Bienvenue à la cure de Rien – Partie 4

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J’essayais de me débattre autant que je le pouvais avec l’énergie du désespoir. Je criais, j’étais épuisé, dégoûté.

Je n’avais déjà plus de force après toutes ces émotions et le voyage. Mon corps ne répondait plus, l’adrénaline s’était dissipée, j’étais résigné, j’avais été pris au piège.

On me saisissait par les bras et les jambes.

« – Ne me tuez pas par pitié ! J’admets tout ! Laissez-moi rentrer chez moi et retourner travailler ! »

Mais on ne me répondit pas. J’étais porté par deux personnes, j’entendais une troisième dicter des ordres.

« – Tenez le bien, parfois ils regagnent un surplus d’énergie, celui du désespoir !

  • Très bien.
  • On l’emmène comme d’habitude chef ?
  • Comme d’habitude. Chez la patronne. »

J’entendis un grincement lourd et sinistre, sûrement celui de la barrière métallique que j’avais vu en arrivant, du moins, je pensais que c’était cette grille par laquelle on me portait vers un supplice certain. Je pensais encore une fois aux mots de Selena Brown, je m’étais fourré dans la gueule du loup.

J’entendais le bruit des pas de mes bourreaux qui me portaient je ne sais où.

Un bruit de porte lourde, des bruits de pas qui raisonnent, des voix, mais le sac bien serré autour de ma tête m’empêchait d’entendre clairement ce qu’elles disaient.

Je sentais les virages que prenaient mes kidnappeurs, parfois on me tournait sur la gauche ou la droite.

Puis, un énième bruit de porte automatique qui s’ouvre, puis se referme et cette sensation de monter, j’étais dans un ascenseur.

Les portes se rouvrirent, mes bourreaux continuèrent leur marche.

« – Encore un nouveau ?

  • Y’en a de plus en plus !
  • Ça vous fait les bras !
  • Et ça nous casse les c…
  • Elle est là la patronne ?
  • Oui, on a été prévenu de l’arrivée du nouveau !
  • Bon, bah ouvre nous !
  • Oh ça va ! On peut même pas faire la causette avec les collègues !
  • Il est lourd le monsieur là !
  • Ça va ! Je la préviens. Docteur Proust, le nouveau est arrivé. »

Une voix électronique lui répondit :

« – Faites le entrer Natacha ! »

Le bruit d’une lourde porte fit vibrer mes tympans. Puis, après avoir été transporté, on me posa sur une chaise.

Une voix de femme dit :

« – Merci messieurs ! Vous pouvez nous laissez. »

Les bruits de pas s’éloignaient puis la voix de femme me parla :

« – Monsieur Gaspard Dincy ! Heureuse de vous rencontrer ! Enfin…

  • Ce n’est pas ce que vous croyez.
  • Comment cela ?
  • J’ai fait une erreur !
  • Ah bon ? Et quelle erreur ?
  • J’ai abandonné mon travail ! »

Je sentis la cagoule se soulever d’un geste sec. Une femme, Noire aux yeux verts portant une blouse et des talons se tenait devant moi.

« – Je suis le docteur Proust.

  • Ah… c’est vous !
  • Oui !
  • Je pensais pas que…
  • Que quoi ? Que le docteur était une femme ? Une femme Noire en plus de ça ?
  • Non… enfin… les gens qui m’ont emmené… Ils me parlaient de vous comme si vous étiez un homme.
  • Ils essaient de brouiller les pistes jusqu’aux moindres détails.
  • Mais je suis dans le pétrin non ?
  • Tout dépend de qui vous êtes.
  • Je m’appelle Gaspard Dincy, 40 ans et je suis employé à l’Electric National Company.
  • Vous m’en direz tant ! Où habité vous ?
  • Salt Lake City.
  • Votre date de naissance ?
  • 20 juin 2022.
  • Hmmm… patientez quelque minutes s’il vous plaît. Ah ! Mais de toute façon vous n’avez pas le choix, vous êtes ici fait comme un rat ! Et puis, on ne vous appelle pas patient pour rien ! »

Elle s’installa derrière son bureau, tapa sur le clavier de son ordinateur et pendant deux minutes, ses yeux restèrent fixés sur l’écran.

« – Voyez-vous vous ça ! Monsieur Dincy ! Vous êtes un vrai tire-au-flanc n’est-ce pas ?

  • Je… j’ai contacté l’institut pour la cure de Rien car je pensais avoir besoin de…
  • Tirer au flanc !
  • Non ! J’étais épuisé ! Épuisé !
  • Vous ne l’êtes plus ?
  • Si… si et encore plus maintenant que je réalise ma faute !
  • Quelle faute ?
  • J’aurai dû rester travailler, travailler apporte tous les bienfaits dont nous avons besoin…
  • « Nous » ?
  • Que voulez-vous dire ?
  • Que signifie ce « nous » ?
  • Les citoyens…
  • D’accord… Vous voyez une annonce dans le journal qui vous promet monts et merveilles et vous appelez ? N’était-ce pas un peu trop beau pour être vrai ?
  • Je ne sais pas ce qui m’a pris ! J’avais… j’ai été attiré, c’était… comme si on parlait à quelque chose d’enfoui en moi et…
  • Enfoui en vous ? Mais que dites-vous ?!
  • Je n’en sais rien… je veux retourner au travail et si je passe en jugement pour manquement au devoir du citoyen, je plaide coupable.
  • Aviez-vous exercé d’autres métiers avant ?
  • Non, j’ai toujours travaillé dans la même entreprise.
  • Ça doit être sacrément chiant ! Je vois dans votre dossier citoyen que vous étiez assistant d’expert-comptable polyvalent. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire mais je suis persuadé que c’était un boulot ennuyeux, abrutissant et mal payé.
  • Non… j’étais heureux de mon travail. Je réalise à quel point j’ai été ingrat envers notre gouvernement et je demande une deuxième chance. Je m’inscrirai comme bénévole au parti de l’Unique. Pitié…
  • Hey bien ! Vous en avez des projets pour l’avenir ! Mais une chose me chiffonne. »

Elle se releva, se posta devant moi et me fixa de ses beaux yeux verts.

« – De quelle unité faites-vous partie cher monsieur Dincy ?

  • Unité ?
  • Vous êtes sourd ? C’est pour ça que vous êtes venus ici ?!
  • Non !
  • Votre unité agent !
  • Je ne suis pas un agent du Gouvernement Unique !
  • Un citoyen modèle, sans problème, aucun blâme… pourquoi risquer une telle position, plutôt confortable pour venir ici ? Vous ne faisiez pas d’effort physique… Votre dossier citoyen ressemble à un dossier monté de toute pièce !
  • Rien n’est monté de toute pièce !
  • Vous êtes vraiment un bon citoyen ! Mais que venez-vous faire ici ?
  • Je vous ai dit que…
  • C’est qu’il s’énerve en plus !
  • Pardonnez-moi, mais je ne sais pas comment vous prouvez que je ne suis pas un agent !
  • Peut-être que moi, j’en suis une ! Que diriez-vous de ça ? Vous en avez entendu parler des Déviants et de la chasse menée contre eux par le Gouvernement n’est-ce pas ? Le présumé attentat commis par des Déviants à Atlanta, vous en avez entendu parler aussi ?
  • Ou…oui.
  • Évidemment… saviez-vous que le Gouvernement Unique avait empoissonné l’eau courante d’Atlanta avec je ne sais quel produit toxique qui tournaient ces pauvres gens en mangeur d’oiseaux… le saviez-vous, monsieur l’agent, que le Gouvernement était derrière tout ça ? Ce n’était pas les Déviants… vous le saviez, bien évidement…
  • Je ne…
  • Suis pas un agent, oui je sais. Peut-être êtes-vous dans un black site, nom de code, pas très discret, utilisé par le gouvernement pour torturer les Déviants liés à des groupuscules terroristes anti-Unitaire.
  • Je ne sais pas quoi vous dire… Je ne vous comprends plus !
  • Moi je vais vous dire ce que je sais. La chaise sur laquelle vous vous tenez contient des capteurs intégrés, permettant d’enregistrer votre pou, vos constantes et tutti quanti. C’était utilisé durant la guerre Unique. J’en ai récupéré une, ne me demandez pas comment. Enfin, tout les résultats sont sur mon ordinateur. Je vais y jetez un coup d’œil et nous aviserons pour la suite ! »

Elle s’asseyait une nouvelle fois à son bureau, je fixai son visage. C’était comme être arrêté par la police même si vous n’aviez rien fait, quelque chose pouvait être mal interprété et votre vie changeait pour toujours. Intérieurement, j’espérai que ces capteurs n’étaient pas défectueux, rendant ainsi les chiffres faux et me mettant dans un pétrin dont je ne supporterai pas de voir la fin.

Je scrutais ses yeux verts émeraudes, sa tête était posée sur son poing, utilisant l’index de la main gauche pour faire descendre les informations sur l’écran tactile de son ordinateur.

Le temps me paraissait long, j’étais au bout de mes forces, seul mon cœur, qui battait depuis un quart d’heure à cent à l’heure était la seule chose qui semblait encore pouvoir supporter cette interrogatoire.

Elle leva les yeux sur moi, appuya sur une touche de son ordinateur et dit :

« – Faites entrez les agents de sécurité. »

Je baissais la tête, mon cœur fit un dernier grand bond dans ma poitrine, même lui avait fini par capituler.

J’entendis une porte automatique s’ouvrir derrière moi.

« – S’en est bien un, messieurs. Protocole habituel.

  • Bien m’dame »

Je sentis une main se poser fermement sur mon épaule droite et une aiguille me rentrer dans la nuque et puis plus rien.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien – Partie 2

– > Première partie : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/05/bienvenue-a-la-cure-de-rien/ <-

Enfin, après avoir embêté et atterré tous ces zombies qui me servaient de collègues, je pus leur lancer ce que j’avais sur le cœur :

« – Continuez ainsi, à ne pas vivre ! Obéissez, produisez, engraissez le capital ! Endettez-vous surtout ! Soyez docile ! On se retrouvera en enfer, enfin si nous ne le somme pas déjà ! Pour ceux qui refusent cette vie, prenez votre envol ! »

Je ramassais le peu d’affaire autorisé que j’avais laissé à mon bureau, quelques dossiers qui trainaient dans un tiroir depuis des années et un paquet de post-it. L’entreprise nous fournissait ces derniers gratuitement mais au compte goute.

Je pris la direction de la sortie avec une bonne dose d’adrénaline traversant mon corps, je partais la tête haute. Mon patron dédaigna sortir de son bureau pour voir ce qu’il se passait sauf quand il me vit partir bien avant l’heure de la fin de mon service. Il m’interpella :

« – Monsieur Gaspard Dincy, ce n’est pas l’heure de partir, retournez travailler !

