Écrire est un combat

Grand-père maternel, enfant de la DDAS, travailleur infatigable, amateur d’équitation, dont le rêve aurait-été de devenir Jockey, a aussi été un boxeur et un entraîneur émérite.

Les aléas de la vie ont fait que je ne l’ai pratiquement pas connus. Le peu de temps que nous avons eux l’occasions de passer ensemble se déroulaient devant la télé, avec son cigarillo au bec en regardant l’équitation.

Papy entraîneur de boxe (circa 1997)

Cet homme a survécu à un cancer, les médecins ne lui donnait pas plus de 10% de chance de s’en sortir. Mais un boxeur reste combatif même au-delà du ring.
Il gagna ce premier round contre la maladie.
Malheureusement, elle revint, plus forte que jamais et profitant du vieil âge de mon grand père, il perdit le round, et le combat.

Je n’ai jamais connu mon grand père paternel, mort deux mois après ma naissance. Fan de football, grand lecteur de livres sur la guerre, chef d’entreprise et excellent artisan menuisier. J’ai dû hériter de lui pour la passion de la lecture d’œuvres de guerres. Les gènes voyez-vous…

Je n’ai pratiquement pas connu mon grand père maternel, le boxeur, à part ces quelques petits moments passés ensembles, quelques années avant sa mort.

J’aurai tellement voulu les connaître. Il me semble qu’il est important, autant pour un jeune homme que pour une jeune femme de connaître leur grand père. J’ai peut-être cette fausse image du vieil homme à la barbe blanche fournie, plein de sagesses et d’amour. Des choses à partager, un homme qui vous suivra partout, dans tous vos projets. Ceci n’est que pure spéculation de ma part.

Je n’ai jamais pu leur dire « Je t’aime », ni à l’un ni à l’autre.

Je ne les connaît que par les autres.

Papy Boxeur a eu un fils, qui devint un très jeune champion de boxe au niveau national. Mon oncle.

Mon oncle, encore de ce monde, n’a plus l’air d’être intéressé par ses gloires passées. Les ponts ont été coupé. C’est la vie. C’est la famille. C’est comme ça… Les regrets, c’est sur les innocents qu’ils s’acharnent le plus, je ne suis pas blanc comme neige mais je n’ai jamais voulu pareille situation.

Venons en au gros sujet de l’article : J’ai eu cette passion pour le sport dans ma jeunesse, je l’ai encore mais je voulais dire par là que je n’en pratique plus.

J’ai énormément joué au football, ça fait partie de notre ADN dans la famille. (Allez l’OM en passant !) Mon frère aurait pu devenir joueur de football professionnel, le centre de recrutement de l’OGC Nice l’avait repéré. Mes parents ont refusé de le laisser partir si jeune. Je crois qu’il regrettait leur décision mais il ne l’a jamais dis à mes parents. Il me l’a dis à moi.

C’était un très bon joueur, je regrette personnellement de ne pas l’avoir regardé jouer encore un peu plus.

Papa était un amoureux du foot, mais comme moi, il était nul. Les gènes, c’est bizarres.
Il aimait aussi le sport automobile. Moi ? Je m’en fiche un peu… Beaucoup même. Mais cela reste un sport exigeant, que je respect.

Maman était (je précise qu’elle est encore de ce monde, et j’espère pour très très longtemps encore) rapide sur la piste de course, elle aimait courir, elle aime à me dire qu’elle était la meilleure, je ne l’a remettrait pas en doute car, quand j’étais encore actif, sportivement parlant, j’étais souvent le plus rapide et aussi le plus endurant. Les gènes c’est bizarre…

Mais ce que maman m’a apporté un jour était surprenant. L’amour du sport de combat : la boxe, et le catch (sport de combat le catch ?).

Un jour, elle m’a fais découvrir les films de Rocky, j’étais fasciné, on criait devant l’écran, pourtant ma mère avait vu ces films des dizaines de fois et moi, bien que je réalisais que ce n’était qu’un film, les combats m’emportaient, je découvrais quelque chose de nouveau et merde, j’adorais !

Puis mon frère m’a fais découvrir l’excellent et puissant film Million Dollars Baby de Clint Eastwood avec Hilary Swank en tête d’affiche. Le cinéma et la boxe, c’est beau.

Nous partageons avec ma mère cette même passion. Une nouvelle génération est arrivée les films portant sur le fils d’Apollo Creed, joué par le sublime Michael B. Jordan, nous attendent encore.

Voyez vous, quand j’étais enfant, ma mère était du genre à me réveiller tôt le samedi matin (ou était-ce les dimanches ?) pour regarder le catch.

Je n’ai jamais fais de boxe, je n’en ferai peut-être jamais. Ma condition physique est lamentable, j’ai déjà un gros nez et je suis déjà assez laid comme ça pour ternir mon portrait encore plus. Et la boxe, c’est une hygiène de vie exigeante, presque une religion. Des excuses toujours mais on en trouve plein pour ne pas monter sur un ring.

La discipline, la rigueur, le respect, l’apprentissage, le contrôle de soi et comme écrit plus haut, une hygiène de vie stricte. La boxe a aussi ses dieux, ses légendes et ses mythes. C’est une religion, une mythologie même. Un peu (beaucoup) comme l’écriture non ?

Revenons à nos moutons.

J’étais plutôt bon bagarreur à l’époque. Je faisais du judo à l’école, au collège surtout. Je n’étais pas très grand mais j’étais musclé. Je faisais du sport tous le temps, j’étais plutôt baraqué pour mon âge, tablettes de chocolat (qui ont fondu depuis 3 ans mais qui m’ont valu quelques compliments d’amoureuses) des épaules larges, qui, elles, me sont restées encore aujourd’hui. On m’a parfois demandé si je faisais de la musculation, je ne fais plus de sport mais la musculation, pour moi, c’était pompes, abdos et squats. Pas de salles de gyms à l’ancienne. Comme les Spartiates, à la dure !

Retournons un peu au judo, disons que j’étais le premier de la classe, oui je me lance des fleurs ! J’affrontais plus grand et plus gros que moi, et je gagnais. Le professeur, surpris, demandait aux élèves que je battais comment c’était possible, j’étais vraiment petit. Un camarade (je me rappel encore son nom, la mémoire aussi est bizarre) de dire : « Mais Jaskiers, il a du muscle ! » J’en étais fier !

Un prof de sport qui était aussi un judoka respecté et un entraîneur m’a un jour proposé de rejoindre son club. J’ai refusé.

Le judo est un sport quasi ancestral, on rend hommage à son créateur, on y apprends le respect, des valeurs, le courage, l’apprentissage et plus encore. Mais au fond de moi, je voulais du contact physique plus brutal, des poings ! Frapper, me défendre. Je voulais avoir mal (si si !) et faire mal ! Je voulais apprendre le noble art. Mais devinez quoi ?

Je n’ai jamais eu le foutu courage de passer les portes d’une salle de boxe.

Jamais je n’apprendrai à « danser » (petite référence à Billy Elliot ! ). À flotter comme un papillon et piquer comme une abeille. Comme un certain Mohamed Ali. Un athlète qui combattait la tête haute, qui a refusé d’aller se battre au Vietnam, quitte a perdre sa ceinture de champion du monde. Un athlète avec un charisme immense, un artiste du ring. Un artiste du verbe tranchant. Un artiste tout court, qui a montré au monde la valeur de ce sport. Un athlète comme nous n’en faisons plus. L’univers de la boxe a changé. Pour le pire ou le meilleur ? C’est à vous de décidez. Mais il semble que nous n’avons plus de champions comme avant. Des athlètes qui font lever des foules, que tous le monde connaît. Admirent ou détestent. Qui déchaînent les passions.

Grâce à Internet, je peux revoir des anciens combat : Thrilla in Manilla, Le Combat du siècle Joe Frazier contre Mohamed Ali, deux boxeurs qui se détestaient jusqu’à l’os – The Rumble in the Jungle Georges Foreman contre Ali, un combat autant politique que pugilistique – Evan Holyfield, Foreman, Sonny Liston, l’époque du bulldozer Mike Tyson, les combats de Marcel Cerdan (le grand amour d’Edith Piaf). Regarder ces combats me mets toujours dans une sorte de transe. Je n’aime pas la violence, vraiment, mais sur un ring, c’est différent non ? Il y a des règles, un arbitre dont le principal job est de ne pas laisser deux énergumènes s’entretuer, faisant appel à nos plus bas instincts, on veut de la castagne. Le monde est violent, mais vous pouvez choisir de regarder de la boxe, de la violence. Dans ce chaos, la violence du ring catalyse peut-être notre propre violence, et nous la rejetons à chaque coups échangés car les deux combattants sont là pour ça, se battre. Gladiateurs des temps modernes ? Totalement !

Et bien sûr, j’ai découvert que la littérature avait en réserve quelques pépites sur le Noble Art. Bien sûr, ils sont en ma possession. Enfin sûrement pas tous.

L’écriture aussi est un combat. Si vous ne me croyez pas, lisez Hemingway. Ou essayez d’écrire vous-même.

Voyons un peu :

Hurricane, la chanson mythique de Bob Dylan sur Robin Carter, un champion de boxe accusé et emprisonné à tord pour meurtres pendant 20 ans ! Jetez-y une petite oreille si vous avez envie – https://youtube.com/watch?v=bpZvg_FjL3Q

Un combat de boxe dans L’Énéide de Virgile, une œuvre écrite entre -29 et -19 avant J.C. Mieux ? L’Aède Homère place une scène de pugilat (qu’Achille organise en mémoire de son ami (amant ?) Patrocle) en plein milieux de la bataille de Troie. On situe avec plus ou moins de précision l’apparition de l’Iliade vers le VIIe siècle avant J.C. . Même Ovide dans ses Métamorphoses ( 8 après J.C.) nous gratifie d’une scène du noble art, et nous découvrons que les gants de boxe existaient déjà ! La littérature et la boxe, presque aussi vieux l’une que l’autre ?

Ceci dit : maintenant, je veux monter sur le ring de l’écriture. J’en ai l’ambition, pour l’instant. Une plume à la place des gants. Une page à la place du ring. Moi-même comme adversaire et jugera qui le voudra. Mais avant, il y a tant de travail, de pratique. Il faut ce qu’il faut n’est-ce pas ?

J’ai déjà jeté trop de fois l’éponge, cette fois-ci je n’oublierai pas ce qui m’aura fais monter sur le ring.

Quel passage pompeux ! On verra à quelle vitesse je finirai dans les cordes !

Mais trêve de bavardage, voyons un peu ce que j’ai réussis à réunir comme ouvrage sur le Noble Art (il n’y a pas les nouvelles d’Hemingway, que j’ai déjà lu mais qui ne sont, malheureusement, plus en ma possession, pour l’instant du moins, mais je vous les conseille vivement) :

  • F.X. TooleCoup pour coup – La brûlure des cordes.
  • Norman MailerLe combat du siècle
  • Jérôme GuezBalancé dans les cordes
  • Alexis PhilonenkoHistoire de la boxe
  • W. C. HeinzCe que cela coûte
  • George Plimpton Shadow Box
  • Jim TullyLe boxeur
  • Jacques HenricBoxe
  • Jack LondonSur le ring
  • Joyce Carol OatesDe la boxe
  • Thom JonesLe pugiliste au repos
  • Loïc Wacquant Corps et âmes
  • Léonard GardnerFat City
  • Daniel RondeauBoxing-club
  • Michel CheminLa loi du ring
  • Élie Robert-NicoudScènes de boxe
  • Joël WilliamsDu sang dans les plumes (pas vraiment un livre sur la boxe mais écrit par un boxeur)
  • Jack LondonUn steak – Pour 100 dollars de plus
  • Aya CissokoBoxe (édition limitée à 3 000 exemplaires, photographies inédites, nouvelles de Aya Cissoko et un DVD sur l’histoire de Robin Carter AKA Hurricane)
  • Jean-Philippe Lustyk – Le grand live de la boxe

N’hésitez pas à me recommander un ouvrage dans les commentaires !

Moi esquivant les remarques sur mon orthographe !

La boxe ne ment jamais, monter sur un ring est un moyen très fiable de savoir ce que l’on vaut : soit l’on terrasse, soit l’on est terrassé, mais on ne peut pas se mentir, ni à soi-même ni aux autres’ – La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

Jaskiers

P.S. : si vous avez encore la chance d’avoir vos grands parents à vos côtés, faite leur un bisous et dite leur bonjour de ma part s’il vous plaît.

Et si vous êtes grands parents, un bisous et je vous aime !

Mon enfance dans le Bronx, enfin presque.

Jaskiers ?! Tu viens du Bronx ?!

Oui ! Enfin… presque ?

Avez vous entendu parler du groupe de musique dont les musiciens tapent sur des énormes bidons à coup d’énormes baguettes (pas de pain hein) et qui s’appel : Les Tambours du Bronx ?

Les Tambours du Bronx (crédit photo : Wikipedia)

Qu’importe votre réponse, si vous connaissez ou pas, recherchez sur YouTube et vous trouverez.

Mais quel rapport avec moi ? (Parce que vous êtes sur mon blog et que je suis peut-être mégalo, tout doit se rapporter à moi ici !)

Les Tambours du Bronx et ma petite personne avons en commun d’être nés au même endroit. Un commune de la Nièvre, accolée à Nevers.

Une partie de cette commune est appelée le Bronx, pourquoi ? Laissons répondre Wikipedia : « Leur nom vient d’un quartier de la commune surnommé « Le Bronx » à cause de son quadrillage de rues et de ses alignements de maisons identiques, de couleur sombre. »

Le Bronx à New-York (source photo : lonelyplanet.fr)

Autant vous dire que ce groupe de musique était notre fierté à tous.

Cette partie de la ville était juste en face de mon appartement, quand j’étais gamin. Cette ville de la Nièvre, sans grande prétention mais somme toute belle, est avec moi, est attaché à mon être. J’y retourne avec plaisir et nostalgie, les plus belles années de ma vie me reviennent en mémoire.

Une amie d’enfance m’a dis un jour que son compagnon ne comprenait pas pourquoi les habitants de cette petite commune étaient si attachés à cette dernière.

Je n’ai pas d’explication, c’est presque dans ma chair, une sorte de havre, My Hometown, j’y ai arpenté tous les recoins, j’y ai appris à lire, à écrire (avec des fautes), à compter, à jouer au foot et au Basket. J’y ai eu mes premiers amours, mon premier vrai amour, des drames, des joies, des soucis et des succès, des ami(e)s, des meilleurs amis, des bagarres, des emmerdes, mes premières rencontre avec la Police, la première fois où j’ai vu quelqu’un dégainer une arme et rentrer dans la partie cave de mon appartement…

Tellement de chose qui font que cette ville fait partit de moi.

Elle est mon Ithaque, et je suis Ulysse… Non disons plutôt un mélange d’Ulysse dont j’expliquerai que son talent pour la ruse viendrait de l’anxiété et Telemaque, l’enfant devenant adulte, ou presque. On dirait aujourd’hui, en utilisant la Novlangue (AKA À – NOTRE – ÉPOQUE – ON – A – DES – MOTS – POUR – TOUS – NOS – MAUX – !) que je suis un adulescent.

Excusez mon écart, j’ai lu il y a quelques jours « Un été avec Homère » de Tesson, le passage où il nous parle du lecteur et de son identification avec un des héros Homériques. Autant jouer le jeu !

A noter aussi cette théorie de Tesson dans cet ouvrage : nous sommes hantés par le lieu qui nous a vue naître, par le lieu où nous avons le plus vécus, ou où nous vivons (ou avons vécus) le plus d’émotions. C’est une sorte de possession qui s’emparerait de l’écrivain, nous devons voir dans un récit l’influence du lieu sur son auteur. L’art de l’artiste est habité par son environnement.

Et n’oublions pas non plus l’influence de l’endroit d’où l’on vient.

L’influence d’Ulysse de James Joyce, que je viens de terminer, tant a apporté une certaine crédibilité à la théorie de Tesson. James Joyce et Dublin. Et vice-versa ?

Pour finir, un article arrivera dans les prochaines semaines voir prochains mois, portant sur la littérature et New-York. Il me faut le temps, et surtout l’argent, pour réunir les ouvrages que j’ai prévus de me procurer.

D’ici là, si vous avez écris sur New-York, n’hésitez pas à partager vos article dans les commentaires. Même des anecdotes, des récits de voyage, pourquoi pas ?! Je me ferai un plaisir de les lire !

Patria est ubicumque est bene

Jaskiers

Le jour où j’ai faillis finir en hôpital psychiatrique

art work : pinterest

C’était la fin 2019. J’avais eu la (très) mauvaise idée d’arrêter mon traitement contre la dépression.

Hey quoi ! J’allais mieux ! Je n’allais pas rester éternellement sous traitement, surtout qu’étant ambulancier, conduire sous médicaments est dangereux, et aucun patron n’aurait voulu prendre de risque, ça va de soi !

J’avais déjà dû arrêter mon traitement en fin 2018, cette fois, indépendamment de ma volonté. Vivant en plein désert médical et avec les médecins en vacances, j’avais dû faire sans. Bien sûr ça a failli mal se terminer, après deux semaines je me sentais replonger avec mes démons. J’avais vite repris en début d’année rendez vous chez le médecin, il m’avait re-prescris mon médicament habituel. Les démons ont pris leurs temps pour se calmer, ils avaient par contre laissé des dégâts. Prêt à bondir au moindre nouveau faux-pas. Et si la chance de s’engouffrer une nouvelle fois se présentait, ils n’allaient pas se faire prier. Mais cela, je ne le savais pas…

Ce bref moment sans médicaments a fais revenir l’anxiété en flèche, impossible de contrôler mes tremblements, les pensées néfastes, noires comme de l’ébène m’attaquaient dès le réveil.

Bien que le traitement avait été repris, il a fallu du temps pour que le médicament fasse sont effet. Comme tout traitement antidépresseurs.

Puis, tout est redevenu à la normal. Ou presque.

Le contraste entre la souffrance et l’apaisement a fais que je me sentais guéri. Au final, me suis-je dis, si cette fois j’arrêtais mon traitement par moi même, car je me sentais prêt à affronter la vraie vie sans artifice aucun, peut-être réussirai-je a vivre sans, à être libre, guéri et reprendre ma vie en mains.

Quelle erreur !

Les deux semaines après mon arrêt volontaire ce sont déroulées normalement. J’y étais enfin arrivé ! J’étais encouragé par certains proches à abandonner, je pensais qu’ils m’aideraient si les choses tournaient mal…

Bien sûr, l’inévitable est arrivé. Et c’était pire, bien pire que la dernière fois. Le faits de me l’être imposé, pensant réussir sans, pensant avoir la force de vivre sans béquilles médicamenteuses, l’intime conviction que je pouvais être libéré de ces médicaments n’ont pas suffis, loin de là, à rester sain d’esprit.

Ces deux premières semaines sans antidépresseurs ont été positive, comme je l’ai écris plus haut, tout avait l’air de ressembler à un bon et nouveau départ.

Et puis est arrivé ce qui devait arriver. La re-descente aux Enfers de mon esprit.

Passez Cerbère, le Styx, illico dans l’antre de l’horreur de mon esprit, là où se nichent mes Érinyes, mes démons.

