Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux – Partie 1/2

Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux.

Qui était cet homme ? Quelle était la raison de sa présence ? Pourquoi ne parlait-il jamais ? Pourquoi était-il seul, tout le temps ? Pourquoi semblait-il nous éviter, nous, ses voisins ? Qu’avait-il à cacher ?

J’avoue que j’avais peur, vraiment.

Quand madame M. avait été retrouvé morte dans son appartement, d’un foudroyant AVC, si l’on donnait du crédit à la rumeur, l’homme au chapeau avait emménagé dans l’appartement laissé vacant.

Madame M. n’était même pas enterré que ses enfants et petits enfants avaient déjà vidés l’appartement. Le mystérieux homme s’y était installé le même jour. Nous avons cru qu’il faisait partie de la famille, mais il faut croire qu’un appartement libre, de nos jours, ne reste pas vide longtemps. Même si nous ne le disions pas, nous ressentions une certaine gêne, un brin d’irrespect envers la vitesse avec laquelle l’appartement de Madame M. avait été vidé puis réaménagé. Pour nous, qui la connaissions depuis des années, il nous fallait une période de deuil. Évidemment, ce n’était pas une proche, ni un membre de notre famille, mais le vide laissée par sa mort était brutal.

Mais voici que nous avions cet homme de grande taille, peut-être un peu enrobé, un visage d’un blanc crayeux, des lèvres fines, avec des sourcils broussailleux au-dessus de deux yeux perçants. Et puis, il y avait ce chapeau.

Nous n’avons pas l’habitude de voir beaucoup de personnes arborer un couvre-chef dans notre ville. C’est quelque chose du passé, complètement déplacé. Pour nous, c’était comme s’il se déplaçait à cheval… complètement original, étrange mais surtout, intriguant.

Cela semblait toujours être le même chapeau, une sorte de chapeau melon, d’un noir de jais. Toujours un long manteau noir qui s’arrêtait juste au-dessus de ses chevilles. Et les mêmes chaussures bateaux, légèrement marron.

À son arrivée, nous avons presque tous essayé de lui faire la conversation. Aux boîtes aux lettres, dans les couloirs, les escaliers et l’ascenseur. Mais il n’a jamais répondu à un seul d’entre nous.

Nous avons pensé à une surdité, qu’il ne parlait pas notre langue, qu’il était peut-être aussi mué. Je ne pourrai pas vous dire si une de nos théories s’est avérée juste, car l’homme semblait vouloir vivre complètement déconnecté de tout contact humain.

Nous avons pensé à une maladie psychique, mais aucun de nous n’était psychiatre.

Mais ce n’est pas le plus étrange. Son comportement à l’extérieur était des plus inquiétants.

Jaskiers