La loterie nucléaire – Chapitre 4

Les nerfs souffraient dans les deux pays. L’alcoolisme gagnait les populations. Si ce n’était pas l’alcool, on se faisait prescrire des anxiolytiques, des antidépresseurs et le tour était joué. L’abrutissement psychique semblait un des remèdes les plus efficaces pour les civils pour supporter la guerre moderne.

L’ingénieur alcoolique savait qu’il partait pour travailler sur un chantier militaire. La lettre ne le précisait pas mais les conditions évoquées ne lui laissent guère de doute, la clause de non-disclosure et le « chantier » situé dans la zone ouest.

« – Qu’importe ce qu’ils veulent de moi, je ne ferai pas mon boulot, du moins, par correctement. Je vais salement saboter l’ouvrage, tirer au flanc, rien à foutre de leurs sbires, on sait comment tout cela va terminer… »

Mais cette affirmation, Thomas la regrettait d’emblée. Non, personne ne savait exactement comment cela finirait. Enfin si, ceux en costard cravate. Eux savaient, eux avaient planifié. Il n’était même pas étonnant que les deux côtés furent en fait de très bon amis derrière le théâtre de guerre. Il n’y avait peut-être même pas de côté, ils s’enrichissaient à souhait, sans vergogne ni regret, tout en étant portés aux nues par leur peuple respectif.

« – Et puis, si je crève dans ce train, personne ne me regrettera. »

En effet, Thomas n’avait pas de femme, ni de mari. Pas peine d’avoir essayé pourtant mais l’alcool faisant son effet, il évitait de trop creuser sur ce côté de sa vie. Un échec.

Pas d’enfant non plus. Grand Dieux ! Qui oserait mettre au monde un enfant dans ces conditions ?

Qui ? Beaucoup en fait. De n’importe quel branche de métier, de situations diverses et variées, d’âges également. On trouvait toujours à mettre au monde un enfant même si les conditions de vie étaient exécrables. Peut-être était-ce dû à l’instinct. Perpétuer l’existence (et la subsistance mais Thomas arrête sa pensée là) de la race humaine.

Au sommet de la chaîne alimentaire, au summum de la connerie vivante. Numéro un pour s’entretuer et entraîner les autres espèces dans leur chute. En fait, même sur une planète aux conditions de vie incroyables, réunissant tout ce qui était primordial (et plus ? Trop peut-être ?) pour la vie, l’Homme semblait exceller à entraîner cette immense sphère dans sa chute. Parce que l’être humain a un ego. S’il échoue, tout le monde doit échouer, c’est comme ça. La loi du plus fort. Ou du plus idiot, du plus égocentrique, voir tout ça à la fois.

Le train de Thomas arrivait en gare. L’ingénieur prenait souvent son temps avant d’entrer dans le train, pendant que des passagers descendaient que d’autres montaient, il attendait presque le moment du départ pour admirer la machine qui allait le transporter à une vitesse impressionnante. Le génie humain, quand il est dirigé pour le bien de tous, est une bonne chose. Enfin, tout est relatif…

« – Tout n’est pas à jeter chez l’être humain, il faut chercher, mais on trouve parfois les bons côtés de notre espèce, les bonnes personnes. »

Thomas pensait tout haut, il avait cette habitude depuis tout gamin de laisser s’exprimer sa pensée à haute voix. C’était pour cela que les passagers le regardaient curieusement, le temps d’un instant. Certains s’arrêtaient parfois parce qu’ils pensaient qu’il leur parlait directement. Mais souvent, ils accéléraient le pas quand ils sentaient l’alcool émanent des pores de la peau de l’ingénieur, quand ils voyaient sa démarche titubante. Comme si être saoul était contagieux, comme si, jamais de leur vie ils n’avaient vu quelqu’un alcoolisé. Certains semblaient presque outrés, mais l’ingénieur se fichait du regard des autres depuis longtemps.

Il monta dans le train.

Sabine vit arriver le sien, et elle se demandait si elle devait annoncer la grande nouvelle à son mari.

Non, pas tout de suite. Ce n’est pas le genre d’annonce que l’on fait à la veille d’un enterrement. Quoique…

Benjamin ne desserrait pas la mâchoire, elle était crispée. Son mari était tendu. Quel serait sa réaction ? Quand serait le bon moment pour l’annoncer ?

Jaskiers

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La loterie atomique – Chapitre 3

Les chaînes d’informations, avec leurs présentateurs vedettes, qui ressemblaient à des mannequins de publicité pour shampoing hors de prix, récitaient leur texte, les mêmes pour chacun à peu de mots prêts, fournis par le gouvernement, n’existaient que pour faire peur à la population, tout en les rassurants. Étrange dichotomie.

« – Tout va bien, on reçoit quelques bombes sur la gueule ? Et bien nous leur en envoyons le double ! L’ennemi cri famine ! L’adversaire demande pitié ! Ces salauds ont demandé des pourparlers de paix ! Ils faiblissent de minutes en minutes ! Leur air est irrespirable (peut-être faudrait-il leur dire que ‘l’air’ ne connaît pas les frontières, à moins que ce soit le même nuage toxique que Tchernobyl, lui, il avait le respect des frontières !) Nous sommes les meilleurs ! Nos soldats sont tous surentraînés et l’armée possède encore beaucoup d’armes secrètes qui pourraient mettre un terme définitif à ce conflit ! (Pourquoi ne l’utilisent-ils pas ? C’est sûrement secret ça aussi.) Nos dirigeants ont toujours un temps d’avance sur l’ennemi trop idiot ! Notre économie n’a jamais été si florissante ! L’ennemi n’a même plus de maison où aller se réfugier, ils mangent par terre, sucent des cailloux ! Sur le champ de bataille (il n’y en a pas, rappelez-vous), l’adversaire tremble et s’enfuit face à nos braves ! Le monde entier nous soutient, beaucoup nous admirent, nous demandent le secret de nos incroyables succès guerrier ! Voyez comme nous sommes grands, voyez comme ils sont petits ! Portez vos masques ! Réfugiez-vous dans un abris à chaque alerte ! »

Et de l’autre côté de la frontière de l’Est, la télévision émettait les mêmes propos sur le pays de l’ingénieur.

