Mea Culpa à l’écriture

L’envie, la passion, la curiosité insatiable d’apprendre, de créer, me sont revenus… après plus d’un an de sécheresse et de remise en question.

Peut-être avais-je besoin de me perdre pour mieux me retrouver, ou plutôt, pour retrouver le goût d’écrire et de lire.

Beaucoup de choses se sont passées, choses que je ne peux étaler sur mon blog, pour l’instant. Enfin, il se pourrait, mais sous forme de fiction. Autant utilisez les traumas pour mon Art, car, pour moi, l’écriture est un Art, n’en déplaise à certains. Je ne comprends pas comment l’on peut se demander si écrire est un art. Évidemment. Ceux qui se le demandent n’ont jamais essayé d’étaler leurs tripes sur une page blanche.

Je n’ai pas honte de le dire, je me vois comme un artiste avant tout. Cela peut sembler présomptueux, mais s’il y a une bataille que je mènerai jusqu’au bout, se serait de qualifier l’écriture, sous toutes ses formes, d’Art avant tout. Je rigole intérieurement quand j’entends le mot « intellectuel » pour qualifier les écrivains. Arrêtez un peu. Chaque Art demande des connaissances. Intellectuel, ça ne veut rien dire. Je trouve que c’est pompeux, même. (Mon Dieu, je suis vieux, je commence à être aigri !)

Une chose que je peux vous dire, j’en ai mal au cœur, mais il y a pire dans la vie ; tous mes livres ont « disparu », je ne peux en dire plus. Mon immense pile à lire n’est plus, contre mon gré. J’en ai mal au cœur. Des centaines et centaines de livres, Hemingway, Carl Jung, Stefan Zweig, F. Scott Fitzgerald, Nietzsche, Jack Kerouac, l’intégral des œuvres de Philip K. Dick, et j’en passe, énormément, ne sont plus là.
Je n’ai pas eu le temps de tous les lire, peut-être n’en aurais-je jamais eu le temps… mais quand même. La littérature a été mon pilier pendant des années, sans elle, je ne sais pas si je serais encore là, à écrire. Je n’aurais pas rencontré les merveilleuses personnes avec qui j’échange aujourd’hui. Je n’aurais pas eu ce blog qui m’a soutenu (enfin, je parle de vous là, cher(e)s lectrices et lecteurs) durant ces longs mois difficiles.

J’espère que les personnes qui profiteront de mes livres sauront en prendre soin… mon cœur pleure, en silence (ça pleure dans les chaumières ?), ils me manquent. Le simple fait de regarder cet immense tas de livres, à l’époque, suffisait à calmer mon anxiété, à éloigner ma dépression. « Il y aura des réponses à tes questions là-dedans, Jaskiers, et au pire, je pourrai m’évader dans des mondes, des histoires, des pensées, des pays, des points de vue aussi divers et variés que possible. » Maintenant, mes chers amis ne sont plus là. Jamais je ne pourrai remplir le vide qu’ils ont laissé, même si j’en avais les moyens. Je suis assez possessif, et je l’avoue, matérialiste.

Cette « collection »  de livres auraient été mon héritage.

Les objets, et les livres par-dessus tous, ont de la valeur sentimentale, pour moi. Je relativise, il n’y a pas mort d’homme, il y a beaucoup plus grave dans la vie. Mais quand même… ainsi va la vie.

Je ne saurais dire si le pire est passé pour moi. Je ne préfère pas parler de ma santé, il y a beaucoup, beaucoup plus grave que moi. Je m’estime heureux d’avoir une famille, que j’aime et qui me soutient, c’est rare, je suis chanceux.

Et j’ai ce blog, et évidemment, vous.

Je ne promets rien (ai-je jamais promis quelque chose sur ce blog ?), je ne sais comment le futur va se dévoiler, personne ne le sait d’ailleurs (ou peut-être que si, qui sait ?) mais voici un peu d’Hemingway avant de vous laisser :

Tout passe et tout lasse, les nations, les individus qui les composent, autant en emporte le vent. Il ne reste que la beauté, transmise par les artistes.

Une fois qu’écrire est devenu votre vice majeur et votre plus grand plaisir, seule la mort peut l’arrêter.


Ernest Hemingway

Faudra-t-il que j’atteigne le niveau d’écriture « infinitésimal » d’Hemingway pour me sentir satisfait, fier et enfin complet, que ce vide sidéral en moi soit enfin comblé ? Peut-être que c’est ce vide qui me fait avancer, paradoxalement.

J’écoutais une chanson d’Hozier : Arsonist’s Lullabye.

