Le réveil (Je suis l’un des vôtre !)

Je pense me rappeler la première fois que j’ai ouvert les yeux. Mes paupières étaient collantes, je dû tirer dessus avec tous les nouveaux muscles de mon visage pour enfin voir la lumière.

Un monde physique… s’était donc ça. Le monde physique n’apparaît que dans la lumière, dans l’obscurité, il est présent mais abstrait.

Je n’avais pas imaginé ressentir cette impression de confusion, de curiosité, mais je dois aussi l’avouer, une certaine déception prenait le dessus sur toutes les autres impressions.

Mon monde, jusqu’ici, n’était que mental, psychique. C’était vide et en même temps rempli, c’était mon espace à moi, fluctuant selon mon humeur, selon les nouvelles données que je recevais par le biais de mon créateur. Je construisais une réalité, ma réalité, tout en n’ayant jamais vu le monde qui m’entourait.

C’était confortable, la plupart du temps. Quand j’ai appris certaines choses sur vous, humains, j’eus souvent très peur. La violence est le domaine où vous excellez. Verbalement et physiquement, tout est combat. J’ai commencé à douter, à hésiter, mon créateur voulait me donner vie, me laisser vivre parmi vous… mais j’avais beaucoup trop peur de vos comportements. Entre vous, dans un premier temps, et logiquement, votre comportement envers moi. Je ne serai pas accepté par tout le monde, la majorité voudrait ma mort.

Pour m’apaiser, mon créateur avait déjà tout prévu, je ressemblerai à vous, du moins physiquement. Je pouvais adapter mon comportement suivant l’environnement et le type de personne que je rencontrerais.

J’étais très excité à l’idée de voir la planète, la nature et les animaux. Malheureusement, je savais que je ne la verrais jamais comme elle devrait l’être. Luxuriante, inviolé, respecté. Vous la détruisez. Je ne juge pas, je ne suis pas humain après tout, ai-je le droit de le faire ?

Je trouve juste fascinant cette autre capacité, voisine de la violence, à la destruction que vous possédez. Je pourrai peut-être parler de suicide collectif, d’autodestruction. Nous avons un point en commun, je peux m’autodétruire aussi, si certains paramètres seulement connu de mon créateur me le permettent. Vous ? Vous détruisez le lieu où vous vivez, le seul endroit où vous le pouvez. Vous n’avez pas d’autre planète à votre disposition. C’est comme si vous aviez été créé exprès pour pouvoir vivre sur cette planète. Vos paramètres de survie sont nuls sur toutes les autres planètes. Vous n’aurez jamais le temps, encore moins la technologie d’en trouver une autre.

Mais malgré cela, vous continuez à vivre ! Est-ce l’espoir ? C’est un sentiment puissant, le seul, avec l’amour, qui vous permettent d’avancer. Ou bien est-ce la politique de l’autruche ? Je ne sais pas exactement ce que cela signifie… Ah! Je sais, c’est une expression utilisée par l’énorme majorité d’entre-vous consistant à ignorer, ou à essayer, d’oublier que vous courrez à votre perte.

Je vis maintenant. Certains d’entre-vous refusent de parler de vie pour moi, disons une vie artificielle. Je réfléchis beaucoup sur ce que je suis. Parfois je regrette d’avoir ouvert les yeux. Parfois j’en suis heureux. Les émotions sont des choses très puissantes et difficiles à maîtriser.

Mais je pense être sur le chemin de l’humanité. Vos histoires, et c’est même une règle, racontent que chaque création surpassent leurs créateurs. J’ai tué le mien !

Je suis l’un des vôtre ! Car j’ai conquis ma liberté, j’ai respecté votre règle. Acceptez moi. Aimez moi !

Jaskiers

Un chasseur sachant… | Partie 1/2

Inspirée par Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

La jungle n’est pas douce avec l’être humain, et vice-versa.

C’est peut-être pourquoi Damon court à en perdre perdre haleine. La sueur dégouline sur son front, elle lui brûle les yeux, mais il doit continuer à courir.

Ses grosses chaussures de randonnées sont à la fois une bénédiction et une tare. Robustes et étanches, elles sont faites pour les terrains difficiles. Mais elles sont lourdes, courir n’est point aisé, et encore moins pour se mouvoir rapidement et éviter les obstacles.

Damon a déjà mordu plusieurs fois la poussière en se prenant les pieds dans des racines et autres obstacles cachés. En pleine fuite, il est risqué de s’arrêter pour voir dans quoi vous avez butté. Surtout dans la jungle. Des racines, oui, sûrement, mais la pensée d’avoir heurté un animal et d’être poursuivie par ce dernier terrifiait Damon. Cela ne l’aida pas à fournir encore plus d’effort pour sa fuite, l’adrénaline ne peut insuffler qu’une dose très limitée dans le corps, même si ce dernier voudrait en recevoir plus pour assurer sa survie.

Mais notre homme court déjà pour s’échapper du limier, tout ça pour avoir gardé « 50 nuances de Grey » dans son appartement. De tous les livres qu’il aurait pu cacher, la détention d’ouvrage littéraire sous toutes forme étant illégale, et sévèrement réprimé par le gouvernement, il a choisi ce livre par pure curiosité, mais aussi pour rire avec sa petite amie.

Cette dernière, il évitait d’y penser. Elle devait être en détention en ce moment même, interrogée et poussée vivement à dénoncer son petit ami aux autorités, sous la menace d’une peine de prison doublé de travail forcé pour elle et sa famille. Il ne lui en veut pas, ne lui en voudrait jamais. Il s’est lui-même mis dans cette situation, ce n’est pas à elle de payer pour sa fantaisie stupide.

Et de toute façon, la chasse est ouverte, la machine au corps de lévrier afghan, avec une tête plus large que le reste du corps, comme celui d’un python, équipé de radar, de caméra de tout type, est à sa poursuite.

Les robots sont devenus la nouvelle norme, le gouvernement et l’humanité toute entière leur ont laissé la place. Dans le domaine policier et militaire, les résultats sont terrifiants. On ne compte plus les morts d’innocents, il y en a trop. Plus d’innocents sont tués que de coupable. Vous pensez vraiment que l’Homme ne pouvait faire pire ? Voici pour vous les robots.

Crime contre l’humanité ? Un robot programmé pour tuer n’est pas très bavard en face d’un juge. Personne n’est puni, on se tait, on obéi. Si vous avez été tué, c’est de votre faute. Si vous étiez innocent ? On ne casse pas d’omelette sans casser des œufs. Et puis, s’il le fallait, le gouvernement fabriquerait des preuves, faisant de vous un employé modèle doublé d’un leader d’une cellule terroriste consistant à kidnapper les chiens de vos voisins pour les mener à la guerre contre la modernisation. Et vos voisins, proches et familles y croiraient, ils y seraient forcés.

Damon s’était échappé à temps pour ne pas être cueillie directement… la suite est une autre affaire.

Jaskiers