Un chasseur sachant… – Partie 2/2

Inspiré par Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Prenant un billet d’avion pour le Brésil, avant que les autorités n’annulent son passeport, il se dirigea dans la jungle, dernier refuge, le meilleur, celui qui peut venir à bout d’un homme en pleine santé seulement à cause d’une piqûre de moustique. Si le mécanisme complexe et impressionnant du corps humain pouvait abdiquer si facilement face à la forêt amazonienne, un robot pouvait aussi défaillir. La vie pullule, et comme l’homme qui ne voit pas le moustique l’infecter avec le paludisme, la machine ne verrait pas les organismes microscopiques qui mettront fin à son fonctionnement.

Tout est une histoire de chance, et surtout de temps, dans la fuite de Damon. En fait, il se savait déjà mort, même s’il semait la machine, jamais il ne retrouverait son chemin vers la civilisation. Et même, il ne voulait pas retourner dans une société où vous pouviez être exécuté en public, pour l’exemple, parce que vous aviez eu le malheur d’être attrapé en train de feuilleter un livre.

Le cœur tambourinant dans ses tempes, les cuisses brûlantes, les poumons épuisés, il s’écroule une dernière fois, car Damon est décidé à en finir maintenant. Il attend la machine, qui approche, le sol vibre aux alentours, les oiseaux exotiques de toutes les couleurs s’envolent en protestant.

Le limier est là, il s’arrête brusquement dans sa course, sa tête l’analyse. Une pointe sort de sa gueule, l’exécution par injection létale.

Damon attend le coup de grâce.

Des bruits semblant fouetter l’air passent près de lui.

Il croit être mort. Heureux, il n’a pas souffert. Il ouvre les yeux.

D’énormes flèches sont plantées dans la gueule de la machine, qui s’affaisse en saccades sur elle-même.

Damon se retourne, des hommes nus, équipés de flèche et de carquois le regardent curieusement. L’un d’eux le vise. Un autre cri, celui qui avait Damon dans sa ligne de mire abaisse son arme.

Le crieur s’approche de Damon et lui tend la main, il lui sourit. Un sourire… cela faisait une éternité qu’un homme ne lui avait pas souri sincèrement.

Damon prend sa main. Ils rigolent, un rire incontrôlable se propage entre des deux hommes, main dans la main, jusqu’aux autres restées en arrière du crieur.

Damon n’avait pas rigolé si franchement depuis longtemps. La dernière fois, c’était en lisant des passages du livre prohibé à sa copine.

Jaskiers