Bienvenue à la cure de Rien – Partie 2

– > Première partie : https://jaskiers.wordpress.com/2022/06/05/bienvenue-a-la-cure-de-rien/ <-

Enfin, après avoir embêté et atterré tous ces zombies qui me servaient de collègues, je pus leur lancer ce que j’avais sur le cœur :

« – Continuez ainsi, à ne pas vivre ! Obéissez, produisez, engraissez le capital ! Endettez-vous surtout ! Soyez docile ! On se retrouvera en enfer, enfin si nous ne le somme pas déjà ! Pour ceux qui refusent cette vie, prenez votre envol ! »

Je ramassais le peu d’affaire autorisé que j’avais laissé à mon bureau, quelques dossiers qui trainaient dans un tiroir depuis des années et un paquet de post-it. L’entreprise nous fournissait ces derniers gratuitement mais au compte goute.

Je pris la direction de la sortie avec une bonne dose d’adrénaline traversant mon corps, je partais la tête haute. Mon patron dédaigna sortir de son bureau pour voir ce qu’il se passait sauf quand il me vit partir bien avant l’heure de la fin de mon service. Il m’interpella :

« – Monsieur Gaspard Dincy, ce n’est pas l’heure de partir, retournez travailler !

  • Non.
  • Exc… pardon ?
  • Je vous pardonne !
  • Mais enfin… monsieur Dincy, êtes-vous souffrant ?
  • Non ! Enfin un peu mais je suis dans la voie de la guérison.
  • Je suis confus… qu’est-ce qu’il se passe ?
  • Il se passe que je pars !
  • Vous partez ? Mais comment ça ?! Ce n’est pas l’heure !
  • Avant l’heure c’est pas l’heure et après l’heure c’est plus l’heure comme le disait si bien ma grand-mère !
  • Quelle insolence ! Retournez à votre bureau ou je vous colle un blâme et il vous hantera tout au long de votre vie.
  • Carrez-le-vous dans le cul ! Ah ! Sûr que là, il vous hantera !
  • Assez ! Venez dans mon bureau tout de suite, vous êtes sur la sellette !
  • Vous m’invitez boire un verre ? Mais quelle agréable intention Monsieur Otrhew ! Tout le monde sait que vous buvez là-dedans !
  • Suffit ! J’appel la sécurité !
  • Pour quoi faire ? Me faire sortir ? Mais j’y vais mon bon monsieur ! Pas besoin de vous donner tant de peine !
  • Vous regretterez !
  • À la bonne heure ! Au revoir messieurs dames ! Et bonne continuation ! »

J’ai toujours rêvé d’insulter mon patron, le remettre à sa place, le faire sortir de ses gonds, c’était chose faite. Depuis une décennie, cet homme me tyrannisait, et maintenant, toute ma haine était sortie. Sa tête rubiconde et chauve était devenue écarlate, on voyait les nerfs gonflés sur son front et des taches violettes, des vaisseaux sanguins qui avaient sûrement éclaté ou quelque chose dans le genre, chose d’ailleurs observable chez les poivrots invétérés comme lui. Son petit corps dodu se retournant et sa manière de déambuler, comme un canard, ne m’énervaient plus, je n’avais plus de comptes à lui rendre, littéralement.

Je sortis, sans escorte, du bâtiment, rentra dans ma voiture sans rater de plonger le pied dans la flaque d’eau côté portière conducteur, mais c’était la dernière fois.

Direction l’appartement, terne, sans vie, sans âme qui n’était rien d’autre qu’un toit sous ma tête, le minimum pour être un employé.

Un toit, un micro-ondes, des toilettes, une douche, une télé, un lit, un ordinateur portable, c’était cela mon chez-moi. Le minimum syndical.

Je ramassais en vrac quelques habits, mon ordinateur, mon chargeur de téléphone et je mis un post-it sur la télévision :

« – Servez-vous, je n’en ai plus l’utilité. Prenez ce que vous voulez dans l’appartement. Sincèrement, monsieur Dincy. »

Je n’avais aucune tristesse à quitter cette endroit dans lequel je vivais depuis dix ans. Aucun souvenir marquant, rien. Toute cette époque de ma vie, je l’a vois en gris. Terne.

Puis, je pris un taxi pour l’aéroport. J’avais laissé ma voiture avec les clés sur le contact, elle m’avait fidèlement servie pendant plus d’une décennie, la personne qui la récupérerait ne la vendra pas telle quel mais en pièces détachées. Je ferai un heureux, cela serait sûrement bon pour mon karma pensais-je.

Le trajet de l’aéroport fut un moment étrange de réflexion et questionnement. Je n’avais pas l’habitude d’anticiper, tout était organisé dans une routine réglée à la minute près, mais maintenant, c’était comme si j’avais lâché les rennes de ma vie, je ne contrôlais plus tout, à commencer par ce taxi. C’est toujours étrange de se faire conduire quand nous avons l’habitude de le faire. C’est même agréable, et le chauffeur ne me parlait pas. Évidemment, car il travaillait. Travailler n’était plus un plaisir dans ce monde mais un fardeau. Le chauffeur était en compétition constante et chaque client devait l’évaluer sur son smartphone. Les choses étaient ainsi. Moi, je partais guérir les blessures et cicatrices que cette vie de forçat bureaucratique infernal m’avait infligée et mon pauvre bougre de chauffeur continuerait sa triste besogne jusqu’à ce que l’entreprise le renvoie pour mauvais services ou pour le mettre à la retraite.

Arrivé à l’aéroport, tout se passa comme sur des roulettes. Les hôtesses, la sécurité, les contrôles, tout me semblaient drôles, ou plutôt, légers. J’avais le sourire, je marchais la tête haute, roulais des épaules, disait bonsoir à toutes les personnes que je croisais, en leur décochant un grand sourire.

Tout ce que je reçus en retour étaient des regards effarouchés, inquiets, ou même, rien du tout.

J’étais une sorte d’alien, j’étais le seul heureux à ce qu’il me paraissait. C’était étrange car si je n’avais pas lu cette anodine annonce dans le journal, j’aurais eu la même réaction que ces gens. Ce n’était pas normal d’être heureux, c’était normal d’être usé, au bord du gouffre, à la limite de l’implosion, d’être en colère contre soi. Pas contre le monde non, cela était trop dangereux, mais contre soi-même. Quand on ne peut pas extérioriser notre colère sur la vraie raison de notre mal-être, nous nous replions sur nous même, nous créant une carapace de haine et de dédain dirigé envers nous-mêmes. C’était ce que voulait ceux qui nous gouvernaient. Un peuple abasourdi, amorphe, sans aucune estime de soi, où la seule raison de l’existence d’un citoyen et de produire du capital encore et toujours et d’en mourir. Peu de gens arrivaient à la retraite, si on pouvait appeler ça « retraite ». Vous arriviez à l’âge de vous retirer ? Bien ! Tenez, le ‘minimum vital’, 1 000 dollars et ce, peu importe votre travail. Bien sûr, cela ne s’appliquait pas aux patrons et à nos élites gouvernantes consanguines qui, eux, jouissaient d’une richesse colossale, car chaque employé n’était qu’une sorte de pantin, dont on se débarrassait quand les fils commençaient à s’effilocher et les articulations à rouiller. Aucune dépense superflue. Soit vous aviez la chance d’être né riche, soit vous travaillez.

Je scrutais les visages dans la salle d’attente de l’aéroport en attendant mon avion direction l’état du Vermont. Une certaine révolte commençait à bouillir en moi, elle était apparue quand j’ai commencé à me sentir coupable d’être le seul être humain heureux parmi tous ces gens dépités. C’était impossible de les aider, ils étaient conditionnés. Ils leur avaient fallu un déclic, comme je l’ai eu après avoir lu l’annonce pour la cure de Rien. Cela devait venir naturellement et ils devaient attraper immédiatement le taureau par les cornes et oser.

Quand j’entrais dans l’avion, j’eus la triste vision de ces femmes hôtesses de l’air qui devaient se forcer à sourire, quoiqu’il arrive. Leurs joues étaient creusées et leurs yeux cernés, le maquillage ne cachait rien. La peau, le corps était marqué par des années d’asservissement.

Je m’installas à ma place, attendant de voir à côté de qui j’allai partager ce voyage rédempteur.

C’était une dame d’une cinquantaine d’années, maigre, portant des vêtements relativement chic pour une place en classe éco’ dans l’avion. La moitié de son visage était caché par une sorte de léger voile. Elle me fit un sourire poli en s’asseyant et lâcha un bonjour suivis d’un nouveau et grand sourire.

Je ne me rappelais plus à quand remontait la dernière fois où je reçus un sourire honnête et sincère. Cette femme était soit riche, soit en partance pour la cure de Rien ou une agent du gouvernement infiltrée pour attraper les réfractaires au travail comme moi.

J’osais engager la conversation :

« – Ça fais plaisir de voir sourire !

  • N’est-ce pas ? J’ai été surpris par le vôtre aussi !
  • Les grands esprits se rencontrent !
  • Il semblerait !
  • Gaspard Dincy, enchanté.
  • Janet… Jill… en faite… je ne sais plus comment je m’appelle !
  • Pas étonnant avec cette vie de chien !
  • Et encore, les chiens gardent leur dignité.
  • Ça oui !
  • Mais de là a oublier son nom… vous devez me prendre pour une folle.
  • Ce monde est fou.
  • Hey bien… je peux vous faire une confidence ?
  • Avec plaisir !
  • Je ne suis pas… vraiment normale.
  • Qui l’est de nos jours ?
  • J’ai… plusieurs prénoms… et noms !
  • À la bonne heure ! Donc, vous vivez plusieurs vies en même temps ?
  • Oui, on peut dire ça comme ça. Vous comprenez, maintenant, soit vous obéissez à l’ordre établi, soit vous devenez un indésirable !
  • Exactement ! Mais, pourquoi plusieurs alias ?
  • Il faut bien manger vous voyez ?
  • Oh ! Vous n’allez pas me voler j’espère ?
  • Ah ! Bon jeu de mot ! Voler, dans un avion !
  • Ah ! Même pas fait exprès sur le coup !
  • Non je ne vous volerai pas. Mais je suis curieuse de savoir comment vous, vous vivez tranquillement une vie qui semble… hors des normes ?
  • Le hasard m’a envoyé de l’aide.
  • Oh ! Et l’aide en question ?
  • Une cure !
  • Pardon ?
  • Une cure ! Suffit de vous faire porter malade pour tirer au flanc !
  • J’aimerais plus d’explications, je me suis cassée le cul à voler, mentir, trahir et courir toute ma vie et vous, vous me dire que vous n’avez fait que vous porter malade ?
  • Hey bien… oui en faite. Chaque système a ses failles et j’ai trouvé la faille, ou une des failles de celui-ci.
  • Donc vous quittez votre travail pour faire une cure et aucun problème ? On vous a laissé partir ?
  • Oui. En faite, cette cure est remboursée par ma mutuelle. En partant du bureau, j’ai fait quelques vagues, preuve que j’avais besoin de soin. Et je pars faire ma cure dans le Vermont.
  • Je… doute que vous puissiez un jour reprendre votre vie normale.
  • Justement, je n’y compte pas. J’ai lu l’annonce de cette cure dans le journal et mon instinct, ou un truc du genre m’a poussé à y aller.
  • Et elle consiste en quoi cette cure ?
  • En rien.
  • Hein ?
  • La cure de Rien. C’est le nom de ma libération !
  • Attendez, je… une cure de rien ? Mais ça consiste en quoi exactement ?
  • Aucune putain d’idée chère amie ! Apparemment, c’est une cure révolutionnaire, nouvelle et les personnes en chargent de cette cure semblent avoir l’argent et le pouvoir nécessaire pour vraiment aider les gens qui s’écartent du droit chemin !
  • Vous n’avez aucune idée de ce que cela pourrait être ? Ils vous ont donné des informations ?
  • Rien…
  • Permettez-moi de vous dire que ça sent mauvais.
  • Vous pensez ?
  • Ça sent le coup fourré à plein nez ! Ils sont forts pour trouver les déviants comme nous.
  • Donc vous pensez que ce serait un piège ?
  • Honnêtement, oui.
  • Mon instinct me dit que je suis sur le bon chemin.
  • J’ai appris à écouter mon instinct depuis que je suis en cavale, il ne m’a jamais trahis. J’espère pour vous que ce sera la même chose.
  • Je n’en doute pas une seconde ! »

Nous nous arrêtâmes de discuter pendant une bonne demi-heure quand elle reprit la parole.

