La matinée New-yorkaise

Il quitte la chaleur du lit. Quitter cet environnement presque embryonnaire, où l’on se sent intouchable, avec le parfum enivrant de Salma, qui donne l’impression d’être dans un monde qui n’appartient qu’à vous, semble presque être une punition.

Il la regarde dormir. Elle a un léger sourire. C’est presque comme si elle savait qu’il la regardait. Il sent son léger souffle, il l’entend. Tel un chant de sirène, il est attiré. Un baiser. Juste un, dans le cou, ou vers l’oreille. Peut-être sur le front. Sentir de plus près l’odeur de son Chanel 5. Mais à quoi bon déranger ce profond sommeil. Au fond de lui, il est heureux qu’elle dorme si bien. Elle se sent en confiance avec lui. Et lui, essaie de ne pas tomber dans un amour qui consumerait tout son être, toute son existence. Cela serait tentant, de vivre pour une autre, plutôt que de continuer à vagabonder seul dans cette vie.

Mais s’attacher, c’est dangereux.

Elle passe une de ses jambes par-dessus la couette. Il lutte intérieurement pour ne pas poser sa main sur ces cuisses bronzées et douces. Durant la nuit, le simple fait de les toucher l’amenaient dans ce monde où tous les hommes aimeraient rester. Ce monde où la tendresse n’est pas un signe de faiblesse, mais au contraire, un signe noble. Cette douceur, la chaleur sucrée de ses lèvres, la douceur de sa peau, la douce mélodie de sa voix, ses yeux verts transperçant l’âme. Est-ce de l’amour, de l’admiration, l’instinct animal ? Il la voudrait encore, pour lui seul, pendant des heures, dans cette chambre du centre-ville de Manhattan, à Greenwich Village.

La veille dans son café habituel, Reggi, à l’angle de la Macdoughal Street et de la W 3rd Street, a quelque pas de Washington Square, il continuait à écrire. Il avait ses habitudes. Il prenait son New-York Times tous les jours. Il évitait de regarder les informations à la télévision, et sur internet. Dans ce dernier, l’information était une jungle où démasquer le vrai du faux devenait une panacée, l’internet de l’information était toxique.

Son New-York Times, qu’il prenait en version papier, prenait toute la place de sa petite table habituelle, que les baristas lui gardaient tous les jours depuis qu’il avait fait de ce café son fief.

Puis, une fois par semaine, il achetait The New-Yorker. Laissant un peu de côté l’actualité, qui bien que rapporté par des professionnels, s’avérait parfois difficile à emmagasiner moralement. L’hebdomadaire The New-Yorker lui permettait de prendre une petite pause dans la semaine pour découvrir d’autre chose, d’autre monde, d’autres plumes.

Ce n’était qu’après avoir lu son journal et bu son premier café qu’il sortait son ordinateur, son carnet de note, et qu’il partait à la recherche de mondes, de personnages, qui lui permettait de s’évader, de reprendre une sorte de contrôle sur cette vie qui lui semblait indomptable. Il n’y avait qu’avec sa plume qu’il pouvait tout contrôler. C’est peut-être pour ça qu’il écrivait, le contrôle.

Il était publié, sous un nom de plume. Tout ce qu’il voulait, ce qu’il rêvait, c’était de pouvoir vivre de ses écrits, sans avoir à pavoiser dans les médias, sans devenir une célébrité.

L’anonymat, c’était la liberté. Mais l’indépendance financière, c’était aussi la liberté.

Ses textes étaient diffusés dans le New-Yorker, et autres périodiques et hebdomadaires littéraires. Cependant, quand il écrivait dans ces magazines, il ne donnait pas le meilleur de lui-même. Pour lui, ces publications étaient un moyen de gagner un peu d’argent, certes, mais aussi un moyen d’imposer son nom de plume sur la scène littéraire. Toute publicité, bonne ou mauvaise, est bonne à prendre. C’est du moins ce qu’il pense. Il gardait son jus, son énergie, pour ses romans et recueils de nouvelles.

Mais aujourd’hui, ce matin, il ne veut pas aller à son café habituel.

Il se lève doucement pour ne pas réveiller la femme dans son lit. Par politesse, peut-être, mais aussi car elle semblait pouvoir lui apporter de l’inspiration.

Il la regarde respirer lentement. Sa poitrine à moitié visible, caché par les draps, bouge doucement. C’est que tout le monde a l’air paisible, presque naïf, quand il dort.

Ils s’étaient rencontrés la veille, sur l’angle de la West 4th Street et de la West 10th Street, au bar Small Club of Kazz, à quelques pas du Christopher Park, à quelques rues du Washington Park, l’endroit privilégié des habitants du Greenwich Village. C’était à ce club qu’il avait rencontré cette dame. Ses longues jambes, et sa paire de stiletto, ses fines chevilles, ses jambes bronzées, sa longue chevelure châtain, ses yeux verts l’avaient envoûté.

C’était la première fois qu’il la voyait dans le petit club de jazz. Club où il allait certains soirs, surtout quand il avait touché un chèque de ces écrits.

Il écoutait ces groupes de jazz venus de toute l’Amérique, et du monde entier. Car le Jazz a touché la terre entière, le Jazz, c’est la poésie de l’univers musicale. Aucune règle, ou presque. Même si l’époque est au hip-hop et à la pop, le jazz fait de la résistance. Évidemment, il n’y a plus de Billie Holiday, de Nina Simone, de Louis Armonstrong, d’Ella Fitzgerald ou de Miles Davis. Mais les musiciens de jazz d’aujourd’hui continuent à faire perdurer l’héritage.

