheureusement, leurs amitié ne durera pas longtemps, Chalamov reprochant à Soljenitsyne d’écrire des récits trop « doux » sur son vécu au Goulag.

Chamalov vise aussi Dostoïevski et sa « Maison des morts », qu’il juge, la encore trop doux, portant aux nues les truands.

L’emplacement de la Kolyma.

1 500 pages. 1 500 d’histoires, que l’on pourrait appelé un « recueil de nouvelles » écrit par un prisonnier, un Zek, un « crevard » des goulags, ou comme le dirai Chalamov, des camps d’exterminations stalinien. Chalamov connaîtra la détention dès la vingtaine pour n’en ressortir que vers la cinquantaine.

Chalamov n’était pas un prisonnier de droit commun, un truand, ceux là sont la terreurs des camps. Non Chalamov était un « 58 », emprisonné pour activités anti-soviétiques. Ces détenus étaient voués à être exterminer par le travail, par leurs gardes, par les truands, ces derniers étaient considérés comme des personnes à rééduquer et non des ennemis du peuple.

Être un « 58 », nom de l’article condamnant les activités anti-soviétiques dans le « code-penal » de l’ex-URSS de Staline, c’était être condamner à piocher, creuser, pousser des brouettes, être frappé, humilié, violé, assassiné et j’en passe. Vous pouviez être arrêter sur dénonciation, et souvent, vous étiez condamné sans savoir quel avait été votre crime. Dans l’ignorance. Et votre vie de prisonnier commençait sans que vous n’en connaissiez la raison. Et quand vous étiez accusé, il était impossible de ressortir lavé de tout soupçons, impossible de vous défendre. Vous étiez emprisonné et c’est tout.

Être « 58 », c’est travailler plus de 16 heures par jours, sous un froid de moins 60 dégrées (Celsius), c’est trouvé que moins 40 dégrées (Celsius) c’est doux, presque l’été.

C’est avoir les mains bloqués en position fermée à force de tenir les outils.

C’est avoir le scorbut. La pellagre. La dysenterie. Être utilisé comme objet de pari quand les truands non plus d’objets à parier. C’est d’être voler, de n’avoir aucun objet personnel.

C’est se faire voler la photo de sa femme pour que les truands puissent faire une « session de masturbation collective » avec.

C’est voir un autre 58 se faire éviscérer par des truands, ces derniers utiliseront les intestins de la victime pour étrangler un autre 58.

C’est être victime, 24 heures sur 24. Ne plus avoir de contact avec sa famille.

C’est d’être utilisé comme simple pion dans la politique, le microcosme concentrationnaire.

C’est de travailler jusqu’à l’épuisement total, physique et moral. Avec le ventre vide.

Si vous êtes une femme, c’est de se faire violer, en groupe. Et j’en passe…

Prisonnier de la Kolyma construisant la « route des ossements». Je vous laisse deviner pourquoi cette route se nomme ainsi…

Varlam a vécu tous cela juste parce qu’il avait dit qu’il appréciait un poème de Bakounine…

Je pourrai continuer encore. La lecture de ces 1 500 pages étaient éprouvante. Varlam Chalamov raconte ses histoires à la troisième personnes, ou à la première. Se livre contient tout ses récits, certaines histoires se répètent mais apportent toujours un nouveau détail ou point de vue de l’auteur. L’écriture à là troisième personne est un fait commun dans la littérature, elle permet aux victimes de s’exprimer plus « librement », donnant une certaines distance pour leurs permettre d’écrire.

Chalamov lors de sa deuxième arrestation en 1937

La lecture de cette œuvre immense vous hantera la nuit. Comme un bon roman d’horreur, sauf que se que vous avez lu a été vécus par des centaines de milliers de personne. Hommes, femmes et même adolescent. Vous en sortirez exténué. Vous ne verrez plus un mélèze comme avant. Une pioche, une pelle, une cigarette, une cuiller comme avant. Je conseillerai de lire se livre sur un tapis roulant à vitesse maximale pour bien comprendre la souffrance physique et mentale des récits. Votre corp sera ainsi en symbiose avec se que subit votre psyché. Et vous n’avez pas le droit d’arrêter jusqu’à l’évanouissement. Vous trouvez cela stupide ? Je ne l’ai pas lu comme cela bien sur, mais votre corps sentira la douleur lors de cette lecture. L’enfer est stupide. Les camps, les régimes totalitaires sont stupides. Sortez votre tapis roulant et soyez stupide.