Thomas aurait aimé dire au gens que ce n’est que purs mensonges. d’ouvrir les yeux. Mais à quoi bon ? Dans la vie, souvent, il ne fait pas bon de dire la Vérité. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Surtout que si l’on s’exprime trop ouvertement, le gouvernement à ses sbires, l’unité de protection de la population, ou plutôt l’unité « fermes ta gueule ou bien creuses ta tombe » comme aimait à l’appeler l’ingénieur.

Pour lui, ‘plus le mensonge est gros, plus il passe facilement’ n’était pas un poncif efficace. Thomas dirait plutôt que le mensonge devait être répété, encore et encore jusqu’à ce que les voix qui s’élèvent pour le démentir se fatiguent et abandonnent. Et des mensonges, matraqués tous les soirs à des millions de personnes rivés derrière leurs écrans de télévision, il y en a tous les jours et de toute sorte.

Peut-être qu’au final, boire est exactement ce que son gouvernement voulait qu’il fasse. Tellement plus facile d’endurer quand l’esprit est saoulé. Tellement plus malléable est le cerveau quand il est imbibé de poison. Mais les leaders du pays de Thomas, les mêmes que ceux de Benjamin et Sabine, ne s’inquiétaient pas des pessimistes, des nerveux, des érudits, des intellectuels ou des personnes qui comprenaient le manège qui se tramait derrière ce soit disant conflit.

Ils avaient leur machine à laver le cerveau et les agents pour détruire le corps si besoin.

Pour ces personnes clairvoyantes, ou plutôt avec un esprit critique et une intelligence légèrement supérieure à la moyenne, et à cette époque, il n’était pas difficile de l’être, la vie était un mauvais spectacle mis en scène par des régisseurs richissimes et joué par des acteurs invisible pour un public névrosé et aliéné à souhait.

Peut-être était-ce dû à la frustration, à voir les gens sourire, rigoler, s’aimer, se disputer, se chamailler, faire la fête. C’est peut-être ça la vraie raison de l’alcoolisme de l’ingénieur Thomas. Effet secondaire de l’ignorance : affecte l’entourage. Comme l’alcoolisme.

L’ingénieur faisait partie de ces gens qui réfléchissaient trop. Une mauvaise chose, une maladie psychique qui ne dit pas son nom où ne montre pas sa gravité. Donc Thomas buvait pour éteindre son cerveau, pour l’empoisonner pour devenir lui aussi, le temps que l’alcool se dissolve dans son sang, un ignorant.

Et puis, il était plus facile de prendre un train saoul. En tenant compte de la situation cependant : une fois dans le train en marche, si une bombe nucléaire décidait que c’est sur votre wagon qu’il décide de finir sa sale besogne, il n’y avait pas de fuite possible. Même en dehors d’un train cela dit. Non, en fait, Thomas buvait car à tout moment sa vie pouvait s’arrêter à cause d’un mini engin apocalyptique.

Jaskiers

La loterie nucléaire – Chapitre 2

Benjamin avait beau jouer le dur, faire mine de ne pas être inquiet, elle voyait dans ses traits l’inquiétude. Plus que les traits, l’attitude, les coups d’œil vifs vers le ciel d’un bleu azur vif, les crispations brèves des lèvres, les mains moites dévoilaient la tension nerveuse de son mari.

« – Benny, tout se passera bien, arrête de t’inquiéter.

  • Je peux pas m’en empêcher… désolé. Ça aurait été plus simple si j’avais pu t’accompagner.
  • Tu n’as jamais vu ma grand-mère et puis, ton boulot passe avant. C’est un peu rustre de la dire mais tu le sais, on ne peut pas se permettre un jour de congé tous les deux en même temps.
  • Oui, je sais. Mais c’est comme ça, tu serais sûrement pareil à ma place non ?
  • Oui, mais regarde, les risques sont minimes !
  • C’est toujours quand on s’y attend le moins que le malheur nous tombe sur la tronche.
  • J’ai marié un éternel pessimiste !
  • Et moi une éternelle optimiste !
  • Les opposés s’attirent… enfin je crois que c’est comme ça qu’on le dit.
  • Et un philosophe en plus !
  • Et une comique en plus ! »

Pendant ce temps-là, dans la même gare mais sur un autre quai, Thomas, ingénieur, célibataire et alcoolique invétéré attendait son train pour Bradpost. Une certaine mission de vérification des armements, ou quelque chose comme cela, il ne se rappelle plus vraiment ce que disait le courrier qu’il avait reçu du ministère de la guerre hier matin. Il avait ouvert l’enveloppe avec une gueule de bois terrible, qu’il atténua avec deux bons verres de whisky. Tout ce qu’il avait retenu, c’était qu’il était attendu à l’Ouest, dans une base arrière. Un militaire gradé l’attendrait sur le quai pour l’emmener au site en question.

