Des Ombres, des Hommes – Dernière Partie

Nous regardions avec un incroyable intérêt les premiers survivants de l’attaque nucléaire, sortir de ce Métro. Les vivants, les vrais, sortaient des entrailles de la Terre après l’Apocalypse.

Nous pouvions voir, et ressentir leurs émotions. Les masques à gaz cachaient leurs visages. D’abord, pour eux, ce fut l’effroi, puis une once d’espoir, celui que la ville n’était pas totalement dévastée. Qu’il y aurait d’autres survivants, des proches, les attendant quelque part. Mais ils ne virent que ruines.

Leur ville n’existait plus que dans leurs souvenirs. Rien n’avait résisté, rien n’était debout, rien ne vivait. Pas même d’oiseaux.

Le calme, qui était inexistant dans cette ville avant la bombe, imposait maintenant sa loi implacable. Seul le vent radioactif faisait sentir sa présence.

Évidement, ils ne nous virent pas. Nous le comprîmes rapidement. Nous étions en face d’eux, à une vingtaine de mètres de la bouche de métro, dans les ruines d’un bâtiment dans lequel nous avions élu domicile, sans vraiment de raison, à l’instinct. Peut-être savions-nous, inconsciemment, que des humains n’étaient pas loin. Après tout, c’étaient eux, nos créateurs. Quelque chose nous liait.

Ils tournaient la tête, leur langage corporel montrait des signes de désespoir. Certains, regardaient droit en face d’eux après avoir balayé le décor apocalyptique de leurs regards. Puis ils semblaient nous observer. D’autres baissaient la tête, comme vaincu. C’est grâce à ces premiers que nous eûmes la confirmation qu’ils ne nous voyaient pas. Si cela avait été le cas, ils nous auraient attaqués. L’inconnu que nous représentions, l’invraisemblable, les monstres auxquels nous ressemblions n’aurait pu que déclencher la méfiance, l’hostilité, la peur, envers nous. Il était impossible que les humains nous comprennent juste en nous voyant.

Cette scène silencieuse dura cinq minutes, puis, un orage radioactif éclata. Comme toujours, ces orages arrivaient rapidement. Les nuages gris et noirs se rassemblaient en quelques secondes, faisant grimper les radiations en flèches, faisant tomber une sorte de pluie acide. Les éclairs éclatèrent au-dessus des humains.

Ils furent pétrifiés de peur, mais aussi, surpris, car ce phénomène météorologique, ils n’y étaient plus habitués.

Nous entendîmes leurs compteurs Geiger s’emballer. Les plus craintifs commençaient déjà à rebrousser chemin, se tournant en direction de l’entrée du Métro. C’était trop pour ceux-là. Leur ville n’était plus. Et pire, elle était hostile.

Les ténèbres descendirent, les éclairs éclatèrent aux alentours. Lumières fugaces dans les ténèbres ; Les Ombres surgirent.

Les Hommes aperçurent l’Ombre de l’enfant pleurant. Ils se regardaient les uns les autres, pour pouvoir confirmer qu’ils voyaient bien tous la même chose. Même ceux qui avaient décidé de rebrousser chemin firent demi-tour. C’était, pensaient-ils, de la vie, ça semblait être comme de la vie.

Ils distinguaient bien une sorte de personne, apparaissant à chaque fois qu’un éclair claquait au-dessus d’eux. Ils avançaient, prudemment, les débris restaient un danger, chaque pas pouvait être fatal, mais ils ressentaient une sorte de joie ; quelque chose de vivant, souffrant, certes, mais vivant, semblait avoir survécu.

Plus ils s’approchèrent, moins ils arrivaient à comprendre ce qu’ils voyaient. Les pleurs de l’enfant Ombre était vraiment la seule chose qui les attirait, car ils étaient tellement poignants. Certains, en leur for intérieur, pensaient porter secours à un enfant ayant survécu à la bombe atomique. Chose impossible évidemment, cela faisait des mois que l’Apocalypse nucléaire avait éclaté.

Mais plus ils avançaient vers la silhouette, plus ils réalisaient que le survivant n’en était peut-être pas un.

Les rescapés du Métro s’étaient tous arrêtés quand ils découvrirent à quoi ils faisaient face.

Même avec leurs masques à gaz couvrant leur visage, nous pouvions ressentir leur terreur. Cependant, ils ne s’arrêtaient pas, et avançaient vers l’Ombre, légèrement replié sur eux-mêmes car c’était un enfant et, d’instinct, ils ne voulaient pas risquer de l’effrayer.