Monument dédié aux morts à Magadane. Le visage de la tristesse.

Il n’y a aucune chronologie logique dans se recueil, vous êtes propulsé à Magadane sur une histoire, pour être propulsé à l’hôpital, puis dans la forêt ou dans les mines. Vous êtes perdu vous aussi, Chamalov vous entraîne avec poésie (si si) dans l’enfer. Et l’enfer concentrationnaire ne connaît pas de temps ni de logique.

La route des ossements aujourd’hui.

L’œuvre complète des Récits de la Kolyma est coûteuse. Je sais que l’ouvrage se vends en plusieurs parties. Je vous conseillerai la partie appelée Le gants.

Varlam Chamalov

Chaque histoire est imprégnée d’horreurs, de dénonciations, d’actes inhumains, cruels. Il n’existe pas d’amour dans les goulags, ni de merci. On y meurt, et si on survit aujourd’hui, demain on meurt. On utilise des tracteurs pour creuser des fosses communes, pour y lâcher des cadavres que même la terre gelée de la Kolyma ne veut pas. Rejetant, conservant, le permafrost ne veut pas de l’horreur humaine. Les mélèzes centenaires n’oublient pas, sont les témoins silencieux du massacre de millions d’êtres n’innocents poussés aux dernières limites de la vie.

J’ai omis volontairement de trop parler de politique, de citer l’action des services soviétiques tél que la Guépéou, le NKVD, la Tchéka, les Troïkas, le NKGB, des services qui massacrent et qui se font massacrer à leur tour quand leur horrible travail est fait.

Chalamov compare les camps d’extermination nazis et les Goulags, similaire selon lui, et je suis d’accord. Selon Varlam, les chambres à gaz sont remplacées par le travail forcée à moins 60 dégrée (Celsius) sans protections adéquates.

De loin une des lectures les plus terribles que j’ai eu l’opportunité de faire.

« La détention en camp est une chose atroce qu’aucun homme ne devrait jamais connaître. L’expérience du camp est, à chaque instant, absolument négative. L’homme n’y fait que devenir plus mauvais. Il ne saurait en être autrement. Au camp, il se passe des choses dont un homme ne devrait jamais être témoin »

Varlam Chamalov

Varlam Chalamov peu avant sa mort. Il finira sa vie dans un hôpital psychiatrique.

Jaskiers

La vérité, c’est que je suis bigrement confus.

Depuis quelques jours, et depuis quelques lectures, je me sens perdu, pour dire vrai.

Et j’écris cet article car je vois actuellement beaucoup de blogueurs faire une pause, ou directement quitter la plateforme. La raison étant pour beaucoup une sorte de fatigue, une impression de grande confusion, d’être perdu, d’incompréhension aussi peut-être.

Doit-on blâmer la Covid pour cette morosité ambiante ? Ce serait injuste de ne pas mentionner le poids de la pandémie dans cet article. Entre confinement, déconfinement, re-confinement, confinement mais-pas-trop. Le pire reste les dégâts que cette crise nous déposent sur son chemin. Chômage, licenciement, crise économique, baisses des aides sociales. La peur de l’après, la crise économique et sociale qui s’annonce. Le futur est angoissant. Je lis des articles parlant du « Monde d’avant », c’est à dire pré-Covid. Plus rien ne sera jamais comme avant. Comme dans un film de science-fiction, sauf que des vraies gens sont morts, des vraies familles endeuillés. Déjà qu’avant les choses étaient loins d’êtres satisfaisantes…On sais déjà qui payera les pots cassés. Les plus pauvres.

Tous cela engendrent et il faut le dire, des maladies et névroses mentales. Tous le monde encaisse mais au prix de notre état de santé mentale. Quand l’état mentale est dégradé, le corps suit.

Dépressions, anxiétés, troubles obsessionnelles compulsifs, angoisses, phobies, burns-out, et j’en passe.