C’est cette musique qui l’aidait à se détendre, mais aussi, elle l’inspirait. Tout comme l’écriture, le jazz est une histoire de contrôle, de création, de liberté. L’écriture est une musique, comme le disait Céline.

Il prend son ordinateur portable, le pose sur son bureau en face de la fenêtre et s’installe. Il tourne le dos à sa conquête d’un soir. Il la regarde dormir encore quelques secondes, s’enivrant de son parfum. Quand elle partira, son odeur restera. Le lit sera le seul témoin de leur amour éphémère.

L’écrivain ouvre son ordinateur, vérifie ses mails. Une de ses nouvelles avait été accepté par The New-Yorker. Ce dernier payait bien.

Une conquête amoureuse, un bon chèque, et New-York sous la neige. Il ne pouvait pas rêver mieux. Il est possible, pensait-il, que le bonheur existe, il faut juste s’en rendre compte. Il lui manque juste un bon café.

Jaskiers

C’est simple, je n’aime rien, sauf moi-même, et encore… pas sûr. (Article personnel)

J’aime pas Noël. J’aime pas le jour de l’An. J’aime pas les obligations sociales, les pressions qui amènent ses fêtes de fin d’année m’emplissent d’anxiété.

J’ai passé trop de Noël seul, quand quelqu’un n’est plus là, à disparu, cela mine ces moments censés être de joie. Mais même, trop de gens, pas assez, je ne suis jamais content. Je crois n’aimer que ma seule compagnie, et celle d’une poignée de proches.

Je n’ai jamais eu de grande famille, enfin si, mais maintenant je suis adulte et je n’ai plus envie de côtoyer cette petite foule d’hypocrites (juste pour certains, pas tous, évidement). Et d’ailleurs, ma famille ne se parle plus. Pour quelle raison ? Il y en a beaucoup. Je ne parle qu’à deux personnes dans un seul côté de la famille où l’argent, et pourtant il n’y en a pas beaucoup, a gâché les relations.

Les jours de l’An, les vrais, j’en garde des souvenirs mitigés. Ces fêtes se déroulent le plus souvent entre ami(e)s. Et entre nous, cette fête était l’excuse, encore une si besoin est, de nous saouler.

J’ai vu des ami(e)s vomir, faire des comas éthyliques, des bagarres et disputes, s’endormir dans leurs vomis… nous pratiquions le Binge Drinking, anglicisme à la mode pour simplement dire : boire pour l’ivresse, à l’extrême. Mais entre-nous, je ne connais personne qui boive juste pour… j’en sais rien, déguster ? Arrêter de vous mentir, l’alcool c’est pas si bon. On boit pour être saoul. Pourvu que l’on est l’ivresse ! Il faut bien s’évader de se present anxiogène.

Vous avez les occasionnelles personnes qui me feraient mentir, elles ne boivent que quelques verres et puis s’arrête… de l’alcool gâché de mon point de vue. On boit pour se désinhiber, non ?

Je rêve parfois que je bois en faisant la fête, et je commence à angoisser à la perspective de la gueule de bois qui attendra sagement de me cueillir le lendemain.

Combien ça fait d’années que je n’ai pas bu… 5 ans ? Et encore, ce n’était peut-être qu’un seul verre entre amis, ceux qui me restaient avant que je déménage. Un seul verre donc, de l’alcool gâché. Un verre en appel un autre. Non, je ne comprends plus l’alcool.

La dernière fois que j’ai été saoul, cela doit remonter à 8-9 ans.

Le temps passe vite. Très vite. L’alcool ne me manque pas, ne m’a jamais manqué. J’avoue que les gueules de bois carabinées et affreuses en sont la principale raison. L’horreur que sont les lendemains de cuites. La bouche en miette, la gorge qui brûle, l’insatiable soif (déshydratation), le mal de crâne terrible (encore la déshydratations, l’alcool déshydrate), la nausée qui ne vous lâchera pas tant que vous ne vomirez pas, la lumière qui brûle les yeux, ne pas savoir si vous avez faim ou si c’est l’envie de vomir qui vous travaille. Les mains qui font mal, le bout des doigts qui piquent, des douleurs à cause de blessures que vous vous êtes infligées, sans vous en rappelez parfois, font leurs apparitions. La fatigue, vous avez beau dormir, essayez de dormir plutôt, cela n’arrange rien.

C’était terrible pour mon corps, sûrement aussi pour mon esprit, c’était insupportable. J’étais encore jeune, entre 18 et 21 ans, mais déjà mon corps criait pitié. Je n’ose même pas voir ce que me réserverait une gueule de bois à 29 ans… (enfin bientôt 30, Jaskiers, assumes, tu arrives vers la trentaine dangereusement… qui aurais pensé que tu vivrait si vieux ? Sûrement pas toi. Au fond de toi, tu es déçu car tu n’as toujours pas réussi ta vie. Mais gardes ça pour tes séances chez la psy.)

Article étrange et brouillon n’est-ce pas ? C’est peut-être à l’image de ma vie actuelle.

Brutale réalisation que l’âge vous apporte. Les personnes qui sont censées vous aimer inconditionnellement se révèlent au grand jour, personne ne me doit rien. Et vice-versa. Étrange fin d’article pour une étrange tranche de vie qui dure depuis trop longtemps. Essayons de penser positif, juste une fois, pour voir. Ne pas nourrir la bête assoiffée de négativité qui sommeil en nous, et qui, tapie, discrète, se nourrie de chaque petits morceaux de négatif jusqu’à en vouloir toujours plus. Essayons de nourrir notre être de positivité. De peur de devenir, de rester, asservie, par la bête.

Jaskiers