Carnets de Guerre 1914-1918 par Ernst Jünger

Quatrième de couverture :

Les Carnets de guerre 1914-1918 constituent la face cachée d’Orage d’acier, qui pour André Gide, était « incontestablement le plus beau livre de guerre » qu’il ait jamais lu. Écrits directement dans le feu de l’action, ces quinze petits carnets d’écolier nous révèlent la matière brute sur laquelle Jünger se livra, une fois la paix revenue, à un savant travail de réécriture.

Fort peu de témoins sont restés autant d’années que lui en première ligne des combats, sans jamais cesser de prendre des notes d’une acuité stupéfiante. Sept fois blessé, Jünger a pu relater avec une objectivité volontaire glaciale les souffrances du fantassin.

Ce témoignage sans fard d’un engagé volontaire de dix-neuf ans ne cache rien des horreurs de la guerre. Mais il ne dissimule pas non plus l’enthousiasme de départ, la joie de se battre et le délire meurtrier qui s’empare des hommes au moment de l’assaut. D’où l’incontestable intérêt historique et documentaire de ces carnets qui révèlent également des aspects inconnus de la personnalité complexe d’Ernst Jünger.

J’ai lu Orage d’acier il y a de ça longtemps, j’avoue ne pas me rappeler de ce livre, enfin, il ne me rest en tête que de courtes bribes de l’ouvrage. Je me suis donc lancé dans la lecture de ce journal de guerre plus pour lire l’expérience d’un soldat allemand dans les tranchées en 14-18 que pour l’ouvrage que Jünger en sortira pour écrire Orage d’acier.

De tous les journaux personnels de guerre que j’ai eu la chance de lire, celui-ci est le plus brutal, le plus effrayant et réaliste que j’ai lu.

Ernst Jünger veut de l’aventure, il s’engage à 17 ans seulement dans la légion étrangère française. Son père le ramènera au bercail grâce à un avocat. L’entrée en guerre de l’Allemagne est pour lui l’opportunité de partir à « l’aventure ». Il voudrait même être un héros. Il s’engage dans l’armée allemande, paré à rentrer couronner de médaille et adulé.

Il écrira son journal dans les tranchées même, dans des cratères d’obus à 20 mètres des anglais. Au milieu des cadavres et de leurs restes, sous les balles et sous les innombrables types d’obus qui pleuvent autour de lui.

Soldat courageux et volontaire, il gagne en grade mais aussi en blessures. Et les amis disparaissent.

Il mène ses soldats à l’attaque, tue et voit ses hommes et amis se faire tuer. Le carnage et la terreur des bombardements de jour et de nuit. La folie de certains camarades dont les nerfs lâchent.

Plus surprenant, quelques conquêtes amoureuses avec les maladies vénériennes qui vont avec. Une honte, à cette époque, surtout quand on veut être un héros.

Ce qui est fascinant dans ce journal, c’est qu’il est écrit au jour le jour, comme noté plus haut, dans la boue, le sang, les balles et les bombes. Et du côté allemand, ce qui est intéressant pour moi, français, qui n’ai lu des récits de la guerre 14-18 que du côté de nos chers Poilus. En omettant Jünger et Erich Maria Remarque.

Certains passages sont surprenants, voir émouvants, comme ce jour ou les soldats allemands et anglais décident de sortir de leurs tranchées et de discuter, de boire, de plaisanter et d’échanger. Ils fraternisent ! La reprise du combat sera difficile car ils réaliseront qu’en face, les soldats sont des êtres humains comme eux et non des monstres.

L’ouvrage contient des extraits extrêmement violents et glauques. Jünger fera toute la guerre en première ligne (en omettant les nombreux séjours à l’hôpital et les permissions), témoignage extrêmement rare et de qualité.

Son corp, meurtri de cicatrices, c’est la guerre qui a marqué son passage comme lui l’a marqué et écrit sur ses petits carnets de notes. Survivre en première ligne durant toute cette guerre tient du miracle, son témoignage en est encore plus important.

Je vous ai choisi quelques extraits, certains montre la violence dont il est témoin et acteur :

L’indifférence envers les morts est massive, à peine les infirmiers en ont-ils traîné un derrière le parapet suivant qu’on recommence à plaisanter et à rire.