Un s’approcha très près, trop près même. L’enfant releva son visage d’un coup, s’arrêtant de pleurer. Le rescapé tendit sa main vers l’Ombre. Ce dernier tendit la sienne aussi. Quand leurs mains se joignirent, l’homme poussa un cri effroyable et s’effondra.

Les autres rescapés restèrent là, pétrifiés. L’Ombre poussa un cri et disparu. L’orage continuait. Nous comprîmes que les Ombres étaient mortelles, du moins, pour les Hommes, car nous n’avions jamais cherché le contact physique, peut-être grâce à notre instinct, qui est de communiquer télépathiquement plutôt que de chercher le contact physique.

Les rescapés se précipitaient sur leur camarade allongé, inanimé. Nous entendîmes des cris, de colère, de tristesse, nous ne savions pas trop. Mais au vu du langage corporel des survivants du Métro, leur camarade n’était plus de ce monde.

Nous les vîmes, comme quand ils étaient sortis pour la première fois à l’air libre radioactif, leurs têtes se baisser sous l’impitoyable loi qu’imposait ce nouveau monde envers eux.

C’est à ce moment que nous nous concertâmes entre nous. D’un commun accord, nous décidâmes de rentrer en contact télépathique avec eux. Seulement, il s’avérait dangereux de nous mettre en contact avec tout le groupe. Quelles auraient pu être leurs réactions ? Ils venaient de découvrir leur ville détruite, la présence des Ombres et ils venaient de perdre l’un des leurs.
Nous décidâmes de choisir le rescapé le plus réceptif à la télépathie, chose que nous pouvions découvrir en les observant attentivement.

Notre choix se fit sur l’un des plus jeunes, il ne devait pas avoir plus de 25 ans, et nous ressentîmes une propension à la communication télépathique élevée chez lui.

Je me portais volontaire pour le contacter seul, en premier. Mes semblables me donneraient l’énergie nécessaire pour garder un contact assez long et puissant pour pouvoir lui expliquer qui nous étions, et que nous ne leur voulions aucun mal. Nous étions là pour les aider. Quelque chose nous poussait à leur tendre la main, à les accompagner, dans ce nouveau monde qui était, semble-t-il, créé pour nous.

Nous ne perdîmes que peu de temps et nous mirent directement en contact avec le jeune homme. Ce dernier se retrouva projeté dans notre dimension télépathique, nous avions, d’instinct, choisi une forêt comme environnement. Il fallait faire comprendre à l’humain qu’il était dans une autre dimension, et que nous n’étions pas hostiles.

Je me tins donc devant lui, au milieu d’une luxuriante forêt où les rayons du soleil passaient tel un fin voile à travers les branches et les feuilles.

L’humain regarda son corps en premier, observait ses mains gantés. Puis, il leva la tête pour découvrir l’environnement dans lequel nous l’avions amené.

Je le laissais quelques secondes pour qu’il puisse emmagasiner ce nouveau phénomène, encore un, pour lui.

Je m’approchais doucement, faisant bien attention de faire entendre ma présence tout en évitant tout comportement et geste brusque.

Il leva sa tête vers moi, je n’étais arrivé qu’à une poignée de mètres de lui. Je pouvais voir ses yeux bleus me fixer, grands ouverts à travers le masque à gaz.

« – S’il te plaît, n’ait crainte. Laisse-moi t’expliquer ce que je suis. »

Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Après tous ces chocs en si peu de temps, j’en rajoutais un autre. La panique s’emparait de lui. Il pensait que j’étais une sorte de monstre, ce qu’à l’extérieur, nous étions à la vue des humains. Il ne savait ni comment, ni pourquoi, il était là, projeté dans une forêt luxuriante en face d’une créature. Partir, s’évader, se réveiller de ce cauchemar, j’entendais sa détresse. J’essayais donc d’avancer doucement, les mains en avant, paumes vers le haut, signe reptilien d’une non-hostilité.

« – Nous sommes-la pour vous aider. Je comprends votre confusion, à toi, tes camarades. Nous ne sommes pas vos ennemis. Au contraire, nous sommes vos alliés, depuis le cataclysme, nous vous attendions. Nous pouvions sentir que vous n’étiez pas loin. Nous nous rencontrons, enfin. »

Je sentis que, bien qu’il ait entendu mes mots, qu’il les ait compris, la crainte prenait le dessus. Il chercha son revolver, le pointa sur moi, et tira sans hésiter. Mais nous étions dans une autre dimension, la balle ne me toucha pas, elle passa à travers moi. Nous étions dans le domaine télépathique que nous avions construit en une poignée de secondes pour communiquer avec l’humain.