  • Non.
  • Exc… pardon ?
  • Je vous pardonne !
  • Mais enfin… monsieur Dincy, êtes-vous souffrant ?
  • Non ! Enfin un peu mais je suis dans la voie de la guérison.
  • Je suis confus… qu’est-ce qu’il se passe ?
  • Il se passe que je pars !
  • Vous partez ? Mais comment ça ?! Ce n’est pas l’heure !
  • Avant l’heure c’est pas l’heure et après l’heure c’est plus l’heure comme le disait si bien ma grand-mère !
  • Quelle insolence ! Retournez à votre bureau ou je vous colle un blâme et il vous hantera tout au long de votre vie.
  • Carrez-le-vous dans le cul ! Ah ! Sûr que là, il vous hantera !
  • Assez ! Venez dans mon bureau tout de suite, vous êtes sur la sellette !
  • Vous m’invitez boire un verre ? Mais quelle agréable intention Monsieur Otrhew ! Tout le monde sait que vous buvez là-dedans !
  • Suffit ! J’appel la sécurité !
  • Pour quoi faire ? Me faire sortir ? Mais j’y vais mon bon monsieur ! Pas besoin de vous donner tant de peine !
  • Vous regretterez !
  • À la bonne heure ! Au revoir messieurs dames ! Et bonne continuation ! »

J’ai toujours rêvé d’insulter mon patron, le remettre à sa place, le faire sortir de ses gonds, c’était chose faite. Depuis une décennie, cet homme me tyrannisait, et maintenant, toute ma haine était sortie. Sa tête rubiconde et chauve était devenue écarlate, on voyait les nerfs gonflés sur son front et des taches violettes, des vaisseaux sanguins qui avaient sûrement éclaté ou quelque chose dans le genre, chose d’ailleurs observable chez les poivrots invétérés comme lui. Son petit corps dodu se retournant et sa manière de déambuler, comme un canard, ne m’énervaient plus, je n’avais plus de comptes à lui rendre, littéralement.

Je sortis, sans escorte, du bâtiment, rentra dans ma voiture sans rater de plonger le pied dans la flaque d’eau côté portière conducteur, mais c’était la dernière fois.

Direction l’appartement, terne, sans vie, sans âme qui n’était rien d’autre qu’un toit sous ma tête, le minimum pour être un employé.

Un toit, un micro-ondes, des toilettes, une douche, une télé, un lit, un ordinateur portable, c’était cela mon chez-moi. Le minimum syndical.

Je ramassais en vrac quelques habits, mon ordinateur, mon chargeur de téléphone et je mis un post-it sur la télévision :

« – Servez-vous, je n’en ai plus l’utilité. Prenez ce que vous voulez dans l’appartement. Sincèrement, monsieur Dincy. »

Je n’avais aucune tristesse à quitter cette endroit dans lequel je vivais depuis dix ans. Aucun souvenir marquant, rien. Toute cette époque de ma vie, je l’a vois en gris. Terne.

Puis, je pris un taxi pour l’aéroport. J’avais laissé ma voiture avec les clés sur le contact, elle m’avait fidèlement servie pendant plus d’une décennie, la personne qui la récupérerait ne la vendra pas telle quel mais en pièces détachées. Je ferai un heureux, cela serait sûrement bon pour mon karma pensais-je.

Le trajet de l’aéroport fut un moment étrange de réflexion et questionnement. Je n’avais pas l’habitude d’anticiper, tout était organisé dans une routine réglée à la minute près, mais maintenant, c’était comme si j’avais lâché les rennes de ma vie, je ne contrôlais plus tout, à commencer par ce taxi. C’est toujours étrange de se faire conduire quand nous avons l’habitude de le faire. C’est même agréable, et le chauffeur ne me parlait pas. Évidemment, car il travaillait. Travailler n’était plus un plaisir dans ce monde mais un fardeau. Le chauffeur était en compétition constante et chaque client devait l’évaluer sur son smartphone. Les choses étaient ainsi. Moi, je partais guérir les blessures et cicatrices que cette vie de forçat bureaucratique infernal m’avait infligée et mon pauvre bougre de chauffeur continuerait sa triste besogne jusqu’à ce que l’entreprise le renvoie pour mauvais services ou pour le mettre à la retraite.

Arrivé à l’aéroport, tout se passa comme sur des roulettes. Les hôtesses, la sécurité, les contrôles, tout me semblaient drôles, ou plutôt, légers. J’avais le sourire, je marchais la tête haute, roulais des épaules, disait bonsoir à toutes les personnes que je croisais, en leur décochant un grand sourire.

Tout ce que je reçus en retour étaient des regards effarouchés, inquiets, ou même, rien du tout.

J’étais une sorte d’alien, j’étais le seul heureux à ce qu’il me paraissait. C’était étrange car si je n’avais pas lu cette anodine annonce dans le journal, j’aurais eu la même réaction que ces gens. Ce n’était pas normal d’être heureux, c’était normal d’être usé, au bord du gouffre, à la limite de l’implosion, d’être en colère contre soi. Pas contre le monde non, cela était trop dangereux, mais contre soi-même. Quand on ne peut pas extérioriser notre colère sur la vraie raison de notre mal-être, nous nous replions sur nous même, nous créant une carapace de haine et de dédain dirigé envers nous-mêmes. C’était ce que voulait ceux qui nous gouvernaient. Un peuple abasourdi, amorphe, sans aucune estime de soi, où la seule raison de l’existence d’un citoyen et de produire du capital encore et toujours et d’en mourir. Peu de gens arrivaient à la retraite, si on pouvait appeler ça « retraite ». Vous arriviez à l’âge de vous retirer ? Bien ! Tenez, le ‘minimum vital’, 1 000 dollars et ce, peu importe votre travail. Bien sûr, cela ne s’appliquait pas aux patrons et à nos élites gouvernantes consanguines qui, eux, jouissaient d’une richesse colossale, car chaque employé n’était qu’une sorte de pantin, dont on se débarrassait quand les fils commençaient à s’effilocher et les articulations à rouiller. Aucune dépense superflue. Soit vous aviez la chance d’être né riche, soit vous travaillez.

Je scrutais les visages dans la salle d’attente de l’aéroport en attendant mon avion direction l’état du Vermont. Une certaine révolte commençait à bouillir en moi, elle était apparue quand j’ai commencé à me sentir coupable d’être le seul être humain heureux parmi tous ces gens dépités. C’était impossible de les aider, ils étaient conditionnés. Ils leur avaient fallu un déclic, comme je l’ai eu après avoir lu l’annonce pour la cure de Rien. Cela devait venir naturellement et ils devaient attraper immédiatement le taureau par les cornes et oser.

Quand j’entrais dans l’avion, j’eus la triste vision de ces femmes hôtesses de l’air qui devaient se forcer à sourire, quoiqu’il arrive. Leurs joues étaient creusées et leurs yeux cernés, le maquillage ne cachait rien. La peau, le corps était marqué par des années d’asservissement.

Je m’installas à ma place, attendant de voir à côté de qui j’allai partager ce voyage rédempteur.

C’était une dame d’une cinquantaine d’années, maigre, portant des vêtements relativement chic pour une place en classe éco’ dans l’avion. La moitié de son visage était caché par une sorte de léger voile. Elle me fit un sourire poli en s’asseyant et lâcha un bonjour suivis d’un nouveau et grand sourire.

Je ne me rappelais plus à quand remontait la dernière fois où je reçus un sourire honnête et sincère. Cette femme était soit riche, soit en partance pour la cure de Rien ou une agent du gouvernement infiltrée pour attraper les réfractaires au travail comme moi.

J’osais engager la conversation :

« – Ça fais plaisir de voir sourire !

  • N’est-ce pas ? J’ai été surpris par le vôtre aussi !
  • Les grands esprits se rencontrent !
  • Il semblerait !
  • Gaspard Dincy, enchanté.
  • Janet… Jill… en faite… je ne sais plus comment je m’appelle !
  • Pas étonnant avec cette vie de chien !
  • Et encore, les chiens gardent leur dignité.
  • Ça oui !
  • Mais de là a oublier son nom… vous devez me prendre pour une folle.
  • Ce monde est fou.
  • Hey bien… je peux vous faire une confidence ?
  • Avec plaisir !
  • Je ne suis pas… vraiment normale.
  • Qui l’est de nos jours ?
  • J’ai… plusieurs prénoms… et noms !
  • À la bonne heure ! Donc, vous vivez plusieurs vies en même temps ?
  • Oui, on peut dire ça comme ça. Vous comprenez, maintenant, soit vous obéissez à l’ordre établi, soit vous devenez un indésirable !
  • Exactement ! Mais, pourquoi plusieurs alias ?
  • Il faut bien manger vous voyez ?
  • Oh ! Vous n’allez pas me voler j’espère ?
  • Ah ! Bon jeu de mot ! Voler, dans un avion !
  • Ah ! Même pas fait exprès sur le coup !
  • Non je ne vous volerai pas. Mais je suis curieuse de savoir comment vous, vous vivez tranquillement une vie qui semble… hors des normes ?
  • Le hasard m’a envoyé de l’aide.
  • Oh ! Et l’aide en question ?
  • Une cure !
  • Pardon ?
  • Une cure ! Suffit de vous faire porter malade pour tirer au flanc !
  • J’aimerais plus d’explications, je me suis cassée le cul à voler, mentir, trahir et courir toute ma vie et vous, vous me dire que vous n’avez fait que vous porter malade ?
  • Hey bien… oui en faite. Chaque système a ses failles et j’ai trouvé la faille, ou une des failles de celui-ci.
  • Donc vous quittez votre travail pour faire une cure et aucun problème ? On vous a laissé partir ?
  • Oui. En faite, cette cure est remboursée par ma mutuelle. En partant du bureau, j’ai fait quelques vagues, preuve que j’avais besoin de soin. Et je pars faire ma cure dans le Vermont.
  • Je… doute que vous puissiez un jour reprendre votre vie normale.
  • Justement, je n’y compte pas. J’ai lu l’annonce de cette cure dans le journal et mon instinct, ou un truc du genre m’a poussé à y aller.
  • Et elle consiste en quoi cette cure ?
  • En rien.
  • Hein ?
  • La cure de Rien. C’est le nom de ma libération !
  • Attendez, je… une cure de rien ? Mais ça consiste en quoi exactement ?
  • Aucune putain d’idée chère amie ! Apparemment, c’est une cure révolutionnaire, nouvelle et les personnes en chargent de cette cure semblent avoir l’argent et le pouvoir nécessaire pour vraiment aider les gens qui s’écartent du droit chemin !
  • Vous n’avez aucune idée de ce que cela pourrait être ? Ils vous ont donné des informations ?
  • Rien…
  • Permettez-moi de vous dire que ça sent mauvais.
  • Vous pensez ?
  • Ça sent le coup fourré à plein nez ! Ils sont forts pour trouver les déviants comme nous.
  • Donc vous pensez que ce serait un piège ?
  • Honnêtement, oui.
  • Mon instinct me dit que je suis sur le bon chemin.
  • J’ai appris à écouter mon instinct depuis que je suis en cavale, il ne m’a jamais trahis. J’espère pour vous que ce sera la même chose.
  • Je n’en doute pas une seconde ! »

Nous nous arrêtâmes de discuter pendant une bonne demi-heure quand elle reprit la parole.

« – Mon vrai nom, Selena Brown.