Thomas n’était pas un militaire, juste un ingénieur civil dans l’aéronautique qui avait atteint doucement mais sûrement la cinquantaine. D’ailleurs, c’était peut-être pour cela qu’il buvait tant. Il regrettait cette jeunesse et cette vie passée trop vite, pourrie par la guerre mais remplie d’histoires de cuite et de soirées délirante dans la capitales. La même chose lui était arrivée à quarante ans. La fameuse crise de la quarantaine, celle qui vous fait regarder en arrière plutôt qu’en avant. Qui vous montre les choses que vous avez manqué et que vous avez raté. Le futur ? Dans le cas de Thomas, il le voyait sombre. Cette guerre stupide, dont tout le monde semblait avoir oublié la raison pour laquelle elle avait commencé, continuait, elle semblait sans fin.

La planète suffoquait, en temps de paix, elle était déjà très mal en point, mais, avec les retombées radioactives, il n’y avait maintenant plus de retour en arrière possible, aucune possibilité de minimiser les dégâts. Tout le monde suffoquait, la faune et la flore dépérissaient à un rythme terrifiant.

D’ailleurs, depuis quelques années, le gouvernement avait commencé à fournir gratuitement des masques à gaz à tous les citoyens. Aucune obligation de le porter, après tout, aux infos, on signalait que le pays de Thomas gagnait, c’est que les attaques ennemis étaient moins puissantes et moins destructives que celle de ses leaders. Mais Thomas avait beau avoir les idées embrouillées, il a compris là que c’était le début de la fin. Les masques à gaz pouvaient être fournis avec des petites bonbonnes d’oxygène. C’étaient aussi des masques à oxygen. Cela se passe de mot. Respirer l’air pur était devenu dangereux, mais tout le monde s’en fichaient. Si le gouvernement avait décrété que les masques et bonbonnes n’étaient pas obligatoires, c’était pour une raison, celle évoquée plus haut ; on gagnait.

Jaskiers

La loterie nucléaire – Chapitre 1

Benjamin, main dans la main avec sa femme sur le quai de la gare de Baptist ne peut s’empêcher de penser au danger, certes minimum mais bien présent, d’une catastrophe nucléaire.

Cette sensation n’est pas chose nouvelle, c’est la guerre et on se bat à coup de petites bombes nucléaires. Moins de dégâts que les grosses, mais balancées sur les civils autant que chez les militaires avec une précision insolente. Une guerre aussi psychologique que physique.

Je te balance une bombe sur un quartier résidentiel, tu me réponds avec une petite bien placée sur une caserne. C’est le jeu de cette nouvelle guerre.

Ce n’est pas une guerre comme nous en avons connu. Jamais nous ne voyons de soldats, ami ou ennemi, jamais de coups de feu, pas de civils mobilisés, pas de champs de bataille.

Si ce n’était que les minis bombes nucléaires, les masques à gaz et les agents de dénucléarisation habillés de leur parka jaunes, ce serait une guerre diplomatique, une guerre de gens en costard. Les gens en costards sont bien là, ils décident qui va être la prochaine victime. Tacticiens mais aussi businessmans, la guerre, la mort, les morts, la misère, ça rapporte… quand on sait où placer son argent et que votre répertoire comporte quelques personnes bien placées.

Sabrina ne s’inquiétait pas, ou du moins ne le montrait pas. Elle partait voir sa grand-mère mourante. Dans des cas comme cela, la mort d’un proche occupe plus votre esprit que la perspective de votre propre mort. Et puis, qu’elles étaient les chances qu’une bombe éclate sur son train à elle ? Sur des milliers qui traversent le pays tous les jours. Il était peu probable, selon elle, qu’un costard cravate trouve utile d’exploser un train d’une poignée de touristes allant en direction de l’ouest. L’ouest, le côté du pays le moins exposé au bombardement, c’était à l’est que le plus de bombe étaient lâchés. Peut-être parce que les deux pays y partageaient une frontière de ce côté-là.

Et ça n’arrive qu’au autre, de mourir dans ces conflits, pas à nous, pas à elle. Du moins, c’est comment l’esprit réfléchit pour éviter de vivre dans une peur perpétuelle. Exactement la même chose quand nous prenons la route. Si l’on pense à l’accident ou à la mort à chaque fois que l’on prend la route, ou dans le cas de Sabrina le train, nous ne vivrons plus. Ça n’arrive qu’aux autres la mort. Ce genre de mort en tout cas. Car sa grand-mère, dévorée par la vieillesse et une pneumonie tenace, elle, allait bien mourir. Ça arrive un proche qui meurt de maladie. Mais d’un accident ? Non !

Elle regarde du coin de l’œil son mari, ils se sont mariés il y a de cela trois mois après deux ans de vie commune. Deux ans de vie commune, c’est pas mal, la troisième sera une année charnière pour leur relation. Enfin, c’est ce qu’elle croit. Et on ne meurt pas qu’en on est jeune marié avec plein de projets d’avenir n’est-ce pas ?

Jaskiers

À la recherche d’un nouveau défi. Ou peut-être pas.

On continue sur les articles personnels où je ne fais que me plaindre et exprimer mes doutes.

J’écris cet article quelques minutes après le passage du nouvel an. Des voisins saouls ont essayé d’entrer dans mon appartement, rien de méchant, ils se sont juste perdus dans les couloirs.

