Pourquoi ma maison n’a pas de miroirs ? (Nouvelle)

En hommage à Anna Coleman Ladd

C’était il y a si longtemps gamin, mais pour moi, c’est comme si c’était hier.

Quand la dame m’a posé le masque en céramique sur le visage, elle me tendit un miroir, mais je ne voulais pas voir mon visage tout de suite.

« Et pourquoi ? » Tu dois te demander à cet instant.

Je ne me sentais pas prêt, c’était en quelque sorte un nouveau moi, une personne que je connaissais mais qu’à moitié, que j’allais rencontrer une fois mon regard posé sur mon reflet dans la glace.

J’étais pas prêt gamin, je n’étais pas d’accord avec ça, j’étais un inconnu, physiquement, mais mentalement, je pensais que tant que je n’avais pas vu mon nouveau visage, je resterais moi-même.

La dame comprit immédiatement ce qu’il se tramait, je n’étais pas le premier à qui cette artiste, car c’est comme ça qu’on la considérait entre nous, avait créer un masque sur mesure, épousant et complétant nos gueules cassées.

Ça n’a pas changé ma vie instantanément. En fait, au début, c’était plutôt le contraire. Je m’étais habitué à ce visage ravagé par la guerre. J’avais, en quelque sorte, fais le deuil et accepté cette figure. J’arrivais à encaisser le regard des autres. Tu sais gamin, certains en sont fiers de leurs gueules cassées ! Ça prouve que tu t’es battu pour la France.

Moi, je n’en ai été pas fier. Je n’en avais pratiquement plus honte. Non, aucune fierté d’avoir tué d’autres hommes qui ne m’avaient rien fait. J’étais même en colère, car j’ai vu des copains disparaître en une fraction de seconde. Il disparaissait dans une poussière noire, dans un nuage rouge… certains étaient morts et déjà six pieds sous terre. Les obus, sa tue et sa peut enterrer en même temps.

Je les envie parfois, ils n’ont plus à vivre sur cette terre avec les visions d’horreur qui hantent les vivants. J’ai des copains qui sont devenus fous. Leurs corps étaient bien vivants, mais leurs esprits, gamin, étaient partis dans des recoins tellement sombres, que jamais ils n’ont jamais pu revenir à la réalité. Et puis, il y a ceux qui ont mis un terme à leur vie. Comment les en blâmer ? Les cauchemars, le retour à la vie civile, à une vie normale, c’était très difficile. On pensait tous qu’on allait y passer, jamais on avait pensé à ce que serait notre futur si nous survivions.

La guerre, c’est une connerie gamin, mais c’est malheureusement humain. C’est comme ça…

C’était pas facile pour grand-mère non plus. Je lui en ai fait beaucoup voir, mais elle est restée à mes côtés. Malgré les disputes, l’alcool, mon visage horrible, mes cauchemars qui me réveillaient en sursaut, hurlant à la mort, mon aversion pour le bruit, le silence était primordial pour moi, car chaque bruit pouvait déclencher en moi des souvenirs de la vie dans les tranchées.

Et puis gamin, j’ai tué. Comment on revient à une vie civile après avoir été entraîné et après avoir tué d’autres humains ? En temps de paix, tu tues quelqu’un, tu vas en prison, ou on te passe à la guillotine, mais en temps de guerre, on te pousse à tuer, on donne des médailles, on te portes aux nues quand tu réussis à tuer d’autres être humains.

Je souhaite de tout mon cœur que la guerre ne cogne jamais à ta porte mon garçon.

Mais pour répondre à ta question, j’ai regardé mon nouveau visage, et c’était étrange, beau et effrayant. Une partie de mon visage était moi, l’autre une imitation.

J’ai pleuré. Je n’ai jamais accepté ce masque, mais il me le faut pour pouvoir vivre dans une certaine dignité, pour les autres. Je ne le porte pas pour moi.

C’est pourquoi il n’y a pas de miroir chez moi. L’apparence, c’est quelque chose de secondaire, ce n’est que vanité.

Je sais que tu m’as aussi demandé pourquoi je ne parlais pas. Ma gueule cassée n’a plus de mâchoire. Tu voudras un jour savoir comment c’est arrivé, mais tu le sais déjà, j’étais dans les tranchées. C’est ça, la guerre.

Profite de ta vie, profite de la paix. Je me suis battu pour que cette foutue guerre ne revienne plus jamais.