Les interpellations réciproques avec les tranchées adverses ne sont pas rares et souvent d’un certain comique. Par exemple : « Wilhlelm, est-ce que t’es encore là ? » « Oui ! » « Alors planque ta tête, j’vais tirer. » BOUMS ! « Ouais, trop haut ! » « Pas si vite, faut d’abord que je recharge! »

Disparus ! Disparus, et peut-être à jamais. Sur le front, les villages détruits, les arbres déchiquetés, les puits effondrés, les champs tout retournés par les obus […]

Lorsque j’ai quitté l’abri ce matin, un étonnant spectacle s’est offert dehors à mes yeux. Nos hommes avaient grimpés sur les parapets et parlaient avec les Anglais par-dessus les barbelés.

Il y a ici toute une jeunesse déjà vouée à la mort, aujourd’hui ou demain.

Dans les jardins, j’ai trouvé un os du bassin auquel étaient encore collés des lambeaux d’étoffe rouge française. Peu à peu, on acquiert ici des connaissances anatomiques.

En y mettant la meilleure volonté du monde, nous ne pouvions pas creuser un trou sans tomber sur des monceaux de cadavres. Une tête émerge ici, là un postérieur, plus loin un bras sort de la terre, là-bas gît une tête de mort.

Le lieutenant Pape me raconta qu’il avait trouvé dans une maison une toute petite fille morte. Certains civils devaient être encore couchés dans leur lit.

Chaque millimètre du sol a été retourné encore et encore, les arbres sont attachés, déchiquetés et pulvérisés comme sciure. Les maisons rasées par les obus, les pierres broyées en poussière. Les rails du chemin de fer tordus en spirales, les collines déplacées, bref, tout a été transformé en désert.

L’un des deux avait eu la tête arrachée, et le cou surmontait le tronc comme une grosse éponge sanguinolente. Le deuxième avait un bras fracassé d’où sortait des esquilles d’os, et une grande blessure à la poitrine. Le troisième avait été éventré, ses intestins et des organes internes s’étaient répandus sur le sol.

Au final, si vous avez lu Orage d’acier, je ne pense pas que ce livre vous apporte énormément car les faits relatés dans le journal sont présent dans le roman. A part si le roman vous a tellement happé que vous voulez en savoir plus. Ou vous pouvez choisir de lire ce journal à la place du roman. Qu’importe, les deux ouvrages sont puissants et importants pour la mémoire collective.

Une vraie et terrible expérience de la guerre, la lire et la ressentir dans vos tripes. Grâce à l’écriture.

Jaskiers

Ernest Hemingway : sur la guerre.

Hemingway a tout juste 18 ans sur le front italien pendant le Première guerre mondiale. Engagé en tant qu’ambulancier dans la croix rouge, il sera blessé sur le front du Piave. Il sera le PREMIER BLESSÉ AMÉRICAIN de la Première Guerre Mondiale ! Touché aux jambes par un obus et par une balle de mitrailleuse, il reviendra en Amérique « troué comme une passoire », décoré de la prestigieuse Croce de Guerra. Cette expérience lui inspirera « L’adieu aux armes », un des plus beau roman de guerre et d’amour. Car en Italie, hospitalisé à Milan, il rencontrera son premier grand amour, Agnès Von Kuroswki, infirmière de la Croix-Rouge.

On écrivait jadis qu’il est doux est bienséant de mourrir pour son pays. Mais dans la guerre moderne, votre mort n’a rien de doux et de bienséant. Vous mourrez comme un chien sans raison valable. Atteint à la tête vous mourrez rapidement et proprement, doucement et avec bienséance même, hormis l’aveuglant éclair blanc qui ne finit jamais, à moins peut-être que l’os frontal ou votre nerf optique ne soient rompus, ou votre mâchoire emportée, ou votre nez et vos pommettes arrachés, de sorte que vous pouvez encore penser mais que vous n’avez plus de figure pour parler. Mais si vous n’êtes pas atteint à la tête, vous serez atteint à la poitrine, et vous étoufferez, ou dans le bas-ventre, et vous sentirez tout glisser et se défaire quand vous ouvrirez, se répandre quand vous cherchez à vous lever ; ce n’est pas très douloureux, dit-on, mais cela fait toujours hurler ; c’est l’idée, je suppose ; ou vous aurez l’éclair, le bruit assourdissant d’un puissant explosif sur une route difficile et vous constaterez que vos jambes sont coupées au-dessus du genoux, ou peut-être juste au-dessous du genoux, ou peut-être qu’un seul pied sera parti et vous apercevrez l’os blanc qui pointe à travers la bande molletière, ou vous les regarderez enlever une botte avec votre pied en bouillie dedans, ou vous sentirez un bras battre mollement et ce qu’on ressent quand un os râpe, ou vous brûlerez, étoufferez et vomirez, ou vous serez déchiqueté de mille manières, sans douceur ni bienséance ; mais rien de cela ne signifie quoi que ce soit. Aucun catalogue d’horreur n’a jamais tenu les hommes à l’écart de la guerre. Avant la guerre, vous pensez que ce n’est pas vous qui mourrez. Mais tu mourras, mon frère, si tu y reste assez longtemps.