Dans cette chanson, il (le pyromane ou Hozier ? C’est ça aussi, la magie de l’Art, ne pas savoir…) chante :

Tout ce que vous avez c’est votre feu
Et l’endroit que vous avez à atteindre
N’apprivoisez jamais vos démons
Mais gardez-les toujours en laisse

Et pourquoi pas, même, les utiliser, nous nourrir d’eux, pour créer, pour évoluer, pour avancer… c’est risqué mais, comme le dit le proverbe anglais : Quand la vie vous donne des citrons, faites de la limonade.

Et pour une touche personnelle, je garde en tête cette phase d’Albert Londres, il faut « porter la plume dans la plaie ».

À très bientôt.

« Il jeta un coup d’œil amical à ses livres. C’étaient les seuls camarades qui lui restaient. »

Extrait de 
Martin Eden
Jack London

Jaskiers

Une lettre au sable

L’aile droite en feu, la toile brûlait rapidement, laissant dans le sillage de l’avion une traînée rouge, qui, avec le vent, donnait l’impression que l’oiseau de métal volant était une créature mythologique sortie des enfers.

Mais bientôt Antoine comprit que l’atterrissage allait devoir être forcé, il ne pouvait atterrir à Casablanca. Le désert allait servir de piste d’atterrissage.

Quand les roues allaient toucher le sable, Antoine prévoyait de scénario : il fallait garder une certaine vitesse pour que les roues puissent supporter le contact avec le sol sablonneux. Leurs vélocités devait durer assez longtemps pour pouvoir ralentir doucement. Mais il savait, qu’à un moment donné, les roues allaient s’enfoncer et mettre un terme brusque à l’atterrissage.

Pendant qu’il luttait pour garder un minimum de stabilité, le feu se propageait sur l’autre aile et des flammes commençaient à lécher le cockpit.

L’atterrissage forcé n’était plus d’actualité, il fallait réagir rapidement, l’homme n’est pas fait pour voler, les erreurs ne pardonnent pas si haut dans le ciel.

Le pilote s’appuya sur le rebord du cockpit.

En un battement de cils, il était violemment extirpé hors de son avion qui volait maintenant de manière erratique. Antoine déploya immédiatement son parachute.

Le pilote put voir sa machine qui commençait à descendre en spirale. La machine en proie aux flammes allait s’écraser dans le désert. L’oiseau mythologique allait terminer sa migration, sa vie dans la mer de sable.

Antoine put voir sa démise pendant qu’il flottait doucement avec son parachute. L’air chaud l’enveloppait, la sueur embuait ses lunettes d’aviateur et le sable reflétant les rayons du soleil directement dans ses pupilles le forcèrent à fermer les yeux. Il passe sa main droite gantée sur ses yeux, après avoir enlevé ses lunettes. Mais cela n’atténua en rien la torture que subissaient ses yeux, la crasse de son gant s’infiltra dans ses globes oculaires.

Une brusque explosion, c’était son coucou de malheur qui venait de mourir. Fermant les paupières aussi fort qu’il le pouvait tout en faisant faire des mouvements à ses yeux pour essayer d’atténuer la douleur et de se débarrasser de la poussière, il se prit à regretter de ne pas avoir vu sa machine finir sa vie. C’était un honneur de voler avec une de ces machines. Elles allaient révolutionner le monde. Le fait qu’elle se soit désintégrée sans que personne ne puisse voir son dernier au revoir le rendit triste. Ses yeux pleuraient, de douleur, mais peut-être aussi de tristesse.

C’était le siècle où l’homme et la machine devaient ne faire qu’un. Et qui mieux qu’un pilote et son avion comme exemple ? Antoine faisait partie des pionniers de l’air maintenant.

Pendant que sa longue et lente descente s’amorçait, il commençait déjà à s’imaginer conter ce crash, passage obligé pour tout pilote digne de ce nom, à ses amis.

Un crash au beau milieu d’un désert ? Un feu qui semble s’être déclenché sans raison évidente au niveau de la toile de l’aile droite ? Une éjection au lieu d’un atterrissage d’urgence ?

Bientôt, il allait toucher le sable chaud avec ses bottes d’aviateur, il était vivant et avait enfin une histoire vraie, car Antoine remettait en doute bien des histoires de ses comparses pilotes souvent abracadabrantesques voire carrément pathétiques.

Mais il allait falloir retrouver la civilisation et elle était encore loin. Du sable, à perte de vue. Déjà dans son coucou, avant le crash, il savait qu’il allait devoir survivre. Il aurait enfin une histoire incroyable à raconter, seulement s’il s’en sortait vivant.

Après avoir rejoint le plancher des vaches sans heurts, il replia du mieux qu’il pu son parachute. Il allait le garder, car il allait servir de couverture pour les nuits froides du désert. Il sortir sa boussole et sa carte. Antoine savait dans quel désert il avait fini, et comme souvent dans des situations pareilles, le jeune pilote allait partir direction le nord.