  • Hey bien, enchanté Madame Brown !
  • Écoutez, je pense que vous partez droit dans la gueule du loup. Je peux vous aider. Je me dois de vous le proposer. Je vais dans le Vermont voir quelques déviants. Nous sommes une sorte de société secrète composée de… tire-au-flanc, comme vous le dites si bien. D’accord, société secrète, c’est un peu tiré par les cheveux, surtout que le gouvernement nous a à la bonne. Mais à part eux et nous, personne d’autre ne nous connaît. Nous avons construit un véritable réseau underground très efficace qui nous permet de vivre chichement, sur le dos des autres. Je peux vous faire entrer dans notre réseau, je vous parrainerai.
  • C’est très gentil de votre part. Je ne doute pas de mon instinct, mais si je réalise que je me suis fait avoir, je penserai à vous.
  • Tenez. »

Elle sortit un vieux téléphone portable et me le tendit.

« – Votre moyen de me contacter, au cas où. Allumer le, le seul numéro à l’intérieur est le mien. N’hésitez pas à me contacter au seul doute que vous avez.

  • Merci…
  • Mais ne laissez pas mes paroles vous faire douter, peut-être avez-vous raison. Et dans ce cas, un coup de téléphone pour me prévenir, cela pourra m’aider aussi, moi et mes collègues, à l’avenir.
  • Évidemment ! »

Le reste du vol passa rapidement, échangeant des banalités car Selena redoutait les oreilles indiscrètes.

Arrivez à l’aéroport international de Burlington, nous nous séparâmes rapidement. Elle ne se retourna pas pour me donner un dernier regard.

La dame n’aurait pas eut le temps car au moment même où je mis les pieds dehors, deux jeunes gens en blouse blanche m’interpellèrent.

Jaskiers

Cette matinée très bizarre

La journée avait commencé comme n’importe quelle autre. Rien de différent, la routine d’une famille moyenne dans un HLM pourrie de l’hexagone.

Les samedis, on glande au lit, on ne fait rien, on déguste bien comme il faut une grasse matinée bien méritée. Je suis le plus jeune de la famille, mon frère a 22 ans et vit encore à la maison. Pour lui, ça n’a rien de mal à ce qu’on soit encore chez ses parents à 22 ans, ce n’est plus l’époque formidable de nos parents, mais une autre.

J’ai mon père qui travaille comme cheminot. J’ai toujours trouvé ce mot rigolo.

« – Tu fais quoi dans la vie ?

  • Cheminot ! »

Peut-être que ça me fait rire parce que ca rime avec poivrot. En faite, ces deux mots se marient plutôt bien dans la vraie vie. Quand mon père ne travail pas, il est souvent au bar du quartier à « jouer au ‘Paix Aime U’», « à dilapider de l’argent pour des ‘chies mères’ », dit maman. Je présume que des ‘chies mères’, c’est des femmes, je suis un grand garçon je sais des choses, je les comprends mais je donne l’impression que non, comme ça, je garde un certain avantage sur les autres. Mais il joue aussi aux jeux d’argent. J’ai jamais entendu papa revenir à l’appartement en criant : « Chéri les enfants j’ai gagné ! À nous les Bahamas ! ». Non lui c’est plutôt : « T’as fait quoi à manger ? – Steak frite mais c’est froid, si t’en veux, fais les réchauffer, je vais pas passer mes soirées à t’attendre. »

Souvent, après, ça gueule et sa part dans des histoires pas possibles de « baise », de « putain », de « feignasse ». Ce dernier mot , il aime le dire car ma mère ne travail pas. Quand on lui demande ce qu’elle fait dans la vie elle répond « mère au foyer ». Moi je pensais qu’elle disait « maire » au foyer au début, ce qui, en fait, a du sens. C’est elle qui commande, qui gère les comptes et on l’aime tous, chacun a notre manière, donc c’est comme si on l’avait élue avec notre cœur et notre affection, unanimement !

Enfin je reviens à ce jour où tout avait commencé comme d’habitude. Je suis le plus jeune, moi je fais pas de grasse matinée car je préfère jouer. Dormir quel gâchis de temps !

Donc je me lève, normalement, mais je sens au fin fond de moi que quelque chose est bizarre. Mais je suis parfois angoissé, ma mère dit que je suis déjà ‘nez rosé’. Je sais pas ce que ça veut dire mais je pense que c’est lié à mes angoisses.

Je sors mes céréales, le lait, ma cuillère fétiche et je bouffe. Très sucré les céréales donc je vais me brosser les dents. Vous pensez peut-être que je suis bien élevé mais c’est juste que je déteste le dentiste, donc je brosse mes dents pour éviter d’y aller.

Là, en me regardant dans le miroir au-dessus de l’évier, j’observais mon visage et y’avait quelque chose qui clochait. Parfois j’y réfléchis et je pense que en faite, les traits de mon visage… bougeaient. Oui, comme quand on regarde son reflet dans l’eau, mais c’était très léger.

Il m’en a pas fallu plus pour gerber. Mais j’ai eu le réflexe de le faire dans la baignoire ! Mais je vomissais un peu violet.

Et c’est là que tout est parti en vrille.

Mon père est sorti de sa chambre en caleçon comme un taureau ! BAM la tête la première, il saignait et il gueulait !

« Holà gros connard ! Holé ! No pasarán! »

Ah oui, le père de mon père il était espagnole, ça explique maintenant ses paroles quand j’y repense.

Et là mon frère sort en t-shirt de sa chambre, et il semble marcher comme les deux américains qui ont un jour marchés sur la Lune (papa dit que c’est un prénommé Stanley ‘Cubique’ qui a filmer ça dans un hangar sur Terre, et mis en scène par la CIA). Il me regardait, la bouche en « O » et les yeux pareils ! Et il répétait, péniblement : « Mais putain on est où ».

Et là ma mère est sortie mais moi je voyais sa peau toute verte, juste verte, rien d’autre, comme si elle avait sauté dans la peinture.

Et là mon père il s’est encore mis à gueuler : « Holà ! No pasarán ! » et il faisait semblant d’être un torero. Il pensait que ma mère était un taureau. Mais je peux vous dire qu’elle n’avait rien d’un taureau.

Elle commença à parler une autre langue, enfin une langue étrange, faite de sortes de rots, de cris brefs, rauques et faisait claquer sa langue. Et elle nous regardait comme si nous étions des fous, comme si le fait que nous ne lui répondions pas était outrageant.

Mon frère continuait à marcher sur la Lune, il me demandait avec une voix lente comment nous avions atterri ici et, immédiatement, je vis les murs de l’appartement s’écrouler, comme si ils étaient en cartons, pas en ciment ni rien juste comme ça, et leur chute révéla que nous étions effectivement sur une autre planète.

Tout était rouge, l’atmosphère, l’air, le sol, j’avais peur ! Et ma mère était là, à marcher bizarrement comme si elle était un ours et mon père se mit à courir devant elle et il fit un saut et il disparut.

Je commençais à pleurer et je demandais à maman ce qui était en train de se passer. Elle me fixa du regard et me répondit. Bizarrement, d’un coup, je comprenais sa langue et elle me demandait de parler en français. Mon frère disait qu’on était sur Mars, moi je disais qu’on était en enfer et ma mère continuait à copieusement nous engueuler car nous parlions une langue inconnue.

J’entendais des cris, c’était comme si les voix parlaient à l’envers, comme si quelqu’un vous disait bonjour et qu’en faite vous disait « roujnob ». Ça fait un effet bizarre et y en avait au moins deux ou trois et évidemment je ne comprenais rien. En plus, elles était graves ces voix et je m’imaginais qu’un monstre extraterrestre venait nous tuer avec ses amis.

Donc je pleurais encore et mon frère me disait de me calmer car si ça se trouve les voix étaient gentilles mais ma mère s’approcha de moi, mit son bras autour de mon cou et criait de lui rendre son fils. En plus, elle commençait à serrer fort son bras contre ma gorge, je me débattais comme je pouvais mais elle était forte ! Genre une force comme si elle était en pierre, c’était impressionnant ! Donc je pleurais encore plus mais je ne pouvais pas crier.

Mon frère essayait de venir à ma rescousse mais il marchait encore au ralenti, j’avais le temps de mourir étouffé au moins trois fois avant qu’il arrive.

Et ma mère, toute verte, criait encore et encore de lui rendre son fils. Je bougeais comme une anguille en espérant glisser de sa prise mais aucun espoir.

Puis j’entendis un gros « boum » et les voix inversées de tout à l’heure se rapprochèrent !

Mais je commençais à avoir la vue qui se brouillait, comme un voile noir qui se posait devant mes yeux et là, à ce moment, je vis un énorme bras violet et poilus et un autre de couleur jaune ! Ils prenaient le bras de ma mère qui était autour de mon cou pour l’enlever et ils criaient dans cet étrange langage. Je pouvais respirer et en gigotant encore je pu sortir de l’étreinte de fer de ma mère mais là, un des monstres, le jaune, m’attrapa. J’en avais marre d’être maltraité donc je lui filais des coups de poings et de pieds et la voix du monstre se faisait encore plus grave.

Un autre monstre, de couleur orange, se jeta sur mon frère. Je criais et je frappais le monstre qui me ceinturait et je vis des lumières clignoter dans l’atmosphère et encore plus de cris !

J’étais épuisé j’en avais assez et je vis une navette, c’était elle qui émettait ces lumières qui était apparu peu avant l’intervention des créatures colorées. Et je vis des astronautes en sortir et je leur criais à l’aide car c’étaient les seuls humains que je voyais, depuis le début de cet étrange mâtiné, qui n’étaient pas des monstres ou juste bizarres.

L’un s’arrêta devant moi, ses lèvres bougeaient mais aucun son n’en sortait. Puis il sortit un pistolet, l’appuya sur mon torse et plus rien.

Je me réveillais à l’hôpital, plus de planète rouge ni rien. Une infirmière entra, elle était normale et parlait normalement. Elle était toute gentille et me dit qu’elle allait avertir le docteur et d’attendre sagement. Donc j’attendis.

Un vieux docteur arriva avec ma mère, mon frère et mon père, ce dernier en béquilles.

Ils m’expliquèrent que nous avions été empoisonnés à l’oxycarboné. Il y avait eu une sorte de fuite dans notre appartement et ce gaz empoisonne et peut donner des hallucinations ! Mais les nôtres, d’hallucinations. étaient très importantes donc ça voulait dire une grosse fuite de gaz, donc ma mère elle disait qu’on allait porter plainte contre l’immeuble. Je savais pas qu’on pouvait porter plainte contre un immeuble.

On m’expliqua comment mon père avait fini en béquille. Il avait sauté du balcon car il pensait que ma mère était un taureau ! Heureusement, nous n’étions qu’au premier étage donc il ne se fit qu’une méchante blessure à la jambe droite. Là, des habitants vinrent l’aider et ils comprenaient que mon père était drogué. Ils entendaient ma mère gueuler dans l’appartement et moi pleurer. Ils ont appelés les pompiers et réussit à rentrer dans notre appartement pour séparer ma mère qui m’étranglait !