« – Mon vrai nom, Selena Brown.

  • Hey bien, enchanté Madame Brown !
  • Écoutez, je pense que vous partez droit dans la gueule du loup. Je peux vous aider. Je me dois de vous le proposer. Je vais dans le Vermont voir quelques déviants. Nous sommes une sorte de société secrète composée de… tire-au-flanc, comme vous le dites si bien. D’accord, société secrète, c’est un peu tiré par les cheveux, surtout que le gouvernement nous a à la bonne. Mais à part eux et nous, personne d’autre ne nous connaît. Nous avons construit un véritable réseau underground très efficace qui nous permet de vivre chichement, sur le dos des autres. Je peux vous faire entrer dans notre réseau, je vous parrainerai.
  • C’est très gentil de votre part. Je ne doute pas de mon instinct, mais si je réalise que je me suis fait avoir, je penserai à vous.
  • Tenez. »

Elle sortit un vieux téléphone portable et me le tendit.

« – Votre moyen de me contacter, au cas où. Allumer le, le seul numéro à l’intérieur est le mien. N’hésitez pas à me contacter au seul doute que vous avez.

  • Merci…
  • Mais ne laissez pas mes paroles vous faire douter, peut-être avez-vous raison. Et dans ce cas, un coup de téléphone pour me prévenir, cela pourra m’aider aussi, moi et mes collègues, à l’avenir.
  • Évidemment ! »

Le reste du vol passa rapidement, échangeant des banalités car Selena redoutait les oreilles indiscrètes.

Arrivez à l’aéroport international de Burlington, nous nous séparâmes rapidement. Elle ne se retourna pas pour me donner un dernier regard.

La dame n’aurait pas eut le temps car au moment même où je mis les pieds dehors, deux jeunes gens en blouse blanche m’interpellèrent.

Jaskiers

Bienvenue à la cure de Rien

Avertissement : ce texte fait un peu plus de 2 000 mots

J’étais l’homme le plus confus du monde, puis j’ai ouvert le journal, que je recevais tous les matins. Et comme parfois la vie vous fait comprendre certaines choses à travers les coïncidences, je tombais sur cette annonce :

Venez faire votre cure de Rien !

Vous souffrez d’un trouble psychique non diagnostiqué ? Vous souffrez de maux physiques qui laisse votre médecin perplexe ? Vous avez perdu goût à la vie ? Vos passions ne vous apportent plus votre dose d’évasion ? Vous souffrez mais ne comprenez par pourquoi ?

Venez chez nous ! Perchées dans les montagnes, nos cliniques (car nous en avons plusieurs !) de repos thérapeutique vous accueil ! Ne regardez pas votre porte-monnaie, ici, nous nous occuperons de faire le nécessaire pour que votre séjour ne vous coûte rien, ou presque ! Nous sommes des pionniers dans le traitement des maladies modernes, psychiques et physiques. Nous avons développé une théorie et une méthode de guérison pour les maux de ce siècle, si intense et étrange.

Nous l’appelons : la thérapie du Rien !

Mais qu’est-ce que cette thérapie révolutionnaire ?

Nous ne pouvons pas trop en dire, nous gardons jalousement nos secrets pour qu’ils ne tombent pas dans les mains de personnes un peu trop ambitieuses et prompts à vouloir garnir leur portefeuille ! Nous ne voulons rien divulguer qui permettrait à des gens peu scrupuleux de profiter de la maladie des autres pour remplir leurs poches !

Qui que vous soyez, qu’importe ce dont vous souffrez (une thérapie de la dernière chance même ?) venez chez nous, faite l’expérience de la Thérapie du Rien !

Aucun engagement, vous pourrez rentrer chez vous si le traitement, ou tout autre chose, ne vous convient pas !

Tentez la guérison par le Rien ! Faite une pause dans votre vie ! Donnez-vous la chance de guérir ! Faite entrer la nouveauté dans votre existence ! Soyez même des pionniers, car vos avis et suggestions seront pris impérativement en compte !

Venez, et ressortez libre grâce à la thérapie du Rien !

Vos futurs soignants, ami(e)s et (peut-être) collègues de l’Institue de Thérapie du Rien.

Bien. Surprenant non ? Curieux ? C’est ce que je pensais. C’était vraiment curieux de lire une annonce qui sortait de tout ce que j’avais pu lire jusqu’ici. Elle semblait amener une dose de couleurs vives dans mes matinées toujours moroses et répétitives, sombres et sans saveurs, à l’image de mon café.

Je notais le numéro de téléphone et le site web. Devant partir pour le bureau, j’emmenais avec moi les informations, peut-être aurai-je le courage de les appeler. Juste que de passer un coup de fil changerait radicalement de ma routine.

Je me préparais comme chaque matin, tel un automate. La routine était devenue ma vie et cette routine était devenue épuisante tellement elle était ennuyeuse.

Je pris ma vieille voiture qui, étonnamment, tenait encore la route, la modernité ne fait pas tous.

Je fis le même trajet que d’habitude, à y repenser aujourd’hui, j’ai l’impression que ma vie était un film ennuyeux, sans aucune couleur, juste noir et blanc. Lent, monotone, sans dialogue ni personnage. Mais cette petite annonce était colorée, et j’allais téléphoner, j’allais essayer quelque chose. Et puis, la montagne est une aventure en elle-même.

J’arrivais au bureau. Toujours la même place de parking. Non pas que nous avions le droit à une place réservée, c’était une habitude, avec mes collègues, de nous garer aux mêmes places pour éviter de perdre du temps du travail à trouver une place. La mienne avait une flaque d’eau juste du côté où je devais sortir. À chaque fois qu’il pleuvait, j’avais à garder en tête de faire attention à ne pas marcher dedans. Fallait que cela tombe sur moi, évidemment.

Toujours la même réceptionniste depuis que je travaille ici, j’ai presque perdu le compte des années. Elle devait bien avoir la soixantaine passée, mais j’étais dans cette entreprise depuis une dizaine d’années et elle était toujours là, ne semblant pas avoir vieilli depuis mon premier jour. C’est étonnant de voir que nous ne voyons pas les gens, que nous côtoyons tous les jours, vieillirent. On penserait que notre cerveau décèlerait chaque petit signe de changement dans les visages qui partagent notre quotidien, mais il semble que ce soit l’inverse. On ne vieillit pas vraiment aux yeux des personnes de tous les jours.

Toujours, je lui lance mon « bonjour » laconique et j’ai le droit à la même réponse.

Je prends l’ascenseur avec toujours cette angoisse d’y rester coincé. Non pas que je sois claustrophobe mais, parce que je perdrai du précieux temps de travail. Mais heureusement, cela ne m’est jamais arrivé, car tout était prévue ici pour ne pas perdre de temps. Le temps, c’est de l’argent, comme dirait l’autre.

Quand les portes s’ouvraient, je me retrouvais dans un immense Open-Space, légèrement sombre à cause des cloisons séparants chaque petit bureau. Tout était terne et gris, aucune couleur. Nous n’avions pas le droit d’apporter de décorations pour nos modestes bureaux. Pas une photo de famille, ni de carte postale, pas de post-it, pas de bibelot, rien. Juste un bureau, une chaise et un ordinateur.

Je prenais mon café à la machine à café, nous n’avions évidement pas le droit de nous réunir entre collègue à cette machine, comme il était coutume à l’ancienne l’époque de le faire.

Le café était fade, je le bourrai de sucre, le buvais sur place aussi rapidement que possible car il était interdit de l’apporter à mon bureau, puis je passai dans l’une des allées pour m’installer.

J’ouvrais mon ordinateur, mon tableau Excel et j’entrais les chiffres de la nuit passée. Puis je faisais d’autre tache aussi passionnante que la dernière. Est-ce que je n’étais pas las de ce travail ? Je n’avais pas à me plaindre car j’en avais un. Parfois, l’envie de tout plaquer m’assaillait, mais je réprimais ces attaques et les enfouissais au plus profond de mon être. C’était mon gagne pain, cela pouvait être bien pire. J’étais au chaud les jours d’hiver et au frais les jours de canicule. Mon travail était loin d’être physique, bien que l’inactivité et la position assise apportent leurs petits lots de problèmes. Mais je n’avais pas à pousser de la fonte et détruire mon corps pour gagner ma vie. J’étais privilégié en quelque sorte. Et même prêt à faire cela encore une bonne décennie.

Toute ma vie était rangée et planifiée. Aucun accro à ma routine, à mes habitudes. Mon quotidien était le même.

Je n’avais pas d’amis, personne n’en avait vraiment au bureau. Après le travail, nous rentrions tous chez nous. Pas de bavardage, pas de petite bouffe entre amis.

Les week-ends, je m’efforçais de sortir marcher au moins une heure. Je flânais. Je faisais mes courses pour la semaine. Là aussi, tout étaient planifiés, je mangeais la même chose, ou presque. Chaque jour un plat à réchauffer au micro-ondes. À chaque jour son plat. Café et plats tout prêts, c’était mon régime.

Je passais le reste de mon temps libre derrière l’écran de mon ordinateur, à naviguer sur les forums ou je n’écrivais rien mais passer mon temps à lire ce que les autres postaient.

J’allumais parfois la télévision pour regarder des séries télés qui semblaient être toutes les mêmes mais j’étais habitué et m’attachais à une série jusqu’à la terminer pour en commencer une autre immédiatement après.

Pas étonnant, maintenant que vous savez tout sur mon ancienne vie, que l’annonce pour la « Cure de Rien » m’ai autant attiré.

C’était un grand changement dans mes habitudes que d’appeler cette « institue » lors de ma pause déjeuné au travail.

J’allumais mon téléphone, qui ne me servait presque à rien, peina à trouver l’application pour téléphoner, je ne crois jamais avoir appelé un numéro qui n’était pas déjà enregistré dans mon téléphone avant ce coup de fil.

Un peu fébrile et légèrement anxieux, je tapais les numéros de l’annonce dans le journal que j’avais apporté ce matin même.

J’avais l’impression de faire quelque chose de contre-nature, d’illégal, d’amoral. Je m’étais caché dans les toilettes pour téléphoner, comme un adolescent à l’école. J’avais peur de tous les bruits qui me tintaient à l’oreille. Je ne voulais surtout pas que l’on m’entende parler au téléphone. Déjà, on me dénoncerait pour « oisiveté » au travail, mais aussi, si les oreilles indiscrètes s’attardaient, elles auraient crûs que je voulais me faire hospitaliser, et je devrais affronter les regards inquisiteurs de mes collègues et aussi, sûrement, j’aurai gagné le droit à un voyage dans le bureau du chef, et pourquoi pas à un limogeage en règle.

Mais quelque chose me poussait à les appeler.

« – Institut de Thérapie du Rien, Delphine à l’appareil en quoi puis-je vous être utile ?