Je me rappel avoir craqué, en larme, criant dans mon bureau qui ressemblait maintenant à un capharnaüm. Mes yeux brûlaient de fatigues, mon corps tremblait à chaque instant, même la nuit je me réveillais parfois en criant, en sueur. Mes nerfs, mon système nerveux, je sais que ce n’est pas possible, mais j’avais l’impression que mon réseaux nerveux était en feu. Mon esprit se battait, tous les jours. Comme un Sisyphe, chaque matin il fallait recommencer à affronter la terreur.

Je ne mangeait presque plus, la faim avait disparu. Mon cerveau a demandé à mon corps de lâcher, mais mon corps est solide, mon système nerveux était fracassé mais mon entité physique elle ne lâche pas facilement.

Mais j’ai tremblé. Tellement.

Je passais des heures à regarder le sol, le sol car il n’y avait pas ou peu d’information à apporter à mon cerveau, ceci est dur à expliquer : le sol, c’est juste un sol. Mon cerveau devait-être en surchauffe et a décidé de ne regarder que des endroits vierges ou presque de toutes informations, informations qui passeraient par mes yeux et finiraient traitées par mon cerveau épuisé. Ne pas regarder. Sinon :

Quatre symboles sur cette partie du mur, selon le pattern il devrait y en avoir 40 au moins, chiffres pairs c’est mal, le 3 c’est mieux, le père mort, le fils mort et le sain esprit qu’à besoin d’un psy. Je vais devenir aveugle si je ne compte pas entièrement tout les symboles, il est quelle heure 13 heure ? 13 ça porte malheur attendre 14 h c’est mieux, 14h03 même car 03, la sainte trinité, et mon père c’est ma faute si ça s’trouve c’est parce que j’ai mal compté, ramasser la poussière à la main car j’peux compter mais pas penser au bonheur sinon je l’aurai pas donc j’vais pas le jeter et faut que regarde cette vidéo YouTube si je le fais pas ma mère attrapera un cancer et ça sera d’ma faute et j’dois souffrir pour mon frère ça aurait dû être moi pas lui et ne pas parler surtout à la minute 08 juste pour être sûr puis ect…

La folie était déjà là mais je ne me l’avouais pas. C’est les autres qui sont fous, pas moi !

Je luttais comme je le pouvais, c’est-à-dire presque plus. A par lire, et encore, je ne pouvais pas (plus) faire grands choses.

La date anniversaire de la mort de mon père arrivait. Trop, c’était trop. Je ne pouvais encaisser la décharge de pensées, d’émotions, de démons, de tristesses et de réflexions qui arriveraient avec cette date.

La veille de l’anniversaire, j’ai décidé que j’allais me faire du mal, pour demander de l’aide ou mieux, pour mourrir. Je voulais mourrir doucement, comme avoir un cancer et ne pas décider de se soigner. Sachant que ça aurait été mes derniers moments sur Terre, je me serais libéré de mes carcans et supprimé en même temps mes démons pour vivre libre quelque instant en sachant que la mort viendrait me libérer.

Debout à côté de mon lit, dans le noir, je me suis mis des coups de poings dans mes côtes flottantes, espérant briser une côte qui, elle, endommagerait un organe interne, un foie, un rein, la vésicule biliaire, le pancréas, l’estomac ou même des organes, pourquoi pas aussi une artère, une veine n’importe quoi, je ne connais pas grand chose à l’anatomie du corps humain… il fallait que je m’inflige quelque chose de grave, d’irréversible. Je ne sais pourquoi j’ai choisi cette « méthode ».

Les coups que je m’infligeait faisait un bruit sourd, et moi de taper de plus en plus fort. Je ne ressentais aucune douleur, pourtant je frappais au niveau où la cage thoracique semblait la plus vulnérable.

C’est là qu’un coup, finalement, m’enflamma le côté droit du corps, la respiration presque coupée, une douleur, franche, s’était insinuée au milieu de mon ventre.

Je m’étalais sur mon lit, respirant, souriant. Enfin la douleur ! Physique et non psychique, cette dernière, personne ne l’a prend au sérieux ! La douleur physique, elle, est normale.

Peut-être que j’aurais la chance de ne pas me réveiller demain matin.

La fatigue prit l’ascendant sur la douleur. Je m’endormis… pour me réveiller. Vivant.

J’avais mal aux côtes droites mais c’est tout. J’avais échoué et je n’avais aucunement la force, mentale, de recommencer.

Seul la lecture m’apaisait mais ce n’était pas assez, je ne pouvais même plus écrire. Trop de tremblements et aucunes pensées saines ni cohérentes.

Des jours à affronter une dépression aiguë, des névroses extrêmes, une anxiété débilitante, jusqu’à ce que je demande de l’aide.

Mon médecin traitant est venu à domicile. Me voyant dans l’état lamentable où j’étais, nous parlâmes d’une potentiel hospitalisation. J’étais d’accord. Allons-y, pourquoi pas, finissons-en. Tout un côté de ma famille voulait que je sois hospitalisé, pour eux c’était la chose à faire.

Le médecin appela un ami à lui, psychiatre, qui accepta de me recevoir en urgence pour évaluer mon état et voir si une hospitalisation s’avèrerait nécessaire. La consultation était primordiale, l’hospitalisation n’était pas forcément sur la table.

Le médecin parti, il me prescrivit 3 piqûres de Valium et mon antidépresseurs habituel. J’ai eu le droit à la leçon de morale, méritée, du docteur, ne jamais arrêter son traitement sans en parler à son médecin.

Je pleurs. D’une part je pleurs car j’ai peur de ce qui va arriver, de l’autre je suis heureux car je vais peut-être moins souffrir. Et puis je me demande si on peut lire à l’hôpital psychiatrique.

Mes proches appellent un taxi et une infirmière au cas où je reviendrai de l’hôpital, les piqûres ne se font pas toutes seules.

Il est 19 h quand je quitte mon domicile pour grimper dans le taxi. Le même qui a emmener mon père à sa chimiothérapie, le même chauffeur.

En route, nous parlons. Cela faisait des jours que je n’avais pas eu de conversation avec quelqu’un. Je tremble de tout mes membres mais de parler avec le chauffeur m’aide à me détendre. Nous passâmes à travers le village, je n’étais pas sorti depuis tellement longtemps que j’avais presque l’impression de le redécouvrir. J’espérais en moi-même que personne ne me voit dans le véhicule. Dans un village, les informations, les rumeurs et ragots circulent à grande vitesse. Le fou du village, c’était moi…

Le trajet prit un quart d’heure. Nous arrivâmes.

Je fut accueilli par une infirmière à l’accueil d’urgence. En faite, je croyais que c’était l’accueil, je me retrouve en faite en plein milieu de l’hôpital, dans son cœur même car les patients y mangeaient.

L’infirmière referma derrière moi.

« On a un fugueur » me dit-elle.

Autant vous dire que je n’aime pas, je déteste, j’exècre être enfermé contre mon gré, comme beaucoup de personnes vous me direz, c’est normal mais j’en ai une peur panique. Par exemple, je ne ferme pas la porte des toilettes à clé, je suis resté coincé dans des toilettes à l’école primaire, je ne ferme pas non plus la porte à clé quand je prends ma douche au cas où je tombe et me blesse ou qu’un incendie ou un truc dans le genre se déclare. Je ne prends jamais d’ascenseurs de peur de rester coincé, cela m’est arrivé quand j’étais petit. Je ferme quand même la porte de chez moi à clé, être cambriolé (ou pire) ne fais pas parti de mes projets.

Je suis maintenant enfermé, je vois des patients déambulants, traînants les pieds, le regard dans le brouillard. Leurs regards n’étaient pas vides, non, ils pensaient, rêvassaient peut-être. Une femme dans la quarantaine me dévisagea de la tête au pieds, nos regards se croisèrent, elle devait sûrement penser : « Hey bien, encore un jeune qui va nous rejoindre, là-bas dehors, ça ne s’arrange pas

Elle continua sa marche, doucement, elle semblait être autre part. Perdue dans la recherche de quelque chose qu’elle ne trouvera sûrement pas ou plus.

Un jeune homme, je dirais dans les 25-27 ans arriva, des boots noires aux pieds, la coupe de cheveux à la mode, rase très court sur les côtés et une mini queue de cheval sur la tête. Il regarde les autres patients manger. Il semble être à l’aise ici.

L’odeur de soupe, cette odeur épaisse, qui aurait presque une consistance à elle seule me monte au nez, mélangée avec l’odeur de javel qu’à tout les hôpitaux me donne une seule envie : fuir.

Pour ne pas arranger la situation, certains patients se mettent à crier, une infirmière accourt, d’une table à l’autre, demandant à ses patients de se calmer où la prochaine fois, ils mangeront seuls.

Ces cris m’ont rappelé mes visites à mon arrière-grand-mère paternelle à la maison de retraite. Elle était centenaire et non, ce n’était pas elle qui criait, elle avait toute sa tête, elle était un phénomène qu’elle disait. Deux guerres mondiales, 4 enfants à élever pendant que son mari était dans le maquis. Les nazis ont cogné à sa porte, soupçonnée d’avoir donné refuge à un réfractaire au STO (elle avait bien donné refuge à un réfractaire, un collègue de mon arrière-grand-père).Jamais elle n’a perdu la tête elle, à croire que les générations d’antan était faites d’un autre bois. On soignait la dépression à coup de Pinard à cette époque, mais elle, elle n’a jamais touché une goutte d’alcool et encore moins fumée. Elle est partie à 1 mois de ses 106 ans.

Retournons à ma petite visite en psychiatrie.

Après les cris, une infirmière demande qui a éteint la télé, un patient répond que c’était lui, personne ne l’a regardé cette émission ! L’infirmière de rétorquer : Avez vous au moins demandé si personne ne l’a regardé ? Et lui de répondre non, et de se prendre une petite semonce. La télé est rallumée.

C’est à se moment que j’entends « La chambre du nouveau patient est prête. » Une infirmière, jeune, 22 ans grand maximum, brune, yeux gris, plutôt petite, teint bronzé et sacrément belle demande où peut bien être ce nouveau patient.

Parle-t-elle de moi ?

À tout hasard je répond : Je suis là !

Elle me fait un signe de tête me disant qu’elle a compris et demande à ses collègues « le numéro de chambre du nouveau patient c’est laquelle déjà car il est là ».

Là, c’est un électrochoc, l’hospitalisation était probable mais pas certaine, je devais voir un psychiatre avant.

Je m’adressa à une infirmière, dans la cinquantaine, sûrement la chef de service, je lui dis qu’une hospitalisation n’était pas sûr, que je devais et voulais voir un psychiatre d’abord.

Elle me regarda d’une moue étonnée, on l’avait appelé pour une hospitalisation. De toute façons, le médecin de garde allait arriver, je n’avais qu’à l’attendre. (Après tout, on appelle pas « patient » les patients pour rien…)

Retour donc au petit sas d’entrée. Mon chauffeur m’attend… et moi aussi d’attendre ce docteur qui tient peut-être en main mon futur. Mais ma décision est déjà prise, je ne resterai pas ici.

Tout les voyants de mon mental fracassé virèrent aux rouge ! Enfermé dans un endroit qui ne respire pas du tout la sérénité ni la guérison, c’est l’instinct de fuite qui à prévalu chez moi. Je ne peux pas partir en essayant d’enfoncer la porte, il va falloir m’affirmer devant le docteur, rester sur mes positions tout en prenant des décisions pour ma guérison.

Je reste 10 minutes à me motiver, sans bouger, en regardant le sol. Je ne céderai pas, je veux rentrer chez moi avec ma médication, me stabiliser et passer à la suite de ma guérison. Je le sais, je le sens, ici ce n’est pas pour moi.

Le docteur rentre, je trouve qu’il titube et je pense sentir un léger relent d’alcool, odorat entraîné par un père alcoolique, j’ai l’odorat et la vue extrêmement bien calibrés pour repérer l’effet de l’alcool chez quelqu’un, surtout quand il essaie de le cacher. Directe je m’imagine le psychiatre à bout, un boulot difficile et peut-être qu’il est en plein divorce, un truc comme ça.

Je lui souris de toute mes dents, lui adresse un bonsoir, lui tend la main. Réflexe. (C’était avant la Covid hein…)

Lui, passe tout de go, sans même me répondre et se dirige je ne sais où.

J’attends encore, le balais des infirmières (toutes des femmes) est ma seule distraction. Dès que je vois un patient je baisse les yeux, je suis comme eux tout compte fait. Je relève brusquement mon regard à chaque fois qu’une infirmière passe. Je le comprend maintenant que je l’écris, j’avais devant moi le reflet de ma maladie : les patients. Peut-être que mes proches avaient cette même vision.

Mon attente s’arrêtent brusquement quand une grande infirmière de 40 ans, les cheveux courts et dont la teinture blonde commençait à déteindre me demande de la suivre.

Putain mais où je vais là ?

Et bien en faite pas loin, quelques mètres. J’entre dans un bureau, le docteur est assis devant son ordi, l’infirmière s’assoit au bord de la table, stylo bic et énorme bloc note posés sur la table.

Je n’attends pas que l’on me propose de m’assoir, comme le veut la politesse. Je passe entre les deux chaises qui me sont proposés et manque de m’étaler.

Je tremble.

À ce point, je ne me rappel pas exactement de la conversation. Je me rappel du fort accent du psy, de l’infirmière qui écrit et me demande des renseignements sur ma situation.

Au docteur de dire : « Monsieur Jaskiers, dans l’état où vous êtes, là, j’ai peur de vous renvoyer chez vous ! Vous avez l’air vraiment très mal, vous n’arrêtez pas de trembler !

– Non je ne veux pas rester là, j’ai peur, je pense pas que cela soit bon pour moi.

– Restez avec nous 1 ou 2 jours aux moins, en observation. Dit l’infirmière.

– Non, désolé mais je ne peux pas. Je vais rentrer chez moi, le docteur m’a donné des piqûres de Valium puis je prendrai rendez-vous avec l’un de vos médecins pour voir pour un traitement.

– Vous êtes libre monsieur, mais je vous dis qu’en temps que professionnel, vous serez bien ici.

– Oui j’comprends bien mais je ne peux pas être ici.

L’infirmière : – Vous avez peur ?

– Un peu. Je veux rentrer chez moi, prendre mon médicament et dormir. Je verrai un psychiatre mais je ne veux pas être ici.

– On nous a parlé d’hospitalisation pourtant.

– Appelez mon médecin traitant et il vous dira qu’il était question d’abord d’une consultation puis, peut-être, d’une hospitalisation.

– C’est n’importe quoi.

Le psychiatre d’appeler mon médecin traitant, qui lui confirme mes dires. Ce n’étais bien sûr pas le psychiatre que mon médecin traitant avait eu au téléphone quand il était chez moi. C’est dire la confusion qui a régné durant tout l’entretient et avant…

Et un ping-pong d’arguments et de contre-arguments se déroule entre nous trois. Mais je n’ai pas cédé.

L’entretien finit, l’infirmière me déverrouille la porte de sortie. Je crois n’être jamais sorti aussi vite d’un établissement de ma vie.

Je saute dans le taxi, direction la maison.

Le lendemain matin, j’ai le droit à un piqure de Valium dans la fesse droite (désolé pour les détails). Les couleurs sont devenues… intenses, l’anxiété quittait mon corps, la faim revenait. Sacré drogue. J’ai eu ce traitement pendant 3 jours, puis je n’ai eu que les antidépresseurs pendant 1 mois, 1 mois d’anxiété abrutissante avant de voir un psychiatre.

Un super psychiatre, un excellent. Il m’a tellement aidé.

Maintenant, j’ai déménagé, je ne le vois plus mais je suis content de moi car j’ai demandé de l’aide et je mesure la grande chance que j’ai eu d’avoir rencontré un très bon psychiatre.

Aujourd’hui, la vie suit son cours dans une nouvelle ville, loin de mon village, tant mieux. Les soins continuent, le traitement est fort mais il faut ce qu’il faut. Et le plus important, j’ai ma famille, ma mère et ma sœur à mes côtés. Il y a des jours avec et des jours sans. La lutte sera encore longue et difficile, je le sais.

Et durant tout ce temps, les livres, silencieux compagnons remplis d’histoires m’ont tenu compagnie, même dans les moments où le sombre gouffre dans lequel je m’étais fourré raisonnait de mes plaintes, pleurs et cris pathétiques, ils m’apportaient la lumière, le réconfort, couvants en moi la voix de l’espérance. M’ouvrants la voie d’un futur possible.

C’est ainsi que je me suis passionné pour Hemingway et ses œuvres.

Pour terminer, juste un petit message personnel https://youtube.com/watch?v=26Nuj6dhte8

Si vous souffrez actuellement, demandez de l’aide est la meilleure chose que vous pouvez faire. C’est un énorme pas en avant, vers la voie de la guérison. Vous n’avez pas nécessairement à dire « oui » à tous ce que l’on vous propose, écoutez-vous aussi. Mais gardez en tête que le combat contre la maladie psychique ne peut pas être gagné seul. Se battre seul contre la maladie c’est comme vouloir courir sous l’eau, c’est ne pas avancer malgré tout les efforts que vous y mettez et s’épuiser.

Voici un numéro d’aide en cas d’urgence, pour vous ou un proche en difficulté : S.O.S suicide : 09 72 39 40 50

La guérison prend du temps, tout ce qui est important dans la vie en prends.

Ne désespérez pas, et n’oubliez pas que si l’aide apportée ne vous convient pas, ou que quelque chose vous dérange, vous avez le droit de dire non. Mais vous vous devez d’écouter vos proches et les professionnels de santé pour avancer.

Si je l’ai fais, vous pouvez le faire aussi.

Jaskiers

Voyage littéraire à New-York… un article échoué.

L’envie de voyager à New York m’a pris par surprise.

Il y a presque 1 an de ça, je voulais l’Alaska, la tranquillité, la nature, la beauté, le sauvage, l’animal, l’indomptable et rien d’autre.

Et voici que maintenant, c’est au tour de la Grosse Pomme de m’obséder.

Ce que je connais de New-York ? Malheureusement, mon premier souvenir est le 11 septembre. Il fallait que je le mentionne dans cet article. J’avais 7 ans et j’étais devant ma télévision, comme sûrement beaucoup d’entre-vous.

Puis-je parler de ma génération comme la génération des attentats sur les Tours Jumelles ?

J’ai vu en direct cette horreur, je pense que ma mémoire me fait défaut, et je ne veux pas vérifier sur internet, mais je crois me rappeler avoir vu le deuxième avion de ligne percuter la deuxième tour. En live.

Je me rappel avoir été confus. C’était à la télévision, ça avait quelques choses de… cinématique ? Je sais que ces propos peuvent choquer, mais je n’ai pas compris de suite ce qu’il s’est passé. Il a fallu l’intervention d’un proche, mon frère en l’occurrence, pour m’expliquer que c’était réel, que des gens étaient en train de mourrir, sous nos yeux.

Et comme n’importe quel gamin, j’ai demandé pourquoi ? Les morts, la mort, dans ma petite tête d’idiot, ça n’avait pas encore de sens, ou du moins peu.

Le terrorisme ? Encore moins. Aller expliquer à un gamin que des adultes tuent d’autres gens « juste » pour nous faire peur. Les enfants comprennent bien des choses, mais pas ça. Ce qui fait peur, c’est les monstres et les monstres ne ressemblent pas à des humains quand nous sommes enfants.