Ton grand-père qui t’aime.
1937

Jaskiers

Personne n’a envie d’y aller (courte nouvelle)

J’étais adossé au mur. Mon capitaine, le regard sûr et déterminé, passa à côté de nous, en braquant ses yeux marron sur chacun de nous. Il nous jaugeait. Ce n’était pas forcément un fin psychologue, pas un du tout même, mais il nous jaugeait au feeling. Il nous connaissait, il savait quels demons, quels rêves et espoirs nous avions en chacun de nous. En sortir vivant, en finir avec cette foutue guerre. Et c’était de même pour nous envers lui. Peut-être un peu moins, en tant que supérieur, il se devait de garder une certaine distance avec nous. Le leader se doit de garder des choses pour lui, parfois de mentir, pour garder un temps d’avance, un avantage psychologique sur nous.

J’étais fébrile, et je n’étais pas le seul. Personne n’avait envie d’entrer dans cette putain de maison. Car nous étions adossés à ce que la légende appellera « la maison de l’enfer ».

On sentait l’ennemi. C’est un sentiment étrange, dérangeant, viscéral que le corps et l’esprit apprennent à force de combattre. C’est ce sentiment qui parfois handicape notre retour à la vie civile. On ne peut l’éteindre ni l’allumer comme nous le voulons. Il est cruel en temps de paix, vital en temps de guerre.

« – On reste concentré, chacun sait ce qu’il a à faire. Rien ne change, on vérifie directement chaque recoin, on communique, on se parle. On tire si on voit du mouvement, on tire même si on a un doute. Il n’y a plus de civile dans cet enfer, si ça bouge, s’est mort. Fier vous à votre instinct, on ne le dira jamais assez. Moi aussi je les sens, mais j’ai vu des hommes prêts à se battre. On a vécu pire, on vivra peut-être pire, mais on est entraîné, on a confiance envers le copain d’à côté. Si l’un de vous doute, de lui-même ou d’un des nôtres, qu’il parte. On ne lui en voudra pas. C’est maintenant ou jamais. » Dit le capitaine.

Personne ne bougea. Aucun ne voulait laisser ses frères d’armes sur le côté. On allait entrer ensemble, aucun d’entre nous n’aurait pu supporter de laisser ses amis se battre sans lui. C’est une chose qui pourrait nous hanter toute la vie.

Allez expliquez ça à nos femmes, à nos familles, nos enfants, nos amis. Peu d’entre eux comprennent, mais nous ne leur en voulons pas, ils ne savent pas ce que c’est que partir au feu avec des frères. Nous l’avouons, d’une certaine manière, l’armée, la guerre, passent avant eux. Nous sommes soldats, on a signé pour ça. On se le répète assez entre nous, on a choisi cette vie. Quand c’est difficile, on se tait. Quand c’est trop dur à supporter, nous avons les uns et les autres. Quand les terribles souvenirs reviennent dans notre vie civile, on encaisse, on enfouit la douleur au plus profond de nous-mêmes. Impossible de partager ces choses auprès de personnes qui n’ont pas vécu et affronté la mort en face plusieurs fois dans sa vie.

On a tué. Et on a vu les copains mourir, blessés, traumatisés, estropié à vie, à l’intérieur autant qu’à l’extérieur.

Et c’est dans cette bulle collective que nous allions rentrer en force dans l’arène d’Hadés, avec Ulysse comme capitaine.

Le reste appartient à l’Histoire. Peu de personnes ont entendu parler de « La maison de l’enfer ». Parfois, les plus petites batailles sont les plus importantes, et les plus ignorés.

Mais qu’importe, nous n’avons pas combattu pour la gloire. On ne savait plus vraiment pourquoi on se battait pour dire vrai. Nous cherchions une raison, mais cette raison était autour de nous. On continuait à se battre pour les copains, pour le pays aussi, et c’était assez pour aller de l’avant.

Le autres, c’est l’enfer… mais aussi nos frères.

Jaskiers

Service d’ennuis – Partie 2

Et Alva s’installa à son bureau, spacieux, sans ordinateur, remplacé par un bon vieux carnet de réservations ressemblant à un vieux grimoire.

L’odeur du hall d’entrée était étrange, un mélange de tabac, de parfums de marques, avec de légers relents d’alcool, mélangé à l’odeur de renfermé venant de la moquette, qui était usée jusqu’à la corde, les motifs qu’elle devait arborer avaient disparu à cause de l’usure et de l’entretient plus qu’insuffisant.