Ils ont bien plus de 30 ans, je ne sais pas si à cet âge on peut autant s’amuser qu’à 20. En-tout-cas, on m’a dit que les gueules de bois étaient beaucoup plus dures à digérer…

Maintenant, un feu d’artifice éclate quelque part. Le temps est exécrable, un vent fort, une grosse pluie, un temps normand quoi. Je l’aime ce temps. J’aime la pluie qui frappe dans les carreaux, et le vent qui chante. J’ai un problème.

Les voisins ont réussi à trouver la sortie. L’un d’eux a crié et fait rimer « bonne année » avec « beaux nénés »… Magnifique.

J’ai fait un peu de réflexion sur mes lectures cette année (presque une centaine de livres, je ne compte pas, j’estime). J’ai lu tout « À la recherche du temps perdu », je me suis pris une claque magistrale. Proust réussit à décrire à la perfection des sentiments que je pensais, inconsciemment, indescriptibles. Il est même un peu flippant ce Proust.

Une autre lecture, cette fois, qui m’a laissé dubitatif, « Ulysse » de James Joyce. J’avais une bonne édition, bourrée de notes explicatives, je pense avoir compris le gros de son œuvre, mais le plus subtil m’est passé par-dessus la tête, je n’avais pas la culture générale pour comprendre.

« La comédie humaine » de Dante. Un classique. J’avais beaucoup entendu parler de « L’Enfer », j’ai décidé de lire les deux autres parties, « Le Purgatoire » et « Le Paradis », de ce long poème. Une bonne expérience.

Au début de l’année, j’ai voulu relire les classiques antiques, les débuts du « Story Telling », Homère, Hésiode et autres Ovide.

Cela m’a ramené à mes années collèges et latiniste (que j’ai laissé tomber au lycée, j’étais nul, je ne voulais pas apprendre à parler latin, mais apprendre la culture et la mythologie gréco-romaine… Education nationale, petite fouine !).

Ce fût des relectures plaisantes, je suis plus âgé, j’ai compris et découvert d’autres points de vue, d’autre sens à ces lectures qui m’ont appris que les histoires des anciens pouvaient délivrer tout au long de ma (et notre ?) vie.

Je me suis tourné vers la Science-Fiction. Genre que je pensais découvrir… avant de réaliser que j’avais lu la plupart des classiques de ce dernier. J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à en écrire.

En toute fin d’année, un vieil amour est revenu reprendre un peu de place dans mon cœur, la littérature de guerre.

J’ai commencé mon épopée littéraire avec des livres sur la Shoah, notamment Primo Levi et Elie Wiesel. Puis, sur des mémoires de soldat, tel que « Le grand cirque » de Pierre Clostermann. Je me rappelle encore de ces lectures, de ces livres, ce furent les premiers que j’achetais avec mon propre argent. Depuis tout gamin, la guerre me fascinait, oui, fascinait. Ça peut paraître stupide, voire irrespectueux, mais c’était comme ça. Une passion qui me vient de mon grand-père paternel que je n’ai pas connu.

J’ai eu un nouveau cauchemar au milieu de l’année, où j’étais dans un camp de concentration nazi. Le premier cauchemar que j’ai fait sur ces camps remonte à mon adolescence. Depuis, je veux lire tous les témoignages, regarder tous les documentaires, sur les camps (incluant les goulags). J’ai lu et vu les principaux films et documentaires (notamment le monumental « Shoah » de Claude Lanzmann), mais j’en ai encore à lire, encore à voir.

Ce cauchemar qui m’est revenu est comme une sorte de message pour moi, je ne parle pas de Dieu, mais de mon inconscient : « Rappelle-toi pourquoi tu as commencé à lire, ce qui t’a poussé à ouvrir les portes de l’enfer humain pour voir ce dont nous sommes capables. Nous oublions, les survivants ne sont plus qu’une poignée, l’antisémitisme grimpe en flèche, ainsi que le nationalisme et toutes les horreurs qu’elle apporte. Des choses contre lesquelles tu t’es toujours juré de lutter. Tu ne veux plus de ces horreurs dans ton monde. »

Puis, mon vieux rêve de devenir journaliste est, lui aussi, réapparut. Depuis le collège… mais… ne parlons pas de ma scolarité.

Le journalisme depuis l’élection de l’Agent Orange, comme l’appelle Spike Lee, à la gouvernance du Monde Libre a été piétiné. De nouveaux mots (maux ?) sont apparus, tels que « Fake News » ou « Alternative Facts » ont envahit l’espace informatif mondiale. (Novlangue much anyone ?) Je ressens le besoin d’apporter quelque chose contre ces dangers qui restent présent, et prolifèrent encore, malgré l’élection d’un autre président.

Et puis, ce projet mêlant le journalisme (enfin je crois que ça pourrait en être) et le travail de mémoire que nous nous devons de faire envers la Shoah, est, lui aussi, revenu s’installer dans mon esprit.

Projet qui, de mon point de vue, est réalisable. Bien sûr, il manque le financement, mais ceci peut être réglé. Suffit d’être débrouillard, je ne le suis pas, ou plutôt plus. Il faut que je m’occupe un peu de ma santé avant.

Mais, chaque chose en son temps. Il me faut progresser encore dans mon écriture, apprendre et lire. Et vivre. Vivre.

Un carnet « reporter » Moleskine, peut-être un nouveau stylo, et oser écrire et lire dehors. Qu’importe, ce n’est peut-être rien, mais il faut que je trouve quelque chose pour continuer à écrire.

