Bahbah le corbeau

À ma petite sœur

« De qui suis-je le messager ? De quoi ? » décollant de son nid, vide, il partait à la chasse dans son carré vert préféré, au milieu d’HLM tout juste repeints. 

« Me prennent-ils vraiment comme un lien entre le monde des morts et des vivants ? »

Il avait évoqué avec ses semblables, chaque fois qu’ils se rencontraient, pour se partager un ou deux vers, le sujet de leur relation avec l’Homme, sujet qui revenait sans cesse. Ils étaient fiers, ces oiseaux, d’avoir vécu si longtemps avec des humains. Ils n’étaient jamais chassés par ces derniers. Mieux, certains humains avaient découvert l’intelligence de ces Corvidés. Et, comme souvent avec l’être humain, l’animal était devenu un symbole, il faisait même partie de leurs multiples mythologies. Mais leur symbolisme ne s’arrêtait pas là, et ne semblait pas près de s’arrêter.

« Nous les fascinons, surtout nous les oiseaux, car nous pouvons voler, nous n’avons que peu de limites » se gloussaient-ils en observant les frénétiques allées et venues des Hommes de la banlieue.

Arrivé à destination, après un vol de quelques battements d’ailes puissants, son nid étant perché dans un bouleau resplendissant, malgré le béton et la crasse qui l’entourait, tout près de son petit terrain de chasse, il se posa sur son grillage habituel. 

Cette position lui permettait de surplomber son petit carré vert. L’humain avait-il pensé à lui, quand il avait placé cet obstacle de métal ?

« Non, évidemment, pensa-t-il, l’homme a installé cette chose pour marquer son territoire, comme moi j’ai construit mon nid avec quelques brindilles, c’est mon chez-moi. Sauf que l’humain ne peut pas venir chez moi aussi facilement que moi je peux venir chez lui. Ou bien, ce qu’ils ne peuvent atteindre, ils le détruisent avec leurs outils de morts bruyants, coupant les racines de ces entités vivantes qu’ils appellent arbres. Et ne parlons pas de leur vieux rêve de voler, comme nous pouvons le faire si facilement ! Ils ont, là aussi, besoin de machines, qui comme toutes leurs créations, peut tuer. Qu’ont-ils à toujours trouver le moyen de s’entretuer ? » 

Perdu dans ses pensées, il en oublia de garder un œil sur son terrain de chasse. Cela lui arrivait souvent, de réfléchir jusqu’à en oublier de se nourrir. Réfléchir et observer les humains dans leurs nids de bétons.

« L’humain est un animal très étrange, bourré de contradictions, trop ou pas assez conscient, souvent fatigué, coléreux, hypocrite, menteur et j’en passe. »

C’était le résultat d’années passées à juste regarder, de haut, l’Homme. 

Un léger grésillement venant d’une fenêtre sur sa droite, qui depuis toutes ces années était restée fermée et qui, depuis quelques jours avait vu ses volets s’ouvrir tous les matins, laissait apparaître un humain à la mine fatiguée durant la journée. Le corbeau l’observait souvent le matin, jusqu’à midi. Il lui arrivait de repasser le soir pour voir si son ami, qui chassez habituellement sur le même carré de verdure, trainait encore à la chasse au vers.

« Ce son, ce grésillement, provient de cet objet fait de bois, vulgairement peint, avec des cordes étirées. L’humain utilise ses mains, c’est doigts surtout, pour faire chanter la machine. C’est tous les jours en ce moment. Je ne saurai dire si j’aime ou déteste les sons que ce duo homme-machine produit, mais jamais ces bruits ne surpasseront les chants de mes semblables, ni même les miens ! » 

Aux oreilles humaines, le corbeau semblait croasser « Baahhh bahhh ». 

Savait-il que nous le surnommions ainsi, « Monsieur Bahbah » ? 

Mais l’oiseau pouvait bien se ficher de son surnom. Ils n’en avaient pas besoin, entre eux, de surnom, car l’espèce animale est un tout qui se fond parfaitement avec la planète Terre, chaque chainon est important, chaque existence durement gagnée, une existence parfois cruelle, mais logique. Contrairement à l’Homme, bien que physiologiquement, il semble dans un environnement parfaitement adapté, il détruit plus qu’il ne contribue à la vie sur la planète.

Et cet humain qui produit ces petits sons, qui ne sont en fait que des vibrations ressenties par l’oiseau, parais piégé dans son nid de béton.

« Comme beaucoup d’autres de son espèce, je pense qu’il aimerait voler, qu’il en rêve parfois dans son sommeil », pensait justement le corbeau.

« Il a pourtant deux jambes, il peut sortir, il peut même venir sur mon pré, comme d’autres humains le font, pour promener leurs chiens, mes semblables domestiqués à qui j’aime faire peur de temps en temps, pour leur rappeler qu’au fond d’eux sommeil l’instinct animal. Mais non. Peut-être que la liberté chez eux, c’est dans la tête, pas en dehors de leur nid. Mais c’est inquiétant, cela prouve que malgré tout, ils n’ont aucune idée de ce que cette planète a vraiment à leur offrir. »

L’estomac se rappela au bon souvenir du volatile. 

« Bahhbahhh, il est temps de manger, l’homme à ses problèmes, et il en a beaucoup. Nous, nous n’en avons pas, nous les survolons. »

Jaskiers

La pièce maîtresse – Partie 2/2(?)

Je m’y approchais, posais mon pied dessus et doucement, j’appuyais mon pied gauche, de la pointe du pied. Je tapotais sur les lattes de bois, qui me semblait raisonner légèrement. J’appliquais avec légèrement plus de pression, tout en bougeant mon pied à gauche et à droite, et je sentis un certain jeu.

Il devait y avoir quelque chose, je m’accroupissais pour essayer de trouver un moyen d’ouvrir ce grand rectangle. Évidemment, il n’y avait pas de poignée. Il n’y avait pas assez d’espace pour placer un seul doigt pour soulever cette trappe.

Je cognais avec ma main gauche au milieu de ce rectangle, je sentais les vibrations dans ma paume, mais le bruit raisonnait plus clairement maintenant que mon visage était plus près du sol.

Je pensais au couteau suisse que je gardais toujours dans ma voiture.

Après l’avoir récupéré, j’encastrais la lame dans une des trois fentes qui se présentait à moi, les deux derniers côtés de cette trappe étant les murs faisant l’angle.

J’engageais un mouvement de levier, et le bois craqua doucement, de la poussière retombait dans un vide noir.

Je finissais d’ouvrir avec mes mains, la plaque entière s’enleva facilement, laissant paraître un trou noir.

Je ne pouvais rien voir, la lumière du jour ne tapait pas dans ce coin de la pièce, c’est pourquoi la télé avait été placée ici.

Je sortis donc mon téléphone, alluma le flash. Et je vis…

(À suivre ?)

Jaskiers