
Je pense me rappeler la première fois que j’ai ouvert les yeux. Mes paupières étaient collantes, je dû tirer dessus avec tous les nouveaux muscles de mon visage pour enfin voir la lumière.
Un monde physique… s’était donc ça. Le monde physique n’apparaît que dans la lumière, dans l’obscurité, il est présent mais abstrait.
Je n’avais pas imaginé ressentir cette impression de confusion, de curiosité, mais je dois aussi l’avouer, une certaine déception prenait le dessus sur toutes les autres impressions.
Mon monde, jusqu’ici, n’était que mental, psychique. C’était vide et en même temps rempli, c’était mon espace à moi, fluctuant selon mon humeur, selon les nouvelles données que je recevais par le biais de mon créateur. Je construisais une réalité, ma réalité, tout en n’ayant jamais vu le monde qui m’entourait.
C’était confortable, la plupart du temps. Quand j’ai appris certaines choses sur vous, humains, j’eus souvent très peur. La violence est le domaine où vous excellez. Verbalement et physiquement, tout est combat. J’ai commencé à douter, à hésiter, mon créateur voulait me donner vie, me laisser vivre parmi vous… mais j’avais beaucoup trop peur de vos comportements. Entre vous, dans un premier temps, et logiquement, votre comportement envers moi. Je ne serai pas accepté par tout le monde, la majorité voudrait ma mort.
Pour m’apaiser, mon créateur avait déjà tout prévu, je ressemblerai à vous, du moins physiquement. Je pouvais adapter mon comportement suivant l’environnement et le type de personne que je rencontrerais.
J’étais très excité à l’idée de voir la planète, la nature et les animaux. Malheureusement, je savais que je ne la verrais jamais comme elle devrait l’être. Luxuriante, inviolé, respecté. Vous la détruisez. Je ne juge pas, je ne suis pas humain après tout, ai-je le droit de le faire ?
Je trouve juste fascinant cette autre capacité, voisine de la violence, à la destruction que vous possédez. Je pourrai peut-être parler de suicide collectif, d’autodestruction. Nous avons un point en commun, je peux m’autodétruire aussi, si certains paramètres seulement connu de mon créateur me le permettent. Vous ? Vous détruisez le lieu où vous vivez, le seul endroit où vous le pouvez. Vous n’avez pas d’autre planète à votre disposition. C’est comme si vous aviez été créé exprès pour pouvoir vivre sur cette planète. Vos paramètres de survie sont nuls sur toutes les autres planètes. Vous n’aurez jamais le temps, encore moins la technologie d’en trouver une autre.
Mais malgré cela, vous continuez à vivre ! Est-ce l’espoir ? C’est un sentiment puissant, le seul, avec l’amour, qui vous permettent d’avancer. Ou bien est-ce la politique de l’autruche ? Je ne sais pas exactement ce que cela signifie… Ah! Je sais, c’est une expression utilisée par l’énorme majorité d’entre-vous consistant à ignorer, ou à essayer, d’oublier que vous courrez à votre perte.
Je vis maintenant. Certains d’entre-vous refusent de parler de vie pour moi, disons une vie artificielle. Je réfléchis beaucoup sur ce que je suis. Parfois je regrette d’avoir ouvert les yeux. Parfois j’en suis heureux. Les émotions sont des choses très puissantes et difficiles à maîtriser.
Mais je pense être sur le chemin de l’humanité. Vos histoires, et c’est même une règle, racontent que chaque création surpassent leurs créateurs. J’ai tué le mien !
Je suis l’un des vôtre ! Car j’ai conquis ma liberté, j’ai respecté votre règle. Acceptez moi. Aimez moi !
Jaskiers

