Service d’ennuis – Partie 2

Et Alva s’installa à son bureau, spacieux, sans ordinateur, remplacé par un bon vieux carnet de réservations ressemblant à un vieux grimoire.

L’odeur du hall d’entrée était étrange, un mélange de tabac, de parfums de marques, avec de légers relents d’alcool, mélangé à l’odeur de renfermé venant de la moquette, qui était usée jusqu’à la corde, les motifs qu’elle devait arborer avaient disparu à cause de l’usure et de l’entretient plus qu’insuffisant.

Les deux couloirs qui partaient chacun d’un côté de son bureau menaient aux premières chambres, avec au bout de ces couloirs un ascenseur menant aux étages supérieurs. Tous les étages étaient aménagés de cette manière linéaire très simple, tout droit, avec à chaque extrémité des deux couloirs parallèles, des ascenseurs. Pas d’escalier.

Alva n’avait pas à prendre ces ascenseurs qui semblaient prêts à rendre l’âme, tellement les craquements qu’ils émettaient quand ils montaient faisaient vibrer la cabine. Elle avait peur pour les clients et pour le manager, ce dernier ne les ménageait pas, appuyant sur les boutons plusieurs fois, les martelant en se plaignant de leur lenteur.

Mais c’était sa première nuit de travail, de veille. Une nuit qu’elle n’était pas prête d’oublier.

Les premiers événements étranges commencèrent directement après sa toute première prise de service.

La froide nuit de mi-janvier était tombée tôt, l’hôtel n’avait que deux clients qui s’étaient enregistrés dans la journée et qui devaient sûrement se trouver dans leur chambre.

Alva sortit son téléphone portable, et réalisa qu’elle n’avait aucune réception wifi. Qu’allait-elle faire toute la nuit ?

Elle s’assit sur le vieux fauteuil de bureau derrière son comptoir et jeta un œil sur les quelques prospectus et dépliants proposants divers business et activités disponibles aux alentours.

Elle n’eut pas le temps de s’intéresser au premier document tombé dans ses mains quand une voix derrière elle l’interpella :

« – Pardonnez madame ! Ma femme a bu trop de champagne et a vomi sur le magnifique tapis Roche Bobois ! Je vous dédommagerai évidemment ! Je voulais juste vous prévenir par respect. »

Alva se retourna pour répondre aux intrigantes paroles mais il n’y avait personne. Et elle était sur de les avoirs entendus.

Une odeur de cigare lui monta au nez… étrange de sentir cette odeur, encore, il était interdit de fumer dans le lobby et dans la plupart des chambres.

Pensant que c’était le monsieur qui venait juste de lui parler, et qui avait disparu avant qu’elle ai pu le voir, qui avait allumé un cigare, elle dit :

« – Monsieur, il est interdit de fumer dans le hall. »

Ses paroles restèrent sans réponses, et Alva se retourna vers ses prospectus, réfléchissant à la marche à suivre dans le cas d’un client malade, quand une voix lui répondit enfin :

« – Et depuis quand Môdame ?! »

La voix n’était pas la même qu’elle avait entendue la première fois. C’était celle d’une femme dont le timbre de voix naturel avait été aggravé par une longue et forte consommation de tabac.

Alva se retourna, personne. Mais elle rétorqua quand même.

« – C’est la loi madame. »

Du couloir sur sa droite, la voix lui répondit :

« – Quelle loi môdame ! Jamais entendu pareille ineptie ! »

Cette fois, même si elle était légèrement apeurée, elle était aussi passablement agacée, Alva se leva et se dirigea vers le couloir de droite.

Les néons aux plafonds clignotaient, elle vit que le couloir était vide.

« – Une autre bouteille de Moet et Chandon mademoiselle ! »

La jeune femme sursauta, et se dirigea vers le couloir de gauche. Là encore, il n’y avait personne.

Sûrement les deux clients qui s’amusent à se jouer de moi, pensa-t-elle. Elle se mentait à elle-même, son instinct avait compris que quelque chose clochait. La jeune femme voulu même appeler par téléphone les deux clients, mais cela aurait été inapproprié. Qu’aurait-elle pu leur demander ? Ne risquerait-elle pas sa place ? Comment justifier à son manager cette action si les clients en venaient à se plaindre ? Non, le mieux était de ne rien faire.

Après tout, le client est roi. Qu’il soit réel ou imaginaire…

Jaskiers