Les deux couloirs qui partaient chacun d’un côté de son bureau menaient aux premières chambres, avec au bout de ces couloirs un ascenseur menant aux étages supérieurs. Tous les étages étaient aménagés de cette manière linéaire très simple, tout droit, avec à chaque extrémité des deux couloirs parallèles, des ascenseurs. Pas d’escalier.

Alva n’avait pas à prendre ces ascenseurs qui semblaient prêts à rendre l’âme, tellement les craquements qu’ils émettaient quand ils montaient faisaient vibrer la cabine. Elle avait peur pour les clients et pour le manager, ce dernier ne les ménageait pas, appuyant sur les boutons plusieurs fois, les martelant en se plaignant de leur lenteur.

Mais c’était sa première nuit de travail, de veille. Une nuit qu’elle n’était pas prête d’oublier.

Les premiers événements étranges commencèrent directement après sa toute première prise de service.

La froide nuit de mi-janvier était tombée tôt, l’hôtel n’avait que deux clients qui s’étaient enregistrés dans la journée et qui devaient sûrement se trouver dans leur chambre.

Alva sortit son téléphone portable, et réalisa qu’elle n’avait aucune réception wifi. Qu’allait-elle faire toute la nuit ?

Elle s’assit sur le vieux fauteuil de bureau derrière son comptoir et jeta un œil sur les quelques prospectus et dépliants proposants divers business et activités disponibles aux alentours.

Elle n’eut pas le temps de s’intéresser au premier document tombé dans ses mains quand une voix derrière elle l’interpella :

« – Pardonnez madame ! Ma femme a bu trop de champagne et a vomi sur le magnifique tapis Roche Bobois ! Je vous dédommagerai évidemment ! Je voulais juste vous prévenir par respect. »

Alva se retourna pour répondre aux intrigantes paroles mais il n’y avait personne. Et elle était sur de les avoirs entendus.

Une odeur de cigare lui monta au nez… étrange de sentir cette odeur, encore, il était interdit de fumer dans le lobby et dans la plupart des chambres.

Pensant que c’était le monsieur qui venait juste de lui parler, et qui avait disparu avant qu’elle ai pu le voir, qui avait allumé un cigare, elle dit :

« – Monsieur, il est interdit de fumer dans le hall. »

Ses paroles restèrent sans réponses, et Alva se retourna vers ses prospectus, réfléchissant à la marche à suivre dans le cas d’un client malade, quand une voix lui répondit enfin :

« – Et depuis quand Môdame ?! »

La voix n’était pas la même qu’elle avait entendue la première fois. C’était celle d’une femme dont le timbre de voix naturel avait été aggravé par une longue et forte consommation de tabac.

Alva se retourna, personne. Mais elle rétorqua quand même.

« – C’est la loi madame. »

Du couloir sur sa droite, la voix lui répondit :

« – Quelle loi môdame ! Jamais entendu pareille ineptie ! »

Cette fois, même si elle était légèrement apeurée, elle était aussi passablement agacée, Alva se leva et se dirigea vers le couloir de droite.

Les néons aux plafonds clignotaient, elle vit que le couloir était vide.

« – Une autre bouteille de Moet et Chandon mademoiselle ! »

La jeune femme sursauta, et se dirigea vers le couloir de gauche. Là encore, il n’y avait personne.

Sûrement les deux clients qui s’amusent à se jouer de moi, pensa-t-elle. Elle se mentait à elle-même, son instinct avait compris que quelque chose clochait. La jeune femme voulu même appeler par téléphone les deux clients, mais cela aurait été inapproprié. Qu’aurait-elle pu leur demander ? Ne risquerait-elle pas sa place ? Comment justifier à son manager cette action si les clients en venaient à se plaindre ? Non, le mieux était de ne rien faire.

Après tout, le client est roi. Qu’il soit réel ou imaginaire…

Jaskiers

La jeu préféré des humains (nouvelle science-fiction)

Le choc qu’a reçus A. au niveau de l’épaule droite n’était pas une luxation, ou quelques autres blessures que l’on peut souffrir quand le corps est poussé à des efforts intenses.

Non, il sentait son sang chaud couler sous son uniforme. Chaque mouvement de son bras était douloureux, brûlant, lourd.

Mais la technologie venait doucement à son secours, le nouveau gilet pare-balles que l’armée avait reçu était en mesure de lui injecter des poches de sangs dans le corps. Des aiguilles placées dans le dos, sur les omoplates, au niveau des côtes flottantes et vers les reins apportaient une arrivée de sang constante. D’autres aiguilles étaient disposées sur le torse, déversant des liquides et produits pouvant maintenir en vie d’importe quel Homme qui avait encore sa tête sur les épaules. Le gilet pouvait détecter quelles aiguilles devaient être utilisées, et doser précisément les apports en divers liquides salvateurs. Le gilet se refermait doucement au niveau de la blessure pour compresser et limiter la perte de sang, comme un tensiomètre.