Quand il vit que son coup de feu n’avait eu aucun effet, je sentis son désespoir, sa résignation, il tomba à genoux et commença à pleurer. Il était arrivé à un point où son esprit et son corps, ne pouvant plus encaisser de nouvelles émotions fortes, se repliaient sur eux-mêmes, dans un dernier élan de préservation.

« – Je vais te laisser. Je ne suis pas le seul de mon espèce, nous ne vous voulons aucun mal. Nous voulons vous aider. Nous avons compris que vous avez pris refuge dans le Métro. Nous n’y entrerons pas, notre place est ici, à l’extérieur, dans cet environnement devenu hostile pour vous. Nous vous aiderons du mieux possible, si vous le désirez, dans vos escapades extérieures. Va, dit à tes amis ce que tu viens de vivre. S’ils ne te croient pas, reviens, ici-même, en pensé, car nous sommes dans une autre dimension, celle de la télépathie, et nous t’aiderons à montrer à tes semblables que nous existons vraiment. »

Je pensais que ces mots l’aideraient à se ressaisir, mais il restait toujours là, à genoux, tête baissée.

« Ce que vous avez, là, dehors, ce n’est pas un humain, mais une Ombre. Nous nous sommes habitués à leurs présences. Aucun de nous n’a osé être en contact direct avec eux. Nous pensons que ce sont les victimes de l’accident nucléaire, et qu’elles ne comprennent pas qu’elles sont mortes. Nous ressentons leur détresse mais aussi, la solitude terrible qu’ils éprouvent. Votre compagnon est mort à cause du contact direct qu’il a eu avec l’Ombre. L’Ombre ne le fait pas exprès, mais il prend la vie pour ne pas être seul dans cet immense tombeau qu’est devenue cette ville, c’est ce que nous venons de découvrir. Je vais maintenant te laisser retourner à tes semblables. Je sens que tu vas pouvoir, quand tu sortiras du Métro, ressentir des Ombres, leurs présences, mais aussi, tu risques de faire des expériences étranges, comme rentrer dans une pièce, ou un bâtiment délabré, et avoir la vision de ce qu’il s’y passait avant la bombe nucléaire. Tu fais partie de ces humains à l’esprit ouvert et réceptif. C’est une chose que tu vas devoir apprendre à gérer. Mais, je crois que l’être humain s’habitue à tout, la preuve, tu es là. Maintenant, je te laisse, n’oublie pas, nous sommes là pour aider. »

J’attendis quelques secondes, pour voir s’il allait me répondre. Il leva juste sa tête dans ma direction, me fixa de son regard bleu intense, se releva et me tourna le dos. Je mis fin à notre entrevue télépathique.

De retour dans notre dimension, les compagnons du rescapé contacté s’étaient approchés en cercle autour de lui. Ils le virent se mettre à genoux, regardant en face de lui. Nous regardant, nous. Maintenant, le futur dépendait de ce qu’il allait dire et faire. Une autre forme de vie intelligente existait, nous n’étions plus seuls. Et cela apportait autant de risque que d’espoir.

Jaskiers

Un homme portant un chapeau, c’est toujours suspicieux – Partie 2/2

Par exemple, il pouvait rester des heures, pas des minutes, mais des heures entières à faire face à notre bâtiment, se tenant debout et sans bouger sur le trottoir d’en face.

Nous avons fait passer une lettre faisant grief de nos inquiétudes au syndicat de l’immeuble. On nous répondit qu’il n’y avait rien à faire, si quelqu’un avait envie de rester à faire le piquet devant nos appartements pendant des heures, rien ne pouvait l’empêcher, il ne violait aucune loi. Certes, ce comportement était porteur d’anxiété chez beaucoup d’entre nous, mais l’homme n’était pas dangereux. Et c’est tout.

Cela dura pendant deux longs mois. Presque tous les jours, l’homme au chapeau restait parfois quatre heures, qu’il pleuve, neige ou vente, il était là, fidèle à son poste.

Ceux qui avaient des enfants ont décidé de le confronter. Il ne réagissait pas, ni aux insultes, ni aux menaces. Par contre, ceux qui avaient oser lui demander des comptes finirent par recevoir une visite de la police.

Et des menaces d’assignations en justice si les menaces venaient à se reproduire.

Après trois mois, nous nous étions plus ou moins habitués, il était devenu comme une statue qui perd de sa magie à force de la regarder. Un pot de fleurs.

Jusqu’au jour où il s’évapora, aussi rapidement que quand il avait emménagé.

