Service d’ennuis – Partie Finale

Peu importe qui était dans cette chambre, il semblait que ce groupe de personnes ne lui voulait pas de mal.

Elle posa sa poignée sur la porte, et l’ouvrit doucement.

Rien. La chambre était plongée dans l’obscurité totale, plus aucunes voix, plus aucun bruit, plus d’odeurs de tabac. L’air était froid.

Ouvrant la porte en grand pour laisser rentrer un peu de lumière, elle vit que la chambre était bel et bien vide, et dans un état lamentable. Le matelas, déchiré, penchait sur l’armature du lit, une table était renversée au milieu de la pièce.

Confuse, elle resta sans bouger, cherchant une explication plausible à ce qu’elle venait de vivre.

« – Dégagez ! Dégagez d’ici ! Comment ?! Vous osez entrer dans la chambre des clients sans avertissements ?! Dégagez ! J’en ai tué pour moins que ça ! »

Alva ne se laissa pas prévenir deux fois par cette bruyante et effrayante voix de femme.

Elle se précipita à son bureau pour récupérer son thermos de café, cadeau d’anniversaire de mariage de sa femme, si elle l’oubliait, elle allait devoir aussi affronter les reproches de sa femme, et sortit comme une furie vers le parking.

Avant d’entrer dans sa voiture, un cri terrible, aigu, lui fit lâcher ses clefs. Elle les ramassa et enfonça la clé dans la serrure de la portière tout en tremblant.

Ce cri, c’était celui d’une femme, d’une femme qui devait avoir vu la mort en face, pensait la jeune femme en démarrant sa voiture.

Elle roulait, le pied sur l’accélérateur, et arriva chez elle en trombe.

Sa femme se leva, le visage encore endormis mais marquant une surprise mélangé de peur, et lui demanda ce qu’il s’était passé.

Alva, lui expliquait entre ses sanglots ce qu’elle venait de vivre, et surtout, le cri terrifiant en partant.

Elles décidèrent d’appeler la police immédiatement. Même si ce n’était que le fruit de son imagination, ce dont Alva n’était pas persuadé. Peut-être qu’une personne était vraiment en détresse, il fallait prévenir les autorités.

Sa femme s’en chargea. La police répondit qu’il irait jeter un coup d’œil dans la nuit et qu’ils rappelleraient pour les tenir informer.

Alva finit par s’endormir dans les bras de sa femme et dormît d’un sommeil agiter, puis la sonnerie du téléphone la réveilla.

La Police était au bout du fil, demandant pourquoi Alva était dans cet hôtel désaffecté et abandonné depuis plus d’une décennie au milieu de la nuit.

Jaskiers

Mauvais arrêt – Partie 2/2

Je me retourne directement. Je flippe sévère, je me crispe. Prêt à détaler, ou à lâcher une bonne beigne si le besoin s’en fait sentir.

Un type assez grand, trapu, ce n’est qu’une silhouette que je peux voir s’approcher de moi.

Rapidement, je distingue que c’est un homme, barbu, genre grosse barbe de bûcheron. Une épaisse veste, une paire de jeans, des boots usées… Là, je suis persuadé que ce type, qui doit forcément être sorti de la forêt, car il n’y a que ça autour de moi, est vraiment un bûcheron.

Étonnamment, je ne flippe plus, mais je tremble beaucoup. Et le type se rapproche, doucement et semble me regarder. Quand il s’approche suffisamment de moi, je peux voir ses yeux bleus perçants, sa barbe est grise, il a une peau bronzée, on est en hiver, je rappelle. Et il a un sourire désarmant.

Je n’ai jamais eut honte de dire qu’un homme était beau. Je suis hétérosexuel, pour beaucoup, dire qu’un homme est beau est tabou… Pour un homme, trouver un autre mâle beau, c’est avouer un certain penchant pour le même sexe. Je dis que ce genre de type doit être frustré. Si je trouve un homme beau, je le dis.

Mais plus que beau, cet homme semblait dégager une aura incroyable. J’avais l’impression qu’à juste regarder son visage, je pouvais ressentir de la chaleur. C’était beau, émouvant même. Et ce sourire, je pouvais sentir que cet homme était quelqu’un de bien. Et il me le prouva, car il engagea la conversation :

« – Perdu monsieur ?

  • Je… oui, complètement. Je sais pas ce qu’il s’est passé avec la société de bus. Normalement, le dernier arrêt est le mien, et je me retrouve ici.
  • Vous n’êtes pas le premier à qui cela est arrivé vous savez ?
  • Ah ? Il va falloir que je touche quelques mots à la société de transport !
  • Non, ce n’est pas leur faute…
  • Comment ?
  • Si vous êtes ici, c’est pour une raison…
  • Quelle raison ?
  • Vous détestez votre train de vie n’est-ce pas ?
  • Oui… oui. Enfin comme beaucoup de monde. Mais de là à… qu’est-ce que vous voulez dire exactement ?
  • On vous surveillait depuis quelque temps. Vous savez… pour avoir une société parfaite, il faut surveiller ses citoyens.
  • Vous êtes du gouvernement ?
  • Pas vraiment. J’étais… J’utilise juste mes anciennes compétences, mais surtout mes contacts, pour aider les gens comme vous.
  • Les gens comme moi ? Vous voulez quoi ?
  • Vous êtes en retard pour le travail. Votre supérieur a appelé son supérieur, qui a appelé un de ses agents du ministère du travail, qui va chercher par tous les moyens possibles à savoir pourquoi vous n’êtes pas au travail. Vous êtes dans la merde, vous savez ce que vous risquez pour une absence non justifiée n’est-ce pas ?
  • Oui, mais c’est vous qui…
  • Vous voulez continuer à vivre ainsi ? Finir votre vie ainsi ?
  • Je n’ai jamais vraiment pensé au futur…
  • Exactement. Car la société ne vous laisse pas ce luxe. Travaillez, taisez-vous, dites bonjour à la police, et ne faites pas de vague.
  • Peut-être…
  • Je vous propose donc de faire un choix : venir avec moi, ou reprendre le cours normal de votre vie. Je ferai en sorte que votre absence soit justifiée et vous oublierez ce petit échange entre nous.
  • C’est… pas vraiment facile de prendre de genre de décision si rapidement !
  • Évidemment. Mais vous êtes seul. Pas de femme, ou de mari, pas d’enfants. Une mère ? Un père ? Des frères ? Sœurs ? Oui, mais vous ne les avez pas vus depuis des années. Vous n’êtes même plus en contact.
  • Vous proposez quoi exactement ?
  • Ce ne serait pas drôle si je vous le disais… c’est un test. Êtes-vous vous prêt à tout abandonner pour l’inconnu ? »

Et j’étais prêt. Cet homme, son charisme, son regard et son sourire, sa voix grave mais posée… Mon instinct me dicta ma réponse.

« – Je prends le risque.

  • Parfait. Suivez-moi. »

Je vais m’arrêter ici pour l’instant, car la suite a changé mon existence. Et c’est dangereux de trop en dévoiler, si jamais un agent du gouvernement tombe dessus, tout pourrait s’effondrer.

J’ai écrit ceci pour vous dire que la vie n’est pas une chose que vous devez subir. Et que vous n’êtes pas seul à détester cette vie de labeur, d’ennuis, de soucis.

Nous vous voyons, et un jour, nous nous rencontrerons. Et je vous poserai la même question que l’homme m’a posée.

Prendrez-vous le risque ?

FIN (?)

Jaskiers