Certaines aiguilles apportaient des anti-douleurs puissants mélangés à un cocktail d’autres fluides permettant au soldat de rester conscient, et même de continuer le combat.

Ce gilet était arrivé à point nommé. Il coïncidait avec le début de la guerre, les autorités avaient misé sur cette nouvelle technologie pour lancer leur conflit.

Cet équipement avait eut un puissant effet sur le moral des troupes, angoissées et nerveuses depuis que le conflit était devenu inévitable. Rien de pire qu’un soldat sans guerre. Rien de mieux qu’un soldat confiant en sa force et en ses chances de survie.

Armée de bons et vieux fusils, comparés à l’incroyable technologie du gilet, ils étaient partis la fleur au fusil. Bernés par cette armure magique, ils pensaient, comme beaucoup le pense au début de presque toute guerre, que la victoire serait prompt, et que tout le monde serait rentré à la maison avant d’avoir le temps de sentir le poids d’un conflit armée.

Hommes et femmes combattaient côte à côte. Jeunes adultes, à peine sortis de l’adolescence, jusqu’aux vieux qui pouvaient encore brandir un fusil, viser et courir. Beaucoup de volontaires. Avec ce gilet pare-balles nouvelle génération, on pouvait risquer sa vie pour pouvoir s’en vanter une fois cette guerre finie. Gavés de films de guerre, de romans, de reportages mijotés par les autorités, une marée d’humains s’était engagée pour affronter la menace.

La menace, la pire des menaces, du jamais-vu, imprévisible, incroyable même. Qui s’attendait à une telle invasion ? Personne, mais comme le disait Philip K. Dick, nous vivons dans le livre d’un écrivain de science-fiction.

Dans la Voie Lactée est apparue d’énormes masses, mais rien de naturel dans ces masses. Les premiers rapports rapportaient qu’elles semblaient se déplacer intelligemment, avec régularité, coordonnées entre elles.

Les autorités ont passé ces premières observations sous silence, jusqu’à ce que ces masses apparaissent dans les télescopes d’astronomes amateurs qui découvrirent ces énormes masses. Les autorités dévoilèrent ainsi la vérité.

Cette fois, l’Homme allait devoir se battre à l’unisson. La guerre, ce jeu que les humains pratiquent depuis la nuit des temps, était inévitables. Car ce qu’il y avait dans ces masses n’était pas humain, et loin d’être pacifique. Comment savaient-ils que ces extraterrestres étaient hostiles ? Les gouvernements du monde entier le proclamaient… Pour une fois que ces derniers étaient tous d’accord sur un point, cela voulait dire qu’une seule chose : c’était vraiment dangereux, ce qu’il y avait dans ces masses.

Nous qui pensions que le premier contact extraterrestre serait le jour le plus important pour le genre humain, s’avérât être le jour où il allait devoir de battre pour son existence.

Ainsi, A. agonisait, ou survivait. Longtemps, longtemps. Trop à son goût. Qu’arriverait-il si personne ne venait à son secours ? Les aiguilles n’auraient bientôt plus de liquides salvateurs à déverser… c’était un nouveau type d’agonie. Plus long. Plus cruel. Plus inhumain.

Jaskiers

Les fabuleux Iocularis ! (Nouvelle)

Décorée de visages de clowns colorés et grimaçants, leur camionnette sillonnait depuis deux jours les rues et ruelles du petit hameau en lançant par haut-parleur, le matin à 10 h et en fin d’après-midi, cette annonce, toujours aux mots près :

« Venez assister à la représentation des fabuleux Iocularis ! Le monde entier se les arrache ! Ils sont venus du monde entier avec un seul but, vous faire rire ! Venez faire les clowns avec nous ! Deux représentations vous attendent ce week-end sur la place de la foire ! Venez rire en famille ! »

Dans ce village, de quelque 2 100 âmes, dont la plupart n’avaient plus envie de rire, ni la force, qui ne pouvaient pas se déplacer, où la jeunesse préfère aller jouer au foot, rester sur internet, ou dormir chez des amis, cette représentation risquait de finir en un flop fracassant.