Comme vous l’avez remarqué, mes derniers articles sont un peu plus « incisifs », directs et, surtout francs du collier. Cela fait du bien de ne pas mentir, de ne pas se mettre de barrières inutiles, de ne pas s’autocensurer. La vérité peut être autant subjective qu’objective. Mais sur mon blog, je dis la mienne. Et si je découvre que j’ai tort, je l’admettrai.

Merci d’avoir lu jusqu’ici.

Jaskiers

L’épreuve et la peine (et bonne année !)

Cinq cents fichus mots par jour. Qu’est-ce que j’ai essayé de me prouver ?

Pourquoi cinq cents mots ? Car je pense avoir lu quelque part que Neil Gaiman a écrit un de ses romans en n’écrivant que cinq cents mots par jour. Je n’ai jamais lu Neil Gaiman, mais je connais, en gros, ce qu’il a créé. Il est un écrivain respecté, il a eu un certain succès qui continue à faire son bonhomme de chemin.

Est-ce que je veux devenir un écrivain ? Ce serait mentir que de dire non, et un peu trop prétentieux et ambitieux de dire oui.

Je suis loin de maîtriser l’art de l’écriture. Je suis à la recherche de quelque chose en rapport avec l’art, en accord avec moi-même : écrire, simplement écrire sans penser au futur.

Mes sessions dépassées souvent les cinq cents mots. En y portant un regard critique, je pense à ces récits que j’ai écrit, je pense que les trois-quarts ne sont pas bons. Le dernier quart sont ces récits qui ont découlé simplement, qui s’enchaînaient avec une certaine logique, un sens, un message, parfois inattendu. Ce quart m’apportait le bonheur d’une écriture où j’étais complètement déconnecté du monde. Ce quart est celui que j’aspire à pouvoir écrire à chaque fois.

Vais-je publier tous ces textes ici ? Je me tâte. Je poste ici les textes les plus anciens, je publie actuellement ceux de la moitié de l’année dernière. Cela permet de reprendre un récit qui a reposé pendant quelques mois et ce temps me permet de poser un œil neuf sur eux. (Méthode prise à Stephen King.)

J’ai écrit un très long récit de science-fiction en anglais. Mais je sais qu’il est loin d’être bien écrit, si j’entreprends de le publier, le travail de correction sera important et éprouvant.

J’ai écrit une suite pour « Bienvenue à la Cure de Rien », et j’en suis déçu, je trouve que mon histoire se répète, tourne en rond pour finir sur une fin qui appelle à une autre suite.

Et écrire sur un foutu smartphone… écrire n’est pas le plus difficile, mais c’est la mise en page qui pose problème, surtout pour le blog, pour vous. Je blâme certaines fautes sur mon outil de travail, et un mauvais ouvrier blâme ses outils n’est-ce pas ? Mais c’est vraiment pas l’idéal.

Je n’ai aucune idée de quel genre de défi ou d’épreuve, m’imposer pour cette année. Mais pour être franc, j’ai envie et surtout besoin d’une pause. Et en même temps, j’ai l’impression que m’arrêter après une année à écrire, à travers vents et marais, et Dieu sait que cette fin d’année m’a apporté une belle tempête, pourrait arrêter un élan qui ne devrait pas s’arrêter.

Je dois penser à ma santé aussi, mais écrire influence ma santé. En bien et en mal. Mais il faut que je prenne une pause.

Au fond de moi, je sais aussi, je sens qu’il me faut passer à un autre niveau. Quelque chose de plus sérieux. Le temps presse, j’ai faim, faim d’apprendre et de vivre.

Je ne vis que grâce à mes bouquins et mes écrits. Je me serai fait sauter la cervelle il y a longtemps sans eux. J’ai vécu une vie avant la maladie, une vie que je ne regrette pas. J’ai profité de ma prime jeunesse à fond, ou presque, sans m’en rendre compte. La maladie était là, tapie dans l’ombre. Elle s’était montrée en pleine adolescence, s’est fait dompter par l’alcool. Et a éclaté avec force à partir de mes vingt ans. Le combat continue. Seul, mais pas vraiment, j’ai la littérature avec moi.

Je me taraude l’esprit. Est-ce que je claque mes quelques économies sur un ordinateur portable juste pour écrire ? Mon téléphone me permet d’écrire, il fait le travail. Le problème c’est la mise en page, et le clavier. Celui de mon smartphone est beaucoup trop petit pour mes gros pouces.

Mais j’ai une immense liste de livres que j’aimerais me procurer…

« Ahhh si j’étais riche ! »

Ne me dites pas que l’argent ne fait pas le bonheur. Il tient une partie importante dans notre société. Après tout, nous devons « gagner notre vie », travailler, trimer, pour l’argent, notre dieu, notre Veau d’or.

Et si cette année, je demandais à ma bonne étoile, ou à je ne sais quoi, qui, peut-être, nous influence et nous offre faveur et malheur, un simple coup de pouce ? Et si j’osais demander à l’Univers ? À cette (ou ces ?) dimension que nous ne voyons pas ? Car l’année dernière (je parle bien de 2022) a été une année où la spiritualité a commencé à me tarauder. Mais je pars sûrement un peu loin pour vous.

Cette année, j’aurai faim. Et j’attendrai une opportunité qui ne se présentera sûrement jamais. Les gens comme moi n’en ont pas le droit. La plupart en fait. Seule une poignée bénéficie de cette chance. Et je ne la mérite peut-être pas. Mais j’ai faim. J’ai grandi après cette épreuve, souffert. Mais qui ne souffre pas à notre époque ? Et je sais qu’au fond de moi, ma plume peut être acérée… cela ne tient qu’à moi de la passer sur la pierre d’affûtage et ne pas hésiter à présenter ce dont elle est capable ici.