Pendant quelques jours, l’homme au chapeau n’était plus sur son trottoir. Puis deux semaines passèrent. Nous réalisâmes que l’étranger n’habitait plus l’appartement. Nous ne le croisions plus nulle part.

Des locataires intéressés par l’appartement laissé vacant venaient le visiter, y emménageaient pendant quelques semaines pour repartir sans nous l’annoncer.

Quelque chose changeait quand les locataires passaient leurs premières nuits dans leur nouveaux chez eux. Nous pouvions entendre leurs disputes, des cris, des bagarres, des choses se briser. Leurs visages devenaient fatigués, creusés par des soucis qu’ils ne semblaient pas avoir avant d’emménager. Leurs comportements devenaient vraiment inquiétants. Ils se montraient irrespectueux, nous insultant, parfois violents, nous retrouvions nos boîtes aux lettres défoncées, nos portes taguées d’obscénités, et cela pouvait tourner à l’affrontement physique. Surtout quand des parents s’en mêlaient.

Soit ils finissaient par être expulsés à cause de nos plaintes, soit ils déménageaient sans demander leur dû, du jour au lendemain.

Aujourd’hui, nous sommes angoissés à chaque nouveau locataire. Et nous sommes persuadés que l’homme au chapeau a quelque chose à voir avec tout ceci.

Le plus étrange ? Il semble que les locataires semblent avoir oublié l’homme au chapeau. De plus en plus disent ne pas savoir de quoi l’on parle quand on évoque cette personne… bientôt, je serais le seul à me rappeler de lui, jusqu’à ce que, peut-être, un jour, moi aussi, je l’oublie.

(À suivre ?)

Jaskiers

La pièce maîtresse – Partie 2/2(?)

Je m’y approchais, posais mon pied dessus et doucement, j’appuyais mon pied gauche, de la pointe du pied. Je tapotais sur les lattes de bois, qui me semblait raisonner légèrement. J’appliquais avec légèrement plus de pression, tout en bougeant mon pied à gauche et à droite, et je sentis un certain jeu.

Il devait y avoir quelque chose, je m’accroupissais pour essayer de trouver un moyen d’ouvrir ce grand rectangle. Évidemment, il n’y avait pas de poignée. Il n’y avait pas assez d’espace pour placer un seul doigt pour soulever cette trappe.

Je cognais avec ma main gauche au milieu de ce rectangle, je sentais les vibrations dans ma paume, mais le bruit raisonnait plus clairement maintenant que mon visage était plus près du sol.

Je pensais au couteau suisse que je gardais toujours dans ma voiture.

Après l’avoir récupéré, j’encastrais la lame dans une des trois fentes qui se présentait à moi, les deux derniers côtés de cette trappe étant les murs faisant l’angle.

J’engageais un mouvement de levier, et le bois craqua doucement, de la poussière retombait dans un vide noir.

Je finissais d’ouvrir avec mes mains, la plaque entière s’enleva facilement, laissant paraître un trou noir.

Je ne pouvais rien voir, la lumière du jour ne tapait pas dans ce coin de la pièce, c’est pourquoi la télé avait été placée ici.

Je sortis donc mon téléphone, alluma le flash. Et je vis…

(À suivre ?)

Jaskiers

Un chasseur sachant… – Partie 2/2

Inspiré par Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

Prenant un billet d’avion pour le Brésil, avant que les autorités n’annulent son passeport, il se dirigea dans la jungle, dernier refuge, le meilleur, celui qui peut venir à bout d’un homme en pleine santé seulement à cause d’une piqûre de moustique. Si le mécanisme complexe et impressionnant du corps humain pouvait abdiquer si facilement face à la forêt amazonienne, un robot pouvait aussi défaillir. La vie pullule, et comme l’homme qui ne voit pas le moustique l’infecter avec le paludisme, la machine ne verrait pas les organismes microscopiques qui mettront fin à son fonctionnement.

Tout est une histoire de chance, et surtout de temps, dans la fuite de Damon. En fait, il se savait déjà mort, même s’il semait la machine, jamais il ne retrouverait son chemin vers la civilisation. Et même, il ne voulait pas retourner dans une société où vous pouviez être exécuté en public, pour l’exemple, parce que vous aviez eu le malheur d’être attrapé en train de feuilleter un livre.

Le cœur tambourinant dans ses tempes, les cuisses brûlantes, les poumons épuisés, il s’écroule une dernière fois, car Damon est décidé à en finir maintenant. Il attend la machine, qui approche, le sol vibre aux alentours, les oiseaux exotiques de toutes les couleurs s’envolent en protestant.