Et puis les pompiers sont arrivés et m’ont faits une piqure.

Voyez, pas typique cette matinée !

Jaskiers

Cauchemar d’enfance

Était-ce le milieu de la nuit ? Au début ? À l’aube ?

Je ne me rappelle plus, seulement, je sais que la chambre était plongée dans la pénombre.

Pourquoi étais-je réveillé ? Je ne me rappelle plus.

Pourquoi je fixais la porte de ma chambre ? Vous avez deviné, je ne me souviens plus.

Est-ce que j’étais éveillé ou encore dans les bras de Morphée ? Encore une question sans réponse.

Ce dont je me rappelle, ce sont ces mannequins de boutiques, ceux que je voyais quand je passais devant cette boutique de prêt-à-porter, boutique qui dans mes souvenirs n’était jamais ouverte. Les mannequins n’étaient jamais habillés, il semblait y avoir de la poussière sur eux, de la crasse. Ces mannequins n’étaient pas ceux que l’on trouve habituellement dans les boutiques. Ils étaient plats, grands, aucunes formes, asexuelles. On distinguait évidemment la tête, les bras, peut-être un peu de hanche, les jambes et c’est tout. Mais ils étaient plats et chacun avaient sa couleur, bleu, rouge, gris, blanc, noir, vert.

Je passais devant souvent. La boutique était dans une galerie marchande où ma mère m’emmenait pour faire les courses et je jetai toujours un coup d’œil à ces mannequins, abandonnés au regard de tout le monde.

La nuit dont je parle, ces mannequins ont ouvert la porte de ma chambre, ils étaient toujours aussi plats, leur bras et jambes bougeaient et c’était tout. Qu’ils étaient maigres ces bras et ces jambes ! Mais ils étaient sûrs de leur mouvement. Celui (ou celle…) qui avait ouvert la porte était le mannequin de couleur jaune, j’ai vu sa main et son avant-bras lentement redescendre à ses flancs après avoir ouvert la porte pour lui et ses camarades.

Ils rentrèrent tous, toutes les couleurs et s’installèrent debout, devant mon lit et ne bougèrent plus.

Attendaient-ils de moi quelque chose ? Voulaient-ils que je les habille ? Que je leur parle ?

Je n’en sais rien car j’ai crié et me suis caché sous ma couette. Le temps que ma mère arrive pour demander ce qu’il se passait et me rassurer, ils avaient disparus.

Cauchemar… Cauchemar ? J’avais environ 6 ans, je me rappelle distinctement les voir rentrer doucement, et même si leur visage n’était qu’un vulgaire ovale sans traits aucuns, j’étais persuadé qu’ils me regardaient. Maintenant encore, quand il m’arrive de repenser à cette horreur onirique, je ne m’en rappelle pas comme d’un cauchemar mais comme un vrai souvenir, comme si j’étais éveillé et que ces mannequins étaient vraiment entrées dans ma chambre. Qu’ils étaient vivants, avec une conscience. Si je me concentre, j’ai presque l’impression qu’ils m’ont parlé, pas physiquement, ils n’avaient pas de bouches mais communiquaient par télépathie.

Pourquoi étaient-ils venus ME voir, moi un enfant et pas un autre ? Que me voulaient-ils ? Que me serait-il arrivé si ma mère n’était pas venues à mon secours ?

Peut-être qu’en fin de compte, tout ceci était un rêve, enfin un cauchemar. Même si ma mère ne s’en souvient pas du tout, et pourtant, je n’étais pas le genre d’enfant à crier et à appeler à l’aide après un mauvais voyage onirique.

Après tout, pourquoi, après cette nuit, les mannequins avaient disparu de la boutique ?

Tant de questions, dans un monde qui est obsédé par les réponses. Je ne cherche pas plus loin, les choses sont parfois mieux laissées sans réponses.

Jaskiers

Félicitations ! Vous avez été choisis pour…

Harry avait reçu l’un de ces mails, que nous considérions, nous, ses ancêtres, comme un spam ou une mauvaise blague, mais à l’époque futuriste d’Harry, c’était on ne peut plus vrai.

« Vous avez été sélectionné pour séjourner une semaine dans l’espace ! »

Autant vous dire que Harry aurait préféré rester les pieds sur la bonne vielle planète Terre. La société du milliardaire Elon Besoz sélectionnait, au hasard, une personne chaque année pour aller séjourner sur la Lune. Pourquoi ? Parce que le millionnaire l’avait décidé ainsi il y a quelques décennies. Et pour vous mettre dans l’embarras, cette société n’hésitait pas à rendre publique votre sélection.

Évidement, certaines personnes auraient vendu leurs parents pour marcher sur la Lune. Et le richissime Elon avait des aficionados qui buvaient chacun de ses mots et acquiesçaient à chacune de ses décisions. Même après sa mort, il était perçu comme un demi-dieu.

Harry, lui, n’en avait que faire de la Lune. Depuis près de 50 ans, ce voyage vers la Lune, qui se déroulait une fois par an pour un pauvre bougre, était devenue ennuyeux à ses yeux. Il avait 22 ans, née en plein milieu de ce phénomène de tourisme spatial.

Pour nous, les ancêtres d’Harris, le tourisme spatial n’en est qu’à ses balbutiements. Pour lui, c’est une chose normale, rentrée dans les mœurs. On ne va plus en vacances au bord de la mer ou à l’étranger, mais sur Mars. On navigue dans les anneaux de Saturne, on observe les trous noir depuis des vaisseaux de vacanciers, on ne les traverse pas encore, ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Personne n’ai jamais revenu de ces trous noirs, des animaux puis deux hommes ont franchi un trou noir, aucuns n’est jamais revenus. Le mystère plane encore autour d’eux.

« Félicitions Harry Bertimore ! Vous êtes l’heureux gagnant du tirage au sort planétaire, vous voici détenteur de votre ticket pour un séjour sur la Lune d’une semaine ! »

Harris ne lu pas le mail entièrement. Il referma sa boîte mails, qui avait remplacé nos boîtes aux lettres actuelles depuis une centaine d’années, lorsque son téléphone portable, qui n’était rien d’autre qu’une puce implantée dans une main et que l’on activait par un simple toucher de la paume, se mît à émettre un son de notification. Puis un deuxième, un troisième. Ça ne s’arrêtait pas.

Il darda un coup d’œil pour savoir qui étaient les auteurs de ses messages.

Deux amis, son petit frère et un message vocal de sa mère.

Il ferma sa main droite contenant la puce téléphonique, geste qui consiste à éteindre son téléphone de nos jours.

Le jeune Harry resta planté sur sa chaise (qui n’avait pas de pieds, mais flottait doucement), il allait falloir dire à Space Kicks qu’il refusait leur voyage, une première dans l’histoire. Sa photo, ses informations, étaient déjà étalées sur l’UltraWeb, notre internet actuel, sauf que cet Ultraweb consistait en la même chose qu’avec le téléphone, une puce, dans la mains gauche dans le cas d’Harry. Ouvrez votre main et internet s’affiche de manière holographique devant vos yeux. Et uniquement les vôtres.

Toute la planète le connaissait maintenant, sans le vouloir, sans le désirer. Il allait être la cible de nombreux jaloux, des médias et de l’humanité toute entière.

Le monde allait le traiter comme un paria, un être ingrat, irrespectueux, mais jamais il ne quitterait la planète Terre. Pourquoi aller sur la Lune quand il n’était jamais sorti de son pays ? Rien n’était original dans ce voyage sur la Lune, car il était estimé que 2 personnes sur 5 avaient déjà visité la Lune et sa face sombre.

Il ouvrit sa main gauche, ouvrit le réseau social en vogue, FaceIntra et posta : « Je donne ma place pour le voyage sur la Lune. Premier arrivé, premier servit. »

Il reçut tellement de notifications qu’ils lui donnèrent le vertige. Il ferma son poing. Les notifications explosaient dans ses oreilles, il avait fermé l’IntraWeb mais les notifications continuaient à lui vriller les tympans. La technologie avait encore des bugs à cette époque, liés principalement à la difficulté de fusion entre corps humain, organique, et la technologie. Plus d’écran bleu, mais des décharges et des sons stridents se propageant dans tout votre corps. Le progrès !

L’envie d’arracher ces puces, ces « BioTechImp », lui vint, et ce n’était pas la première fois.

D’inquiétante enquêtes faites par des « anciens », surnom donné à ceux qui refusaient les implantations et ce, peu importe leur âge, ont révélé les secrets de ces centaines d’entreprises créant ces petites puces de très hautes technologies. Ils avaient découvert que des « programmes expérimentaux » avaient été installés dans ces petites perles de technologies. Ces programmes expérimentaux consistaient à récolter et à tester des « logiciel » permettant de « lire » dans les pensées et il y aurait même eut des logiciels expérimentaux amassant des datas dans le but prochain de pouvoir contrôler un corps « pucé ».

Les médias se sont faits les relais de ces enquêtes, sérieuses et minutieuses, mais des philosophes, des scientifiques, médecins et autres commentateurs ont accusé ces « anciens » d’être des adeptes de la théorie du complot, des ennemis du progrès et du futur.

Toujours est-il que Harry était devenu de plus en plus anxieux et sceptique envers cette technologie. Très peu de personne vivaient sans implants. Si l’on devait comparer à aujourd’hui, ne pas avoir de « puce » serait comme ne pas avoir de téléphone (smartphone ou fixe).

Perdu dans ses doutes, plongé dans une anxiété terrible et les sonneries incessantes, le jeune homme entendit des tambourinements dans sa porte. Croyez-le ou non, les portes non pas vraiment évoluées. Des accidents avec des portes blindées s’ouvrant automatiquement à votre passage à une vitesse incroyable a écarté la technologie des portes. Qu’elles ont été ces incidents ? Des membres écrasés, des corps décapités. Des hackeurs avaient trouvé le moyen de les contrôler et… de tuer.

Vous vous demandez peut-être si les implants, les « puces », pouvaient être hackés ? C’était possible. Et autant vous dire que certaines victimes de piratage se sont suicidées. Imaginer que quelqu’un prenne le contrôle de tout ce que vous pouvez voir, toucher ou entendre, projeter ce qu’il veut à vos rétines et enregistrer tout ce que vous faite ?

Enfin, Harry s’approcha de la porte à tâtons.

« – Harry ouvrez !

  • Je… ne suis pas intéressé par la Lune.
  • Nous non plus !
  • Partez !
  • Non, nous pouvons vous aider !
  • Qui êtes-vous ?
  • Des « anciens ».
  • Et que me voulez-vous ?
  • Vous aider.
  • Comment ?
  • L’expliquer derrière une porte ne va pas être chose aisée, ni discrète. »

Harry qui ne recevait jamais de visiteur senti en son for intérieur qu’il lui fallait ouvrir et voir ce que pouvait lui proposer les « anciens ». Qu’avait-il à perdre ?

Il ouvrit et vit une jeune femme, deux hommes, un dans la trentaine et l’autre, plus vieux, dans la soixantaine. Ils rentrèrent sans se faire prier.

Puis, des lumières bleues et rouges émirent leurs lumières par les fenêtres.