La seule manière de combattre le meurtre qu’est la guerre est de montrer les combinaisons malpropres qui les créent et les criminels et les salauds qui l’espèrent et la manière idiote dont ils la conduisent quand ils l’obtiennent, de sorte qu’un honnête homme s’en défiera comme il le ferait d’une affaire véreuse et refusera de s’y laisser asservir.

Ernest Hemingway

Extrait de : Réflexions sur la prochaine guerre : une lettre sérieuse sur l’actualité

Esquire : septembre 1935

Tiré de l’ouvrage : En ligne de Ernest Hemingway

Jaskiers

Journaux de guerre | Geohistoire hors-série

Quatrième de couverture :

Les deux guerres mondiales racontées par la presse

Journaux de Poilus, de Résistant, presse officielles et presse collaborationniste…Cet ouvrage, florilège de documents exceptionnelles et profondément émouvants issus de l’incroyable collection (unique au monde) de Benoit Prot, retrace en images et titres chocs l’histoire des deux guerres mondiales qui ont redessiné les contours du monde.

1915-18 :

« Le canard enchaîné prendra la liberté grande de n’insérer, après minutieuse vérification, que des nouvelles rigoureusement inexactes. Chacun sait, en effet, que le presse française, sans exception, ne communique à ses lecteurs, depuis le début de la guerre, que des nouvelles implacablement vraies. » Le Canard enchaîné, n•1, 10 septembre 1915

1939-45 :

« Soyez discrets : ne cherchez pas à savoir qui fait notre journal ; ne chercher pas à savoir d’où il vient. Faites confiance à celui qui vous l’apporte. Ceci dit, n’oubliez pas de faire lire le même exemplaire par dix de vos amis. Ne confondons pas la prudence et la froisse : notre journal n’est pas fait pour ceux qui, bien calés au fond d’un bon fauteuil, le liront en cachette pour ensuite de hâter de la brûler… par prudence ! ». Le Franc-Tireur, février 1942

Collectionneur de presse passionné, Benoit Prot possède une des plus grande collection de journaux français au monde (plus de 30 000 exemplaires datant de 1631 à nos jours). Il nous dévoile pour cet ouvrage une sélection exceptionnelle de journaux de Poilus, de Résistant et de presse officielle de l’époque

Partie du magasine sur la Première guerre Mondiale :

Les Poilus, mécontents du traitement de la guerre des tranchées par les journaux traditionnels et sujettes aux censures et mensonges, ont décidé d’écrire leurs propres journaux. Avec des titres différents suivant les tranchées qu’ils occupaient. Les satires, caricatures et textes, la plupart humoristiques leurs servaient d’exutoires, évitant ainsi la lecture frustrante des journaux officiels. Ces journaux étaient aussi un exutoire aux horreurs de la guerre. Des bribes de vie et de malheurs ont écrits par eux même et des compagnons d’infortunes pour rire, se sentir vivant et accompagné dans cette guerre terrible.

L’arrière, les civiles, gavés de fausses informations, de propagandes et bercés de récits alambiqués se montrent parfois arrogants, irrespectueux même insultant vis à vis des Poilus en permission, blessés, traumatisés. Les journaux Poilus ne manquent pas de se faire une joie de leurs rendre la pareil !

Malheureusement, je n’ai pas vu de journaux parlant ou écrit par des tirailleurs sénégalais, marocains ou algériens… On oublie trop souvent leurs sacrifices.

Journal de poilu : La Greffe Générale du 20 février 1918. « – Cette fois, mon vieux, nous avons un pied dans la tombe… – Oui ! Mais nous savons maintenant sur quel pied danser !!! »
À droite : dessin d’un journal de Poilus Le Mouchoir du 10 octobres 1916 – Aux camarades et collaborateurs du Mouchoir morts pour la Patrie-

Extrait d’un article écrit dans Le crapouillot, journal de Poilu :