Malheureusement je trouve qu’en France, la santé mentale est un tabou. L’esprit se soigne comme le corps. L’esprit s’entretient comme le corps. N’ayons pas honte de demander de l’aide, ce genre de maladie non-traitées vous entraînent dans une spirale qui mène aux endroits les plus sombres de votre être. Plus bas vous vous laisserez tomber, plus longue et difficile sera la remontée.

Dans ce genre de cas, on se sent seul, seul à souffrir avec personne pour nous comprendre, c’est un côté de la maladie qui vous parle. Elle veut vous enfoncer. VOUS N’ÊTES PAS SEUL.

L’aide d’un ou de professionnels ne pourra vous être que bénéfique et vous n’avez rien à perdre. Rien à perdre, tout à gagner, un pas en avant, vers la guérison.

N’oubliez pas la culture. Physique. Vous avez juste à marcher 20 à 40 minutes pour réduire l’anxiété et vous aérer l’esprit.

Quitter ces foutus réseaux sociaux. Les réseaux sociaux pourrissent votre morale, les réseaux sociaux sont un mensonge. En plus d’amasser, sans scrupule aucun, vos données personnelles , elles les revendent à tirelarigot à qui payent le plus.

Lisez des livres, physique si possible, je n’ai rien contre les livres audios ni les livres électroniques, mais le fait de vous déconnecter un peu de la technologie est une libération.

Regardez des films avec vos proches, manger avec eux, faite ce que vous vouliez toujours faire mais n’avez jamais eu l’opportunité, le temps, le courage, dans les limites imposées par se foutu Covid.

Ne prenez pas au sérieux ce que je viens d’écrire si vous n’y tenez pas. J’ai pris une sacré tangente dans cet article, comme Hunter S. Thompson le faisait dans les siens. Sauf qu’il était sacrément bien payé, sacrément bon avec sa plume et sacrément drôle.

Après mes leçons de morale à prendre avec des pincettes, revenons à nos moutons. Tous le monde semble en avoir plein le dos et délaissent leurs blogs.

J’ai cette sensation aussi, j’ai pensé et je pense à faire une pause.

J’ai commencé se blog, pour je ne sais quelle raison. Parler de littérature, principalement américaine, de culture, de musique. Au fond de moi, je crois que je voulais surtout écrire, et progresser dans cet art.

Comme je lis beaucoup, trop peut-être (ça existe « trop lire » ? ), j’avais décidé de partager mes lectures et d’écrire dessus. Une sorte de contre rendu de lecture. Le problème c’est que de plus en plus, au cours de mes lectures, je me détachais du livre pour me dire « je vais parler de ça et ça, prendre cette partie ou celle la, voir même les deux comme extrait ». Lire, et plus précieusement écrire sur mes lectures, est devenu presque un devoir d’école, un job, quelque chose que j’ai peut-être pris trop au sérieux.

Au final, une sorte d’anxiété s’est créée. À chaque fois que j’ouvre un livre, l’article du blog occupe une place trop importante dans ma petite tête d’idiot. Avant le blog, lire était mon évasion, mon truc à moi. Ça l’est toujours, mais le poids de l’article à poster pèse trop sur la lecture. Ajouter à ça la peur de spoiler le lecteur ou d’être irrespectueux envers l’auteur en dévoilant trop de son travail et vous avez mon blocage.

Il est temps de voir les choses en face. Je dois soit trouver ou un équilibre avec mes «comptes rendus» de lecture, sois dédié ce blog à l’écriture personnelle et créative, dans le but de progresser.

Plus j’écris cet article, plus je réalise que j’exposais mes lectures ici comme si j’étais en cours, à faire des textes de Corpus (prononcé « Corps Pouce » comme me le disait cette déglinguée de prof de seconde qui mettait des tongs même l’hiver, ses doigts de pieds étaient dégelasses, ses dents de devant s’entrent chevauchés la faisant zozoter et nous faisait passer le bac blanc oral devant toute la classe en seconde et avait, comme tout professeur qui se respecte une haleine tabac/café bien fétide. Une tangente encore désolé) et à en attendre quelque chose des gens qui me lieront. Je ne veux pas être une sorte de journaliste ou Reviewer littéraire. De toute façon, je suis loin d’être qualifié pour en devenir un.