Le jour d’école qui a suivis, tous le monde parlaient des attentats. Nous confondions l’Amérique et l’Irak et l’Afghanistan, les méchants et les gentils.

Je me rappel qu’en classe, on nous avait distribué « Le Petit Quotidien » expliquant, du moins essayant d’expliquer ce qui s’était passé.

Le Petit Quotidien était un petit magazine en papier destiné aux enfants et qui était parfois distribué en classe, en tous cas dans mon école (publique je précise). C’était toujours un petit moment de joie de recevoir ce petit journal, c’était vraiment intéressant. Je ne me souviens plus par contre si, après l’avoir lu, j’avais mieux compris les « raisons » et les conséquences. Enfin si, les conséquences, à mon niveau, c’était l’arrivé de nouveaux mots dans mon vocabulaire : « Terrorisme », « U.S.A. », « Irak », « Armes de destructions massives », « détournement »,« plan vigipirate » ect…

Le plan vigipirate était quelque chose de concret pour moi. La première fois que je l’ai entendu, j’ai bien sûr, dans mon innocence, pensé aux pirates, aux corsaires, aux types barbus aux visages scarifié avec un perroquet sur l’épaule, un crochet à la place d’une main, une jambe de bois, sur leurs vaisseaux fait de bric et de brac avec un drapeau avec une tête de mort blanc sur fond noir (maintenant, un autre drapeau avec les mêmes couleurs et bien plus terrifiant qu’il existe vraiment essaie de faire régner la terreur…) flottant au sommet du mât, prêt à aborder n’importe quel autres bateaux.

Ma mère m’a expliqué, tant bien que mal ce que signifiait ce terme. J’ai vite compris, d’autant qu’il était plus facile de l’expliquer, et pour ma petite personne, de comprendre, quand il était devenu interdit de se garer devant l’école, des grilles venaient d’être placées devant mon école primaire avec sur chacune d’elles un triangle rouge marqué « plan Vigipirate ».

Et puis, nous pourrions en venir aussi à 2015. Là le choc a été terrible.

Ne nous méprenons pas, je n’ai perdu aucun proche, je n’ai pas été blessé, personne que je connais n’y était, ce soir là.

Quand j’ai vu l’âge des victimes, les lieux du massacres, je me suis dis que c’était ma génération que l’on attaquait. Certain(e)s victimes avaient mon âge. J’aurais très bien pu, si j’avais vécus à Paris, être avec eux.

J’allais dans des bars, des boites de nuits, avec mes ami(e)s dans ma petite bourgade de province. On c’était attaqué à mon identité et à ma liberté. Paris était certes loin mais le choc a résonné et a terriblement secoué la jeunesse française.

J’étais tellement en colère et triste à la fois. Même aujourd’hui. Je me sens pitoyable car je n’ai pas était une victime de ces attentats, comme je l’ai dis je n’ai perdu personne. Je n’ai pas été meurtri dans ma chair. Ma colère et ma douleur n’était (n’est ?) rien en comparaison des victimes de ces horreurs.

C’était une jeunesse insouciante qu’ils avaient massacrées. Une jeunesse qui veut changer le monde mais qui avait aussi besoin de s’amuser, de danser, d’aimer, d’être encore insouciante avant que le futur l’attrape et lui impose des responsabilités.

Ils ont souillé notre jeunesse dès le 11 septembre 2001.

Blâmez autant que vous voulez cette jeunesse, mais nous avons grandis dans, ou plutôt, à travers, cette terreur et maintenant, nous et les générations encore plus jeunes faisons les frais d’une pandémie qui fait de notre futur un futur plus sombre qu’il ne l’était avant l’arrivé du virus.

Ma génération a déjà vécu plusieurs temps, l’après et l’avant 11 septembre, après et avant les attaques sur Paris, l’après (y’en aura-t-il un ?) et l’avant coronavirus.

Ce qui devait être un article sur New-York c’est retrouvé être un article tout autre. Plus sombre. Je reviendrai parler de la ville qui ne dort jamais, de ce que je voulais vraiment écrire à propos de cette ville, c’est-à-dire voyager à New-York avec les livres.

Je voulais finir cet article en disant que je fais la différence entre religieux et terroristes. J’ai eu la chance de grandir avec des musulmans, des juifs, des chrétiens, des athées ect… J’en suis heureux car je me rappel de cette époque, enfant, ou la religion, ou la couleur de peau n’avait aucune valeurs à nos yeux. On jouait au foot, on s’amusait sans jamais, jamais, faire de différence. Il n’y a que les adultes pour faire de ces choses une excuse pour justifier leur propre mal-être. Il faut être un adulte pour se concentrer sur ces choses, il faut être névrosé, rester hermétique à tout changement et aux opinions des autres pour inculquer la haine.

L’adulte est un enfant qui croit que sa vie est dure à cause des autres. L’enfer, c’est les autres comme nous le disait Sartre. Freud nous dirait que c’est à cause de notre mère. Mais au final, moi, je dis que c’est l’ignorance, le fait de se croire supérieur, le fait d’avoir oublié que quand vous étiez gamin, la religion des autres vous importez peu, même pas du tout. Que le principal, c’était de chasser des dragons dans un donjon ou d’être une princesse parlant aux animaux. Ça vous l’avez oublié. Pourtant, relisez L’Iliade et l’Odyssey d’Homère, vous verrez que même adulte, vous serez transporter, retour aux sources de l’imagination, celle qui vous fait réaliser que le dragon que vous chevauchiez, que la princesse parlant avec les dauphins sont encore là. Laissez cette imagination, cette innocence reprendre du terrain sur la morbidité qu’est la vie d’adulte.

Pour finir, le terroriste n’est pas un religieux. Il viole la religion et l’utilise comme bouclier pour « justifier » ses agissements. Il ment et manipule, au nom d’une religion qui, elle, ne prône pas l’assassinat, la torture ni les massacres.

Restons solidaires et fraternels. Qu’importe la religion, restons ferme contre ceux qui pensent pouvoir nous diviser, nous monter les uns contre les autres, nous dires d’avoir peur de l’autre car il est différent. La différence n’est pas un mal mais un atout, c’est cliché mais nous pourrions au moins essayer.

La tolérance, ce que nous avons besoin pour rester unis.

Divide et impera disait Machiavel.

Ne nous laissons pas berner par la haine et la terreur. Nous avançons beaucoup plus, plus loin, ensemble.

À bientôt, j’espère, pour mon article sur New-York, ses écrivains et ses livres.

Jaskiers

Une matinée de réflexion

Ce jeudi s’annonce comme un jeudi banal pour moi. Je sors de la douche et regarde la table de salle à manger. Des papiers y sont posés… Ah oui ! Il faut que j’aille m’inscrire sur les listes électorales. J’ai jusqu’au mois de décembre mais mieux vaut le faire tout de suite. Pour une fois que je m’y prends à l’avance !

C’est les petits trucs comme ça, après un déménagement qui sont chiants. Ces petites démarches qui ne demandent pas grands choses mais qui font chiés parce qu’on n’y a pas forcément pensé avant. En tous cas pour moi.

Les cheveux encore mouillés, j’enfile mon bombers noir et mes fidèles Timberland. Je fourre mon téléphone dans la poche, mon portefeuille dans l’autre, mes clopes dans la poche intérieures. Pourquoi mettre mes cigarettes dans la poche intérieur, il faudrait plutôt mettre mon portefeuille non ?

Sur ce coup là non, il me faut mon portefeuille à porté de mains, j’y ai plié tant bien que mal les papiers nécessaires pour mon inscription sur les listes.

Oui, l’année prochaine je voterai, comme à la dernière élection, pour éviter que l’extrême droite ne passe.

L’élection qui s’amène entraîne avec elle un candidat d’extrême-droite, une copie de Trump dans l’idéologie nationaliste, physiquement plutôt gargamelle.

C’est très bas d’attaquer les gens sur leurs physiques Jaskiers.

C’est mal. Oui je sais je m’excuse… Mais il a quand même une sacré gueule de… Bref.

Maintenant il faut sortir, croiser d’autres êtres humains.

Une voisine entre deux âges nettoie ses vitres et en profite pour me regarder passer. Je me demande parfois si mes bottes me vont bien ou si j’ai l’air d’un clown avec. Non je ne pense pas, ma petite soeur n’aurait pas manqué de me le dire (comprendre : se foutre de ma gueule, mais ce serait de bonne guerre !).

A deux pas de l’entrée de la mairie, je réalise que j’ai oublié mon masque. Classique Jaskiers. Je suis vacciné mais je ne peux pas rentrer sans. Presque deux ans que l’on vit avec le virus et je n’ai toujours pas les « gestes barrières réflexes » ! En faite si, je les avaient mais après m’être fais vacciner, j’ai relâché mes habitudes.

Demi-tour, remonter à l’appartement, prendre le premier masque qui traîne et je redescends pour la mairie.

Une dame dans sa soixantaine m’accueille gentiment. J’ai tous les papiers… Ah non, j’ai oubliés ma carte d’identité. Classique Jaskiers. Normalement, elle est dans mon portefeuille…

Je demande à la dame si je peux revenir en vitesse la chercher. Pas de soucis. Demi-tour, encore, pour l’appartement, je trouves ma carte d’identité bien en évidence sur la table là où étaient exactement les papiers d’inscriptions. Je m’insulte de connard parce qu’il le faut bien. Retour à la mairie.

« Monsieur Jaskier, votre carte d’identité est périmée, depuis trois ans, il faut penser à la changer. Je ne sais même pas si elle vous permettra l’inscription pour les listes.

J’ai mon permis ?

Allons-y peut-être que ça sera utile. »

Elle me donne un papier à remplir, j’ai amené mon stylo Bic quatre-couleurs. Geste barrière niveau expert, je me jette un peu de fleurs. Je commence à remplir mon papier quand l’encre bleu semble au bout de sa vie. Et merde.

La dame qui me regardait fixement remplir mon papier comme une vielle prof fouille dans son tiroir, me sort un stylo bleu. J’en ai marre que ces petits trucs m’arrivent. Mais c’est classique Jaskiers. (Je parle de moi à la troisième personne comme Delon.)

Bien, je finis de remplir mes papiers. Tout est bon. Je rentres a l’appartement.

Mais aujourd’hui j’ai envie de sortir un peu. Seul. Au cimetière. [Petite dédicace à Pandora].

Je ressort tout de suite, si je commence à trop réfléchir je vais rester à l’appartement.

Ça caille.

La Normandie c’est beau, et sa caille. Mais j’aime le froid. Le froid, sa conserve m-a-ton dis un jour. Prendre une grande bouffée d’air frais, la sentir m’envahir les poumons qui sont pleins de merde à cause du tabac. Je tousse dans la rue, les gens vont penser que j’ai la Covid. Et que j’ai l’air d’un clown avec mes chaussures.

Qu’à cela ne tienne. Je passe devant un bar, personne en terrasse, quelque papys à l’intérieur, sans masque, buvant leur vin blanc. Pas évident de boire avec un masque… Un jeune homme et une femme assis face à face à une table. Je pense qu’ils sont peut-être en plein rencard. Ou peut-être pas, les rencards ça existe plus ? D’ailleurs est que ça a vraiment existé en France ? C’est très américain d’ailleurs, « going on a date ». Maintenant on a Tinder et autres dérivations. Si j’étais une femme, je pense que j’irai à un rencard avec un petit quelque chose pour me protéger, mieux même, une amie devrait me surveiller, de loin. On aurait des signes discrets qu’on utiliserait pour avertir l’autre si il y avait un danger ou au contraire si tout allait bien.

Je continue ma petite marche, je passe devant la boulangerie de la Basilique, j’y sens le pain chaud. J’évite de regarder dedans de peur de craquer pour un petit encas, il faut dire que j’ai pris du poids ces derniers temps, c’est nouveau pour moi. Je fixes mon regard sur l’objectif. Un banc !

(Le mégot de cigarette n’est pas de moi. Ne jetez pas vos foutus mégots par terre sérieusement.)

Une fois mon gros cul (les antidépresseurs font grossir. Ce n’est pas une légende. Si vous allez dans un hôpital psychiatrique, vous verrez que certains patients sont bouffis, pas gros, juste bouffis et leurs visage, gonflés. Pas tous bien sûr mais pour moi, qui ai toujours été mince et sportif, j’ai vu mes muscles abdominaux fondre. J’ai une légère bedaine et un double menton quand je m’assois. Et je vieillis aussi. Quand j’irai mieux j’irai à la salle de sport. Quand j’irai mieux…) posé devant la basilique, je vois deux bonnes sœurs. Elles me fascinent ! J’ai toujours eu envie de leur poser des questions, sur la religion, la vie, la philosophie, Dieu, la vie mais je ne le ferai jamais, à quoi bon au final.

Donc ces deux bonnes sœurs atteignent leurs voitures. Une voiture électrique s’il vous plaît ! Et pas une petite, une sacré berline d’une marque françaises. Je ne pourrai pas vous dire la marque, je ne suis pas du tout voiture, ni bricolage. J’en ai rien à foutre des deux. Tant qu’une voiture roule, c’est tous ce que je lui demande, et j’aime pas conduire depuis que je suis sous traitement.. Quant au bricolage… je ne m’y suis jamais mis. Moi, fils d’un cheminot, petit et arrière petit fils de menuisier, je ne sais pas me servir de mes deux mains. C’est bizarre les gènes.

Si un jour je trouve une femme qui aime conduire, bingo. Rien à foutre des règles sexistes, une femme peut bien conduire son homme non ?

Et si jamais, en plus, elle bricole. Alléluia. Enfin on se mariera pas ni n’aurions d’enfants.

On en était où la ? Ah oui les bonnes sœurs. Elles débranchent tant bien que mal leur voiture de la borne de rechargement. L’une d’elle dit à l’autre : T’inquiète je gère.

Woah ! Elle est à deux doigts de dire « Wesh », si ça s’y trouve elle a un compte tiktok où elle lache des « DAB » sur une musique d’un rappeur américain en chaleur. On peut être bonne sœur et être moderne !

Non c’est trop Jaskiers.

J’allume une clope. Je me dis qu’il me faut écrire un article. Je le sens.

Il faudra que je prenne des photos. Le blog a changé, maintenant j’écris pour moi. Ce premier article sera un test. Je n’écrirai pas que ce genre d’article.

Je contemple la Basilique, elle n’a pas changé, n’a pas bougé de place ni changé de couleur depuis la dernière fois que je l’ai vu.

J’entend le vrombissement typique d’un hélicoptère. C’est l’hélicoptère médicale du CHU de Rouen, Dragon 76. Il passe au loin, derrière la Basilique puis je ne le revois plus. Il passe souvent.

Est-ce ce genre d’hélicoptère qui a transporté les 6 organes de mon frères ? Je crois vaguement me souvenir qu’ils avaient été transportés par hélicoptère. L’idée de faire un tour au cimetière me vient à l’esprit. Oui, c’est bizarre mais j’aime ce cimetière, il est unique, atypique, pour moi du moins. La moitié des cendres de mon frère y reposent dans le Jardin des souvenirs. José-Maria de Heredia y a sa tombe ainsi que le Père Hamel, tué par un terroriste dans son église à St-Etienne-du-Rouvray. J’irai les voir.

Je reste quelques minutes de plus sur le banc. Le vent frais me caresse le visage, ce n’est pas un froid qui vous pétrifie mais un froid doux. Ma respiration s’envole en petite volute.

Deux joggeuses dans la quarantaine peut-être passent et parlent, leurs voix est saccadées par l’effort. Je devrais me remettre au sport. Courir ou même marcher. Mes poumons sont grillés par la cigarette, je cracherai mes bronches après 1 minute d’efforts.

Dire que quand j’étais jeune, j’étais le premier dans les courses d’endurances. Je pouvais courir pendant 1h30 sans m’arrêter puis jouer au foot pendant les récréations. Pas une journée sans sport à cette époque. Le contraste avec aujourd’hui est attristant. Je court deux minutes et mes poumons me brûlent, mes genoux me font mal et craquent et le lendemain les courbatures m’attendront sagement pour se plaindre de mon manque de conditions physiques.

Enfin courir c’est pas pour aujourd’hui. J’ouvre mon téléphone. Je me dis que les passants qui me regardant doivent se dire : Ah ces jeunes, pas 2 minutes sans aller sur leurs téléphones.

J’envoie un snap à ma sœur pour garder nos « flammes ». (Ceux qui utilisent Snapchat savent de quoi je parle.)

J’ouvre l’application de l’Associated Press, un américain exécuté par injection létale, un autre va être exécuté bientôt. Je regarde leur visages, je n’ouvre pas les articles. Je referme l’application.

Pendant que je prends de pleine bouffée de cet air frais, que mes poumons meurtris par mes conneries se gonflent, un type en Amérique a été exécuté. Ses poumons ne se remplissent plus, plus jamais ils ne se rempliront. Je ne sais pas ce qu’il a fais. Peut-être était-ce un enfoiré de première.

La Basilique juste devant moi, je respire encore doucement cet air, je le sens s’engouffrer dans mon poumons et se confronter à mes bronches encrassées.

Lui, là-bas, il est mort dans une cabine, attaché. Ont lui a injecté des produits, il est mort devant des gens venu pour assister à sa mort. Quelles odeurs cette sorte de cabine doit avoir ? Moi, je respire, encore, je sens, encore.

À voir des gens assister à ta mort, certains mêmes sont payés pour, d’autres veulent juste te voir mourrir, il se passe quoi dans ta tête ? Des infirmiers et au moins un médecin doivent assister à l’exécution, je penses en tous cas.

Les médecins américains doivent-ils prêter le serment d’Hypocrate ? Je n’en sais rien.

Dans tous les cas, ils tuent un tueur, en espérant qu’il ne soit pas innocent. On tue un tueur donc… ça ne fait pas un tueur de moins sur terre.

Je sais qu’une exécution en Amérique coûte plus chère qu’un emprisonnement à perpétuité. J’aime l’Amérique même si je n’y suis jamais allé mais je peine à la comprendre. Encore plus ces dernières années. Quelques choses s’est brisés là-bas et bien souvent, ce qui se produit aux États-Unis se répercute d’une manière ou d’une autre dans l’hexagone. Sauf qu’en France, on a moins la class ! On est très terroir quand même ! Appelons ça la french touch.

Et que penser de l’autre qui attends d’être exécuté ?

Je respire encore, je fermes les yeux deux secondes, pas longtemps, on ne sais jamais à notre époque.

Beware of your surroundings comme on dit en Amérique.

J’ai une légère idée de ce qui se passe dans sa tête au type qui attend de crever en public. Lire les ouvrages de Caryl Chessman m’aura au moins appris cela.

C’est pas marrant pour lui évidemment. Je ne sais pas quand il va y passer. Il doit penser à la douleur, à la sensation de la mort. Il va se sentir passer de vie à trépas. Respire t-il l’air vicié de sa cellule du couloir de la mort comme moi je respire l’air frais normand ? Est-ce qu’il regrette ce qu’il a fais ? Est-ce qu’il a pensé à la peine de mort quand il a commis son crime ? Si oui, ça ne l’a pas arrêté… On récolte ce que l’on sème. Tu donne la mort, on te la donne aussi. La loi tu Talion.