  • Bon… jour.
  • Bonjour monsieur, en quoi puis-je vous être utile ?
  • J’ai… vu votre annonce…
  • Très bien monsieur.
  • Je voudrais en savoir un peu plus…
  • Très bien monsieur, que voulez-vous savoir exactement ? »

C’était une question banale et normale à laquelle je n’avais pas pensé devoir répondre. Je n’avais pas vraiment de raison de les appeler, j’avais juste eu cette envie, inexplicable, d’appeler et de rejoindre cette cure. J’étais un bout de ferraille rouillé comme nous l’étions tous, immobile, et cette « cure » semblait un aimant, j’étais attiré.

« – En faite, je voulais savoir si c’était possible de vous… de m’inscrire ?

  • Mais bien évidement monsieur ! Comment vous appelez-vous ?
  • Gaspard Dincy
  • Très bien monsieur Dincy, où résidez-vous ?
  • Salt Lake City, Oklahoma.
  • Un américain ! Excellent !
  • Merci !
  • De… rien. Le numéro avec lequel vous m’appeler est-il votre numéro de contact ?
  • Oui.
  • D’accord. Une mutuelle ?
  • Mutuelle de mon travail oui…
  • D’accord, le nom de l’organisme s’il vous plaît ?
  • Avant… est-ce que ça restera confidentiel ?
  • Oui évidemment ! Nous sommes dans le domaine médical et le secret professionnel s’applique.
  • Très bien. Mutuel des Bureaucrates des Sociétés Publics et Privés.
  • D’accord merci. Avez-vous des questions ?
  • Euh… c’est bon ? Je suis inscrit ?
  • Oui, nous vous envoyons par mail ou par courrier le nécessaire pour commencer votre cure ! Que préférez-vous ?
  • Le plus rapide.
  • Par mail donc.
  • Oui… mon adresse mail…
  • Non monsieur, nous l’avons grâce à votre mutuel.
  • Très bien… et je le recevrai quand ?
  • Vous devez l’avoir reçus monsieur.
  • Ah… perd pas de temps !
  • Non ! Pour délivrer nos patients de leur mal-être nous n’en perdons pas !
  • Excellent…
  • Je vous dis à bientôt monsieur Dincy !
  • Ah… merci oui… à bientôt ! »

C’était si rapide. Je ne pouvais résister, j’étais pris dans l’inertie, aucun retour en arrière possible.

J’ouvris ma boîte mail, j’avais effectivement reçu leur mail. On me donnait le choix entre une place en institut en Suisse, dans les Alpes, dans quelques petites montagnes du Vermont, et au Japon près du Mont Fuji.

Évidemment, j’ai choisi le Vermont, pour rester au pays, je pensais déjà que ç’allait trop vite, je ne voulais pas me déraciner complètement, me perdre. Quand on est coincé dans la routine, la vitesse d’un changement dans la vie peut vite devenir difficile à encaisser, ou mal finir, car impossible de s’habituer si vite au changement. C’était presque ce qui m’était arrivé quand je fus muté dans l’Oklahoma.

Je pouvais aussi choisir la date de mon séjour, mais je n’avais pas à mettre de date pour mon retour, cela se ferait « à la discrétion du patient et de son/ses médecin(s) attitré(s) ».

Je pouvais partir le soir même, et c’est ce que je fis. Je ne devais pas me laisser le temps de tergiverser, j’aurai annulé si j’avais l’opportunité de cogiter.

Je sortis des toilettes du bureau, tout le monde me regardait. Je m’installai à mon bureau, mon vole pour Killington, Vermont m’attendais, je n’avais qu’à faire semblant de travailler quelques heures. Semblant car je n’avais plus du tout envie, ni la force de continuer le même travail monotone. Mon corps et mon esprit paraissaient s’être harmonisés au moment même où j’avais fini mon coup de téléphone.

Je regardais mes collègues travailler, je souriais intérieurement. Je savais que je ne les reverrai plus jamais et j’en étais heureux. Tout, enfin, aller changer.

Les heures semblaient interminables, je m’occupais en balançant des bouts de papiers à mes collègues. Ce qui aurait pu me faire arrêter pour sabotage mais je n’en avais plus rien à carrer de mes collègues amorphes ni de mon travail répétitif. J’allais en montagne, dans l’Est, me reposer. Je me rappelle encore les visages surpris et limite traumatisés par mon comportement.

Voilà ce que nous étions. Des robots programmés à ne jamais dévier de notre but : le travail. Rien d’autre. Tout était fait, et bien fait, pour que nous n’ayons pas à remettre en doute le but de nos existences.

Mais moi, j’étais libre. J’avais dévié. J’avais osé dévié. Et jamais je ne redeviendrais ce monstre, ou plutôt ce zombie vide, grâce à ma thérapie du Rien.

Jaskiers

Félicitations ! Vous avez été choisis pour…

Harry avait reçu l’un de ces mails, que nous considérions, nous, ses ancêtres, comme un spam ou une mauvaise blague, mais à l’époque futuriste d’Harry, c’était on ne peut plus vrai.

« Vous avez été sélectionné pour séjourner une semaine dans l’espace ! »

Autant vous dire que Harry aurait préféré rester les pieds sur la bonne vielle planète Terre. La société du milliardaire Elon Besoz sélectionnait, au hasard, une personne chaque année pour aller séjourner sur la Lune. Pourquoi ? Parce que le millionnaire l’avait décidé ainsi il y a quelques décennies. Et pour vous mettre dans l’embarras, cette société n’hésitait pas à rendre publique votre sélection.

Évidement, certaines personnes auraient vendu leurs parents pour marcher sur la Lune. Et le richissime Elon avait des aficionados qui buvaient chacun de ses mots et acquiesçaient à chacune de ses décisions. Même après sa mort, il était perçu comme un demi-dieu.

Harry, lui, n’en avait que faire de la Lune. Depuis près de 50 ans, ce voyage vers la Lune, qui se déroulait une fois par an pour un pauvre bougre, était devenue ennuyeux à ses yeux. Il avait 22 ans, née en plein milieu de ce phénomène de tourisme spatial.

Pour nous, les ancêtres d’Harris, le tourisme spatial n’en est qu’à ses balbutiements. Pour lui, c’est une chose normale, rentrée dans les mœurs. On ne va plus en vacances au bord de la mer ou à l’étranger, mais sur Mars. On navigue dans les anneaux de Saturne, on observe les trous noir depuis des vaisseaux de vacanciers, on ne les traverse pas encore, ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Personne n’ai jamais revenu de ces trous noirs, des animaux puis deux hommes ont franchi un trou noir, aucuns n’est jamais revenus. Le mystère plane encore autour d’eux.

« Félicitions Harry Bertimore ! Vous êtes l’heureux gagnant du tirage au sort planétaire, vous voici détenteur de votre ticket pour un séjour sur la Lune d’une semaine ! »

Harris ne lu pas le mail entièrement. Il referma sa boîte mails, qui avait remplacé nos boîtes aux lettres actuelles depuis une centaine d’années, lorsque son téléphone portable, qui n’était rien d’autre qu’une puce implantée dans une main et que l’on activait par un simple toucher de la paume, se mît à émettre un son de notification. Puis un deuxième, un troisième. Ça ne s’arrêtait pas.

Il darda un coup d’œil pour savoir qui étaient les auteurs de ses messages.

Deux amis, son petit frère et un message vocal de sa mère.

Il ferma sa main droite contenant la puce téléphonique, geste qui consiste à éteindre son téléphone de nos jours.

Le jeune Harry resta planté sur sa chaise (qui n’avait pas de pieds, mais flottait doucement), il allait falloir dire à Space Kicks qu’il refusait leur voyage, une première dans l’histoire. Sa photo, ses informations, étaient déjà étalées sur l’UltraWeb, notre internet actuel, sauf que cet Ultraweb consistait en la même chose qu’avec le téléphone, une puce, dans la mains gauche dans le cas d’Harry. Ouvrez votre main et internet s’affiche de manière holographique devant vos yeux. Et uniquement les vôtres.

Toute la planète le connaissait maintenant, sans le vouloir, sans le désirer. Il allait être la cible de nombreux jaloux, des médias et de l’humanité toute entière.

Le monde allait le traiter comme un paria, un être ingrat, irrespectueux, mais jamais il ne quitterait la planète Terre. Pourquoi aller sur la Lune quand il n’était jamais sorti de son pays ? Rien n’était original dans ce voyage sur la Lune, car il était estimé que 2 personnes sur 5 avaient déjà visité la Lune et sa face sombre.

Il ouvrit sa main gauche, ouvrit le réseau social en vogue, FaceIntra et posta : « Je donne ma place pour le voyage sur la Lune. Premier arrivé, premier servit. »

Il reçut tellement de notifications qu’ils lui donnèrent le vertige. Il ferma son poing. Les notifications explosaient dans ses oreilles, il avait fermé l’IntraWeb mais les notifications continuaient à lui vriller les tympans. La technologie avait encore des bugs à cette époque, liés principalement à la difficulté de fusion entre corps humain, organique, et la technologie. Plus d’écran bleu, mais des décharges et des sons stridents se propageant dans tout votre corps. Le progrès !

L’envie d’arracher ces puces, ces « BioTechImp », lui vint, et ce n’était pas la première fois.

D’inquiétante enquêtes faites par des « anciens », surnom donné à ceux qui refusaient les implantations et ce, peu importe leur âge, ont révélé les secrets de ces centaines d’entreprises créant ces petites puces de très hautes technologies. Ils avaient découvert que des « programmes expérimentaux » avaient été installés dans ces petites perles de technologies. Ces programmes expérimentaux consistaient à récolter et à tester des « logiciel » permettant de « lire » dans les pensées et il y aurait même eut des logiciels expérimentaux amassant des datas dans le but prochain de pouvoir contrôler un corps « pucé ».

Les médias se sont faits les relais de ces enquêtes, sérieuses et minutieuses, mais des philosophes, des scientifiques, médecins et autres commentateurs ont accusé ces « anciens » d’être des adeptes de la théorie du complot, des ennemis du progrès et du futur.

Toujours est-il que Harry était devenu de plus en plus anxieux et sceptique envers cette technologie. Très peu de personne vivaient sans implants. Si l’on devait comparer à aujourd’hui, ne pas avoir de « puce » serait comme ne pas avoir de téléphone (smartphone ou fixe).

Perdu dans ses doutes, plongé dans une anxiété terrible et les sonneries incessantes, le jeune homme entendit des tambourinements dans sa porte. Croyez-le ou non, les portes non pas vraiment évoluées. Des accidents avec des portes blindées s’ouvrant automatiquement à votre passage à une vitesse incroyable a écarté la technologie des portes. Qu’elles ont été ces incidents ? Des membres écrasés, des corps décapités. Des hackeurs avaient trouvé le moyen de les contrôler et… de tuer.

Vous vous demandez peut-être si les implants, les « puces », pouvaient être hackés ? C’était possible. Et autant vous dire que certaines victimes de piratage se sont suicidées. Imaginer que quelqu’un prenne le contrôle de tout ce que vous pouvez voir, toucher ou entendre, projeter ce qu’il veut à vos rétines et enregistrer tout ce que vous faite ?

Enfin, Harry s’approcha de la porte à tâtons.

« – Harry ouvrez !

  • Je… ne suis pas intéressé par la Lune.
  • Nous non plus !
  • Partez !
  • Non, nous pouvons vous aider !
  • Qui êtes-vous ?
  • Des « anciens ».
  • Et que me voulez-vous ?
  • Vous aider.
  • Comment ?
  • L’expliquer derrière une porte ne va pas être chose aisée, ni discrète. »

Harry qui ne recevait jamais de visiteur senti en son for intérieur qu’il lui fallait ouvrir et voir ce que pouvait lui proposer les « anciens ». Qu’avait-il à perdre ?