Pourtant j’aime partager mes lectures ou du moins ce que je lis et partager avec vous mes avis et quelques informations ou citations intéressantes. Mais cela a prit beaucoup trop de place dans mon loisir et ma vie personnelle. Et j’ai l’impression que ces articles sont devenus redondants. Je lis énormément d’œuvre américaine, la plupart sur des conflits armée. C’est répétitif.

J’ai aussi fais je pense, l’erreur de poster un article par jour, ce qui me pressait à lire et à me prendre la tête pour savoir quoi poster et finir la lecture d’un livre avant ma propre deadline. Je précise que je n’ai jamais bâclé une lecture, je voulais être le plus précis possible dans mes articles.

Cela me faisais passer aussi un peu trop de temps sur mon écran. Et ça, c’est extrêmement mauvais. Pour ma santé mentale du moins. Et elle est fragile. Je n’ai pas honte de le dire. C’est un combat de tous les jours. Écrire est LA thérapie qui m’aide. Même si j’écris mal, ou du moins pas aussi bien que je le voudrai. Il me faut écrire mes propres textes pour progresser d’ou la nécessité d’un changement.

J’ai aussi découvert dans mes abonné(e)s des gens qui ne parlent pas français doivent passer mes articles par un traducteur. Je pourrai écrire quelques articles ou textes en anglais. Même si il mon anglais reste très bancal et qu’il me manque pas mal de vocabulaire pour étoffer ces potentiels articles.

Je pense qu’une pause, ou un gros ralentissement dans les articles sera au programme pour le blog. J’ai besoin de lire pour moi. Et d’écrire pour moi. Renouer avec l’essence même de la littérature. Littérature qui m’a sauvé. Le blog servira peut-être à partager mes écrits, et de m’améliorer dans ce domaine. L’attention démesurée que j’ai donné à mon blog m’a freiné. Ça ne m’empêchera pas de venir lire vos articles et de découvrir d’autres blogueurs.

Le fait d’utiliser exclusivement mon IPhone pour écrire et tenir le blog et pénalisant. L’achat prochain d’un ordinateur portable m’aidera peut-être dans la tenu du blog et j’espère, améliorer mes écrits. Mais on en est pas encore là.

En tous cas, je vous remercie de m’avoir lu, ce n’est pas la fin du blog. Je veux juste me concentrer sur l’écriture. Il se peut que je parle d’un livre, d’une lecture ou autre, parce que l’envie de partager sera primordiale pour moi.

Avant de finir l’article, je vous propose quelques personnes rencontrées durant ces quelques mois de blogging, et c’est sûrement une des choses les plus positives que je retiens de ces mois :

Pandora : car je suis son premier fanboy. Du moins je le revendique.

Lili : qui est la gentillesse incarnée et écrit sur son histoire, sur une période difficile de ça vie.

Firenz : Sa poésie, ses photos et son amour des animaux, surtout des chats. Un bisous à Miss Providence et toujours une petite pensé pour Biscotte.

Midian Poet : que j’aime surnommer Poet, amoureux de poésie et passionné comme moi de lettres américaines.

Paquerite : parce que Paquerite est un peu la GodMother du WordPress game et que je l’admire.

Filipa : parce qu’elle parle plus de langue que vous, qu’elle a une plume magnifique et que je pense qu’elle est Paquerite sont lié d’une manière ou d’une autre. Et je l’adore !

J’en profite aussi pour les remercier de leurs disponibilités, leurs gentillesses et leurs aide précieuse.

Le blog va changer de direction… ou pas. Honnêtement je n’en sais rien. Si vous n’avez rien compris à ce que je viens d’écrire, rassurez vous, moi non plus. C’était surtout pour prévenir ceux qui me lisent régulièrement. Si vous avez lu jusque-là, voici en cadeau un peu de Cobain.

Je suis preneur de votre expérience en matière de blog, de passage à vide ou de remise en question.

À bientôt ! Ou peut-être pas. Probablement que si en faite. Et si c’était juste un passage à vide ?

Jaskiers

Terres de sang – L’Europe entre Hitler et Staline – par Timothy Snyder

Quatrième de couverture :

« Voici l’histoire d’un meurtre politique de masse. » C’est par ces mots que Timothy Snyder entame le récit de la catastrophe au cours de laquelle, entre 1933 et 1945, 14 millions de civils, principalement des femmes, des enfants et des vieillards, ont été tués par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique stalinienne. Tous l’ont été dans un même territoire, que l’auteur appelle les « terres de sang » et qui s’étend de la Pologne centrale à la Russie occidentale en passant par l’Ukraine, la Biélorussie et les pays Baltes.