Il doit penser à quelqu’un qu’il aime. Regretter de ne pas avoir passé plus de moments avec cette personne. Peut-être qu’il pleure la nuit. Silencieusement pour ne pas réveiller les autres détenus. A-t-il choisis son dernier repas ? A-t-il le droit de se fumer une dernière clope avant d’y passer ? Pense-t-il que sa vie aurait pu être différente ? Blâme t-il quelqu’un pour sa faute ? Est-il innocent ?

Et moi je regarde la Basilique. Un type est mort cette nuit, un autre va bientôt mourrir.

Et Dieu dans tous ça ? Croit-il en Lui le type prostré dans l’antichambre de la mort ? Va-t-on en enfer quand on a commis le crime de Caïn même si on est exécuté ? Est-ce qu’être exécuté pour avoir commis le pire des péchés remet les compteur à zéro durant le Jugement Dernier ?

Et moi dans tous ça ? Et vous ? Nous ?

Je reste à fixer le lieux de culte pendant 5 minutes je penses. Perdu dans mes pensées. Les passant doivent se demander ce que je fais, à fixer la Basilique sans rien faire d’autre, sans même bouger.

Assez attendu, je pars direction la Basilique, je passe à côté pour descendre au cimetière.

Tient, une plaque explicative portant sur l’histoire du cimetière ! Il y en a une devant la mairie, devant la Basilique, la salle des fêtes et d’autres part. Ces panneaux/plaques sont récents.

J’y lis qu’un champion de course de voiture y est mort. Philippe Étancelin. Je Google son nom, Wikipedia. Ah oui c’était il y a vraiment longtemps !

D’autres personnalités, qui ne m’intéresse pas, complètent la liste.

Sur la dernière ligne des célèbres morts enterrés là est écrit : « Notre illustre poète José-Maria de Heredia » je m’arrête la. « Notre » ? Vraiment ? Notre ? Un poète ? Notre ? Je veux dire… Un être humain peut-il appartenir à toute une ville ? Un artiste ? Un être humain n’appartient déjà pas à un autre être humain (dixit Breakfast At Tiffany). Je n’aime pas cette formulation, « notre ». C’est peut-être con. Je m’insurge sûrement pour rien. Peut-être est-ce parce que je suis de cette génération qui est offensée par tout et n’importe quoi.

Bref je rentres dans le cimetière, d’autres personnes, toutes âgées, y déambulent. Pourquoi suis-je s’y vieux ? Dans ma tête comme dans mes actes ? Quand j’étais gamin, j’avais été voir « La môme » au cinéma avec mon père. Ce dernier aimait à dire à tout le monde que j’étais le seul enfant dans le cinéma. C’est vrai il n’avait pas tord. Les autres spectateurs étaient pour l’écrasante majorité des personnes d’âge mûres ou âgées.

Et me voilà ! Une décennie (plus quelques années) après a déambuler dans un truc de vieux. Je sais que je ne suis pas le seul à faire ça (re-salut Pandora, maintenant je comprends pourquoi tu aimes flâner dans les cimetières).

Direction l’immense statue du Christ sur sa croix. Le Calvaire. C’est peut-être le mot adéquat quand on attend d’être exécuter. Un calvaire.

Je regarde la statue. Elle est impressionnante. Ce cimetière est… beau, plutôt grand, sur plusieurs « étages ».

Au pied de la statue, le Jardin des souvenirs. Des petits tas de cendres et des gerbes de fleurs.

Les cendres de mon frangin ne sont plus là depuis longtemps.

L’anniversaire de sa mort arrive et je suis en colère contre lui. Je réalise que je suis dans une nouvelle étape de mon deuil. 15 ans après sa mort : la colère.

Crever à 18 ans c’est nul, toi qui excellait dans tous. Dans le meilleur comme dans le pire car dans le pire, tu a trouvé la mort. Félicitation ! Tes diplômes, tes conquêtes féminines, tes « ami(e)s » qui pleuraient comme des madeleines à ton enterrement, qui me disaient « on sera toujours là pour toi », tu sais que la plupart d’entre eux sont misérables maintenant ? Certains t’on rejoint, certains sont en prison, certains sont des drogués, d’autres vivent dans la misère. D’autres ont « réussis » leurs vies, enfin sûrement car je n’ai plus aucune nouvelles de ceux-là. Aucun n’a jamais été là pour moi. Avec des ami(e)s comme ça mon frère, pas besoin d’ennemi.

Tu était un esprit brillant et combatif, moi, toujours en proie à mes démons intérieurs dont certains sont dû à ta mort. Tu était le jour, je suis la nuit, j’écris, je lis et je prépare l’aube d’une vie sans toi.

Je ne suis pas dans une belle situation non plus je l’admet. Je me bats pourtant. Je suis là, tu es mort à 18 ans, j’en ai 27. Je suis ton grand frère maintenant ! Je suis toujours un petit con comme tu peux le voir. Un jour peut-être je réussirai à te laisser partir. Pour l’instant tu me fais chier. Te rends tu compte de la peine que tu as causé ? Ce n’est pas de ta faute ? Mais avec toi, même si ce « n’était pas de ma faute » il fallait que j’agisse en étant responsable. À ton tour maintenant, d’être « responsable ». Tu ne peux répondre, au final, je vaux aussi bien que toi. Si je continue à penser que tu étais « mieux » que moi je n’avancerai pas. Nous serons à égalité maintenant. Tu n’a pas ton mot à dire. Pas mieux, pas pire que toi. Sauf que moi, j’ai survécu plus longtemps. C’est moi maintenant le grand frère. À toi de porter un peu de ma peine, de porter ma croix, à mes côtés car je l’ai décidé. Le cadet doit respecter l’aîné non ? Maintenant respecte moi et obéi moi. Laisse moi vivre sans ton fantôme à mes côtés ! Non reste à mes côtés, j’ai besoin de toi pour affronter le monde. Reste. Je t’aimerai toujours.

‘Non, mère. Laisse-moi être et laisse moi vivre’ à pensé Stephen Dedalus en voyant sa mère passe de vie à trépas.

Les fleurs sentent cette hideuse odeur de crématorium. Je pensais que c’était dû aux corps brûlés cette odeur mais non. L’expérience m’a appris que c’était ces fleurs.

Pourquoi les gens mettent-ils ces plantes qui sentent tellement mauvaises ? Ou peut-être est-ce le papier avec lesquelles elles sont vendues ? Sûrement cela.

Je me retourne pour voir une vue dégagée de Rouen Ouest et de ses alentours.

De grande cheminée au loin crachent leurs fumée. Crématorium. Non Une usine.

Poumpoumpoum. Tiens Dragon 76 est de retour ?! Non, cette fois c’est l’hélicoptère de la gendarmerie qui fais des allers-retours au dessus d’une zone industrielle traversée par un chemin de fer. Je regarde ce numéro d’insecte mécanique que je n’ai pas l’habitude de voir. Il tourne et tourne, en rond… L’argent du contribuable est bien dépensé ! Il y a des habitations par là, des HLM. Et moi de penser à 1984. Enfin, pour nous surveiller, maintenant, la police peut utiliser des drones ! Et j’ai lu qu’Elon Musk avait, peut-être, un projet consistant à projeter des publicités dans le ciel ! Imaginer regarder le ciel bleu mais devoir regarder un spot publicitaire avant… Ce n’est pas la technologie le problème, c’est l’humain.

Je regarde la Seine qui passe en contrebas. Elle a l’air tranquille. J’ai même le droit de voir quelque mouettes. Je me demande ce qu’elles font si loin dans les terres. J’ai envie de leur dire : vous savez, y’a vraiment des endroits plus beaux, vous avez des ailes, profitez-en. Et éviter de nous chier dessus ou sur les voitures.

Les oiseaux sont très intelligents, si ils sont là, c’est sûrement pour une raison.

J’ai perdu de vue l’hélicoptère des gendarmes. Disparu comme il est arrivé.

Si ça se trouve, au pied d’une statue du Christ. Ils m’ont peut-être vu prendre en photo le panorama et pensés que j’étais un truand.

Un panneau indique les différentes banlieues que l’on peut voir depuis ce panorama. J’ai l’impression que Rouen se trouvent dans une sorte de cuve, entourée de grande collines de forêts.

Le panneau indique que je regarde plein ouest. L’ouest, l’Amérique ! Si ça se trouve, je fais face à New-York.

Dernièrement, je suis fasciné par New-York. J’ai commandé des livres de Colum McCann, de Paul Auster, de Truman Capote (j’ai carrément pris tout ses ouvrages), de Hubert Shelby Jr, de Dennis Cooper, de Patti Smith, un ouvrage de Beigbeder (Window on the World un livre que m’a conseillé Pandora), J.D. Salinger, Tom Wolfe, James Baldwin et d’autres ouvrages se déroulant dans la Grande Pomme. Je ne me comprend pas, j’oscille entre l’envie de découvrir la nature sauvage de l’Alaska ou la jungle urbaine de New-York. Je n’irai peut-être jamais dans la ville qui ne dort jamais, mais je lirai New-York.

Les livres sont ma vie. C’est triste à dire. Ma pile à lire est immense. Je dirai quelque chose comme 300 livres. Certains me diront qu’à 27 printemps, il serait plutôt temps de trouver une copine plutôt que de rester seul avec mes bouquins.

L’immense majorité des livres sont d’occasions, ça reste que ça coûte cher ! Mais quand on aimes, on ne comptes pas, quitte à manger des pâtes tous les jours.

Pour l’instant, il n’y aura personne dans ma vie sentimentale. Ma liberté et ma tranquillité passent avant tout. Et les livres aussi. La demoiselle attendra que je sorte de mes pénates après avoir lu plus de 300 ouvrages.

Les gens pensent que je souffre de la solitude quand en faite, je l’apprécie tellement. J’en ai besoin. Est-ce que je m’ennuie ? Jamais ! Quand on aimes les livres, on as la chance de ne jamais souffrir de l’ennuie.

Du bruit derrière mon dos, je me retourne doucement, une dame de 70 ans environ marche sur la petite étendue d’herbes où sont dispersées cendres et gerbes de fleures. Tranquille la mamie qui marche sur les cendres. L’être humain est bizarre. Je me tais, on respect les aînés.

Il est temps d’aller voir « notre » illustre poète.

Je connais le chemin, j’avais visité ce cimetière il y a de ça un an.

Ça descend sévère. La pente est abrupte. Des deux côtés, des tombes pour la grande majorité délaissées, certaines semble même ouvertes. Que font les familles ? Les concessions ne doivent pas être gratuites ça s’est sûr, mais venir passer de temps en temps un coup de chiffon ou de balayette sur la tombe d’un proche, c’est pas la mort…

Une belle vue sur la Seine m’encourage à ne pas me casser la gueule.

Il me faut tourner à droite, prendre un tout d’escalier abrupte et étroit. Je les monte en faisant attention. Si je me casse quelque chose, je n’ai pas de couverture maladie. L’administration, ça a l’air d’être un bon job, prendre son temps, c’est ça leurs méthodes semble-t-il. Et la collection de papiers qu’ils perdent. Désolé si vous travaillez dans cette branche, évidement aucun travail n’est évident . Mais il faut bien se plaindre de quelque chose quand on est français.

La tombe du poète est entourée d’une sorte de grille « légèrement » rouillée. Des escargots, tous blancs, immobiles, semblent dormir autour de sa sépulture. La nature et le poète. Je prends une photo, je vais la mettre dans mon article. J’ai vu plusieurs blogs parler du poète, ils ont mis la photo de sa tombe. Son Wikipedia contient une photo de sa tombe. Même la pancarte explicative à l’entrée en a une.

Je lis ce qu’il est écrit sur sa tombe, je peine à déchiffrer. Le lieu de repos du natif de Cuba n’a pas l’air d’être entretenue. C’est triste.

Un homme de lettre, pardon, « notre » homme de lettre, un poète, qui repose avec je crois deux autres membres de sa famille semble ne pas être important pour la mairie. J’aimerai y (re)faire un tour pour le leur dire. Mais ne serait-ce pas un peu hypocrite de ma part ? Je n’ai jamais lu un seul de ses poèmes depuis mon arrivé. Il faudra que je penses à faire des recherches pour un recueil.

Les dalles sur lesquels je me tiens sont en mauvaises états, l’une est complètement décrochée des autres. Les poètes sont-ils condamnés à la misère et à la déconsidération même durant la mort ? Au moins, les escargots aux blanches coquilles lui rendent hommage. Je n’en ai pas vu d’autre sur les tombes aux alentours. Ou peut-être ne voulais-je pas les voir. Voulant garder une sorte de magie, une preuve que les Hommes de lettres sont d’immenses artistes.

La vérité, c’est que devant cette tombe, je me sens apaisé. Devant le Jardin des souvenirs : de la colère, devant « notre » José-Maria de Heredia : je me sens mieux. Peut-être est-ce le soleil qui commence à sortir des nuages et à me réchauffer un peu. Des rayons percent les nuages. C’est beau. J’aime les nuages quand ils se mélangent au soleil. J’ai toujours cette idée juvénile que les dieux grecques crèches là-haut. Encore plus ses jours-ci car je relis Homère la base du story-telling, le premier poète, le père de la littérature, du roman, j’ose l’affirmer. Je suis en plein dans l’Iliade, et ça bataille sec autour des nefs des Argiens. Les Dieux se querellent, font l’amour et se mêlent à la bataille.

Je me retourne pour contempler la vue qu’à le fantôme du poète. Elle est belle. Puis j’aperçois une curieuse chose perchée dans un arbre qui entoure le cimetière, on dirait un ballon de foot. Je prends une photo :

Je sais très bien que ce n’est pas un ballon, mais c’est curieux. Cette chose est quand même massive, perchée tout en haut de l’arbre. Encore une œuvre de ces génies d’oiseaux ? Si vous savez ce que c’est, je suis preneur.

Et tous ces découvertes se déroulent quand je suis aux côtés de la tombe d’un poète cubain. Cuba, si je me décale un peu sur ma gauche, je fais peut-être face à Cuba. Hemingway. Il me faut lire le grand ouvrage que j’avais trouvé par hasard et relire ses principales œuvres en anglais. Il me faut aussi trouver et lire José-Maria.

Lire lire lire. J’en oublie de vivre. Et honnêtement je m’en fous. Le virus nous empêches de voyager normalement. C’est l’excuse que je me donne car au lieu de prévoir un voyage je dépense toutes mes économies dans les livres. Bien qu’au fond de moi, je sais très bien que je ne peux pas faire de long voyage.

L’Homme est une contradiction, j’en suis sûr.

Je décide de descendre direction la tombe du prêtre assassiné. Vue sur la Seine, une péniche commerciale (c’est correct ça ? Enfin vous voyer ce que je veux dire, voici une photo) navigue doucement.

J’arrive presque en bas du cimetière. Sur la gauche, une longue série de tombe, sur trois rangs (je crois, je ne suis plus si sûr maintenant que je corrige l’article) longe le flanc jusqu’à un mur haut, gris et plutôt moche. Un écriteau indique quelque chose comme tombes communales. Les allées sont étroites, les tombes n’ont pas l’air très bien entretenue mais belle vue sur la Seine. Je ne m’y aventurerais pas, honnêtement, cette partie du cimetière est… glauque. Pardon mais bon.

Je continue tout en bas du cimetière pour visiter la tombe du Père Hamel. Il y a 1 an, j’avais beaucoup peiné à la trouvée. Elle est fleuri, tellement que l’on ne voit presque plus son nom. Je me retourne, je constate que la tombe du prêtre fait face à la cathédrale de Rouen. C’est beau. Ça a du sens. Les êtres humains aiment que les choses ai du sens. Enfin la majorité. Je pense.

Avant de quitter l’homme de foi, de remonter, je décide d’aller sur la gauche ou un portail ouvert donne sur un petit monument aux morts dédié aux soldats belges morts pendant la première guerre mondiale.

Plus loin, une longue allée bordée de buissons qui ont l’air à l’agonie donne sur un grand monument dédié au Roi Soldat, Albert I. Je décide d’aller le voir. Je prend une photo, je regarde l’œuvre de l’artiste. Ce monument n’est pas répertorié sur la pancarte à l’entrée du cimetière. Pas cool pour nos cousins belges !

Je fais demis tour, un couple de personnes âgées se recueil devant la tombe du Père Hamel. Ils doivent se demander ce que je pouvais bien faire ici. Un truc pas très catholique sûrement. Ou peut-être qu’ils sont cool et n’ont pas du tous pensé à ça. Et je me demande bien comment ils ont pu arriver jusqu’en bas tellement la côte menant à la tombe est escarpée.

Je passe devant la tombe des « Petites Sœurs des Pauvres ». C’est une grande tombe blanche, sans nom, sans fleur, sans gravure rien à part un écriteau : Petite Sœurs des Pauvres.

Même dans la mort, elles sont resté… pauvres ? C’est triste. J’imagine la vie de ces femmes, une vie dédié aux autres, aux plus démunis et elles reposent ici, aussi, sans rien, aucun artifice. Ça force le respect, l’humilité. Jusqu’à la mort elles sont restés fidèles à leurs idéaux. Je me force a comparer certaines tombes qui ont des formes… atypique je dirais. Certaines sont même Too Much, tape à l’œil. Je remonte et vois une tombe avec une sculpture de femme. C’est une très belle sculpture, la femme est prostrée comme Le Penseur de Rodin sauf que son visage est marqué par la souffrance. Cette sculpture fait en faite partie d’une tombe. Je ne la prends pas en photo. Mais je me dis que quand même… certains ont de la vanité jusque dans la mort. C’est peut-être méchant de ma part, mais la sépulture des Petites Sœurs des Pauvres me parle plus que cette tombe.

Je me rends compte que je parles de tombe comme si je faisais une review de livres. Je suis vraiment un connard. Vous me pardonnerez n’est-ce pas ?

En continuant mon ascension vers la sortie, je décide de repasser par la tombe du poète. J’ai envie de ressentir cette sensation de douceur comme tout à l’heure. J’entends des gens parler, je n’y reste pas longtemps.

Je passe à côté du Calvaire, sans un regard pour le Jardin des souvenirs. Colère, tristesse. Il est temps de partir.

Je vois deux personnes dans la cinquantaine à la sortie, un homme, une femme. Ils finissent leurs conversation et se séparent dès que j’arrive, la femme lui dit de prendre soin de lui, lui de répondre « qu’au final c’est comme une simple grippe, je souffre pas tant que ça ».

Cool l’ami ! Donc tu as la Covid et tu vas au cimetière sans masque. Normalement je crois que tu dois rester chez toi en « quarantaine ». Qu’est-ce que tu fous au cimetière ? T’a peut-être peur que le virus t’emporte et t’as décidé de visiter ta prochaine demeure au cas où le virus te ôte la vie ? Un peu comme une visite d’appartement mortuaire peut-être. Ta dernière demeure. Peut-être que sur ta tombe tu mettra une sculpture de la Covid.

Je suis vraiment un connard.

Je suis vacciné, je peux attraper le virus mais avec des risques moindres d’hospitalisations, apparemment. Avec ma chance, le type m’aura passé un peu de sa Covid et je finirai à l’hôpital car j’ai des antécédents d’asthmatiques, asthme qui a disparu dans mon enfance. Au moins j’aurai visité le cimetière où ma mère déposera mes cendres. Mélangé à ceux d’inconnu(e)s et de mon frère, si il en reste.