Sinon, je vous souhaite une bonne année, pour ce que ça vaut. La santé, surtout, surtout ! Je tiens beaucoup à vous, je vous souhaite sincèrement le meilleur, montrez les dents pour obtenir ce que vous voulez. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour moi. Merci d’être là !

Votre Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 21

La route était encore déserte. Il ne croisait que quelque voiture, de temps en temps. Dante avait le pied lourd sur l’accélérateur, quitte à se faire arrêter encore une fois, il paierait son amende sur le champ et repartirait de plus belle.

Buffalo. Ce nom en jette sec !

Il était curieux de voir à quoi pouvait ressembler cette ville. Curieux, mais aussi apeuré et fatigué. Qu’allait lui réserver Buffalo ?

Un petit brin d’espérance était présent en lui. Buffalo, c’était peut-être une ville assez peuplée, et statistiquement, il pourrait tomber sur de bonnes personnes. Il devait cependant revoir sa définition de « bonne » personnes. En était-il une lui même ?

Aider cette femme, il ne l’avait fait que parce qu’il détestait l’injustice. Et parce que c’était la seule personne, jusqu’ici, avec qui il avait eu une discutions normale.

La fatigue était encore là, il arrêta sa réflexion philosophique pour débattre avec son corps sur la marche à suivre.

Fallait-il risquer prendre une chambre d’hôtel, de haut standing, tant qu’à faire, ou faire le plein de caféine et repartir à l’assaut de la route comme un Hunter S. Thompson sous acide ?

Les panneaux indiqués que Buffalo se rapprochait, il avait roulé comme un hors-la-loi, à fond. Il avait même réessayé de mettre Springsteen, mais sa voix geularde lui donnait envie de s’arrêter devant le premier bouseux pour lui lâcher toute sa rage.

Mais la rage, c’était l’apanage de ces gens, il ne voulait pas devenir comme eux. Cette seule pensée qu’il aurait pu faire ça le fit frémir, la mentalité arriérée de ces enfoirés commençait doucement à déteindre sur lui. On est le fruit de l’endroit où l’on a grandi.

On est comme marqué au fer rouge par l’environnement qui nous a vu grandir, après, il ne tient qu’à notre bon vouloir de s’ouvrir aux autres, à d’autres croyances, sans pour autant les accepter ou les comprendre totalement, mais pour, au moins, rester conscient que le monde ne s’arrêtait pas aux frontières de nos états, de nos villes, de nos banlieues, de nos rues.

L’écrivain aima cette réflexion qui venait juste de germer en lui. Ne voulant pas s’arrêter pour l’écrire dans son carnet de note, il espérait garder cette pensée en mémoire pour l’étaler dans son prochain roman.

Il vit le panneau de Buffalo, comme il s’en doutait, les habitants avaient affichés l’animal comme le symbole de leur ville. Une ville plate, sans building, sans fioriture, sans âme, ou plutôt si, l’âme banale des petites villes du Middle West américain, comme Alva, poussiéreuse et rustre qui semblait ne s’être jamais vraiment relevées du désastre du DustBowl.

Les gens étaient peut-être aigris pour cette raison, le sable s’était engouffré dans leurs âmes et leurs chaires. Des décennies de pauvreté, de souffrance, de travail pour presque rien. L’argent semblait s’être envolé avec les tempêtes de sables pour se retrouver dans les poches de millionnaires et milliardaires de la côte Ouest et Est.

Pas étonnant, me ramener ici avec une berline allemande neuve et un sourire Colgate n’allait pas m’attirer des sympathies.

À New-York si, mais ici, le temps et l’environnement était différent, l’histoire et son lot de souffrance aussi. Mais ça n’excusait pas tout. Loin de là.

Il fallait rester ouvert d’esprit et compréhensif avec l’Oklahoma. Et dès que ça commençait à tourner au vinaigre, se taire et partir.

Toujours est-il que Buffalo ne semblait pas avoir d’hôtel, et s’il en trouvait un, ce ne serait pas un Hilton. Il allait devoir côtoyer les citoyens de Buffalo et il n’en avait pas franchement envie.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 19

Son estomac s’effondra dans ses talons.

Putain, on a même plus le droit de s’en griller une en voiture maintenant ? Si Hunter S. Thompson était encore de notre monde…

Il regarda anxieusement la voiture de police passer à côté de la sienne, se garer vers le magasin de la station-service. Deux policiers en sortirent. Il vit sa fan sortir des toilettes et pointer du doigt la voiture de Rand.

Nan. Mais non elle n’a pas fais ça quand même !

Les deux flics s’approchèrent et lui firent signe de baisser sa vitre.

« – Bonjour monsieur, ne vous inquiétez pas, nous avons juste une question à vous poser.

– Messieurs. Allez-y je vous en prie.

– Est-ce que cette dame, l’un des policiers pointa la femme de la station-service du doigt, a consommé de l’alcool, de la drogue ou vous a proposé de l’argent contre une relation sexuelle ?

– Non… non pas du tout.

– A-t-elle eu un comportement dangereux pour vous ou pour elle-même ? »

Tom se rappelait l’avoir vu sortir, une cigarette allumée au bec. Allumer une cigarette au milieu d’une station-service n’était sûrement pas une chose à rapporter aux cow-boys.

« – Non, non rien de tout ça.