Il ouvrit et vit une jeune femme, deux hommes, un dans la trentaine et l’autre, plus vieux, dans la soixantaine. Ils rentrèrent sans se faire prier.

Puis, des lumières bleues et rouges émirent leurs lumières par les fenêtres.

« – Harry, il va falloir être courageux.

  • Vous êtes des flics !
  • Non, mais eux dehors oui. Je suppose que l’on a été suivis. Suivez-nous, ne doutez pas, obéissez jusqu’à ce que nous soyons hors de dangers
  • Putain, mais j’ai rien demandé.
  • Justement, vous êtes une victime ici, laissez nous vous aidez.
  • J’ai plus rien à perdre, allons-y. » Répondit Harry, dépité.

La jeune femme, celle qui était l’interlocutrice de Harry, sortit un vieux calibre, nos calibres du présent.

« – Une porte de sortie par l’arrière ?

  • Oui.
  • Ils ne doivent sûrement pas le savoir, enfin pas encore. Prenons-les de vitesses. Vite. »

La petite troupe sortit par la porte de derrière. Et ils s’enfoncèrent dans la ville tentaculaire, au loin, une forêt et quelque part au milieu, un refuge. Du moins, c’était ce que le jeune homme pensait. Les gens réfractaires à la technologie vivent dans la nature n’est-ce pas ? C’était ce qu’il avait vue à la télévision en tout cas.

La vie d’Harry avait basculé à jamais, sans n’avoir rien demandé. Rien ne change entre son époque et la nôtre, parfois, nous n’avons pas le choix, ou bien, ce choix est une mascarade. La vie a en réserve une bonne dose de mauvaise surprise. Et elle en a plus que des bonnes, de ces mauvaises surprises. Malheureusement.

Bonne chance Harry !

Jaskiers

Atterrissage forcé

Ce récit fait presque 2 000 mots. Je n’ai pas pensé judicieux de le diviser en chapitres. Lisez-le à votre rythme.

Aux humains qui liront ce témoignage, j’ai utilisé votre langue et essayé de simplifier au maximum sa rédaction pour une compréhension plus simple pour vous.

Je n’ai pas pu identifier avec précision les causes de notre atterrissage forcé sur la planète bleue.

Un de nos moteur anti-gravitationnel a cessé de fonctionner, ainsi que les commandes permettant à notre vaisseaux de reprendre de l’altitude. Quelque chose semble avoir brouillé notre technologie. Je présume que cette panne provient d’un élément naturel de votre planète, et non d’un acte humain tel un missile ou une quelconque technologie défensive de votre part.

L’exploration des planètes, dont mon unité est chargée, réserve parfois quelques surprises. Votre planète n’est pas sans danger même avec notre technologie qui dépasse grandement la vôtre.

Mes camarades ont fait leur possible pour essayer de redresser notre vaisseau. Mon rôle dans l’organisation inter-galactique à laquelle j’appartiens été de coordonner les différentes unités et de les dispatcher selon leur domaine de recherche respectif. J’étais en quelque sorte le chef de l’expédition hors du vaisseau, je n’avais aucune responsabilité quant à l’état, l’entretien, le contrôle de notre engin.

Nous avions repéré votre planète depuis plus de 500 ans, selon votre philosophie du temps.

La manière dont vous avez organisé votre temps, seconde, heure, minute, jour, semaine, mois, année, est unique et pathétique. Chaque planètes habitées par des entités ont leur propre mesure du temps. Comme vous, elle est souvent basée sur les changements climatiques, les saisons.

Seule change la manière dont les entités utilisent ce temps. Vous, humain, êtes limités par votre petite espérance de vie. Votre vie est la plus courte de toute les entités intelligentes de votre petite galaxie.

Mon but, en tant que chef d’expédition planétaire inter-galactique, est de rentrer en contact avec les êtres intelligents habitant une planète, d’apprendre et d’étudier leurs philosophies de vie, leurs habitudes, leurs connaissances.

Nous avions une unité pour l’environnement, prenant en charge l’étude des espèces vivantes, végétale et animalières, ainsi que le climat et le fonctionnement de cette biodiversité et son influence sur la planète.

La votre, selon les renseignements de cette unité et après plusieurs milliers visités sur votre planète, est gravement endommagée par vos agissements. Le profit, l’argent, cette méthode de rétribution à vous, vous a fortement poussée à exploiter vos ressources sans chercher d’alternatives. Résultat : nous venions pour observer les résultats de vos agissement sur votre planète. J’étais donc en charge de votre étude, vous diriez dans votre vocabulaire que je suis un anthropologue.

Revenons au crash du vaisseau Dedalus, mon vaisseau.

Notre vitesse de descente étant extrêmement élevée, je ne pu que donner l’ordre, si nous survivions, de nous mêler aux humains de la planète Terre jusqu’à ce qu’un appareil de la division Minotorus vienne à notre secours.

Notre vaisseaux termina sa course dans le pays appelé États Unis d’Amérique, dans le désert dit de l’Arizona.

Je peux dire que je suis le seul survivant du crash. Mes camarades sont « morts ». La mort chez nous n’a pas la même signification que la vôtre. C’est pourquoi je ne les pleure pas et, après être sorti des débris du site du crash, j’ai erré pendant de longues heures, seul, avant d’atteindre un poste de votre civilisation, appelé « ville » dans votre jargon. Mes compétences m’on permît de me fondre dans votre société, au moins physiquement grâce à l’aptitude inée, que nous avons développé pendant des millénaires chez nous, qui consiste simplement à transformer nos corps d’origines en n’importe quel autre forme vivante. Je suis donc devenu un humain, physiquement.

Votre corps est extraordinaire mais il nécessite beaucoup d’entretien.

La faim, la soif, le sommeil. J’ai expérimenté avec ces phénomènes. Pour fonctionner correctement, vous avez besoin de ces 3 choses. Mon être physique extraterrestre n’en a aucunement besoin. Il a fallut du temps pour comprendre le fonctionnement du votre. J’ai même dû plusieurs fois me métamorphoser en mon être physique normal pour réfléchir et éviter de mourir de faim ou de soif.

Il est étonnant de voir comment fonctionne votre cerveau, encore plus de découvrir que vous ne l’utilisez que très peu. Ses capacités sont importante, peut-être aussi complexe que le mien, mais vous ne l’utilisez pas au maximum de ses capacités. Peut-être est-ce parce que vous êtes des êtres encore récent. Le temps, espérons le, vous amènera a l’utiliser à fond. J’ai remarqué que beaucoup d’entres vous, ceux qui se forcent à l’utiliser et à le maîtriser, tende à être désarçonné et que vous tombez régulièrement victime de la puissance de ce cerveau, en résulte une sorte de torpeur psychique que vos médecins appellent « dépression ».

Les capacités de votre corps sont aussi très intéressants. Saviez-vous que votre peau supporterait d’être sans protection dans l’espace ?

Le fonctionnement de vos organes, votre mécanique, est complexe, ce qui est fascinant. Votre système nerveux m’a demandé beaucoup de temps pour le comprendre. Votre cerveau est lié à votre physique. Ce système nerveux est sensible a l’extrême, vous en négligez trop son existence et l’importance qu’il a dans votre vie.

J’ai compris votre obsession du temps à la vue de votre très courte espérance de vie. Vos corps dépérissent rapidement ainsi que votre cerveau.

Vous êtes ainsi obsédé par ce que vous appelez « la mort ». Vous avez créé des idoles, inventé des histoires pour vous rassurez, auxquelles vous croyez dur comme fer, trop peut-être. Cela vous mène à des confrontations terribles. Beaucoup d’entre-vous êtes prêt à tuer pour vos idoles.

La mort mais surtout la vie après la mort est une des causes de vos grands heurts. Je ne peux vous éclairer sur ce sujet, n’étant jamais mort sur la planète Terre, mais je puis vous direz ce qu’il se passe pour nous.

Nous vivons, nous les extraterrestres, des milliers et des milliers d’années si l’on compare notre temps au vôtre.

Nos corps ne dépérissent pas ou très peu. Contrairement à vous qui êtes une espèce très jeune, la notre est infiniment plus vielle, à tel point que vous n’avez pas de mots pour la mesurer.

Je pense que notre longue existence a débuté quand nous avons appris à dompter notre cerveau. Je pense que pour vous, cela sera pareil, mais des milliards d’années sont nécessaires à l’acquisition et à la maîtrise des pleines capacités de vos cerveaux

Nous mourrons, suite aussi au dépérissement de nos corps, mais cela comme écrit avant, ce déroule sur les milliers d’années.

Pensons-nous a une vie après la mort ? Non, des milliers d’années sont suffisantes, notre vie a été remplie. Nous appelons la mort le grand sommeil. Nous ne prétendons pas, ni ne voulons, une autre vie après la mort, ayant eu assez de temps de vie durant notre existence.

Évidement nous ne croyons pas en des idoles, des dieux ou autres.

Je passe maintenant au fonctionnement de votre société, très succinctement.

Ce n’est pas forcément la loi du plus fort, mais plutôt celle du plus malin ou intelligent, qui vous gouverne.

Ce qui vous gouverne profite de vous, nous pouvons descendre jusqu’à vos « patrons » et « pdg ». Vous semblez avoir accepter de travailler pour autrui.

Sur ma planète, pas d’argent. Nous avons un but commun, l’exploration. Nous travaillons comme nous le voulons et où nous le voulons. Pas vraiment d’élite ni de gouvernement. Toutes les décisions sont prises naturellement, aucune concertations, nous savons où nous allons et quoi faire. Cela est dû à notre société qui existe et subsiste depuis plusieurs centaines de milliers d’années.

Votre technologie est avancée, de votre point de vue, mais elle reste très en retard par rapport à la notre. Évidemment, cela est dû, ici aussi, à notre longue existence comparée à la vôtre et encore une fois, à vos pauvres capacités intellectuelles.

Si il y a une chose que je n’ai pas compris, c’est ce que vous appelez l’ « amour ». J’ai vu des humains « mariés », ils s’appartenaient l’un à l’autre. Quelque chose dans votre cerveau vous pousse à tomber « amoureux ».

Je me suis grandement amusé de ce stupide attachement que vous pouviez avoir pour une personne. Le contact physique, les sentiments, la fornication dans le seul but du plaisir, cela m’était totalement étranger et me semblait puérile, digne d’une des plus méprisable et arriéré espèce que j’avais étudié jusque-là. Jusqu’au jour où, ayant forme humaine, je suis tombé « amoureux ».

Dès que j’ai découvert ce sentiment, qui me rendait aussi joyeux que triste, je décida de me métamorphosé en mon être physique extraterrestre dans le but de supprimer et de guérir de ce sentiment comme je le faisais avec la faim et de la soif. Mais, à mon grand désarroi, ce sentiment ne disparut pas. Je devais même me retransformer en humain pour pouvoir voir l’humain que j’aimais et pouvoir l’approcher.

Je ne me rappelle pas, dans l’histoire de l’évolution de mon espèce, avoir entendu parler d’amour, d’un attachement avec un autre être, un sentiment très puissant, addictif et déstabilisant. Je présume que nos ancêtre ont supprimés ces sentiments en les réprimants jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Pour une existence, une société plus sage et compétente.

Notre espèce s’accouple artificiellement, par le biais de nos médecins. Une opération bénigne, pour le mâle et la femme, une seule, pour créer une progéniture qui grandit dans une sorte de caisson. Un enfant pour chacun d’entre nous, de manière à garder une population relativement stable. Jamais nous ne rencontrons notre enfant, ni la personne avec qui nous partageons sa mise au monde.