Maintenant que j’y penses : Bobonnes a dessiné son expérience de vaccination.

Moi, je n’ai pas écris sur ma vaccination. (À l’heure où j’édite et vérifie ce texte, j’apprends que nous devrons recevoir une troisième dose pour garder notre pass-sanitaire… enfin je crois. C’est à ne plus rien y comprendre.)

Moi j’étais trop fainéant pour écrire ne serait-ce qu’une ligne sur mon expérience.

Je me suis fais piqué au Kindarena à Rouen. À ma première injection, c’était bondé ! Une file d’attente énorme. J’avais cette mauvaise impression, tout ces gens vont se faire vacciner, moi y compris. Je me suis peu renseigné sur le vaccin, j’ai peur, pas de la piqûre mais des effets secondaires. Une fois rentrée dans les locaux, des infirmières, infirmiers, très jeunes mon âge ou encore moins me donnent des papiers à remplir. Des médecins, des infirmières encore (que des femmes là) s’occupe de l’administratif. Je me fais vacciner par une dame de 60 ans. Elle me fais mon vaccin, aucune douleur. Elle me dit que je sens bon, sympa, elle me donne un chocobon et je m’installe pour patienter 15 minutes en cas d’effet secondaire. Le lendemain j’ai juste mal à l’épaule.

La deuxième dose. Personne dans la file d’attente, presque personne a l’intérieur. Les formalités administrations expédiées, un type dans la cinquantaine me vaccine.

Là ça fais un peu plus mal. J’ai l’impression de sentir le liquide chaud passé de la seringue à ma peau. J’ai eu le droit là encore à un chocobon. 15 minutes d’attentes. Une bonne fatigue pendant 2 jours et puis c’est tout.

Tada ! J’ai raconté vite fais comment je me suis fais vacciné.

Bobonnes l’a fais avec ses dessins et moi avec mes pauvres mots.

Je réalise qu’on peut raconter une histoire de différent moyens. L’art c’est magique putain. (Passez faire un petit coucou à Bobonnes, elle est cool.)

Par les mots, on peux raconter, écrire, en one-shot comme Pandora. On peux aussi lire les textes de Iotop, fort bien écrits, une maîtrise et un vocabulaire qui impressionnent.

Je ne peux écrire un texte décent sans le réviser un peu, au contraire de Pandora, et je n’ai pas la science des mots d’un Iotop. Peut-on parler de style ? Aucune idée, le plus important c’est que les textes/articles soient plaisant à lire quelque sois le sujet.

Bref.

Je bifurque sur la gauche et je vois le monument au morts. A ses pieds, des gerbes de fleures, c’était le 11 novembre il y a quelques jours. Je prends une photo et réalise que le monument dédié aux soldats belges de la première guerre mondiale plus bas n’a même pas une petite fleure à ses pieds. Très vite oubliés nos cousins belges et leurs sacrifices. C’est injuste et triste. Ou bien ces fleurs ont été enlevées mais pourquoi les gerbes des français sont-elles encore là ?

Le français est ingrat, il oublie vite et se plaint beaucoup. Je le sais, j’en suis un. Un gaulois pas réfractaire mais qui veut juste être seul, en paix. Un gaulois anachorète agnostique.

Je continue sur la gauche et je revois le couple de personne âgée, qui se recueillait sur la tombe du Père Hamel, sortir du cimetière et je réalise qu’il y a une autre entrée beaucoup plus accessible pour accéder à la partie la plus basse du cimetière. Jeune et con ! Les vieux ont l’avantage de la sagesse. Et l’expérience.

Je m’assied sur un banc près du magnifique monument de Jeanne d’Arc.

Malheureusement, impossible d’aller ce mettre à côté de sa statue. La vue y est imprenable sur une partie de Rouen. Le monument est magnifique. Pour une raison que j’ignore, l’accès y est fermée. Elle ne l’était pas avant la Covid dixit ma mère. Je ne comprends pas pourquoi son accès est fermée. C’est en plein air, il y a de l’espace. Si les gens sont civilisés, ils respecteraient la distanciation sociale. En faite ça me fais chier. Le monument est magnifique, c’est de l’art, de la culture. Culture qui a été malmenée voir sacrifié à cause de la Covid. On sacrifier la culture, on perd son identité. L’Homme a besoin d’histoire ! Que ce sois des livres, des chansons, des films, des séries télés, des sculptures, des tableaux, des dessins ect… Depuis la nuit des temps l’Homme a besoin de s’exprimer et d’entendre des histoires. Nos ancêtres dessinaient dans leurs grottes, l’art, c’est aussi prouver qu’on existe, que l’on a existé. Que nous sommes des humains. Sacrifier la culture, fermer les librairies, les cinémas, les musées, reviens, à mon avis, à fermer un magasin d’alimentation. L’Homme n’est plus nourris dans son âme. Et Dieu sait ce qu’il pourrait se passer quand l’Homme a besoin de rassasier sa soif de liberté, liberté d’apprendre, de s’éduquer, de s’émerveiller, de s’évader…

Je pense à ces petites librairies qui ont dû en chier pour rester debout. Je commande l’énorme majorité de mes livres par internet, j’achète des livres d’occasions qui proviennent d’associations ou de librairies indépendantes quand c’est possible. C’est à dire souvent.

Et là je m’imagine à New-York, je déambule dans une rue et je découvre une petite librairie. Je m’y engouffre, m’y vois y rester deux heures à feuilleter, sentir l’odeur, peut-être discuter avec la personne qui possède ce petit havre de culture et de paix. Je m’imagine que c’est une femme, 60 ans peut-être, elle a des lunettes, habillé à la cool, pas sophistiqué, du vécus, elle a peut-être croisée Blondie, Lou Reed, Bob Dylan et d’autres fortes personnalités qui ont marqué les U.S.A. dans sa jeunesse. Peut-être qu’elle a fréquenté des musiciens de Jazz aussi. Elle sourit en entendant mon accent français à couper à la tronçonneuse, me parle de son voyage en France et moi de lui parler du miens ici. Et on parle littérature américaine. On part loin, tous les deux sans bouger. Et puis je repars, un livre à la main, en espérant que la libraire ne soit pas la version féminine de Joe dans YOU. (Si vous ne le saviez pas, cette série, excellente au passage, est tirée de deux livres : Parfaite et Les corps cachés. L’auteure, Caroline Kepnes est même consultante sur la série ! Et non, je n’ai pas encore lu les livres, je fais tout à l’envers. La série avant les livres…)

Ah ! J’ai aussi plus de 30 livre de Stephen King ! J’ai presque tout ses livres. Je suis fou d’avoir tellement commandé.

Je me rappel qu’à l’appartement m’attendent des livres, notamment je me rappel aussi cette découverte : Virginie Despentes. King Kong théorie, bye bye blondie, baise-moi, les chiennes savantes, mordre à travers, Vernon Subutex. je suis impatient de lire cette écrivaine. Sa vie est… atypique . Comme la mienne. Qu’elle vie ne l’est pas d’ailleurs ? J’ai envie de lire son travail.

Find what you love and let it kill you.

Bang… Bang…Ding

La cloche de la Basilique me fait sursauter, déjà midi. Je m’allume une clope et je regarde Jeanne d’Arc. Il faut que j’aille visiter le musée dédié à elle à Rouen. Ma mère m’a dis que ça faisait peur, les mannequins bougent et truc comme ça. Elle m’a déjà emmener voir le lieux où elle a brûlé. Je ne sais pas trop quoi en dire. Je suis dubitatif. Jeanne d’Arc messieurs dames ! Je ne sais pas, ils auraient pu faire mieux.

Je me plains tous le temps en faite.

Ma clope consommée et le mégot rangé dans le paquet (sérieux, les mégots par terre, c’est degueulasse !), je vais faire un tour à côté de la salle des fêtes. Il y a une belle vue sur Rouen.

En chemin, des femmes mûres me suivent, elles ont des bâtons de marches dans chaque mains (marche nordique ?) et parlent du bienfait de la marche.

Je m’arrête pour vous prendre en photo cette horrible chose que les gens par ici appellent « le crapaud ». Voyez par vous même.

Qui a eu cette idée ? Qui a pensé que ce serait vraiment une bonne idée de poser ce truc là ? Petite infos complémentaires, des jeunes viennent souvent se garer à côté pour se défoncer à coup de protoxyde d’azote (je crois) contenu dans des ballons de baudruches. Une sorte de drogue qui est dans les parages depuis quelques années maintenant. Ces jeunes ne se cachent même pas.

J’arrive vers l’endroit qui donne une vue dégagée de Rouen ouest. Une photo puis je repart.

Je repasse à côté de la Basilique, je me demande si je vais y rentrer. Un panneau indique « vigilance », ce dernier mot écrit dans un triangle. Ce ne doit pas être pour la Covid, je pense que c’est un plan vigipirate, le pauvre Père Hamel

Quel monde triste, je ne rentre pas. Je passe à côté du presbytère, un arbre magnifique est planté dans sa cour. Je ne le prends pas en photo, je ne pense pas que cela sois judicieux mais il est beau. Tout tordu . Je lis vite fais une affiche accrochée sur une porte attenante au mur du bâtiment religieux.

Je lis « inscription pour le café » au lieu de « caté ».

Maintenant j’ai envie d’un café.

Bourré de sucre. Mais j’ai arrêté. Le café hein, pas le sucre. Je m’étonne d’être gros !

Arrive à quelque mètres de mon appartement, je tâte les poches, je ne trouve pas les clés !

Je fais une fouille minutieuse de mes poches, je commence à suer. Je vais devoir me retaper tout le chemin jusqu’à tout en bas du cimetière ?!

Je revérifie mes poches et les retrouvent, emmitouflées dans mon masque. Super Jaskier !

J’entre dans mon bâtiment, ouvre ma boîte aux lettres. J’ai reçus des livres.

Pour finir cet article (très long, désolé), une petite citation que j’ai retrouvé dans mes notes. Je ne sais plus où je l’ai trouvé mais elle était là, dans mon application. Autant la partager avec vous en guise de fin !

JD Salinger au New-York Times : « La publication est une terrible invasion de ma vie privée. J’aime écrire. J’adore écrire. Mais j’écris pour moi et mon propre plaisir. »

P.S. : depuis que j’ai écris cet article (le 18/11) l’homme qui devait être exécuté en Amérique ne le sera pas, le gouverneur de son État l’a gracié.

P.S. 1 : j’ai finis L’Iliade et L’Odyssée, je m’apprête à attaquer Un été avec Homère de Sylvain Tesson. Suite logique !

P.S. 2 : n’hésitez pas à jeter un coup d’oeil aux blogueurs que j’ai mentionné dans l’article !

P.S. 3 : désolé pour les fautes de français… et pour le très long article. Merci d’avoir lu jusque-là !

Jaskiers

R.I.P tome 1-Derrick, Je ne survivrai pas à la mort par Gaet’s & Monier

Quatrième de couverture :

Tu veux savoir ce que je fous de mes journées ? Attends un peu que je te raconte. Ça vaut pas un cachou ma vie, mais je suis prêt à parier que tu ne tiendras pas jusqu’au bout.

Ayant vu ce livre sur pas mal de blog et de bon retour, je me suis dis, « pourquoi pas ? »

Le scénario ? Celui d’un homme et de ses collègues dont le métier est de nettoyer les endroits où des personnes sont décédées (crime, suicide ect…). Curiosité malsaine doublée par une quatrième de couverture provocante. J’ai cédé.

Suis-je resté jusqu’au bout ?

C’est l’histoire d’un mec (salut Coluche si tu nous regarde d’en haut) dont le job est de nettoyer les maisons des personnes décédées dans leurs demeures et sans famille.

Il déteste ce travail et va commettre une erreur en essayant de trouver une porte de sortie pour ne plus faire ce métier plus que glauque.

Parlons de glauque. L’ambiance est crade, dégoûtante. Les personnages, les cadavres sont aussi déroutant les uns que les autres. C’est morbide. Des hommes dont le psyché est atteint par leur vie professionnelle atypique. Ou peut-être étaient-ils déjà atteints avant de commencer ce job des plus… révulsants.

Une des premières planches de l’ouvrage. Glauque à souhait. Ça annonce la couleur !

Il faut avoir le cœur bien accroché. Les couleurs portent sur le spectre de la saleté, la poussière, les insectes mangeant les cadavres, la pourriture. Et la misère humaine à son paroxysme, mourrir seul, vieux et souvent dans la misère. Un ouvrage coupe-faim et pas forcément là pour vous donner le moral.

Le dessin est bien sûr excellent.

L’histoire est des plus originale, et les deux artistes l’ont bien développé.

La narration et les dialogues reflètent bien le feeling de types complètement pommés dont le futur semble être aussi morose que leurs gagne-pain.

Je conseil, si vous aimez le glauque, les scénarios originaux et le cœur bien accroché !

Plusieurs tomes sont disponibles, un tome pour chaque employé de cette morbide entreprise, si le coeur vous en dit… enfin si il est toujours à sa place !

Bon courage pour cette lecture cauchemardesque si l’aventure de cette bande de déglinguée vous tente !

Jaskiers

Le Horla par Guy de Maupassant

Quatrième de couverture :

Le Horla raconte la lente désagrégation d’un esprit, de la dépression à la folie – des maux que connaissait bien Maupassant. Le héros se sent peu à peu envahi par un autre, qui agit à travers lui : le Horla, puissance invisible, inconsciente qui le manipule. S’installent alors l’incompréhension, la peur, l’angoisse. Jusqu’à l’irréparable.

Prenant la forme du journal intime, la nouvelle illustre ce que Freud nommera l’inquiétante étrangeté, cette intrusion progressive du malaise dans le quotidien. Modèle de nouvelle fantastique, Le Horla est aussi un description clinique du dédoublement de personnalité qui menace toute conscience.

« D’où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre conscience en détresse ? »

Puisqu’il s’agit d’un classique que l’immense majorité d’entre vous avez sûrement déjà lu, je me contente donc de juste poster les extraits que j’ai trouvé intéressant (sans spoiler les personnes qui ne l’auraient pas lu.)

Extraits

À gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.

Crédit : Wikipedia

Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, à sur nous, sur nos organes, et, par eux, sur nos idées, sur notre cœur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables ?

« Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez, voici le vent, qui est la plus grande force de la nature, qui renverse les hommes, abat les édifices, déracines les arbres, soulève la mer en montagnes d’eau, détruit les falaises, et jette au brisants les grands navires, le vent qui tue, qui siffle, qui gémit, qui mugit, – l’avez-vous, et pouvez-vous le voir ? Il existe, pourtant. »

Quand on est atteint par certaines maladies, tous les ressorts de l’être physique semblent brisés, toutes les énergies anéanties, tous les muscles relâchés, les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l’eau. J’éprouve cela dans mon être moral, d’une façon étrange et désolante. Je n’ai plus aucune force, aucun courage, aucune domination sur moi, aucun pouvoir de mettre en mouvement la volonté. Je ne peux plus vouloir, mais quelqu’un veut pour moi ; et j’obéis.

On dirait que l’homme, depuis qu’il pense, à pressenti et redouté un être nouveau, plus fort que lui, son successeur en ce monde, et que, le sentant proche et ne pouvant prévoir la nature de ce maître, il a créé, dans sa terreur, tout le peuple fantastique des êtres occultes, fantômes vagues nés de la peur.

Source : Pinterest

Les étoiles avaient au fond du ciel noir des scintillements frémissants. Qui habite ces mondes ? Quelles formes, quels vivants, quels animaux, quelles plantes sont là-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains, que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ?

Nous sommes si infirmes, si désarmés, si ignorants, si petits, nous autres, sur ce grain de boue qui tourne délayé dans une goutte d’eau.

Guy de Maupassant Le Horla

Jaskiers

Caryl Chessman, un écrivain dans le couloir de la mort | Innocent ?

Caryl Chessman était dans le couloir de la mort quand il écrivit Cell 2454 qui eu un important succès, succès qui l’aida à plaider sa cause. À clamer son innocence. Et a se battre contre la Justice américaine pendant plus d’une décennie.

Car Caryl était accusé d’être le tueur en série appelé Le bandit à la lanterne rouge, The Red Light Bandit, surnommé ainsi car le tueur agressait ses victimes dans des lieux isolés et sombres, utilisant une lumière rouge sur sa voiture, imitant celles de la police, pour les appréhender.

Chessman capturé, condamné pour une série d’agressions sexuels qu’il niera jusqu’à sa mort. Condamné à la peine capitale, la chaise électrique, il écrira pour se défendre. Il se proclame innocent et écrit sur la difficulté de se battre contre la justice américaine.

Il mourut dans une chambre à gaz, après bien des reports et une lutte acharnée contre la justice.

Dix minutes après son exécution, le téléphone sonne. C’était pour annoncer que Caryl Chessman bénéficiait d’un nouveau report.

On blâmera cette erreur sur une greffière s’étant trompé d’un chiffre dans le numéro d’identification administratif de la prison de Saint-Quentin lors de l’appel. Bien sur, cela déclenchera les théories du complot.

Peut-être était-ce un mensonge délibéré ou à moitié faux, peut-être l’état de Californie voulait en finir avec cette rocambolesque histoire et mettre Caryl et l’histoire du The Red Light Bandit derrière lui. Chessman devenus influent et dont la cause a fais le tour du monde était devenu gênant pour la Californie et dangereux pour le système pénal américain en place à l’époque.

Voici trois de ses 3 ouvrages majeurs:

Cellule 2455 – Autobiographie romancée et essais sur son combat contre la justice américaine et pamphlet contre la peine de mort.

À travers les barreaux – Autobiographie qui reprend directement la suite du précédent ouvrage.

Face à la justice – pamphlet contre l’injuste système carcéral américain et dernière autobiographie.

Un autre ouvrage de lui existe : This kid was a killer. Après avoir lu des avis sur internet, j’ai décidé de ne pas prendre se livre. Il s’agit d’un roman écrits dans le couloir de la mort.

Ces 3 ouvrages sont les principaux et les plus intéressants de Caryl Chessman.

Cellule 2455 Couloir de la Mort

Pas de quatrième de couverture

Passons donc tout de suite à mon ressenti.

La narration, la manière d’agencer son livre est déroutante, surprenante et il faut l’avouer, efficace.

Il commence le récit de sa jeunesse, la première partie du livre, en écrivant une nouvelle. Dans se récit, il se nomme Witt.

Tout commencé pour le mieux pour le jeune Witt, avant qu’une maladie et les aléas de la vie ne déstabilise son jeune psyché.

Voles, agressions, cambriolages. Direction le centre de redressement. École de la criminalité.

Je vais partager avec vous la dernière page de la nouvelle. Ce n’est pas vraiment un spoiler, juste qu’il affirme que cette nouvelle était bien autobiographique.

Extrait :

L’exécution de l’homme de la cellule 2455 ne prouvera rien, excepté qu’il sera mort. Que prouvera cette mort ?

Le problème du crime et des criminels ne disparaîtra pas avec lui. La société peut le détruire, lui et ses semblables, mais le crime existera toujours, il y aura encore et toujours des criminels.

La vengeance de la société est une inutilité humiliante.

L’auteur de ce livre le sait.