Le limier est là, il s’arrête brusquement dans sa course, sa tête l’analyse. Une pointe sort de sa gueule, l’exécution par injection létale.

Damon attend le coup de grâce.

Des bruits semblant fouetter l’air passent près de lui.

Il croit être mort. Heureux, il n’a pas souffert. Il ouvre les yeux.

D’énormes flèches sont plantées dans la gueule de la machine, qui s’affaisse en saccades sur elle-même.

Damon se retourne, des hommes nus, équipés de flèche et de carquois le regardent curieusement. L’un d’eux le vise. Un autre cri, celui qui avait Damon dans sa ligne de mire abaisse son arme.

Le crieur s’approche de Damon et lui tend la main, il lui sourit. Un sourire… cela faisait une éternité qu’un homme ne lui avait pas souri sincèrement.

Damon prend sa main. Ils rigolent, un rire incontrôlable se propage entre des deux hommes, main dans la main, jusqu’aux autres restées en arrière du crieur.

Damon n’avait pas rigolé si franchement depuis longtemps. La dernière fois, c’était en lisant des passages du livre prohibé à sa copine.

Jaskiers

Service d’ennuis – Partie Finale

Peu importe qui était dans cette chambre, il semblait que ce groupe de personnes ne lui voulait pas de mal.

Elle posa sa poignée sur la porte, et l’ouvrit doucement.

Rien. La chambre était plongée dans l’obscurité totale, plus aucunes voix, plus aucun bruit, plus d’odeurs de tabac. L’air était froid.

Ouvrant la porte en grand pour laisser rentrer un peu de lumière, elle vit que la chambre était bel et bien vide, et dans un état lamentable. Le matelas, déchiré, penchait sur l’armature du lit, une table était renversée au milieu de la pièce.

Confuse, elle resta sans bouger, cherchant une explication plausible à ce qu’elle venait de vivre.

« – Dégagez ! Dégagez d’ici ! Comment ?! Vous osez entrer dans la chambre des clients sans avertissements ?! Dégagez ! J’en ai tué pour moins que ça ! »

Alva ne se laissa pas prévenir deux fois par cette bruyante et effrayante voix de femme.

Elle se précipita à son bureau pour récupérer son thermos de café, cadeau d’anniversaire de mariage de sa femme, si elle l’oubliait, elle allait devoir aussi affronter les reproches de sa femme, et sortit comme une furie vers le parking.

Avant d’entrer dans sa voiture, un cri terrible, aigu, lui fit lâcher ses clefs. Elle les ramassa et enfonça la clé dans la serrure de la portière tout en tremblant.

Ce cri, c’était celui d’une femme, d’une femme qui devait avoir vu la mort en face, pensait la jeune femme en démarrant sa voiture.

Elle roulait, le pied sur l’accélérateur, et arriva chez elle en trombe.

Sa femme se leva, le visage encore endormis mais marquant une surprise mélangé de peur, et lui demanda ce qu’il s’était passé.

Alva, lui expliquait entre ses sanglots ce qu’elle venait de vivre, et surtout, le cri terrifiant en partant.

Elles décidèrent d’appeler la police immédiatement. Même si ce n’était que le fruit de son imagination, ce dont Alva n’était pas persuadé. Peut-être qu’une personne était vraiment en détresse, il fallait prévenir les autorités.

Sa femme s’en chargea. La police répondit qu’il irait jeter un coup d’œil dans la nuit et qu’ils rappelleraient pour les tenir informer.

Alva finit par s’endormir dans les bras de sa femme et dormît d’un sommeil agiter, puis la sonnerie du téléphone la réveilla.

La Police était au bout du fil, demandant pourquoi Alva était dans cet hôtel désaffecté et abandonné depuis plus d’une décennie au milieu de la nuit.

Jaskiers

Mauvais arrêt – Partie 2/2

Je me retourne directement. Je flippe sévère, je me crispe. Prêt à détaler, ou à lâcher une bonne beigne si le besoin s’en fait sentir.

Un type assez grand, trapu, ce n’est qu’une silhouette que je peux voir s’approcher de moi.

Rapidement, je distingue que c’est un homme, barbu, genre grosse barbe de bûcheron. Une épaisse veste, une paire de jeans, des boots usées… Là, je suis persuadé que ce type, qui doit forcément être sorti de la forêt, car il n’y a que ça autour de moi, est vraiment un bûcheron.