Mon existence sur la planète Terre a été bousculée. Je ne voulais plus retourné sur ma planète mais rester avec l’humain que j’aimais. Mes compagnons ont envoyés une équipe de secours qui est venu me récupérer mais j’ai refusé.

Je leur ai expliqué la cause de mon refus. Ils pensèrent que j’étais atteint d’une maladie humaine, inconnue et puissante, une sorte de virus. Ils voulurent m’emmener de force retrouver mon peuple. J’ai combattu fortement, envoyant un message à ma communauté, en leur exposant ma situation.

Ils décident actuellement du sort qu’ils me réservent. Pour eux je suis atteint d’une maladie propre à l’être humain, que vous appelez l’amour.

Je me suis métamorphosé en homme de plus en plus souvent car après avoir observé votre société, j’ai réalisé à quel point il était relativement plus beau d’être un Homme amoureux.

Je suis tomber amoureux d’un homme, de sexe mâle. J’ai réalisé que j’étais, après plusieurs observation, ce que vous appelez « Homosexuelle ». Là, j’ai découvert à quel point certains d’entres vous exècre quand deux personnes du memes sexe s’aiment.

Vous êtes une espèce compliquée, conflictuelle, cruelle, injuste, violente, faible, stupide, lente, homophobique, raciste et j’en passe mais vous avez ce phénomène appelé « Amour » qui n’appartient qu’à vous. Je n’ai jamais vu d’autre espèce « s’aimer », je n’avais jamais vue de « tendresse », « d’affection », « d’attachement » dans aucune autre espèce, et j’en ai vu des milliers.

Je fus atteint de ce phénomène. J’utilisais mes connaissances sur votre espèce et l’homme que j’aimais s’avéra m’aimer en retour.

Je ne pourrais vous décrire ce que cela fait d’être aimé pour la toute première fois après plusieurs milliers d’années d’existences. Vos livres, vos contes, vos fables, vos histoires, vos musique aussi vieux qu’ils soient ne parlent pas d’un être qui découvre l’amour après tant de temps.

J’appris doucement à aimer, à connaître mon amoureux comme jamais je n’avais connu d’autre entités, d’autres personnes, d’autres êtres.

Découvert aussi à quel point l’ « amour » est dangereux et parfois attire la haine. La haine, la colère est un trait que partage toute les entités intelligentes que j’ai pu rencontrer. Mais rare était le niveau de violence dont j’ai fais l’expérience chez vous. Vous excellez dans le domaine de l’horreur, signe d’une espèce encore loin d’être intelligente et évoluée.

Il ne m’aime plus, mon amoureux, apparement, il est possible de ne plus aimer. Ce n’est pas mon cas.

J’ai décidé d’attendre, peut-être repartirai-je un jour de votre planète, j’attends comme écrit plus haut la décision des miens quand à mon sort. Je voudrais rester et continuer à aimer et surtout à être aimer.

Peut-être nous croiserons-nous.

Jaskiers

La Porte Dorée

En une file longue d’une dizaine de personnes, vous vous retrouvez la dernière.

La première personne passe par une porte qui, quand elle s’ouvre, laisse passer une lumière blanche très vive.

Personne ne réagit, tout semble normal. Vous vous tenez donc dans cette file, vous attendez votre tour pour franchir cette porte.

Pourquoi ? Comment vous êtes-vous retrouvé ici ? Pourquoi tout est blanc, sauf cette porte, qui est dorée ? Vous ne vous posez pas la question, c’est comme si cette scène était normale, comme si vous l’aviez attendu toute votre vie. Comme si vous saviez le sens, la signification de votre présence dans cet endroit. Mais vous ne savez rien, vous avez juste ce sentiment mystérieux d’être à votre place.

Une deuxième personne passe dans la lumière, la porte doré et sculptée de fioritures se referme derrière elle. Elle ne fait aucun bruit, ni à l’ouverture ou à la fermeture.

Les gens avancent d’un pas, vous aussi. Personne ne parle, personne ne pose de question, personne ne se retourne. Vous attendez, comme eux, de passer la porte.

L’idée de ce qu’il pourrait y avoir derrière cette porte ne vous traverse l’esprit qu’une petite seconde. Au final, tout le monde y passe, et personne ne semble s’en plaindre. Pourquoi vous plaindriez-vous ?

Personne ne pose de questions, pourquoi en poseriez-vous ?

Personne ne parle, pourquoi parleriez-vous ?

La porte s’ouvre, une autre personne s’engage dans la lumière vive, son ombre s’enfonce dedans et la porte se referme. Vous avancez encore d’un pas.

Vous entendez une voix, vous la connaissez, une voix familière, on vous appelle ! Vous tendez l’oreille, vous ne comprenez pas ce que la voix dit mais son ton est pressant, elle semble dire quelque chose d’urgent, elle essaie de vous prévenir de quelque chose.

La porte s’ouvre, une nouvelle personne est engloutie.

Cette voix, vous êtes sur que vous la connaissez, « n’y vas pas ! » semble-t-elle dire.

Une nouvelle personne est engloutie.

La voix se fait pressente, elle vous dit que vous n’êtes pas à votre place ici.

Vous avancez encore d’un pas. La porte dorée s’ouvre encore, elle émet un bourdonnement maintenant que vous êtes proche d’elle, une vibration, que vous ressentez dans tout votre corps. Ce n’est pas douloureux, ni effrayant mais curieux. En faite, cette lumière vous attire, vous avez envie de passer à travers cette porte comme toute les personnes avant vous.

Mais cette voix familière retentit, elle semble vous avertir encore, elle vous demande de ne pas suivre ces gens, que vous n’avez rien à faire ici, que ce n’est pas le moment. Vous ne savez pas à qui appartient cette voix mais vous l’entendez.

Les personnes s’engouffrent dans la lumière, trois personnes à passer puis ce sera votre tour. À chaque fois que la porte s’ouvre, vous ressentez une douceur bienveillante, accueillante mais la voix vous dit de ne pas franchir la porte, de s’écarter.

La porte s’ouvre, vrombissement, doux ressentis, légère chaleur. C’est bientôt votre moment.

Une force terrible vous pousse hors de la file, les gens qui la composent vous regarde, ébahis, choqués.

Vous communiquez votre désarroi par un hochement d’épaule.

Tout s’effondre autour de vous, et doucement vous ouvrez les yeux, allongé dans votre lit.

Jaskiers

Seule dans l’herbe.

Je la vois, assise en tailleur au milieu de l’herbe, bien qu’il y ait des bancs et des tables de pic-nique, et elle se dandine, seule.

Un gros casque sur les oreilles, un joint se consume lentement entre ses doigts. Ses cheveux châtains sont coiffés en deux nattes, une à gauche et une à droite, encadrant presque son visage.

Les yeux fermés, elle danse assise, secouant ses épaules, remuant la tête. Elle sourie parfois, levant sa tête en direction du soleil.

Les gens passent, la regardent mais ne bronchent pas. Elle est dans son monde à elle, dans son truc. Étonnamment, personne ne rigole ou ne semble la juger.

En elle nous envions peut-être son courage, courage d’être dans son truc à soi en public. Elle ne gêne personne.

Elle semble en transe, et à l’observer, vous pourriez aussi tomber dans une sorte de zone rien qu’à vous. Je ressens cette chose, je suis heureux pour elle, elle fait ce qui la rend heureuse sans se soucier du regard des autres. J’ai quelques angoisses, celle qu’un homme vienne la déranger dans son trip. Elle ne demande rien à personne, n’embête personne, les yeux toujours fermés, j’ai peur qu’un type qui se prends pour un Don Juan, un de ces hommes qui se croient tout permis, comme boire une canette de bière pour la jeter dans le cours d’eau pas loin, ne vienne la déranger. Mais si un homme l’approchait ? Mais si ? Elle se fiche des « mais si ». Son audace à être dans son monde éloigne les gens qui ne sont pas invités à partager ses moments. Heureusement, tous le monde passent son chemin sans l’embêter. Heureusement, ils semblent tous pressés.

Je ne la regarde que par intermittence, je ne veux surtout pas avoir l’air d’un de ces types bizarres qui fixent les femmes. Mes mon regard est irrésistiblement attiré vers elle et sa danse.

Depuis que je l’ai vu, je me demande quel genre de musique elle écoute. J’imagine qu’elle plane sur du M83. Enfin, c’est le genre d’effet que ces musiques me font.

Je m’imagine être un photographe de rue, la prenant en photo puis aller lui demander si elle est d’accord avec ça et pourquoi pas tirer un latte de son joint si elle me le propose. Où même entamer une conversation. C’est là que je bloquerai, lui demander si elle fait ça souvent, lui poser des questions sur cette activité qui semble la rendre heureuse me mettrai mal à l’aise. Je ne voudrai pas qu’elle pense que je la juge. Au final, c’est plutôt de l’admiration. Et elle n’a pas à se justifier.

Je m’allume une cigarette, je la vois bouger son buste lentement de gauche à droite, les bras écartés, les mains dessinant de souple et gracieux mouvements, elle est tranquille, carrément dans un univers différent du nôtre.

Moi, je suis assis sur une table de pic-nique gravée d’insultes et de noms, une cigarette à la main, tendu mais fasciné. Je suis tout le contraire de cette femme, et pourtant j’aimerai avoir cette confiance, de danser et d’être dans mon monde, au milieu des gens et de leur jugements.

On peut être différent de quelqu’un, diamétralement opposé et s’admirer, se respecter, s’envier même.

Je me lève et je repars, j’espère qu’elle continuera à s’évader de cette manière, sans personne pour la gêner. J’espère un jour atteindre ce degré d’amour propre.

J’espère, et elle, agit.

Respects.

Jaskiers

Mon homme à la mer

C’était une croisière d’été. Il y avait un melting-pot de personnes de tout bord sur le paquebot.

Faby faisait sa première croisière, mais ce n’était pas des vacances, non. En tant qu’animateur, son job n’était pas de tout repos. Il fallait divertir les vacanciers, leurs proposer des activités variées. Carnavals, karaoké, sport, spectacles. Ses collègues étaient pour la plupart des jeunes gens, comme lui. Il avait des affinités avec certains et avec d’autres, juste une entente cordiale. Ne surtout pas faire de vague, aucun conflit n’était toléré, du moins aucun conflit qui nuirait au bon déroulé de la croisière. Les conflits venaient principalement des vacanciers. Tout les âges, toutes les origines s’y mêlaient. Et bien sûr, tout les caractères.

Des disputes éclataient, bien plus souvent que les gens peuvent peuvent le croire. On avait beau être sur un immense paquebot dernier cri, avec tout ce que pouvait désirer un vacancier, rester dans un lieu clôt, sans possibilité de s’en écarter entraînait des disputes, des bagarres, des heurts de toutes sortes. C’est pour cette raison que Faby et ses collègues avaient pour objectif de divertirent cette masse.

Sauf que, malgré toutes ces activités, les vacanciers semblaient toujours trouver un prétexte pour provoquer des disputes. Faby pensait que c’eut été une opportunité en or pour un anthropologue d’observer ces êtres humains ayant dépensés une coquette somme pour voguer autour du monde, prendre du bon temps mais qui trouvaient le moyen de pimenter leur séjour de péripéties. Péripéties puériles la plupart du temps. Ils s’étaient divisés en groupes, comme dans les télé-réalités, et cherchaient à nuire aux autres groupes. Les adultes se comportaient comme des enfants gâtés, pendant que leurs enfants, eux, profitez pleinement de leur pause estivale, ne donnant aux organisateur qu’à soigner leurs petits bobos.

Ils étaient devenus de vrais enfants, ces adultes. Toujours, ils devaient garder un œil sur les tensions prêtes à éclater. Toujours être sur ses gardes. Ne jamais élever la voix, c’était l’une des directives de la compagnie : surtout ne jamais élever la voix, ni gronder un client. Ils avaient payer et n’étaient pas là pour recevoir une semonce. Le client est roi.