– Vous a-t-elle menacé d’une quelconque manière ? Verbalement ? Physiquement ?

– Non monsieur, c’est une personne très amicale et intelligente, enfin le peu de temps que j’ai eu à converser avec elle.

– Vous êtes sûr ? N’ayez pas peur, elle ne peut pas vous faire de mal.

– Non messieurs, elle n’a pas du tout était agressive, ni menaçante.

– Vous êtes nouveau par ici ?

– Je suis juste de passage.

– D’accord… »

Le deuxième flic, qui jusque-là n’avait dit aucun mots, s’approcha de Dante et chuchota :

« – Elle est en probation.

– Ah bon ?

– Elle a fracassé le crâne de son mari avec une batte de baseball.

– Putain de…

– Il est encore vivant mais il n’est plus vraiment… Le flic fit une moue de la tête des plus expressives.

– Ah. Légitime défense peut-être ?

– Stephen ? Il aurait pas fait de mal à une mouche !

– Son mari ?

– Oui.

– Vous savez, parfois les apparences sont trompeuses. » Dit le premier flic qui lui avait parlé.

Rand jeta un œil à sa lectrice dans le rétroviseur, qui les regardait en se rongeant les ongles.

« – Oui, surtout avec les femmes vénales comme elles. Mais on les a dans le collimateur ces sales putains. » Répliqua le deuxième officier.

Dante Rand resta bouche bée à cause de ce que les agents venaient de lui dévoiler et par les paroles proférées par des défenseurs de la veuve et de l’orphelin.

« – Vous feriez bien de partir car elle vous a vu nous parler.

– Mais elle n’a rien fait de mal messieurs, je vous promets.

– On vous croit ! On vous laisse repartir. Merci pour votre coopération.

– De rien… »

Il remonta sa vitre, ne repartant pas tout de suite, regardant les flics revenir vers la femme qui baissait les yeux et acquiesçait. Quand il vit les garants de la loi se diriger vers leur voiture, il démarra, mais ne se dirigea pas vers la sortie de la ville, il voulait aller parler à cette femme. Elle avait l’air innocente, ou en tout cas, pas la manipulatrice perverse que les messieurs à l’insigne lui avaient décris.

Mais peut-être que les meilleurs manipulateurs vous manipulent sans que vous ne vous en rendiez compte…

Il fit le tour d’un pâté de maison, en essayant de se repérer tant bien que mal, et arriva à l’entrée de la station-service. Pas de cowboys. L’écrivain profita de l’occasion et se gara juste à côté du magasin.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 18

La mauvaise réputation des toilettes de stations-services.

Petite bâtisse blanche, ou presque, de plein pied, la porte, d’un vert fatigué, était taguée et montrait des signes alarmant d’usures. Elle grinça à l’entrée de l’écrivain.
Un tout petit hall d’entrée avec des lavabos sur le mur faisant face à la porte. Une porte de chaque côté, à gauche les femmes, les hommes à droite.

Dante Rand rentra dans la section des hommes et constata qu’il n’y avait pas de toilettes, mais seulement des urinoirs. Rien pour pouvoir se déshabiller sans être vue. Les WC étaient déserts. Il ne perdit pas de temps, se déshabilla, changea son pantalon, enleva ses chaussures et ses chaussettes en réalisant qu’il avait oublié d’en racheter une autre paire. Il n’aimait pas vraiment déambuler sans chaussettes. Depuis tout petit il avait besoin de les avoir aux pieds. Il enfila sa nouvelle paire de chaussures à la couleur rouge presque aveuglante. Le genre Skechers qu’utilisent les personnes âgées pour rester cool et actif.

Il en profita pour uriner, quand le deuxième appel de la nature se rappela à lui. Il allait devoir essayer les toilettes des femmes pour la grosse commission.

Il passa le couloir et rentra dans les toilettes des femmes, qui possédait des cabines. Dante poussa un soupir de soulagement, s’engouffra dans l’une d’elle et fit ce que la nature lui demandait. Une fois la chasse d’eau tirée, il sortit de la cabine et se retrouva nez à nez avec sa fan tenancière de station-service.

« – Hey bien re-re-bonjour monsieur Rand !

– C’est très gênant je voulais juste des toilettes pour vous savez…

– Oui les toilettes des hommes n’ont que des urinoirs. Que voulez-vous, les hommes ici tiennent chèrement à leurs masculinités.

– Hey bien je ne sais pas comment leurs masculinités leur permet de couler un bronze dans ces urinoirs. Ça doit-être une sacré gymnastique. Limite de l’art pour viser dans le trou !

– Quel poète vous feriez !

– La poésie vous mange dans les mains dans les moments les plus atypiques !

– Je vois ça !

– Bon, je vais pas m’éterniser, je vous remercie encore.

– Pour ?

– Pour votre sympathie et votre compréhension, l’Oklahoma a été jusqu’ici une sacrée épreuve, un chemin de croix, une descente aux enfers, et il me reste encore de la route.

– Vous m’envoyez enchantée et aussi désolé pour votre mauvaise expérience du pays. Bonne route et faite attention à vous !

– Encore merci ! »

L’auteur sortit en trottinant. Il rougissait, légèrement gêné et honteux. Mais quand dame nature appelle, on avise.

Il grimpa dans sa voiture, arrêté au stop de la sortie de la station à essence, il s’alluma une cigarette.

Une voiture de police fit entendre ses sirènes juste devant lui.

Jaskiers

Dante’s Dusty Roads – Chapitre 17

« – Re-bonjour monsieur ! Tout va bien ?