Plus de la moitié d’entre eux sont morts de faim, du fait de deux des plus grands massacres de l’histoire : les famines préméditées par Staline, principalement en Ukraine, au début des années 1930, qui ont fait plus de 4 millions de morts, et l’affamement par Hitler de quelque 3 millions et demi de prisonniers de guerres soviétiques, au début des années 1940. Ils ont précédé l’Holocauste et, selon Timothy Snyder, aident à le comprendre.

Timothy Snyder en offre pour la première fois une synthèse si puissante qu’un nouveau chapitre de l’histoire de l’Europe paraît s’ouvrir avec lui.

Avertissement : le contenu de cet article est choquant.

Le « pari » est osé. L’auteur pense que les crimes commis avant l’Holocauste peuvent nous aider à « comprendre » la Shoah. La quatrième de couverture nous annonce même un nouveau chapitre potentiel de l’Histoire européenne qui s’ouvrira avec se livre. Quant est-il ?

Les « terres de sang » selon l’auteur.

L’ouvrage commence logiquement sur l’accès au pouvoir des deux dictateurs Hitler et Staline. Si vous avez bien suivis vos cours d’histoires-géographies je n’ai pas grand chose à vous apprendre là dessus.

Suit bien sur la grande famine en Ukraine de 1933 provoquée par Staline. Et c’est là que le livre devient un vrai livre d’histoire. Et que l’horreur prends de la vitesse. Car en plus du récit historique, l’histoire agrémente son travail de plusieurs extraits de témoins. Écrivains, journalistes, artistes et mêmes civiles. Le lecteur est plongé encore plus dans le cauchemar.

Le livre a encore plus raffermi mon opinion, ni communisme, ni nazisme. Les deux régimes bien que différents aux premiers abords sont en faite les mêmes. Et heureusement qu’ils finissent tous, à la fin, par mordre leurs propres queues.

L’auteur commence donc son ouvrage sur la famine en Ukraine provoqué par Staline. Le récit est terrifiant. Rarement j’ai lu autant d’horreur. Voici un petit extrait, et encore, se passage n’est pas le plus glauque.

Extrait : attention passage choquant.

Face à la famine, certaines familles se déchiraient, des parents se retournaient contre leurs enfants, et les enfants les uns contre les autres. La police d’Etat, l’Oguépéou, fut bien obligé de le reconnaître : en Ukraine soviétique, « des familles tuent les plus faibles, habituellement les enfants, pour en manger la chair ». D’innombrables parents tuèrent et mangèrent leurs enfants, avant de finir par mourrir de faim quand même. Une mère fit cuire son fils pour nourrir sa fille et elle-même. Une fillette de six ans fut sauvée par des parents : la dernière fois qu’elle vit son père, il affûté un couteau pour la tuer. Toutes les combinaisons étaient bien entendu possibles. Dans une famille, on tua une belle-fille pour donner sa tête au cochon et faire rôtir le reste de son corps.

La paranoïa de Staline est inimaginable. Trouvant et manipulant le plus possible, il exécute par centaine de milliers d’innocents. L’excuse qu’il trouve pour convaincre son parti que les ukrainiens faméliques que les cadres du parti voient en Ukraine est… que les ukrainiens font exprès de mourrir de faim pour saboter le grand plan quinquennal du parti…

Paysans affamés à Kharkiv en 1933. Ukraine.

Vient aussi la comparaison avec Hitler. Le pacte de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS, la Pologne divisée par les deux puissances. Les polonais subiront des exactions commises dans les deux camps.

Puis, le déclenchement de la guerre. Hitler et Staline, deux dictateurs sanguinaires, sans pitié aucune pour la vie humaine. L’irrespect des conventions de Genève, la mise à mort et le privation de nourriture pour des millions de personnes.

Voici un extrait du livre sur le siège de Lenindrad par les allemands :

-Le journal le plus marquant d’une petite leningradoise est celui de Tania Savitcheva, que je cite ici dans son intégralité :

Jenia est morte le 28 décembre 1941 à minuit trente.