Tout allaient plus ou moins bien sur le paquebot, deux semaines s’étaient écoulées. Tout basculât dans la matinée du lundi de la troisième semaine.

Faby avait le droit à un peu de repos le lundi matin après avoir occupé ces adultes-adolescents pendant tout le week-end. Il pensait que les touristes profiteraient eux aussi de leur lundi pour se reposer, flâner, profiter de leurs vacances bien méritées (et dûment payées !) mais c’était être trop optimiste.

Une sirène retentît, le levant du lit, lui et ses autres collègues en congés. C’était l’alarme qui signalait la pire chose qu’il puisse arriver à quelqu’un sur un paquebot au milieu de l’Atlantique ; c’était le signal d’avertissement d’urgence, une personne avait disparue.

Faby enfila son short kaki clair et son polo blanc floqué de son nom et du logo de la compagnie. Tel des militaires appelés au combat, lui et ses collègues s’habillèrent en vitesse et sortirent en direction du pont principal, là où il y avait du mouvement, où il y avait le plus de vacancier.

Des visages crispés, des femmes et des enfants qui pleurent, cela ne présageait rien de bon, pensait Faby.

« Qu’est-ce qu’il se passe ? » C’était les mots de chaque employés, on leur répondait, entre les pleurs des enfants et les lamentations des parents qu’une dispute entre un couple avait éclatée et que l’homme avait apparement sauté à la mer.

Faby sentit son estomac se crisper, c’était peu probable que cela arrive, la compagnie leur avait dit de laisser ce genre de problème au capitaine du bâtiment et ses hommes. Mais aucun homme ou femme du capitaine n’était sur le pont. Ils n’étaient nul part à première vue.

Quand on demanda qui avait déclenché l’alarme, un passager se justifia, c’était lui mais pour une bonne raison, quelqu’un s’était jeté à la mer !

Entre les pleurs, les cris, les paroles des hommes qui se montraient courageux, seulement par leurs paroles et propositions insensées, il fallait se frayer un chemin et atteindre la barrière de sécurité.

C’était ici, que l’homme, après s’être disputé avec sa compagne, avait sauté. Où était la femme ? On l’avait ramenée dans sa chambre, accompagnée d’autres femmes pour la conforter dans son malheur.

Une question taraudait Faby, avait-il été victime d’une agression ? S’était-il vraiment jeté par dessus bord de son plein gré ?

Le capitaine arriva. Lui aussi, posa les mêmes questions que Faby et ses collègues, ils obtint les mêmes réponses. Il demanda à un de ses matelots de sortir sur le pont supérieur, réservé au capitaine et à ses mousses, pour scruter la mer avec des jumelles spéciales, dernières pointes de la technologie, pouvant capter la chaleur d’un corps en pleine mer. Il y avait bien plus de cinq minutes qu’il avait sauté, les chances de le retrouver vivant était quasi-nul, pauvre diable au beau milieu de l’Ocean Atlantique.

Le capitaine donna ses ordres par talkie-walkie, mettre le bateau au point mort et scruter. Faire marche arrière était impossible car ils perdraient la position exacte, ou supposée, de l’homme.

Le capitaine c’était sûrement posé la même question que Faby, l’avait-on poussé à la mer ? C’était presque impossible qu’une personne puisse, de son plein gré, sauter de si haut, dans une mer froide, au milieu de nul part. Si ça avait été un suicide, il y avait des moyens plus rapide pour se donner la mort.

Le capitaine au cheveux poivre et sel et à la barbe longue et bien taillée (il ne lui manquait qu’une pipe et il était l’archétype du capitaine de bateau des romans et des films) demanda à ce qu’on aille chercher la femme du plongeur. Il allait falloir poser les questions, les vraies, difficiles, celles qui fâchent même dans une situation pareille, le capitaine se sentait chargé de les poser et d’éclaircir la situation. Il savait aussi que jamais ils ne retrouveraient cet homme, il était perdu, mort, il allait rejoindre les Léviathan de Melville, il était peut-être même déjà parmi eux. Sauf que lui avait rejoins Achab et ses fidèles en enfer. L’animal ne séjourne jamais en enfer.

La femme arriva. Faby fut surpris, aucun chagrin ne semblait marquer son visage, aucune inquiétude, aucune tristesse.

Le capitaine ne prit pas de gants et lui demanda tout de go ce qu’il s’était passé.

La femme répondit que son homme était jaloux, possessif. C’était devenus impossible à vivre, il avait choisis de sauter.

Avait-il eu des idées suicidaires avant ? Oui, il menaçait sans cesse de se tuer. Maintenant c’était fait.

Que ressentait-elle ? À la stupeur générale, voici ce qu’elle répondit :

Il y a pleins d’autres hommes dans le monde. Autant qu’il y a de poissons dans la mer.

Tous étaient resté bouche-bées. Certains émirent un son de surprise et même de protestation.

Puis elle reprit la direction de sa cabine.

Faby était lui aussi resté coi. Que penser de cette réaction ? Fallait-il blâmer cette femme qui, au final, n’avait dit que ce qu’elle pensait, même si cela était violent ?

Faby décida de ne pas juger, l’être humain est plein de ressource et parfois cache ses traumas sous une forme atypique.

L’escale à New-York vit l’interventions de la police, des interrogatoires, une investigation. La croisière fut annulée.

C’était la première et dernière croisière de Faby, car au milieu de la mer, l’Homme semble trop dangereux, versatile, fragile, pour être côtoyé. Il fallait sûrement être né sur la mer ou dans un port pour supporter de réaliser que l’être humain est infime devant l’immensité de la mer, de la planète. De n’être rien et l’accepter. Qu’importe qui l’on est, qui l’on était ou qui nous serons, l’immensité des océans et des mers étaient là pour nous le rappeler. Et à ceux qui ne l’acceptaient pas, parfois, ils plongeaient en pleine mer et finissait par ne faire qu’un avec l’immensité. Peut-être était-ce là leur seule vraie contribution à l’univers.

Jaskiers

Hééééééééééroïne !

Les sons des guitares saturées du Velvet Underground me vrillent les oreilles. C’est un séisme d’images démoniaques dans ma tête, de femmes nues faisant l’amour à des pieuvres.

Et la voix de Lou Reed, qu’il repose en paix, me berce.

Héééééééééroïne ! That’s my wife and that’s my life ahaha !

Putain tu aurais dû sentir ça, quand j’ai injecté le smack !

And when the smack begin to flow, iiiiii really don’t care anymore !

Je suis sûr que Debbie Harris a un jour déambulé dans cette ruelle, laisse moi lécher le sol et sentir son passage ici !

Shiny shiny ! Shiny boots of leather !

Merde c’est pas la bonne chanson, changes !

J’ai la trique rien que d’y penser. Je suis mon ami le rat messager du passé, il connaît le passé. Ça sert à rien mais connaître le futur ça serait déprimant donc je le suis ! Au galop.

And bleeeeeeeeed for me !

Toujours pas la bonne musique hey changes, échanges enfin !

Et la tête, de Médusa, la putain de ma rue, je suis sur que je vais la trouvé dans cette benne à ordure, car une pute, ça vie pas bien longtemps !

And you can’t help me now, you guys,
And all you sweet girls with all your sweet talk,

Et elle sucerai la banane de Andy Wharol. Des bastos dans le buffet, son repas sera complet. Pauvre femme, pauvre homme en manque d’amour. Les hommes, l’amour, ils pensent avec leurs bites, il faut lui couper la queue !

And all the politicians makin’ busy sounds,
And everybody puttin’ everybody else down,

Tu crois que je suis fou, mais en faite je vois beaucoup plus de chose que vous pourriez jamais en voir, enfilez-vous une dose de black tharp, faite passer l’aiguille, de toute façon, on meurt plus du sida non ? Tu l’as sûrement attrapé avec Médusa, ça et là chaude-pisse et la Chlamydia.

Because a mainer to my vein
Leads to a center in my head,
And then I’m better off than dead

Causes sale rat ! Quoi ? La benne à ordure m’appelle maintenant, j’arrive ma belle, tu sens meilleur que mes orteils. Pas solide comme phrase d’approche mais tu ouvre grande ta bouche avale moi !

I wish that I was born a thousand years ago

Un millier d’année c’est quoi quand tu connais le passé hein le rat ? Un millier d’années c’est une goutte d’eau dans l’Ocean de la connerie humaine qui croit que le temps c’est palpable et c’est aussi de l’argent oui maintenant le rat est une baleine, que dis tu Moby Dick ?

I wish that I’d sail the darkened seas,
On a great big clipper ship,
Going from this land here to that

On est tous des Achab sauf que notre noirceur on n’ose pas la montrer. NOON surtout pas hey on est civilisés connasse ! Et la baleine, c’est cette petite voix dans ta tête qui te dit de sauter sur les rails du métro. Cours, voles, navigues la vie et meurs comme tu en as envie hey connasse nages !

Then thank God that I’m as good as dead,
Then thank your God that I’m not aware,
And thank God that I just don’t care,

Oui en faite on aime les gens parce qu’on attends d’eux quelque chose et quand nous l’avons on les jettent, tant qu’à faire, on est des milliards, pas besoin d’être ami-ami avec tout le monde tu sais ! En plus c’est plein de germes leurs peaux et leurs pieds qui sentent le parmesans. Tu sais pourquoi les pieds puent ? Parce qu’ils sont près du sol. Si ça t’excite t’as un plus gros problème que moi mon gars, j’suis p’tetre un camé mais des types comme toi faudrait les enfermer et les castrer. Mettre ta bite à l’air et la coincer dans une porte et appuyer dessus jusqu’à ce que ça coupe !

And all the dead bodies piled up in mounds

Toute ces merdes que les gens jettent ! Tu cherches dans les poubelles d’une famille parfaite, tu apprends tout d’eux et tu les accostes et tu te fais passer pour un prophète à leur yeux. Écoutes, l’humain a appelé un animal « paresseux » t’rends compte ? Le toupet ! Je suis sur qu’eux ils nous appellent les gros connards !

I don’t know just where I’m going,
But I’m gonna try for the kingdom if I can

On va nul part car notre monde est vide, le vrai sens moi j’te le dis si tu veux c’est la mort. Des ténèbres rien après. Vas-y prends place tête de prostitué, laisse moi faire le garrot car oui y’avais bien ta ganache là dedans, entre une capote et une peau de clémentine que j’ai d’ailleurs consommé, la clémentine hein. Personne ne te cherchera pute, qui s’en soucis des putes ? Moi, moi regardes je t’accompagne dans cette benne, je pourrais utiliser ta tête comme un bang ! Si je meurs faite ça de ma tête plutôt que de fumer mes cendres.

When I put a spike into my vein,
And I’ll tell ‘ya, things aren’t quite the same,
When I’m rushin’ on my run,
And I feel just like Jesus’ son

Ah oui ! Donc y’a pas de vie après la mort non non ! Attend, tu crois que t’es important ? Tu crois vraiment qu’il y a un paradis et que tout ira bien là haut ? Mais bien sûr, le paradis pour chacun tu vois Moby, c’est subjectif donc impossible que le paradis puisse exister, ou bien il est personnel dans ce cas, on est seul aussi, mieux vaut les ténèbres ! Tu sais ce que ce serait le paradis pour un mâle ? Du sexe ! Pas très religieux enfin ça dépend laquelle je crois. Une existence éternelle passée entre les nichons brûlés à la cigarette de Médusa. Je te le dis, les aliens nous observent comme si on regardait une série télé, et connard, baisses le son !