Il suffisait de se demander pourquoi ces Iocularis venaient faire une représentation dans ce trou perdu. Après tout l’annonceur avait quand même dit que le monde entier se les arrachait… Si cela était le cas, leur monde était différent du nôtre. Ou peut-être était-ce, là déjà, une blague ?

Dans le village, on avait commencé à parler de ce spectacle. On avait vu le chapiteau imposant et aux couleurs criardes et stéréotypées jaunes, orange et rouges, prendre la moitié de la place du marché. Cela ne plaisait pas à tout le monde. Les villageois sont très chatouilleux, leur territoire – leur village, leurs jardins – c’est quelque chose de sacré, demandez à n’importe quel maire de village.

Mais ce qui irritait encore plus les habitants, c’était cette camionnette avec ces hauts-parleurs. Les personnes âgées aiment leurs tranquillités, ils ont travaillé toute leur vie, et n’apprécient guère qu’une personne gueule dans les rues, deux fois par jour. Là aussi, l’oreille droite du maire devait siffler.

Enfin, tout semblait être contre ce groupe de clown.

Les villageois n’en étaient pas à leur première réception de cirque, mais quelque chose semblait clocher avec ceux-là. Ce n’était pas un cirque, le chapiteau pouvait prouver le contraire mais pourquoi donc que des clowns ? Pas de trapézistes ? De magiciens ? De cascadeurs en tout genre ?

Pas d’animaux, car plus personne ne soutient, ni n’accepte, les animaux en captivités, et leurs vies terribles sur les routes et sous les coups et abus.

Mais que des clowns ? Les plus jeunes semblaient même trouver cela inquiétant, effrayant. En cause ? Le remake du film « Ça » dont l’original, tiré du livre éponyme de Stephen King, avait traumatisé une génération entière. Maintenant, le nouveau film avait provoqué une sorte de buzz en Amérique, où de jeunes gens se déguisaient dans les rues pour effrayer leurs congénères.

Les vieux n’iraient pas, les jeunes non plus. Pire, les deux groupes attendaient avec impatience leur départ du village. Pour une fois, les vieillards et les jeunots étaient d’accord.

C’est que les Iocularis n’en étaient pas à leur coup d’essai. Partout où ils passaient, ils avaient laissé leur emprunte. Pour faire bref, les villages les ayant reçu ne les acceptaient plus, et si jamais les ‘célèbres’ clowns ne montraient ne serait-ce qu’un bout de nez rouge dans le bourg, ils seraient reçus à coup de fusil.

Car les Iocularis ne quitter pas un village sans se venger de l’ignorance subie. Vitrines de magasins, enfin de boutique qui existaient et résistaient encore économiquement mais difficilement, étaient brisées. Vitre de la mairie peintes en rouge, les drapeaux français et européens brûlés, des voitures avec des pneus crevé à coup de canif, les monuments aux morts abîmés à coup de marteaux-burin, les sépultures des cimetières profanées…

Et tout ça se déroulait la nuit d’après la première représentation. Car ces messieurs marrants s’étaient retrouvés sous trop peu de public à leur goût.

Le plus effrayant, c’est que de multiples plaintes ont été enregistrées contre eux. Mais est-ce à cause du manque de moyens des gendarmes ou bien de la mobilités insolentes des clowns, qu’ils ne furent jamais attrapés, et encore moins identifiés ? Les maires ont eut beau avoir averti leurs comparses, ces derniers ne prenaient jamais ces avertissements au sérieux. Une bande de clowns avec un chapiteau qui saccagent comme des sauvageons un village entier en une nuit et ce depuis plusieurs mois, sans se faire attraper ? C’était sûrement une blague, de mauvais goût. Les maires ont souvent un mauvais sens de l’humour, ou un excellent, cela dépend de leur popularité.

Mais jusqu’où s’arrêteraient-ils, ces satanés clowns ? Seront-ils arrêtés un jour ? Seul l’avenir nous le dira.

Ce soir, ils feront un énième flop dans une énième trou perdu. Et cet innocent village sera vandalisé. Mais qui s’en souci vraiment ? Après tout, ils ne s’attaquent qu’à des villages.

Leur prochain arrêt est dans le vôtre.

Jaskiers

Un rêve, la réalité (nouvelle)

Installé sur le toit de son immeuble en pleins centre ville, son tout nouveau télescope déployé et prêt à l’emploi, David sentait qu’il avait réussis quelque chose d’important.

Depuis gamin, avoir un télescope, c’était son rêve, qu’il dût oublier pendant longtemps. Son père et sa mère vivaient sur la corde raide niveau finance. Des sacrifices, il en fit beaucoup, mais il s’était promis que quand il serait grand, il aurait son télescope. Un bon, un vrai de vrai, de qualité.