Car c’est lui l’homme de la cellule 2455.

Ceci est son histoire, racontée par lui-même, cependant qu’il attend encore que le bourreau frappe à sa porte.

Puis suit une petite partie sur une réflexion de Chessman sur la délinquance juvénile et le système de justice américaine de l’époque.

Extrait :

Un jour prochain, je marcherai vers la chambre d’exécution. Si cela arrive, ne seriez-vous pas tenté de penser : « Par la grâce de Dieu, cet homme, c’est moi »?

Ne vous trompez pas. Je ne nie pas les fautes que j’ai commises. Je ne blâme que moi-même et j’accepte la pleine responsabilité de mes actes. Je sais que ce qui m’arrive ne vous arrivera probablement jamais. Lorsque je serai mort, vous aurez encore le droit de dire : « Il l’a voulu, on l’a assez souvent averti, mais il n’a pas voulu écouter. Il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. »

Ainsi soit-il. Je suis prêt à me trouver face à face avec la mort et à accepter ce jugement commode.

Mais je veux essayer d’abord de vous ouvrir les yeux et de vous prouver que les histoires qui entourent le problème du crime, comme d’un brouillard mortel, sont mensongères et dangereuses.

Le livre, après cet « intermède » prends une tournure totalement autobiographique, utilisant son vrai nom, il narre son histoire, ses crimes, des braquages et des courses poursuites folles avec la police. Le récit est palpitant. Je lis le livre d’un criminel, et ce dernier est un très bon écrivain. Je ne peux m’arrêter de tourner les pages. C’est un polar, ou presque car les événements qu’il narre sont vrais. Parfois, il coupe son récit pour revenir sur le système carcéral, on y apprend que dans notre esprit cartésien, il y a une raison à tout. On vole car on a besoin d’argent. Sauf que Caryl Chessman avoue, même si il a une raison, que les explications qu’il avance pour ses crimes ne convainc personne. L’homme veut garder une part de mystère, semble-t-il.

Il est de toute façon très intéressant de lire les aventures d’un truand, écrit avec talent par ce dernier. Car l’auteur aime écrire. C’en est presque gênant d’avouer que l’on apprécie le récit d’un criminel, ses mots, sa prose.

Extrait:

Oui, je désire écrire, et je le désire désespérément. Mais je refuse d’écrire des bêtises, ou de me courber devant une hypocrisie bigote et stupide. Un écrivain doit avoir la foi. Il doit croire en autre chose qu’en cette réalité dure, terrible et finale qui s’appelle la jungle. Il droit croire en sa propre force, pour pouvoir survivre dans cette jungle. Il doit se sentir libre.

Extrait éclatant et palpitant digne d’un roman :

Les copains et moi avions un besoin urgent d’argent. En une nuit, nous cambriolâmes sept ou huit maison, l’une après l’autre. Pour la plupart des magasins de liqueurs, des postes d’essences. Tout marchait comme sur des roulettes, jusqu’au jour où la police nous prit en flagrant délit. Des balles sifflèrent. Tuffy, refusant obstinément de quitter les lieux avant d’avoir le fric, ne revient vers la voiture que quinze secondes après mon coup de klaxon avertisseur. Les policiers eurent tout le loisir de se mettre en position de tir. Ils voulaient nous montrer qu’ils étaient les plus forts. Pourtant, nous nous en tirâmes à ce moment-là sans trop de casse. Une balle solitaire vint frapper le toit de la voiture.

– je crois que j’arriverai à les semer, dis-je. Sinon, casse la fenêtre arrière et on renverra ces salopards d’où ils viennent.

Je pris tous les virages à la corde et j’étais sur le point de prendre une avance sérieuse lorsque soudain, sur le pavé gras, un de nos pneus avant creva. La Ford fit une embardée. J’entendis un déclic et le volant se mit à vibrer dans mes mains.

Caryl ne souhaite pas retourner dans le droit chemin. Il appel la société la « jungle », les soucis d’argents semblent être son excuse pour commettre des crimes. Mais il avoue aimer les commettre. Il se dit presque obligé d’avoir dû faire ces crimes. Il blâme la société, incapable de remettre les jeunes délinquants dans le droit chemin.

Extrait :

L’avenir ne peut pas être bâti sur la violence, sur la haine et sur la férocité humaine. Avant de construire un avenir, l’homme doit avoir la certitude que la lutte engagée a un but, qu’elle conduit vers une paix certaine, vers une paix qui a un sens et dans laquelle l’homme peut vivre une existence utile et constructive, sans menaces et sans haines et sans discordes. Mais une paix pareille n’existe que dans l’imagination. En réalité, c’est la jungle qui existe. Et quelle jungle !

Plusieurs séjours en prison, une idée folle lui vient lors de l’un de ses séjours. Tuer de ses propres mains Adolf Hitler pour rentrer dans l’histoire. Il s’évade (une énièmes fois) pour essayer de mener à bien son projet impossible.

Bien sur ce projet ne réussira pas du tous. Et l’emmènera en enfer.

Il est retrouvé et arrêté après de nombreux crimes. Les policiers trouvent des objets ressemblant à ceux utilisé par « le tueur à la lanterne ». Il clame avoir été violenté par la police pour le pousser à avouer les crimes du Serial Killer.

Extrait :

Cette prétendue confession n’avait été faite qu’oralement. Je maintiens encore aujourd’hui qu’elle m’a été extorquée de force. Je maintiens qu’on m’a battu férocement et qu’on m’a traité comme il n’est pas permis de traiter un être humain. J’invite toutes les polices du monde à me soumettre à un sérum de vérité. Si ce test montre que j’ai menti en ce qui concerne les mauvais traitements, j’abandonne volontairement toutes les possibilités qui me reste pour sauver ma vie, je retire toutes mes plaintes et je cesse toute activité légale. Les policiers qui sont venus témoigner à mon procès ont nié bien entendue avoir obtenue mes aveux par des moyens illégaux, mais, moi, je jure que je dis la vérité. Je répète que je suis persuadé que le président du tribunal ignorait que ces aveux avaient été obtenus en violation de la Constitution. Mais je maintiens ma plainte. Depuis mon arrestation, je n’ai cessé de réclamer l’épreuve du sérum de vérité en ce qui concerne mon innocence ou ma culpabilité des crimes dont on m’accuse, mais on le l’a toujours refusée. Si jamais on me fait subir cette épreuve, j’exige qu’on le pose deux questions : si oui ou non j’ai été maltraité lors de mon arrestations, et si oui ou non je suis le « bandit à la lanterne rouge ». Si le test révèle que j’ai menti sans scrupules et que j’ai par conséquent commis les crimes pour lesquels j’attends la mort, alors j’abandonne la lutte…

Suit un procès médiatique, il se défend seul. Après de mauvaises décisions, il est jugé coupable de plusieurs crimes, est condamner à mort dans une chambre à gaz.

Il ne s’avoue pas vaincu et se bat contre un système judiciaire qui semble vouloir lui mettre des bâtons dans les roues.

Utilisant plus de 12 années de prison et ses expériences personnelles et ceux d’autres criminels, il pose la question de la place du jeune délinquant en difficulté et de la punition approprié. Humilier ? Respecter ? Ferme ? Compréhensif ? Sanctionner ? Pour lui le problème du crime vient de la société. Elle punie, mal, sans voir plus loin. La prison est la punition. Mais qu’apprend le délinquant en prison ? Pourquoi mettre un délinquant avec des criminels endurcis et penser qu’il en sortira assagi ?

Son récit est « vieux », plus de 60 ans, mais la question de la prison et de la réinsertion des prisonniers reste d’actualité. Autant en France qu’en Amérique.

Son récit inclut aussi ce que nous pensons au fur et à mesure de la lecture, Chessman était intelligent, il avait un talent certain pour l’écriture par exemple. Ses résultats scolaires étaient très bon avant qu’il ne rentre dans une vie de crime. Nous pourrions penser qu’il avait des regrets à ce propos mais pas vraiment. Un directeur de prison le lui dira, Chessman fataliste ou trop égoïste et fier de ses méfaits utilisa son intelligence pour commettre des crimes. Diagnostiqué psychopathe, il utilisera ce terme comme explication de ses actes criminels, de son passé plutôt que de réfléchir sur ce qu’aurait pu être sa vie. « Avec des Si on refait le monde » comme on le dit en France.

Extrait :

Le même argument revenait toujours comme un leitmotiv : je devais être coupable. Pourquoi ? Parce qu’en ces temps modernes, les tribunaux fonctionnent de telle manière qu’il est impossible, n’est-ce pas ? de condamner à mort un innocent. Il y avait donc un élément d’audace et d’immoralité scandaleuses dans mes protestations d’innocence. J’étais sûrement coupable, puisque j’avais été condamné. J’aurai dû pleurer de remords et passer mon temps à demander pardon, afin que nul n’en ignore.

L’innocence n’est pas un avantage si le fait de la clamer est considéré comme une impertinence.

Lors de ma lecture, apprenant que l’auteur était intelligent et souffrait de psychopathie, j’ai pris mes distances sur sa défense. Il sait séduire, manipuler. Il sait aussi très bien utiliser sa plume. De là à penser qu’il est le Bandit à la lanterne rouge, j’ai des doutes mais je pense qu’il savait qui était le bandit. Il n’a jamais voulu le dire à la police pour protéger sa famille, il ne « balance » jamais. Cela lui a sûrement coûté la vie. Ça et se battre seul contre le système judiciaire américain.

Ses arguments contre la peine de mort et son combat contre elle sont importants à lire. Je suis d’accord, la peine de mort n’arrange rien. Il est intéressant de lire un de ces hommes condamnés à mort en parler.

À travers les barreaux

Quatrième de couverture :

« Vous mourez seul, mais on vous regarde mourir.

« Une mort rituelle, laide et dépourvue de signification.

« Ils vous font entrer dans la chambre aux huit murs verts et vous garrotent sur l’une de ses chaises métalliques à dossier droit.

« Puis ils s’en vont, en scellant la porte derrière eux. Déclenché, le gaz mortel monte en spirale avides de trouver vos poumons.

« Vous aspirez les exhalations incolores et fatales. L’univers se désintègre sans bruit. C’est seulement pendant un instant affreux que vous planez en liberté : un vague noire, épaisse et sans appel a tôt fait de vous engouffrer.

« Ensuite… Quoi ?

« Un ciel improbable ?

« Ou simplement l’oubli ?

« Bientôt tu le sauras. Après de longues, de brutales années de bataille pour survivre, tes jours tirent à leur fin. »

Caryl Chessman

Cellule 2455

La cour suprême ordonne la révision du procès de Caryl Chessman

Washington, 11 juin (U.P.).

« La Cour suprême des États-Unis a ordonné hier lundi la révision du procès de Caryl Chessman, le condamné à mort de San Francisco, dont le roman, « Cellule 2455, couloir de la mort », a été un best-seller dans le monde entier. La Cour suprême a reconnu que le compte rendu de son procès contenait des faits volontairement déformés. »

Chessman avait été condamné en 1948 pour dix-sept cas d’enlèvements, de vols et crimes sadiques. Il avait fait l’objet d’une double condamnation à mort à laquelle s’ajoutaient quinze ans de reclusion.

Caryl Chessman a été exécuté le 2 mai 1960

À travers les barreaux est la suite directe de Cellule 2455 (ou Cell 2455). Si la première partie de l’article vous a donné envie de lire l’histoire de Caryl Chessman, ne continuez pas la lecture de cet article.

Caryl reprend son récit, il est à l’aube de rentrer dans la chambre à gaz quand son livre est publié est déclenche un phénomène d’intérêt international. Il se voit obtenir un sursit de quelques mois.

Des écrivains, des religieux et des personnes de tous bords se mettent à le soutenir. Certains médias, surtout papier, se mêlent à l’histoire.

Il y a bien évidement ceux qui veulent l’exécution de Chessman et s’acharnent, des journaliste et hommes politiques principalement.

Le livre est écrit sur le mince fil de vie sur lequel Chessman marche. Grâce à son livre, son histoire, la criminalité et le couloir de la mort sont passé aux premiers rangs des sujets de préoccupation de la population américaine et même mondiale.

Jamais vous ne lirez de tel livre que ceux de Chessman. Car il écrit pour sauver sa peau ! Sa plume a réussi à lui donner une plus ample marge de manœuvre. Certaines personnes, bien sur, diront qu’il a manipulé là son monde pour sortir de l’impasse dans lequel il s’était retrouvé.

Le livre suit le décompte des jours jusqu’à sa prochaine exécutions, titres, articles et lettres à l’appuie. Jusqu’au sacro-saint report d’exécution.

Dans sa lutte, il n’est plus seul. Il a maintenant une femme, Frances et les deux enfants de cette dernière. Grâce à l’argent du premier livre, il a deux avocats et l’attention des journalistes. Mais plus que tout, l’écriture et son potentiel rôle de père de famille sont ce qui le fait tenir.

En fait, c’est Claude Gueux, sauf que le condamner EST l’écrivain et que l’écrivain n’a tué personne et demande un nouveau procès équitable.

Caryl émet comme hypothèse d’avenir qu’en cas de liberation, il continuerai à écrire et se porterai comme « cobaye » pour étudier comment un enfant ayant grandi dans un foyer « normal » puisse devenir un criminel.

Il ajoute, comme dans son premier ouvrage, que l’écriture et son nouveau statu d’écrivain lui on permit de se délivrer et de continuer à combattre. Écrire était cathartique. Dire qu’il a écris tous ses ouvrages dans une cellule d’un couloir de la mort déclenche en nous, et en lui, un sentiment dithyrambique. Le couloir de la mort l’a-t-il aidé à réaliser qui il était vraiment, qui il aurait pu être et la dimension de ses crimes (excluant meurtres et viols dont il se proclame innocent) ? Le problème, c’est que dans l’écrasante majorité des cas, le couloir de la mort mène… à la mort. Le criminel condamné à la peine capitale n’a aucun moyen de prouver à la société qu’il a changé, qu’il s’est repenti. Il n’est là que pour mourrir. Quand bien même l’État libérerait un détenu ou lui infligerait une peine moins dure, qu’est ce qui prouverait que le criminel repenti n’est pas manipulé son monde pour sortir et recommencer ses méfaits ?

Dans son récit, il n’oublie pas ces autres criminels avec qui il vit et ceux qu’il voit passer devant sa cellule pour aller mourrir dans la chambre à gaz.

Il se lance ensuite dans une analyse du système judiciaire américain de l’époque et de ses failles. De l’injustice flagrante qu’un criminel riche puisse se défendre beaucoup plus efficacement qu’un criminel pauvre. Il analyse avec les connaissances du système judiciaire glanées après des années de crimes et de déboires avec la justice les failles du système. Bien que le récit soit daté, il n’en reste pas moins intéressant de voir que certaines tares concernant la justice et son fonctionnement restent cruellement d’actualité. Et quand la politique et les médias s’en mêle, la justice, la sentence peut s’en trouver influencée. Pour le pire ou pour le meilleur, cela dépend de quel côté nous nous trouvons.

Le condamner Chessman dresse le portrait des différents « types » de criminels présent dans le couloir de la mort. Donnant des exemples de nombreux détenus qu’il a eu l’occasion de croiser.

Il s’attaque ensuite amplement à décrire comment l’écriture l’a amener à continuer le combat ainsi que la lecture d’ouvrages de Droit. Il expose ainsi ses propres théories, très interessante au demeurant, sur comment un procureur et un tribunal conçoivent un procès. Il est épineux, pour moi, sans aucune connaissance du Droit de trop écrire sur ce passage dans cet article.

Toujours est-il que même durant la rédaction de se livre, Caryl est encore dans le couloir de la mort et se bat. Il écrit et travail pendant des dizaines d’heures chaque jour, tout en prenant le temps d’aider, de conseiller et parfois de sauver, des détenus condamner à mort à la suite d’un procès ou d’une défense bâclée.

Il est dommage que Caryl Chessman ai été exécuté. Bien qu’il ai commis des crimes, je pense que ses réflexions et son intellect aurait pu être grandement utile. J’aurai aimé avoir son opinion sur le « phénomène » des tueurs en série car à l’époque où il écrit, ces tueurs ne sont pas « légion », du moins Caryl ne les mentionnes pas. Logique car le terme sera crée des décennies plus tard par un agent spécial de FBI.

Quel aurait été son opinion sur la fascination qu’exercent ces tueurs sur une partie de la population ? Qu’aurait-il dis au sujet des médias et de leurs couvertures sensationnalistes à l’extrême ? Comment aurait-il analysé, lui, le pourquoi et le comment de l’existence de tels criminels ?

Certaines réponses à ces questions sont ébauchées mais l’époque n’était pas encore à la psychanalyse criminelle et aux « profilers ». Il reste néanmoins étonnant de lucidité, propre aux grands écrivains. Suivant cette logique de l’époque, l’homosexualité était malheureusement considéré comme un crime, une maladie psychiatrique quand ce n’était pas une possession démoniaque. Caryl expose, de manière un peu bancale, que Oscar Wilde et Gide étaient homosexuels et n’avaient jamais causés de tords à quiconque mais ont payé de leurs libertés leur orientation sexuelle. Ces deux artistes à part, sa réflexion et un peu maigre, elle sent encore une certaine homophobie , homophobie qui a l’époque, comme noté précédemment, était la « norme ». Le manque d’éducation, la religion et les tabous de l’époque (ect…) étaient la cause de cette homophobie. Il est courageux de la part de Caryl de parler d’homosexualité dans son livre, considéré par énormément de personne comme une personne à abattre, il prend le risque de défendre la cause homosexuelle, de manière maladroite certes, bien que les gens l’attendent au tournant et que ces derniers sont ostensiblement homophobes et racistes.

Le livre se termine sur un hypothétique « Quand vous lirez se livre je serai peut-être déjà mort. »

Extrait :

Mon message aux jeunes en difficulté, le voici : le crime est une sale affaire. Sors-en ! Il n’y a aucun prestige à tirer de la prison, aucun prestige à ce qu’on vous casse la tête, aucun à finir dans le Couloir de la Mort. Bien sûr, je sais ce qu’il en est des provocations, des sermons, des coups de gueule et des passages à tabac dans les arrières-salles des commissariats. Mais il ne faut pas être une bille. Il ne faut pas gaspiller sa vie. Ça ne vaut pas le coup.

Que je vive ou que je meure, j’espérais fervemment que le récit de mes épreuves et de mes expériences, joint à ce j’ai appris des unes comme des autres, contribuerait en fin de compte à convaincre la Société que la chambre d’exécution et la justice vengeresse ne répondait à rien.

Le passé, le présent et l’avenir convergèrent vers le milieu de février. Ce fut d’abord au parloir avec Frances qui me confia, presque timidement, qu’elle était tombée amoureuse de moi. David et Cheryl me faisaient dire qu’il fallait que je rentre à la maison pour être leur papa. Ainsi, il existait pour moi un avenir, un beau rêve que tenait en échec le présent et qu’obscurcissait le passé. Ici, la mort était plus réelle, plus certaine que la vie. La chambre à gaz continuait à réclamer ceux qui lui appartenaient.

– Sauf pour nous et quelques amis, ma mort n’a pas vraiment d’importance. Mais je prie pour que le livre que je laisse derrière moi contribue à empêcher d’autres parents de se retrouver devant une tragédie pareille à celle que les miens ont vécue.