Étonnamment, je ne flippe plus, mais je tremble beaucoup. Et le type se rapproche, doucement et semble me regarder. Quand il s’approche suffisamment de moi, je peux voir ses yeux bleus perçants, sa barbe est grise, il a une peau bronzée, on est en hiver, je rappelle. Et il a un sourire désarmant.

Je n’ai jamais eut honte de dire qu’un homme était beau. Je suis hétérosexuel, pour beaucoup, dire qu’un homme est beau est tabou… Pour un homme, trouver un autre mâle beau, c’est avouer un certain penchant pour le même sexe. Je dis que ce genre de type doit être frustré. Si je trouve un homme beau, je le dis.

Mais plus que beau, cet homme semblait dégager une aura incroyable. J’avais l’impression qu’à juste regarder son visage, je pouvais ressentir de la chaleur. C’était beau, émouvant même. Et ce sourire, je pouvais sentir que cet homme était quelqu’un de bien. Et il me le prouva, car il engagea la conversation :

« – Perdu monsieur ?

  • Je… oui, complètement. Je sais pas ce qu’il s’est passé avec la société de bus. Normalement, le dernier arrêt est le mien, et je me retrouve ici.
  • Vous n’êtes pas le premier à qui cela est arrivé vous savez ?
  • Ah ? Il va falloir que je touche quelques mots à la société de transport !
  • Non, ce n’est pas leur faute…
  • Comment ?
  • Si vous êtes ici, c’est pour une raison…
  • Quelle raison ?
  • Vous détestez votre train de vie n’est-ce pas ?
  • Oui… oui. Enfin comme beaucoup de monde. Mais de là à… qu’est-ce que vous voulez dire exactement ?
  • On vous surveillait depuis quelque temps. Vous savez… pour avoir une société parfaite, il faut surveiller ses citoyens.
  • Vous êtes du gouvernement ?
  • Pas vraiment. J’étais… J’utilise juste mes anciennes compétences, mais surtout mes contacts, pour aider les gens comme vous.
  • Les gens comme moi ? Vous voulez quoi ?
  • Vous êtes en retard pour le travail. Votre supérieur a appelé son supérieur, qui a appelé un de ses agents du ministère du travail, qui va chercher par tous les moyens possibles à savoir pourquoi vous n’êtes pas au travail. Vous êtes dans la merde, vous savez ce que vous risquez pour une absence non justifiée n’est-ce pas ?
  • Oui, mais c’est vous qui…
  • Vous voulez continuer à vivre ainsi ? Finir votre vie ainsi ?
  • Je n’ai jamais vraiment pensé au futur…
  • Exactement. Car la société ne vous laisse pas ce luxe. Travaillez, taisez-vous, dites bonjour à la police, et ne faites pas de vague.
  • Peut-être…
  • Je vous propose donc de faire un choix : venir avec moi, ou reprendre le cours normal de votre vie. Je ferai en sorte que votre absence soit justifiée et vous oublierez ce petit échange entre nous.
  • C’est… pas vraiment facile de prendre de genre de décision si rapidement !
  • Évidemment. Mais vous êtes seul. Pas de femme, ou de mari, pas d’enfants. Une mère ? Un père ? Des frères ? Sœurs ? Oui, mais vous ne les avez pas vus depuis des années. Vous n’êtes même plus en contact.
  • Vous proposez quoi exactement ?
  • Ce ne serait pas drôle si je vous le disais… c’est un test. Êtes-vous vous prêt à tout abandonner pour l’inconnu ? »

Et j’étais prêt. Cet homme, son charisme, son regard et son sourire, sa voix grave mais posée… Mon instinct me dicta ma réponse.

« – Je prends le risque.

  • Parfait. Suivez-moi. »

Je vais m’arrêter ici pour l’instant, car la suite a changé mon existence. Et c’est dangereux de trop en dévoiler, si jamais un agent du gouvernement tombe dessus, tout pourrait s’effondrer.

J’ai écrit ceci pour vous dire que la vie n’est pas une chose que vous devez subir. Et que vous n’êtes pas seul à détester cette vie de labeur, d’ennuis, de soucis.

Nous vous voyons, et un jour, nous nous rencontrerons. Et je vous poserai la même question que l’homme m’a posée.

Prendrez-vous le risque ?

FIN (?)

Jaskiers

La pilule magique – Partie 2/2

Et il s’avéra que non. Mais Edgar, n’avait pas dit son dernier mot. Comme tout bon malade, il décida d’augmenter la dose sans en parler au docteur.

Et miracle, cela fonctionna !