Sunday morning, brings the dawn in

Ah c’est déjà le matin ? Mais où suis-je ? Mars et le Groenland en même temps. Laisse moi sortir poser un pied sur cette boue.

Watch out, the world’s behind you
There’s always someone around you who will call

Par derrière, par devant, peu importe. Mais qui frappe à la porte ! Tiens mais c’est le soleil, viens darder tes rayons sur les tétons ! Le soleil est bleu ici, tu rends compte Beethoven ? Putain. Hey la pute, regardes, Dick s’est transformée en Saint Bernard, drôle de non surtout qu’il est pas castré le clebs ! Hey le soleil, t’es marié avec la lune ?

I’ve got a feeling I don’t want to know

Réponds moi pas surtout. Hey ! Pourquoi mon corps se secoue. C’est électrique, je suis pas sadomasochiste mais je respire maintenant mieux ! Jamais d’asthme, l’héroïne tient bien son nom, ton corps, bam, c’est comme un rayon de soleil bleu !

It’s nothing at all

T’a changé de musique disque jockey ! Tu galopes c’est pour ça mes soubresauts. Et des humains se penchent sur moi, c’est flou, ça braille, ça pose des questions, c’est en uniforme ! Des intergalactiques, sûre que la NASA cache bien son jeu. La femelle me demande si je peux lui serrer la main, je le fais tant qu’à faire, si tu pouvais me serrer autre chose si vous voyez c’que j’veux dire ! Rassurez vous qu’elle me dit, vous êtes entre de bonnes mains ! Caressez-moi ! Merci femme, on va où, direction l’hôpital ! Blouse blanche comme la poudre, j’vais sniffer comme un toutou.

Bye bye Reed, apparement, l’enfer ne veut pas de moi tout de suite, on se dirige vers des gens qui sauvent d’autres gens pour devenirs riches. L’assurance va pas payer pour une overdose, je n’ai même pas le droit de crever en paix ! Je te le jure, demain j’arrête d’essayer de vivre droit, si l’on peut choisir de vivre comme on veut, hey bien on doit aussi pouvoir choisir de mourir comme nous le souhaitons. Un smack, un rail, une belle paire de fesses à déguster jusqu’à finir devant Saint-Michel. Alléluia que les peuples vivent en paix !

Ce texte a, évidemment, été inspiré par la musique de The Velvet Underground et le travail de William S. Burroughs.

Jaskiers

L’enfer rôde sur la mer

Le cri est strident, « Le diable se dirigent vers nous ! Ohé ! Le diable en a après nous ! »

Les hommes du Wigram se réveillent sans se faire prier, c’est le branle-bas de combat. On se bouscules pour aller à son poste, les canonniers et boutes-feu se postent derrière leurs canons, prêts à lâcher une bordée au premier ordre.

Antoine, le bosco, posté sur la dunette, sort sa longue vue, la dirigeant sur 360 degrés.

« – Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Antoine tu peux me dire ce que c’est !

  • C’est une boule de feu ! On dirait un… un soleil ! Un petit soleil ! »

Tous les hommes se relèvent de leurs postes pour chercher de leurs propres yeux les paroles terribles d’Antoine.

À l’horizon, venue de l’ouest, une forme rougeâtre est visible, avec un peu de concentration, certains matelots jurent que cette chose approche.

La forme semble être triple dans la longue vue du bosco, il peut voir cette chose de feu, son reflet sur la mer et ce phénomène curieux qui reflète cette énigme juste au dessus de la ligne d’horizon, comme trois cavaliers de l’Apocalypse parfaitement alignés à la verticale.

« – Antoine, qu’est-ce que tu vois exactement !

  • C’est une chose en flamme mon commandant.
  • Ça vient vers nous ?
  • Ça vient pas de doute.
  • À quelle vitesse ?
  • Je dirais… , Antoine prend son loch, éclair le cadran en l’approchant d’un brasero. Je dirais 35 noeuds mon commandant !
  • Trente-cin… Bon dieu. Faisons lui face à notre bâbord, je veux les canons prêts a lâcher une bordée sur ce… machin. »

Le Wagram fait un quart de tour sur la droite, le contre-amiral Kerjulien approuve de la tête en regardant le timonier.

« – À bâbord, je veux 5 canons d’anges à deux têtes, 5 autres de boulets pleins. Prêts à canonner à mon signal !

  • Oui commandant ! »

Les boutes-feu préparent leurs baguettes, prêts à en enflammer la mèche d’étoupe. Dans la nuit, aucune lune, aucune étoile, les braseros et torches du Wagram vacillent, laissant voir des ombres sur les faces crispés des matelots. Elles dessinent de curieux visages sur celui balafré du contre-amiral, créant l’illusion de lui ajouter, le temps d’une seconde, d’autre cicatrices avant de disparaître. Ses rides semblent se multiplier avec le jeu de lumière erratique, lui donnant des airs de vieillards. Ses pupilles sont rouges, tel un possédé, tel ceux qui entrent en transe dans les lointaines terres hindoues durant ces étranges cérémonies dédiées à Shiva.

« – Commandant, je pense… je pense qu’il dévie de sa trajectoire et met le cap dans notre direction !

  • Je le sais ! On… ne regardez pas trop cette… chose en feu, rien de tel pour vous éblouir.
  • Mon commandant, c’est quoi ce truc ? »

Le commandant allume sa pipe à l’aide d’un petit tisonnier qu’il avait préalablement chauffé à un brasero.

« – Ça… c’est une putain de légende, une légende vraie !

  • Que voulez-vous dire mon commandant ?
  • Ce que je veux dire ? C’est que si nous ne le coulons pas, nous seront morts.
  • Évidement…
  • Évidement quoi sous-fifre ?!
  • Pardon mon commandant.
  • Ce truc là messieurs, c’est le diable en personne ! C’est un navire en flamme, qui terminera sa mission infernale soit coulé, soit en nous coulant.
  • Chef, peut-être qu’on pourrait essayer de le perdre !
  • Inepties ! Conneries ! Ce machin vient pour nous envoyer en enfer, j’ai… il… on a trop péché ! Trente-cinq noeuds ! T’as pas entendu Antoine ! Notre Wigram dépasse difficilement les 10 noeuds !
  • Et si on manœuv…
  • Tu pense pouvoir l’esquiver ? Ah ! Ce machin va vouloir se repaitre de nous, c’est intelligent, cela nous est destiné ! Allez me chercher Spark ! Il n’est pas là, doit être en train de prier sa mère au carré.
  • Oui chef.
  • Et dite lui que si il ne ramène pas son cul ici, je lui fourre mon tisonnier dans l’œil !
  • Oui chef !
  • Du nerf ! »

Le commandant s’approche du charnier et s’asperge le visage d’eau, maintenant, les flammes du navire lui donnent un teint translucide. Les yeux braqués sur le navire en flamme qui approche à grande vitesse.

« – Putain, on dirait… sa carcasse… mais y’a encore les voiles mais c’est… tout en feu !

  • Antoine, arrête de le regarder, tu vois le diable merde ! Arrêtez de le regardez ! Soyez prêt, foutrement prêt à canonner cette terreur ! On aura pas de deuxième chance !
  • Commandant…
  • Spark petit enculé !
  • Désolé mon com… »

Cosmao Kerujulien prend la tête de Spark entre ses mains pour la placer en vue du navire enflammé.

« – C’est de ta faute ça enfant de putain !

  • Commandant… je suis désolé !
  • Tu sais ce que je vais être obliger de faire hein ?
  • Pitié non ! Non ! Laissez moi une chance, une… »

Le commandant lui tranche la gorge, Le corps de Spark, refusant la mort, fait des soubresauts. Le contre-amiral tourne et retourne sa dague dans le cou de Spark, on entends les tendons et les nerfs se défaire et le bruit de scie que fait la lame sur les os du cou de l’infortuné. Le commandant s’acharne, pose le corps du mort à terre et le décapite.

En brandissant la tête, il se déplace jusqu’aux gaillard avant, se tourne face au vaisseau brûlant qui n’est plus qu’à une moitié de mille et hurle :

« – Voici ! Voici Chtuhulu ! Regarde, j’ai accompli ta vengeance ! Chtuhulu, voici mon offrande, épargne moi, mes hommes et mon navire ! Prend-le ! Par pitié ! »

Ces derniers mots sont dits dans les sanglots. Tous les matelots le regardent, son uniforme est tacheté de substance noir, dégoulinante. Son corps a l’air d’une ombre, brandissant en l’air la tête de Spark comme Persée avait dû brandir celle de Méduse devant Phinée et ses sbires.

Les canonniers placent leurs canons dans leurs sabords respectifs, les boutes-feu enflamment leurs baguettes.

« – Chtuhulu je ne mérite pas ta colère. C’est lui, dont je tiens la tête, qui t’as offensé ! Lui a brisé son serment, pas moi ! »

Antoine ne peut s’empêcher de regarder le navire en feu, il croit même voir un visage, une terrible vision, un crâne à la mâchoire immense sortir puis, le fracas des canons firent vibrer l’air.

Les boulets percutent le vaisseau du diable, éclatant sur sa proue, des esquilles mêlées aux étincèles emplissent l’air, les anges à deux têtes fendent les voiles enflammées mais le vaisseaux fantômes ne ralentit pas.

Une seconde de silence, comme si l’oxygène du monde entier avait disparue, les matelots se regardent, à l’ombre des flammes ils ont l’air de spectres.

Le diable de vaisseau émet un son rauque, à faire exploser les tympans, des matelots en paniquent s’apprêtent à sauter à l’eau dans l’embarcation de sauvetage, le contre-amiral, reste debout, il a baissé les bras et la tête. Il est le premier percuté par le navire.

Soudain, tout le vaisseau prends feu, le bois craque et semble même hurler, le métal se tords, les feux de l’Enfer s’effondrent sur les marins.

L’instinct de tous les matelots est de sauter à l’eau, dans un dernier réflexe de conservation, ils sautent par dessus bords mais la mer n’est plus que flammes. Tel un feu grégeois, les marins sautent à leurs pertes, se consument, brûlés dans l’eau.

Tout se désagrège, l’oxygène n’existe plus pour les hommes encore conscients. Ils préfèrent mourir immédiatement plutôt que d’être les témoins de cette horreur. Préférant une mort rapide que de finir mangé par les flammes un mousse se tranche la gorge, l’autre s’enfonce son poignard dans le ventre, un autre encore plonge, la mer n’est plus un espoir, il brûle. On ne sait comment mais il reste à la surface et pousse des cris d’agonie avant que les flammes se repaissent de son visage.

Les mats s’affaissent, se donnant au feu pour mieux le nourrir, tout n’est que vision d’enfer, des silhouettes titubent et s’affaissent à genoux, des torches humaines sautent dans les lames de feux, des gerbes enflamment chaque parcelles de navire et de corps humains. L’air est emplie de petit débris qui se consument, comme des fées éphémères dont la vie est écourtée net par le présent à l’humanité de Prométhée.

Puis une énorme explosion finit de compléter le tableau d’apocalypse, le feu ayant atteint les réserves de poudres. L’atmosphère aux alentours hurle, comme si elle aussi pouvait sentir la souffrance.

Et le calme reprend ses droits. La mer s’est éteinte, des débris encore fumant flottent et sifflent au contact de l’eau, les squelettes des deux navires embrasés restent encastrés l’un dans l’autre comme des amants maudits.

Une immense lame engloutit les deux carcasses. Une épaisse fumée s’échappe de la mer puis s’évapore.

La vie reprend ses droits. Les flots sont calmes. Rien ne les perturbent, l’équilibre est revenu.

Crédit image : Pinterest

Récit inspiré par « Chtuhulu » d’H.P. Lovecraft et par « Moby-Dick » d’Herman Melville.