« – Harry, il va falloir être courageux.

  • Vous êtes des flics !
  • Non, mais eux dehors oui. Je suppose que l’on a été suivis. Suivez-nous, ne doutez pas, obéissez jusqu’à ce que nous soyons hors de dangers
  • Putain, mais j’ai rien demandé.
  • Justement, vous êtes une victime ici, laissez nous vous aidez.
  • J’ai plus rien à perdre, allons-y. » Répondit Harry, dépité.

La jeune femme, celle qui était l’interlocutrice de Harry, sortit un vieux calibre, nos calibres du présent.

« – Une porte de sortie par l’arrière ?

  • Oui.
  • Ils ne doivent sûrement pas le savoir, enfin pas encore. Prenons-les de vitesses. Vite. »

La petite troupe sortit par la porte de derrière. Et ils s’enfoncèrent dans la ville tentaculaire, au loin, une forêt et quelque part au milieu, un refuge. Du moins, c’était ce que le jeune homme pensait. Les gens réfractaires à la technologie vivent dans la nature n’est-ce pas ? C’était ce qu’il avait vue à la télévision en tout cas.

La vie d’Harry avait basculé à jamais, sans n’avoir rien demandé. Rien ne change entre son époque et la nôtre, parfois, nous n’avons pas le choix, ou bien, ce choix est une mascarade. La vie a en réserve une bonne dose de mauvaise surprise. Et elle en a plus que des bonnes, de ces mauvaises surprises. Malheureusement.

Bonne chance Harry !

Jaskiers

Le Clan du Calice

Orné d’un masque grotesque de bouc, le maître de cérémonie lève le Calice. Tout les autres disciples se prosternent. Ils entonnent un bourdonnement collectif, à l’unisson, le son réverbère entre les murs et résonne dans les corps.

« Jusqu’à la lie ! » proclame le maître de cérémonie.

Chaque disciple se redresse, à genoux, ils crient.

« Nous boirons le Calice jusqu’à la lie ! » Les paroles du maître tonne.

« Debout ! »

Tous se redressent. Droit, immobile. Certains tremblent légèrement, le moment est venu.

Le maître de cérémonie avec son masque de bouc s’approche doucement du premier disciple. Il porte le Calice aux lèvres de son adepte, ce dernier bois une gorgée puis le maître retire la coupe, il se déplace pour faire la même chose avec un autre adepte.

Il administre à chacun de ses vingt tenants le même traitement.

« Donne-nous ta lumière, Étoile-du-matin ! »

Et les disciples restent droits, stoïques.

« Tes fidèles ont fait l’Ultime Sacrifice, sommes-nous dignes de Ta présence ? Héritiers sur Terre de L’Étoile-Du-Matin, vous sentez-vous dignes ?! »

Tous émettent un « oui » à l’unisson.

« Attendons-nous ton signe ? Est-ce le jour de ta venue ? »

Après une minute de silence, le maître s’agenouille, ce geste est suivi immédiatement par les disciples.

Agenouillés, le visage enfoui dans leur robe, la flamme des deux braseros de la pièce forment de sinistres ombres dansantes sur les murs.

« Sentez-vous la libération, panégyristes de L’Étoile-Du-Matin ? »

Encore une fois, les sectateurs se relèvent, mais aucune parole ne sort de leur bouche.

« Avez-vous peur zélateur de L’Étoile-Du-Matin ? »

Silence dans la pièce.

« Nous n’avons pas bu le Calice jusqu’à la lie ! Adorateurs, buvons encore ! »

L’initiateur à la tête de bouc s’avance une nouvelle fois vers les adorateurs et répète les mêmes gestes que la première fois, chaque disciple boivent une gorgée.

Revenant cérémonieusement à sa place légèrement surélevé, le maître de cérémonie méphistophélique lève le Calice, le retourne, rien n’en sort.

« Voici, la preuve, l’ultime, de notre dévouement à toi, L’Étoile-Du-Matin ! Fais maintenant ton arrivée. Nous sommes prêts, sois le bienvenu ! »

Les tenants s’agenouillent encore une fois, dans un silence total et à l’unisson.

« Voici, nous t’attendons. »

Cinq minutes passent et tout reste silencieux, seul les braseros crépitent.

« Bien chers amis ! Levons-nous ! Savez-vous à quel point je suis fier de vous ? »

Chaque disciple se découvrent, et se regardent, incrédules.

« Ce n’était évidemment qu’un test, une épreuve, pour voir jusqu’où vous seriez prêt à aller pour servir notre Seigneur ! Et vous étiez prêt à aller jusqu’à l’ultime sacrifice ! Ah que je suis fier ! »

Tous se regardent, ébahis, certains rigolent, les nerfs se détendent, certains pleurent.

« Je suis fier de vous et… Il est f… »

Le maître de cérémonie n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une forme sombre, immense, sort du sol, en plein milieu des disciples encore en rang.

« – Vous pouvez me dire qu’est-ce que c’était que ce putain de bordel ?

  • Seigneur !
  • Quoi ? Sérieusement ? Mais c’est pas mardi gras, qu’est-ce que tu as sur la tronche ?
  • Ho seigneur… je…
  • Mais enlève ce masque, c’est… vraiment les gars, vous étiez prêt à mourir pour moi ?! »

Les disciples et le maître se prosternent.

« – Mais c’est quoi votre problème ? Sérieusement ?! Arrêter vos séances de magie à la mords-moi le nœud, vous êtes pire que des enfants !

  • Pardonnez-nous Seigneur !
  • Mais arrête de m’appeler seigneur merde ! Écouter, tous les samedis soir j’entends vos foutues incantations, j’avoue que j’me fous bien de votre gueule, car vous n’avez pas besoin d’un tel accoutrement ni d’une telle cérémonie, mais ce soir, c’est le pompon sur la Garonne ! Vous êtes prêt à boire ce que votre maître, qui est en faite un prof de math, ce qui en fait un être démoniaque je vous l’accorde… j’en étais où… ah oui, arrêter ça d’accord ? Vous avez d’autres choses à faire pour un samedi soir non ? Mais le pire, c’est quand le Christ descend me voir, il vient avec un masque pété de bouc, comme le tiens, et il se fout de ma gueule avec ses apôtres. Tout les samedi, c’est la même chose ! Je peux même plus regarder les célébrités se mettre des baffes dans la gueule tranquille derrière ma télé. Maintenant, arrêtez. Et sans rancunes surtout. »

La masse ténébreuse disparaît.

Les disciples regardent le maître de cérémonie avec effarement.

« – Bon… je vais vous avouer que je me sens un peu con…

  • En même temps… Se faire rembarrer par le Diable en personne, compréhensible…
  • Du coup, la semaine prochaine ?
  • Bah je crois qu’on va arrêter là hein, on a nos réponses… on n’aura qu’à se faire un resto ?
  • Oui. Mais tu payes ! »

Les ampoules s’allument. La pièce est ornée d’idoles et de symboles sataniques.

« – N’empêche que ça craint d’avoir dépensé autant d’argent pour se faire rembarrer par le Prince des Ténèbres.

  • C’est le Karma, après tout, t’es prof de maths ! »

Tous rigolent et prennent l’escalier pour remonter au rez-de-chaussée de la maison de l’ancien maître de cérémonie.

« – Évidemment, on garde ça pour nous !

  • Je crois que si l’un de nous parle de ce qu’il s’est passé, il finira par adorer L’Étoile-Du-Matin en camisole dans une chambre capitonnée ! »

Les invités du maître déchu rentrent chez eux. Le professeur s’assoit à son bureau, sort les copies du dernier contrôle de math de ses élèves, décapuchonne son stylo rouge et après un long soupire de désespoir, commence la correction des devoirs.

Jaskiers

Un coma et puis…

Fiction

Je suis réveillé depuis plus de 24 heures, d’un coma, apparemment.

Personne, seulement le personnel de l’hôpital était à mon chevet à mon réveil.

Le médecin m’a demandé si je me souvenais de ce qu’il s’était passé. Je n’ai aucune idée de comment je suis arrivé ici, pourquoi je suis sortie d’un coma et surtout comment j’y suis entré.

Quand j’ai demandé pourquoi, comment je m’étais retrouvé ici, ils me répondaient qu’ils ne pouvaient rien me dire. La police devait venir me poser des questions.

Un accident de voiture ? Une agression ? Un accident quelconque ? Personne ne voulait me dire les raisons de mon putain de coma !

La police arriva quelques heures après mon réveil, j’étais fatigué, encore alité, je le suis encore d’ailleurs.

Les policiers sont arrivés, un, grand et gros, et une jeune femme, le gros était l’archétype du flic bourru. La jeune était très fluette, maigre comme un clou.

Même pas un bonjour, directement aux questions :

« – Bon, on va faire vite, vous rappelez vous de quelque chose ?

  • Avant le coma ?
  • Évidemment ! » Répondit le gros flic en roulant des yeux.

Il ouvrit promptement son carnet, appuya sur son stylo et le donna à la jeune femme flic.

« – Reb’, tu notes d’accord ?

  • Oui chef.
  • Oui, donc avant le coma, vous rappelez vous de ce qui s’est passé ? Ce qui vous a amené dans ce lit.
  • Je ne sais même pas combien de temps j’ai passé dans le coma ! Les médecins n’ont pas voulu trop m’en dire.
  • 2 mois, répondit la flic.
  • Reb’ ! Fermes-la ! C’est moi qui parle avec le suspect !
  • Suspect ? De quoi ?
  • Justement, vous rappelez-vous de quelque chose, un détail ?
  • Je ne sais rien… je sais même pas ce que je… écoutez, je me suis réveillé, je ne me souvenais que de mon nom et prénom, mon adresse et l’année. Le reste je ne me rappelle plus de rien monsieur l’agent…
  • Tu notes Reb’ tu notes.
  • Oui oui.
  • Ecoute-moi bien le comédien, dis-moi maintenant ce qui s’est passé, et tu auras beaucoup moins de problèmes.
  • Mais je vous dis que je ne me rappelle de rien !
  • Ça t’arrangerait !
  • Mais qu’est-ce qu’il s’est passé !
  • Dite-le-nous !
  • Mais puisque je vous dis que je n’ai aucune putain d’idée…
  • Restez poli !
  • Bien dis Reb’ mais occupes toi de noter.
  • Je me réveille d’un coma de 2 mois, aucun souvenir de ma vie d’avant à part le plus important. Mon adresse, prénom et nom. Le reste je ne me souviens de rien. Vous n’avez qu’à parler au médecin.
  • Justement, il nous a dit que les souvenirs allaient sûrement revenir, tout doucement. Mais je t’ai connu moi, enfin le toi d’avant. Tu étais un sacré connard !
  • Dite m’en plus…
  • Ce serait te faire un trop beau cadeau salopard !
  • Partez, je ne suis pas en état d’arrestation n’est-ce pas ?
  • Oh non, ce serait trop beau !
  • Laissez-moi, je n’ai rien à vous dire car je ne me rappelle de rien. Notez ça agent Reb’, suspect ne se souvient de rien.
  • Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous !
  • Exactement ! Petit salopard, tu sais quoi, c’est Dieu, dans sa miséricorde, qui t’a enlevé tout souvenir de ta vie d’avant.
  • J’ai… putain mais vous allez me dire ce qui s’est passé pour que je finisse ici.
  • Disons… certaines personnes parleraient de Karma.
  • Oui d’accord, j’ai bien compris mais qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Je vais respecter mon Seigneur qui, par la perte de mémoire, vous préserve d’être tourmenté par… votre ancien vous.
  • S’il vous plaît !
  • Ok Reb’, on y va !
  • Mais attendez… »

Les deux policiers partirent et je restais seul. Je m’endormis, aucun rêve.