Et ce fut une semaine de travail acharné, il écrivait comme si sa vie en dépendait. En fait, il se fit même peur, car son corps subissait une telle violence, son esprit fut si secoué qu’après cette fiévreuse semaine, il décida de faire une autre pause… qui ne dura qu’une poignée de jours.

Il reprit ses deux comprimés, et surprise, les effets se firent désirer. Mais l’auteur connaissait la parade, il en prit une poignée. L’angoisse que les comprimés n’est plus aucune influence sur lui l’étreignait, l’étouffée. Il n’allait pas ajouter un comprimé à chaque fois, autant en prendre une poignée et voir ce qu’il pourrait en tirer.

Après avoir ingéré une généreuse poignée de pilule, les effets ne se firent pas attendre cette fois.

Mais ce n’était pas ce que l’auteur avait désiré, et encore moins prévue, qui se passa.

Son corps semblait mou, comme si ses os avaient disparu. Il leva difficilement ses deux mains pour taper sur le clavier, mais ses doigts, au lieu d’enfoncer les touches, semblaient ne plus avoir de phalanges, il n’y avais plus que la peau, aucun tendon, ni muscle.

Ses doigts se tordaient et se recroquevillaient sur eux même, s’enroulant, s’emmêlant entre eux.

Bientôt sa colonne vertébrale semblait s’être évaporée, son buste pencha sur le côté gauche. Edgar ne pouvait rien faire, son entité physique ne lui obéissait plus. Son mental commençait aussi à se transformer. Il pouvait voir toutes ses idées, son inspiration, devant lui. Ses histoires prenaient vie devant ses pupilles.

Quand il percuta violemment le sol de son bureau, il lui semblait qu’il était tombé dans de la gélatine. Son corps s’enfonçait dans le sol, ainsi que toutes les autres fournitures de sa salle de travail.

L’écrivain était happé par le sol, lentement, comme des sables mouvants. Et il ne pouvait bouger, seules ses jambes semblaient avoir gardé un peu de force.

Mais ce n’était pas assez pour pouvoir se dégager de ce parterre gélatineux. Et des scènes loufoques continuaient de se jouer devant ses yeux ; des bouffons faisant des cabrioles sur des escargots géants, une pieuvre qui vomissait des musaraignes par centaines qui étaient directement happées par la gélatine, un homme pendu, tirant sa langue bleue, lui souriait.

Même en fermant les yeux, ils étaient là, à faire leurs numéros.

En les rouvrant, il se retrouva à l’extérieur de sa vieille demeure, il ne sait comment, dans le jardin enneigé. Le froid l’assaillait de tout part.

Les tentacules de la pieuvre devinrent gelées, les bouffons faisaient alimenter un feu de camp en y balançant les escargots, le pendu n’en était plus un, sa tête était plantée dans la neige et le reste de son corps ressortait droit comme un piquet.

Edgar utilisa ses jambes pour se traîner en direction de sa maison, tout ce qui se situait au-dessus de sa ceinture ne semblait être qu’un poids mort.

En se traînant avec ses jambes encore obéissantes, le reste de son corps, lui, s’entortillait, se pliait comme un fil de laine en pleine tempête.

Son visage se retrouvait sous la neige, manquant de l’asphyxier plusieurs fois.

Puis, les bouffons lui attrapèrent les jambes, l’un d’eux lui asséna un coup de pied en plein visage. Il ferma les yeux, le seul mouvement qu’il pouvait faire avec sa tête, pour essayer d’atténuer la douleur. Quand il les rouvrit, l’auteur se retrouva adossé sur une chaise haute de son bar favori.

Les bouffons y jouaient aux cartes avec la pieuvre qui jouait plusieurs mains grâce à ses tentacules. Le corps du pendu se balançait violemment, comme un sac de frappe dans une salle de boxe. Les escargots se baignaient dans des verres emplis d’un liquide bleuâtre.

Une joie intense inonda Edgar, il n’essayât pas de se relever, quelqu’un allait forcément lui venir en aide.

Le sommeil s’abattît sur lui.

Il ne se réveilla jamais.

Le diable avait réclamé son dû et l’avait obtenu. Car les pactes signés avec lui sont souvent signés sans que le signataire le sache vraiment.

FIN

Jaskiers

Demain est une autre nuit – Partie 2/2

Cette fois, Henry était décidé à trouver la raison de cette folie.

Assis sur son lit, il ne se sentit pas s’endormir.

Il se retrouvait une nouvelle fois dans son monde onirique, où il était encore une fois installé dans sa voiture-savon. Mais cette fois, au lieu de foncer à toute vitesse droit devant lui, il reculait.