– Bonjour. En fait, je me suis déversé un peu d’essence sur les chaussures et le pantalon, et je me demandai si vous vendiez une paire des vêtements.

– Oui, bien sûr…Dites, je peux vous poser une question ?

– Oui…

– Vous êtes l’écrivain là ? Elle pointa du doigt un magazine littéraire, ou son visage était placardé dans un petit encart avec comme titre : « Découvrez le nouveau maître de l’épouvante ! »

– Oui, c’est bien moi.

– Ah ! C’est sympa de savoir qu’un écrivain est dans les parages !

– Pas pour longtemps, je repars immédiatement.

– Pour aller où ?

– Je… je vais rendre visite à un vieux professeur, pour le remercier de m’avoir encouragé à continuer à écrire.

– Oh c’est beau ça, même dans le succès, vous n’oubliez pas d’où vous venez. Vous êtes natif de l’Oklahoma ?

– Non, du tout. Je suis juste resté en contact avec lui. Après tout ce succès, il faut essayer de rester terre-à-terre, et rien de tel qu’un petit retour aux sources.

– Comme Anval.

– Pardon ?

– Anval Thorgenson ? Votre meurtrier sociopathe !

– Ah ! Oui pardon. C’est toujours bizarre quand les gens me parlent de mes personnages comme des vrais gens.

– J’aurai tellement de questions à vous poser ! Mais vous n’êtes pas là pour ça. À vue d’œil, je pense que vous faite du 42 en pointure de chaussure ?

– Vous avez bon œil !

– L’expérience.

– La meilleure des qualités !

– Comme Omar.

– Par… Ah, Omar le flic au bout du rouleau, oui.

– J’adore ce personnage. À quelques jours de la retraite et il doit se coltiner un tueur en série !

– Oui, j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce personnage complexe.

– De qui vous êtes vous inspiré ?

– De mon grand-père, principalement.

– Toujours une source solide nos grands-parents.

– C’est vrai !

– Il s’est reconnu ?

– Il n’est plus de ce monde.

– Mes condoléances, je suis désolé.

– C’est pas grave, vous ne pouviez pas savoir.

– Et pour Anval, de qui vous êtes vous inspiré ?

– Simple, imaginez un supporter de Trump, ajouter à cela l’amour des armes à feu, du sexisme, pas mal de xénophobie, mélanger le tout avec l’idéologie suprémaciste blanche et la mythologie nordique, et voilà !

– Fascinant ! Vous avez eu beaucoup de mauvaises critiques de la part de groupuscules d’extrême droite. Vous avez pas peur ?

– Non j’ai reçu des menaces de morts, mais on m’avait dit qu’il fallait s’y attendre. Et emmerder des racistes, c’est un plaisir. Être mal vu par l’extrême-droite, c’est un compliment.

– Les menaces ! La rançon du succès !

– Il faut croire.

– Un nouveau livre en route ?

– En route… oui, on pourrait dire ça.

– Ah ! Un petit avant-goût ?

– Il commence juste, je laisse mes personnages et leurs actions me guider ,donc je n’en sais quasiment pas plus que vous.

– La méthode Stephen King !

– Exactement !

– On sent l’influence de son univers sur le vôtre.

– Ça, je l’assume.

– Et ça marche !

– Merci beaucoup ! »

Elle sortit un exemplaire poche de « Personne n’est en danger ».

« -Est-ce que vous pourriez me signer mon exemplaire.

– Oui bien sûr ! Je vous mets un petit mot ?

– Avec plaisir ! »

Il signa son livre, y apposa un petit mot gentil, puis lui tendit le livre. Pour une fois depuis son entrée dans l’Olkahoma, il pouvait avoir une discussion normale avec un autre humain, en plus, sur un sujet qui le passionnait. Il avait presque envie de rester, mais la crainte que la situation ne se retourne contre lui, d’une manière ou d’une autre, le rappela à l’ordre.

« -Désolé, est-ce que vous avez un jean ?

– Oh oui, désolé, je vous l’apporte.

– N’oubliais pas la paire de chaussures s’il vous plaît. »

Elle revint avec un jean bleu foncé, plutôt élégant étant donné qu’il venait d’un magasin de station essence, et des chaussures couleurs rouge sang. Dante réprima une moue de dégoût à la vue des ces dernières.

« – Il vous plaît le jean ? Je crois que c’est la bonne taille. Pour les chaussures, je sais, elles ont l’air un peu funkie, mais c’est les seules potables que j’ai. Pour le jean, j’ai pris une taille L, retroussez-le, si jamais il est trop grand.

– D’accord, parfait, merci beaucoup.

– Vous voulez vous changer ici ?

– Si possible.

– Les toilettes sont à droite à la sortie, dans la petite bâtisse grise avec une porte verte.

– Je vous remercie ! Combien je vous dois ?

– Oh rien ! Offert par la maison !

– Non, je ne peux pas accepter.

– Mais j’insiste ! C’est bien la première fois que je vois un écrivain ici, autant prendre soin de lui !

– C’est très gentil mais ça me gêne. »

Rand sortit 100 dollars qu’il posa sur le comptoir.

« – Vraiment Monsieur Rand, pas besoin de ça, c’est un cadeau !

– Considérez cela comme un pourboire ! »

L’auteur sortit en vitesse et courut en direction des toilettes. Angoissant à l’avance de ce qui se pourrait se passer dans cet endroit, toujours étrange et glauque, que peuvent être les toilettes d’une station-service en bord de route.

Jaskiers