Après des examens, IRM, scanner, les médecins confirmèrent que ma perte de mémoire pouvait se soigner facilement avec une thérapie et un traitement, et surtout beaucoup de repos.

Je ne veux plus me souvenir de ma vie d’avant.

Le gros flic a sûrement raison, si le destin a décidé cela, peut-être mieux vaut-il que je vive sans souvenirs.

Je me suis réveillé avec le journal sur la table de chevet ce matin. Je l’ai pris. Un encart était entouré au crayon fluo :

« Le principal témoin dans l’affaire des policiers « ripoux », Joseph A., victime d’un grave accident de voiture quelques jours avant sa déposition au tribunal, se serait réveillé hier, deux mois après son accident.
Des sources nous apprennent qu’il souffre d’amnésie temporaire.
Un sursis pour les « ripoux » ? Rien de plus sûr, car à en croire nos sources, la mémoire de Joseph A. pourrait revenir. Mais est-ce que sa déposition sera crédible aux yeux du jury ? Là encore, rien n’est sûr. »

Cette nuit j’ai entendu du bruit, comme quelqu’un faisant des allers-retours dans le couloir, devant ma porte. Je pensais que c’était un infirmier, quelqu’un de garde. Je pense maintenant que ce n’était pas un infirmier. « Ils » ne prendront pas le risque de laisser ce témoin gênant recouvrir la mémoire.

Et je ne peux pas m’enfuir et encore moins me défendre.

Jaskiers

Notifications

« Bonjour, comment vas ?! »

Arnold prends sont téléphone, son smartphone à vibré, un message pense-t-il.
Non, une note, écrite dans l’application bloc-notes.

« Surprise Arnold !

Qu’est ce qui se passe hein Arnold merde ! »

Arnold déverrouille son téléphone et tombe sur une interface totalement inconnue.

« Tu connais pas Arnold ? »

Les messages écrits sur l’application bloc-notes continuent de s’afficher, aucun moyen de répondre.

Arnold essaie d’éteindre son portable.

« Ça marche pas l’ami !

Il y a tellement de choses intéressantes sur ton téléphone ! »

Arnold ouvre l’application bloc-note. Tape sur le clavier numérique. Rien ne s’affiche.

« Hey Arnold, pas besoin de m’écrire, je peux t’entendre et te voir ! »

Arnold cache la caméra de son téléphone.

« Enlèves ta main ! »

Arnold ne l’enlève pas.

« Cadeaux ! »

Le téléphone émet un cri strident.

« Ça tape hein ?

N’essaie rien de fou. »

Arnold essaie d’éteindre son téléphone.

« Inutile l’ami. Si tu as la bonne idée d’essayer de casser ton téléphone je lâche tout ce que j’ai trouvé sur toi sur tes réseaux sociaux. »

Arnold reste coi.

« Tu te demandes qui je suis sûrement ? »

Arnold acquiesce.

« Tu crois vraiment que je vais te le dire ? »

Silence de Arnold.

« Bon, j’ai vu pas mal de chose qui pourrait rendre tes parents malades ! »

Avec determination, Arnold ouvre son téléphone et regarde la nouvelle interface. Tout n’est que charabia et code.

« Tu comprends quelque chose Arnold ? »

Le jeune homme murmure un « non » presque inaudible.

« Je te l’expliquerai bien mais honnêtement, cela prendrait beaucoup trop de temps. 

Tu dois te demander ce que je fiche ici ? »

Arnold acquiesce de la tête.

« Je pouvais entrer, je l’ai fais. Je n’ai rien contre toi particulièrement, je m’amuse, je m’occupe. »

Le jeune homme pose son téléphone sur l’écran, il ne peut plus lire les messages qui s’affichent.

La voix de l’IA du smartphone retentit :

« Ah ! Pauvre Arnold ! Décidément, la technologie ! Que ferait-on sans ! Et qu’est-ce que nous pouvons faire avec ! Moi je hack, et toi hey bien… on le sait tout les deux maintenant.

Tellement de secrets dans un si petit appareil. Nos parents avaient peut-être des boites à chaussures sous le lit ou d’autres planques, regardes-nous, la technologie, cette révolution qu’est internet ! Maintenant, ces secrets ne sont même plus matériels ! Perchés dans le cloud ! Et à la merci d’entreprises véreuses ou de personnes comme moi, qui touchent leur bille en informatique comme on dit ! Tu est toujours là Arnold ? »

Silence.

« Arnold si tu ne répond pas, je pourrais envoyer quelques photos compromettantes sur le groupe d’échange de mail collectif de ton lycée… »

Oui, je suis là, dit Arnold.

« Bon, je vais pas te torturer plus longtemps. La plupart des hackers ne sont pas des viles personnes, je voulais juste te montrer à quel point on peut être vulnérable avec tout objet connecté. Protèges ton téléphone dorénavant d’accord ? »

Silence

« Arnold ? »

Oui.

« Tu as compris ce que je viens de te dire ? »

Oui.

« Protèges toi ! Enfin ton téléphone je veux dire. Et puis aussi… enfin je vais pas te faire de dessin tu comprends ? »

Oui.

« Relaxe, je vais partir, je n’ai rien garder de tes secrets, je ne suis pas un monstre. Fais attention. Toujours. »

D’accord.

Le portable vibre.

Arnold le retourne, ouvre son téléphone. Tout a été remis comme avant.

Jaskiers

Le dessinateur et ses sujets.

Fiction (2 700 mots)

Assis au café des Reflets, le carnet de dessin sur sa table, une tasse de café dans les mains, Édouard ne donnait pas l’air de travailler. C’était là le secret de son succès.

Il y venait avec son carnet à croquis et dessinait les gens, qu’importent qui ils étaient, d’où ils venaient, ce qu’ils portaient.

Le bar était situé au cœur de la capitale, le dessinateur n’était donc jamais à court de sujet, toujours il y avait cette personne qui l’inspirait. De part l’apparence, la démarche, la voix, il trouvait toujours un sujet à croquer. Il apposait à côté de ses dessins quelques mots, quelques adjectifs qui ne pouvaient pas être transfigurés sur le dessin, du moins, pas immédiatement, c’était à son studio qu’il travaillerait à faire transparaître la personnalité de ses sujets. C’était traduire en dessin un caractère, une attitude, une mentalité, une personnalité.

Les serveurs avaient pour habitudes de ne pas le servir quand il dessinait. En pleins travail, dans une sorte de transe silencieuse, il ne répondrait pas à leur question. Ils savaient que c’était un artiste, il avait gagné en notoriété dans son milieu, mais très peu de personne le reconnaissait dans la rue. Peu de gens connaissent le visage d’un dessinateur, surtout quand il refuse la publicité. Son travail à lui, c’était dessiner, pas de faire le VRP de sa petite personne dans le monde hypocrite et faux du show-business.

Il commandait toujours la même chose, café très sucré avec un verre d’eau. Puis il partait s’assoir en terrasse, fumait une cigarette, buvait quelques gorgées de sa tasse puis prenait son carnet de croquis et son crayon de papier, le posait sur ses genoux et observait de manière innocente les passants et touristes.

Quand il repérait son sujet, il griffonnait en lui jetant des regards rapides, le crayon toujours posé sur la feuille, à croire qu’il pouvait dessiner en ne regardant que sa muse du moment, sans vérifier ses traits sur le carnet.

Pour lui, chaque personne qui passait avait une histoire qui se reflétait dans leur apparence. Une histoire qu’il créait de toute pièce au seul jugement de son regard, il ne parlait jamais avec ses sujets, tout était question d’instinct, d’inspiration.

Parfois, en finissant une planche dans son studio, il se demandait si un de ses lecteurs se reconnaîtrait, ou si il était déjà arrivé qu’une personne ouvrit l’une de ses bandes-dessinées ou visita un musée, où ses portraits étaient exposés, et s’était reconnu.

Était-il dans le vrai ? Avait-il deviné le caractère de ses sujets juste en l’observant déambuler le temps d’une minute ou deux ?

Cette exercice, il l’avait fais des milliers de fois, avec des proches, des amis, des petites amies, conquêtes d’un soir ou tentative de relation durable.

Il était convaincu qu’il y avait une relation entre le corps et l’esprit. Le corps faisant ressortir les caractéristiques de l’esprit. Dans les rides, sur le visage, dans leur manière de se mouvoir, de parler, dans le regard, les sourires ou les mous.

Jamais, depuis les 2 années qu’il venait dans se bar régulièrement, il ne repartait sans avoir griffonné un personnage. Parfois même, les histoires venaient d’elles-mêmes. Les gens ne se rendent pas compte de la manière dont leur vécus peut transpirer à travers leur être.

C’était une source d’inspiration intarissable que ce bar. Jusqu’aux jour où le virus arrêta net les habitudes d’Edouard. Plus de bar, pire, les masques cachaient les visages de ses sujets.

Il ne dessina plus et étant resté confiné avec ses sujets croqués sur le papier, il devint ce que les gens appellent « un fou ».

C’était le prix à payer de son art, une fois la source d’inspiration tarie ou disparue, l’artiste se doit d’évoluer et de trouver d’autres moyens. Et si il n’y en avait pas d’autres, il restait coincé dans le passé, au jour où tout basculât. Accusant le coup. Puis se rassurant en regardant ses anciens travaux, il décida de les retravailler, d’en extirper tout ce qu’il pouvait, de faire ressortir chaque pore, chaque fibre. Le temps qu’il passait seul, il le passait dans son univers, et l’obsession de justesse, de vérité l’amena vers des chemins dangereux, là où l’esprit sain se perd.

Rien de plus normal, donc, de devenir fou. Mais le cas d’Edouard est beaucoup plus grave.

En pleine journée, il attira un couple de touriste anglais coincé en France dans son atelier. Leur promettant de les loger gratuitement. En effet, il les logea gratuitement, nous, nous appelons ça un kidnapping.

Edouard avait tout prévu, une cage rectangulaire, en métal leur servait de chambre. L’artiste l’avait construite spécialement pour son projet. Avoir des sujets 24h sur 24 et 7 jours sur 7.

Aucune intimité, les toilette étaient dans un angle, le lit dans un autre, un table en plastique avec ses chaises au milieu.

Le dessinateur s’installait où bon lui semblait, choisissait soigneusement où il posait son matériel de dessin et travaillait. Le couple demandait de l’aide, pitié, éclatait de colère contre Edouard ou entre eux, se rejetant la faute à l’un ou à l’autre, frappait les barreaux en métal, cassait les chaise pour en envoyer des morceaux à leur bourreau, pleurait, se lamentait, restait allongé, sans rien faire.