Il dut attendre bien après ses années de fac pour enfin réussir à s’en acheter un.

Être devenu avocat d’affaires, c’était quelque chose, mais ce télescope qui n’attendait plus que lui pour observer l’Espace, c’était le symbole de sa réussite. Pas les diplômes ni les honneurs.

David avait beaucoup travaillé pour être là où il était. Tous ses sacrifices, ses efforts, ses soucis, tout cela l’avait mené ici. Sur le toit de l’immeuble de son cabinet d’avocat.

Les mains moites, légèrement tremblantes, les yeux légèrement humides dû à l’émotion autant qu’aux températures froides de cette nuit dégagée, il s’approcha enfin de son Graal. Le jeune avocat allait enfin voguer là où nul humain ne mettrait les pieds, du moins, avant très longtemps. Excepté la Lune. Ce fut d’ailleurs sa première cible.

Elle n’était qu’à son premier quart, mais l’excellente qualité du télescope lui renvoyait l’image claire des sinuosités, des cratères et des traits si distinctif de notre satellite naturel. Il arrêta là son observation de la Lune, se projetant déjà une nouvelle séance d’observation pour la prochaine pleine Lune.

Il s’écartait du télescope pour apprécier le moment qu’il venait de passer a admirer une petite parcelle de notre satellite naturel.

David s’ouvrît une bière, bu une généreuse gorgée, leva ses yeux vers le ciel étoilé. Tout ce qu’il voyait, il pouvait maintenant l’observer de plus près.

Sa prochaine direction, Mars.

Mars n’était pas la planète qui le fascinait le plus. Il préférait les anneaux d’astéroïdes d’une Saturne ou l’immense Jupiter. Mais Mars est la planète la plus proche de la Terre, et avec sa couleur rouge, on ne pouvait pas l’éviter.

Il entra sur l’application connectée à son télescope le nom de la planète rouge.

Et doucement, le télescope se dirigera de lui-même dans la direction de la planète.

Ce n’était qu’un test, il voulait rechercher lui-même les planètes, l’application était un gadget utile pour ceux qui étaient pressés, qui n’avaient qu’une faible connaissance de la Voie Lactée. Rechercher une planète par soi-même, c’était partir à l’aventure, rencontrer des constellations et autres beautés de l’Espace. Ce n’était que pour tester l’efficacité de cette application.

Et il s’avéra qu’il n’y avait pas de quoi se plaindre, le télescope était pile sur Mars. David n’avait qu’à ajuster et régler les différentes options offertes par son appareil pour observer Mars comme il le voulait.

Mais soudain, quelque chose d’étrange qui doucement semblait passer devant la planète rouge, fit son apparition.

David essaya de régler une nouvelle fois son télescope, mais cette masse étrange était toujours là, descendant lentement mais sûrement devant la planète rouge.

Il vérifiait si ce n’était pas un insecte qui se serait posé sur la lentille mais l’avocat ne trouva rien.

La masse recouvrait maintenant l’entièreté de Mars, qui disparut.

David alluma son téléphone, ouvra le réseaux social populaire du moment, tapa dans la barre de recherche ‘Mars’, voir si d’autres férus d’astronomie observaient le même phénomène que lui. Mais il ne trouva rien.

L’avocat n’avait pas eu tout le temps de s’être parfaitement informé sur l’utilisation de son télescope high-tech. Il pensait que le phénomène venait peut-être aussi de son manque d’expérience dans la manipulation d’un télescope.

En regardant une nouvelle fois dans le télescope, la masse avait laissé sa place aux reflets de rouge de Mars.

Le jeune homme n’eut pas le temps de savourer la planète martienne, la masse remontait, et en un rien de temps, elle cacha Mars une nouvelle fois.

Cette masse était plus proche cette fois, il put observer de légers reflets sur cette chose qui commençait à se dévoiler sur la lentille du télescope.

Une forme massive, ovale, avec des sortes de tentacules qui flottaient sous son corps.

Pourquoi ressentait-il que cette chose, il la reconnaissait ?

Il ouvrit sa serviette, sortie quelques dossiers de clients à la va-vite pour ressortir un livre de poche usé. « L’appel de Chtuhulu » de H. P. Lovecraft.

Un frisson lui traversa le dos, en levant son regard, il put voir la chose approcher. Plus besoin de télescope.

(À suivre ?)

Jaskiers