Le soleil tapé sévèrement, son bonnet d’aviateur, il le garda, sa petite gourde d’eau allait vite devenir le supplice de Tantale, il allait devoir se rationner pour éviter la déshydratation. Mais il fallait aussi de l’énergie, et la déshydratation est dangereuse, elle attaque le cerveau. Antoine devait aussi prendre en compte la nuit. Une chaleur terrible dans la journée, un froid implacable s’abat dans cette mer de sable une fois la nuit tombée. Et les animaux sauvages, non, il ne devait pas y en avoir. Des scorpions peut-être ? D’autres bêtes inconnues ? Le jeune homme ne savait pas vraiment comment il allait pouvoir s’en sortir.

En montant sa première dune, étouffant déjà sous la chaleur, les yeux qui lui brûlaient encore à tel point que l’idée de verser ne serait-ce qu’un peu d’eau dessus le démangeait, il vit au loin trois petit point blanc. Sa vision était douloureuse, peut-être s’était-il gravement endommagé la vue. Ou peut-être étaient-ce ces mirages dont il avait lu dans des livres d’aventure étant petit qui se produisait à l’horizon.

Il se laissa glisser sur l’autre versant de la dune, à l’ombre. La chaleur n’était pas plus supportable mais au moins le soleil ne l’attaquait plus. De plus, il allait pouvoir observer ces trois petits points qui, même s’ils semblaient loin, semblaient se rapprocher.

Antoine les fixa longuement, oubliant la douleur, et s’endormît sans s’en rendre compte.

Une voix d’homme le réveilla. Antoine se leva en sursaut.

Trois hommes habillés de blanc de la tête au pied montés sur des chameaux le regardaient avec de grand sourire. L’un mima avec ses mains quelque chose, l’avion qui s’écrasait, c’est ce qu’Antoine comprit du moins.

Le pilote répondit par l’affirmative. L’un des hommes parla à un autre. Ce dernier descendit de son chameau et invita Antoine vers le quatrième chameau, sans cavalier.

Il était sauvé, les Bédouins, les maîtres du désert étaient venus à sa rescousse.

L’histoire de son retour prenait un tour magnifique, il allait dire aux copains que des Bédouins étaient venus à sa rescousse.

D’une catastrophe, Antoine n’en tirait que du positif, de la poésie.

La nature, la machine, les animaux et les hommes. C’était le siècle de tous les possibles.

À Antoine de Saint-Exupéry et Joseph Kessel.

Jaskiers

Un chasseur sachant… – Partie 2/2

Inspiré par Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Prenant un billet d’avion pour le Brésil, avant que les autorités n’annulent son passeport, il se dirigea dans la jungle, dernier refuge, le meilleur, celui qui peut venir à bout d’un homme en pleine santé seulement à cause d’une piqûre de moustique. Si le mécanisme complexe et impressionnant du corps humain pouvait abdiquer si facilement face à la forêt amazonienne, un robot pouvait aussi défaillir. La vie pullule, et comme l’homme qui ne voit pas le moustique l’infecter avec le paludisme, la machine ne verrait pas les organismes microscopiques qui mettront fin à son fonctionnement.

Tout est une histoire de chance, et surtout de temps, dans la fuite de Damon. En fait, il se savait déjà mort, même s’il semait la machine, jamais il ne retrouverait son chemin vers la civilisation. Et même, il ne voulait pas retourner dans une société où vous pouviez être exécuté en public, pour l’exemple, parce que vous aviez eu le malheur d’être attrapé en train de feuilleter un livre.

Le cœur tambourinant dans ses tempes, les cuisses brûlantes, les poumons épuisés, il s’écroule une dernière fois, car Damon est décidé à en finir maintenant. Il attend la machine, qui approche, le sol vibre aux alentours, les oiseaux exotiques de toutes les couleurs s’envolent en protestant.

Le limier est là, il s’arrête brusquement dans sa course, sa tête l’analyse. Une pointe sort de sa gueule, l’exécution par injection létale.

Damon attend le coup de grâce.

Des bruits semblant fouetter l’air passent près de lui.

Il croit être mort. Heureux, il n’a pas souffert. Il ouvre les yeux.

D’énormes flèches sont plantées dans la gueule de la machine, qui s’affaisse en saccades sur elle-même.

Damon se retourne, des hommes nus, équipés de flèche et de carquois le regardent curieusement. L’un d’eux le vise. Un autre cri, celui qui avait Damon dans sa ligne de mire abaisse son arme.

Le crieur s’approche de Damon et lui tend la main, il lui sourit. Un sourire… cela faisait une éternité qu’un homme ne lui avait pas souri sincèrement.

Damon prend sa main. Ils rigolent, un rire incontrôlable se propage entre des deux hommes, main dans la main, jusqu’aux autres restées en arrière du crieur.

Damon n’avait pas rigolé si franchement depuis longtemps. La dernière fois, c’était en lisant des passages du livre prohibé à sa copine.

Jaskiers