C’était du pain béni pour leur tortionnaire, il avait un couple dont les humeurs et comportements lui permettaient de dessiner l’Homme dans tout ses états. Sachant qu’il avait tout son temps et que l’occasion d’avoir de tel modèles à sa merci ne se renouvellerait pas de si tôt, il dessinait avec une extrême précision les traits de leurs visages, leurs muscles, leurs peaux. Profusion de mouvements, les membres, les tendons, torsions, pronations, supinations.

Ses prisonniers lui donnaient aussi l’opportunité qu’il n’avait jamais eu auparavant, celle d’étudier des êtres humains dans une détresse extrême. C’était une aubaine.

Quand il voulait des réactions spécifiques, Édouard n’hésitait pas à les priver de nourritures où à les empêcher de dormir. Toutes leurs réactions finissaient en croquis sur ses carnets, annotés de ses remarques.

Le couple réalisa après quelques jours que l’artiste semblait les garder captifs pour étudier leurs comportements. Ils essayèrent de l’amadouer, lui demandant de leur laisser la liberté, et qu’en échange ils poseraient pour lui, autant qu’il le désirerait. Mais Édouard ne se laissa pas berner, d’ailleurs il ne leur parlait presque pas.

Ils changèrent de stratégie, celle de ne plus rien faire, ni bouger, ni parler, ni se nourrir.

Pour le dessinateur, ce comportement était encore une fois l’opportunité de voir une facette de l’être humain et de son comportement dans une situation d’extrême détresse. Ce fut une bénédiction.

Même quand il vit ses sujets dépérirent. De la détresse, le dessinateur allait étudier la mort. Le lent déclin du psyché et du corps. Les multiples changements, la réaction d’un être humain devant la mort d’un être aimé. La folie, le suicide. Edouard jubilait quand arriva ce moment où le couple décida de mourir. C’était une fresque du côté obscur de l’âme humaine qui se présentait à lui.

Son crayon virevoltait sur le papier, il dessinait leur lente agonie, crayonnant la mort, qui jamais n’aurait pu se présenter comme sujet à lui dans une situation normale.

Le début du jeun forcé n’était pas très intéressant mais l’artiste trouvait des détails, des soupirs, des larmes, des visages et des corps résignés, des mots violents.

Puis, ce fut le moment de latence, entre la conscience encore vive et celle de leur privation de nourriture les esprits et les corps réagissaient curieusement. Le couple jubilait, des sourires, des paroles, ils firent même l’amour devant lui. L’extase pour l’artiste. Deux corps en mouvements, s’offrant à l’un et à l’autre. L’amour, même dans des situations difficiles trouvait un chemin.

Puis se fut le déclin, morale, psychique d’abord et physique ensuite.

La faim et la soif les poussaient au délire, à la violence. Edouard avait compris ce qu’ils faisaient ; mourir. Ne surtout pas perdre mes sujets pensait-il. Il les tenta en leur offrant des repas succulents, fumant. Il mangeait et buvait devant eux. Le couple céda et mangea.

Encore une victoire pour l’artiste, qui dessina l’être humain et ses réflexes de survie. La tentation, la manipulation, des histoires lui venaient en tête grâce à leurs faiblesses naturelles.

Ils recommencèrent à demander pitié. Le dessinateur ne leur parlait jamais, c’était son credo, ne pas les influencer, deux humains libres de toutes influences extérieures.

Il dessina la pitié, la sienne car malgré tout il restait lui aussi un humain, il devint sujet pour quelque temps, dessinant et annotant ses propres réactions et sentiments.

Puis ce fut encore une fois la rébellion, le refus de manger. Allongés sur leur lit, ils n’y bougèrent plus. Ne parlèrent, ne mangèrent plus, firent leurs besoins dans les draps.

Le dessinateur, après deux jours de ce comportement se décida à leur parler. Passée la surprise d’entendre leur bourreau parler pour la première fois, ils se concertèrent, en chuchotant et restèrent dans le lit à attendre la mort.

Mais l’artiste trouva encore de matière à être inspiré, dessinant le suicide, la détermination à mettre fin à leur vie.

L’artiste décida de ressortir la méthode de la tentation, leur offrant des mets succulent, du fast-food. Il mangeait devant eux, buvait devant eux. Quand il observa que cela ne marchait pas, il mit à exécution une torture qu’il n’avait pas pratiqué jusqu’ici, les empêcher de se réfugier dans le sommeil.

Il mit de la musique, au début, il changeait de chanson. La folie les guettaient encore, ils se disputaient. La femme voulait manger, survivre car un jour ou l’autre, ils sortiraient. L’homme faisait son possible pour lui faire comprendre que leur tortionnaire ne s’arrêterait pas, que leur mort lui servirait d’inspiration. Le manque de sommeil ajouté aux supplices de la faim et de la soif les poussa encore une fois à craquer.

Edouard s’en réjouissait, mais ses sujets commençaient à l’ennuyer. Il décida de continuer à les influencer en passant toujours la même musique, une vielle balade française. Au début il nota que le couple n’était pas très affecté mais passé une journée et une nuit, ils demandèrent à ce que la musique s’arrête. Il ne fit rien, dessinant leur désespoir.

Les tourtereaux entamèrent une nouvelle stratégie. Il y avait bien longtemps qu’ils avaient compris ce que voulait le dessinateur, faire d’eux ses modèles, cobayes, pour ses « desseins » artistiques.

Le mari décida de se couvrir le corps avec les couvertures, de manière à ce que le dessinateur ne puisse plus les dessiner. Edouard trouva évidement ressources à tirer de ce comportement. Mais le couple continuait à se cacher le visage.

La marche à suivre pour le dessinateur était toute trouvée ; monter le son de la musique, les priver de nourriture et de boisson.

Les amoureux comprirent son manège mais durent se découvrir pour se nourrir.

L’artiste était exalté, il commença à mettre de la drogue dans leur nourriture. Du LSD.

Les délires commencèrent pour le couple. Des éclats de rires, des exclamations de peurs, ils hallucinaient et devenait une nouvelle fois de parfaits cobayes pour le dessinateur qui jouissait d’avoir deux êtres-humains à sa merci pour son travail.

Il expérimenta avec d’autres drogues, marijuana et cocaïne.

Les deux drogues étants aux antipodes l’une de l’autre, le comportement du couple était erratique. Puis, Édouard décida de les rendre dépendant. Les endormants avec des somnifères toujours cachés dans leur nourriture, il décida de leur injecter de l’héroïne.

Ils se réveillèrent, se posant des questions, perdus. Il leur balança des seringues et du black tharp, une héroïne puissante.

Il sembla que d’instinct, ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Peut-être n’était-ce pas la première fois que les amoureux se droguaient. Arrachant leurs guenilles pour en faire des garrots, utilisant des cuillers et un briquet, ils s’injectèrent le smack.

Bientôt, ils semblaient heureux, n’avaient plus besoin de manger. Ne se plaignait plus tant qu’ils avaient leur dose.

L’artiste dessina leurs corps qui se dégradaient, leurs peaux changeant de couleurs et même de textures. Leur comportement était devenu docile, ils passaient la plupart de leurs temps allongés après leur shoot. Parfois, ils faisaient l’amour, où ce qui semblait être l’acte car leurs corps ne semblaient plus capables de grand chose.

L’addiction était devenue un objet d’étude importante. Et Edouard passait des heures à les dessiner, à les écouter. Ils ne parlaient que de leur prochaine dose, rien d’autre.

Après deux semaines de shoot intensif, l’artiste passa à une autre étape, réduire les doses. Les amoureux découvrir immédiatement, juste à la vue et au poids de la substance, que quelque gramme manquaient. Mais le shoot qu’ils se faisaient les calmer. Puis il ne leur donna qu’une seule dose pour deux. Les disputes commencèrent. C’était violent, passés les mots et insultes, les bagarres éclatèrent très rapidement. C’était à celui qui était le plus fort que revenait l’unique dose. La plupart du temps, l’homme l’emportait sur la femme mais l’inverse arrivait aussi. Les disputes faisaient couler le sang.

Quand l’un avait mis l’autre hors d’état de nuire, il se shootait sous les yeux implorant et avides du perdant. Le supplice de Tantale. C’était là encore un sujet rêvé, les yeux de ses victimes exorbités, l’un d’envie, l’autre de réconfort et d’extase.

Le dessinateur passa à la moitié d’une dose. Les amants maintenant se battaient, griffé le sol avec leurs ongles, ils étaient en manque, la petite dose n’était pas suffisante. Ils implorèrent l’artiste qui décida de les torturer en les narguants. Il prenait le black tharp, le leur tendait puis ramener la substance à lui. Ils déclamèrent des paroles de pitié, des appelles à sa générosité. Puis se fut les propositions innombrables d’échange de relations sexuelles et même d’organes pour une simple dose.

Il réalisa que le couple était à bout, c’était la fin. Car Edouard n’avait plus de drogue, dehors, tout était confiné et les dealers ne couraient plus les rues. Et qu’importe, il avait assez de matériel pour des années.

Il regarda le couple en manque, trembler, transpirer, vomir leur bile. Ils trouvait le moyen, la force de se battre, accusant l’un et l’autre, pensant aussi qu’en punissant l’autre, leur bourreau leur donnerait ce qu’ils voulaient. Mais c’était fini. Soit il se désintoxiquaient seuls, soit il mourraient. Édouard engrangeait encore des matériaux, l’agoni de l’être humain. Il le savait, c’était ses dernières études car il n’avait plus que la mort à étudier.

Il arrêta aussi des les nourrir. Ils tombèrent dans un état catatonique après les crises de manques. Leurs corps n’étaient plus que squelettes.

Il vit leur dernier souffle, qui étaient un râle roque. Leurs dernières paroles, des hallucinations. Plus rien, ils n’étaient plus rien, leur dernier souffle se fit doucement. L’homme mourut avant la femme. La femme resta encore vivante deux jours après la mort de son mari.

L’artiste dessina l’agonie du corps et les derniers sursauts de leurs esprits. Ces deux sujets ayant rendus l’âme, il dessina leurs cadavres. Il décida de garder les corps pour voir leur décompositions. Les corps n’était déjà plus rien, l’odeur devint insupportable. Il dessina ce qu’il put. Puis, il prit le risque de sortir avec sa voiture avec les deux cadavres enroulés dans un vieux tapis. Il s’arrêta au bord de la Seine, dans un endroit calme. Il lesta le tapis de pierre, le ferma comme il put avec des cordes, puis y mît le feu.

L’odeur intolérable et la fumée allaient le faire repérer, mais s’armant de patience et de sang froid, il laissa les flammes consumer le tapis aussi longtemps qu’il le pensait utile puis, ramassant ce qu’il resta après avoir étouffé les flammes avec un extincteur et du sable, il ramassa les restes qui n’étaient qu’une matière noirâtre et compacte. Il balança tout cela dans la Seine. Restant encore quelque instant pour voir si les débris allaient remonter, il sortit vite son carnet de croquis pour immortaliser l’endroit où il se sépara du couple pour toujours.