Jaskiers

Naufrage au néant

Ce récit est inspiré par « Chtuluhu » d’H.P. Lovecraft et d’une histoire vraie : la mystérieuse disparition de l’équipage du Mary Celeste en novembre 1872.

Lettre retrouvée dans une bouteille sur les plages de St-Palais-sur-Mer en Charente-Maritime le 7 février 2022.

Voici le contenue de cette lettre traduite de l’anglais.

Mon nom est Benjamin Briggs, commandant du vaisseaux américain le Mary Celeste. Partis de New-York, États-Unis le 5 novembre 1872 avec pour destination Gêne, Italie.

Mon équipage comptait 7 matelots ainsi que ma femme et ma fille.

Le 16 novembre, nous nous sommes retrouvé face à une chose inexplicable qui entraina la disparition de tout l’équipage ainsi que celles de ma femme et de ma fille.

Nous voguions sur une l’attitude de 30* Nord et une longitude de 30* Ouest (ces coordonnées sont une estimation, ma mémoire me joue des tours), sur une mer relativement calme est dégagée quant une brume grise épaisse nous ai tombé dessus. Nous n’avions pas vu cette brume venir, elle est apparue d’un coup sur nous.

Quand je regardais mon baromètre, utile pour les prévisions météorologiques, il explosa. L’aiguille de ma boussole tournait avec une rapidité incroyable dans le sens des aiguilles d’une montre.

Dans cette brume épaisse, mes matelots me demandaient mes ordres, n’ayant aucune vision à plus de 50 centimètres devant moi, je leur ordonnais de ne rien changer, que nous ne faisions juste que passer à travers un phénomène de brume inexpliqué mais qu’il ne fallait pas s’inquiéter.

Les côtes du Portugal étaient encore loin, nous risquions seulement, comme on dit, de percuter un autre bateau mais je n’en avait repéré aucun avant la tombée de la brume.

Mes matelots criaient les ordres aux autres, de ne rien changer et d’attendre d’avoir traversé ce phénomène.

J’entendais ma femme et mon enfant, qui pleurait, me demandant ce qu’il se passait. Je répondis la même chose qu’à mes marins, que cette brume qui avait presque l’épaisseur d’une fumée à ce moment-là, allait disparaître ou bien que nous passerions à travers.

Une minutes plus tard, tandis que j’avais posé mes mains sur le gouvernail pour tenter de garder notre cap, une vague importante nous frappa à bâbord et fit tanguer notre vaisseau brusquement. Un grondement terrible bourdonna dans mes oreilles. J’en concluais que nous avions sûrement percuté un autre bateau. Impossible pourtant d’être sûr.

J’encourageais mes matelots à garder leurs sang froid, mais l’un d’eux se mit un pousser un cri terrible. Quand je demandai si il y avait un blessé, on me répondit de regarder à bâbord. Je n’eus même pas entendu la fin de la phrase du matelot terrorisé quand j’observa une immense forme sortir de l’eau à notre bâbord, dissipant la brume autour d’elle.

J’ai vu des choses étranges sur les mers, croyez-moi. Mais jamais je n’ai vue ni vécus pareille chose.

La forme qui sortait de l’eau comportait plusieurs faces, imaginé une immense sphère recouverte de miroir rectangulaire.

Ces miroirs ne reflétaient pas notre vaisseaux, je n’y voyais que des lumières, floues et ternes. Notre navire ne semblait pas avancer. J’eus peur de percuter cette chose, je tourna d’un quart mon gouvernail à tribord pour éviter tout risque d’être percuté ou soulevé par cette masse qui s’élevait sans cesse. Le bateau ne répondait pas aux mouvements du gouvernail. Quand je compris que cette énorme phénomène allait détruire où renverser notre navire, je donnais l’ordre de vive voix à mes matelots de descendre dans l’embarcation de sauvetage, qui heureusement se trouvait à tribord, immédiatement. J’allais chercher ma femme et ma fille dans mes quartiers.

Quand nous sortîmes des chambres, la masse était devenue translucide et ressemblait maintenant à une montagne, avec des sommets, des crevasses et une sorte de roche rose. Je ne pouvais distinguer, à ce moment-là, à quoi elle s’apparentait exactement. Certaines parties semblaient coniques, les pointes dirigées vers l’intérieur, mais en se déplaçant, les cônes semblait pointer vers l’extérieure. L’œil ne pouvait décrypter précisément la surface et ses caractéristiques.

La plupart des mes marins avaient déjà embarqués. Je mis ma femme et mon enfant dans l’embarquement et dis aux deux matelots, qui étaient courageusement restés sur le pont pour m’aider, de partir avec eux.

Des cris et des pleurs de protestations venant autant de ma femme, de ma fille que de mes matelots m’implorèrent de les suivre. Je leurs répondis que je devais savoir ce qu’il se passait, j’étais le commandant, il me fallait comprendre la situation.

Pour être honnête, j’avais prévu de fuir avec eux mais subitement, je me sentais attiré par cette chose. Elle m’appelait, non pas par des « voix » mais par des sensations. J’avais un besoin irrésistible de découvrir cette chose.

J’entendais le bastingage grincer coté bâbord, côté où l’énorme phénomène continuait son ascension. Notre navire n’allait pas tarder à dessaler. Mais je n’avais pas peur.

J’ordonnais avec autorité à mes matelots de partir le plus loin possible d’ici.

Ils partirent rapidement, les pleurs de ma fille retentissaient, mais je n’en avais cure.

Je me retrouvai donc seul, sur le pont. La masse continuait à surgir de l’eau lentement.

Je m’approchais donc de ce phénomène et le touchais. La surface était lisse et froide, moins froide que je ne le pensais de prime abord. La masse arrêta immédiatement son ascension. Un nouveau grondement terrible résonna dans mes oreilles. Une sensation m’ordonna d’escalader le monticule. Ce que je fis.

Bien que la surface était d’apparence impraticable, je n’avais aucun mal à l’escalader. Je montai comme une araignée sur son flanc inégale et à la surface parfois concave ou abrupte. Une sensation m’ordonna d’en faire le tour, je m’exécutais jusqu’à arriver sur une plateforme, lisse et brillante. La brume s’était complètement dissipée. Je vis mon bateau à environ 1 mille, il avançait rapidement, les voiles étaient gonflées par un vent puissant.

À mon grand malheurs, je vis apparaître de sous l’eau l’embarcation de sauvetage, vide. Aucune trace de ma femme, de ma fille ou de mes matelots.

Un silence terrible s’installa. Les vagues qui percutaient ce terrible rocher ne faisaient aucun bruit. Le sommeil m’envahissais, je ne pouvais lutter et ferma les yeux.

Je me réveillais au même endroit, sur cette sorte de promontoire lisse. Trois hommes étaient assis et me regardèrent me réveiller. Je pensais que c’était mes matelots mais ces hommes étaient barbus et avait une mine fatiguée. Je criais à l’aide en proie à une panique terrible, leur expliquant ce qu’il m’était arrivé.

Ils me répondirent que la même chose c’était produite pour eux. Ils ne savaient pas depuis combien de temps ils étaient là. Mais ils m’apprirent quelque chose de terrifiant. Les vaisseaux qui passaient par là ne les voyaient pas. Nous étions comme invisibles pour eux.

Plus terrifiant encore, il me parlèrent d’une sorte d’énorme pieuvre, un corps de la taille et de l’épaisseur de cinq baleines réunis avec des tentacules immenses, faisait parfois surface et que cette créature leur parlait un langage qu’ils ne comprenaient pas ni n’avait jamais entendus. Nous sommes marins depuis plus de vingts ans chacun, nous avons entendu sûrement toute les langues du monde. Impossible pourtant de comprendre une bribe de ce que disait la créature. Ce n’était presque pas un langage, plus une sensation. Selon eux.

J’étais à la fois très sceptique et en même temps, plus rien ne m’étonnait vraiment. Et cette sensation, je l’avais ressentis aussi, en quelque sorte.

Quand je demandais comment ils se nourrissaient, ils me répondirent qu’ils n’avaient jamais faim ni soif, que le plus dur ici, c’était l’attente, le fait de ne jamais être vus par les autres navires et les apparitions de la créatures qui étaient terrifiantes et leurs drainaient leurs forces.

Comme je l’ai écris plus haut, ils n’avaient aucune idée du temps qu’ils avaient passé sur cette énorme plateforme. Ils me dirent que j’avais sûrement dormis pendant environ une semaine entière ! Et que la créature était venue m’observer dormir, qu’elle me toucha même avec une de ses tentacules.

Je n’y croyais pas quand d’un seul coup, des tentacules apparurent sur le bord de la plateforme et je vis l’immense pieuvre sortir promptement. Ses yeux pouvaient faire la taille d’un vaisseau de guerre. La peau rougeâtre et visqueuse.

Là, je compris ce que les hommes voulaient dires quand ils parlaient du langage de la pieuvre. Des sons et des sensations m’envahissaient. Déjà terrifié par la taille de la créature, s’ajoutait à cela des sentiments de colère, de tristesse et de confusion. C’était comme-ci je répondait au charabia de cette créature par mes sentiments, sentiments que je ne contrôlait aucunement. Comme-ci elle forçait mon âme à lui répondre et que mon âme lui répondait sans aucun contrôle de ma part.

Je ne puis dire combien de temps cela dura. Puis je me suis évanoui.

À mon réveil, les deux hommes qui étaient avec moi n’étaient plus là, aucunes traces.

Je n’avais pas faim, ni froid, ni soif.

Ma femme et ma fille étaient-elle vivantes ? Et mes matelots ?

Pris de colère, je criais et pleurais longuement quand la créature réapparût. Bien que terrifié, je lui demandais dans ma langue ce qu’ils leurs étaient arrivés. Je sentis une profonde tristesse m’assaillir après le balbutiement de la bête. Puis un apaisement.

Elle approcha un de ses énormes yeux sur moi, semblant me scruter. Puis elle repartit dans la mer.

Je vis un vaisseaux passer. Malgré que je sache pertinemment qu’ils ne me verraient pas, je criais et agitais mes bras. Je courus dans leurs direction, je voulais rejoindre la mer mais bien que j’avais beau courir à toute allure, je ne vît jamais le bord du promontoire, et le navire ne s’était pas rapproché non plus. C’était comme si j’avais couru sur place.

Fou de colère et de tristesse, je frappais la surface du promontoire de mes poings, espérant attirer l’attention de la créature et lui demander se qu’elle me voulait.

Puis, j’eus l’impression de tomber et mon corps s’affaissa.

Je me réveilla, sans doute m’étais-je évanouis encore, et trouva à mes pieds des feuilles, une plume et un encrier ainsi qu’une bouteille en verre.

Voici mon histoire, je suis encore vivant mais dans un endroit où je ne suis rien de plus qu’un fantôme.

Si vous trouvez cette lettre, je vous pris de rechercher ma femme, Sarah Briggs et ma fille Sophia, et de leurs dire que je suis vivant. Mon fils, qui n’était pas avec nous dans le vaisseau, s’appelle Arthur Briggs et vit actuellement avec sa grand-mère à New-York.

Les matelots qui étaient avec moi : Albert Richardson, Andrew Gilling, Edward Head, les frères Lorenzen et Boz Volkert, Arian Martens et Gottlieb Goodschaad. Tous étaient d’excellents marins.

À ma famille, je vous aimes.

Au monde entier, des choses plus vieux que la planète semblent nous attendre dans les profondeurs des Mers et Océans.

Adieux !

Signé : Benjamin Brigg, commandant du Mary Celeste.

Gravure du Mary Céleste telle qu’elle aurait été retrouvée : source Wikipedia.

Jaskiers