Le lézard et les oiseaux de feux – Partie 3

D’ailleurs, ils emmenèrent leur confrontation dans les nuages. Tels des aigles, ils les transperçaient, se suivant l’un l’autre, à tour de rôle. Aucun d’eux ne semblait avoir pris l’ascendant l’un sur l’autre.

Le soleil faisait office de peintre, il colorait avec ses rayons les nuages, donnant à l’affrontement une dimension mythologique, deux sortes de phénix métalliques qui se livraient à un combat à mort.

Le Lézard suivit ce balai céleste de ses grands yeux, ne pouvant donner de prédictions sur un potentiel vainqueur. Celui qui gagnerait le remporterait sur une chose qu’aucune espèce n’avait réussi à dompter ; la chance.

Le Lézard échoué se sentit d’un coup inférieur à ses deux guerriers de l’air. Pourtant, il était un Lézard, jamais un humain n’avait descendu un avion reptilien, encore fallait-il que ces humains aient connaissance de l’existence de reptiles bipèdes, mesurant deux mètres cinquante en moyenne et dont les yeux recouvraient la majeure partie du visage.

Seuls quelques élus, quelques privilégiés de la race humaine connaissaient leur existence. Et les contact entre les deux espèces étaient extrêmement rares. Ces rencontres se déroulaient dans le plus grand secret et seulement des personnalités politiques se rencontraient.

Le Lézard ne savait pas ce qu’il ressortait de ces entretiens. Les deux espèces gardaient le secret de leur rencontre, seulement les hautes sphères politiques des deux races avaient accès aux résultats de ces échanges.

Dernièrement, les humains se menaient une terrible guerre entre eux. Le continent qu’ils appelaient l’Europe était le théâtre d’une guerre terrible. La Terre en tremblait tous les jours. Des milliers d’hommes mourraient en quelques minutes. Il y eut des réunions à ce sujet, demandées par les humains. Le Lézard se doutait bien que ces derniers demandaient le soutien reptilien pour avoir l’ascendant sur l’ennemi. Mais il était coutume que les reptiliens travaillent pour qu’une guerre n’éclate pas, que la paix prospère entre les humains. Ils se sentaient responsables de cette race vivante, car les Lézards leur étaient largement supérieurs. Physiquement, d’une part, mais aussi intellectuellement. Leur technologie était bien au-dessus de celle des humains. Et la société reptilienne vivait en paix depuis quelques milliers d’années. Ils avaient eut, eux aussi, leurs violentes guerres, mais ils avaient réussi à tout le temps trouver un terrain d’entente. Cela ne fut pas simple, mais les générations de celle de notre Lézard, ne connaissant que la paix, trouvaient l’idée de se faire la guerre entre eux invraisemblable.

Jaskiers

Le lézard et les oiseaux de feux – Partie 2

Le vrombissement des moteurs faisait vibrer la dune sur laquelle il se tenait. Il releva sa tête, se tourna à sa droite pour voir l’épave de son avion en flamme. L’idée de s’y diriger directement après son crash ne lui était pas venue à l’esprit. Il était surpris d’être encore vivant. Il s’est même demandé, pendant qu’il priait, s’il n’était pas déjà mort et si ce désert était un purgatoire. Le Lézard n’avait même pas essayé de chercher à savoir s’il était blessé. Il ne sentait aucune douleur. Il jeta un bref coup d’œil à son corps. Son uniforme était arraché du côté droit. Les écailles de son torse, de son épaule et de son bras rivalisaient de couleurs vives sous l’effet des rayons du soleil.

Le bruit de moteur revint lorsqu’il s’apprêta à reprendre sa prière. Il distingua à l’ouïe deux moteurs distincts. D’instinct il leva la tête, un réflexe pavlovien, ces bruits étaient nécessairement émis par des avions.

Il vit deux biplans, un aux couleurs vert-de-gris arborant une croix noire. Le deuxième était aussi un biplan, un SPAD S.XIII kaki, avec l’aileron peint en rectangles bleu, blanc et rouge.

Les deux avions volaient à moyenne altitude. Quand ils se rapprochaient, les mitrailleuses crépitaient, puis ils se tournaient autour comme dans une valse, parfois en prenant de l’altitude, ou en descendant.

Le Lézard ne savait qui l’avait abattu. Il n’était pas un soldat, du moins, pas un soldat d’une des deux armées. Sa machine, qui finissait de se faire consumer par les flammes sur sa dune, était bien armée. Mais ces armes, les humains ne les connaissaient pas. Et jamais il n’aurait pris le risque de tirer sur un avion humain. Pour sûr, ses armes étaient bien plus létales que celles des humains, mais le Lézard était aussi, pensait-il, meilleur pilote. Sa machine, en tout cas, était bien plus moderne que ces deux biplaces qui se chamaillaient dans les cieux. Et pourtant, quelque chose l’avait abattu…

Jaskiers

Le lézard et les oiseaux de feux – Partie 1

Il se relevait, le sable s’écoulait de ses épaules comme les eaux d’une cascade de rivière. Le flot s’arrêta immédiatement une fois qu’il fut redressé.

Il ouvrit ses énormes yeux noirs, les pupilles comme des îlots sur une mer de flammes. Le soleil se reflétait à travers eux, lui donnant un semblant d’iris, de la même couleur que le sable.

Sa peau écaillée offrait toutes les couleurs de l’arc-en- ciel. Il ne bougeait pas, restant fermement planté sur ses deux jambes. Il cligna des yeux, le soleil lui arracha quelques larmes.

Le sable du désert lui envoya quelques grains dans le visage, qu’il balaya d’un coup vif avec ses mains palmées.

Il regarda un monceau de nuages blancs se déplacer juste au-dessus de lui. Cette vision lui rappela ses Dieux.

Le reptilien abaissa sa tête, plaqua ses mains sur son ventre et récita :

« C’est dans ces royaumes lointains, au-dessus de toutes connaissances et existences physiques, qu’un jour, je revivrais. Grâce à Vous. Merci pour ce soleil, pour cette chaleur, pour ce sable. Grâce à Vous. Je n’ai pas souffert, toute souffrance que j’endure est le fruit de mon ego. Je dois travailler sur moi-même et me remettre en question. Grâce à Vous. Vous excuserez les vies que j’ai enlevées. Je suis un meurtrier. Combien de fois devrais-je vous demander l’absolution ? Je ne me bats pas pour vous. Vous êtes la paix. Moi-même, et mes semblables nous entretuons. Nous avons perdu la voie que vous nous avez montrée. Ayez pitié de mes ennemis, de mes amis. Nous savons que ce que nous faisons est contraire à vos Lois. La vie, ici bas, est difficile. Chaque vie que nous détruisons est un drame. Je l’admet, j’ai douté de Vous. Douté de votre existence. Quand j’ai vu ce qu’on pouvait se faire, les malheurs que nous imposons à nos semblables, je vous ai demandé d’agir. Grâce à Vous. J’ai longtemps cru que Vous nous aviez abandonnés, pire, que Vous n’existiez peut-être pas. C’est ici, seul et démuni, que je reprends foi en Vous. Vous n’avez rien fait car Vous nous avez laissé le libre arbitre. Toute cette misère, c’est nous qui l’avons engendrée. Personne ne nous a poussé à la violence, c’est nous qui avons choisi… »

À suivre

Jaskiers