Il rentra chez lui et dessina ses histoires. Le confinement étant levé, il donna son travail à son éditeur qui était extatique quant à la qualité de sa nouvelle œuvre.

Il garda encore de la matière pour plus tard. Ce contentant de la bonne sommes d’argent tiré de son album qui devint un best-seller. Il resta toujours discret, refusant toute promotion, ce qui accroissait sa popularité et les ventes de ses œuvres.

Puis, le bar rouvrit ses portes et le dessinateur reprit ses anciennes habitudes.

Il était heureux d’avoir pu passer cette époque difficile, heureux d’être resté au meilleur de sa créativité et dessina.

On dit qu’il dessine encore, peut-être ferez vous un jour parti de son œuvre sans le savoir.

Jaskiers

J’accélère

J’accélère. Jamais je n’ai roulée si vite. Je ne ralentie pas, l’environnement n’est plus qu’un immense flou multicolore.

Pied au plancher, j’allume une cigarette. La vitesse et le cancer, plus rien ne m’importe que de rouler. Où ? On verra demain, si j’ai la chance de voir se lever un nouveau soleil.

Je sens la voiture quitter l’asphalte, le temps de quelques millisecondes. Qu’à cela ne tienne, mieux vaut une mort rapide que la vieillesse, refuge des optimistes. Je pourrai accélérer encore plus. Ces routes californiennes déploies leurs miles sur de longues lignes droites. Parfois la mer m’accompagne. Je roule direction le nord, à ce rythme, j’aurai Seattle demain mais avoir un objectif, c’est pour les naïfs. Demain, demain c’est trop loin.

La liberté dans la vitesse. Dans un cercueil d’acier qui avance grâce à de explosions, oui des explosions, nous roulons tous dans un corbillard, nos siège notre bière, la tôle froissée, comme créée des mains d’un Ephaïstos aviné, est notre cercueil.

Promis demain j’accélère encore plus !

Qui de nous deux méritait le plus de vivre ? Qui vit le plus longtemps vit sur le dos des autres, regardes moi, tu n’est plus, j’ai pris ta voiture. Ma seule hantise sera de m’arrêter, je ne pense déjà plus à toi et à ce que je t’ai fais. On récolte ce que l’on sème, cliché pourtant vrai quand on voit comment tu as finis. Est-ce que mourir de la main d’un autre c’est mourir seul ? Qu’importe que l’on meurt en société, moi je voudrais me voir partir, succomber doucement aux ténèbres éternelles, faire la comparaison : vie et trépas, quel sort envier ? Vivre vieux ou mourir jeune ? Si nous vivons plus longtemps dans la mort, je choisis de mourir jeune, je serai déjà plus habitué, pas de temps à perdre, l’éternité nous attends, vivre est une parenthèse loin d’être enchantée. Nous sommes ici pour être punit, j’en suis sûr. Qui peut se targuer d’avoir une vie de bonheur sans une once de malheur ? Voyez, l’éternité n’offre rien que du temps à profusion, la vie n’offre rien qu’une torture perpétuelle ou dés la naissance notre corps est voué à ne plus être, chaque seconde nous dévore. Nous pensons construire un futur, quelque chose qui nous restera après notre passage dans les ténèbres éternels, égoïste ! Rien ne nous ressemble totalement car rien n’est sous notre contrôle total. Peut-être que tout est écrit, prévue, peut-être que notre vie n’est que recommencement. Peut-être que je t’ai tué pour la centaine de milliards de fois, que vous lirez ces mots pour la centaine de milliards de fois. Quand tout recommence ? Quand l’humain s’éteindra, naissance c’est destruction, mort c’est libération.

Je confesse j’en oublie, je longe les côtes, l’océan sur ma gauche, l’humain sur ma droite, le vent droit devant moi, la justice derrière.

Loi humaine, il suffit d’un faux pas pour être endetté par la société, cruelle, mais c’est la loi des Hommes. Plus que d’argent, notre amende est de temps, trop précieux. Temps et liberté, si vous avez ces deux choses, vous êtes chanceux. J’ai eu les deux.

Que le moteur gronde ! À l’arrêt il ronronnait mais maintenant à pleine puissance il rugit. Puissance, la puissance c’est le pouvoir. Et qui a le pouvoir possède tout. Qui a dit cela… ah oui Tony Montana dans Scarface. Oliver Stone est-il un philosophe ?

Ce vent qui fouette mon visage, légèrement frais, j’ai détachée mes cheveux, ils batifolent maintenant, libres eux aussi mais toujours attachés à leurs racines. Comme l’être humain moderne. Qui se dit libre mais reste où il est. Il regrettera sur son lit de mort, mais qui ne mourra pas sans regret ?

Le sel sur mes lèvres. Il me disait qu’elles étaient sucrées, voici maintenant qu’elles sont salées. Les tiennes étaient sans goût. Rien chez toi n’était atypique. Toute ta vie semblait avoir été réglée, chaque situations prévues, parfois au mot près ! Il y a une chose que tu ne pouvais pas contrôler, l’amour. Tu le savais, t’es parents aussi, je n’étais pas femme à marier, je n’étais pas pour toi. La survie du plus fort existe encore, l’exercice a juste pris des nuances différentes. Encore la loi des Hommes, ou des hommes en ce qui nous concerne, nous créatures émettrices d’œstrogènes.

Est-ce que je regrette ? Regret, regret, regret et puis on ne vit plus !

Quand j’ai brandie le calibre, mon bon vieux Smith & Wesson, les regrets, ils y a bien longtemps que je les aies mis de côté.

C’est fou, ils peuvent avoir tout l’argent du monde, quand un calibre les braques, ils sont prêts à tout te donner, avec femmes et enfants si ils en ont.

Je ne t’ai rien réclamé. Tu as jouer, j’ai gagné. Ton gain, tu le ramasses dans ce petit morceau de métal dans ton cerveau.

Mon gain ? Quelques centaines de milliers de dollars, un bon cabriolet avec une lionne en guise de moteur, et les moyens d’arriver à bon port pour la prochaine chasse.

Des amies ? Lesquelles ? Ce n’est que perte de temps pour les gens comme moi. Je me sers, comme dans un restaurant, je picore. Je prends ceux qui m’intéressent. Intérêt, c’est tous ce que vous êtes pour moi. Ne soyez pas hypocrite, vous êtes pareils. Une fois qu’une personne ne peut plus rien nous apporter, nous la laissons sur le côté de la route. Tout n’est que question d’opportunisme. C’est le fonctionnement des relations humaines. Des miennes en tous cas. Je ne ressens aucune peine ni pitié. La culpabilité, c’est pour ceux qui ont le temps de s’apitoyer sur leur sort. Je n’ai jamais compris ces faiblesses humaines, si vous regrettez tant, tuer-vous et laissez la place à nous, les loups et louves. Tous, solitaires mais vivants, regardez nous. Nous sommes les maîtres du monde. Les puissants : chefs d’entreprises, politiques, artistes et j’en passe. C’est nous qui dirigeons le monde, nous qui vous dictons quoi penser, ce qui est bien ou mal, normal ou pas, moral ou amoral. On ne dirige pas avec des valeurs mais avec des décisions. Et ceux qui tranchent dans le vifs sont ceux qui ont le plus de pouvoir. Un jour peut-être vous comprendrez.

C’est incroyable, j’ôte une vie et je roule, libre comme l’air. C’est tellement simple ! Rien à voir avec vos séries télévisées, vos livres, vos films. Ces choses sont faites pour vous garder docile. Nous, les loups et louves, n’avons pas le temps pour ces inepties. Nous prétendons nous intéresser à vos centres d’intérêts mais c’est pour mieux vous cerner mes enfants !

Je roule, j’ai des milliers dans le coffre et pilote un engin qui en coûte autant. Aucune dette. Libre.

Libre, vous devriez essayer. Je croise vos regards, vous m’enviez. Je serai pareil à votre place. Ça se lit dans vos yeux « Les yeux Manny, ils ne mentent jamais », Al Pacino dans Scarface.

Vous avez sûrement oublié d’oser. On ose plus, on s’écrase, on laisse sa place et on vit notre vie par procuration, on regarde des émissions de télé-réalité et des talk-shows pour oublier notre médiocrité. Pardon, pas « notre » médiocrité mais la vôtre !

Travailler pour votre patron qui lui vous dirige depuis son yatch. Après tout, vous êtes à votre place, lui a osé et prit des risques, vous non.

Je suis différent de ceux là aussi. Moi je prends, je prends des vies et leurs fortunes pour disparaître. Sociopathe ? Psychopathe ? Quelle beaux mots ! Vous perdrez trop de temps à vouloir toujours mettre les gens dans des cases. Vous réfléchissez trop ! Il y a les chassés et les chasseurs, ceux qui dégustent et ceux qui mangent les miettes. Prenez place à la table, appuyez-vous sur un malheureux. Dans toute crise, ceux qui n’ont rien paient car ceux qui ont tout les forcent à payer et s’enrichissent. Tout est prévu pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Statu Quo !

Ceci étant dit, j’accélère. J’ai d’autres hommes à croquer, à escroquer et à tuer. Voyez-vous la liberté à un prix, voici le prix de la mienne, celle d’une vie.

La mienne arrivera à son terme, la cabane ce n’est pas pour moi, je ne me ferai pas prendre par les cow-boys, je ne resterai jamais enfermée. La mort, c’est ça la vraie libération, s’évader par une porte dont on ne peut plus revenir, et surtout, personne ne peut venir vous y chercher.

Rappelez-vous, le monde n’est pas à vous, mais à moi et aux loups. Vous êtes le gibier, payer vos impôts et enrichissez votre patron ! Toute dérogation à cette règle vous mènera dans de terribles soucis. Vous auriez dû être comme moi, visionnaire, égoïste, manipulatrice, tueuse, profiter de chaque faille dans l’armure humaine ! L’adage dit qu’il n’est jamais trop tard mais si, trop tard, vous êtes un moucheron dans la toile d’une araignée qui vous déguste lentement, vous laissant de la force pour vous nourrir, grossir et vous faire dévorer, guérir et rebelote, comme Prométhée. Qu’avez à gagner Prométhée à donner le feu à l’Homme ? Rien ! Tous ce que vous auriez dû faire, vous auriez dû le faire pour vous et vous seul ! Et quand ça coinçait, rien de tel qu’un bon calibre qui crache ce pruneau de mort.

Nous sommes plus présent nous, les sauvages, que vous pouvez le penser. Nous sommes vos voisins, compagnons, amis, femmes, maris, sœurs, frères et même enfants. Tous, nous nous reconnaissons et ne marchons pas sur nos plates bandes. Cela nous prendrait beaucoup trop de ressource pour rien.

Je quitte la Californie à l’instant, la prochaine ville, ma prochaine victime et mon butin. N’oubliez pas, les regrets, gardez les pour votre lit de mort. Et si c’est moi qui vous y allonge, merci de m’avoir laissée vous plumer.

The World (could have been) Yours.

Jaskiers