« (…) 11 h 20. Dans le large trou ou je viens de rouler avec B…, je suis encore à plat ventre, quand sans une plainte, un homme s’abat et reste sur mon dos. Par dessus mon épaule, je regarde le blessé qui m’écrase. C’est un tout jeune soldat, de la classe 15 ; les mains appuyées au sol, il cherche en vain à se soulever ; de sa bouche ouverte ne sort aucun son ; ses yeux, agrandis d’angoisse, fixés sur moi, semblent me demander s’il va mourrir. Je m’arrache lentement de sous son corps immobile ; il retombe, la face contre terre, sur ses bras repliés sans un cri. Pendant que B… lui enlevé des grenades et une partie de ses cartouches, je lui prends son masque Tambuté, qui ne lui servira plus. […] Le crapouillot, février 1917

Partie Seconde guerre mondiale :

La partie du magasine sur la Seconde guerre mondiale est beaucoup plus complète, elle contient de vrais trésors historiques. Allant des journaux de la Résistance, aux journaux collaborateurs (dont je ne posterai aucune photographie ni extrait pour des raisons évidentes), de la drôle de guerre ou les soldats, en attente, s’amuse à tromper l’ennui en créant des petits journaux de guerre, de la débâcle ou les journaux officiels choisissent déjà leurs camps, certains cèdent à l’affolement et au défaitisme menant à la Collaboration, certains appel à continuer la lutte, à réveiller et à soutenir les français dans ses jours sombres. La Résistance commence, à mon avis, ici.

Edith Piaf : lorsque nous avons décidé de donner une marraine de guerre à ce journal, les uns nous ont conseillé de prendre Mistinguett, les autres Marlène Dietrich. Certains mème allaient jusqu’à nous proposé Maurice Roustant. Nous avons préféré, quand à nous, avoir comme marraine de guerre une vedette qui tout en étant célèbre et populaire serait restée en étroit contact avec son public, une vedette, petite fille des faubourgs que le succès n’aurait pas grisée et qui aurait compris et aimé la mentalité des simples soldats. C’est pourquoi nous avons demandé à Edith PIAF, l’inoubliable créatrice de « Mon Légionnaire » d’être marraine du « Chic à Nied ». C’est avec empressement qu’elle a accepté et nous l’en remercions tous chaleureusement. Espérons que le « CHIC A NIED » comme sa marraine ira vers la gloire et le succès. Le chic à Nied, 10 mars 1940

La persécution des Juifs est peu présente dans les journaux, résistants ou collaborationnistes. Voici un extrait du journal J’accuse du 20 octobre 1942, journal résistant : « Les nouvelles qui nous parviennent en dépit du silence de la presse vendue annoncent que des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants juifs déportés de France ont été ou bien brûlés vifs dans les wagons plombés ou bien asphyxiés pour expérimenter un nouveau gaz toxique. Les trains de la mort ont amené en Pologne 11 000 cadavres. Telle est l’œuvre sanglante des Huns du 20e siècle, des cannibales de l’ordre nouveau ! Que chaque famille française accueille un enfant persécuté ! »

Résistance, 15 décembre 1940

Je pensais que l’action des Résistants qui consisté à produire des journaux et pamphlets aux périls de leurs vies était dangereux, que le risque n’en valait pas la peine. Autant vous avouez qu’après avoir lu ces tracts, j’ai changé d’avis. Dans une France occupée et asservie, ce genre de texte pouvait aider la population à garder le moral, à s’engager dans la Résistance, à réaliser que tout n’était pas perdu.

Courrier de l’air, journal résistant largué par les Alliés sur la France occupé en 1941 : « On connaît plus d’une façon de manifester sa joie en la victoire. L’emploi de la lettre V en est une. Au surplus, les peuples opprimés ont inventé toute une série de méthodes pour afficher la lettre V, en la traçant à la craie ou la peinture, aux façades ou sur les pavés, en la dessinant avec le doigt dans le sable ou la poussière. Une autre méthode consiste dans l’emploi très simple du code Morse, en tapant, par exemple, sur la table d’un café, ainsi : • • • — , ce qui fait la lettre V »

Je regrette que le combat des anciennes colonies françaises, tirailleurs Algériens, Marocains, Sénégalais ect… ne soient pas mentionnés. Ils ont bravement combattus sous le drapeau à croix de Lorraine mais aucun extrait dans ces journaux ne semblent en faire mention.

Libération (édition du bord de la France Libre), 5 septembre 1944

Les images des journaux sont superbes et tellement intéressant. Tous les journaux viennent d’un passionné, Benoit Prot, qui a difficilement rassemblé tous ces petits trésors aux grès de multiples années de recherches et d’investissements financiers. L’ouvrage est très intéressant et la collection personnelles de Prot est un apport majeur pour l’Histoire. Je préfère vous laisser découvrir ce très belle ouvrage par vous même.

Jaskiers