En fait, je lisais et écoutais avec une fascination détachée tout ce qui se publiait au sujet de cet énigmatique condamné qui avait nom Caryl Chessman. Je me demandais : « Est-ce vraiment à moi que cela arrive ? » Mes relation avec le temps et les événements semblaient s’entourer d’une sorte d’irréalité, d’un inadmissible surréalisme. Et, pourtant, la chambre à gaz n’en manquait pas, elle, de réalité.

De lui [le juge Charles W. Fricke] les journaux citaient le propos suivant :

« Si un homme qui méritait la mort à laquelle il a été condamné par le jury a droit à une mesure de clémence uniquement parce qu’il était capable d’écrire et de faire publier un livre, autant flanquer tout le code criminel à la poubelle ! »

Sûrement, c’avait été folie que de rêver que Cellule 2455, Couloir de la mort, pouvait être écrit ici, contre la montre, en dépit de la pression, de la tension, des obstacles ; qu’il pourrait trouver un éditeur, que son message atteindrait le monde entier. Pourtant, le rêve c’était métamorphosé en fait.

Une fois de plus, je défis mon lit, pliai les draps, les couvertures et rendus à la cellule son aspect anonyme. Une fois de plus, je pris l’écoute pour entendre un speaker qui déjà me voyait virtuellement dans la chambre à gaz. Dans de pareils moments, on a le choix entre l’épouvante et la folie.

Quoi que j’aie pu être et quoi que j’ai pu faire, je n’avais pas commis les crimes de la lumière [ou lanterne] rouge. Ce n’est pas moi, je le jure, ce Bandit à la lumière rouge.

Face à la justice

Onze ans de sursis

Pas de quatrième de couverture

Nous somme donc à la dernière œuvre de Caryl Chessman.

Après avoir raconté sa vie et sa descente aux enfers jusqu’au couloir et ébauché une nouvelle compréhension pour la société de la criminalité juvénile dans le premier ouvrage.

Après avoir écrit son deuxième livre sur son combat au jour le jour contre la chambre à gaz et une justice implacable, affirmé sa théorie sur la criminalité et découvert que l’écriture était son futur, si futur il y avait et après avoir rendu son cas célèbre à travers le monde entier tout en proclamant ne pas être le Tueur à la lanterne rouge, Chessman écrit ici son dernier livre.

Grosse déception, pas de l’auteur, mais du vendeur. Arrivé à la page 83, j’ai remarqué que plusieurs pages avaient été arrachés ! Je suis donc passé de la page 82 à 89. Une leçon que j’ai apprise donc : quand vous achetez des livres d’occasions, faites attention !

J’ai pu déduire tant bien que mal que Caryl et ses avocats Georges Davis et Rosalie Asher avaient réussis à faire passer un Habeas Corpus devant le juge Goodman. Mais avant, celui-ci avait essayé de transférer Chessman à Alcatraz en lui promettant de meilleures conditions de détention, qui aurait permis à l’accuser de travailler sur son cas avec ses deux avocats plus facilement et discrètement. C’était un piège, et Caryl Chessman et ses deux avocats s’en sortirent in extremis.

La confrontation devant le juge, la stratégie de Chessman et de ses défenseurs, les échanges et les débats, compliqués pour un non-initié comme moi a été dur à suivre. Ces ouvrages seraient importants à lire à tous ceux qui étudient le droit. Toujours est-il que j’ai compris que le juge Goodman n’était pas, loin de là, impartial. Le combat de Chessman était celui de David contre Goliath.

L’écriture en prison devient dangereux car l’administration pénitentiaire de Saint-Quentin rend illégal tout manuscrit. Caryl écrira donc son roman avec une ingéniosité sans pareil, camouflant son roman dans ses papiers de justice. Rien n’est simple dans le couloir de la Mort.

Son habeas corpus est rejeté par le président du tribunal de Californie Gooodman. Sa requête devant la Cour Suprême des États-Unis aussi. Mais ce n’est pas encore la fin pour Chessman, l’écrivain bagniard. Il a encore une pièce maîtresse à jouer.

Malheureusement, son manuscrit est trouvé et confisqué. Il se retrouve en isolement. Le directeur de la prison ne l’ayant pas à la bonne, Caryl ayant conféré à la prison de San Quentin une mauvaise réputation, il attendait le moment opportun pour le faire taire une bonne fois pour toute, son récit est terminé, il ne peux plus écrire. Il avait réussis néanmoins à faire passer son roman Le fils de la haine et cet ouvrage hors de la prison. Le livre se termine par une lettre de son éditeur, s’adressant autant à nous qu’à lui, en décrivant la situation inextricable dans laquelle Caryl Chessman se trouve.

Caryl sera exécuter le 3 mai 1960 après 12 ans de luttes dans le couloir de la mort.

Extraits :

Un autre nom défrayait la chronique : celui d’un jeune Californien qui, du fond du couloir d’une cellule de condamné à mort, écrivait des livres et luttait contre le Gouvernement qui voulait trancher ses jours. « Mieux vaut un coup nul qu’un coup dur » avait-il dit à l’annonce que, contre toute attente, il était arrivé à garder la vie, sans pour autant être parvenu à faire annuler deux condamnation à mort…

J’avais probablement été un salue en toutes sortes de genres et un bagarreur imbécile dans tous les genres possibles, seulement il se trouvait que je n’étais pas le bandit à la Lumière Rouge. Je n’étais pas un satyre qui traînait et rôdait dans les sentiers amoureux ; j’étais un bandit qui, les derniers temps, menait la vie dure à un syndicat de bookmakers protégés par la police en matraquant ses encaisseurs et en razziant ses repaires. Et il y avait une rude différence entre un satyre et un bandit, ainsi qu’aller le constater les braves gens qui m’avaient tamponné de bout en bout à mon procès et jusqu’à la condamnation incluse.

Comme j’ai dans le crâne que, en puissance, j’ai l’étoffe d’un écrivain, il se peut que je démontre à la société que je suis capable de faire œuvre de créateur et que que, tout compte fait, je peux servir la communauté. Cela si le bourreau ne se met pas en travers avant, s’entend.

Au bout de sept ans, trois moi et quelques jours de bataille, et en somme, de lutte pour la vie, j’avais remporté ma victoire de la dernière chance à la Cour Suprême. La Cour de district des États-Unis avait reçus des instructions qui lui enjoignaient d’étudier entre autres les accusations que je formulais concernant la préparation frauduleuse d’un compte rendu de sténographe dont on s’était servi pour confirmer mes deux condamnations à mort et mes quinze condamnations à la prison.

Il insistait vigoureusement sur les tracasseries dont nous étions l’objet. On ne nous avait donné qu’un délai restreint pour nous préparer. Pourtant, chaque fois que Rosalie ou lui venaient à la prison, ils étaient inutilement retardés. Des bonshommes qui n’avaient rien à faire là venaient compter mes papiers. Ils les dénombraient à mon entrée dans la cage [parloir] et les recomptaient ma sortie. Un gardien restait assis en permanence à trois mètres de moi. Chaque fois que nous nous mettions au travail, nous étions interrompus. […] on se trouvait en présence d’un harcèlement aussi méthodique qu’ininterrompu.

– Nous en arrivons, Monsieur le Président [du tribunal], à un stade que je [Georges Davies, avocat de Caryl] n’ai jamais connu en quelque vingt-quatre ans d’exercices de ma profession. J’ai eu d’innombrables conférences dans les prisons tant en Amérique que dans les pays étrangers et nulle part je ne me suis heurté à un harcèlement et à des tracasseries goutte à goutte de ce genre.

– Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Dis-je. Le très honorable Louis Goodman nous déclare et clame à tous les échos qu’il nous propose une affaire merveilleuse et assure qu’il s’en est entretenu avec le directeur d’Alcatraz. Là-dessus le directeur viens vous raconter qu’il n’a jamais entendu parler du juge. Tout ce qu’il sait de l’affaire, c’est ce qu’il en a lu dans les journaux et il nous met en garde pour que nous ne venions pas. Si tout ce que je souhaite est d’être mis au secret, j’y arriverai aussi bien ici.

– Sans qu’il y ait de notre faute, nous n’avons pas pu vraiment mettre nos dossier au point comme nous l’aurions dû. Depuis que la Cour suprême a ordonné ces débats, on n’a pas cessé de rencontrer des pierres d’achoppement et des pièges à andouilles, et en plus, on a l’impression qu’on butte sur un juge qui est prévenue contre nous. Il continue refuser des témoins qui nous sont indispensables. Sans leurs dépositions, sans des débats complets et équitables, nous perdons notre temps.

L’enjeu, c’était une vie humaine. La mienne.

« Âgé de trente-quatre ans, l’écrivain du Couloir de la Mort se présenta armé d’un monceau de documents et une liste de quelque trente témoins dès l’ouverture des débats, notait David Pearlman de la Chronicle de San Francisco. L’Etat s’efforce depuis 1948 d’envoyer Chessman à la chambre à gaz… Écrivain brillant, celui-ci a pu apprendre tout seul le droit dans sa cellule de condamné à mort, esquiver six rendez-vous avec le bourreau et faire à neuf reprises appel à la Cour suprême des États-Unis…

À présent, Chessman conteste la validité de la toute première décision de justice qui confirma la condamnation à mort par la Cour. »

La presse mettait l’accent sur les « mesures de sécurité sans précédent » qu’on avait prises « parce qu’on ne sait jamais ».

Je n’avais pas oublié que, à plusieurs reprises depuis quelque temps, le contenu de certaines communications confidentielles qui m’étaient destinées avait été révélé à la presse ou au Parquet par le directeur [de la prison] et qu’on s’en était servi pour me faire du tort, parfois en les isolant de leur contexte. Cela s’était même produit une fois avant que la lettre ne me fût remise. Je n’allais pas laisser cela recommencer.

Le Couloir de la Mort fut l’objet d’une nouvelle fouille générale et un des gardiens fit tomber presque « accidentellement » ma machine à écrire de l’escabeau. Je la rattrapai à temps et le gratifiai d’un sourire.

Ainsi allaient les choses. Quotidiennement, d’une petite façon ou d’une autre, on me « remettait à ma place ». Les forçats appellent ce traitement plein d’égards « satonner » son bonhomme. J’étalais la tempête, souriant extérieurement et bouillant au-dedans.

La médaille à son revers : le prix sur j’ai payé pour ces neuf années passées à ce travail de Sisyphe a été prohibitif. Tous mes rêves d’un avenir honorable sont mangés aux vers et rien n’est plus terrible que de regarder mourir l’espérance, pour la voir renaître et mourrir encore, étranglé et sans pitié.

Les fumées qui m’environnent sont bien plus mortelles, bien plus anéantissantes que celles qui m’attendent dans la chambre à gaz, là en bas.

En fin de compte, de même que les deux premiers ouvrages de la trilogie, celui-ci est en fait une histoire écrite à l’intention des gens qui accordent quelques importances au fait que pour un de leurs semblables la descente aux enfers, la perte de son âme et la déchéance de toute humanité n’aient pas été, à l’origine, le résultat d’un choix par lui librement consenti.

Jusqu’à dix heures, je lisais, causais, étudiais et, pendant une demie-heure au moins, j’arpentais la cellule en réfléchissant au travail de la nuit et en revivant la période passée que j’allais évoquer. À partir de dix heure, je couchais les phrases sur le papier. Je me contraignais à rédiger au moins l’équivalent de trois pages du manuscrit final, ce qui, entre le projet jet et le texte définitif représentait de dix à quinze pages d’écritures d’écriture courante. C’était une besogne à l’arraché. Il n’était pas question d’attendre « l’inspiration » ou l’état d’âme approprié. Quand je fléchissais, j’empoignais un memento homo que je conservais spécialement pour cela : une image en couleur de la chambre à gaz d’en bas. Je la regardais, j’aurais un bon coup, rigolais et, mon démon aidant, je me remettais au travail.

Comme depuis des années je ne m’étais servis que d’une machine et que je n’avais plus guère écrit à la main que ma signature, au bout de deux semaines de séances nocturnes à gratter du papier, je n’arrivais plus à tenir mon stylo à bille. Je tâtai d’une douzaine de position, mais ma main droite s’obstinait à trembler et à se crisper, mes doigts devenaient des ergots arthritiques et je souffrais de façon intense. Je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas lâcher, quitte à faire une pause de temps pour m’imposer des flexions à mes phalanges et à me masser la main. À la longue, les douleurs disparurent. À ceux qui prétendent que le crampe des écrivains est un phénomène purement psychologique, je ne puis que rétorquer qu’ils font erreur.

Peu après que j’eus commencé mon bouquin, de nouveaux ordres tendirent à rendre plus compliquées les tentatives de suicide. La littérature clandestine, bien qu’elle ne fût pas visée, souffrit aussi de ces mesures. Je ne pouvais pas lever le nez sans constater qu’un gardien de service recensait son monde et, à en juger par le nombre de ses tournées, l’homme de ronde avait tout l’air de s’entraîner pour le marathon.

À la fin septembre, le directeur, Teets, vint un matin visiter le Couloir de la Mort. Il arriva à ma cellule au moment même où les deux spécialistes de la fouille en sortaient après une minutieuse inspection. On ne m’avait pas encore renfermé. Le garde armé, sur la passerelle, nous surveillait attentivement.

– Eh bien Caryl ! me dit le directeur, avec un sourire avenant, ont-ils trouvé de la contrebande ? des manuscrits ?

Mon regard suivant le sien, se porta dans la cellule 2455. Là, sur la table, sur le devant de la cellule, se trouvait le manuscrit inachevé. Un pas et le directeur aurait pu le prendre… s’il l’avait reconnu pour ce qu’il était. En déménageant mon « fratras » pour ses investigations, l’équipe de fouille l’avait mis là avec diverses copies et dossiers.

– Non, répondis-je en lui retournant son sourire.

Ils n’ont trouvé ni manuscrit, ni contrebande. Mais ce n’était pas faute de chercher.

Ils ne s’en étaient, certes, pas privés. J’avais de longues minutes sur des charbons ardents, avec un air d’indifférence totale. L’un des gardiens avait ouvert la boîte plate qui contenait mon manuscrit et en avait examiné les feuilles. Heureusement, il ne les avait pas regardées dans le bon sens. Il fallait les considérer d’une façon particulière, sans cela toute détections étaient impossible et le camouflage endormait d’autant plus les soupçons que l’ensemble se trouvait bien en évidence et comme offert à l’inspection.

Convaincu qu’une génération ultérieure m’écoutera, voici ce que j’ai fait :

Avec l’aide de quelques amis, j’ai mis au point un volumineux « colis » d’une nature toute particulière et qui se trouve garé en un endroit où on ne peut le découvrir, le saisir, le supprimer ou le détruire sans mon consentement. On y trouve, outre des preuves qui démontrent indiscutablement que je ne suis pas le Bandit à la Lumière Rouge, un document qui désigne nommément les Bandits (car ils sont plusieurs) à la Lumière Rouge. En fait, ils sont deux, bien qu’un seul présente une certaine importance. Ainsi, la vérité éclatera de façon si patente que l’opinion publique sera stupéfaite qu’on ai pu le condamner et que cette erreur judiciaire, sinistrement voulue, ternira plus gravement encore le blason, taché de boue et de sang, de la Californie.

J’ai lu un jour qu’un homme fait ce qu’il a la conviction de faire, ou qu’alors ce n’est pas un homme.

[À son avocate Rosalie Asher] – C’est le nom, l’identité et une partie de l’histoire du Bandit à la Lumière Rouge. Du principal et aussi d’un pantin qui s’est trouvé avoir affaire avec lui, ainsi qu’à moi, d’ailleurs, dans une autre combinaison.

Dures lectures que ces trois ouvrages de Caryl Chessman. Écrits dans un endroit où les hommes sont destiné à la mort.

Certains passages où il décrit sa cellule et comment il travail me fait penser à Écriture Memoire d’un métier de Stephen Kings où Stephen démontre l’exercice presque télépathique qu’est l’écriture en décrivant lui aussi l’endroit où il travail. D’ailleurs un passage sur une sourie dans le deuxième ouvrage de Caryl m’a fais penser à La ligne verte du King

Pour ce qui est de la peine de mort, moi, né français, cette peine capitale est moyenâgeuse. Je me rappel un cour de primaire ou une professeure nous en avez parlé et nous avions tous été choqués. Déjà, à notre jeune âge, nous ne comprenions pas pourquoi on pouvait tuer un criminel. Cela ne réglé rien. C’était inhumain. Que tuer un tueur ne change rien.

Passé ces quelques jours à lire Caryl a été une experience violente. Je ne savais que peu sur les couloirs de la mort, de la vie des détenus à l’intérieur. Après cette lecture, cette carence en information est comblée bien que les ouvrages soient datés.

De mes lectures, je pense que Caryl Chessman n’était pas le Bandit à la Lumière Rouge. Bien que diagnostiqué psychopathe, ayant un casier judiciaire long comme le bras, braquages à mains armées, voles de voitures, cambriolages, courses poursuites et échanges de coups de feux avec la police, il n’a jamais tué personne. Bien qu’il ne sache pas entièrement pourquoi il se comportait comme cela, ses crimes avaient pour but principal l’argent. Et non le meurtre et encore moins le viol et l’assassinat de femmes.

Caryl Chessman était innocent des crimes dont il a été jugé coupable et exécuté pour. Cela reste mon avis.

Il s’est battu comme un diable, dans sa minuscule cellule pour rester en vie. Il a trouvé son salut dans l’écriture, son talent l’a amené à ce que le monde entier le connaisse. Bien loin de n’avoir que des soutiens, ses détracteurs étaient nombreux.

Il se sera battu jusqu’au bout contre un système qui ne voulait pas discuter son sort. Le monde contre lui et sa seule plume pour se défendre.

Il aurait été intéressant de savoir son point de vue sur la situation actuelle de la Justice aux États-Unis, surtout sur la police qui semble jouer de la gâchette plus facilement qu’avant ou plutôt en entendons-nous parler plus car les réseaux sociaux et les chaînes d’informations sont omniprésents à notre époque…

Bizarrement, dans les derniers extraits que j’ai partagé avec vous, ce fameux colis n’a jamais du être découvert car encore aujourd’hui, le Bandit à la Lumière Rouge n’a jamais été identifié.

Je me suis renseigné sur Wikipedia ( https://en.wikipedia.org/wiki/Caryl_Chessman?wprov=sfti1 ) à propos de son exécution.

Il fit des signes aux journalistes présents pour avertir que l’exécution était douloureuse.

Sa dernière demande d’Habeas Corpus. comme écrit au début l’article, aurait pu (dû ?) encore délayer son exécution. La Californie avait peut-être envie d’en finir avec se prisonnier qui lui tenait tête depuis plus d’une décennie.

Des livres qui ont leurs places dans la bibliothèque d’un étudiant en Droit ou pour tous juriste. Et à ceux qui pensent encore que la peine de mort sert à quelque chose. Non. La mort n’arrange rien. Tout le monde perd dans la mort. Le bourreau comme la victime ainsi que la société.

Jaskiers

Le livre noir par Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman

Quatrième de couverture :

Le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahissent l’Union soviétique. « L’opération Barberousse » est, aux yeux d’Hitler, le début de la guerre d’anéantissement du « judéo-bolchevisme ».