Grand-mère est morte le 25 janvier 1942 à 15 heures.

Leska est morte le 5 mars 1942 à 5 heures du matin.

Oncle Vassia est mort le 13 avril 1942 à 2 heures du matin.

Oncle Lecha est mort le 10 mai 1942 à 16 heures.

Maman est morte le 13 mai 1942 à 7 h 30 du matin.

Les Savitchev sont mort.

Il ne reste que Tania.

Tania Savitcheva est morte en 1944.-

Trois hommes enterrant les victimes du sièges de Leningrad. 1 octobre 1942.

L’horreur ne fini jamais dans les pays coincés entre les deux belligérants. La Pologne, l’Ukraine, la Biélorussie sont mis à feu et à sang, par les deux camps. Les civiles sont assassinés, hommes, femmes et enfants sans aucune autre forme de procès. Les témoignages sont terribles, les survivants, très peu nombreux, ne parleront que des décennies plus tard, libérés du joug soviétique.

Officiers Nazis exécutant un civil russe.

La Biélorussie sera le pays le plus touché par les atrocités, autant nazis que soviétiques.

Extrait :

Autour de 2 millions de mort sur le territoire de l’actuelle Biélorussie au cours de la Seconde Guerre Mondiale est une estimation apparemment raisonnable et sans doute en deçà de la réalité. Plus d’un million d’habitants fuirent les Allemands, et deux autres furent déportés comme travailleurs forcés ou déplacés pour une autre raison. À partir de 1944, les Soviétiques déportérent 250 000 personnes vers la Pologne et des dizaines de milliers d’autres à destination du Goulag. À la fin de la guerre, la moitié de la population de la Biélorussie avait été tuée ou déplacée. On ne saurait en dire autant d’aucun autre pays européen.

Trois civile Biélorusse pendus par les SS. Sur le panneau est écrit : Nous sommes des partisans et avons tiré sur des soldats allemands. Écrit en Russe et en Allemand. 1942.

Le massacre commis par deux régimes anti-démocratique, mené par des hommes prêt à tout pour prouver qui est le meilleur. Quitte à massacrer, trouvant toujours quelqu’un pour mener ces massacres d’innocents. Et ces gens n’étaient pas des « monstres », ils étaient comme vous et moi.

L’auteur précise avec justesse et démonte la « pensée » que le plupart des Juifs étaient partis à la mort sans résister. Cela est faux. Les Juifs du ghetto de Varsovie ont tenus en respect des soldats SS très entraînés et armés jusqu’aux dents avec de simple pistolet et quelques grenades. Himmler en deviendra fou furieux, demanda à la Whermacht et à la SS de brûler et raser le ghetto. Contrairement à une idée « populaire » la Wehrmacht a bien commis des crimes de guerres et exécutés des Juifs.

Une fois rasé, le ghetto de Varsovie deviendra un camp de concentration. Chose que je ne savais pas.

Résistant juif arrêté par les nazis durant l’insurrection de Varsovie. Le soldat allemand à gauche tient un lance-flammes, qui selon l’auteur, aurait-été prêté par la Wehrmacht. Avril 1942. © BELGA/AFP

Les Alliés étaient au courant du génocide et du massacre des juifs mais n’en n’ont jamais fait part dans leurs communiqués. Je vous laisserai en découvrir les raisons dans l’ouvrage. L’enfer de la percussion des Juifs ne finira malheureusement pas avec la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Stalinisme usera d’antisémitisme jusqu’au bout. Les horreurs continueront. Et l’antisémitisme est toujours présent aujourd’hui.

La fin du livre permet à l’auteur de rassembler sa « théorie », d’affirmer et d’expliquer sa méthode de travail et de recherche. Il souligne avec raison que les nombres des massacres, 14 millions de morts, selon l’auteur, dans la zone des « terres de sang » n’est pas juste un nombre, 14 millions de personnes, d’être humains qui pensaient, aimaient comme nous, ont été assassinés sans pitié. Par d’autres êtres-humains.

Le pari de l’auteur as-t-il été tenu ? Je dirai oui, mais l’ouvrage tendrai plus à être lu par d’autres chercheurs, historiens et autres spécialistes pour confirmer ou infirmer.

Jaskiers