Il accélérait en appuyant sur un simple bouton situé sur le tableau de bord. Mais il reculait, encore et encore. Il repassa par le voile qu’il avait brisé dans ses deux autres rêves, il quittait le territoire des lianes pour revenir sur une route vide et entourée de pâtures.

Un violent coup de volant involontaire et inattendu le fit le réveiller en sursaut.

Le réveil affichait 5 h 30.

Il essaya de se rappeler comment il avait pu s’endormir sans s’en rendre compte, assis sur le bord de son lit. Il venait de se réveiller emmitouflé dans ses draps.

5 h 31.

L’obscurité de la nuit commençait à peser sur son moral, autant que cette étrange situation. Il alluma sa table de chevet. Enfin un peu de lumière.

Henry se leva et se dirigea à sa fenêtre de chambre pour voir si des gens se trouvaient dans la même situation. Mais il doutait. Que feraient les voisins à la fenêtre ? Il tendit l’oreille, peut-être que quelqu’un crierait son désarroi et qu’ils pourraient se réunir ensemble pour trouver une solution. Mais le silence régnait en maître.

5 h 32.

Il décida de se laisser encore un peu le temps de réfléchir. L’homme décida de se couvrir. Le temps de mettre un léger veston, il était maintenant 5 h 33.

Il ouvrit les yeux, 5 h 30. Henry comprit. Il ne pouvait rester éveillé que trois minutes ! À 5 h 33 il replongeait dans un sommeil et se réveillait dans son lit à 5 h 30.

Ce doit être le pire cauchemar de ma vie, de l’existence du monde, de l’humanité ! Quand est-ce que je vais me réveiller… s’est ça ! Il faut que je me réveille ! Je sais, je sais, je vais sauter par la fenêtre ! Ça sera comme ces rêves où l’on tombe et on se réveille en sursautant.

5 h 31. Henry ouvrit la fenêtre. L’air frais de la nuit l’enveloppa et une pressente envie de retourner dans ses draps l’enveloppa. Il douta un temps de son idée, mais c’était selon lui le meilleur moyen de sortir de cette boucle cauchemardesque.

Il enjamba le rebord de la fenêtre, jeta un coup d’œil à son réveil : 5 h 32.

Il hésita encore quelques instants et sauta.

C’était exactement la sensation qu’Henry attendait. Mais au moment de l’impact, son réveil affichait 5 h 33.

Il se réveilla. La même heure, encore et, semble-t-il, toujours.

Sauf que cette fois, les chiffres s’affichant sur son réveil étaient de couleur bleue, et non rouge.

Pressentant qu’il avait fait avancer le mystère, il alluma sa lampe de chevet. Son simple lit deux place était devenu un lit à baldaquin.

L’homme se redressa, regarda le voile autour du lit.

On dirait le même voile que celui de mon rêve avec la voiture-savon…

La solution était peut-être derrière ce fin tissus. Il passa sa tête et ses épaules à travers et vit que les murs de sa nouvelle chambre étaient bleus. Aucun meuble, aucun tapis, rien que quatre murs d’un bleu intense, sans aucune fenêtre. Et une porte blanche immaculée.

Henry décida qu’il se devait de passer cette porte, il n’avait que ça à faire.

Machinalement, il jeta un coup d’œil à son réveil, 5 h 32.

Il se précipita vers la porte, l’ouvrit et se retrouva devant des centaines de ce qu’il pensait être des lianes, toutes pendaient depuis le plafond, droites, raides et traversant le sol.

Ces étranges lianes lui firent penser à cette théorie qu’il avait un jour découverte en voguant sur le net, la théorie des cordes.

Bien sûr il n’avait pas compris exactement cette théorie scientifique, mais il avait retenu l’idée principale : la matière et l’énergie étaient faites de minuscules cordes qui vibrent.

S’en se soucier des conséquences potentielles, il attrapa une corde, et non plus une liane comme il le pensait quelques secondes plus tôt, et décida de la mouvoir, voir de la casser, en pesant de tout son poids sur elle.

Tout commença à vibrer, comme un violent tremblement de terre, la pièce tourna sur elle-même, envoyant Henry cogner contre un mur.

Et la pièce continua à tourner de plus en plus vite. Lui se retrouva comme flottant au milieu de la pièce où les cordes avaient disparu.. Épargné quelque temps par cette folle farandole, son corps se mit à tourner lentement puis de plus en plus vite jusqu’à le faire s’évanouir.

Il se réveilla, il était 7 h 30. L’heure de se lever pour aller travailler.

FIN

Jaskiers