Alors que son armée est obligée de reculer, Staline accepte la création d’un Comité antifasciste juif. Au cours d’une tournée aux États-Unis, une délégation de ce comité rencontre Albert Einstein qui suggère que soient désormais consignées dans un « livre noir » les atrocités commises par les Allemands sur la population juive d’URSS.

Réalisée sous la direction d’Ilya Ehrenbourg et de Vassili Grossman, cette relation « sur l’extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les régions provisoirement occupées de l’URSS et dans les camps d’extermination en Pologne pendant la guerre de 1941-1945 » est assez avancée en 1945 pour être envoyée au procureur soviétique du procès de Nuremberg, puis aux États-Unis où elle est publiée.

L’édition russe du « livre noir », elle, ne verra jamais le jour : d’abord censurée, elle sera définitivement interdite en 1947.

En 1952, les principaux dirigeants du Comité antifasciste Juif sont condamnés à mort et exécutés d’une balle dans la nuque.

Après l’écroulement de l’URSS et grâce à Irina Ehrenbourg, la première édition intégrale en russe du Livre noir a enfin pu être publiée en 1993 à Vilnius.

La présente édition se veut le plus fidèle possible à ce livre retrouvé, terrible page d’histoire directe et témoignage bouleversant.

Cher(e)s lecteurs et lectrices, habitué(e)s du blog, je pense que depuis tous le temps que vous me suivez, vous avez remarqué à quel point la Shoah tient une grande place dans mes lectures. Depuis tout petit, j’essaie de comprendre ce qu’il s’est passé après être tombé par hasard sur un livre de mon grand-père sur l’Holocauste.

Je ne sais pas ce que je recherche. Je me contente de lire, beaucoup, de récit sur cette tragédie et j’emmagasine l’horreur, comme si j’étais une éponge. J’ai l’impression que je le dois, pour les victimes et les survivants. Je ne fais que lire après tous, je n’ai pas vécu de tels horreurs mais quelque chose en moi me pousse à lire ces témoignages pour ne pas oublier. Dans ces temps troublés, je crois qu’il est important de se rappeler comment tout bascule, à une vitesse vertigineuse. Ces lectures permettraient à certaines personnes de relativiser la situation et à faire de notre monde un endroit plus humain.

Ce livre représente l’ouvrage le plus horrible sur le génocide des Juifs par les allemands durant la Seconde Guerre Mondiale sur le front de l’Est. Une véritable entreprise d’extermination des Juifs et des Russes. Aucunes pitiés de la part des bourreaux, allemands, lettons, ukrainiens, roumains ect…

Fort d’avoir lu le journal de guerre et les deux fresques magnifiques de Vassili Grossman sur la mythique bataille de Stalingrad ; Vie et destin et Pour une juste cause, je savais que l’homme, l’écrivain, l’humaniste (?) russe était un homme intègre, talentueux et courageux. Il est le principal collaborateur de ce livre.

Je ne connais que sommairement Ilya Ehrenbourg, journaliste, comme Grossman, bon écrivain, je me suis dis qu’il fallait sauter le pas et le lire, dans cet ouvrage. J’ai découvert le travail de Ehrenbourg. Une plume émouvante mais gorgée de propagande soviétique.

J’ai encore en tête ma lecture de la découverte de Treblinka par Vassili Grossman. Un récit que nous devrions lire à l’école tellement est puissant et émouvant ce texte de la découverte par un russe Juif d’un camp d’extermination nazie. J’ai aussi en tête cette immense fresque qu’il a écris sur la bataille de Stalingrad, , œuvre de toute une vie, Vassili se l’est vu retiré par le KGB. Anéanti par la disparition du travail le plus important de sa vie, il trouvera le papier carbone qu’il a utilisé pour écrire son roman, l’envoya en deux exemplaire au-delà du rideau de fer ou ses deux livres seront publié. Romancier qui a vite découvert les dangers du communisme durant la guerre, son talent est digne de celui des plus grands écrivains russes, courageux et poétique dans ses écrits, cela lui coûtera sa santé et des démêlés avec la terrible justice soviétique. Il échappera de peu à une punition sévère.

Comment vais-je bien pouvoir parler de se livre ?

Ce que je savais sur Ilya Ehrenbourg était éparse. Je savais qu’il était parti en Espagne, couvrir la guerre civile espagnole pour le compte d’un journal russe (par ailleurs, il y rencontrera Hemingway), qu’il était un grand ami de Grossman même si des tensions sont apparu à cause des doutes sur le communisme de ce dernier. Il était aussi bien connu de Staline. Il était le journaliste le plus lu d’URSS. En tous cas, pas besoin de vous dire à quel point il était dangereux d’être lu par Staline. Lui aussi passera à travers les mailles des purges antisemites de Staline. Ce ne sera malheureusement pas le cas de beaucoup de collaborateurs du Livre Noir.

Le publication du livre noir a été un combat, politique surtout. Dans l’URSS de Staline jusqu’a l’effondrement du mur de Berlin.

A cela, il faut ajouter plusieurs points de vues divergeant sur la construction et direction du livre. Ehrenbourg voulant des récits de survivants et de témoins uniquement, Grossman voulant apporter à ces témoignages des réflexions. Ce dernier aura gain de cause.

Bien qu’Ehrenbourg quittera le navire, son travail sur le projet ayant été considérable, il sera crédité aux côtés de Vassili.

Le travail des traducteurs est impressionnant. Ils ont réussis à retrouver les originaux, grâce à la fille d’Ehrenbourg, du Livre Noir, permettant au traducteurs de rajouter les passages censurés par les organes de censures soviétiques. Il est bien sûr à nous de faire attention à la propagande russe, pas vraiment subtile, disséminée dans les récits. Seul les récits écrits par Vassili Grossman semblent omettre cette dimension propagandiste, du moins l’apposer avec plus de tact, de distance et de discrétion. Il est d’ailleurs difficile d’oublier que la majorité des auteurs de ce livre ont été exécutés, ainsi que beaucoup de survivants des horreurs nazies, par les purges staliniennes. Parce que Juifs, parce que fait prisonnier par les allemands au lieu de se battre jusqu’à la mort, parce qu’avoir survécu à l’horreur nazie signifiait, pour Staline, un certain degré de collaboration avec l’ennemi.

La fin du livre contient les portraits de ces auteurs/collaborateurs qui ont aidé à la création de ce livre pour l’Histoire et la mémoire du peuple Juif exterminé en Europe de l’Est. La plupart, hommes et femmes, ont été exécuté par Staline. Hitler mort, Staline a continuer la persécution des Juifs d’Europe de l’Est. (Voir mon article sur l’ouvrage de Timothy Snyder : Terre de sang L’Europe : entre Hitler et Staline.)

Sur le livre maintenant.

J’ai appris que plusieurs centaines (milliers ?) de ghettos ont existé. Dans des villes et des villages et des hameaux perdus de l’Europe de l’Est.

Que les femmes et les enfants étaient souvent enterrés vivants, pour économiser les balles. Les bébés étaient attrapés par les pieds pour être fracassés sur le sol devant leurs mères.

Qu’il existait moult camps de concentrations. De petites tailles mais tout aussi cruels et meurtriers que les plus grands et les plus connus par le grand public.

Que les massacres perpétués à Oradour-sur-Glane et Tulles en France étaient commis quotidiennement sur le front de l’Est. D’ailleurs, je crois que les unités ayant commis ces exactions en France venaient du front russe.

Que la torture et l’humiliation étaient une partie importante du génocide. Tuer n’était pas suffisant, il fallait humilier.

Que les bandes de partisans soviétiques n’étaient pas une légende et que beaucoup de Juifs les ont rejoin et ont combattu les nazis armes à la mains, beaucoup préférant donner chèrement leurs peaux, femmes, enfants et hommes confondus.

J’ai, comme toujours pour ce genre de livre, hésité à partager des extraits de l’ouvrage avec vous. Comme vous en avez sûrement conscience, le livre contient des horreurs perpétrées par l’être humain sur d’autres êtres humains, des humiliations, des meurtres et des tortures que personnes n’auraient imaginé. Une preuve, comme si l’on en avait encore besoin, que l’Homme est le pire des animaux.

Dire que ces exactions font parties du passé n’est malheureusement pas vrai. Les camps de concentrations pour les Ouïgours en Chine en est la preuve. Et si ce n’était que ça…

Tous les jours, des innocents sont opprimé sans que personne ne bouge le petit doigts.

J’ai décidé de partager avec vous une poignée d’extraits extrêmement choquants. Ne les lisez pas si vous ne le sentez pas.

Extraits :

ATTENTION LES EXTRAITS SONT CHOQUANTS

Dans la note du 8 septembre 1944 intitulé « Le projet du Livre noir mentionné par Ehrenbourg et destinée aux ‘instances compétentes’ [Staline], il était dit : ‘Ce livre sera constitué de récits de Juifs rescapés, de témoins des atrocités, d’instructions des autorités allemandes, de journaux intimes et de témoignages de bourreaux, de notes et de journaux de personnes ayant échappé aux massacres. Ce ne sont pas là des actes, des procès verbaux, mais des récits vivants qui doivent faire apparaître la profondeur de la tragédie.

Il est extrêmement important de montrer la solidarité de la population soviétique. (…) Il est indispensable de montrer que les Juifs mouraient courageusement, de s’arrêter sur les actes de résistance. – Ilya Ehrenbourg

Les jours d’orgies, les SS ne tiraient pas. Ils transperçaient la tête des prisonniers avec des pics ou bien la fracassaient à coups de marteau, ils les étranglaient et les crucifiaient en leur enfonçant des clous dans la chair.

On faisait entrer les Juifs dans une immense salle qui pouvaient contenir jusqu’à mille personnes. Les allemands faisaient passer dans les murs des fils électriques qui n’étaient pas isolés. Les mêmes fils passaient dans le sol. Lorsque la salle était plein de gens nus, les allemands branchaient le courant. C’était une gigantesque chaise électrique dont n’imaginait pas qu’elle pu être inventé, même par l’esprit le plus malade.

Il avait construit une cage en verre sur un mirador. On y mettait un Juif qui mourrait à petit feu à la vue de tous.

La nuit, les allemands attaquaient les maisons Juives et en tuaient les habitants. Ces meurtres étaient perpétrés de façon particulièrement cruelle : on crevait les yeux des victimes, on leur arrachait la langue, les oreilles, on leur défonçait le crâne.

Les petits enfants, dès qu’on les avait fait descendre des camions, les policiers les enlevaient à leurs parents et leur brisaient l’échine contre leur genou. Les nourrissons, ils les lançaient en l’air et leur tiraient dessus, ou bien ils les attrapaient sur la pointe de leur baïonnettes, et les jetaient ensuite dans les fosses.

Deux Juifs avaient été découverts dans leurs caches. Les allemands en jetèrent un à terre et lui recouvrirent le dos de morceaux de verre, puis ils ordonnèrent au second de lui marcher dessus.

Les petits enfants, épuisés et faibles, se mirent à pleurer : leurs petits bras se fatiguaient et retombaient tout de suite. Pour la peine, on les leur coupait avec des poignards, ou bien on leur rompait la colonne vertébrale, ou bien encore, élevant l’enfant au-dessus de sa tête, le fasciste le jetait de toutes ses forces sur la chaussée pavée : après un tel choc, la cervelle de l’enfant jaillissait de son crâne éclaté.

Les allemands assassinèrent les Juifs des bourgades de façon horrible, en les jetant vivants dans les flammes. Dans la brigade de Charkovchtchina, on coupait la langue, on crevait les yeux, on arrachait les cheveux des gens, avant de les tuer.

Cher père ! Je te dis adieu avant la mort. Nous avons très envie de vivre, mais inutile d’espérer, on ne nous le permet pas ! J’ai tellement peur de cette mort, parce qu’on jette les petits enfants vivants dans les fosses. Adieu pour toujours. Je t’embrasse fort, fort.

Les enfants se mirent à crier. « Tante, où est-ce qu’on nous emmène ? » Bélénovna leur expliqua calmement : « À la campagne. On va aller travailler. »

On a trouvé dans une fosse près de Morozovsk les cadavres d’Eléna Bélénova et des six enfants Juifs.

Note de bas de page : le docteur Fainberg, sa femme et sa fille t’entêtent de se suicider en s’ouvrant les veines et en prenant de la morphine, mais les allemands les envoyèrent à l’hôpital, les soignèrent, après quoi ils furent fusillés.

Je me suis procuré un morceau de fil électrique, et un jour, à l’aube, je me suis pendu. Mais mon râle d’agonie a été entendu et on m’a décroché. Pour me punir, on m’a battu, on m’a brisé trois côtes. Je n’avais pas le droit de disposer de la vie, ce droit appartenait aux allemands.

J’ai fais mon exercice de mémoire en lisant se livre. Un exercice très difficile, découvrant ce qui est de plus exécrable, d’incroyablement sadique et mortel chez l’être humain.

Pourquoi ai-je lu se livre, ce genre de questions reviennent souvent dans mes articles sur la Shoah et la littérature de guerre/concentrationnaire. Je laisse ces mots de Vassili Grossman, présents dans l’introduction de ce livre, parler pour moi et finir cet article.

Puisse la mémoire des hommes conserver jusqu’à la fin des siècles le souvenir des souffrances et des morts atroces de ces millions d’enfants, de femmes et de vieillards assassinés. Puisse la mémoire sacrée des suppliciés être le gardien formidable du bien, puisse la cendre de ceux qui furent brûlés interpeller le cœurs des vivants pour enjoindre les hommes et les peuples à la fraternité. – Vassili Grossman

Jaskiers

Carnets de Guerre 1914-1918 par Ernst Jünger

Quatrième de couverture :

Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d’Orage d’acier, qui pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu’il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l’action, ces quinze petits carnets d’écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.

Fort peu de témoins sont restés autant d’années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d’une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontaire glaciale les souffrances du fantassin.

Ce témoignage sans fard d’un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l’enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s’empare des hommes au moment de l’assaut. D’où l’incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d’Ernst Jünger.

J’ai lu Orage d’acier il y a de ça longtemps, j’avoue ne pas me rappeler de ce livre, enfin, il ne me rest en tête que de courtes bribes de l’ouvrage. Je me suis donc lancé dans la lecture de ce journal de guerre plus pour lire l’expérience d’un soldat allemand dans les tranchées en 14-18 que pour l’ouvrage que Jünger en sortira pour écrire Orage d’acier.

De tous les journaux personnels de guerre que j’ai eu la chance de lire, celui-ci est le plus brutal, le plus effrayant et réaliste que j’ai lu.

Ernst Jünger veut de l’aventure, il s’engage à 17 ans seulement dans la légion étrangère française. Son père le ramènera au bercail grâce à un avocat. L’entrée en guerre de l’Allemagne est pour lui l’opportunité de partir à « l’aventure ». Il voudrait même être un héros. Il s’engage dans l’armée allemande, paré à rentrer couronner de médaille et adulé.

Il écrira son journal dans les tranchées même, dans des cratères d’obus à 20 mètres des anglais. Au milieu des cadavres et de leurs restes, sous les balles et sous les innombrables types d’obus qui pleuvent autour de lui.

Soldat courageux et volontaire, il gagne en grade mais aussi en blessures. Et les amis disparaissent.

Il mène ses soldats à l’attaque, tue et voit ses hommes et amis se faire tuer. Le carnage et la terreur des bombardements de jour et de nuit. La folie de certains camarades dont les nerfs lâchent.

Plus surprenant, quelques conquêtes amoureuses avec les maladies vénériennes qui vont avec. Une honte, à cette époque, surtout quand on veut être un héros.

Ce qui est fascinant dans ce journal, c’est qu’il est écrit au jour le jour, comme noté plus haut, dans la boue, le sang, les balles et les bombes. Et du côté allemand, ce qui est intéressant pour moi, français, qui n’ai lu des récits de la guerre 14-18 que du côté de nos chers Poilus. En omettant Jünger et Erich Maria Remarque.

Certains passages sont surprenants, voir émouvants, comme ce jour ou les soldats allemands et anglais décident de sortir de leurs tranchées et de discuter, de boire, de plaisanter et d’échanger. Ils fraternisent ! La reprise du combat sera difficile car ils réaliseront qu’en face, les soldats sont des êtres humains comme eux et non des monstres.

L’ouvrage contient des extraits extrêmement violents et glauques. Jünger fera toute la guerre en première ligne (en omettant les nombreux séjours à l’hôpital et les permissions), témoignage extrêmement rare et de qualité.

Son corp, meurtri de cicatrices, c’est la guerre qui a marqué son passage comme lui l’a marqué et écrit sur ses petits carnets de notes. Survivre en première ligne durant toute cette guerre tient du miracle, son témoignage en est encore plus important.

Je vous ai choisi quelques extraits, certains montre la violence dont il est témoin et acteur :

L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire.

Les interpellations réciproques avec les tranchées adverses ne sont pas rares et souvent d’un certain comique. Par exemple : « Wilhlelm, est-ce que t’es encore là ? » « Oui ! » « Alors planque ta tête, j’vais tirer. » BOUMS ! « Ouais, trop haut ! » « Pas si vite, faut d’abord que je recharge! »

Disparus ! Disparus, et peut-être à jamais. Sur le front, les villages détruits, les arbres déchiquetés, les puits effondrés, les champs tout retournés par les obus […]

Lorsque j’ai quitté l’abri ce matin, un étonnant spectacle s’est offert dehors à mes yeux. Nos hommes avaient grimpés sur les parapets et parlaient avec les Anglais par-dessus les barbelés.

Il y a ici toute une jeunesse déjà vouée à la mort, aujourd’hui ou demain.

Dans les jardins, j’ai trouvé un os du bassin auquel étaient encore collés des lambeaux d’étoffe rouge française. Peu à peu, on acquiert ici des connaissances anatomiques.

En y mettant la meilleure volonté du monde, nous ne pouvions pas creuser un trou sans tomber sur des monceaux de cadavres. Une tête émerge ici, là un postérieur, plus loin un bras sort de la terre, là-bas gît une tête de mort.

Le lieutenant Pape me raconta qu’il avait trouvé dans une maison une toute petite fille morte. Certains civils devaient être encore couchés dans leur lit.

Chaque millimètre du sol a été retourné encore et encore, les arbres sont attachés, déchiquetés et pulvérisés comme sciure. Les maisons rasées par les obus, les pierres broyées en poussière. Les rails du chemin de fer tordus en spirales, les collines déplacées, bref, tout a été transformé en désert.

L’un des deux avait eu la tête arrachée, et le cou surmontait le tronc comme une grosse éponge sanguinolente. Le deuxième avait un bras fracassé d’où sortait des esquilles d’os, et une grande blessure à la poitrine. Le troisième avait été éventré, ses intestins et des organes internes s’étaient répandus sur le sol.

Au final, si vous avez lu Orage d’acier, je ne pense pas que ce livre vous apporte énormément car les faits relatés dans le journal sont présent dans le roman. A part si le roman vous a tellement happé que vous voulez en savoir plus. Ou vous pouvez choisir de lire ce journal à la place du roman. Qu’importe, les deux ouvrages sont puissants et importants pour la mémoire collective.

Une vraie et terrible expérience de la guerre, la lire et la ressentir dans vos tripes. Grâce à l’écriture.

Jaskiers